Amour, Émotion, Cercle littéraire, Histoire vraie, Psychologie

Femmes tout au bord

de Clarisse Gorokhoff
Broché – 7 janvier 2026
Éditeur : Actes Sud

Tout commence par une lettre. Et un amour perdu. Dévastée par sa rupture avec celui qu’elle aime encore, Anouk écrit à la mère de Paul, une femme condamnée par la maladie et décidée à orchestrer sa fin. Dans cette correspondance ardente qu’elles entretiennent en secret, les mots deviennent refuge, miroir, passage. Quelques mois plus tard, Anouk part sur les traces de Faye au cœur du désert brûlant du Nouveau-Mexique, et découvre, dans une maison peuplée d’ombres et de silences, les carnets de la disparue – et le mystère d’une troisième femme.
Tout en tension, fragilité et vérité brute, les voix de Faye et d’Anouk se répondent dans ce roman incandescent sur le deuil, la transmission et la métamorphose, né d’une expérience vécue. Une lettre d’amour à la vie autant qu’un adieu à la chair, un chant sur la puissance des femmes qui, même au bord, choisissent encore de se révéler.

Hier soir, dans le cadre de nos rencontres du Cercle littéraire du Château de l’Hermitage, nous avons eu le plaisir de recevoir Clarisse Gorokhoff, qui a reçu le Prix 2026 !
Une soirée ponctuée d’un dîner au Relais des Peintres, à Auvers-sur-Oise. Un nouveau lieu, une nouvelle ambiance, et surtout un agréable moment de partage et de détente, loin du quotidien. Une belle soirée, tout simplement !


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Je découvre Clarisse Gorokhoff avec Femmes tout au bord, un roman qui m’a profondément touché. Inspiré d’une histoire réelle, il mêle correspondance, fulgurances poétiques et tension romanesque autour d’une magnifique histoire de femmes.

Rien ne semblait pourtant devoir rapprocher Faye et Anouk. Elles ont un âge différent, vivent dans deux pays et ne se connaissent pas. Mais un homme les relie. Paul, le fils cadet de Faye et ancien amant d’Anouk. Pendant quatre mois, elles vont pourtant s’écrire. Faye est en fin de vie, tandis qu’Anouk tente de survivre à sa rupture amoureuse. L’une doit affronter la fin de sa propre existence, l’autre le deuil de l’être aimé.
Au fil de leurs lettres, elles vont se livrer, se dévoiler et finalement se délivrer. Elles racontent leurs blessures, leurs espoirs, leurs regrets et tout ce qu’elles n’ont peut-être jamais pu dire à personne. Toutes deux se tiennent ainsi tout au bord… Que reste-t-il d’une vie, lorsqu’arrive la fin ? Tout perd son importance, tout semble s’éteindre, la voix, le corps et… finalement le cœur de Faye, le jour et à l’heure où elle l’avait décidé en toute conscience.

Anouk décide de partir au Nouveau-Mexique, dans cette terre rouge, silencieuse et mystérieuse. Elle y rencontre Jack, le mari de celle avec qui elle a tellement échangé… mais aussi Lars, Griselda et les autres proches qui l’entouraient.
Mais en arrivant chez Faye, Anouk va surtout finir par se rencontrer elle-même. Elle qui semblait jusque-là errer sans véritable direction va peu à peu s’ancrer et comprendre qui elle est.

J’ai beaucoup aimé cette idée de transmission entre les femmes, de ces liens qui traversent les générations et continuent d’exister bien après nous. L’amour d’une mère, d’une grand-mère peut finalement devenir une forme d’éternité lorsqu’une descendance en perpétue la mémoire. J’ai été touché par la manière dont Clarisse explore la fragilité de ses personnages sans jamais les réduire à leurs blessures. Tout y est intense et vrai. Son écriture est brute, nerveuse, parfois hachée, comme si ses mots suivaient mon souffle et les battements de mon cœur.
Les chapitres courts donnent aussi au récit un rythme particulier, parfois haletant, qui accompagne parfaitement cette histoire située au bord de la chute… ou de l’envol…

Femmes tout au bord est un roman fragile et puissant à la fois, où la vie, l’amour et la mort se rencontre, se confrontent sans jamais perdre leur intensité.

J’ai terminé ma lecture profondément bousculé, mais avec la sensation d’avoir découvert un texte important et nécessaire. Un roman d’une grande délicatesse sur la condition féminine, la résilience et la capacité à pouvoir se réinventer.
Une très belle découverte qui a touché mon cœur et que je vous conseille vivement.

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Extraits :

« Je vais chez une morte. Ou plutôt chez son veuf.
Je ne les ai jamais rencontrés mais elle, je l’ai bien connue. On s’est écrit chaque jour pendant quatre mois, jusqu’à ce qu’elle décide que souffrir n’était plus une preuve de courage. Au Nouveau-Mexique, si on insiste un peu, on peut mourir dignement.
Faye Steiner a insisté. »

« Ça a commencé doucement. Une gêne, pas grand-chose. J’ai fait comme si de rien n’était en espérant que ça disparaisse. Raté. Ça a grossi, pris de l’assurance. Et le verdict est arrivé. Cancer du pancréas.
Pas immense mais scélérat. Petite bête tapie dans l’ombre qui attend son heure. On me l’a confirmé à l’hôpital d’Albuquerque où Jack, mon mari, sauve des vies depuis vingt-trois ans. Ironique, non ? L’oncologue qui n’a pas vu la bombe à retardement sous son propre toit. Faut dire que j’ai une bonne dose de résistance à la souffrance – ou peut-être de déni.
Je me souviens de la première nuit où j’ai hurlé, le ventre en feu, comme si un démon y plantait ses griffes. »

« Chère Faye,
…/…
Je sais que vous êtes gravement malade, et que vous allez mourir. C’est terrible.
Je suis désolée pour vous. Pour Paul, et pour tous ceux qui vous aiment. Mais ce qui me bouleverse, c’est l’étrange douleur que je ressens depuis que je le sais. Une tristesse qui ne m’appartient pas. Une vague qui me submerge, comme si je perdais quelque chose de vital. Je me surprends à pleurer comme si c’était ma propre mère qui allait mourir. Alors qu’elle est morte il y a bien longtemps.
Je n’ai pas le droit d’écrire ça. C’est déplacé, sûrement, et même obscène. »

« Chère Anouk,
Merci pour ton message. Je n’étais pas sûre de pouvoir te répondre. Non pas parce que tu as franchi une limite, mais parce que, au contraire, tu es tombée juste.
Trop peut-être. Il y a, dans ta façon de dire les choses, quelque chose d’oblique et de clair à la fois. Comme si tu me regardais en plein dedans. »

Clarisse Gorokhof nait en 1989 à Paris. Elle suit des études de philosophie. A vingt ans, elle part vivre à Istanbul où elle restera cinq ans. Elle y a notamment achevé son master de philosophie puis créé une foire d’art contemporain abordable.

Sa démarche d’écriture la pousse à s’intéresser aux paradoxes qui façonnent nos manières d’être – à la fois triviales et bouleversantes – qui forgent la société de nos jours.

En 2018, elle publie son second roman, Casse-gueule, la suite de De la bombe, publié en 2017. Il commence avec le récit d’une scène violente : l’héroïne, Ava, se fait tabasser par un inconnu jusqu’à en être défigurée. Elle qui tenait sa beauté de sa mère, qu’elle rejette, s’accommode plutôt bien de sa nouvelle laideur.

En 2019, elle publie son troisième roman, la suite romanesque des deux premiers, Les fillettes. Dans ce troisième ouvrage, « Clarisse Gorokhoff finit d’y imposer je ne sais quel ton, quel tour et quel sel dont on se souviendra un jour. » écrit Sébastien Lapaque, journaliste du Figaro. Elle continue à décortiquer les grandeurs et misères de la vie familiale en racontant l’histoire de trois petites filles dont la mère est droguée. On suit différents personnages, dont les fillettes, la mère et le père. Le livre est en lice pour le Prix des libraires 2020.

En 2026 sort son cinquième ouvrage : Femmes tout au bord. On suit le personnage de Faye Steiner, sexagénaire, mariée à un éminent oncologue américain et atteinte d’un cancer du pancréas incurable. Au Nouveau-Mexique, où elle vit, elle peut choisir le suicide assisté. Elle prend sa décision et en parle dans les lettres qu’elle envoie à Anouk, une jeune française qu’elle n’a jamais rencontrée et qui vit un chagrin d’amour : le fils de Faye vient de la quitter. L’écriture est cinématographique et la fin inattendue, à l’instar d’un thriller psychologique. Elle est en partie inspirée de la vie de l’autrice qui reçoit le prix du Cercle littéraire du Château de l’Hermitage 2026.

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