de Peter May
Poche – 2 janvier 2013
Éditeur : Babel

En rupture avec son passé, Fin Macleod retourne sur son ile natale de Lewis. La mort tragique de son jeune fils a détruit son mariage, et il a quitté la police. La lande balayée par les vents, la fureur de l’océan qui s’abat sur le rivage, les voix gaéliques des ancêtres… il pense pouvoir retrouver dans ces lieux de l’enfance un sens à sa vie.
À peine Fin est-il arrivé qu’on découvre le cadavre d’un jeune homme, miraculeusement préservé par la tourbière. Les analyses ADN relient le corps à Tormod Macdonald, le père de l’amour de jeunesse de Fin, faisant du vieil homme le suspect n° 1. Mais celui-ci ne peut se défendre, perdu qu’il est dans les brumes de sa maladie d’Alzheimer, Fin va donc l’aider.
Au rythme des fulgurances qui traversent l’esprit sénile de Tormod, le passé ressurgit, douloureux, dramatique, dévoilant le sort que la société écossaise a réservé pendant des décennies aux enfants orphelins ou abandonnés que l’Église catholique envoyait sur les îles Hébrides.

J’ai appris avec tristesse le décès de Peter May vendredi dernier. Ayant adoré L’Île des chasseurs d’oiseaux, j’ai décidé de bouleverser mon ordre de lecture pour lui rendre hommage. Je viens ainsi de terminer le deuxième tome de sa saga écossaise, L’Homme de Lewis.
J’y ai retrouvé Fin Macleod, dans le prolongement des événements du précédent roman. Divorcé, ayant quitté la police, il revient sur son île natale de Lewis, libéré de ses anciennes contraintes. Peut-être cherche-t-il à retrouver ses racines, à réparer ce qui peut encore l’être, ou tout simplement à retrouver sa place parmi les siens. Cette île, avec ses paysages sauvages et ses habitants, pourrait bien devenir finalement son refuge.
À peine arrivé, il se retrouve impliqué dans une enquête menée par Gunn, l’inspecteur de Stornoway. Un cadavre, parfaitement conservé dans la tourbe, vient d’être découvert. La mort remonterait aux années 1950 et les analyses ADN conduisent à Tormod Macdonald, le père de Marsaïli, l’amour de jeunesse de Fin.
Mais un obstacle majeur se présente, Tormod souffre de la maladie d’Alzheimer et ses souvenirs s’effacent peu à peu.
Commence alors une véritable course contre le temps, entre enquête présente et réminiscences d’un passé douloureux. Une nouvelle fois, Peter May m’a captivé avec une intrigue d’une rare intelligence, qui dépasse largement le cadre du polar. J’ai découvert une page méconnue de l’histoire des Hébrides, notamment le destin des « homers », ces enfants sacrifiés dont les conditions de vie m’ont profondément bouleversé.
L’auteur alterne avec beaucoup de finesse les investigations de Fin et les souvenirs de Tormod. J’ai été sensible à la délicatesse avec laquelle il aborde Alzheimer, les amours anciennes, la nostalgie de l’adolescence et les regrets de l’âge adulte. Ses descriptions des paysages écossais sont toujours aussi saisissantes, j’ai eu l’impression de sentir le vent et de fouler ces terres battues par les éléments.
Derrière cette enquête se dessine un roman puissant, profondément humain, où les secrets d’une communauté se mêlent aux blessures intimes.
J’ai retrouvé des personnages remarquablement construits, auxquels je me suis attaché et que j’ai eu plaisir à suivre jusqu’au bout.
Et puis viennent les dernières lignes… Elles m’ont donné des frissons et une émotion que je ne suis pas près d’oublier.
Peter May était décidément un immense conteur, capable de faire naître l’émotion là où je ne l’attendais pas. Un véritable voyage au cœur de l’Écosse, mais aussi de la mémoire et de ses silences.
Merci encore à David Fréchou de m’avoir fait découvrir cet auteur exceptionnel, que je conseille à mon tour vivement.
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Extraits :
« Sur cette île battue par les tempêtes, à trois heures de la côte nord-ouest de l’Écosse, le peu de terre qui y reste accrochée fournit nourriture et chaleur aux habitants. Elle se charge aussi de leurs morts. Plus rarement, comme aujourd’hui, elle les rend. »
« C’est bizarre aussi que je me réveille toujours à la même heure. Et ce n’est pas à cause de la lumière qui se glisse autour des bords du rideau. Il y a si peu d’heures de nuit à cette époque de l’année. Ce doit être une sorte d’horloge interne. Toutes ces années à se lever à l’aube pour la traite, et tout ce qui remplissait mes jour-nées. Tout s’est envolé maintenant. »
« Bonjour, Fionnlagh.
Le garçon pointa la mâchoire en direction de la tente bleu pâle.
— Tu ne fais que passer ?
— C’est temporaire.
— Ça faisait un moment.
— En effet.
Fionnlagh fit une pause, pour donner de l’emphase à ses paroles. « Neuf mois. » L’accusation était claire.
— J’avais une vie entière à laisser derrière moi.
Fionnlagh inclina légèrement la tête sur le côté.
— Ça veut dire que tu es revenu pour rester ?
— Peut-être.
Fin tourna son regard vers la ferme.
— C’est mon foyer. Là où on revient quand on n’a nulle part où aller. Après, si je reste ou pas… c’est encore à voir.
Ses yeux verts revinrent sur le garçon. »
« Fin regarda le vieil homme avec attention. Les rayons du soleil s’accrochaient aux poils argentés qui parsemaient le bas de son visage et la chair flasque de son cou, les faisant ressortir sur sa peau pâle et sans souplesse. Ses yeux, en revanche, étaient presque opaques, obscurcis par des souvenirs qu’il ne pouvait pas, ou ne souhaitait pas partager. Il ne disait rien depuis un bon moment. Ses larmes avaient séché, laissant des traces salées sur ses joues. Il avait ramené ses genoux, serrés entre ses bras, contre sa poitrine, et restait assis à regarder la mer avec des yeux qui voyaient des choses que Fin ne pouvait apercevoir. »


Écrivain écossais, Peter May habite depuis une dizaine d’années dans le Lot.
Il a d’abord été journaliste avant de devenir l’un des plus brillants et prolifiques scénaristes de la télévision écossaise. Il y a quelques années, Peter May a décidé de quitter le monde de la télévision pour se consacrer à l’écriture de ses romans. Le Rouergue a publié sa série chinoise avant d’éditer la trilogie écossaise (parue d’abord dans sa traduction française avant d’être publiée, avec un immense succès, en anglais).
Il est décédé vendredi 25 septembre 2026, à 74 ans, laissant une œuvre devenue une référence du polar.
— L’Île des chasseurs d’oiseaux
https://leressentidejeanpaul.com/2025/10/30/lile-des-chasseurs-doiseaux/

Magnifique récit que je n’oublierai jamais. Merci Jean paul
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