Drame, Folie, Polar, Psychologie, Thriller, Violence

Glacé

de Bernard Minier
Poche – 10 mai 2012
Éditeur : Pocket

Du sang sur la neige…

Dans une vallée encaissée des Pyrénées, au petit matin d’une journée glaciale de décembre, les ouvriers d’une centrale hydroélectrique découvrent le corps sans tête d’un cheval, accroché à la falaise.
Ce même jour une jeune psychologue prend son premier poste dans le centre psychiatrique de haute sécurité qui surplombe la vallée.
Le commandant Servaz, flic hypocondriaque et intuitif, se voit confier l’enquête la plus étrange de toute sa carrière.

“Retenez bien ce nom : Bernard Minier.”
Le Figaro littéraire

“De répit, point, ni pour les personnages ni pour nous. Une réussite !”
Le Point

Prix du meilleur roman francophone au Festival polar de Cognac

Impossible pour moi de lâcher Glacé. Dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par cette nature hostile, blanche et silencieuse, au cœur des Pyrénées. J’avoue m’être parfois un peu perdu parmi des personnages nombreux, aux trajectoires complexes, dont certains m’ont laissé perplexe. Mais cette densité participe aussi à la richesse du roman.

J’ai suivi le commandant Servaz avec intérêt. Cet homme entre deux âges, séparé, fragile sans jamais cesser d’être solide, m’a touché par son humanité. Il doute, il vacille, mais il avance. Et l’enquête qu’il doit mener est à la hauteur de cette rudesse intérieure, un cheval retrouvé pendu à une falaise, dans un décor glacé, appartenant à un puissant homme d’affaires. Un acte barbare, incompréhensible, commis non loin de l’Institut Wargnier, centre psychiatrique de haute sécurité abritant certains des criminels les plus dangereux d’Europe.

Très vite, l’étrangeté s’installe. Les morts s’enchaînent, toujours par pendaison, frappant des figures de ce village enneigé que l’on croyait paisible. L’angoisse monte, insidieuse. En parallèle, Servaz doit composer avec ses propres failles, notamment sa relation compliquée avec sa fille Margot. Ce tiraillement intime ajoute une profondeur bienvenue au récit.

Je me suis laissé porter par l’atmosphère oppressante, par ces montagnes qui semblent refermer leur étreinte sur les hommes. Bernard distille les informations avec précision. Chaque détail compte. Les aspects médicaux et psychiatriques sont expliqués avec clarté, ce qui renforce la crédibilité de l’ensemble.

Et puis il y a le suspense. Jusqu’aux dernières pages, je me suis interrogé, cherchant le ou les coupables, échafaudant des hypothèses… en vain. La révélation finale m’a surpris tout en me paraissant parfaitement cohérente.
Glacé est un thriller puissant, sans concession. Ici, la violence est brute, frontale. Ça pend, ça frappe, ça dérange. Bernard ne cherche pas à ménager son lecteur, et c’est aussi ce qui fait la force du roman.

Un premier opus qui claque comme un coup de feu dans la nuit froide. Un thriller sombre, intense…

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Extraits :

« Une rafale glacée chargée de flocons fouetta leurs visages. Mais personne ne descendit. Ils restèrent là, à contempler l’œuvre de folie et de mort. Ils savaient déjà qu’ils n’oublieraient jamais cette vision.
Le vent hurlait autour de la plateforme. Ce n’étaient plus des cris d’enfants que Huysmans entendait, mais ceux d’un autre supplice, des cris atroces couverts par les hurlements du vent. Ils reculèrent d’un pas à l’intérieur.
La peur les percuta comme un train en marche. »

« Elle ne put s’empêcher de le revoir en pensée : un visage mince, des iris couleur de miel qui se posaient sur elle avec la convoitise du prédateur. Kurtz était un authentique sociopathe. Le seul qu’elle eût jamais rencontré. Froid, manipulateur, instable. Sans le moindre soupçon de remords. Il avait violé et tué trois mères de famille dont la plus jeune était âgée de quarante-six ans et la plus âgée de soixante-quinze. C’était son truc, les femmes mûres. Et aussi les cordes, les liens, les bâillons, les nœuds coulants… »

« Tout autre que cet adolescent aurait accusé le coup. Mais pas lui. Pas ce garçon nommé Clément ; le garçon nommé Clément ne semblait nullement prendre la mesure des faits qui lui étaient reprochés. Servaz avait déjà lu des articles là-dessus, sur ces mineurs qui violaient, qui tuaient, qui torturaient – et qui semblaient parfaitement inconscients de l’horreur de leur geste. Comme s’ils avaient participé à un jeu vidéo ou à un jeu de rôle qui aurait simplement mal tourné.
Il avait refusé d’y croire jusqu’à ce jour. Des exagérations journalistiques. Et voilà qu’il était lui-même confronté au phénomène. Car, plus terrifiant encore que l’apathie de ces trois jeunes assassins, était le fait que ce genre d’affaire n’avait plus rien d’exceptionnel.
Le monde était devenu un immense champ d’expérimentations de plus en plus démentes que Dieu, le diable ou le hasard brassaient dans leurs éprouvettes. »

« À l’audience, Hirtmann révéla enfin sa vraie nature. Loin de chercher à minimiser ses penchants, il les étala au contraire avec complaisance. Une série de scandales retentissants éclata au cours du procès, car plusieurs membres du tribunal et de la bonne société genevoise avaient participé à ses soirées. Hirtmann donna leurs noms en pâture avec délectation, ruinant un nombre incalculable de réputations. L’affaire devint un séisme politico-criminel sans précédent mêlant sexe, drogue, argent, justice et médias. De cette période subsistaient de nombreuses photos parues dans la presse du monde entier et légendées : La maison de l’horreur (où l’on voyait la grande maison des bords du lac avec sa façade couverte de lierre), Le monstre sortant du tribunal (où Hirtmann apparaissait revêtu d’un gilet pare-balles et protégé par des policiers qu’il dépassait d’une bonne tête), Genève prise dans la tourmente, Untel accusé d’avoir participé aux orgies Hirtmann, etc. »

Bernard Minier, né en 1960, originaire de Béziers, a grandi au pied des Pyrénées. Glacé (2011), son premier roman, a reçu le prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac et figure dans la liste des 100 meilleurs polars du Sunday Times depuis 1945. Le livre a été adapté en série télévisée en 2017 par Gaumont Télévision et M6 est disponible sur Netflix.

Après Le Cercle (2012), N’éteins pas la lumière (2014), Une putain d’histoire (2015, Prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac), Nuit (2017), Sœurs (2018), M, le bord de l’abîme (2019), La Vallée (2020) et La Chasse (2021), il a publié en 2022 Lucia, en 2023 Un œil dans la nuit et Les Effacées en 2024. En 2024 paraît également chez Pocket un recueil de nouvelles inédit, Les Chats et 14 histoires mystérieuses diaboliques cruelles. Son dernier ouvrage, H, a paru en 2025. Bernard Minier est considéré aujourd’hui dans toute l’Europe comme l’un des maîtres du thriller. Ses romans, traduits en 28 langues, sont tous publiés aux Éditions XO et repris chez Pocket.

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