Amour, Émotion, Conte, Magique, Psychologie

Notre part féroce

de Sophie Pointurier
Broché – 21 août 2025
Éditeur : PHEBUS

Pour certains, l’enfance est un paradis perdu. Pour Anne, c’est une terre aride. Fuir, briser sa chaîne, vivre sa vie, c’est tout ce qu’elle espérait. Devenue mère, la voilà rattrapée par son histoire. Et une obsession : comprendre la femme qui l’a élevée seule.

Anne est journaliste. Son dernier article, écrit en réaction au procès d’un chasseur jugé pour avoir tué une louve, la plonge dans une tempête médiatique. Mise en retrait des sujets sensibles, elle s’offre une parenthèse estivale et embarque avec elle sa fille, sa mère et sa vieille amie. Mais dès leur arrivée, l’étrange s’invite dans leur quotidien : événements inexpliqués, coïncidences, déjà-vu… Les détracteurs de Anne auraient-ils décidé de ne plus la laisser en paix ? Ou est-ce autre chose, de plus ancien et de plus sauvage, qui s’éveille autour d’elle ?

Odyssée de femmes, fable contemporaine, voyage palpitant au cœur d’une mélancolie familiale, roman sur les mythologies et la violence qui nous peuplent, Notre part féroce pose une question : jusqu’où peut-on aller pour réparer notre enfance ?

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Merci à toute l’équipe de Babelio pour cette excellente soirée, où Sophie Pointurier a su trouver les mots qui nous ont tous touchés…

J’ai découvert Sophie Pointurier avec Notre part féroce, un roman surprenant, audacieux et une écriture vive qui m’a accroché dès les premières pages. Je ne savais pas où j’allais, et c’est sûrement ce qui m’a le plus séduit, cette impression de me laisser entraîner dans un récit qui m’échappait sans cesse, qui changeait de peau à mesure que je tournais les pages. J’ai rarement lu un roman qui se transformait ainsi entre le début et sa fin, lentement, mais résolument !

Au départ, tout semble familier, presque banal. Je lis tranquillement, confortablement installé sur mon canapé, et je me dis que je tiens entre mes mains une histoire de famille comme tant d’autres. Mais peu à peu, les choses basculent, se bousculent. Les premiers signes étranges apparaissent, les questionnements autour du paranormal s’invitent, les mythes surgissent, puis les fissurent de la réalité. J’ai senti l’ambiance se charger, mon confort s’évaporer, et j’ai adoré ça.

Le roman se déploie alors dans une dimension à la frontière du réel et du fantastique, assumant une normalité déroutante où les loups-garous et les dames blanches semblent avoir droit de cité.
Trois femmes, trois générations, trois forces de caractère qui s’entrechoquent, Anne, journaliste, sa mère Scarlett, abîmée par la vie, et Rose, sa fille, témoin d’un monde qui lui échappe encore. Leurs personnalités fortes, parfois borderline, se heurtent, s’entremêlent, et rendent ce récit aussi intime que troublant. Elle seront rejoint par une voisine de Scarlett, une femme alcoolique devenue son amie, qui aura aussi son importance.
Sophie assume son histoire à la limite du fantastique avec beaucoup d’aisance, avec une normalité assumée même, elle nous livre non pas une aventure féminine, mais trois qui s’entrechoquent avec leurs trois personnalités puissante et borderline, trois générations bien distinctes.

Ce que j’ai trouvé fascinant, c’est la manière dont Sophie s’appuie sur les mythes pour raconter la famille, ses fractures, ses silences, ses blessures invisibles. J’ai aimé ce double niveau de lecture, une histoire de femmes, mais aussi un miroir tendu à nos ombres, à ce que nous portons de sauvage et d’incontrôlable. À travers Anne, écartée de son travail après un article polémique sur les loups, j’ai suivi leur voyage à Palavas-les-Flots, censé être une parenthèse, mais qui vire à l’inattendu et se transformera en quête identitaire, en confrontation avec l’Histoire familiale, voire même une plongée dans l’inexpliqué.

Notre part féroce est un roman qui m’a happé par ses mystères et ses résonances, mais pas que. C’est une lecture originale et envoûtante, où la petite histoire se mêle à la grande, et où chaque page semble nous rappeler que nos mythes intimes, eux aussi, ont toujours faim.

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Extraits :

« Ce qui se passe la nuit n’est jamais entièrement vrai, ce qui se passe le jour non plus. Cette nuit, j’ai rêvé que je prenais un médicament qui devait m’aider à mourir. Dans ce rêve, quelqu’un me tendait un cachet blanc ; je l’avalais et puis j’attendais. On me disait: ton cœur va s’arrêter dans quelques minutes. Je sentais mon cœur ralentir, il battait de plus en plus faiblement, mais ne s’arrêtait pas. J’avais mal, les heures passaient, des inconnus allaient et venaient dans la pièce. Ils discutaient comme si je n’étais pas là, inquiets, et moi je ne mourais toujours pas. »

« D’aussi loin que je me souvienne, maman avait toujours eu mal. « J’ai mal dormi » était la première phrase que j’entendais le matin au réveil. La tête, le ventre, le dos, elle avait mal partout et s’en plaignait généralement tout le temps. Je partais à l’école en sachant que je la retrouverais à 16 heures à l’endroit exact où je l’avais quittée, et qu’un compte rendu exhaustif de sa condition m’attendait pour le goûter. »

« Je crois que je rêve, ou je rêve que je me réveille. Je suis dans mon lit, j’entends des voix. Quelqu’un marche autour de moi, je perçois le bruit de ses pas sans pouvoir bouger. Mon corps ne répond pas, je veux crier mais aucun son ne sort de ma bouche et ça me tétanise. Je me vois d’en haut, allongée, le corps distinct de mon esprit.
Quelqu’un m’observe, il y a une présence, forte, presque inquiétante. Peut-être que c’est moi qui marche autour de moi, sinon, qui d’autre me ferait peur comme ça ? »

« J’ai ramené maman à la maison en me demandant comment elle avait bien pu se retrouver sur cette route en pleine nuit. Elle avait parcouru plusieurs kilomètres de La Grande-Motte jusqu’ici dans un état second et j’envisageais toutes les raisons possibles: un mélange de somnifères et d’anxiolytiques, un début d’Alzheimer, une amnésie dissociative. Aucune de ces perspectives n’était rassurante. Je lui répétais qu’elle me fichait la trouille à jouer avec sa santé, mais elle n’entendait pas.
– Tu es venue en stop, tu as pris le bus ? Qu’est-ce que tu fais ici ?
Elle ne se souvenait de rien.
– J’ai marché…
– Mais tu as souvent des crises de somnambulisme ? Je vais en parler avec Rose. Ça va pas du tout là… »

Sophie Pointurier est enseignante-chercheuse et directrice de la section Interprétation en langue des signes à l’École supérieure d’interprètes et de traducteurs (ESIT) – université Sorbonne-Nouvelle. Son deuxième roman, Femme portant un fusil, a conquis les libraires et les lecteurs.

Publications :
– Théories et pratiques de l’interprétation de service public
– La femme périphérique
– Femme portant un fusil
– Le Déni lesbien, celles que la société met à la marge
– Notre part féroce

Amour, Émotion, Drame

Il était une femme étrange

de David Lelait-Helo
Broché – 9 janvier 2025
Éditeur : Héloïse d’Ormesson

À la nuit tombée, sous le grand arbre d’Amapolas, Eusebio, le vieux conteur, promet un voyage étourdissant : la fabuleuse histoire de María Dolores Pinta de las Aguas Dulces, le seul être au monde qui eut trois vies et deux sexes ! Mais il ne dira pas comment cette femme le hante depuis que, dans sa jeunesse, il a admiré son corps inerte. Une beauté majuscule et théâtrale, une énigme inouïe à laquelle il a voué son existence.
David Lelait-Helo évoque avec éclat la puissance de l’amour maternel et ses possibles ravages. Comment se construire quand vos sourires d’enfant ont été accueillis par des regards de glace ?
Incandescent et fiévreux, Il était une femme étrange puise dans la folie d’Almodóvar et l’imaginaire foisonnant du réalisme magique.

Hier soir, j’ai eu la chance d’assister à un moment suspendu au Cercle littéraire du Château de l’Hermitage 2025.

Le prix littéraire 2025 a été remis à David Lelait-Helo pour son magnifique roman Il était une femme étrange, paru aux éditions Héloïse d’Ormesson. Et quel bonheur de rencontrer enfin l’homme derrière les mots !
Un auteur profondément humain, drôle, passionné, aussi lumineux et complexe que les personnages qu’il crée.

La soirée a été rythmée par des lectures émouvantes, des échanges à cœur ouvert sur les liens familiaux, l’avenir de la littérature, les mystères de l’écriture, sans oublier des anecdotes savoureuses, où même Nana Mouskouri s’est invitée en filigrane…
Tout cela dans la douce chaleur des chandelles, qui rendaient l’instant encore plus précieux.

Je garde en moi la joie de ces instants partagés.
Merci David pour ton talent et ta présence rayonnante.
Merci à Corinne Tartare, à toutes lectrices passionnées et aux quelques lecteurs qui ont fait de cette soirée un souvenir inoubliable.

Une couverture que je jalouse tant elle est belle, un titre magnifique qui dévoile, tout en finesse, une histoire étrange et fascinante qui marquera les esprits…

Dès les premières pages d’Il était une femme étrange de David Lelait-Helo, j’ai eu la sensation d’entrer dans un conte. Le roman a su toucher ma curiosité, me conduisant au cœur d’Amapolas, où les habitants se réunissent autour d’un arbre pour écouter le récit d’Eusebio, un vieux conteur qui sait captiver l’attention de son auditoire. Sa voix grave et envoûtante, lentement, déroule les fils d’une histoire oubliée, celle de María Dolores Pinta de las Aguas Dulces, une femme au destin hors du commun et plus encore…

Je me suis laissé prendre dès les premières pages par cette atmosphère forte, poétique et mystérieuse, surpris d’être si rapidement subjugué, transporté… Derrière le charme des mots, j’ai perçu la profondeur des thèmes abordés : l’abandon, le manque d’amour, le besoin de reconnaissance, la recherche de l’amour maternel, des thématiques déjà exprimées dans ses romans précédents. David touche à l’intime, avec une sensibilité rare.

María Dolores m’a bouleversé. Son caractère fort, sa détermination à exister malgré les épreuves m’ont profondément marqué. Elle m’est apparue tour à tour fragile et puissante, tragique et lumineuse. À travers elle, j’ai ressenti cette urgence de vivre et d’être reconnu.

J’aime l’écriture de David. Elle allie douceur et violence, richesse et précision. Son vocabulaire, parfois surprenant, m’invite toujours à m’arrêter, être attentif, à savourer les mots. Ici, il fait vibrer les paysages et les traditions de l’Amérique latine, avec une élégance presque aristocratique. Chaque phrase, chaque image, devient une invitation au voyage.

Alors, j’ai écouté Eusebio comme les villageois d’Amapolas, suspendu à ses paroles, impatient de découvrir la suite des révélations de la surprenante défunte. Qui était-elle ? Femme tragique ou lumineuse ? Même María Dolores est là, elle écoute avec nous son propre récit, étonnée que le conteur connaisse les moindres détails de son existence.

Cet ouvrage très beau m’a surpris, ému. Ses mots me bercent, m’emportent. Il m’a fait passer de l’amour à la haine, de l’attendrissement à la douleur. J’arrive à la dernière page, celle que j’attendais… La dernière phrase me tue et je comprends. Ce n’était pas une métamorphose que je venais de lire, mais bien le récit d’une renaissance.

Comme souvent, je referme le livre en silence. Mais l’émotion, elle, ne me quitte pas.
Un livre puissant, que je recommande à tous.

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Extraits :

« LES SIECLES DES SIÈCLES SEMBLAIENT L’ENLACER. La morte reposait. D’une beauté ancienne et effarante. Étendue pareille à une reine et autour d’elle, en corolle, les plis soleil d’une jupe longue couleur de nuit. Un soleil noir et or piqueté des perles rouge sang d’un long chapelet auquel se cramponnaient les doigts noués. Était-elle encore de chair ou déjà de pierre? De fines veines sombres filaient à la surface de ce marbre froid. La dame était un fossile superbe posé au creux de son écrin, un édredon de velours pourpre. »

« Le cercle est suspendu à ses lèvres, le vide danse autour de lui.
Durant d’interminables secondes, le vieil homme laisse filer le silence avant de reprendre son récit par les mots simples et tant espérés. Ces mots qui fondent toute histoire depuis l’aube des temps.
Il était une fois… »

« Quelques mois plus tôt, la Mère s’était arrachée à sa famille et à ses connaissances pour, à l’abri des regards, dans une maison de pierre, donner naissance à un enfant que la bienséance lui interdisait de porter. Et voici que l’irruption d’un second rejeton majorait son indignité. Si la fille lui avait très naturellement inspiré un grand élan d’amour, le fils imprévu lui dictait un désintérêt qu’elle ne songerait pas à s’expliquer – pire, une désaffection. »

« La voix d’Eusebio se fissure légèrement, l’émotion se faufile; n’est-il pas l’ultime survivant de ces temps anciens, quand le grand vacarme des villes n’avait pas encore couvert la petite musique du monde. Un jour prochain, il le sait bien, Amapolas sera à son tour dévoré par la gangrène du progrès et les harpes de jadis se tairont à jamais. L’adage des pères lui revient doucement. Tout sur la Terre est musique, professaient-ils. Le souffle du vent dans les feuillages et les fleurs, le murmure des insectes et le chant des oiseaux, la danse des vagues, le crépitement du feu, le clapotis de la pluie, la fureur de l’orage… et la Terre elle-même qui, en tournant sur son axe, émet une mélodie secrète. La musique des sphères. Dans ce temps-là, on savait l’écouter, et Dieu que le monde chantait juste.
Du bout du pied, le vieil homme continue de frapper une invisible cadence, personne dans le cercle ne soupçonne que résonnent en lui les vibrations du cosmos. »

« Je dialoguais avec les fleurs et les nuages, m’enivrais des senteurs du jardin et de la forêt, j’avalais le vent et goûtais la pluie, je percevais ce que les autres ne soupçonnaient pas. »

David Lelait-Helo est né à Orléans le 3 décembre 1971.

Après des études de littérature et civilisation hispaniques à Montpellier, il enseigne l’espagnol. En janvier 1997, à 25 ans, il publie chez Payot la première d’une longue série de biographies, parmi lesquelles

  • Maria Callas : j’ai vécu d’art, j’ai vécu d’amour (1997),
  • Dalida : d’une rive à l’autre (2004).
    C’est à cette période qu’il délaisse l’enseignement pour se consacrer à une carrière de journaliste. Il a écrit pour de nombreux magazines (Gala, Cosmopolitan, Femmes d’aujourd’hui…), animé des émissions musicales sur la chaîne Pink TV, occupé pendant vingt ans le poste de responsable des pages culture et people au magazine Nous Deux et, depuis 2022, celui de chroniqueur littéraire pour Femme Actuelle et Prima.
    David Lelait-Helo a également écrit des essais, Gay Culture (1998) et Les Impostures de la célébrité (2001), ainsi que des romans, dont :
  • Poussière d’homme (2006),
    https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/04/poussiere-dhomme/
  • Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri (2016),
  • Un oiseau de nuit à Buckingham (2019), aux éditions Anne Carrière,
  • Je suis la maman du bourreau (2022), aux éditions Héloïse d’Ormesson
    https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/09/je-suis-la-maman-du-bourreau/
Amour, Émotion, Conte, Philosophique, Poésie

La boîte en fer rouillée

de Jean-Marc Dhainaut
Nouvelle gratuite – 2017

Un homme cabossé par la vie, une vieille chienne au seuil de son dernier souffle.
Une boîte en fer rouillée, exhumée d’un jardin…
Nicolas se retrouve dépositaire d’un secret trop grand pour lui, où certains messages, venus d’ailleurs, font renaître la promesse d’un Noël inattendu.

Avec La boîte en fer rouillée, Jean-Marc Dhainaut livre, une nouvelle fois, une nouvelle bouleversante, où le surnaturel se mêle à la mémoire, à la douleur et à l’amour inconditionnel.
Nicolas, est un homme meurtri par la vie, accompagné de sa vieille chienne Laya, il découvre dans son jardin une mystérieuse boîte contenant des lettres venues du passé. Ce qu’il croyait être au début une plaisanterie, se transforme en un voyage inattendu entre deux époques, deux destins, deux solitudes qui vont se répondre.

Jean-Marc a vraiment le don d’entrer directement dans mon cœur en quelques lignes. Il excelle à tisser une atmosphère à la fois intime et particulièrement poignante. Ici, la tendresse animale côtoie les fantômes de l’Histoire. L’émotion m’a serré la gorge, la dernière page m’a laissé à la fois meurtris et tellement apaisés… Une “petite” lecture que j’ai pris de plein fouet, dont vous ne sortirez pas indemne, mais comme moi, forcément grandi.

Une lecture gratuite, accessible sur le site de l’auteur :
https://www.jmdhainaut.com/la_boite_en_fer_rouillee.pdf

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Extraits :

« À quiconque trouvera cette lettre, je demande des nouvelles de mon fils, Salomon. Je suis sans nouvelles depuis que l’on nous a séparés. Avant de partir à mon tour, j’ai simplement le temps d’écrire ces quelques mots. Si vous la trouvez, si vous avez des nouvelles de lui, aussi incongrue vous semble cette boîte, écrivez-moi, et déposez-y votre lettre, et je saurai. »

« Laya, 14 ans qu’elle partageait sa vie. Elle était sa compagne de tous les instants, des bons et des mauvais. Toujours présente pour essuyer ses larmes, toujours là pour le réconforter, toujours là ces soirs où il craquait quand son ex-femme le poussait à bout. Souvent, il lui prenait la tête entre les mains en lui disant « Je voudrais que tu ne partes jamais, Laya, ne me laisse jamais ». Mais les jours de Laya étaient comptés, ils le savaient tous les deux. »

« Bonjour. J’ai trouvé votre lettre, mais je n’ai pas de nouvelles de votre fils, Salomon, et j’en suis désolé. J’espère que vous finirez par en avoir et je vous souhaite bonne chance. »

« Monsieur Nicolas. Merci de m’avoir répondu. Je vous supplie de m’aider à retrouver mon fils, ne m’abandonnez pas…
Hélène. »

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Jean-Marc Dhainaut est né dans le Nord de la France en 1973, au milieu des terrils et des chevalements. L’envie d’écrire ne lui est pas venue par hasard, mais par instinct. Fasciné depuis son enfance par le génie de Rod Serling et sa série La Quatrième Dimension, il chemine naturellement dans l’écriture d’histoires mystérieuses, surprenantes, surnaturelles et chargées d’émotions. Son imagination se perd dans les méandres du temps, de l’Histoire et des légendes. Il vit toujours dans le Nord, loin d’oublier les valeurs que sa famille lui a transmises.

Lauréat du Prix Plume Libre en 2018, il remporte le concours de nouvelles des Géants du Polar en 2019.

Brocélia
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/07/brocelia/

L’Œil du chaos
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/13/loeil-du-chaos/

La maison bleu horizon
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/13/la-maison-bleu-horizon/

Les prières de sang
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/22/les-prieres-de-sang/

Psylence
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/05/psylence/

Les Galeries hurlantes
https://leressentidejeanpaul.com/2023/12/02/les-galeries-hurlantes/

Mémoire de feu
https://leressentidejeanpaul.com/2024/07/03/memoire-de-feu/

ALAN LAMBIN et l’esprit qui pleurait
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/27/alan-lambin-et-lesprit-qui-pleurait/

Les couloirs démoniaques
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/09/les-couloirs-demoniaques/

ALAN LAMBIN et le fantôme au crayon
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/25/alan-lambin-et-le-fantome-au-crayon/

Comme une fleur sous un orage
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/27/comme-une-fleur-sous-un-orage/

ALAN
https://leressentidejeanpaul.com/2025/09/01/alan/

Amour, Émotion, Magique, Nouvelle

Le Père Noël ne pleure jamais

de Jean-Marc Dhainaut
Nouvelle gratuite – 2017

Décembre 2150. Dans un monde glacé par l’indifférence et consumé par la technologie, Noël n’est plus qu’un souvenir effacé. Le vieux Barney, marginal oublié de tous, survit au cœur d’une cité futuriste déshumanisée. Mais lorsqu’un petit garçon prénommé Damien s’aventure dans son monde brisé, une étincelle jaillit. Un geste, un bonbon, un sourire… Et si un simple « bonjour » pouvait réveiller la magie perdue d’un monde tout entier ? Un conte bouleversant où l’espoir renaît sous les flocons d’une neige disparue depuis trop longtemps…

Le Père Noël ne pleure jamais est une dystopie pleine d’âme, un conte de Noël futuriste aux accents profondément humains. Dans une société aseptisée, rongée par l’oubli et l’individualisme, Jean-Marc Dhainaut nous offre une fable bouleversante, presque prophétique, sur la mémoire, la tendresse, la transmission… et la magie.

Barney, personnage aussi tragique que lumineux, incarne cette figure du passé que la modernité voudrait enterrer. Sans nom, sans repère, mais jamais sans cœur, il résiste au cynisme ambiant avec ses moyens : une casserole, des cartons, un vieux bonnet griffé ”Barney”… et des souvenirs qu’il croit avoir perdus.

La rencontre avec Damien, cet enfant boiteux à l’innocence intacte, vient bouleverser l’équilibre fragile de l’oubli. Il y a dans leurs échanges une sincérité désarmante, un miracle silencieux, fait de gestes simples, de mots vrais. Le récit n’a pas besoin d’artifices spectaculaires : c’est dans le regard d’un enfant et les larmes d’un vieillard que naît la magie.

Et puis, il y a ce final, d’une puissance poétique rare. Lorsque la neige revient, que le traîneau surgit et que les cœurs s’ouvrent à l’impossible, ce n’est pas seulement la magie de Noël qui renaît, mais l’idée même d’humanité.

Dhainaut nous rappelle que les légendes ne meurent jamais. Elles attendent, tapies dans les ruines, dans les cœurs cabossés, dans les yeux d’un enfant. Et parfois, il suffit d’un simple vœu pour les réveiller.

Un texte poignant, profondément sensoriel, entre rêve et réalité, qui touche au plus sacré : croire encore. Même lorsque tout semble perdu.

Une lecture gratuite, accessible sur le site de l’auteur :
https://www.jmdhainaut.com/le_pere_noel_ne_pleure_jamais.pdf

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Extraits :

« Décembre de l’an 2150. Il était une fois ? Ou sera-t-il un jour ?
Le vieux Barney avait élu domicile derrière un immeuble. De ces immeubles flambants neufs, cubiques et à la technologie sécuritaire si importante que les hommes vivaient terrés chez eux. Nous pouvions être à quelques jours de Noël, mais Noël n’existait plus depuis déjà bien longtemps. Désormais, les hommes travaillaient, et ils travaillaient si dur qu’ils en avaient oublié de vivre pour eux, pour l’amour de leurs proches, de leurs familles. »

« C’était un brave homme, le vieux Barney. Sans aucun réconfort, s’abritant comme il le pouvait de la pluie et du vent, entre quelques cartons et morceaux de tôle. Sa rue était sombre et humide. La pluie ruisselait le long des murs immenses et le vent s’engouffrait en lui glaçant le dos, durant les longues nuits d’hiver. Les quelques passants n’avaient pour lui qu’un regard négligeant. Après tout, il n’était pour eux qu’un vieux fou, qui parfois se mettait à hurler dans le vide, à poursuivre quelque chose, comme ça, subitement, en plus d’avoir perdu la mémoire. »

« — Bonjour, Monsieur, fit une petite voix.
Le vieux Barney ne se retourna pas.
— Bonjour Monsieur, reprit-elle de plus belle.
Barney se retourna et vit un enfant au charmant sourire, qui tenait à la main un camion en bois.
— Bonjour, Petit.
Les mots qu’il venait de prononcer lui firent l’effet d’une bombe qui lui explosait le cœur. On venait de lui dire bonjour, et il venait de répondre. Cela faisait bien longtemps qu’il n’imaginait plus cela possible. »

« — Pourquoi tu pleures, Barney ? Tu es triste ?
— Je ne suis pas le père Noël, Petit. Le père Noël ne pleure jamais, répondit le vieil homme, ému.
Un court silence s’installa, puis l’enfant saisit de nouveau la boîte de bonbons. »

Jean-Marc Dhainaut est né dans le Nord de la France en 1973, au milieu des terrils et des chevalements. L’envie d’écrire ne lui est pas venue par hasard, mais par instinct. Fasciné depuis son enfance par le génie de Rod Serling et sa série La Quatrième Dimension, il chemine naturellement dans l’écriture d’histoires mystérieuses, surprenantes, surnaturelles et chargées d’émotions. Son imagination se perd dans les méandres du temps, de l’Histoire et des légendes. Il vit toujours dans le Nord, loin d’oublier les valeurs que sa famille lui a transmises.

Lauréat du Prix Plume Libre en 2018, il remporte le concours de nouvelles des Géants du Polar en 2019.

Brocélia
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/07/brocelia/

L’Œil du chaos
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/13/loeil-du-chaos/

La maison bleu horizon
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/13/la-maison-bleu-horizon/

Les prières de sang
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/22/les-prieres-de-sang/

Psylence
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/05/psylence/

Les Galeries hurlantes
https://leressentidejeanpaul.com/2023/12/02/les-galeries-hurlantes/

Mémoire de feu
https://leressentidejeanpaul.com/2024/07/03/memoire-de-feu/

ALAN LAMBIN et l’esprit qui pleurait
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/27/alan-lambin-et-lesprit-qui-pleurait/

Les couloirs démoniaques
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/09/les-couloirs-demoniaques/

ALAN LAMBIN et le fantôme au crayon
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/25/alan-lambin-et-le-fantome-au-crayon/

Comme une fleur sous un orage
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/27/comme-une-fleur-sous-un-orage/

ALAN
https://leressentidejeanpaul.com/2025/09/01/alan/

Amour, Émotion, Nouvelles

Comme une fleur sous un orage

de Jean-Marc Dhainaut
Nouvelle gratuite – 2017

Jean-Marc Dhainaut nous entraîne au cœur d’un instant suspendu, où le passé affleure, et où une rencontre peut tout changer. Une nouvelle empreinte de délicatesse, de pudeur et de lumière, qui dit l’espoir là où l’on croyait avoir tout perdu. Parfois, il suffit d’un signe…

Il est des histoires qui murmurent plus qu’elles ne crient. Avec Comme une fleur sous un orage, Jean-Marc Dhainaut signe une nouvelle d’une belle intensité émotionnelle, où la délicatesse de l’humain se heurte à la violence du réel, comme son titre le suggère si justement. En quelques pages seulement, l’auteur déploie une sensibilité à fleur de peau, touchant avec pudeur à des thèmes universels, la perte, la mémoire, la résilience, et surtout, l’amour…

L’histoire s’ancre dans une ambiance à la fois mélancolique et lumineuse, hors du temps. On y sent le poids du chagrin, mais aussi une douceur qui affleure, fragile. L’écriture de Jean-Marc, sobre et précise, évite les effets faciles. Chaque mot semble choisi pour son poids d’émotion, chaque silence parle pour moi, autant que les phrases.

Ce qui frappe surtout, c’est la justesse des sentiments. Le fantastique, ami intime de Jean-Marc, léger et subtil, vient effleurer le récit, comme pour dire que certains liens, certaines douleurs aussi, ne disparaissent jamais vraiment. En refermant cette nouvelle, j’ai eu le cœur un peu serré, mais étrangement apaisé. Et c’est peut-être là le plus beau message de cette œuvre, même brisée, la vie peut encore contenir de la beauté.

Une lecture gratuite, accessible sur le site de l’auteur :
https://www.jmdhainaut.com/comme_une_fleur_sous_un_orage.pdf

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Extraits :

« Jamais je n’ai eu peur des orages et je le dois à mon père. Jamais je n’ai eu peur des tempêtes ni craint le froid de l’hiver. Que de balades avec lui et Maman, dans la neige, bien couverts sous les rafales de vent. Tellement d’heures passées, les yeux à la fenêtre à contempler les arbres des pâturages se plier, s’arracher sous les bourrasques. »

« Mon père disait toujours : « Tu vois Pâquerette, la neige et le froid réchauffent le cœur des gens. C’est l’occasion pour eux de s’arrêter, discuter, de se donner un coup de main entre voisins, pour déblayer un trottoir ou pousser une voiture qui glisse. La neige pourrait rendre ronchon, mais non, regarde les gens, et écoute, ma chérie, comme tout est calme, comme la neige étouffe les sons tel un tapis de coton ». »

« Mon père était chasseur d’orages, mais je ne comprenais pas. De cela, il ne me parlait jamais. Je le voyais parfois partir précipitamment, souvent seul, parfois avec quelques amis, leurs appareils photo sous le bras. »

Jean-Marc Dhainaut est né dans le Nord de la France en 1973, au milieu des terrils et des chevalements. L’envie d’écrire ne lui est pas venue par hasard, mais par instinct. Fasciné depuis son enfance par le génie de Rod Serling et sa série La Quatrième Dimension, il chemine naturellement dans l’écriture d’histoires mystérieuses, surprenantes, surnaturelles et chargées d’émotions. Son imagination se perd dans les méandres du temps, de l’Histoire et des légendes. Il vit toujours dans le Nord, loin d’oublier les valeurs que sa famille lui a transmises.

Lauréat du Prix Plume Libre en 2018, il remporte le concours de nouvelles des Géants du Polar en 2019.

Brocélia
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/07/brocelia/

L’Œil du chaos
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/13/loeil-du-chaos/

La maison bleu horizon
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/13/la-maison-bleu-horizon/

Les prières de sang
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/22/les-prieres-de-sang/

Psylence
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/05/psylence/

Les Galeries hurlantes
https://leressentidejeanpaul.com/2023/12/02/les-galeries-hurlantes/

Mémoire de feu
https://leressentidejeanpaul.com/2024/07/03/memoire-de-feu/

ALAN LAMBIN et l’esprit qui pleurait
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/27/alan-lambin-et-lesprit-qui-pleurait/

Les couloirs démoniaques
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/09/les-couloirs-demoniaques/

ALAN LAMBIN et le fantôme au crayon
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/25/alan-lambin-et-le-fantome-au-crayon/

Adolescence, Amour, Émotion, Fantastique

La Terre qui penche

de Carole Martinez
Poche – 6 avril 2017
Éditions : Folio

Blanche, la môme chardon, est-elle morte en 1361 à l’âge de douze ans comme l’affirme son fantôme ? Cette vieille âme qu’elle est devenue et la petite fille qu’elle a été partagent la même tombe. L’enfant se raconte au présent et la vieillesse écoute, s’émerveille, se souvient, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend. Veut-on l’offrir au diable pour que le mal noir qui a emporté la moitié du monde ne revienne jamais ? Un voyage dans le temps sur les berges d’une rivière magnifique et sauvage, la Loue, par l’auteur du Domaine des Murmures et du Cœur cousu.

J’ai refermé La Terre qui penche avec le sentiment d’avoir traversé un rêve sombre, un conte médiéval d’une beauté étrange. C’est le troisième roman de Carole Martinez que je lis, et encore une fois, elle m’a emporté ailleurs. Après Dors ton sommeil de brute, qui m’avait permis de découvrir un monde très personnel et Le Cœur cousu, qui m’avait laissé tellement de souvenirs incroyable, j’avais de nouveau envie d’être surpris, mais je ne m’attendais pas à ce voyage-là.

Je dois l’avouer, les premières pages m’ont dérouté. Le style me paraissait lourd, les phrases ciselées comme de la dentelle, demandaient de l’attention, le récit, dense et travaillé, m’obligeait parfois à revenir en arrière. Puis, peu à peu, mon esprit s’est laissé prendre par le rythme, happé par cette atmosphère particulière et romanesque, par cette langue poétique et ces tournures d’un autre temps. L’histoire, ancrée au Moyen-âge, a commencé à me murmurer ses secrets, et je n’ai plus lâché le livre.

Deux voix s’y répondent, deux femmes, “La vieille âme”, et “La petite fille”, Blanche. Elles sont à elles seules les piliers de cette histoire. Elles alternent, se complètent, et dessinent une fresque où se mêlent la rudesse de la vie médiévale et la magie des légendes. On croise des enfants-chien, l’ogre de la forêt qui ne s’intéresse qu’aux femmes… et d’autres créatures nées de l’imaginaire et de la peur. Entre réalité et surnaturel, la frontière est mince, comme elle devait l’être à l’époque.

“La petite fille” m’a particulièrement touché. Confrontée à la cruauté des adultes, aux non-dits, elle cherche à comprendre ses origines et finit par découvrir un frère, un père, une mère… Les révélations s’enchaînent, parfois brutales, mais toujours empreintes de cette poésie sombre qui caractérise l’auteure.

Il y a dans ce roman une force étrange, il nous parle de fragilité, de violence, d’amour et de rêves, tout en tissant une atmosphère envoûtante. Ce n’est pas un livre qu’on lit vite, mais qu’on savoure, mot après mot, comme on écouterait un vieux récit conté à la lueur des chandelles.

Réservé à un public averti peut-être, suite à certaines scènes qui pourraient heurter la sensibilité des plus jeunes, ce récit m’a entraîné dans cette poésie d’outre tombe où, on le comprends assez vite, les deux « âmes » se complètent.

Bravo Carole et merci… J’ai encore une fois été surpris et bouleversé.

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Extraits :

« À tes côtés, je m’émerveille.
Blottie dans mon ombre, tu partages ma couche.
Tu dors, ô mon enfance,
Et, pour l’éternité, dans la tombe, je veille.
Tout aurait dû crever quand tu as gagné ton trou, gamine,
Au lieu de quoi la vie a dominé, sans joie.
Seule la rivière a tenté quelque chose pour marquer ton départ, ma lumineuse. »

« Je cause ! Je sais bien que je cause. Je sais que je n’ai aucun secret pour qui dort à mes côtés et, comme une fille ne dort jamais seule, je suis un livre ouvert. Quoiqu’un livre, même ouvert, reste toujours fermé pour moi, puisque mon père se refuse à m’instruire, par peur que le diable ne s’insinue.
Il est filou, le diable, et agile, il se glisse dans les têtes par de toutes petites portes, un livre s’ouvre et le voilà qui pointe le bout de son nez entre deux pages. »

« Peut-être suis-je aussi vicieuse que le diable…
J’aimerais tant être un garçon et non une créature tellement fragile et mauvaise! Je pourrais alors rire fort, parler haut et porter mon regard loin devant, je pourrais marcher à grands pas en plein jour sans regarder mes pieds, et je ne craindrais plus ces mauvaises pensées qui me font systématiquement éternuer dès que je les ai durant la journée, car ni prier ni broder n’empêche l’esprit de virevolter, de s’égarer en fariboles, et souvent je me pique au doigt. »

Née en novembre 1966 à Créhange, Carole Martinez est romancière et professeure de français. Elle a notamment signé Le Cœur cousu (2007), auréolé de nombreux prix, et Du domaine des murmures, couronné par le Prix Goncourt des Lycéens en 2011. En 2015, elle publie La terre qui penche (Gallimard). Tentée par la littérature jeunesse – elle est l’auteure de Le Cri du livre, en 1998 – Carole Martinez se lance pour la première fois dans la bande dessinée en scénarisant Bouche d’ombre pour Maud Begon. Deux albums sont parus chez Casterman en 2014 et 2015.

Amour, Émotion

Le cerf-volant

de Laétitia Colombani
Poche – 25 mai 2022
Éditeur : Le Livre de Poche

Brisée par un drame personnel, Léna abandonne la France et son poste d’enseignante pour partir en Inde, au bord du golfe du Bengale. Un matin, alors qu’elle nage dans l’océan, elle manque de se noyer. Une petite fille qui jouait au cerf-volant court chercher de l’aide.
Comment la remercier ?… Âgée de dix ans, la petite travaille dans un restaurant et ne sait ni lire ni écrire. Entourée d’un groupe de filles du village et de leur cheffe, la tumultueuse Preeti, Léna se lance dans un incroyable projet : fonder une école pour tous les enfants du quartier qui en sont privés.
Au cœur d’une Inde tourmentée commence une aventure où se mêlent l’espoir et les désillusions, la volonté face aux traditions, et le rêve de changer la vie par l’éducation.

Un hymne puissant à la sororité.
Marie Claire.

Bouleversant. Un très beau récit sur la reconstruction et le don.
Le Parisien.

Un roman généreux et courageux sur l’émancipation des femmes.
Le Figaro littéraire.

La magie des mots de Laetitia Colombani m’a déjà emporté à deux reprises. D’abord avec La Tresse, que j’avais adoré, puis avec Les Victorieuses, véritable évasion littéraire, qui m’avait bouleversé par la richesse de ses paysages, la profondeur de ses personnages et surtout par ces histoires de femmes qui, malgré tout, restent debout et ne baissent jamais les yeux.

Le Cerf-volant a débuté pour moi comme un conte, doux, intense et vivifiant. Puis, au fil des pages, il s’est transformé en un récit à la fois sensible et perturbant, parfois triste, toujours profond. Il m’a poussé à m’interroger sur les traditions, les liens du sang et ceux du cœur. Cette histoire, émouvante et inspirante, m’a captivé par la justesse de ses personnages et la finesse de son intrigue. Comme à son habitude, la plume de Laetitia est délicate, poétique, et m’a transporté dans un univers chargé d’émotions.

Dans un petit village d’Inde, ce pays que François, rêvait de visiter, Léna, ancienne enseignante française, est venue chercher l’oubli après la tragédie qui a bouleversé sa vie du jour au lendemain. Fuyant tout, elle n’a pas choisi l’Inde des catalogues de voyage, mais a préféré s’isoler dans un petit hôtel, loin du monde. Un matin, lors d’une promenade sur une plage encore déserte, elle entre dans une mer réputée dangereuse… et manque de s’y noyer. Une fillette, qu’elle avait déjà aperçue avec son cerf-volant, la sauve. À son réveil dans un hôpital bondé, Léna n’a qu’une idée en tête, retrouver cette enfant pour la remercier comme il se doit. La petite ne parle pas, mais Lena perçoit en elle une certaine “lumière”. Touchée par le sort de cette gamine d’à peine dix ans, exploitée par un restaurateur et sa femme, Léna se met en tête de lui apprendre à lire et à écrire afin qu’elle puisse s’élever de sa condition… à l’image de son cerf-volant défiant les lois de la gravité. Peu à peu, au fil de leurs rencontres, elle découvre le prénom de cette enfant. Lalita. Un joli clin d’œil à “La Tresse”, puisque Lalita est la fille de Smita, l’un des personnages principaux de ce roman.

Dans cette histoire j’ai également fait la connaissance de Preeti, issue de la caste des Intouchables. Elle dirige une brigade féminine d’autodéfense qui soutient des femmes victimes d’agressions. Sa rencontre avec Léna n’a rien du hasard. Un lien fort se tisse entre elles, puis s’étend à d’autres femmes de la brigade. Mais c’est un véritable échange qui va se mettre en place entre toutes ses femmes qui ne demandent qu’à être libre, qu’à vivre… tout simplement… Enfin.
L’Inde que nous montre Laetitia est loin des cartes postales. C’est une Inde cachée, celle des marges, des mendiants, des Intouchables et des analphabètes. Une Inde privée de perspectives, ravagée par la misère, où les enfants deviennent main-d’œuvre bon marché, et où trop de filles subissent encore le viol. Privées d’instruction, on leur ôte la principale clé qui mène à la liberté, l’éducation ! Une Inde sous le joug de coutumes, de traditions ancestrales, où les droits des femmes et des enfants se retrouvent constamment bafoués…

Le Cerf-volant est un magnifique roman sur la reconstruction, qui dénonce… tout en mettant en lumière le pouvoir de l’éducation… C’est un bijou littéraire que j’ai refermé à regret. J’aurais aimé rester encore un peu avec ces femmes, avec cette petite fille. Elles m’ont touché profondément, et là, soudain elles sont devenues bien réelles, au point de les ressentir presque dans ma propre chair… Car finalement… Elles existent bien toutes… quelque part !

Merci, Laétitia, de continuer à m’émouvoir, à m’inspirer…
Une belle histoire sur un parcours de vie, un élan de solidarité, un souffle d’espoir universel…
Une lecture que je recommande à tous les amoureux de la belle littérature.

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Extraits :

« Léna s’éveille avec un sentiment étrange, un papillon dans le ventre. Le soleil vient de se lever sur Mahäbalipuram. Il fait déjà chaud dans la cahute adossée à l’école. Selon les prévisions, la température devrait avoisiner les 40 degrés au plus fort de la journée. Léna a refusé d’installer l’air conditionné – les habitations du quartier n’en sont pas équipées, pourquoi la sienne ferait-elle exception ? »

« l’Inde est le plus grand marché de main-d’œuvre enfantine au monde. Elle a vu des reportages sur ces manufactures de la Carpet Belt, dans le Nord, où les enfants sont enchaînés aux métiers à tisser et travaillent jusqu’à vingt heures par jour, toute l’année. Un esclavage moderne qui broie les couches les plus pauvres de la société. La communauté des Intouchables est la principale concernée. Jugés impurs, ils sont asservis depuis la nuit des temps par les castes dites supérieures. »

« La petite fille est là, elle aussi. Elle se tient, droite et fière, au milieu de l’agitation et du bruit. Elle ne prend part ni aux jeux ni aux discussions. Elle est là, simplement, et sa présence justifie à elle seule tous les combats de ces derniers mois. Léna observe son visage, ses cheveux tressés, sa silhouette menue dans cet uniforme d’écolière qu’elle arbore tel un étendard, cette tenue qui n’est pas seulement un morceau de tissu mais une victoire. Le rêve d’une autre, qu’elles réalisent ensemble, aujourd’hui. »

« Naître fille ici est une malédiction, pense-t-elle en quittant le dhaba. L’apartheid commence à la naissance et se perpétue, de génération en génération. Maintenir les filles dans l’ignorance est le plus sûr moyen de les assujettir, de museler leurs pensées, leurs désirs. En les privant d’instruction, on les enferme dans une prison à laquelle elles n’ont aucun moyen d’échapper. On leur retire toute perspective d’évolution dans la société. Le savoir est un pouvoir. L’éducation, la clé de la liberté. »

Cinéaste, scénariste, comédienne et romancière, Laetitia Colombani est l’auteure de La Tresse, vendu à plus de deux millions d’exemplaires dans le monde, traduit en quarante langues et couronné d’une vingtaine de prix littéraires. Elle a elle-même réalisé l’adaptation cinématographique de son roman (sortie le 29 novembre 2023).
Elle est aussi l’auteure des best-sellers Les Victorieuses (Grasset, 2019) et Le Cerf-volant (Grasset, 2021) ainsi que des albums jeunesse La Tresse ou le voyage de Lalita (2018), Les Victorieuses, ou le palais de Blanche (2021), et Le Cerf-volant ou l’école de Lalita (novembre 2023) illustrés par Clémence Pollet.
Elle écrit également pour la scène : sa pièce Le Jour du kiwi avec Gérard Jugnot est un grand succès au théâtre Edouard VII en 2023. En tant que comédienne, elle a tourné au cinéma pour Yvan Attal, Cédric Kahn ou Florent Emilio Siri.

Amour, Émotion

Lettres de Washington Square

de Anne Icart
Broché – 6 février 2020
Éditeur : Robert Laffont

Dans ma prochaine lettre, je te raconterai mon arrivée à New York. Je te raconterai Ellis Island, ce terrible endroit par lequel passent tous les migrants. Il faut que je te laisse. Il fait vraiment très froid à présent, la nuit tombe et je dois aller prendre mon service au Waldorf.
Je t’embrasse, mon cher fils.
Des montagnes pyrénéennes à New York, une histoire d’amour filial incroyablement émouvante portée par l’espoir des deuxièmes chances que la vie offre parfois.

Finaliste du Prix des maisons de la presse 2020.

Lettres de Washington Square d’Anne Icart, encore un très beau roman qui m’a emporté au bout de quelques pages. En effet, dès les premiers mots, j’ai été saisi par la délicatesse de la plume de l’auteure, la justesse du ton et surtout la force des silences. Ce récit épistolaire m’a profondément ému. J’y ai découvert l’histoire d’un homme, Baptiste, qui n’a vécu que dans l’attente de retrouver son fils, resté en France, après la perte déchirante de sa femme en couches.

Nous sommes en 1989, à Ercé, en Ariège. Zélie, jeune femme en deuil de sa grand-mère, tombe par hasard sur des lettres anciennes, rangées dans des boîtes oubliées dans le grenier. Ce sont celles d’un certain Baptiste. Très vite, elle comprend qu’il s’agit de son arrière-grand-père, parti en Amérique dans les années 20, abandonnant, semble-t-il en apparence seulement, son fils Michel.

À travers ces lettres, Anne nous offre une plongée bouleversante dans le cœur d’un père resté fidèle à sa promesse. Celle d’écrire chaque semaine une lettre à son enfant, où il raconte le quotidien de sa vie, espérant le jour prochain où il pourrait revenir le chercher. Ces mots, rédigés depuis un banc de Washington Square, sont empreints d’amour et d’une dignité poignante. Mais malheureusement, la réalité sera bien plus cruelle… Ses lettres n’ont jamais été remises à son fils, et Michel a grandi sans savoir. Sans comprendre, pensant que son père l’avait volontairement abandonné. Ce silence imposé est sans doute ce qu’il y a de plus tragique.

Anne joue subtilement avec les époques, les voix et les souvenirs qui réapparaissent ici où là, déconstruisant la ligne du temps pour mieux mettre en lumière les secrets enfouis et les cicatrices héréditaires. J’ai été touché par tous ces personnages, qui semblaient me murmurer leur vérité à l’oreille.

J’ai perçu ce roman, comme un souffle, un vrai murmure qui s’insinuait lentement mais sûrement dans mon esprit. Il parle de filiation, de mémoire, d’exil, de guerre, d’intégration. Mais surtout, il parle d’amour. D’un amour que rien ne parvient à briser, même pas l’oubli.

Merci Anne, pour cette histoire qui réconcilie, qui apaise, et qui rappelle qu’il n’est jamais trop tard pour entendre, la voix de celui qui attend quelque part…

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Extraits :

« Zélie avait approché la chaise du lit médicalisé. Elle regardait Tine, qu’elle avait dû faire hospitaliser trois jours auparavant. Insuffisance cardiaque. Le médecin ne leur avait guère laissé le choix. À son âge, avait-il dit, c’est plus prudent. Zélie pensait que la prudence n’avait pas grand-chose à voir là-dedans. L’âge, par contre… »

« Cette photo aussi, Zélie la connaissait par cœur. Sa grand-mère devait avoir une vingtaine d’années. Elle souriait. À qui ? À tout sans doute. À vingt ans, on a la vie devant soi et on espère.
Ses cheveux, longs et bouclés, étaient détachés. Ils formaient autour de son visage une épaisse crinière claire et brillante. Les avait-elle lâchés spécialement pour la photo ? On ne détachait pas ses cheveux à cette époque à la campagne. Ça ne faisait pas sérieux. »

« Assise par terre, jambes repliées, le dos appuyé contre la commode en merisier, Zélie ne bougeait pas, les yeux rivés sur la feuille qu’elle tenait dans sa main tremblante. Elle déplaça son regard sur les quatre boîtes qui l’entouraient, sur les dizaines et les dizaines de lettres de Baptiste qu’elles contenaient. Toutes ces lettres qu’il avait envoyées à Michel et que Michel n’avait jamais lues. »

« … plus loin, dans une allée latérale, une bande d’enfants, qui devaient avoir une dizaine d’années, nourrissaient des écureuils d’une familiarité stupéfiante. Un peu comme les pigeons du jardin du Luxembourg. Michel les observa un long moment, trouva la scène amusante; décidément, rien ici n’était comme ailleurs. Le chahut que faisaient les enfants ne semblait pas déranger l’homme assis à deux pas, derrière une table en fer forgé, penché, stylo à la main, sur ce que Michel imagina être une lettre.
L’ombre et le feuillage des arbres l’empêchaient de distinguer vraiment. L’homme relevait la tête de temps en temps, comme pour chercher l’inspiration. Il avait l’air de la trouver dans les rires des jeunes garçons et les grognements des écureuils. Alors, il penchait à nouveau la tête sur sa feuille de papier et se remettait à écrire. »

Parisienne mais ariégeoise de cœur, Anne Icart est rédactrice juridique, un univers très éloigné de la littérature.
Son 1er titre Les lits en diagonale, racontant la vie de son frère handicapé mental, a été primé par la Fondation Prince Pierre de Monaco. Elle publie en 2013 son 1er roman Ce que je peux te dire d’elles, histoires de femmes et de familles des années 50 à nos jours, a obtenu le prix du premier roman “Méo Camuzet” en 2013 et le prix du premier roman de la ville de Saint-Lys, suivi de Si j’ai bonne mémoire et Le temps des lilas, ces trois tomes formant « la saga Balaguère », Prix Pierre Benoît de l’Académie des Arts, Lettres et Sciences du Languedoc.
En 2020, s’inspirant d’une histoire familiale entre son Ariège natale et New York, Anne Icart publie Lettres de Washington Square relatant une relation filiale manquée.
Tous ses livres sont publiés aux éditions Robert Laffont et repris chez Pocket.

Amour, Émotion, Biographie, Drame, Poésie

Poussière d’homme

de David Lelait-Helo
Poche – 12 juillet 2012
Éditeur : Pocket

« Ce dimanche 3 avril, au soir, tes jours d’homme m’ont filé entre les doigts. Au presque commencement de ma vie, je t’ai perdu, toi avec qui je voulais la finir. Nous avions oublié d’être mortels, le temps nous a rattrapés… »
David LELAIT

« Je viens de finir ce livre, c’est un VÉRITABLE CHOC !!!!! Non seulement l’histoire est bouleversante mais le style est éblouissant !! Les mots claquent, lumineux et remplis de poésie ! Une émotion tout en pudeur pare ce livre d’une couleur unique. »
Gérard Collard

« Lyrique et sensible, juste et touchant, bouleversant même quand il ne reste qu’une poignée d’heures avant la séparation ultime. »
Ph.-J.C. Le Monde

« Un texte émouvant et d’une exquise sensibilité. »
Delphine Apiou Biba

J’ai découvert la plume de David Lelait-Helo avec Je suis la maman du bourreau, et dès les premières pages, j’ai su qu’il écrivait autrement. Il y avait cette pudeur dans la douleur, cette manière d’exposer l’indicible sans jamais tomber dans le pathos. C’était puissant, dérangeant, profondément humain. Un portrait de mère bouleversant, un cri discret mais essentiel.

Avec Poussière d’homme, j’ai retrouvé cette même force. Mais cette fois, l’émotion m’a submergé d’une manière plus intime, plus viscérale. Ce long chant d’amour et de mort, écrit tout en douceur et en retenue, m’a touché au cœur. Il y a dans ces pages une forme de grâce rare, presque fragile.

Le roman m’a pris aux tripes. Il m’a happé dans un tourbillon de poésie et d’émotions, où les mots choisis semblent parfois s’échapper d’un carnet secret. Des mots qui font du bien, des mots lumineux, des mots magiques… déposés ici et là, comme des cailloux blancs, un peu cachés parfois, que le lecteur devra ou pas, trouver pour, s’il le souhaite, les conserver bien précieusement. David raconte l’amour, son amour, avec une intensité brûlante, celle qu’on espère tous connaître au moins une fois. Un amour total, qui éclaire les gestes les plus simples et transforme le quotidien en miracle.

Il nous livre un hommage posthume, un cri d’amour et de douleur, une mise à nu poignante. Il évoque la perte, le manque, la maladie, le deuil, sans jamais chercher à nous apitoyer. Il questionne l’acceptation, la mémoire, le souvenir charnel de l’autre, ce qu’il reste quand il ne reste plus rien… ou presque. Juste ce prénom de trois lettres, et une éternité de souvenirs.

J’ai été totalement immergé dans son intimité. Chaque phrase, chaque silence entre les lignes, m’a bouleversé. Ce roman est un journal de bord de l’âme, un chant funèbre habité de lumière, un cri muet dans la nuit. Un concentré d’amour, de douleur… avec des mots qui claquent, des phrases qui prennent aux tripes… puis soudain, une larme qui surgie seule, qui s’éternise, elle sera finalement rattrapée par d’autres, de nombreuses autres qui le long de ma lecture méritaient aussi leur place…

Un véritable hymne à l’amour, malgré la tristesse, malgré la fin. Une œuvre traversée par la beauté, même dans la douleur.
Lire “Poussière d’homme”, c’est accepter de plonger dans l’abîme pour en ressortir tremblant, mais vivant. Lisez donc ce récit époustouflant, autant pour sa beauté que pour sa réalité et sa douleur. Aucun de mes mots ne pourra décrire ce que l’on ressent vraiment à cette lecture, il y a tant de sentiments et d’émotions, vous devrez comme moi y plonger corps et âme pour comprendre… Et forcément, finir votre lecture profondément touché.

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Extraits :

« Ce dimanche 3 avril, au soir, tes jours d’homme m’ont filé entre les doigts. Au presque commencement de ma vie, je t’ai perdu, toi avec qui je voulais la finir.
Nous avions oublié d’être mortels, le temps nous a rattrapés… La voix blanche et la colère noire, j’ai eu beau t’appeler, tu étais déjà parti, loin. Ta vie, minuscule tourbillon de quelques lunes et soleils, cessait là de tournoyer, sur le rivage carrelé blanc et glacé d’un hôpital. Un an sans toi, il y a trop longtemps, il y a si peu. Mais l’absence se rit du temps, elle déchire les calendriers, dérègle les horloges, rend folles leurs aiguilles. L’absence est un compagnon fidèle qui ourle désormais mes chemins d’exilé. »

« Que cette journée me semble sans fin depuis que, ce matin, au Père-Lachaise, à Paris, les flammes se sont unies pour t’emporter, t’émietter ! Depuis qu’hier j’ai poussé, de mes propres mains, le couvercle de bois verni sur ton visage de chair figée. »

« Les mots du curé ne parviennent pas à s’élever. Une ribambelle de sons creux. Je n’entends pas assez les trois lettres de ton prénom, il ne parle pas de ta vie, de ta joie, de ta bonté. Il articule le nom de Jésus, évoque le bon Dieu et ce foutu ciel qui t’ouvre prétendument ses portes, je ne l’écoute déjà plus… Je ne pleure pas non plus. Heureusement, les mots de ta jolie filleule, ses larmes, donnent de la chair et de l’humanité aux singeries de l’homme de Dieu. J’avais prévu de chanter puis renoncé, mais le manque de sève de l’instant me porte à finalement m’exécuter. »

« C’est un amour simple, facile, sur lequel on ne pose pas de mots. Mieux vaut le faire qu’en parler. Il roule léger. Il n’est pas de ceux auxquels on s’oblige pour ne pas vivre seul ou pour tromper l’ennui. Pas de ces amours que l’on couche sur un faire-part, que l’on grave dans les registres de l’état civil, pas de ceux qui donnent des enfants ou tiennent des promesses pour l’avenir du monde, pas non plus de ceux dont la passion vous brûle et vous dévore. Juste un amour qui souffle sur le cœur, juste le plaisir sans les devoirs, la caresse sans la gifle, le baiser sans la morsure.
Je ne tombe pas amoureux, je m’élève amoureux. Je t’aime comme on s’élève et grandit, comme on se hausse sur la pointe des pieds pour apercevoir la mer de l’autre côté de la barricade. Je t’aime en liberté. »

David Lelait-Helo est né à Orléans le 3 décembre 1971.

Après des études de littérature et civilisation hispaniques à Montpellier, il enseigne l’espagnol. En janvier 1997, à 25 ans, il publie chez Payot la première d’une longue série de biographies, parmi lesquelles

  • Maria Callas : j’ai vécu d’art, j’ai vécu d’amour (1997),
  • Dalida : d’une rive à l’autre (2004).
    C’est à cette période qu’il délaisse l’enseignement pour se consacrer à une carrière de journaliste. Il a écrit pour de nombreux magazines (Gala, Cosmopolitan, Femmes d’aujourd’hui…), animé des émissions musicales sur la chaîne Pink TV, occupé pendant vingt ans le poste de responsable des pages culture et people au magazine Nous Deux et, depuis 2022, celui de chroniqueur littéraire pour Femme Actuelle et Prima.
    David Lelait-Helo a également écrit des essais, Gay Culture (1998) et Les Impostures de la célébrité (2001), ainsi que des romans, dont :
  • Poussière d’homme (2006),
  • Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri (2016),
  • Un oiseau de nuit à Buckingham (2019) parus aux éditions Anne Carrière,
  • Je suis la maman du bourreau (2022), paru aux éditions Héloïse d’Ormesson
    https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/09/je-suis-la-maman-du-bourreau/

Amour, Émotion

L’enfant qui mesurait le monde

de Metin Arditi
Broché – 4 août 2016
Éditeur : Grasset

À Kalamaki, île grecque dévastée par la crise, trois personnages vivent l’un près de l’autre, chacun perdu au fond de sa solitude. Le petit Yannis, muré dans son silence, mesure mille choses, compare les chiffres à ceux de la veille et calcule l’ordre du monde. Maraki, sa mère, se lève aux aurores et gagne sa vie en pêchant à la palangre. Eliot, architecte retraité qui a perdu sa fille, poursuit l’étude qu’elle avait entreprise, parcourt la Grèce à la recherche du Nombre d’Or, raconte à Yannis les grands mythes de l’Antiquité, la vie des dieux, leurs passions et leurs forfaits… Un projet d’hôtel va mettre la population en émoi. Ne vaudrait-il pas mieux construire une école, sorte de phalanstère qui réunirait de brillants sujets et les préparerait à diriger le monde ?
Lequel des deux projets l’emportera ? Alors que l’île s’interroge sur le choix à faire, d’autres rapports se dessinent entre ces trois personnages, grâce à l’amitié bouleversante qui s’installe entre l’enfant autiste et l’homme vieillissant.

Il y a des romans qui apaisent. L’enfant qui mesurait le monde de Metin Arditi est de ceux-là. Il se déroule sur une île grecque baignée de soleil, de mythes et de silences, et aborde avec une grande justesse la question de l’autisme. J’ai été particulièrement touché par Yannis, cet enfant différent, qui trouve refuge dans les chiffres et l’ordre des choses, et qui remet un peu d’équilibre dans un monde qu’il ne comprend pas toujours. Son quotidien est réglé comme une horloge, surtout autour de sa mère Maraki, pêcheuse, qu’il attend chaque journaux retour de son travail, à dix heures très précises.

Dans ce petit coin de Méditerranée, débarque Eliot, architecte américain venu sur les traces de sa fille décédée tragiquement quelques années plus tôt. Un homme abîmé, lui aussi. La relation qu’il tisse avec Yannis m’a bouleversé. À travers les mathématiques, le nombre d’or, les mythes grecs qu’il transmet au garçon, Eliot semble peu à peu se relever, se réconcilier avec la vie. Ce lien improbable entre eux m’a semblé d’une humanité touchante et bien trop rare.

Mais ce roman, c’est aussi une critique juste mais incisive de la mondialisation. La menace d’un complexe hôtelier plane sur l’île, déclenchant des débats houleux parmi les habitants. Entre idéalisme et réalités économiques, chacun doit choisir son camp. Le pope Kosmas, personnage secondaire mais au combien essentiel, incarne cette sagesse populaire qui tente de préserver l’harmonie.

Metin rend ici un magnifique hommage à la Grèce. J’avais vraiment l’impression d’y être, la gentillesse de ses habitants, sa lumière, ses traditions. J’ai aussi été séduit par la sobriété du style, la pudeur des émotions, la justesse du ton. C’est mon quatrième roman de l’auteur, et à nouveau, je referme le livre avec l’impression d’avoir fait un vrai voyage intérieur. L’autisme y est abordé sans pathos, avec beaucoup de délicatesse.
Et puis, il y a ce calme, cette paix, cette lumière… Je respire…

Un grand coup de cœur, merci Metin.

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Extraits :

« On les aurait pris pour des jumeaux. Ils avaient les mêmes cheveux blonds coupés court, le même visage à l’ossature délicate, le même nez petit et droit. La même beauté, aussi, de celles qui sont inconscientes de leur effet. Seule leur expression différait. L’un avait le regard absent, l’autre semblait exaspéré. »

« Assis au dixième rang de l’amphithéâtre, le regard flou, Eliot avait la main droite posée sur la place voisine. Il lui imprimait un mouvement de va-et-vient délicat, comme une caresse, de celles que l’on répète sans y prendre garde, lorsqu’on veut consoler. Chaque jour depuis douze ans, pour peu qu’il soit sur l’ile, il retrouvait cette même place et répétait le petit geste. »

« Il fut un temps où nous offrions au monde des temples, des stades et des amphithéâtres. Aujourd’hui, nous défigurons un site merveilleux pour y construire le Périclès Palace, symbole de nos rendez-vous répétés avec le ridicule et la honte. Appauvri et hagard, notre pays sombre chaque jour davantage dans l’indignité et le malheur. »

« Maraki leva les yeux sur Andreas et constata qu’il avait encore grossi. Il fut un temps où les Kalamakiotes étaient maigres, du premier au dernier. À force de travail et de privations, ils s’étaient sortis de la misère, avaient gâté leurs enfants, et voilà que ceux-ci se retrouvaient gros et pauvres. »

« — Si nous voulons offrir un enseignement aux meilleurs étudiants, choisissons des domaines où nous serons crédibles. Cours numéro un : La corruption en dix leçons. Cours numéro deux : Comment trahir son pays en éludant l’impôt. Avec en sous-titre : Du plombier au grand patron, en passant par le médecin. Cours numéro trois : Comment faire nommer ses amis à des postes d’où ils renverront l’ascenseur. Numéro quatre : Comment faire le beau dans la presse en trahissant ses électeurs. Numéro cinq : Comment se comporter avec vulgarité en pensant qu’on est un grand personnage… Là, nous serions légitimés. Champions du monde. Nous pourrions créer une école sur chaque île. Les gens viendraient du monde entier. Ils diraient : question corruption, excusez du peu, j’ai un diplôme grec. »

Écrivain francophone d’origine turque, Metin Arditi a quitté la Turquie à l’âge de sept ans, et a obtenu la nationalité suisse en 1968.

Après onze années passées dans un internat suisse à Lausanne, il étudie à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, où il obtient un diplôme en physique et un diplôme de troisième cycle en génie atomique. Il poursuit ses études à l’université Stanford.

Il habite Genève, où il est très engagé dans la vie culturelle et artistique. De 2000 à 2013, il a été Président de l’Orchestre de la Suisse romande. Il est membre du Conseil stratégique de l’École polytechnique de Lausanne où au fil des ans, il a enseigné la physique (assistant du Prof. Mercier), l’économie et la gestion (comme chargé de cours) et l’écriture romanesque (en tant que Professeur invité).

En décembre 2012, Metin Arditi a été nommé par l’UNESCO Ambassadeur de bonne volonté. En juin 2014, l’UNESCO l’a nommé Envoyé spécial puis, en 2017, Ambassadeur honoraire.

De 2016 à 2019, il a tenu une chronique hebdomadaire dans La Croix.

Il est l’auteur d’essais et de romans, parmi lesquels Le Turquetto (Actes Sud, 2011, prix Jean Giono), et chez Grasset,

En 2022, il a publié le Dictionnaire amoureux d’Istanbul (Plon-Grasset).