de Laurent Malot
Broché – 15 novembre 2017
Éditions : Bragelonne

À la suite de l’épisode douloureux de L’Abbaye Blanche, le lieutenant Gange s’est séparé de sa femme. Pour conserver la garde alternée de leur fille, il a quitté son Jura natal pour s’installer à Étampes. Mais cette ancienne ville royale du sud de l’Essonne symbolise l’échec de son couple, et il a du mal à s’y investir. Dans son nouveau commissariat, on le surnomme « l’autiste des montagnes ».
Un quadruple meurtre secoue alors la ville. Arrêté avec un couteau à la main et du sang sur ses vêtements, un ado de 14 ans se mure dans le silence avant d’être interné en hôpital psychiatrique. Gange, aux affaires courantes, reste en retrait. En arrêtant un jeune qui sème le trouble dans les rues, il croise la route de sa mère, femme de pouvoir séduisante, prête à tout pour protéger son fils. Une femme d’influence que personne, à Etampes, n’ose vraiment contredire…
Survient alors un cinquième crime sauvage.
Dans une ville qu’il apprend à aimer peu à peu, autour d’une enquête mêlant agriculture bio, pouvoir des puissants, mais aussi l’éducation des enfants, Gange se retrouve sur les traces d’un dangereux psychopathe. Sans se douter un instant qu’il met les siens en danger…
Avec Sème la mort, Laurent Malot situe son intrigue dans le grenier céréalier de la France, en pleine Beauce, pour interroger nos aspirations et nos résistances au changement, à travers le prisme des lobbies surpuissants de l’agriculture conventionnelle. Semer la mort ou semer la vie… c’est une façon de penser le monde et de préparer l’avenir de nos enfants. Un polar résolument noir, ancré dans le réel et son époque, où l’on retrouve l’humour féroce et l’intégrité de Gange, le flic de L’Abbaye blanche…

Je viens de terminer Sème la mort de Laurent Malot, un roman policier sombre qui m’a une nouvelle fois donné matière à réfléchir. Car derrière l’enquête, l’auteur nous tend un miroir de notre société, et ce reflet n’est pas toujours très agréable à regarder.
Je retrouve pourtant dans ce roman ce que j’apprécie chez Laurent, un récit qui sonne juste.
Le lieutenant Gange a dû quitter son Jura adoré pour suivre sa fille Marine à Étampes, dans l’Essonne. Séparé de Gaëlle, sa femme, il traverse une période particulièrement difficile.
Dans son nouveau commissariat, l’accueil du commissaire Marcoen ne va pas vraiment arranger les choses. Gange s’enferme dans son mal-être et semble avoir perdu tout intérêt pour son métier. Il ne s’intéresse plus à rien, ni personne.
Seule Marine lui permet encore de garder la tête hors de l’eau.
Jusqu’au jour où le massacre d’une famille entière, les Ellens, réveille l’instinct du policier. Terrorisme, folie, acte isolé ? Toutes les hypothèses semble possibles.
Très vite pourtant, un coupable idéal apparaît. Ethan, un jeune homme surdoué retrouvé sur les lieux, un couteau à la main et couvert de sang.
Pour les médias comme pour certains enquêteurs, le coupable idéal semble tout trouvé.
Mais peut-on condamner quelqu’un simplement parce qu’il correspond au récit que l’on veut raconter ?
C’est l’une des nombreuses questions que Laurent soulève avec beaucoup de justesse. Car derrière l’enquête, il aborde aussi la place des enfants différents, leur fragilité et la difficulté de les accompagner. Ethan n’est pas le seul concerné. Rémy vient également rappeler combien certains enfants peuvent avoir besoin d’attention et de protection.
J’ai également été sensible à tout ce qui touche au monde agricole et au mal-être de ceux qui le font vivre. Les questions liées aux produits phytosanitaires, à la rentabilité et aux choix imposés aux exploitants donnent au roman une dimension profondément sociale. Laurent montre une profession prise dans un système dont il devient difficile de s’extraire.
Et puis il y a Gange, confronté à un environnement professionnel toxique qui vient encore fragiliser une vie personnelle déjà chaotique. J’ai aimé ce personnage qui, malgré les pressions et les convenances, refuse finalement de courber l’échine.
Entre polar classique et roman noir, Sème la mort explore ainsi la corruption, le pouvoir, la folie, mais aussi les dérives de notre société de consommation.
Une lecture lucide, parfois dérangeante, mais surtout profondément juste et humaine.
Merci Laurent pour cet excellent moment de lecture.
Une fois encore, tu m’as donné envie de retrouver ton univers et tes personnages pour de nouvelles aventures.
÷÷÷÷÷÷÷
Extraits :
« La jeune femme avait raison, Gange méritait sa réputation de sauvage. Quand il avait intégré le commissariat d’Étampes, on ne lui avait pas fait de cadeau, mais il n’avait pas manifesté non plus l’intention de s’intégrer. Il avait atterri dans la région quelques semaines plus tôt parce que Gaëlle s’y était installée avec Marine. »
« — Bonjour Ethan. Je suis le lieutenant Gange. On ma demandé de venir te voir au cas où tu aurais envie de parler.
L’adolescent le regarda à peine ouvrir la fenêtre pour faire entrer un peu d’air et s’asseoir derrière le bureau.
— Si tu ne veux pas me parler, on va juste passer le temps, ça me va très bien. Dans une demi-heure, un psychiatre va venir t’examiner et décidera probablement de te placer en internement. On lèvera alors ta garde à vue et tu seras transféré dans un centre psychiatrique.
Gange avait décidé de jouer franc-jeu. Si Karsenti ne l’avait pas fait, autant qu’Ethan sache ce qui l’attendait. »
« — Quel genre de pression ?
— Des pressions du ministère qui baisse les prix parce qu’on trouve moins cher ailleurs. Des pressions des industriels de la chimie qui nous appâtent avec des produits à bas prix pour mieux nous enchaîner à vie. Et encore des pressions des consommateurs, jamais contents de ce qu’ils ont dans leur assiette!
— Vous voulez parler des OGM ?
— C’est ça. Des OGM, des pesticides, des antibiotiques pour les animaux, et tout ce qu’on nous vend comme produits miracles.
Tout ça, c’est pour se faire du fric sur notre dos. Et votre Ellens, c’était la même chose. Y en a marre des apprentis sorciers, vous entendez! Parce que les premières victimes, c’est les agriculteurs.
C’est nous qui mourrons les premiers. Allez voir mes collègues, regardez les chiffres! On crève, dans la paysannerie! Si c’est pas de fatigue ou de misère, c’est du cancer. »
« Dans l’inconscient collectif suintait une sensation de fin du monde. Le populisme et le fascisme gagnaient du terrain. Le terrorisme ouvrait la porte à une troisième guerre mondiale. Le cataclysme écologique planait de plus en plus bas, la pollution ne montrait aucun signe d’amélioration, les abeilles mouraient en masse, la vache folle et la grippe aviaire n’avaient pas dit leur dernier mot. Quant à l’humanité, elle venait de s’effondrer à Alep. Il fallait que les couples soient solides pour y résister, qu’ils se créent des rayons de soleil suffisamment puissants pour traverser l’épaisse couche de peur et de dégoût. Plus d’un sur deux y échouait. Qui pouvait prétendre à l’épanouissement dans ces conditions ? »


Né en 1970, Laurent Malot écrit depuis l’enfance. Il aime vagabonder entre les genres, notamment la littérature, le roman jeunesse, le roman policier et le thriller, et tremper sa plume dans les formes les plus diverses : pièces radiophoniques, pièces de théâtre, romans (De la part d’Hannah est son premier roman) et scénarii pour le cinéma.
— De la part d’Hannah (2014)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/20/de-la-part-dhannah/
— Que Dieu lui pardonne (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/15/que-dieu-lui-pardonne/
