de Franck Bouysse
Poche – 19 août 2026
Éditeur : Le Livre de Poche

« Il manquera à tout jamais un regard, une voix, une présence discrète qui traversent ces pages. Quelques heures fragiles couchées sur le papier. Le temps de vous parler de Marie. »
C’est une histoire de femmes. De femmes simples, aux « vies minuscules », aux destins bouleversants, aux maris emportés par les tourbillons de l’Histoire ou les aléas de la fatalité. De femmes qui n’ont eu d’autre choix que de reprendre le flambeau pour faire vivre leurs enfants.
Marie est née en 1912 dans une ferme isolée. Et ne la quittera jamais. De cette grand-mère qui traversa le XXe siècle – la sienne –, Franck Bouysse embrasse la mémoire, se faisant l’interprète des mots qu’elle ne prononça pas, pour raconter un parcours de labeur, d’amour et de dignité.
Chaque page transpire de tendresse pour ces héroïnes ordinaires
qui ont fait de leur auteur ce qu’il est devenu.
Marie Chaudey, La Vie.
Dans une langue sobre, tendue entre pudeur et précision,
l’écrivain a creusé la voie d’un récit intime qui porte en lui
l’immense complexité de sa restitution émotionnelle.
Sa mémoire devient un mythe à transmettre,
celui des femmes de son époque.
Marie Jouvin, Lire magazine.
Prix Honoré-de-Balzac 2025.

Cela faisait un moment que je souhaitais découvrir la plume de Franck Bouysse. Alors, lorsque j’ai déniché Entre toutes dans une boîte à livres, avant-hier, je n’ai pas hésité une seconde !
Dès les premières pages, j’ai été touché par cette histoire intime et universelle, dans laquelle l’auteur fait revivre Marie, sa grand-mère, née en 1912 dans une ferme corrézienne.
À travers elle, je découvre tout un siècle de vie paysanne, avec ses saisons, ses travaux, ses joies et ses drames. De la Première Guerre mondiale qui brise son père à la Seconde qui endeuille les campagnes, des traditions ancestrales à la modernisation du monde rural, Marie traverse les époques avec une dignité et une force tranquille qui m’ont profondément ému. J’ai aimé retrouver cette vie d’autrefois, les travaux des champs, les récoltes, la solidarité entre paysans, mais aussi les jalousies, les convoitises et parfois la méchanceté humaine. La religion, si présente dans ces campagnes, les liens familiaux et les bouleversements sociaux composent une véritable fresque d’un monde aujourd’hui presque disparu.
Avec une écriture sobre, délicate et profondément humaine, Franck Bouysse redonne une voix à ces gens modestes, ces invisibles dont les existences ont pourtant façonné notre histoire.
Mais cette lecture a pris pour moi une dimension toute particulière. Au fil des pages, j’ai retrouvé des similitudes avec la vie de mes propres arrière-grands-parents paysans. Des souvenirs, des images, des sensations sont remontés à la surface et m’ont bouleversé. J’ai alors compris que l’auteur ne racontait pas seulement l’histoire de sa famille, mais aussi celle de la mienne, de la vôtre… Celle de toutes ces mères et grand-mères qui ne demandaient presque rien, mais qui portaient tant. Des femmes qui avançaient, parce qu’il le fallait, parce que l’amour était leur manière de tenir debout et de faire vivre les leurs. À un moment de ma lecture, le temps d’un chapitre, j’ai même cru sentir la présence de mon arrière-grand-mère. Comme si Franck Bouysse lui avait prêté sa plume, comme s’il avait retrouvé quelque part sa voix. Cette sensation m’a profondément touché.
Entre toutes est bien plus qu’un récit familial. C’est un hommage lumineux à toutes ces femmes de la terre et de l’ombre, à leur courage silencieux, à leurs sacrifices et à cette force dont elles ne mesuraient peut-être même pas la grandeur.
J’ai refermé ce livre avec beaucoup d’émotion, en pensant longuement aux miens. À ceux qui sont encore là, parfois loin de moi, et à ceux qui sont partis, mais dont la présence demeure. Cette lecture m’a fait du bien. Elle m’a rappelé d’où je viens et combien il est précieux de ne jamais oublier ceux qui nous ont précédés.
Un livre magnifique, à lire, à offrir et surtout à transmettre. Merci, Franck Bouysse, pour cette belle rencontre avec Marie… et, quelque part, avec les miens.
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Extraits :
« Nous sommes la multitude de noms gravés sur les pierres tombales, faits de la même matière que celles et ceux qui ont foulé la terre avant nous. Nous sommes faits des mêmes élans, des mêmes immobilités, des mêmes rires, des mêmes chagrins, des mêmes pesanteurs, des mêmes états de grâce, des mêmes unions, des mêmes arrachements, des mêmes éclaircies, des mêmes brumes, des mêmes doutes, des mêmes espoirs. Nous sommes ce que d’autres ont été, ceux qui nous ont conçus, dans la vallée du Grand Rift, dans les profondeurs des grottes, avant le feu, avant les mots. Nous tournons en rond. Nous répétons les gestes et seule notre voix nous donne l’illusion d’être singuliers. Nous n’avons rien appris, nous n’apprendrons jamais rien. C’est ainsi. Les ombres nous devancent et nous n’y pouvons rien. »
« Ils traversèrent le gué en marchant sur des pierres affleurantes, suivirent ensuite le même chemin qu’à l’aller, pour regagner les Vieilles Granges, le panier d’Émile garni de champignons et la tête de Marie emplie de grands mystères.
Elle aimait les histoires. En plus de celles qu’elle puisait dans les livres, elle écoutait avec plaisir les vieux remuer l’ancien temps, les plus jeunes parler d’avenir, de la marche du monde, du moins ce qui leur en parvenait grâce aux journaux et aux voyageurs de passage qui se plaisaient à monter en épingle le moindre événement, fût-il insignifiant, jouant alors les importants. Les paysans s’y intéressaient aussi, au monde. Mais ils n’avaient pas la prétention de penser que le monde s’intéressait à eux. »
« Anna avait dit tout ce qu’elle avait prévu de dire.
Pour ne pas en rajouter, elle demanda à sa fille si elle avait retrouvé l’appétit. Marie sourit tendrement. Elle fit le tour de la table, passa la pulpe d’un pouce sur sa langue et essuya la farine sur le front de sa mère.
Anna lui saisit alors le poignet, aussi fermement que son père au moment de mourir.
— Je ne crois pas t’avoir dit combien tu comptes pour moi.
— Autant que tu comptes pour moi, j’imagine.
— Alors, c’est beaucoup. »
« En ce temps-là, les médecins étaient des confidents, et parfois même des amis. On s’en remettait à eux, et quand ça ne suffisait pas, on se glissait en douce dans l’officine du curé ou la cabane du guérisseur. On faisait confiance à la science seulement tant qu’elle pouvait satisfaire. »


Franck Bouysse est né et vit en Corrèze. Dans sa jeunesse, occupe ses loisirs à la lecture et il découvre la littérature américaine, notamment avec William Faulkner. C’est au hasard de rencontres qu’il publie dans des maisons d’éditions régionales.
Il a publié une quinzaine de romans couronnés par de nombreux prix, dont
— Grossir le ciel (La Manufacture de livres, 2014 ; Prix SNCF du polar, Prix Michel Lebrun, Prix Lire en poche…),
— Plateau (La Manufacture de livres, 2016),
— Glaise (La Manufacture de livres, 2017 ; Prix des lecteurs de la Foire du livre de Brive),
— Né d’aucune femme (La Manufacture de livres, 2019 ; Prix des libraires, Prix Babelio, Grand prix des lectrices de Elle…),
— Buveurs de vent (Albin Michel, 2020 ; Prix Giono),
— Fenêtre sur terre (Phébus, 2021).
— Entre toutes (Albin Michel, 2025 ; Prix Honoré de Balzac 2025)
En 2022, avec Été brûlant à Saint-Allaire, il écrit son premier scénario original de bande dessinée pour le dessinateur Daniel Casanave.
