Arnaud Delalande
Poche – 10 février 2022
Éditeur : Pocket

Un meurtre. Huit témoins. Pas un ne se souvient de ce qui s’est passé.
Au cœur de Harmonia, une clinique spécialisée perdue dans la montagne, un patient est retrouvé pendu en présence de huit autres malades. Un suicide qui a tout l’air d’un meurtre déguisé. Un homme mort. Huit témoins. Un huis clos. La combinaison parfaite pour une enquête vite résolue… C’est compter sans l’amnésie bien particulière que présentent les résidents : leurs souvenirs s’effacent au bout de six minutes. Ils ont été témoins, mais ne se souviennent pas.
Jeanne Ricœur, jeune inspectrice de police, hérite de cette affaire impossible. Elle découvre une communauté à part, celle d’étranges victimes de la vie à la mémoire brisée, au quotidien fait de Post-it et de mémos. Et tandis qu’elle essaie désespérément de reconstituer le puzzle du drame, ses propres démons refont surface…

J’ai découvert Arnaud Delalande en 2002 avec son premier roman, Notre-Dame sous la terre, publié alors qu’il n’avait que 26 ans. J’avais immédiatement été séduit par son talent de conteur, et depuis, je n’ai cessé de suivre tous ses romans avec plaisir.
Avec Memory, je retrouve une nouvelle fois cette capacité qu’il a à m’embarquer dans des univers aussi singuliers que captivants. Pourtant, ce roman est très différent de ses précédents, mais je n’ai pas été déçu, bien au contraire. J’ai découvert une histoire profondément humaine, portée par des personnages auxquels je me suis rapidement attaché.
Parmi eux, Jeanne Ricœur, inspectrice à Annecy, m’a particulièrement touché. Elle vient de perdre son père adoptif, policier lui aussi, après avoir déjà vécu le décès de sa mère quelques années auparavant. Ce nouveau deuil fait ressurgir les blessures et les traumatismes liés à son adoption.
Pour l’aider à reprendre pied, son supérieur et ami de son père lui confie une affaire qui semble, au départ, relativement simple. Mais Jeanne va rapidement comprendre qu’elle est loin d’être aussi évidente qu’elle en a l’air.
L’enquête nous conduit à Harmonia, un centre médical isolé dans les montagnes, où huit personnes ont été témoins d’un meurtre.
Le problème ? Tous souffrent d’amnésie antérograde et ne peuvent conserver de nouveaux souvenirs que quelques minutes.
Ils ont donc tout vu… mais sont incapables de s’en souvenir.
J’ai trouvé cette situation fascinante et particulièrement originale.
Ces patients doivent constamment s’appuyer sur des post-it, des notes et leur téléphone pour tenter de reconstruire leur quotidien. Jeanne se retrouve alors face à un véritable puzzle, dans lequel chaque indice peut disparaître de la mémoire de celui qui le détient.
J’ai beaucoup aimé cette ambiance de huis clos, entre mystère, tension et quelques situations parfois cocasses. L’intrigue nous entraîne progressivement vers les laboratoires, les secrets médicaux et les lanceurs d’alerte, donnant au récit une dimension presque réaliste qui m’a beaucoup plu. Je me suis laissé happer par cette enquête particulièrement bien construite, tout en appréciant le caractère de Jeanne, véritable écorchée vive au tempérament bien affirmé. Arnaud distille les informations avec intelligence et entretient suffisamment le mystère pour que je cherche constamment à comprendre.
Et lorsque le dénouement est arrivé, je dois reconnaître que je ne l’avais absolument pas vu venir. Une conclusion surprenante, cohérente et parfaitement maîtrisée.
Avec son écriture fluide et addictive, Memory m’a offert un très bon moment de lecture.
Encore une fois, Arnaud a réussi à me faire voyager ailleurs, et pour cela, je lui dis simplement : merci !
Si vous aimez les thrillers aux personnages forts et les ambiances angoissantes qui mettent du temps s’installer, « Memory » est fait pour vous !
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Extraits :
« La berline avait pilé, elle aussi, à quelques mètres de l’accident. Le conducteur en sortit et se dirigea vers le corps inanimé. Sifflant entre ses dents, il plongea la main dans sa poche pour y rencontrer la crosse d’un revolver équipé d’un silencieux. Mais déjà les badauds accouraient ; on appelait une ambulance.
Trop de monde ! Il eut un instant d’hésitation… Puis il regarda la scène en jurant, se mordit les lèvres et fit demi-tour. Il retourna dans son véhicule et en claqua la portière. L’un des passants était penché sur l’accidenté.
« Il est vivant ! Ne bougez pas, monsieur ! Les secours sont en route ! »
« Le ciel était lourd et uniforme au-dessus du cimetière des iles, le plus récent d’Annecy. Non loin du crématorium, une pleureuse de bronze se lamentait à l’orée rectiligne des stèles et des croix. La voix du prêtre, vaguement éraillée, semblait se perdre dans la brise glacée qui agitait doucement son étole et les cheveux des convives, visages mordus par les assauts du givre. Le tableau était fidèle à ce qu’il était censé être : funéraire, froid comme la mort, teinté d’une austérité pour ainsi dire flamande. Parmi l’assistance, devant les couronnes et les bouquets de chrysanthèmes, se trouvaient de nombreux policiers en uniforme. Au milieu d’eux : une jeune femme, en veste, pull et pantalon noirs. Blonde à la chevelure coupée court, les yeux bleu sombre, le visage pâle malgré des joues rosies par le gel, les lèvres fines, elle devait avoir un peu plus de trente ans. Ses traits étaient harmonieux, quoique durs et tirés par le chagrin. Elle contemplait ce cercueil sombre aux reflets d’opale que l’on descendait lentement en terre.
Sa silhouette était empreinte d’une sorte de grâce féline, contrariée par son allure de garçon manqué. Ravalant ses larmes, Jeanne leva le visage, cherchant à contrôler ses émotions. »
« Elle caressa d’un doigt le sous-main de cuir craquelé où, quand son père était encore lucide, il avait l’habitude de travailler ses dossiers, tard le soir, pour « régler ses Problèmes Administratifs », comme il disait. Au-dessous, un tiroir avec une clé. Ce tiroir aux allures de cache secrète avait longtemps fasciné Jeanne quand elle était petite. Elle se revoyait, effleurant la froideur de la clé dorée sans oser profaner le sanctuaire. Son visage fut soudain attrapé par un grand miroir qui trônait sur le mur en face d’elle. Il lui renvoya son image déboussolée. »
« Jeanne pénétra dans un hall blanc, avec peintures abstraites et plantes vertes, une tête de cerf incongrue au mur – pour « faire chalet », sans doute – et un ours polaire empaillé. Elle fut accueillie par deux flics de sa juridiction, qui la saluèrent d’un signe de tête, et une femme rousse de quarante-cinq ans, aux faux airs d’Isabelle Huppert, apparemment très affectée. Sèche, un peu martiale, les joues creuses, le front barré de rides prématurées, elle paraissait vouloir rester maîtresse d’elle-même. Control freak, pensa Jeanne instantanément. Un iceberg qui cache le feu ? Elle lui tendit sa main froide.
« Lieutenant Jeanne Ricœur.
— Bonjour. Nathalie Hauteville. Je suis la directrice », dit-elle, lèvres pincées. »
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Arnaud Delalande, né en 1971 à Herblay-sur-Seine, est un écrivain et scénariste de bande dessinée et de cinéma français. Après des études à Pontoise, une hypokhâgne et une khâgne aux lycées Chaptal et Victor Duruy (Paris), puis une licence d’histoire, Il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris en 1994. Repéré par l’éditrice Françoise Verny, il publie son premier roman en 1998 à 26 ans, Notre-Dame sous la Terre (éditions Grasset). Le roman va se vendre à environ 10 000 exemplaires et être traduit en plusieurs langues.
En mars 2011, il publie Le Jardin des larmes, récit contemporain relatant la destinée entrecroisée de deux humanitaires en quête de sens et confrontés au chaos : l’un se voit plongée dans les premiers jours du génocide rwandais, tandis que l’autre fait face aux conséquences du tsunami de 2004 sur les côtes du Sri Lanka. Le Piège de Lovecraft, en 2014, thriller inspiré de l’œuvre de H. P. Lovecraft où l’on suit la lente plongée d’un étudiant au cœur de la folie, reçoit le Prix Masterton du roman fantastique francophone 2015.
Mais c’est surtout la saga Viravolta, l’Orchidée Noire, publiée entre-temps, qui lui permet de se consacrer pleinement à l’écriture. Avec Le Piège de Dante (Grasset, 2006), commence en effet une série historique qui rencontre un réél succès, notamment à l’étranger. Dans le premier opus, Pietro Viravolta, dit l’Orchidée Noire, agent secret dans la Venise du XVIIIe siècle, enquête sur un tueur en série dont les meurtres s’inspirent des différents Cercles de L’Enfer de Dante. Dans Les Fables de sang en 2009, l’Orchidée Noire traque à Versailles un assassin qui signe ses meurtres de Fables de La Fontaine. Avec Notre espion en Amérique (2013), Viravolta part en compagnie de La Fayette conduire la guerre d’Indépendance américaine aux côtés de George Washington, avant de traverser la Révolution française dans les deux tomes Révolution 1 : Le Cœur du Roi et Révolution 2 : Le Sang du Roi, en 2017.
Parallèlement à son travail de romancier, de scénariste et scénariste de bandes dessinées, Arnaud Delalande participe au milieu des années 1990 au développement d’une école de cinéma pour les professionnels du film, le CEFPF, où il est professeur en scénario (ateliers d’écriture, cours en dramaturgie), directeur adjoint, puis consultant. Il continue son activité d’enseignement en scénario, dramaturgie ou « storytelling » en 2017 à l’école « Les Mots », fondée par Philosophie Magazine, rue Dante à Paris.
Membre de la SADN (Société des auteurs de Normandie), fondée par André Castelot et Michel de Decker, et juré pour le prix Spiritualités d’aujourd’hui remis chaque année par le Centre Méditerranéen de Littérature, il est depuis 2009 parrain et membre du conseil d’administration de l’ONG Bibliothèques Sans Frontières (BSF), dont la mission est le soutien au développement durable par la diffusion du livre, l’émergence de projets et de structures culturelles locales dans les pays en développement (Haïti, Cameroun, Niger, Rwanda, République démocratique du Congo).
Notre-Dame sous la terre (1998)
L’Église de Satan (2002)
La musique des morts (2003)
Le piège de Dante (2006)
La lance de la destinée (2007)
Les fables de sang (2009
Notre espion en Amérique (2013)
Révolution, 1 : Le cœur du roi (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/07/revolution-1-le-coeur-du-roi/
Révolution, 2 : Le sang du roi (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/13/revolution-2-le-sang-du-roi/
Le testament du chevalier (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/23/le-testament-du-chevalier/
