Amour, Émotion, Drame, Psychologie, Violence

Toutes les nuances de la nuit

de Chris Whitaker
Broché – 6 mars 2025
Éditions : Sonatine

Jusqu’à ce jour de 1975, Monta Clare était une petite communauté tranquille du Missouri. Aujourd’hui, les sirènes des voitures de police retentissent dans toute la ville. Dans un quartier paisible, les habitants sont interrogés, tous doivent fournir des alibis. La raison ? Le jeune Patch Macauley a disparu. Dans la forêt voisine, on a retrouvé son tee-shirt, maculé de sang. Saint, une jeune fille au caractère bien affirmé, décide de faire tout ce qui est en son pouvoir pour découvrir ce qui est arrivé à son ami. Elle harcèle le shérif, mène sa propre enquête, cherche des pistes. Les jours passent, puis les semaines. L’affaire ne fait plus les gros titres des journaux, et cependant, Saint s’obstine. Des mois plus tard, Patch Macauley réapparaît. L’affaire est réglée ? Non. Bien au contraire, il faudra des décennies pour élucider tous les mystères et faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé durant sa disparition.

Après Duchess, salué par la presse et les libraires, Chris Whitaker revient avec un roman magistral. S’étendant sur plus de trente ans, ce récit, jamais prévisible, met en œuvre des émotions aussi complexes que bouleversantes. Toutes les nuances de la nuit confirme avec éclat le talent infini de son auteur pour explorer jusqu’à l’incandescence les troubles de l’adolescence et la façon dont ceux-ci influent et pèsent sur l’âge adulte. Chris Whitaker s’installe sans conteste parmi les plus grands romanciers contemporains.

“Un roman qui vous percute comme un marteau !
Je n’ai pas pu le lâcher et je ne l’oublierais jamais.”

llian Flynn

“À couper le souffle…
Un récit ondoyant qui transcende les décennies et les points de vue pour saisir la manière dont un seul instant fait basculer la vie d’un petit garçon et de ceux qui l’aiment.”
The Washington Post

“Il y a bien une enquête dans Toutes les nuances de la nuit,
et elle est passionnante, mais le roman a tellement plus à offrir.
C’est aussi une fable profonde et complexe sur l’amour, le deuil et l’espoir.”
Kirkus Reviews

Je referme à peine Toutes les nuances de la nuit et je reste là, sidéré. L’esprit encore dans les pages, le souffle court. Je découvre Chris Whitaker avec ce roman, et quelle découverte ! J’avais un peu d’appréhension devant ses 800 pages, pensant y passer plusieurs jours et deux jours plus tard, je suis arrivé au mot « fin », vidé, essoufflé, ému. J’ai lu sans relâche, tant le récit m’a happé.

Joseph, surnommé Patch, et sa meilleure amie Saint ont treize ans lorsqu’on fait leur connaissance. Ils vivent dans une petite ville nichée au cœur des Ozarks, dans le Missouri. Leur quotidien n’a rien de simple, mais une amitié profonde les unit et leur donne le semblant d’équilibre dont ils ont besoin. Jusqu’au jour où un geste héroïque de Patch fait basculer leur monde, déclenchant une série d’événements qui les dépasseront complètement.

Comment passer à une autre lecture après une telle immersion ?
J’ai vécu avec Patch, Saint, Sammy, Norma, Misty, Grace… Je les ai aimés, j’ai pleuré pour eux, j’ai tremblé avec eux. Ils m’habitent encore. Ce roman est une onde de choc. Une fresque humaine, déchirante et poignante.

Ce n’est pas qu’une histoire. C’est une traversée, sur près de 30 ans, entre ténèbres et lumière, entre fidélité et déracinement, entre bravoure et fatalité. Ce livre échappe à toute étiquette : saga, thriller, drame social, histoire d’amour… tout s’y mêle avec une justesse rare.

L’écriture est précise, vibrante. L’humanité des personnages m’a transpercé. À mes yeux, c’est un chef-d’œuvre, un grand coup de cœur !
Nous ne sommes qu’en mai, mais je pense avoir lu, ce que je considère comme l’un des romans de l’année.

Je remercie Pierre-Antoine de m’avoir conseillé cette pépite.
Dire que j’aurai pu passer à côté…

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Extraits :

« Ce jour-là, la police fouillerait les moindres recoins de son existence et découvrirait qu’il aimait les pirates parce qu’il était né borgne, et que sa mère lui avait très tôt donné le goût des sabres d’abordage et des cache-œils, convaincue que la beauté de la fiction avait le pouvoir d’émousser une réalité trop brutale. »

« Il remonta dans sa chambre, où il coiffa son tricorne et enfila son gilet. Puis il rentra son pantalon bleu marine dans ses chaussettes et tira un peu sur le tissu pour le faire bouffer aux genoux.
Dans sa ceinture, il glissa un petit poignard, un simple alliage de métaux bon marché, mais le forgeron avait fait du bon boulot.
Ce jour-là, la police fouillerait les moindres recoins de son existence et découvrirait qu’il aimait les pirates parce qu’il était né borgne, et que sa mère lui avait très tôt donné le goût des sabres d’abordage et des cache-œils, convaincue que la beauté de la fiction avait le pouvoir d’émousser une réalité trop brutale. »

« L’homme, qui s’était relevé, commençait à la suivre, mais Patch était juste derrière lui. Il sortit son poignard pour la deuxième fois de la matinée.
L’homme para le coup sans difficulté en lui saisissant le poignet et en le tordant douloureusement.
Un rayon de soleil éclaira la lame juste avant qu’elle ne s’enfonce dans le ventre de Patch.
Il tombe à la renverse et porte les mains à sa blessure. La nuit descendait sur les arbres autour de lui mais il ne vit ni lune ni constellations. »

« Son souffle résonnait dans ses oreilles.
Elle passa rapidement devant les arbres tombés qui bordaient la clairière. Le menton levé, elle scruta les alentours, mais ce n’est que lorsqu’elle atteignit le pied de la vallée qu’elle découvrit l’endroit où c’était arrivé.
Elle vit le tee-shirt.
Et le sang. »

« La religion et la politique se fichent de ce qui est juste. »

« – Que les gens comme nous n’existent que dans un état de crise. Que ce sera un miracle si nous mourons de causes naturelles. On se tournera vers l’alcool ou la drogue, et on ne nouera jamais de relations étroites parce qu’on gardera trop de choses pour nous.
– On n’a besoin de personne d’autre. »

« – Dans un mariage qui dure une vie entière, l’amour n’est qu’un visiteur. C’est le respect et la bienveillance qui en sont les véritables fondations. Pour être honnête, je pense que tu devrais l’épouser. »

Chris Whitaker a travaillé dix ans comme trader avant de se consacrer à l’écriture. Son premier roman, Tall Oaks (2016), reçoit les louanges de la critique et se voit couronné du CWA John Creasey New Blood Dagger. Avec All the Wicked Girls (2017), son deuxième roman, Chris Whitaker explore les thèmes de la disparition, de la jeunesse et des regrets au sein d’une Amérique dépeinte de manière magistrale.
Avec son troisième roman paru en 2020, We Begin at the End, il est lauréat du Gold Dagger Award 2021 et du prix Ned-Kelly 2021 du meilleur roman international.

Duchess est un roman noir captivant qui mêle suspense et émotion.
Toutes les nuances de la nuit est un roman policier captivant qui explore les complexités de l’amitié et de la résilience face à une disparition tragique.
Ses écrits sont édités dans 10 pays.

C’est un conteur prodigieux qui allie une écriture à la fois lyrique et ancrée dans une réalité brutale. Son univers est marqué par des personnages complexes et inoubliables, des intrigues riches en rebondissements et une interrogation constante sur le sens de la vie et les conséquences de nos actes. La noirceur de ses histoires contraste avec la beauté des paysages décrits. Son style, à la fois intense et délicat, fait vivre des émotions fortes aux lecteurs.

Émotion, Drame, Folie, Suspense, Thriller psychologique, Violence

Leona

Les dés sont jetés
de Jenny Rogneby
Broché – 4 mai 2016
Éditeur : Presses de la Cité

Qui perd gagne.
Stockholm, un jour de septembre. Une petite fille de sept ans, nue et recouverte de sang, braque une banque du centre de la ville avec pour seules armes un ours en peluche et un magnétophone. La fillette disparaît ensuite avec l’argent.
La trouble et manipulatrice Leona Lindberg s’arrange pour récupérer l’affaire avant ses confrères de la police judiciaire. Christer Skoog, lui, est journaliste. Il dispose d’embarrassantes informations au sujet de Leona ; des informations qu’il est prêt à taire si cette dernière accepte de l’aider à résoudre une enquête qui l’obsède depuis des années…

Grandiose et subversif. Jenny Rogneby tire les ficelles de ce premier roman d’une main de maître et, avec le personnage atypique de Leona, fait une entrée fracassante dans le monde du thriller.

Je referme Leona – Les dés sont jetés avec une sensation étrange, presque coupable. J’ai suivi cette femme hors du commun, glaciale et désabusée, dans un monde où la morale est un costume qu’on retire le soir. Et je dois l’admettre : j’ai été fasciné. Leona Lindberg n’est pas une héroïne, pas même une anti-héroïne ; elle est un paradoxe sur deux jambes, une policière qui passe de l’autre côté avec une froideur qui glace le sang.

J’ai souvent voulu la secouer, lui crier de revenir à la raison, mais Jenny Rogneby nous tient en laisse, page après page, nous forçant à accepter l’inacceptable. Il y a dans ce roman une tension constante, un malaise latent. C’est noir, très noir, et pourtant, je n’ai pas pu lâcher ce récit troublant. Leona est une énigme que l’on tente de résoudre tout en sachant qu’on ne le pourra pas.

Ce qui me reste, ce n’est pas la résolution de l’intrigue, bien que l’écriture soit habile et rythmée. Ce sont les failles de Leona, ses silences, ses regards fuyants. J’ai terminé ce livre comme on quitte une pièce trop longtemps restée dans la pénombre : un peu sonné…

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Extraits :

« Personne ne l’avait encore remarquée. Sans bruit, elle trottina à petites foulées sur le tapis jusqu’au centre du grand hall de la banque.
Ses pas étaient déterminés.
Son regard, vitreux. Les battements de son cœur, assourdissants.
Entièrement concentrée sur son rythme cardiaque, elle ne sentait plus sa blessure, ni le sang séché sur son corps nu et fluet. Chaque pulsation résonnait dans ses oreilles. 1-2… 3-4-5… 6… Trop irrégulières pour qu’elle puisse les compter. Elle serra de toutes ses forces l’ours en peluche sur sa poitrine. Les palpitations lui semblaient un peu moins fortes ainsi. »

« Olivia s’était mise à trembler. Elle essaya en vain de se détendre. À cause de la pluie, tout était mouillé et froid. Ses yeux et son nez coulaient et la démangeaient. Chaque fois qu’elle tentait de se gratter, la douleur lui arrachait quelques larmes.
Elle avait eu beaucoup de mal à soulever le sac à dos dans la banque, mais, une fois celui-ci hissé sur ses épaules, ça avait été. En revanche, ensuite, quand elle avait dû l’enlever, elle avait perdu l’équilibre et s’était étalée par terre. La blessure de son genou saignait et la brûlait beaucoup plus qu’avant. Le sac à dos était trempé et sale.
Elle pria le ciel pour que rien ne se soit cassé, car sinon papa serait très en colère. »

« J’ai réarrangé deux stylos posés sur la table devant moi. Je n’aimais pas avoir des objets pointus tournés vers moi. Et en plus, ils étaient de travers.
Ce faisant, j’ai remarqué que l’ongle de mon pouce était trop long par rapport aux autres. Je venais de les faire manucurer chez Madeleine, au coin de la rue. Elle s’appliquait d’ordinaire dans son travail. Quelle déception ! »

« Des années durant, j’avais combattu ce sentiment, refoulé mon « moi » véritable. Je me réveillais en sueur la nuit, avec l’impression qu’un piège se refermait sur moi. Prisonnière du monde que je m’étais moi-même créé. Je ne pouvais plus ignorer ma propre nature.
Quand j’avais commencé à remettre en question mon désir d’être comme les autres, tout était devenu plus clair. Je n’avais pas d’autre choix.
Je devais me libérer. »

Née en 1974 en Éthiopie, la Suédoise Jenny Rogneby a étudié la criminologie à Stockholm. D’abord musicienne, elle a fait la première partie d’un concert de Michael Jackson à Tallinn en Estonie, elle a travaillé pendant sept ans dans la police, à Stockholm, comme criminologue, avant de se lancer dans l’écriture de son premier roman, Leona : Les dés sont jetés, devenu dès sa sortie un best-seller en Suède, et qui a été traduit dans une dizaine de pays.

Leona : La fin justifie les moyens est son second polar avec comme héroïne l’inspectrice Leona Lindberg.

Jenny Rogneby vit à Malte

Page Facebook : https://www.facebook.com/jenny.rogneby

Émotion, Drame, Violence

Eldorado

de Laurent Gaudé (Auteur)
Poche – 2 mars 2009
Éditions : J’AI LU

« Aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes. »
Pour fuir leur misère et rejoindre l’“Eldorado”, les émigrants risquent leur vie sur des bateaux de fortune… avant d’être impitoyablement repoussés par les gardes-côtes, quand ils ne sont pas victimes de passeurs sans scrupules. Le commandant Piracci fait partie de ceux qui sillonnent les mers à la recherche de clandestins, les sauvant parfois de la noyade. Mais la mort est-elle pire que le rêve brisé ? En recueillant une jeune survivante, Salvatore laisse la compassion et l’humanité l’emporter sur ses certitudes…

Voyage initiatique, sacrifice, vengeance, rédemption : le romancier au lyrisme aride manie les thèmes de la tragédie antique avec un souffle toujours épique.
L’EXPRESS

Eldorado ne se lit pas : il s’éprouve.
C’est un roman qui m’a brûlé à l’intérieur, qui m’a remué la conscience et mit des visages sur des drames trop souvent noyés dans l’anonymat. J’ai suivi le commandant Piracci, homme en uniforme mais surtout un homme droit plein de doutes, rongé par une lassitude silencieuse qui va l’emporter. J’ai marché, moi aussi, avec Soleiman et tous les autres, fuyant la misère avec pour seule boussole un rêve d’Occident, un Eldorado aussi lointain qu’insaisissable.

Il n’y a pas de misérabilisme chez Laurent Gaudé, juste une dignité marquée et très puissante, une humanité à fleur de peau. Ses mots sont sobres, mais percutants, et chaque chapitre m’a laissé cette impression d’être un peu plus impliqué, un peu moins indifférent. Finalement, ce roman, c’est le croisement de deux chemins : celui de l’exil et plus encore celui du retour vers soi. Deux trajectoires que tout semble opposer mais que la mer relie dans une gravité commune.

À la dernière page, je suis resté là, silencieux, j’avoue un peu perdu devant tant de violence. Ce roman n’a pas d’une fin pour moi, il est un appel. Un appel pour ne jamais oublier, un appel à regarder au-delà des chiffres, au-delà des médisances, un appel à entendre les battements de cœur en souffrance au-delà des mers, derrière les frontières…

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Extraits :

« Le commandant Salvatore Piracci déambulait dans ces ruelles, lentement, en se laissant porter par le mouvement de la foule. Il observait les rangées de poissons disposés sur la glace, yeux morts et ventre ouvert. Son esprit était comme happé par ce spectacle. Il ne pouvait plus les quitter des yeux et ce qui, pour toute autre personne, était une profusion joyeuse de nourriture lui semblait, à lui, une macabre exposition. »

« “Voilà que les femmes me regardent, se dit-il. Et moi qui m’imaginais déjà avoir à me battre.” Puis il reprit sa marche et n’y pensa plus. Il quitta les ruelles engorgées du marché en laissant le soleil scintiller sur les toits et les pavés de Catane. Il quitta les ruelles du marché sans s’apercevoir que la femme, comme une ombre, le suivait. »

« Il finit par se dire que le plus simple serait de demander de l’aide. À deux ou trois, ils parviendraient peut-être à l’emmener. C’est alors que leurs regards se croisèrent. Jusque-là, il n’avait vu qu’un corps emmitouflé, qu’une femme éreintée de fatigue, une pauvre âme déshydratée, qui ne voulait pas quitter la nuit. Mais lorsqu’il croisa son regard, il fut frappé par cette tristesse noire qui lui faisait serrer la rambarde de toute sa force. C’était le visage de la vie humaine battue par le malheur. Elle avait été rouée de coups par le sort. Cela se voyait. Elle avait été durcie par mille offenses successives. Et il sentit que, malgré cette faiblesse physique qui la rendait peut-être incapable de se lever toute seule et de marcher sans aide, elle était infiniment plus forte que lui, parce que plus éprouvée et plus tenace. C’est pour cela, certainement, qu’il n’avait pu oublier ses traits »

« Elle sentait qu’il partait et qu’il fallait qu’elle se batte bec et ongles. Elle l’appela, le serrant, lui tapota les joues. Il finit par râler, distinctement. Un petit râle d’enfant. Elle n’entendait plus que cela. Au-dessus du brouhaha des hommes et du bruissement des vagues, le petit souffle rauque de son enfant lui faisait trembler les lèvres. Elle fournit. Elle gémit.
Les heures passèrent. Toutes identiques. Sans bateau à l’horizon. Sans retour providentiel de l’équipage. Rien. La révolution lente et répétée du soleil les torturait et la soif les faisait halluciner.
Elle était incapable de dire quand il était mort. »

……………………………

Né en 1972, Laurent Gaudé a fait des études de Lettres Modernes et d’Études Théâtrales à Paris. C’est à l’âge de vingt cinq ans, en 1997, qu’il publie sa première pièce, Onysos le furieux, à Théâtre Ouvert. Suivront alors des années consacrées à l’écriture théâtrale, avec notamment Pluie de cendres jouée au Studio de la Comédie Française.
Parallèlement à ce travail, Laurent Gaudé se lance dans l’écriture romanesque.
En 2001, âgé de vingt neuf ans, il publie son premier roman, Cris.

Il est notamment l’auteur de :

  • Cris (2001, Babel),
  • La Mort du roi Tsongor (2002, prix Goncourt des lycéens 2002, prix des Libraires 2003, Babel),
  • Le Soleil des Scorta (2004, prix Goncourt 2004, prix Jean-Giono 2004, Babel),
  • Eldorado (2006, Babel),
  • Dans la nuit Mozambique (2007, Babel),
  • La Porte des Enfers (2008, Babel)
  • Ouragan (2010)
Amour, Émotion, Drame, Folie, Violence

Abena

de Pierre Chavagné
Broché – 21 mars 2025
Éditions : Le mot et le reste

Au coeur d’un massif enneigé, Kofi et sa petite soeur Abena sont traqués par la Souche, une milice de gardes frontières. Dans leur fuite, ils croisent Caïn, un marginal qui leur vient en aide. Le trio trouve refuge en altitude chez un mystérieux couple d’ermites. La situation préoccupante dans la vallée et dans tout le pays les contraindra à hiverner ensemble. Ce confinement prolongé mettra la communauté à rude épreuve. Ils devront panser leurs blessures, s’organiser et s’approvisionner pour affronter la rudesse du climat et le groupe armé qui patrouille à leur recherche. Ils inventeront leurs règles et apprivoiseront leurs différences, mais tiraillés par la peur, l’ennui et l’émerveillement, les dissensions ne tarderont pas ; l’ennemi n’est pas toujours là où on l’attend.

C’était il y a un mois, jour pour jour. Un roman parmi d’autres, glissé discrètement dans ma boîte aux lettres. J’étais loin d’imaginer les bouleversements qu’il allait provoquer en moi au fil des pages…

Il y a des livres qui vous happent dès les premières lignes, qui vous remuent profondément, et qui continuent de vibrer en fin de lecture. Abena fait partie de ceux-là.

Une fillette et son frère perdus dans les Alpes sont traqués par une milice, en plein hiver. Mais au-delà de leur survie, c’est un récit profondément humain, qui oscille entre violence et grâce, instinct et réflexion.

Pierre Chavagné signe un texte puissant, à la fois romanesque et méditatif. J’ai pensé à La Route de Cormac McCarthy – ce même vertige face à la nature, cette noirceur lumineuse, cette capacité à sonder l’âme humaine sans jamais juger. L’écriture est agréable, fluide et très visuelle. L’auteur joue avec les nuances, les failles, les zones grises. Les personnages sont tous finement dessinés, crédibles, humains. Alors, j’ai grelotté, tremblé, douté même avec les personnages, me demandant régulièrement : Qu’est-ce que moi j’aurais fait ?

Abena parle de fraternité, de solidarité, mais aussi de la folie des hommes. Le récit interroge notre époque sans donner de leçon, sur la perte de repères, la violence qui gronde, ou quête de spiritualité, le besoin de nature, me laissant seul face à mes émotions. C’est bouleversant, intense… Il m’a rappelé pourquoi j’aime autant lire.

Un roman total, radical, à la fois tendu comme un thriller et aussi profond qu’une méditation. Les dernières phrases ont continué à résonner en moi, comme un écho persistant. Comme un souffle… Si vous aimez les textes qui vous happent et vous bousculent, foncez…

Merci aux Éditions Le mot et le reste pour ce très beau cadeau !

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Extraits :

« En hiver, les montagnes ont faim; au-delà d’une certaine altitude, les rochers deviennent des dents. Le frère et la sœur louvoient sur la crête osseuse entre des blocs de granit; deux petits bouts de viande reliés par une cordelette ; des proies, pas bien grasses, presque mortes. Le ciel est blanc, comme un bol de porcelaine vide renversé sur leurs têtes.
Aucune nuance de couleur, rien d’autre qu’un dôme lacté, une membrane impénétrable qui accentue la sensation de solitude et d’égarement. Leurs pieds engourdis par le froid s’enfoncent dans la neige, certains passages impraticables les obligent à des détours, ils glissent, tombent, se relèvent; impossible de rebrousser chemin, des hommes les pourchassent. »

« “Accélère.” Il s’encourage en se remémorant la voix hurlante de son entraîneur. « Bats-toi contre l’idée de perdre. » Un pas de moins. Encore un. “Si cela doit te tuer, que cela te tue, alors tu connaîtras ta limite.” »

« Mille mètres plus bas, sur le même versant, Cain est assis sur une souche au milieu de nulle part, les pieds enfoncés dans une flaque boueuse, rouge de son propre sang. Ce couteau dans le ventre n’était pas une bonne idée, il existe des manières plus douces de faire le point sur sa vie, surtout à vingt ans. »

« Il n’a rien prémédité. Un matin, il a emprunté tout l’argent qu’il a pu et a volé le reste à sa famille. Il a récupéré Abena à l’école. Comme ça sur un coup de tête.
Trois semaines qu’Abena ne parlait plus après le meurtre de sa camarade de classe. Ça le rendait malade. Puis il y a eu ses deux amis d’enfance qui ont péri le même jour sur le front du Tigré. Il a paniqué. »

Né en 1975 en banlieue parisienne, Pierre Chavagné vit désormais en Uzège, dans une maison en bois avec sa femme et ses trois fils. Dirigeant d’une entreprise de biotechnologie, depuis peu, il se consacre exclusivement à l’écriture.

« J’écris pour créer de la vie en plus grand. »
Grand lecteur, il écrit pour éviter de parler. Et aime placer la nature au centre de l’histoire.

  • Auteur Academy (2010) est son premier roman,
  • Les Duellistes (2017) aux éditions Albin Michel,
  • La Femme paradis (2023) aux éditions Le mot et le reste a fait partie de la sélection finale du Prix Orange du livre,
  • Abena (2025) aux éditions Le mot et le reste est son quatrième roman.
Amour, Émotion, Drame, Violence

Du feu de Dieu

de Jean-Pierre Rumeau
Broché – 10 avril 2025
Éditeur : Taurnada Éditions

Lors d’une odieuse agression, un jeune prêtre assiste à l’exécution atroce de son maître spirituel, échappant lui-même de justesse à la mort.
Grièvement blessé dans sa chair et dans son âme, il va, peu à peu, perdre ses repères, puis sa foi, jusqu’à prendre le chemin de la vengeance.

Un roman dur et poignant, une impitoyable descente aux enfers.

Je viens de finir Du feu de Dieu de Jean-Pierre Rumeau, une découverte marquante.

Patrick, jeune prêtre fervent, est témoin de l’exécution de son maître spirituel. Il échappe à la mort, mais son corps et son âme sont brisés. Il perd sa foi, s’abandonnant à une obsession : la vengeance. C’est un thriller psychologique où l’on plonge dans la dégradation mentale et morale de ce prêtre. L’auteur explore sa chute, dépeignant avec brio la perte de repères, la colère, et surtout la désillusion d’un homme autrefois guidé par Dieu. L’ambiance est sombre, lourde, et chaque page faisait naître en moi un malaise grandissant. Le mal devient presque humain, sans jamais être excusé.

Jean-Pierre maîtrise un style brut, puissant, qui fait écho à la dégradation intérieure du personnage. Ses mots sont choisis avec soin, mêlant vocabulaire riche et termes familiers, parfois crus, qui ancrent les personnages dans une réalité plus palpable. La narration au présent m’a fait vivre dans l’intimité de Patrick, entre durs flashbacks et tourments intérieurs. À chaque instant, l’angoisse monte, la tension est palpable, et le mal semble inéluctable. C’est une plongée sans retour, où l’on se perd dans l’esprit dévasté du prêtre. L’auteur ne cherche pas à excuser ni a juger son protagoniste, il nous montre simplement ce qu’il devient, ce qu’il perd en chemin. C’est une lecture intense et poignante, qui interroge sur la foi, le mal, mais surtout la perte de soi.

Un thriller psychologique de haut niveau, que je recommande vivement.
Cinq étoiles et un coup de cœur bien mérités.

Un grand merci à Joël de Taurnada éditions pour cette lecture intense.

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Extrait :

« En ce troisième vendredi du temps ordinaire, Patrick Patras parcourt en apnée le long couloir qui relie la ligne 1 du métro parisien à la gare de Lyon. Il zigzague, piétine, redémarre d’un coup de reins pour traverser au plus vite la cohue de l’heure de pointe. Il contourne le bouchon qui s’est formé au pied des escaliers mécaniques, grimpe quatre à quatre les marches de béton et enfin émerge, hors d’haleine, sous la verrière du hall principal. Un froid glacial lui tombe dessus. Il jette un regard inquiet au grand panneau affichant les trains au départ. La buée qui sort de sa bouche brouille une seconde sa lecture. Le TER de Montargis est toujours là, il lui reste 4 minutes. »

« Patrick grimpe le dernier, cherche des yeux et aperçoit un vide entre deux personnes, dos à la marche. Il fait la moue. Il n’aime pas la promiscuité et a l’odorat très fin. Le contact, même léger, avec des inconnus, les odeurs de vêtements sales, de sueur et d’haleine le répugnent. Mais il n’a pas le courage de passer 41 minutes debout. »

« Depuis sa plus tendre enfance, Patrick était affublé d’un léger bégaiement. Avec le temps, l’aide d’orthophonistes et la pratique de techniques de relaxation, il était parvenu à maîtriser en grande partie son handicap. Mais toute émotion inattendue troublait immédiatement la fluidité de sa parole. »

« De grosses larmes emplissent les yeux du prêtre.
“Mon Dieu.”
Il baisse la tête, anéanti.
“Je ne saurais pas quoi lui dire. Il vaut mieux appeler Lucrèce.”
L’infirmière le dévisage, sans pitié.
“Tu crois pas qu’il déconne, ton Dieu, quelque-fois ?”
Elle tourne les talons avec un soupir de mépris.
Patrick serre les dents puis lâche une espèce de couinement.
“Attend ! Par pitié, attends !”
Il prend une grande inspiration.
“Quel numéro, tu as dit ?” »

Jean-Pierre Rumeau est né en 1952 et vit à Fontainebleau.
Diplômé du CNSA de Paris et ayant un master d’Histoire de l’art, il se tourne à l’issu de ses études vers le métier de cascadeur – films, publicités, télé, spectacles d’action. Parallèlement, il met en scène des pièces de théâtre (Le Neveu de Rameau au Ranelagh qui tourne depuis 2001, et lance des one-mans show, notamment Nicolas Canteloup). Il est également auteur dramatique et scénariste et travaille actuellement à un long métrage.

  • Le Vieux Pays (2018) est son premier roman.
  • Ni maître (2023)
  • Du feu de Dieu (2025)
Amour, Émotion, Drame, Violence

Fuir l’Eden

de Olivier Dorchamps
Poche – 2 mars 2023
Éditeur : Pocket

L’Eden n’a rien d’un paradis. Il n’y a qu’à voir cette tour de béton insalubre, “chef-d’oeuvre d’architecture brutaliste” inscrit aux monuments historiques, pour le comprendre. C’est là que vit la misère sourde – là que claquent les coups et meurt l’espoir…
Adam, 17 ans, y est né. Et tout l’y retient.
Seulement, ce jour-là, sur le quai de Clapham Junction, le regard d’une fille aux yeux clairs chasse d’un coup son angoisse. Eva a son âge mais vit du bon côté des rails. L’instant d’après, la voilà partie, évaporée. Comment la retrouver ? Comment traverser la voie ? Pour sortir de sa condition, Adam irait jusqu’en enfer…

« Ce deuxième roman confirme un écrivain de toute première force. »
L’Humanité
« Un roman redoutablement habile et subtil, mélancolique et alerte, qui combine le romanesque et le politique avec une remarquable virtuosité d’écriture. »
France Info

Cet ouvrage a reçu le Prix Louis-Guilloux et le Prix des Lecteurs de la Maison du Livre

« En souvenir d’une excellente soirée au château de l’Hermitage… »

Hier soir, dans le cadre de notre Cercle littéraire, j’ai rencontré un auteur d’exception. Un homme dont la bienveillance n’est plus un mot, mais une manière d’être. Il nous écoutait comme on recueille un secret, nous regardait comme on accueille un monde. Sa présence, que j’ai trouvé particulièrement douce et lumineuse, a laissé sur nos échanges une empreinte discrète mais profonde, comme un murmure qui résonnera dans mes oreilles longtemps après le silence…

Adam, 17 ans, vit dans un immeuble délabré de Londres avec son père et sa petite sœur, Lauren. Une existence rythmée par la misère, la violence et l’omniprésence d’un père brisé, incapable d’aimer autrement que dans la rudesse, et d’une mère qui avance au quotidien comme elle peut en évitant les coups. Avec ses amis Ben et Pav, ils essayent de s’en sortir, de trouver un chemin qui pourrait les mener vers d’autres horizons. Puis Adam croise Eva. Il sait dorénavant que son avenir vient de prendre un nouveau tournant.
Mais, un jour, tout bascule…
Adam devra essayer de se réinventer et de protéger coûte que coûte sa sœur, dans cet Eden qui n’a d’idyllique que le nom.

Olivier Dorchamps signe un roman à la fois brut et bouleversant, un texte qui cogne avant d’embrasser. D’abord très dérouté par cette écriture au réalisme presque trop cru pour moi, proche d’une vérité qui me gênais, je me suis laissé peu à peu happer par l’urgence, la douleur et surtout l’amour indéfectible d’Adam envers sa sœur. La plume de l’auteur épouse la rage, l’instinct de survie, puis s’adoucit pour dévoiler une tendresse bien enfouie sous toutes les blessures.
Et la dernière page est arrivée, l’émotion m’a emporté, irrépressible, je n’ai pu la contenir.
Un final d’une puissance rare, qui transforme la fuite en renaissance et m’a laissé sonné, bouleversé.
Énorme coup de cœur que je n’avais pas vu venir !

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Extrait :

« Je vis du côté moche des voies ferrées ; pas le quartier rupin avec ses petits restos, ses boulangeries coquettes, ses boutiques bio et ses cafés qui servent des cappuccinos au lait de soja à des blondes en pantalon de yoga. Non. Tu passes sous le pont ferroviaire, au-delà de la gare routière et son rempart de bus qui crache une ombre vermeille le long du goudron flingué et, un peu plus loin, derrière le bosquet et les capotes usagées, la barre d’immeubles au fond de l’impasse, c’est chez moi. Au bout du monde. C’est ça, juste en face de la vieille bicoque victorienne transformée en mosquée. J’habite au treizième étage avec ma sœur Lauren et l’autre.
Eden Tower ; tout le monde ici dit l’Eden. »

« Voie neuf, une dizaine de voyageurs attendent le train pour Waterloo. Je termine mon Red Bull et balance la canette. Une dame s’énerve toute seule car je n’ai pas utilisé la poubelle de recyclage. Elle meurt d’envie de me faire la réflexion mais lâche l’affaire quand je soutiens son regard. On nous a fait un cours sur l’écologie au lycée l’an dernier. Bien sûr que je connais la Suédoise qui insulte tout ce qui bouge avec sa gueule de fin du monde, c’est juste qu’à l’Eden, on n’est pas nombreux à bouffer bio ou à rouler électrique. »

« Quand l’autre m’a rossé il y a quatre ans, qu’il m’a écrasé sur le carreau au milieu des chips au vinaigre et des débris d’assiette, j’ai songé à ce qu’elle avait subi. Ma douleur et la sienne se sont fait écho et j’ai compris. J’ai compris que, si la soumission est une condition de survie devant la brutalité, courber le dos ne suffit pas pour s’en sortir. Non. Encaisser les coups est une chose – cela permet d’abréger la violence faite au corps -, mais la destruction la plus profonde, celle dont on ne se relève jamais, c’est celle infligée à l’âme. »

« Quand elle s’était aperçue que je prenais goût à la lecture, Claire m’avait mis en garde, « N’oublie pas de vivre au moins autant que tu lis, Adam. Les romans permettent de mieux vivre et la vie, de mieux lire. C’est une question d’équilibre. Le jour où tu auras trouvé le tien, il te propulsera vers ton avenir. Sers-toi des livres pour vivre pleinement ta vie, mais ne vis pas uniquement à travers eux ». Je comprends maintenant ce qu’elle voulait dire. »

Olivier Dorchamps est un auteur franco-britannique. Issu d’une famille cosmopolite, il a grandi à Paris et vit à Londres d’où il a choisi d’écrire en français. Il pratique l’humour, l’amitié et la boxe régulièrement.

  • Ceux que je suis (Finitude, 2019) est son premier roman.