Émotion, Drame

La ballade de John

de Martine Fève
Relié – 28 mai 2021
Éditeur : Nombre 7

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Dans une région perdue de l’Irlande rurale, au 19ème siècle, un homme médite devant la mer. Un refrain l’obsède que chantent les invisibles. Il est inquiet pour sa jument blanche mais c’est surtout le démon de la culpabilité qui le hante. Il va se lever et marcher la tête haute, malgré le fardeau qu’il porte en solitaire. John n’est pas seul, cependant. Sur son chemin, tissé de joies et de malheurs, des personnages l’accompagnent. La plupart bienveillants, s’il n’y avait le terrible Angus et son cousin Connor.

 

2021_081_Fève Martine - La ballade de John

 

Je découvre l’écriture riche et fluide de Martine Fève grâce, à “La Ballade de John”…

Comment vous décrire ce roman complètement hors du temps ?
Ce sont pour moi les ambiances qui se dégagent dans les différents chapitres qui m’ont cueilli. Beaucoup de douceur, de la beauté, c’est très cinématographique…
Je n’ai pu m’empêcher de lire d’une traite ce récit traitant de la culpabilité, mais pas que.
Loin de moi de vouloir le punir ou lui pardonner, mais l’esprit de John est perturbé. Il s’en veut pour ce qu’il a fait, et aucun jour ne passe sans qu’il n’y pense…
Il est allé voir le père Malone pour se faire absoudre, mais rien ni fait.
John est un poète, John est gentil et il voudrait savoir se repentir…

Et puis il y a Mary, la belle Mary, le père Malone, il y a Lord Henry aussi et son fils Angus, Ena, Connor et bien sûr Neil. Tous ces personnages très attachants m’ont fait sortir du récit pour pénétrer dans un “conte” où le temps soudain se ralenti, où il y a de la gentillesse, mais de la haine aussi, où il y a de l’amour et de la violence, où les gens se parlent et s’écoutent encore, certains qui ont peur, d’autres qui en profitent, il y a de la tristesse aussi, c’est envoûtant, très visuel…

Encore une fois un récit qui se déroule dans l’univers magique d’Irlande et qui ma touché le cœur.
Cette “expérience”, j’aurai voulu la prolonger davantage. J’ai malheureusement quitté trop vite cette ballade qui m’a mené loin, très loin dans ce monde à part…

Merci Martine, merci de m’avoir fait rêver avec cette histoire bouleversante.
Peut-être aurons nous une suite à cette ballade ?
En tout cas je l’espère…

À lire absolument devant un bon feu de cheminée !

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Extraits :

« Pourquoi ne pas t’arrêter un moment sur la route avec nous, la route ombragée où le soleil, à travers les arbres, tombe en flèches, comme la lumière d’un vitrail ? Au lieu de courir en soulevant des nuées de poussière. Pourquoi ne pas t’asseoir avec nous sur le fossé, ne rien dire, ne rien faire, rêver, apprendre le goût de la lenteur ? »

« Mary était fluette, petite et rousse, jolie d’un côté, étrange de l’autre. Son profil gauche, entamé par une tache brune dégoulinant du coin de l’œil sur sa joue, effrayait les enfants ou ceux qui la voyaient pour la première fois. C’était comme si elle avait pleuré des larmes de lave. Des éclaboussures étaient tombées sur ses avant-bras, déjà constellés, comme le reste de sa peau, de taches de rousseurs abondantes. Quand elle se présentait du côté droit, on avait envie de toucher ses joues limpides, du lait légèrement teinté de rose, mais, dès qu’on la voyait de face, Mary était d’une cruelle beauté. On disait que sa mère avait juré pendant sa grossesse, que la queue du diable en avait profité pour effleurer son visage. Une caresse sublime sur laquelle, y posant sa main, la mère de Mary avait appuyé jusqu’à teindre l’enfant au fond de son ventre. Une malédiction qui pouvait se transmettre. Croyance, à laquelle le père Malone n’accordait aucun crédit. »

« Le père Malone s’en alla, non sans un regard nostalgique vers un minuscule toit de chaume que l’on distinguait en bas de la lande. On sentait déjà dans l’air la jouissance de l’herbe prête à se dresser, un parfum de verdure qui serait lui aussi, bientôt, un éclat de rire. Il chatouilla Neil sous le menton, salua John, et, par habitude, leva ses doigts et les bénit. Il réaliserait plus tard combien son geste avait deux sens, ce jour d’été particulier. »

 

 

Martine Fève est née en Bretagne où elle a longtemps vécu, mais c’est au plus près de ses racines, en Irlande, qu’elle vit et travaille depuis plusieurs années. Auteure de deux recueils de nouvelles et d’un roman, Le chemisier blanc, La Ballade de John est son deuxième roman.

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