de Marc Fernandez
Poche – 3 octobre 2018
Éditeur : Le Livre de Poche

Deux hommes disparaissent à Madrid. Un autre à Paris et une femme à Buenos Aires. Chaque fois, le même scénario : les victimes sont enlevées et leur cadavre retrouvé mutilé. Toutes ont aussi un passé commun : leur combat contre les dictatures d’Amérique latine dans les années 1970 et 1980.
Parmi ces disparus figure l’un des amis du journaliste madrilène Diego Martín. Il décide de se pencher sur cette affaire pour son émission de radio, aidé par la détective Ana Durán, sa complice de toujours, et par l’avocate Isabel Ferrer.
Une enquête de tous les dangers qui va les mener de l’Espagne à l’Argentine en passant par le Chili, et les obliger à se confronter aux fantômes de l’Histoire. Ce qu’ils découvriront fait froid dans le dos, car, quarante ans après l’opération Condor, le rapace continue de voler.
L’auteur de l’acclamé Mala Vida, finaliste du Grand Prix des lectrices de Elle, revient avec un nouvel opus, plus haletant que jamais, à cheval entre l’Europe et l’Amérique latine, où le passé vient frapper à la porte d’anciens guérilleros… Ennemis un jour, ennemis toujours.
Diablement réussi.
Paris Match
Marc Fernandez s’avère un redoutable conteur.
M, le magazine du Monde
Si Orwell avait rencontré Almodóvar,
cela aurait donné quelque chose dans ce goût-là.
Le Point

Avec Guérilla Social Club, Marc Fernandez m’a une nouvelle fois mis une sacrée claque !
Après Bandidos (que j’aurais du lire plus tard !) et Mala Vida, histoire autour des bébés volés sous le régime de Franco, il confirme ici tout le bien que je pensais déjà de lui.
Dans un style journalistique, vif, direct et terriblement rythmé, Marc m’a embarqué dans un récit qu’il m’a été très difficile de lâcher. Je ne parlerais pas vraiment de thriller, mais plutôt d’un formidable roman noir où des hommes et des femmes continuent de se battre pour la liberté. Et cette histoire m’a tellement emporté que les dernières pages m’ont même tiré quelques larmes (surtout la page 271).
J’ai également eu énormément de plaisir à retrouver les personnages de Mala Vida.
Diego, journaliste d’investigation, Ana, détective privée et ancienne opposante à la dictature argentine, et David, juge devenu avocat, forment un trio aussi fort que complémentaire.
Autour d’eux, Carlos, réfugié chilien et ancien guérillero, apporte lui aussi une dimension particulièrement attachante au récit. Lorsque les anciens compagnons de lutte de Carlos commencent à disparaître à Paris, Madrid, Buenos Aires ou Santiago du Chili, puis à être retrouvés torturés et assassinés, ses amis décident de mener l’enquête. Carlos lui-même est menacé et tout semble ramener aux nostalgiques des anciennes dictatures.
J’ai adoré cette construction qui m’a fait voyager d’un continent à l’autre et naviguer constamment entre passé et présent. Marc nous montre parfois des éléments que ses personnages ignorent encore, grâce notamment aux flashbacks et à différents détours narratifs.
Et même lorsque je pensais avoir compris certaines choses, les révélations finales m’ont laissé complètement abasourdi. C’est là que Marc est particulièrement fort. Il brouille avec talent la frontière entre réalité et fiction. Son écriture possède une telle efficacité que j’en suis parfois venu à oublier que je lisais un roman. Tout paraît possible, justement parce que l’auteur s’appuie sur une histoire et des blessures profondément réelles.
Mais au-delà de l’intrigue, c’est cette idée d’un passé qui pourrait refaire surface qui m’a particulièrement marqué. Une perspective inquiétante, qui donne à ce roman noir une résonance que j’ai trouvée très actuelle.
Guérilla Social Club est donc pour moi une formidable réussite. Une intrigue palpitante, une écriture vive, des personnages forts et attachants et un suspense qui tient jusqu’à la dernière page.
Quel conteur ! Quelle construction ! Quelle histoire !
Je me suis laissé happer du début à la fin. Un véritable coup de cœur !
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Extraits :
« Près de Santiago du Chili, 7 septembre 1986.
Il doit mourir. C’est la seule solution. La peine capitale pour tout le mal qu’il a fait, qu’il continue de perpétrer. Sa voiture blindée ne le sauvera pas. Boum.
La mort après un dernier virage. Un salaud de moins sur cette terre. Et une lueur d’espoir pour les autres. »
« Des semaines à courir, à faire des pompes, à tirer, à manier les armes longues, courtes, de tous types, à apprendre à se battre à mains nues, au couteau, au corps à corps. Des jours et des jours, aussi, à mettre au point le rôle de chacun, sa position sur le terrain, le timing de chaque geste et le plan de repli. Des heures à parler encore et encore, à se préparer au pire, à la torture s’ils étaient arrêtés, au sacrifice suprême aussi, pour que d’autres après eux en profitent.
La mort n’est pas qu’une simple hypothèse dans ce genre d’opérations. Mieux vaut perdre la vie les armes à la main que de se lamenter sans cesse et de ne rien faire. On ne résiste pas à la tyrannie avec des mots et de bons sentiments, on la combat avec des flingues.
Jusqu’au bout. »
« Carlos aussi a eu à subir les mauvais traitements infligés par la police politique. Il en garde quelques séquelles, notamment des traces de brûlures de cigarette sur l’omoplate droite et une phalange de moins au petit doigt de la main gauche. Mais il n’a jamais été très disert sur les circonstances de son départ, sur ses années de guérilla. Ses amis respectent ce choix, ce silence, et n’ont jamais osé insister. La seule confidence qu’il ait faite à Diego est qu’il garde un contact régulier avec un certain nombre d’anciens compagnons de lutte, tous réfugiés comme lui dans différents pays d’Europe, et qu’ils se réunissent une fois par an, en souvenir de leurs années de combat. »
« Amis du noir, bonsoir! Je suis Diego Martin, merci d’être à l’écoute de ce trois cent vingt-quatrième numéro d' »Ondes confidentielles ». Un sommaire un peu chamboulé ce soir. Et je prie tous les auditeurs amateurs de polars que vous êtes de m’en excuser. Mais je sais aussi que vous êtes friands de vraies histoires policières. Vous allez être servis avec ce programme spécial consacré à une affaire qui, je l’avoue, me touche personnellement, et qui est loin, très loin, d’avoir livré tous ses secrets. Nous allons parler d’enlèvements, de meurtres, de menaces de mort. En plein Madrid, messieurs, mesdames. Deux • victimes, dont l’une découverte il y a quelques jours à peine au Retiro. Plusieurs autres personnes menacées. Leur point commun ? Ce sont tous d’anciens guérilleros. Des personnes qui ont pris les armes pour se battre contre les dictatures. Au Chili, en Argentine, et sur tout le continent latino-américain. »


Journaliste depuis plus de 15 ans, Marc Fernandez a longtemps été chargé de suivre l’Espagne et l’Amérique latine pour Courrier International.
Co-auteur, avec Jean-Christophe Rampal, de :
— La ville qui tue les femmes, enquête à Ciudad Juárez,
— Pinochet, un dictateur modèle, (Hachette Littératures),
— Narco Football Club, (éditions Moisson Rouge).
Ils ont également réalisé le webdocumentaire, La Cité des mortes.
— Mala Vida (2015) est son premier roman en solo. Puis :
— Guérilla Social Club (2017),
— Bandidos (2018),
— Tapas nocturnes (2022)
Marc Fernandez tient le blog polar Mauvais genre sur Slate.fr.
Il est cofondateur et rédacteur en chef de la revue Alibi, consacrée au polar.
