de François-Henri Désérable
Poche – 1 septembre 2016
Éditeur : Folio

À quinze ans, Évariste Galois découvre les mathématiques ; à dix-huit, il les révolutionne ; à vingt, il meurt en duel. Il a connu Raspail, Nerval, Dumas, Cauchy, les Trois Glorieuses et la prison, le miracle de la dernière nuit, l’amour et la mort à l’aube, sur le pré. C’est cette vie fulgurante, cette vie qui fut un crescendo tourmenté, au rythme marqué par le tambour de passions frénétiques, qui nous est ici racontée. Avec le talent et l’audace qu’on lui connaît, François-Henri Désérable retrace l’étonnant parcours du « Rimbaud des mathématiques ».

Évariste Galois…
La première fois que j’ai croisé ce nom sur une plaque de rue, c’était il y a déjà trente ans. Elle est d’ailleurs toujours là, au bout de la rue, où je vie, au numéro 1. Je connaissais un peu le personnage, sans vraiment le connaître. J’avais même eu envie, il y a quelque temps, d’en apprendre davantage sur lui, puis la vie avait repris son cours…
Et puis, il y a quelques jours, en rentrant chez moi, je fais mon détour habituel par « mon » arbre à livres. Au milieu d’autres ouvrages, un petit livre de poche attire mon regard. Évariste, de François-Henri Désérable. Je jette un œil à la quatrième de couverture et je suis happé.
Je l’ouvre, lis la première phrase, puis la seconde… et je comprends immédiatement que je ne tiens pas entre les mains une biographie conventionnelle. Je viens de rencontrer une plume !
Dans le tumulte d’une époque exaltante, entre les Trois Glorieuses, la monarchie et la révolution, l’auteur redonne vie à ce jeune prodige des mathématiques. À partir d’une documentation limitée, il déploie un style d’une efficacité redoutable, plein de verve, d’audace et d’énergie. Une écriture à la fois élégante et irrévérencieuse, soutenue et volontiers provocatrice, portée par un rythme fougueux et un formidable désir de liberté.
Quel style ! Quelle vitalité !
François-Henri Désérable ne craint ni les détours, ni les clins d’œil aux célébrités de l’époque. Il se moque de Dieu, égratigne les puissants et fustige ceux qui n’ont pas su reconnaître le génie de son héros. Derrière l’humour et le sarcasme, je devine pourtant une véritable tendresse pour Évariste. Et lorsque viennent l’amour malheureux et cette mort si cruelle, si injuste, la plume se fait plus lyrique, presque bouleversante.
L’auteur ne prétend pas résoudre tous les mystères entourant la vie et l’œuvre de Galois. Il s’autorise à combler les blancs de l’Histoire, à imaginer, à broder un destin romanesque, pour offrir à ce jeune homme un peu de chaleur et de bonheur. Et ça fonctionne ! Peu à peu, Évariste m’est devenu proche, presque familier.
Je n’en sais toujours pas davantage sur les équations, je l’avoue. Mais j’ai découvert un génie incompris, un esprit libre qui a révolutionné la théorie des groupes et lui a laissé son nom. Surtout, j’ai partagé vingt années d’existence en vingt chapitres, avec ce sentiment poignant d’avoir côtoyé un homme qui n’aura pas eu le temps d’accomplir tout ce qu’il portait en lui.
Contemporain, rythmé, drôle et touchant, ce roman est pour moi une très belle réussite, portée par un écrivain au talent éclatant.
Dorénavant, je ne te regarderai plus “ma plaque” de la même façon…
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Extraits :
« On sait qu’Évariste — d’emblée appelons-le Évariste – eut pour père Gabriel Galois, et de Gabriel Galois on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’il fut le père d’Evariste (voyez comme une phrase, sous des dehors anodins, peut regorger d’indicible cruauté: que l’on puisse, après sa mort, réduire à sa seule qualité de père un homme qui vécut cinquante-quatre années, voilà qui devrait inciter les autres à cesser tout commerce charnel — et au diable l’humanité). »
« Les hommes vaquent à leurs occupations, la vie suit son cours, et celle de Gabriel Galois va bientôt commencer. On ne sait rien de sa jeunesse: celle, sans doute, d’un enfant né de parents aisés à Bourg-la-Reine, dans ce royaume de France où l’ordre immuable des choses semble devoir perdurer. Vous connaissez l’Ancien Régime, sa partition millénaire, vous savez comment elle se joue: les nobles, qui ont les terres, ne font rien et font de l’argent; le clergé, qui a le ciel, ne fait rien et fait de l’argent; le tiers état, parce qu’on lui a promis dans l’autre vie le ciel du second, s’échine dans celle-ci sur les terres des premiers, fait tout, n’a rien, ne fait pas d’argent. Trois ordres donc, et au-dessus des trois ordres, des trois dignités, le roi qui tient son pouvoir de Dieu, qui est comme Dieu sur terre, qui n’a de comptes à rendre à personne sauf à Dieu, c’est-à-dire à personne. Voilà pour le tableau. Ou plutôt pour l’esquisse, car il faudrait nuancer. Je ne suis pas historien. Je ne nuancerai pas. »
« Et puis il y a cette scène, qu’on est réduit à imaginer — les sextapes, hélas, n’existaient pas. C’est en 1811, au tout début de l’année 1811. Lübeck et Brême ont été annexées à l’Empire, Beethoven met la touche finale à son Concerto pour piano, Chateaubriand entreprend ses Mémoires, les hommes, on le voit, font leurs petites affaires, c’est la règle, et Gabriel Galois ne déroge pas à la règle. Il est dans la maison bourgeoise aux fenêtres ornées de glycine. Il fait nuit. Les volets sont clos. Il éteint le quinquet posé sur le guéridon, rejoint sa jeune épouse dans le lit à baldaquin, écarte la voilure accrochée en rideau, se glisse dans les draps de lin. »


François-Henri Désérable est un écrivain français.
Fils d’un ancien joueur de hockey sur glace, petit-fils de gondolier, il passe son enfance et son adolescence à Amiens et aux États-Unis, dans le Minnesota.
À dix-huit ans, il devient joueur de hockey professionnel (il le sera jusqu’en 2016) et commence à écrire.
À vingt-cinq ans, il publie aux éditions Gallimard Tu montreras ma tête au peuple (2013), récit des derniers instants des grandes figures de la Révolution française, distingué par plusieurs prix donc celui de la Vocation.
En 2015, paraît Évariste, biographie romancée d’Évariste Galois, prodige des mathématiques mort en duel à l’âge de vingt ans. Considéré comme la révélation de l’année 2015, ce roman remporte le prix des Lecteurs de L’Express–BFMTV et le prix de la biographie.
Son troisième roman, Un certain M. Piekielny (2017), enquête littéraire sur les traces d’un personnage de Romain Gary, est sélectionné pour les six grands prix de la rentrée.
Avec Mon maître et mon vainqueur (2021), dissection de la passion amoureuse, il remporte le Grand prix du roman de l’Académie française.
Il remporte le prix Montaigne 2024 avec L’usure d’un monde
Blog de l’auteur : fhdeserable.com
