de Hugo Boris
Poche – 18 mars 2021
Éditeur : Pocket

Il y a quinze ans, tout juste ceinture noire de karaté, Hugo Boris est témoin d’une altercation dans les transports en commun. Paralysé, il se contente de tirer la sonnette d’alarme. Ce manque de courage l’obsède. Est-ce un trait de son caractère ou une peur universelle d’affronter l’autre, l’inconnu, au quotidien ?
Intrigué, il se met à observer ses contemporains dans le métro et le RER, tranches de vies entre parenthèses, rencontres fugaces, purs instants d’humanité. Il consigne sur le vif des situations d’effroi mais aussi le ravissement d’un dialogue, l’humour d’un échange imprévu. Il se demande si le courage est contagieux…
“Il fallait un certain courage pour se dépeindre ainsi en dégonflé ordinaire, et un certain talent pour rendre vivants et touchants ces moments de vie que nous ne regardons même pas tant ils sont quotidiens. Hugo Boris a eu les deux.”
Marianne

Le courage des autres n’est pas vraiment un roman, et c’est justement ce qui en fait une lecture si particulière. Hugo Boris parle de « microfictions », de petites histoires glanées au fil du temps dans le métro parisien. Il les « herborise », les trie et les rassemble pour composer un véritable herbier de nos courages et de nos faiblesses.
En lisant ces pages, j’ai surtout eu l’impression de me retrouver face à un miroir. Je prends les transports en commun presque tous les jours depuis plus de quarante ans, et j’ai reconnu dans ce livre quantité de situations vécues. Les bousculades, les incivilités, les conversations téléphoniques trop bruyantes, les enfants qui crient, les disputes, les repas renversés…
Dans cette jungle du métro parisien, tout le monde se croise, se côtoie et parfois s’affronte.
Mais Hugo va bien au-delà de la simple observation de ces petits travers quotidiens.
Il s’interroge sur nos réactions lorsque la violence surgit, physique, morale, psychologique ou raciste.
Face à une situation qui nous dérange, certains pestent, d’autres détournent le regard, tandis que quelques-uns choisissent d’intervenir. Et ce sont précisément ces derniers que l’auteur met en lumière. Ceux qui prennent la parole, se lèvent, s’interposent et défendent quelqu’un qu’ils ne connaissent même pas. Un courage qui peut sembler ordinaire, mais qui demande parfois une véritable force intérieure.
J’ai aussi beaucoup apprécié la manière dont Hugo se dévoile lui-même à travers ces histoires.
Il ne cherche jamais à se donner le beau rôle. Au contraire, il évoque ses doutes, ses faiblesses, ses renoncements et cette tendance que nous avons tous parfois à ne pas voir ce qui nous dérange.
Certaines scènes m’ont particulièrement marqué, comme celle de cette femme portant encore sur son bras la trace d’un passé que le silence suffit à raconter. Ou celle de ce grand brûlé qui choisit malgré tout de continuer à vivre au milieu des autres.
Ce que je retiens surtout de cette lecture, ce sont ces scènes vibrantes d’humanité. Elles m’ont poussé à réfléchir à mes propres comportements, à mes petites lâchetés, mais aussi à ces élans de solidarité qui peuvent surgir lorsque nous décidons enfin d’agir.
Le courage des autres est une lecture simple en apparence, mais profondément bénéfique.
Un livre qui m’a interpellé et qui, quelque part, relève presque de la « santé publique ». Apprendre à mieux regarder les autres pour peut-être devenir, nous aussi, un peu plus courageux.
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Extraits :
« 10 juin 2007. J’ai passé ma ceinture noire de karaté hier, à vingt-sept ans. J’ai commencé il y a une dizaine d’années après avoir échappé de peu à une agression, la nuit, dans une ruelle de Palaiseau, en Essonne, où j’ai vécu mon adolescence. Les derniers mois d’entraînement ont été intenses. Pour décrocher ce premier dan, j’ai appris les principaux katas, pratiqué les assauts souples, décortiqué toutes sortes de mouvements d’attaque et de défense. Au fil du temps, je me suis constitué un arsenal offensif de coups de poing directs, circulaires, remontants, descendants, en marteau. J’ai développé un éventail de coups de pied faciaux, latéraux, retournés, sautés. Je frappe maintenant du coude, du genou, du tranchant de la main, à distance longue, moyenne ou courte. Je saisis, je pousse, j’encercle, je crochète, je déséquilibre, je renverse. Et je ne me contente pas de lâcher les coups, je place. J’ai appris à masquer mes appels, à ne pas télégraphier mes intentions. J’ai répété les mêmes mouvements pendant des années jusqu’à leur donner assez de puissance pour traverser l’adversaire. »
« Les prédateurs mammifères s’attaquent en priorité aux individus présentant une apparence malade ou affaiblie, afin d’obtenir de la nourriture avec un minimum de risque et d’énergie dépensés. De manière analogue, les prédateurs humains recherchent une victime facile. Ils évaluent toujours les signes annonciateurs de force et les marques de faiblesse chez le candidat à l’agression. »
« Mon professeur de philosophie en hypokhâgne pratiquait l’aïkido et nous a affirmé un bon matin que les gens se faisaient agresser parce qu’ils étaient faibles. Il est vrai que les gens qui savent se battre ne se battent jamais. Pourtant, on voit bien à quel point la proposition est dangereuse. Il n’y aurait qu’un pas à franchir pour tenir la victime responsable de l’agression (t’avais qu’à mettre un antivol si tu voulais pas te faire voler ton vélo, t’avais qu’à pas mettre de minijupe si tu voulais pas te faire violer). Il n’y aurait qu’un pas à franchir pour dire : « Le pire, c’est que les faibles se sacrifient eux-mêmes. Ils savent. Ils cèdent tout de suite, ils se couchent presque. Il faut le voir pour le croire. »


Hugo Boris est un écrivain français.
Diplômé de l’Institut d’études politiques de Bordeaux et de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, il travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit.
En 2003, il est remarqué par sa nouvelle « N’oublie pas de montrer ma tête au peuple », publiée au Mercure de France, qui remporte le prix du jeune écrivain.
— Son premier roman, « Le baiser dans la nuque » (Belfond, 2005), a été sélectionné au festival de Chambéry et a remporté le prix Emmanuel-Roblès 2006, remis par les membres du jury Goncourt.
— « La délégation norvégienne », son deuxième roman (Belfond, 2007), a reçu le premier prix littéraire des Hebdos en Région 2008.
En 2010 paraît « Je n’ai pas dansé depuis longtemps ». L’ouvrage a été récompensé par le prix Amerigo-Vespucci et a été finaliste de nombreux prix, dont le Grand Prix RTL-Lire, le prix Landerneau, et le prix Françoise-Sagan.
Publié en 2013, « Trois grands fauves » est retenu dans la sélection finale du Prix du roman Fnac.
— En 2016, son roman « Police » est publié chez Grasset. Il est sélectionné pour le premier Prix Patrimoines, et remporte le Prix Eugène-Dabit du roman populiste 2016 ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA 2018. Traduit dans plusieurs pays, « Police » est adapté au cinéma par Anne Fontaine en 2020, avec Omar Sy et Virginie Efira.
https://leressentidejeanpaul.com/2026/05/25/police/
— Regarde-moi tomber, mon amour (2026)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/05/30/regarde-moi-tomber-mon-amour/
Hugo Boris a également réalisé une dizaine de films courts et a travaillé comme assistant réalisateur sur des documentaires.
