Amour, Émotion, Drame, Poésie

Le Consentement de Galatée

de Patricia Raccah
Broché – avril 2025
Éditions : Les Cahiers de l’Egaré

Ce texte, qui peut être lu comme un conte, une fable ou une autofiction, met en présence un artiste, Pygmalion, et sa muse, Galatée. La rencontre de leurs imaginaires et de leurs fantasmes se déploie en huis-clos dans un cocon d’espace-temps, leur « Paradis ». Pour son Pygmalion, Galatée va endosser différents rôles et personnages féminins. Elle va aussi sonder la valeur infinie de la parole lorsqu’elle est nue, et du silence, lorsqu’il est signifiant.

« Mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche. Jours lumineux marqués à jamais dans la grande fresque du « nulle part » où je suis venue flotter, écouter, me donner, m’oublier. Le temps passé dans cet espace est un autre temps, ni long, ni court, un temps tout à fait spécifique, unique, incomparable, comme si ici les minutes et les heures émanaient elles aussi d’une horloge non terrestre.
Il dit qu’il faut être paisible comme la citrouille, ne pas s’agiter. »

Entré à pas feutrés et curieux dans cette réécriture contemporaine, c’est avec un étrange mélange de trouble et de fascination que je termine ma lecture. Patricia Raccah a pris le mythe de Pygmalion à rebours pour en faire un huis clos moderne entre une femme aux mille visages, muse et amante, et « son” artiste peintre et photographe dans un étrange “Paradis”, où l’art est omniprésent. Ce roman m’a happé dès les premières lignes, tant par la force de son écriture, la force des silences qu’elle glisse çà et là, que par la tension permanente qui règne entre les deux protagonistes.

Ce roman à la langue précise, élégante et acérée, n’est pas qu’une histoire d’amour, ni même un simple rapport de pouvoir. C’est une exploration vertigineuse du consentement, de la manipulation douce et de la confusion des sentiments. À chaque chapitre, je me suis demandé jusqu’où l’héroïne irait, et à quel moment l’artiste réagirait. Mais dans cette relation trouble, les frontières sont brouillées, glissantes, presque invisibles.

Rien n’est frontal, tout est insinué, Patricia ne juge pas, elle expose.
Son roman, loin d’être un simple duel psychologique, est aussi une réflexion sur la création, sur le pouvoir des mots et des fantasmes, sur ce que l’on fait de l’autre quand on veut en faire une œuvre, et sur les ravages qui peuvent en découler. Il m’a fait réfléchir, je me suis un peu senti concerné, comme face à un miroir tendu vers mes contradictions les plus intimes. Il qui m’a entraîné dans un voyage littéraire hors du temps, à la frontière du réel et de la symbolique, du désir et l’emprise.

Merci beaucoup Patricia pour cet ouvrage intéressant, superbement écrit.
Il laissera une empreinte et invitera, je l’espère, hommes et femmes à écouter autrement…

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Extraits :

« C’est là que tout commence. Réellement. Là où cela pourrait être une fin. Là où plus aucun artifice ne trouve sa place. Là où le corps, comme un livre ouvert, ne peut plus mentir. Lorsque chaque signe, gravé de façon indélébile, devient le lieu de toutes les significations, de tous les possibles. »

« Je m’appelle Sarah. Ma vie n’était pas ordinaire, tant s’en faut. Mais un jour, un objet est venu la basculer là où je ne l’attendais pas, là où rien n’aurait dû advenir, quelque part, entre terre et ciel, entre réalité et conte de fées. »

« Un lit. Une table. Une lampe. Décor minimaliste.
Le silence emplit le lieu.
J’entends la clé dans la serrure, la porte s’ouvre. Il est un peu plus de minuit et il entre. Couchée dans le lit, je l’attendais. Bruit de serrure, de clés, pas dans le couloir, Visage qui apparaît, cœur qui frétille. S’il était possible de dupliquer à l’infini un moment de la vie, c’est bien celui-ci que je choisirai, incontestablement.
Car il n’y a rien de plus beau que le moment où l’être aimé revient prolonger l’amour qu’on s’était fixé pour objectif, rien de plus intense qu’un désir qui s’est progressivement amplifié dans l’attente. »

« Il m’a fallu devenir Galatée. Statue vivante. Être de silence et d’amour. Déesse changeante. Multiple.
Démultipliée. Aimante de mille et une façons.
À l’écoute. Entière dans le bonheur, la joie. Entière.
Totale. Capable de concevoir ce qui n’a pas encore été conçu. Capable d’autres représentations pour sortir des lieux communs, des liens connus. »

« Pas étonnant d’ailleurs, lorsqu’on porte en soi l’histoire douloureuse d’une famille confrontée à la plus atroce des tragédies. Beaucoup de ses membres ont été déportés, et très peu en sont revenus.
Je me suis ainsi construite sur leur absence, les secrets, mes blessures.
Mais on ne construit pas un individu sur l’absence et le vide. Seul l’amour permet de se réaliser réellement en tant qu’être humain. »

Patricia Rachat est professeur des écoles spécialisée. Elle s’occupe d’enfants déficients depuis de nombreuses années.

L’écriture, la peinture, la musique, mais aussi la danse, ont toujours occupé une place importante dans sa vie, lui permettant d’utiliser, selon les moments, le mode d’expression le mieux adapté à ce qu’elle cherche à exprimer. Cet intérêt croissant pour les arts, et sa conviction relative à leur nécessité dans la vie de tous, l’ont incitée à suivre une formation en conception et mise en oeuvre de projets culturels (université de Marseille) et un master 2 en art thérapie (université René Descartes à Paris).
Pour elle, peindre représente la magie de la création : il n’y a rien avant, il y a quelque chose après… Entre les deux, c’est une forme de fusion, une alchimie qui m’échappe presque totalement, mais où elle intervient quand même en rendant possible la création du tableau.

Fantastique, Thriller ésotérique

Un Pape pour l’Apocalypse

de Jean-Luc Marcastel
Broché – 11 octobre 2017
Éditeur : Pygmalion

À Aurillac, le capitaine Malo Sinclair s’ennuie…Il faut dire que Malo, jeune as prometteur de la police criminelle du quai des Orfèvres, avait tout pour monter vite et haut dans la hiérarchie… s’il n’avait eu la malheureuse idée de démolir le portrait d’un suspect, fils d’un ministre. Pour le protéger autant que pour le punir, son chef a décidé de le mettre « au vert ». Et pour ce faire, quoi de mieux qu’Aurillac, préfecture du Cantal, où l’on compte plus de vaches que d’habitants ? Après deux ans, Malo est à la limite de la dépression. C’est alors qu’on l’appelle pour une affaire de vol sur le chantier de fouille de l’abbaye Saint-Géraud récemment mise à jour. Une tête mécanique, incroyable vestige, presqu’une légende urbaine, a disparu. Enfin une affaire qui sort de l’ordinaire ! Mais, quand les cadavres pleuvent, Malo ne peut se dire qu’une chose : il n’en demandait pas tant… Un polar ésotérique autour du personnage de Gerbert d’Aurillac, le sulfureux Pape de l’an Mil.

Je ne sais pas pourquoi j’ai tant tardé à ouvrir “Un Pape pour l’Apocalypse” de Jean-Luc Marcastel. Il était dans ma pile à lire depuis un moment… et quelle claque !
J’ai littéralement dévoré ce thriller ésotérique, un soupçon de fantastique, aussi drôle qu’érudit. L’auteur a réussi le pari de mêler enquête, histoire, ésotérisme et gastronomie régionale sans jamais me perdrer.

Dès les premières pages, j’ai été embarqué par ses personnages hauts en couleur, Malo, le flic parisien au placard, Albert, le cantalou truculent, et Mlle Mignon, une prof aussi sexy qu’érudite et bien d’autres bien sûr. Leur chasse au trésor à travers l’Europe, ancrée dans la petite ville d’Aurillac, m’a tenu en haleine jusqu’au bout. C’est drôle, parfaitement documenté, et quelque part profondément humain.

Jean-Luc a pour moi un don. Celui de faire revivre les lieux, celui de nous faire sentir les pierres, goûter les plats, et j’ai même pu entendre par-ci par-là, différents accents régionaux au fil de son récit.
Sa plume, savoureuse, pétillante et chaleureuse, donne à ses personnages une réelle profondeur. J’ai ri, j’ai frémi, appris aussi, mais surtout savouré cette enquête à travers l’Histoire, à travers la fascinante figure historique de Gerbert d’Aurillac, devenu le pape Sylvestre II en 999 (cela ne s’invente pas !). Jean-Luc tisse un récit lumineux qui interroge sur la science, la foi, le mal et toujours et encore, la folie des hommes.
Et cette fin… “diablement” bien ficelée !
J’en redemande…

Un coup de cœur pour cette intrigue parfaitement rythmée, et sa belle réflexion sur notre rapport à la science, au mal et à la mort.
Et un seul souhait : retrouver la route de Malo et d’Albert très bientôt !

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Extraits :

« L’homme courait…
Le souffle oppressé, dérapant sur le pavé mouillé, il courait, comme quelqu’un à bout de forces, qui a déjà tout donné, mais puise dans ses dernières ressources, poussé à aller plus loin encore, par… Par quoi »

« L’ombre s’approcha, se courba. Un rai de lumière, filtrant d’une petite fenêtre au verre dépoli ouverte dans un des murs du passage, tomba sur ses yeux, des yeux qui semblaient deux pierres d’onyx… Des yeux froids et calculateurs… Le regard de la mort.
La main se tendit une fois encore, se rapprocha, se referma sur la boîte. La voix s’éleva, incisive comme la lame d’un scalpel.
— Elle doit être réunie avec ses sœurs, pour reformer ce qui a été désuni et accomplir ce qu’elle a été destinée à accomplir… « Ils » le savaient… Tout comme je le sais…
Et comme vous le savez aussi. »

« — Des légendes circulent sur Gerbert, le pape savant, le pape sorcier ; et l’Église a envers lui une attitude ambiguë.
Certains voient en lui un alchimiste, d’autres un génie de la mécanique, car il construisait des horloges, des orgues et d’autres machines extraordinaires, dont une…
Lapierre hésita.
— Dont une…, le relança Malo.
— Vous allez vous moquer.
— Je vous promets que non, assura-t-il, fixant Lapierre d’un regard pénétrant.
Ce dernier s’humecta les lèvres avant de poursuivre, d’une voix presque inaudible.
— On dit qu’il aurait ramené d’un voyage lointain une tête de métal mécanique… »

« — “Quand il eut fini de m’enseigner le savoir qu’il désirait m’inculquer, et pour s’assurer que je le possédais, il me demanda de l’appliquer à la société dans laquelle nous vivions. Je me mis donc au travail. Il m’avait demandé de prévoir le devenir de notre société pour les trois cents ans à venir, mais je fis plus, bien plus; je poursuivis le calcul sur les mille ans qui suivraient, jusqu’à…”
L’enseignante se tut un long, très long moment et leva les yeux vers Malo comme si elle voulait s’assurer d’avoir son aval avant de poursuivre.
— Jusqu’à quoi? demanda-t-il, alors que le silence s’éternisait, se faisait oppressant.
Face à lui, il devinait les attentions conjuguées d’Albert et de Miss Boyd…
Sous le poids de ces trois regards braqués sur elle,
Mlle Mignon finit par achever :
— « … jusqu’à l’horizon de l’an 2050/2100, lorsque, selon les calculs que j’avais effectués, la civilisation à laquelle avait abouti notre évolution s’effondrerait et avec elle, toute vie à la surface d’un monde ravagé par la surexploitation et la surpopulation”. »

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Jean-Luc Marcastel est né en 1969 à Aurillac. Il passe son bac A, lettre et art et enseigne l’histoire-géographie. Grand lecteur, fanatique de Dumas, Tolkien ou encore Lovecraft, il décide de se lancer dans sa vraie passion : les histoires.
En 2009, il sort ses premiers romans : Louis le Galoup chez Nouvel Angle et Frankia, chez Mnémos.

Il se consacre aujourd’hui exclusivement à l’écriture. Il s’inspire des légendes et du folklore du grand sud-ouest de la France, et notamment de la Haute-Auvergne dont il est originaire.

“Quand ma première série, (Louis le Galoup) a rencontré le succès, j’ai décidé de me consacrer entièrement à ma première passion, l’écriture, chez de nombreux éditeurs (Hachette, J’Ai Lu, Flammarion, Pygmalion, Scrineo, Mnemos, Matagot…) J’ai, à ce jour, 25 titres parus, et je suis loin d’avoir raconté toutes mes histoires…”

Le blog de Jean-Luc Marcastel : http://jean-lucmarcastel.blogspot.fr/

Émotion, Drame

Destins

Une nouvelle de Magali Collet
Éditeur : Taurnada

Peut-on craindre l’eau froide et vouloir se jeter d’un pont ?
Peut-on aimer ses proches et accepter de simuler sa propre mort ?
Peut-on confier 5000 euros et sa propre vie à une parfaite étrangère ?
Mathilde va être confrontée à ces 3 questions tout en sachant que faire un choix, c’est prendre le risque de jouer avec son destin.

Et si, au moment de basculer, une voix venait nous proposer une seconde chance ?
Destins, la nouvelle percutante de Magali Collet, explore cette frontière ténue entre le désespoir et l’espoir, entre la fin et un possible recommencement.

Il y a des lectures qui vous cueillent sans prévenir. Destins, de Magali Collet, fait partie de celles-là. Cette nouvelle, m’a profondément touché. En à peine 27 pages, l’autrice aborde avec finesse un sujet grave : le suicide et ses répercussions.

J’ai été happé dès les premières lignes par l’atmosphère étrange, surnaturelle, qui entoure le personnage principal, Mathilde. Elle semble avoir tout pour être heureuse, du moins en apparence. Pourtant, elle se sent vide, invisible aux yeux de ses proches. Un mal-être si profond qu’elle finit par décider d’en finir. Mais au moment crucial, une voix l’interpelle. Et ce qu’elle lui propose défie toute logique.

Entre tragédie intime et incursion dans le fantastique, cette histoire soulève une question essentielle : et si l’on pouvait voir les conséquences de notre disparition ?

Magali réussit le pari de conjuguer intensité émotionnelle et subtilité narrative dans un format particulièrement court.
C’est brillant, poignant, et surtout, terriblement humain.

Une lecture aussi brève qu’intense que je recommande vivement et que vous pourrez trouver gratuitement sur le site de Taurnada Éditions : https://www.taurnada.fr/nouvelles-gratuites/

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Extraits :

« Ça fait trois semaines que je pense à disparaître. Depuis que mon quotidien est devenu si lourd que chaque journée est un nouveau calvaire. Et pourtant, j’ai tout : un mari, des enfants, un chat, un chien, un break. »

« Je n’ai jamais aimé l’eau froide ; ça remonte à ma petite enfance, lorsque nous allions nous baigner dans la rivière, à la Martinique. Tout le monde se jetait à l’eau avec bonheur tandis que déjà, je tremblais.
Je regarde la Seine et une foultitude de souvenirs me remonte à l’esprit. C’est étrange, aucun n’arrive à entamer ma détermination. »

« – Donne-moi 5000 euros et 10 jours de ta vie. Dans 10 jours, je te ramènerai ici.
– Mais pourquoi ?
– Je veux te montrer ce qu’il se passera après ta mort. Prends-le comme une expérience. Allez, on se gèle, descends, je te ramène. »

« Tu voulais mourir et c’est peut-être encore ce que tu souhaites. Je pense que tu n’as pas encore tous les paramètres en main. Tu ne sais pas exactement ce qu’implique cette décision. Je me propose de t’aider à la prendre, si tu veux bien. »

Magali Collet est une auteure française née en 1972 à Colombes, dans les Hauts-de-Seine. Elle vit en Picardie depuis près de vingt ans. C’est une passionnée des mots ; elle écrit des poèmes, des nouvelles ou des chroniques depuis de nombreuses années. Sa sensibilité à la cause des femmes, celles qui souffrent de ne pouvoir échapper à leur condition, apparaît en filigrane dans tous ses écrits. Avec son premier roman, La Cave aux poupées, publié aux éditions Taurnada, elle plonge ses lecteurs dans les fosses ténébreuses des âmes, pleines de violences, d’angoisses mais aussi d’un profond désir de rédemption.

Polar historique, Suspense

Les Démons de l’inspecteur Lerouet

Une enquête d’Hippolyte Salvignac*******
de Philippe Grandcoing
Broché – 6 mars 2025
Éditions : de Borée

Mars 1912. Alors que la France frémit d’horreur à la lecture des exploits sanglants de la bande à Bonnot, l’inspecteur Jules Lerouet poursuit de son côté une vengeance personnelle, mettant sa carrière et sa vie en danger. Sur la piste d’un mystérieux tueur, réussira-t-il, avec l’aide de ses amis Hippolyte et Léopoldine, à découvrir qui s’en prend systématiquement à ses proches ? Pourra-t-il laver son honneur et reprendre sa place au sein des forces de police qui traquent sans relâche les bandits anarchistes ? Résoudra-t-il cette autre affaire qui lui tient à coeur : la disparition de La Joconde, dérobée au Louvre quelques mois plus tôt.

Philippe Grandcoing frappe fort avec le 7ᵉ tome de la série « Une enquête d’Hippolyte Salvignac« .

Dans un Paris de 1912 en pleine effervescence, l’inspecteur Lerouet perd tout et sombre… Entre la bande à Bonnot, le vol de la Joconde et la crasse des bas-fonds, ce polar historique est une immersion intense dans une Belle Époque qui n’a de belle que le nom.
Un roman noir, érudit, et palpitant, que j’ai dévoré.

Dans Les Démons de l’inspecteur Lerouet, Philippe m’a littéralement happé dans ce Paris aussi fascinant qu’angoissant. L’assassinat sauvage de la compagne de Jules Lerouet plonge ce dernier dans une spirale noire de douleur et d’alcool. Dépossédé même du droit au deuil par la famille de celle-ci, il décide alors de mener sa propre enquête, quitte à défier sa hiérarchie et frôler l’illégalité.

J’ai été captivé par l’atmosphère des bouges parisiens, des bordels crasseux aux bas-fonds en ébullition, et séduit encore une fois par l’érudition de l’auteur qui connaît la Belle Époque sur le bout des doigts. J’ai suivi Lerouet, personnage brisé, dans une quête où la vengeance et la justice se confondaient. Heureusement, Hippolyte Salvignac et Léopoldine sa compagne, sont toujours à ses côtés, fidèles à eux-mêmes.

Ce roman se lit d’une traite, et j’ai terminé la dernière page avec une seule envie, plonger très vite dans les enquêtes à venir de cette formidable série.

Un grand merci à Virginie, des éditions de Borée, pour ce partage ! 🙏

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Extraits :

« Elle avait compris qu’il se passait quelque chose d’anormal lorsqu’elle entendait sa mère crier. Sûrement contre quelqu’un qui mettait du bazar. Elle avait cru reconnaître le bruit d’une chaise qui cogne le sol. Elle s’était levée et avait passé une tête timide par la porte. C’était l’heure de la sieste, mais comment voulait-on qu’elle dorme si l’on faisait tant de bruit en bas ? Elle s’aventure jusqu’au palier et s’approche de l’escalier. Puis il y a eu ce bruit bizarre, comme quand une bûche craque dans la cheminée. Sa mère hurla, encore plus fort que la première fois. La peur de l’emporta sur la curiosité. »

« Pas plus tard qu’hier un gars m’a demandé si j’avais des icônes anciennes. Il est resté une heure à m’expliquer que seule la Russie avait su garder une âme pure, que le catholicisme avait trahi le christianisme originel, que seuls les orthodoxes étaient fidèles au message du Christ. Il m’a fait un peu peur, à vrai dire. Avec des gars comme lui, on rallumerait vite fait bien fait les bûchers de l’Inquisition pour les sorcières, les Juifs, les sodomites et les blasphémateurs… »

« Salvignac regardait avec admiration sa compagne mener la conversation. Elle ne laissait aucun répit à Lerouet, ne parlant que du drame et de ses conséquences. Elle fouraillait dans la plaie à vif, quitte à la faire encore saigner, dans le seul but de faire réagir le patient. Elle n’avait pas peur de la douleur et encore moins de l’expression de celle-ci. Il avait toujours pensé que Léopoldine avait le goût du tragique, certaines de ses toiles en témoignaient, et maintenant il en avait la confirmation. Elle poussait Jules à affronter la réalité et non à la fuir.
– Demain, je retournerai au cimetière, fleurir sa tombe. On ne peut quand même pas la laisser comme ça, c’est d’un triste. »

« Jules Lerouet avait renoncé à son déguisement. Ce 25 avril était le dernier jour du congé officiel qui lui avait accordé ses supérieures grâce à l’entregent de Célestin Hennion. Il avait décidé de jouer son va-tout. Puisque rien dans le passé de Madeleine ne semblait expliquer les raisons de sa mort, il ne restait qu’une seule hypothèse : on cherchait à l’atteindre, lui. »

Philippe Grandcoing, né le 6 novembre 1968, à Limoges (Haute-Vienne), est professeur agrégé d’Histoire en classes préparatoires au lycée Gay-Lussac, docteur en histoire contemporaine, spécialiste de l’histoire de la société limousine du XIXe et du XXe siècle. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment huit volumes de la collection des « Grandes affaires criminelles » chez De Borée. La Malédiction de Rocalbes est le cinquième épisode des aventures d’Hippolyte Salvignac.

Publications
Ouvrages historiques et scientifiques

  • Les demeures de la distinction. Châteaux et châtelains au XIXe siècle en Haute-Vienne, éditions PULIM, 1999.
  • La baïonnette et le lancis. Crise urbaine et révolution à Limoges sous la Seconde République, éditions PULIM, 2002.
  • Le siècle d’or des châteaux. Haute-Vienne 1800-1914, Editions Culture & Patrimoine en Limousin, 2002
  • Un Robin des Bois entre Périgord et Limousin : Histoire et légende de Burgou, XIXe – XXe siècles, Éditions Culture & Patrimoine en Limousin (Collection « Patrimoine en poche »), 2006, 158 p. (ISBN 2-911167-49-X).

Romans de la série Salvignac

Ouvrages collectifs

  • 1905, le printemps rouge de Limoges (avec Vincent Brousse et Dominique Danthieux), Culture et Patrimoine en Limousin, 2005.
  • Un siècle militant : Engagement(s), résistance(s) et mémoire(s) au XXe siècle en Limousin (avec Vincent Brousse et Dominique Danthieux), éditions PULIM, 2005.
  • L’Innovation agricole en Pays Limousin du Moyen Âge à nos jours, éditions Les Monédières, 2006.
  • Les grandes affaires criminelles de Haute-Vienne (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, 2008.
  • Les nouvelles affaires criminelles de Haute-Vienne (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, 2009.
  • Ostensions (avec Vincent Brousse), Culture et Patrimoine en Limousin, 2009.
  • Fermes idéales en Limousin, Culture et Patrimoine en Limousin, 2010.
  • Les grandes affaires criminelles du Lot (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, 2010.
  • Paysage et environnement en Limousin, de l’antiquité à nos jours, éditions PULIM, 2010.
  • Les grandes affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, 2010.
  • Les grandes affaires criminelles du Limousin (avec Vincent Brousse, Jean-Marie Chevrier et Jean-Michel Valade), Éditions De Borée, 2010.
  • Les nouvelles affaires criminelles de la Creuse (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, 2011.
  • Les Grandes affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, novembre 2011.
  • Les Nouvelles affaires criminelles du Lot (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, avril 2012.
  • Les Nouvelles affaires criminelles de Corrèze (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, octobre 2013.
  • Les Nouvelles affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, novembre 2013.
  • Limousin sur grand écran, Culture et Patrimoine en Limousin, 2013.
  • Utopies en Limousin (avec Vincent Brousse, Dominique Danthieux et alii.), Les Ardents Éditeurs, 2014
  • Oradour après Oradour (avec Dominique Danthieux), Culture et Patrimoine en Limousin, 2014.
  • Le Front Populaire en Limousin (avec Vincent Brousse, Dominique Danthieux et alii), Les Ardents Éditeurs, 2015.
  • La Belle Époque des pilleurs d’églises. Vols et trafics des émaux médiévaux. (avec Vincent Brousse), Les Ardents Éditeurs, 2017.
  • Sublime Périgord, la fabrique d’un territoire d’exception, (avec Hélène Lafaye-Fouhéty) Les Ardents Éditeurs, 2021.
  • L’affaire Barataud. Une enquête dans le Limoges des années 1920 (avec Vincent Brousse), Geste éditions.

Publications diverses

  • Articles d’histoire dans les revues Les Grandes Affaires de l’Histoire dont il a été conseiller éditorial de 2015 à 2018 et Les Grandes Affaires Criminelles.
Drame, Frisson horreur, Thriller psychologique

L’Empathie Tome 2

de Antoine Renand
Broché – 12 octobre 2023
Éditeur : Robert Laffont

Plusieurs années après l’affaire Alpha, c’est dans une unité toujours traumatisée que Margot Tréabol rencontre le commandant Euvrard pour intégrer le 2e district de police judiciaire, la  » brigade du viol « .
Accompagnée de son collègue Théo, Margot mènera l’enquête dans le milieu des discothèques, où un prédateur pique des jeunes femmes avec des seringues remplies de GHB, avant d’abuser d’elles.

Parallèlement à cette traque, Serflex, un violeur en série qui sévissait par cycles depuis vingt-cinq ans, réapparaît. Son mode opératoire : écrire à ses futures victimes pour les prévenir qu’un jour il s’en prendra à elles. Dans un mois ? Un an ? Dix ? Afin de les plonger dans la terreur ; dans une torture psychologique, avant la potentielle torture physique.
Pour les forces de police, ce monstre demeure un mystère. Y compris pour un ancien flic, ayant autrefois travaillé sur ce dossier : Anthony Rauch.

Après Alpha, place à Serflex, un prédateur qui harcèle ses victimes des années avant de frapper. Antoine Renand livre un thriller aussi noir que brillant, porté par des personnages puissants, une enquête haletante et une atmosphère oppressante. Une suite encore plus maîtrisée…

Avec ce deuxième tome de L’Empathie, l’auteur prouve qu’il ne se contente pas de réitérer une formule. Il l’enrichit, l’approfondit, et l’assombrit même. Si Alpha, incarnait un mal brut, Serflex est plus insidieux, plus pervers, instaurant une terreur psychologique aussi intense que la violence physique.

La brigade du viol reprend du service, cette fois sous la houlette d’un duo remanié : Théo, qu’on avait déjà rencontré, et Margot Tréabol, une recrue déterminée, sur une double enquête. Un prédateur utilisant du GHB pour neutraliser ses victimes, et le retour glaçant d’un violeur en série à l’identité troublante. On retrouve bien sûr Anthony Rauch, ancien flic hanté par ses démons, qui n’a pas dit son dernier mot, il revient dans le jeu, apportant profondeur et tension, rattrapé par l’ombre d’Alpha et la noirceur de Serflex.

La psychologie des personnages est toujours aussi fine, l’écriture incisive et acérée est presque cinématographique, les rebondissements nombreux et maîtrisés. L’auteur excelle à dresser des portraits psychologiques complexes, humains, marqués par la douleur. Le rythme est implacable, les scènes marquantes, et le malaise palpable.

Plus qu’un simple thriller, le tome 2 m’a interrogé les mécanismes du mal, la mémoire traumatique, et la frontière parfois floue entre la justice et la vengeance. Une suite plus forte, plus noire, et qui laisse espérer (ou redouter) une nouvelle plongée dans les ténèbres, dans un nouveau tome à venir…

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Extraits :

« Elle ne pouvait cacher que quelque chose chez lui la fascinait. Une intensité particulière ; la combinaison d’une aisance absolue et d’un accablement. Avec une détermination affûtée comme une lame, faisant fi du regard des autres et des dommages collatéraux… dans laquelle Margot, qui n’aimait pas les conventions et dédaignait les compromis, se retrouvait.
Et puis, il y avait son mystère… »

« UN JOUR, JE M’EN PRENDRAI À TOI.
JE PÉNÈTRERAI CHEZ TOI, TE VIOLERAI.
TU NE SAURAS PAS QUAND.
PEU IMPORTE OÙ TU IRAS VIVRE, JE TE RETROUVERAI.
JE T’OBSERVE…
Les espionner demeurait la plus délicieuse étape. Le miel. Les préliminaires. Capter leur réaction, de loin, être témoin de leur détresse. Voir lesquelles devenaient vigilantes ; lesquelles décidaient de vivre normalement, avant tout ! Ces deux profils avaient toujours existé. »

« Elle avait du plaisir à se trouver avec ses collègues masculins, à sentir qu’elle faisait partie de leur équipe. Non qu’elle s’estimât inférieure au contraire, et elle abhorrait le machisme ou qu’elle n’appréciât pas la compagnie des femmes… Mais depuis toujours, les activités considérées – à tort comme celles des mecs la séduisaient. Les sports de contact, de vitesse, le risque… Son père avait longtemps voulu la cantonner à des loisirs, puis à des professions jugés plus féminins. La police était un concentré de tout ce qui l’attirait. »

« Ce n’est que ma part de vérité mais… ce genre de gens sont comme schizophrènes : ils se voudraient altruistes, bienfaiteurs de causes nobles, mais leur espèce est celle des égoïstes, des individualistes… des prédateurs. Leur misanthropie n’est jamais cachée loin derrière leur philanthropie de surface. »

Antoine Renand est un écrivain, scénariste et réalisateur français.
En 2019, il publie son premier roman, L’Empathie, aux éditions Robert Laffont. Très remarqué par la critique et par le public, le livre est lauréat du prix Nouvelles Voix du polar et finaliste du prix Maison de la presse. Ses romans suivants, Fermer les yeux (à nouveau finaliste du prix Maison de la presse) et S’adapter ou mourir, connaissent le même succès. L’Empathie tome 2. La Fille de Jonathan Becker sort aux éditions HarperCollins le 5 mars 2025.

Émotion, Drame, Suspense, Thriller

L’Empathie

de Antoine Renand
Broché – 17 janvier 2019
Éditeur : Robert Laffont

Vous ne dormirez plus jamais la fenêtre ouverte.
« Il resta plus d’une heure debout, immobile, face au lit du couple. Il toisait la jeune femme qui dormait nue, sa hanche découverte. Puis il examina l’homme à ses côtés. Sa grande idée lui vint ici, comme une évidence ; comme les pièces d’un puzzle qu’il avait sous les yeux depuis des années et qu’il parvenait enfin à assembler. On en parlerait. Une apothéose. »

Cet homme, c’est Alpha. Un bloc de haine incandescent qui peu à peu découvre le sens de sa vie : violer et torturer, selon un mode opératoire inédit. Face à lui, Anthony Rauch et Marion Mesny, capitaines au sein du 2e district de police judiciaire, la “brigade du viol”.
Dans un Paris transformé en terrain de chasse, ces trois guerriers détruits par leur passé se guettent et se poursuivent. Aucun ne sortira vraiment vainqueur, car pour gagner il faudrait rouvrir ses plaies et livrer ses secrets. Un premier roman qui vous laissera hagard et sans voix par sa puissance et son humanité.

Avec L’Empathie, Antoine Renand signe un excellent premier roman, je dirai même un premier roman coup de poing, aussi haletant que dérangeant. Un thriller noir, brutal, qui explore dans tous les sens, la psyché d’un tueur en série insaisissable. Il s’est nommé “Alpha”, c’est un prédateur de l’ombre dont la violence s’exerce sur ses “Omegas” et même sur certains couples. Face à lui, Anthony Rauch, dit “La Poire”, un flic au physique banal mais à la personnalité fascinante, faisant partie d’une brigade spécialisée dans les viols. Lui aussi traîne un passé aussi lourd que les affaires qu’il mène, mais vaillamment tentera de remonter la trace de ce démon contemporain.

Ce qui distingue L’Empathie à d’autres romans, c’est sa construction narrative très audacieuse et parfois même dérangeante. Je me suis retrouvé dans la tête de tous les protagonistes du roman, alternant les points de vue des victimes, des bourreaux mais aussi des enquêteurs. C’est la force du roman, il explore les parcours de chacun, souvent depuis l’enfance, révélant peu à peu les racines du mal. Mais ce qui s’impose, malgré l’horreur, c’est l’empathie. Celle qui nous lie aux personnages, même les plus ambigus, elle devient frontière entre pulsions et humanité.

L’auteur ne recule devant rien pour souligner l’innommable. Son style est cru, presque trop parfois, mais il sert un propos. Ne pensez pas sortir indemne de cette lecture. L’ensemble est solidement documenté, addictif et brillamment mené. Un roman fort, viscéral, et une vraie claque pour un coup d’essai transformé en coup de maître.

Je lirai les suivants sans hésiter.

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Extraits :

« Il avait commencé par s’introduire dans des maisons. Pas pour voler. Non qu’il fût opposé à cette idée, car il n’hésitait jamais à dérober un objet de valeur ou qu’il trouvait à son goût si une opportunité se présentait. Mais à cette époque il gagnait relativement bien sa vie, la navigation lui offrant un revenu suffisant au vu de ses très modestes besoins. »

« Aussi surprenant que cela puisse paraître au vu des événements qui allaient suivre, violer cette femme, ce jour-là, ne lui avait pas traversé l’esprit. Il venait chercher autre chose, une autre sensation. Pourtant, avec le recul, Alpha considérait que l’émoi très vif qu’il avait ressenti ce soir-là était à l’origine du grand projet qu’il mettrait plus tard à exécution.
Sa délectation s’était encore accumulée lorsque l’affaire avait été relayée par les médias : deux jours plus tard, le fait-diversier d’un journal local avait raconté le désarroi de la mère de famille quand elle avait découvert les photos d’un inconnu sur son smartphone. Le journaliste la décrivait « en état de choc » ; il ajoutait que la police n’avait aucune piste sérieuse et lançait un appel à témoin. »

« En d’autres temps, un homme comme lui aurait pu être heureux ; sa vie aurait eu un sens. En des âges barbares – guerriers tout du moins – où l’homme était encore debout et où la loi du plus fort était unique. Les qualités d’Alpha auraient été prédominantes. Tuer. Avilir l’adversaire, le réduire en esclavage. Prendre ses femmes, ses filles et les violer. Tout ce qui faisait de lui un monstre avait autrefois constitué l’essence d’un grand chef. »

Antoine Renand est un écrivain, scénariste et réalisateur français.
En 2019, il publie son premier roman, L’Empathie, aux éditions Robert Laffont. Très remarqué par la critique et par le public, le livre est lauréat du prix Nouvelles Voix du polar et finaliste du prix Maison de la presse. Ses romans suivants, Fermer les yeux (à nouveau finaliste du prix Maison de la presse) et S’adapter ou mourir, connaissent le même succès. L’Empathie tome 2. La Fille de Jonathan Becker sort aux éditions HarperCollins le 5 mars 2025.

Humour, Philosophique

Le C.V. de Dieu

de Jean-Louis Fournier
Broché – 29 octobre 2008
Éditions : Stock

Le ciel était fini, la terre était finie, les animaux étaient finis, l’homme était fini. Dieu pensa qu’il était fini aussi, et sombra dans une profonde mélancolie. Il ne savait à quoi se mettre. Il fit un peu de poterie, pétrit une boule de terre, mais le cœur n’y était plus. Il n’avait plus confiance en lui, il avait perdu la foi. Dieu ne croyait plus en Dieu. Il lui fallait d’urgence de l’activité, de nouveaux projets, de gros chantiers. Il décida alors de chercher du travail, et, comme tout un chacun, il rédigea son curriculum vitae…

Un vrai moment de détente, drôle et surprenant. Je n’ai pas simplement lu ce livre avec un sourire en coin, je l’ai englouti en à peine une heure, d’une traite tant l’humour y est savoureux. Jean-Louis Fournier inverse la perspective classique : ici, c’est Dieu qui ressemble à un homme, avec tous ses doutes, ses maladresses, et surtout ses erreurs… qu’il reconnaît (grâce à son auteur) avec une ironie décapante. Dieu y vient postuler pour un nouveau job : après avoir “créé le monde”, il cherche un poste plus calme. L’idée est aussi absurde qu’intelligente !

Dès les premières pages, j’ai ri. Pas d’un rire gras, mais de celui qui naît quand l’intelligence se glisse entre les mots. En effet, le récit est truffé de jeux de mots, de clins d’œil malicieux, mais aussi de réflexions profondes sur l’humanité, sur la foi et le sens des choses. Dieu, lassé de ses fonctions divines, descend sur Terre et tente de passer un entretien d’embauche. Résultat, une parodie réjouissante du monde du travail et une satire grinçante, mais jamais méchante autour de la religion.

Certains passages marquent plus encore par leur portée philosophique, les guerres, les religions, la souffrance… notamment quand Dieu assume un “casier judiciaire” ou qu’il s’amuse de tout, avec une froideur parfois désobligeante. En quelques pages bien affûtées, Jean-louis est arrivé à me transmettre ce que certains philosophes peinent à exprimer en plusieurs volumes entiers.

Vu le plaisir que j’ai ressenti durant toute ma lecture, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au plaisir que Jean-Louis Fournier avait dù avoir en l’écrivant. C’est impertinent, parfois provocant, mais toujours drôle, même (et surtout) pour les croyants s’ils ont de l’autodérision. Ce roman m’a parlé parce qu’il ose poser des questions avec humour, avec finesse, mais surtout, il donne un visage faillible à l’infaillible. Un Dieu qui doute, qui bredouille…
Un livre à lire, puis à relire, pour savourer encore les meilleures piques tout en poussant la réflexion. Car si Dieu m’envoyait vraiment son CV, l’embaucherai-je ? Très honnêtement, j’hésite encore…

Je recommande chaudement Le C.V. de Dieu de Jean-Louis Fournier.

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Extraits :

« – Ici, c’est moi à côté de la Terre. Je venais de la finir, elle n’était pas entièrement sèche, mon pied s’enfonce encore dedans.
– Vous avez mis combien de temps ?
– Une journée.
Le directeur est absolument sidéré.
– Sidérant ! dit-il.
– Sans habillage bien sûr, la forme nue.
– C’est vous qui avez eu l’idée d’une sphère ?
– J’avais d’abord commencé par un cube, mais j’ai pensé à ceux qui allaient être assis sur les pièces. J’ai arrondi les angles, c’est devenu une boule.
– Quel est le mode de fixation ?
– Vous permettez que je ne réponde pas ? Brevet exclusif.
– C’est éclairé de l’intérieur ?
– Non, par l’extérieur, grâce au Soleil. Vous avez là une photo plus grande, avec le Soleil et la Terre.
– Efficacité. Alors, le Soleil, c’est vous aussi, bravo, quelle idée lumineuse ! Mais dites donc, vous devez toucher des droits d’auteur énormes ? »

« À 21 h 45 : Un groupe d’individus en robes noires est venu à la pension « Les Mimosas » et a demandé à voir Dieu. Le patron leur a déclaré que Dieu dormait et qu’ils devraient repasser demain matin. Ils ont décidé de l’attendre.
À 22 h 50 : Réveillé par le bruit, Dieu est descendu dans le hall en pyjama. Il a été violemment pris à partie par les prêtres, qui l’ont insulté en latin, lui reprochant de s’habiller en civil.
À 23 h 04 : Dieu s’est mis en rogne et a giflé le meneur du groupe, lui enjoignant d’aller se faire foutre. Puis il est remonté se coucher en maudissant ces cons d’intégristes. »

« – Pourquoi avez-vous fait une population multicolore ? demande le directeur à Dieu.
– Vous avez déjà regardé des nouveaux-nés blancs ?
– J’en ai fait deux, dit fièrement le directeur.
– Y a pas de quoi se vanter, c’est pas très beau, on dirait des endives. Des bébés noirs, ou jaunes, ou rouges, c’est plus gai.
– Est-ce qu’avec des hommes de toutes les couleurs vous n’alliez pas au-devant de gros problèmes ?
– J’aime le risque, la difficulté.
– Toujours votre fameux ad astra per aspera ?
– Tu l’as dit, bouffi ! De toute façon, il est trop tard maintenant pour les repeindre tous de la même couleur, ils ne seront jamais d’accord. »

« – Je peux vous offrir quelque chose ? demande le directeur du personnel à Dieu.
– Je veux bien, oui.
– Un whisky ou un jus de fruit ?
– Un petit whisky, s’il vous plaît.
– C’est vous qui avez inventé l’alcool ?
– Oui.
– C’est une grande responsabilité !
– Je sais, mais j’ai des circonstances atténuantes.
– C’est-à-dire ?
– Je l’avais caché, dans les fruits, dans les légumes, dans les plantes, mais ils ont réussi à le trouver.
– Vous l’aviez quand même inventé, pourquoi ?
– Quand ça va mal, j’aime être un peu pompette. Ça m’a bien aidé quand j’ai eu mes ennuis avec mon fils, sinon je ne sais pas ce que j’aurais fait. J’étais capable de tout, j’aurais pu commettre l’irréparable. »

Jean-Louis Fournier est un écrivain, humoriste et réalisateur de télévision, né le 19 décembre 1938 à Calais.

Il réalise régulièrement l’émission télévisée Italiques de Marc Gilbert entre 1971 et 1974.

Il est le créateur, entre autres, de La Noiraude et d’Antivol, l’oiseau qui avait le vertige. Par ailleurs, il a été le complice de Pierre Desproges en réalisant les épisodes de La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède, ainsi que les captations de ses spectacles au Théâtre Grévin (1984) et au Théâtre Fontaine (1986).

En 2008, Jean-Louis Fournier publie le roman Où on va, papa ? dans lequel il décrit sa relation avec ses deux fils handicapés. Le livre, qui reçoit le prix Femina, suscite un certain nombre de controverses et une réponse de la mère des deux garçons.

Depuis, il écrit un roman chaque année.
Poète et Paysan en 2010, Veuf en 2011. En 2013, il sort La servante du Seigneur dans laquelle il parle de sa fille. Celle-ci a exigé et obtenu un droit de réponse. À la fin du roman, elle signe 5 pages avec sa version des faits.
En 2020, il publie Merci qui ? Merci mon chien.

Jean-Louis Fournier a écrit et joué au Théâtre du Rond-Point deux pièces inspirées de ses écrits, Tout enfant abandonné sera détruit, donnée en novembre 2011 et Mon dernier cheveu noir, donnée en novembre 2012.

– Je ne suis pas seul à être seul (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/08/je-ne-suis-pas-seul-a-etre-seul/

Émotion, Drame, Frisson horreur, Histoire vraie, Historique

La chasse aux âmes

de Sophie Blandinieres
Broché – 27 août 2020
Éditeur : Plon

L’Histoire bouscule les âmes, la perversité de l’occupant nazi qui veut corrompre, voir ses victimes s’autodétruire et met en place un jeu ignoble dont l’objectif est de survivre, à n’importe quel prix : vendre son âme en dénonçant les siens ou ses voisins, abandonner ses enfants affamés, ou sauver son enfant, lui apprendre à ne plus être juif, céder son âme au catholicisme pour un temps ou pour toujours en échange de sa vie. Pour survivre, il faut sortir du ghetto. Par tous les moyens.
Trois femmes, une Polonaise, Janina, et deux juives, Bela et Chana, vont les leur donner. Elles ont organisé un réseau clandestin qui fait passer le mur aux enfants et leur donne, pour se cacher en zone aryenne, une nouvelle identité, un nouveau foyer, une nouvelle foi. Parce qu’ils sont l’avenir, parce qu’ils seront les premiers à mourrir…

Dans ce récit poignant et lumineux, Sophie Blandinières m’a entraîné dans l’univers brisé du ghetto de Varsovie, en novembre 1940. À travers les destins croisés de deux familles juives, elle raconte l’impensable : l’étau qui se resserre jour après jour, l’humiliation, la faim, la peur omniprésente, jusqu’à l’effacement presque total de ce qui faisait leur vie, leur humanité.

Et pourtant, sous cette chape de désespoir, l’auteure fait jaillir une lumière fragile mais tenace : celle du courage et de l’espoir. Trois femmes d’exception, portées par une foi inébranlable en la vie, organisent l’évasion d’enfants condamnés. Elles défient l’horreur par leur détermination et leur amour, arrachant à la barbarie quelques âmes innocentes.

L’écriture est belle, dense, parfois presque poétique, ce qui rend la violence des faits encore plus saisissante. Encore une fois, une lecture dont je ne sors pas indemne. Ce livre marque, il bouscule, il rappelle combien il est vital et nécessaire de ne jamais oublier. C’est un hommage vibrant à ceux qui ont lutté, aimé, résisté, même quand tout semblait perdu.
Un roman nécessaire, bouleversant, qui met des mots puissants sur une tragédie souvent tue ou mal connue.

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Extraits :

« L’homme était nu. La barbe en feu, les pieds dans la neige, il exécutait des mouvements de gymnastique ineptes, levant le bras gauche et la jambe droite ensemble, tournant sur lui-même de plus en plus vite pour tenter d’éteindre le brasier qu’était son menton.
Dès qu’il ralentissait, épuisé par le vertige, les efforts, et ses blessures, il recevait un coup de gourdin, alors il se réanimait, il se remettait à danser, disgracieux et pathé-tique, sous les yeux noirs des bouleaux décharnés par l’hiver. Le désarticulé chantait aussi, puisqu’on le lui avait demandé, puisqu’il consentait à laisser l’humanité le quitter pour ne pas mourir. »

« Officiellement, elle était demeurée Maria, qu’elle devienne juive, en cette année 1968, n’était pas approprié: en mars, la Pologne avait renoué avec son vice, avec ses mauvais gestes, son vilain réflexe, sa vieille pulsion de déjudaïsation, odzydzanie. De nouveau, on refusait aux Juifs le droit d’être polonais et, pour être bien certains qu’ils s’en iraient, habilement, on les avait destitués, on les avait privés de leur métier, de leurs revenus. On comptait sur l’humiliation, l’appauvrissement et la terreur. Comme ils n’avaient eu d’autre choix, pour survivre, que d’avoir une mémoire, ils avaient eu peur, effroyablement peur, car ça commençait toujours par de petites et grandes vexations, par des restrictions sérieuses de la citoyenneté, plus le droit d’exercer sa profession, plus le droit d’entrer ici ou là, ni de sortir, plus le droit de se fondre dans la foule, plus le droit d’être la foule. »

« Encouragés par la politique antisémite de leurs chefs et incités concrètement à réquisitionner, c’est-à-dire à piller les biens juifs, les soldats allemands entraient de force pour voler les draps, les meubles, le nécessaire à leur installation, et les objets de valeur qu’ils soupçonnaient toujours leurs victimes d’avoir planqués. Parfois, voler les Juifs ne calmait pas leur appétit, alors ils violaient les Juives. »

« Les parents de Joachim avaient donné des consignes de prudence à leurs quatre enfants, et surtout aux deux aînés, plus autonomes, parce que, dans les rues, des scènes ignobles se déroulaient, une femme enceinte qui trébuche, tombe, qu’on empêche de se relever, qui reçoit une balle dans la tête et dans le ventre, trois enfants dégommés comme des bouteilles de bière devant un hôpital, il ne fallait pas tenter le hasard ; la roulette russe n’était pas un jeu acceptable pour un Juif. »

Sophie Blandinières a été professeur et journaliste avant de devenir nègre littéraire. Elle consacre maintenant sa vie à l’écriture.

Elle a prêté sa plume à des personnes aussi diverses que Patricia Kaas, Yves Rénier, Charles Berling, Roselyne Bachelot – et à d’autres encore, dont elle s’est engagée par contrat à ne jamais divulguer les noms.

Elle a obtenu le prix Françoise Sagan pour son premier livre Le sort tomba sur le plus jeune, paru chez Flammarion.

Drame, Folie, Polar, Thriller

Asphalte

de Pascal Alliot
Broché – Avril 2025
Éditeur : Hugo Stern

Sophie Debreuil se voit dépositaire d’un bon de sortie. Trois mois, voire un peu plus, qu’elle croupit là, dans ce lieu aseptisé dans lequel tout est dédié au sommeil et à l’oubli à tout prix. Le repos pour ne pas sombrer dans les couloirs désastreux des souvenirs tenaces, ceux-là mêmes qui vous pourrissent le cours désuet de votre désuète existence. Une chape de plomb scellée à vos pieds et vous entraînant irrémédiablement vers les profondeurs noires et inquiétantes, même troublantes, d’un lac dans lequel on vous a jeté, sans préavis, par volonté de vous tuer l’âme. Une histoire sordide de lande désagrégée, de tueur machiavélique et Darius Maloberti, un prêcheur délirant, la placent dans une sorte de coma passif. Dormir pour oublier, oublier que l’on dort. Un chaînon embarquant l’autre dans une histoire, celle de la douleur intérieure, la cicatrice pas réellement fermée d’une chute vers les bas-fonds d’un monde en fusion. Celle de son équilibre sur cette terre de cendres.

J’ai terminé le dernier roman de Pascal Alliot, que j’ai lu d’une traite, cette nuit avec le souffle court, comme si la noirceur du récit s’était lentement infiltrée en moi. Cela faisait longtemps qu’un polar ne m’avait autant secoué. Pascal signe ici un roman puissant, où l’ambition narrative rivalise avec la précision chirurgicale du style.

L’histoire se déroule dans une grande ville portuaire du sud de la France, jamais nommée, mais si bien décrite qu’on en devine chaque recoin. Cette ville, l’auteur la connaît intimement, et cela se sent. Elle devient un personnage à part entière, gangrenée par la violence, les trafics, les tensions sociales et la corruption. Une ville étouffante, écrasée de soleil et plus encore par la rage.

Au cœur de cette fresque urbaine, j’ai suivi de très près Sophie Debreuil, commandant de police, une femme forte et plus encore, et son adjoint Davos, son pilier, dans une enquête qui dépasse très vite les codes du polar pour glisser vers le thriller politique et social. Corruption, extrémisme, dérives du pouvoir… Tout y passe, sans jugement, dans un récit où le mal n’a pas toujours le visage que l’on croit.

Ce qui m’a beaucoup plu, c’est l’évolution du style de Pascal. Sa plume, que je connaissais déjà acérée, gagne ici en profondeur. Il alterne les flashbacks, les scènes d’actions nerveuses et les instants de réflexion, sans jamais perdre le rythme. Un vrai tour de force.

Asphalte n’est pas qu’un roman noir, c’est un uppercut littéraire. C’est un miroir brisé qui reflète le prisme de notre époque, c’est une plongée brutale dans les profondeurs d’un monde en chute libre, une œuvre qui dérangera peut-être certains lecteurs.
Vous pourrez essayer de l’oublier… mais vous n’y parviendrez pas !
Certains passages particulièrement captivant une fois lus et visualisés ne s’effaceront plus jamais…

Un polar à part, unique, très loin de tout ce que j’ai pu lire jusqu’à présent.
J’oserais même dire, “un POLAR version 3.0” !

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Extraits :

« Soleil de plomb arrivé bien trop tôt pour la saison. Qui a pris, une fois encore, tout le monde à court. Chaleur étouffante qui vous emporte sans crier gare vers une sorte d’agonie lascive.
Au loin, des bruits de pneus fracassant la gomme contre le bitume, et puis un coup de feu suivi de trois autres. Comme souvent par ici. Un jeune mec, une balle en pleine tête, s’effondre, abattu, tué sur le coup. Il en tombe des dizaines par an, des serviteurs de l’Enfer. »

« Tout le monde garde en mémoire les photos parues dans la presse, le reportage lors du journal télévisé, montrant neuf cadavres, emballés tels des pharaons, à l’aide de tissus d’un blanc magnifique, dont on a explosé la tête au préalable, sûrement à l’aide d’une masse, et dont le faciès se voyait absent. On les a pendus par les pieds, avec une solide corde, à l’entrée de l’artère principale de la ville, sur les contreforts du tunnel de la Barguèse. Ils se balançaient là, comme des cocons de papillons de nuit qui ne voulaient plus naître, des sphinx de la mort. Mise en scène insoutenable. Mais ô combien efficace ! »

« Sophie Debreuil se voit dépositaire d’un bon de sortie. Trois mois, voire un peu plus, qu’elle croupit là, dans ce lieu aseptisé dans lequel tout est dédié au sommeil et à l’oubli à tout prix. Le repos pour ne pas sombrer dans les couloirs désastreux des souvenirs tenaces, ceux-là mêmes qui vous pourrissent le cours désuet de votre désuète existence. Une chape de plomb scellée à vos pieds et vous entraînant irrémédiablement vers les profondeurs noires et inquiétantes, même troublantes, d’un lac dans lequel on vous a jeté, sans préavis, par volonté de vous tuer l’âme. »

« Elle quitte alors la douche, repue, lessivée des plus convenablement par ce savon-douche qu’elle fait rentrer en douce en amadouant malicieusement un jeune infirmier tombé sous le charme de cette délicieuse blonde désormais trentenaire au regard de braise. Elle a maintenant les cheveux très courts, témoins d’une nouvelle étape de sa vie.
Alors, parer au plus urgent est élémentaire : s’habiller, sortir de la chambre, remplir les ultimes papiers et se sauver à toutes jambes loin de ce lieu funeste. Prendre un taxi ou un bus et regagner son domicile. En toute hâte. »

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Archéologue céramologue, Pascal Alliot vit en Espagne, près de Barcelone.
Avec son premier roman, Journal ordinaire d’un assassin pas ordinaire, l’auteur nous entraîne dans un imaginaire brutal, onirique, riche et haletant, nous faisant visiter les tréfonds de l’âme tourmentée d’un meurtrier.
Écrivain discret mais prolifique, il s’est imposé au fil des années comme l’une des voix les plus singulières du polar français contemporain.

Émotion, Drame, Folie, Suspense, Thriller psychologique, Violence

Leona

Les dés sont jetés
de Jenny Rogneby
Broché – 4 mai 2016
Éditeur : Presses de la Cité

Qui perd gagne.
Stockholm, un jour de septembre. Une petite fille de sept ans, nue et recouverte de sang, braque une banque du centre de la ville avec pour seules armes un ours en peluche et un magnétophone. La fillette disparaît ensuite avec l’argent.
La trouble et manipulatrice Leona Lindberg s’arrange pour récupérer l’affaire avant ses confrères de la police judiciaire. Christer Skoog, lui, est journaliste. Il dispose d’embarrassantes informations au sujet de Leona ; des informations qu’il est prêt à taire si cette dernière accepte de l’aider à résoudre une enquête qui l’obsède depuis des années…

Grandiose et subversif. Jenny Rogneby tire les ficelles de ce premier roman d’une main de maître et, avec le personnage atypique de Leona, fait une entrée fracassante dans le monde du thriller.

Je referme Leona – Les dés sont jetés avec une sensation étrange, presque coupable. J’ai suivi cette femme hors du commun, glaciale et désabusée, dans un monde où la morale est un costume qu’on retire le soir. Et je dois l’admettre : j’ai été fasciné. Leona Lindberg n’est pas une héroïne, pas même une anti-héroïne ; elle est un paradoxe sur deux jambes, une policière qui passe de l’autre côté avec une froideur qui glace le sang.

J’ai souvent voulu la secouer, lui crier de revenir à la raison, mais Jenny Rogneby nous tient en laisse, page après page, nous forçant à accepter l’inacceptable. Il y a dans ce roman une tension constante, un malaise latent. C’est noir, très noir, et pourtant, je n’ai pas pu lâcher ce récit troublant. Leona est une énigme que l’on tente de résoudre tout en sachant qu’on ne le pourra pas.

Ce qui me reste, ce n’est pas la résolution de l’intrigue, bien que l’écriture soit habile et rythmée. Ce sont les failles de Leona, ses silences, ses regards fuyants. J’ai terminé ce livre comme on quitte une pièce trop longtemps restée dans la pénombre : un peu sonné…

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Extraits :

« Personne ne l’avait encore remarquée. Sans bruit, elle trottina à petites foulées sur le tapis jusqu’au centre du grand hall de la banque.
Ses pas étaient déterminés.
Son regard, vitreux. Les battements de son cœur, assourdissants.
Entièrement concentrée sur son rythme cardiaque, elle ne sentait plus sa blessure, ni le sang séché sur son corps nu et fluet. Chaque pulsation résonnait dans ses oreilles. 1-2… 3-4-5… 6… Trop irrégulières pour qu’elle puisse les compter. Elle serra de toutes ses forces l’ours en peluche sur sa poitrine. Les palpitations lui semblaient un peu moins fortes ainsi. »

« Olivia s’était mise à trembler. Elle essaya en vain de se détendre. À cause de la pluie, tout était mouillé et froid. Ses yeux et son nez coulaient et la démangeaient. Chaque fois qu’elle tentait de se gratter, la douleur lui arrachait quelques larmes.
Elle avait eu beaucoup de mal à soulever le sac à dos dans la banque, mais, une fois celui-ci hissé sur ses épaules, ça avait été. En revanche, ensuite, quand elle avait dû l’enlever, elle avait perdu l’équilibre et s’était étalée par terre. La blessure de son genou saignait et la brûlait beaucoup plus qu’avant. Le sac à dos était trempé et sale.
Elle pria le ciel pour que rien ne se soit cassé, car sinon papa serait très en colère. »

« J’ai réarrangé deux stylos posés sur la table devant moi. Je n’aimais pas avoir des objets pointus tournés vers moi. Et en plus, ils étaient de travers.
Ce faisant, j’ai remarqué que l’ongle de mon pouce était trop long par rapport aux autres. Je venais de les faire manucurer chez Madeleine, au coin de la rue. Elle s’appliquait d’ordinaire dans son travail. Quelle déception ! »

« Des années durant, j’avais combattu ce sentiment, refoulé mon « moi » véritable. Je me réveillais en sueur la nuit, avec l’impression qu’un piège se refermait sur moi. Prisonnière du monde que je m’étais moi-même créé. Je ne pouvais plus ignorer ma propre nature.
Quand j’avais commencé à remettre en question mon désir d’être comme les autres, tout était devenu plus clair. Je n’avais pas d’autre choix.
Je devais me libérer. »

Née en 1974 en Éthiopie, la Suédoise Jenny Rogneby a étudié la criminologie à Stockholm. D’abord musicienne, elle a fait la première partie d’un concert de Michael Jackson à Tallinn en Estonie, elle a travaillé pendant sept ans dans la police, à Stockholm, comme criminologue, avant de se lancer dans l’écriture de son premier roman, Leona : Les dés sont jetés, devenu dès sa sortie un best-seller en Suède, et qui a été traduit dans une dizaine de pays.

Leona : La fin justifie les moyens est son second polar avec comme héroïne l’inspectrice Leona Lindberg.

Jenny Rogneby vit à Malte

Page Facebook : https://www.facebook.com/jenny.rogneby