Émotion, Drame, Folie, Polar, Terroir, Violence

La loi des oubliés

Chasse ouverte dans le bassin minier
de Éric Dupuis
Broché – 4 septembre 2025
Éditeur : Aubane éditions

En 1986, après 18 ans de carrière à Paris, l’inspecteur de police Pierre Sénéchal revient dans le Pas-de-Calais, sa région natale. Sa première mission consiste à escorter Carrel, l’écorcheur du bassin minier, un criminel condamné en 1970 qui vient d’obtenir une libération conditionnelle. Cette décision judiciaire suscite l’émoi des familles car, parmi les victimes, deux jeunes filles du coron sont toujours considérées disparues. Connaissant l’une d’elles, sœur de son premier amour, Pierre décide de réétudier le dossier dans l’espoir de faire rouvrir l’enquête. À cet instant, l’inspecteur est propulsé dans un engrenage infernal, vengeance, trahison, et misère sociale vont peupler son quotidien. Confronté à l’omerta et aux exactions d’une bande de jeunes loubards qui ralentissent ses investigations, Sénéchal réalise que ces oubliés du coron ne répondent qu’à une seule loi, la leur…

Dès les premières pages de « La loi des oubliés » d’Éric Dupuis, j’ai été happé, littéralement. Ce roman m’a tenu en haleine du début à la fin, au point de m’être souvent surpris à repousser le moment de le refermer. Le suspense est redoutablement efficace, porté jusqu’à un dénouement que je n’ai absolument pas vu venir. Mais au-delà de l’enquête, c’est surtout l’atmosphère qui m’a marqué. Ce climat lourd, âpre, profondément ancré dans un territoire, comme je les aime tant.

Éric possède ce talent rare de faire vivre une région. Ici, le Pas-de-Calais des années 80, ses corons, ses gueules noires, la misère sociale, les mines qui ferment les unes après les autres et laissent derrière elles des vies brisées. Tout respire le réel. On sent la pauvreté, la résignation, les rancœurs accumulées, les silences trop lourds. Le décor est sombre, aussi noir que le charbon, et sert à merveille une intrigue faite de mensonges, de trahisons, de vengeance et de meurtres. J’ai adoré cette immersion totale, viscérale, écrite avec les tripes autant qu’avec les mots.

L’histoire suit Pierre Sénéchal, inspecteur revenu dans sa région natale après dix-huit ans de carrière parisienne. Un retour aux sources qui n’a rien de paisible. Il est hanté par son passé, par des disparitions de jeunes filles jamais élucidées, par des souvenirs douloureux qui resurgissent à chaque coin de rue. Ce retour agit comme une quête de vérité, peut-être aussi comme une tentative de rédemption. Et les révélations qui émergent sont fracassantes, cruelles, n’épargnant personne… pas même lui.

J’ai été rapidement pris par le rythme du récit. Les dialogues sont percutants, les scènes s’enchaînent avec une fluidité qui m’a souvent donné l’impression de regarder une série noire particulièrement réussie. Les personnages sont profondément humains, attachants dans leurs failles, et l’expérience policière d’Éric apporte un réalisme saisissant aux investigations, tout en brouillant sans cesse les pistes.

La loi des oubliés est pour moi une réussite totale. Ce roman réunit tout ce que j’aime, un terroir fort, une intrigue solide, des personnages incarnés et une charge émotionnelle puissante. Peut-être même, oserai-je le dire, le meilleur roman de l’auteur.
Un livre marquant à lire absolument…

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Extraits :

« La grande silhouette du numéro 8923 réintégra sa cellule. Georges Carrel n’était plus que l’ombre de lui-même. Lui, charpenté comme une armoire à glace lors de son arrivée, flottait dans ses vêtements. Son visage émacié, diaphane et les sillons de ses joues creusées laissaient à penser que sa dernière heure était arrivée. Une fois la porte fermée et le bruit sinistre de la serrure entendu, il s’allongea sur le lit, glissa ses mains croisées sous sa nuque et fixa le ciel azur partiellement masqué par les barreaux de la fenêtre. Une belle journée s’annonçait, Georges était aux anges. Soulagé d’avoir appris la bonne nouvelle : la commission venait d’accepter sa demande de libération conditionnelle. »

« Il ne regrettait rien, absolument rien. Aucun de ses actes abominables… bien au contraire. À chaque fois que l’un d’eux lui revenait en mémoire, il en éprouvait une satisfaction personnelle, un plaisir immense. D’ailleurs il avait conservé un bijou de chacune de ses victimes. Le fait de les ressortir, de les toucher, lui procurait une sensation inextricable, une jouissance extrême… »

« L’heure du bilan avait sonné après ses seize années passées au placard. Une épreuve si terrible que Carrel comptait profiter un maximum de sa liberté recouvrée dès le 13 septembre prochain. Et malgré les recommandations explicites de son psychiatre, il savait d’ores et déjà qu’il recommencerait ses actes criminels. Ce besoin était viscéral, ancré au plus profond de son être. Il gardait en mémoire ses erreurs de débutant l’ayant conduit en taule, à commencer par son empressement et l’émulation de ses premières agressions qui lui en avaient fait oublier les fondamentaux. Le manque de préparation, l’absence de gants, l’agitation et le pire de tout, la perte de son arme… »

Né dans les années 1960 à Courrières dans le Pas-de-Calais, Éric Dupuis poursuit ses études secondaires à Lens avant d’incorporer le premier contingent de policiers auxiliaires en octobre 1986, puis de devenir gardien de la paix en 1987. Après plusieurs années sur la voie publique et trente ans de carrière dans la police nationale en région parisienne, il devient major-instructeur. En tant que formateur en sécurité intérieure, il enseigne aujourd’hui activités physiques et professionnelles : tir, auto-défense et techniques de sécurité en intervention. Il est également passionné par les arts martiaux et notamment par le krav maga, une discipline d’auto-défense qu’il pratique et enseigne en tant que 4e dan. Dans le cadre de son travail d’acteur et de conseiller technique pour le cinéma et les séries télévisées, il se lance dans l’écriture et propose ses récits. Après Aussi noir que le charbon, il publie un autre polar se déroulant dans le bassin minier : Devoir de mémoire. Un retour aux sources, en quelque sorte…

Aussi noir que le charbon
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/19/aussi-noir-que-le-charbon-de-eric-dupuis/

Devoir de mémoire
https://leressentidejeanpaul.com/2021/07/27/devoir-de-memoire/

La Catalane
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/07/la-catalane/

Émotion, Drame, Roman, Terroir

La Vie est une histoire vraie

de Frédérique-Sophie Braize
Broché – 16 octobre 2025
Éditions : Presse de Cité

Lectrice de manuscrits chez un éditeur réputé, Ava apprend qu’elle risque de perdre la vue. C’est le choc. L’ophtalmologue lui interdit le moindre effort, même un ébat amoureux. Il lui reste peu de temps pour admirer les beautés de la nature et aiguiser ses autres sens. Contre l’avis de son compagnon, la belle rousse quitte Paris pour Abondance, dans ces paysages savoyards où elle a été heureuse avant.
Le bon air, le bleu d’altitude… Un monde hors du temps où vit Germinie, faiseuse de secrets, qui, Ava l’espère, saura éloigner d’elle l’angoisse et l’obscurité. Où vit aussi Virgil, séduisant homme des bois au métier rare de « sanglier ».
Le trouble et l’émoi qui les poussent l’un vers l’autre mèneront-ils Ava sur la voie de la guérison ?

Un roman vrai tout en sensualité, drôlerie et émotion,
avec une héroïne irrésistible qui chemine, toujours, vers la lumière

Après avoir lu tous ses précédents romans, j’avais tellement hâte de lire le dernier roman de Frédérique-Sophie Braize, “La vie est une histoire vraie”…

Je viens de le terminer et je ne sais pas par où commencer. Pour la simple et bonne raison que ce roman n’est pas un simple roman. Il est une “tranche” de vie de Frédérique-Sophie… Une tranche de vie où, comme elle le dit si bien, parfois elle “tord la vérité pour construire son récit, elle déplace les événements, les lieux et invente certains personnages afin qu’il demeure un roman”… Mais il est beaucoup plus que cela…

Lorsque je lis un roman de Frédérique-Sophie, je sais que je vais vivre une, lorsque ce ne sont pas plusieurs histoires incroyables. Souvent des histoires de femmes… Elles sont fortes, elles sont touchantes, émouvantes et, profondément humaines.
L’Histoire et le réel prennent aussi une place très importante dans ses récits, c’est régulièrement une remontée dans le temps, son écriture, ses dialogues pleins de tendresse qui me mènent vers une autre époque… Des sagas familiales, leurs secrets, leurs souffrances, et toujours une très belle solidarité entre des “personnages” qui ont une âme et cela fait du bien. Et puis, il y a la nature, les arbres et la montagne, cette terre qu’elle chérit et qu’elle sait décrire avec tant de justesse. La vie tout simplement…

Frédérique-Sophie, oups ! Ava, quitte Paris pour Abondance, un village de montagne où vit Germinie, une faiseuse de secrets renommée. Elle vient d’apprendre qu’elle risque de perdre la vue. C’est en pleine montagne, entourée de ses amis et de Virgil, que la belle rousse décide de faire un point sur sa vie, mais surtout de lutter comme il se doit contre cette cécité qui envahit ses yeux et petit à petit obscurcit son horizon. Eva est bien loin d’imaginer toutes les aventures qu’elle vivra dès lors, sur la voie de la guérison.

Je l’ai dévoré !
J’ai ri, j’ai tremblé, j’ai été ému. J’ai refermé ce livre le cœur gonflé d’une gratitude immense. Frédérique-Sophie signe ici un récit d’une sincérité bouleversante, un hymne à la vie, à la lumière, à la résilience.
Son roman m’a fait respirer…
Et ce clin d’œil à “Mouton”… Quelle délicieuse surprise !

Gros bisous à toute ta famille…

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Extraits :

« — Interdit de porter une valise ou un enfant. Défendu de vous pencher en avant. Et surtout pas d’ébats amoureux ! Un baiser peut vous faire perdre la vue. Voilà…
c’est tout.
Les paroles de l’oculiste portent un coup à Ava. La tête lui tourne presque. En quoi un baiser est-il si redoutable ? Risque-t-elle de se retrouver dans le noir à la moindre étreinte ? »

« Postée à la fenêtre, Ava regarde en direction d’un point connu d’elle seule. Elle plisse les yeux, même s’il n’y a pas de soleil mais un ciel de tôle sur l’après-midi finissant. La lectrice pourrait demeurer là, à espérer que d’illustres ophtalmologues parviennent à la guérir.
Or elle craint de perdre son temps en restant dans le 5€ arrondissement. Lorsque l’on n’a plus que quelques mois à voir, il convient de les utiliser avec discernement.
Aussi ouvre-t-elle les placards en quête du répertoire de sa mère. Sa persistance à s’agiter agace Ray :
– Qu’est-ce que tu fabriques ?
– Je cherche le numéro de Germinie.
– Ne t’emballe pas. Laisse-moi le temps de contacter quelques personnes. Je vais t’obtenir un rendez-vous à la fondation Rothschild pour avoir un autre avis. »

« Malgré son agenda chargé, il a tenu à l’accompagner. Il est curieux de rencontrer Germinie et de découvrir ce village savoyard qu’Ava considère – à tort – comme un refuge. Alors qu’elle déplie le prospectus, il lâche un ronflement. S’il n’était pas déjà en train de dormir, voilà ce qu’il pourrait lire :
Aussi appelé station-village de charme, ce bourg montagnard de Haute-Savoie se situe à trente kilomètres du lac Léman, et à quinze minutes de la frontière suisse. La station de ski est reliée au domaine des Portes du Soleil, un des plus grands du monde. Abondance, c’est aussi un habitat typique, une race de vache et un fromage qui contribuent à la réputation de ce village d’exception. »

« Ava est réveillée par des chuchotis. Voix masculine et féminine. Virgil et Germinie. Elle ouvre les yeux. L’aube darde un rai de clarté dans la chambre, la preuve que sa vue n’a pas filé à l’anglaise pendant la nuit. Elle se lève, se débarbouille, emprunte le couloir. Là, elle est saisie d’un profond étonnement en réalisant qu’elle s’est trompée sur le détenteur de la voix d’homme, compte tenu de la soutane. Germinie barre un zona à un prêtre qui a hésité à la consulter. Et pour cause : la rumeur dit que la guérisseuse sait lire sur le front des gens s’ils sont – ou non – aimés du Ciel. »

Frédérique-Sophie BRAIZE romancière, nouvelliste, chroniqueuse de presse écrite, née à Évian. Fille unique d’un alpiniste – réalisateur des Colonnes de Buren à Paris – elle vit dix ans chez ses grands-parents, des paysans de montagne. Elle fait ses études au Pays de Galles d’où elle revient diplômée en Business et Finances du Polytechnic of Wales. Elle travaille dans la sécurité privée et industrielle avant de se lancer dans l’écriture. Elle partage sa vie entre la Haute-Savoie et Paris avec Mouton, son chien de berger.

Parutions récentes et à venir :

Paysannes de montagne (éd. Lucien Souny 2015) Grand Livre du mois / Format poche (éd. Souny Poche 2018)

Pour quelques arpents de rêve (éd. Lucien Souny 2016)

Sœurs de lait (éd. De Borée 2018) Grand Prix littéraire de l’Académie de Pharmacie 2018. Prix Patrimoine 2018. Format poche (Coll. Terre de Poche, éd. De Borée 2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/11/01/soeurs-de-lait/

Lily sans logis (éd. De Borée – 2019) Adapté en “Livre à deux places” pour “Lire et faire lire” d’Alexandre Jardin en 2020.
https://leressentidejeanpaul.com/2020/05/23/lily-sans-logis/

Une montagne de femmes (éd. Les Passionnés de bouquins 2019) Prix Welter. Prix Ecriture d’Azur
https://leressentidejeanpaul.com/2019/12/31/une-montagne-de-femmes/

Un voyage nommé désir (éd. Presses de la Cité 2021) Trophée des Savoyards du monde. Prix Machiavel 2021.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/03/09/un-voyage-nomme-desir/

Les liaisons périlleuses (éd. Presses de la Cité 02/2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/05/26/les-liaisons-perilleuses/

Ses livres sont toujours inspirés de faits réels tombés dans l’oubli : histoire vraie, fait de société, fait historique…

https://www.instagram.com/frederiquesophiebraize/?hl=fr
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