Amour, Émotion, Biographie, Drame, Poésie

Poussière d’homme

de David Lelait-Helo
Poche – 12 juillet 2012
Éditeur : Pocket

« Ce dimanche 3 avril, au soir, tes jours d’homme m’ont filé entre les doigts. Au presque commencement de ma vie, je t’ai perdu, toi avec qui je voulais la finir. Nous avions oublié d’être mortels, le temps nous a rattrapés… »
David LELAIT

« Je viens de finir ce livre, c’est un VÉRITABLE CHOC !!!!! Non seulement l’histoire est bouleversante mais le style est éblouissant !! Les mots claquent, lumineux et remplis de poésie ! Une émotion tout en pudeur pare ce livre d’une couleur unique. »
Gérard Collard

« Lyrique et sensible, juste et touchant, bouleversant même quand il ne reste qu’une poignée d’heures avant la séparation ultime. »
Ph.-J.C. Le Monde

« Un texte émouvant et d’une exquise sensibilité. »
Delphine Apiou Biba

J’ai découvert la plume de David Lelait-Helo avec Je suis la maman du bourreau, et dès les premières pages, j’ai su qu’il écrivait autrement. Il y avait cette pudeur dans la douleur, cette manière d’exposer l’indicible sans jamais tomber dans le pathos. C’était puissant, dérangeant, profondément humain. Un portrait de mère bouleversant, un cri discret mais essentiel.

Avec Poussière d’homme, j’ai retrouvé cette même force. Mais cette fois, l’émotion m’a submergé d’une manière plus intime, plus viscérale. Ce long chant d’amour et de mort, écrit tout en douceur et en retenue, m’a touché au cœur. Il y a dans ces pages une forme de grâce rare, presque fragile.

Le roman m’a pris aux tripes. Il m’a happé dans un tourbillon de poésie et d’émotions, où les mots choisis semblent parfois s’échapper d’un carnet secret. Des mots qui font du bien, des mots lumineux, des mots magiques… déposés ici et là, comme des cailloux blancs, un peu cachés parfois, que le lecteur devra ou pas, trouver pour, s’il le souhaite, les conserver bien précieusement. David raconte l’amour, son amour, avec une intensité brûlante, celle qu’on espère tous connaître au moins une fois. Un amour total, qui éclaire les gestes les plus simples et transforme le quotidien en miracle.

Il nous livre un hommage posthume, un cri d’amour et de douleur, une mise à nu poignante. Il évoque la perte, le manque, la maladie, le deuil, sans jamais chercher à nous apitoyer. Il questionne l’acceptation, la mémoire, le souvenir charnel de l’autre, ce qu’il reste quand il ne reste plus rien… ou presque. Juste ce prénom de trois lettres, et une éternité de souvenirs.

J’ai été totalement immergé dans son intimité. Chaque phrase, chaque silence entre les lignes, m’a bouleversé. Ce roman est un journal de bord de l’âme, un chant funèbre habité de lumière, un cri muet dans la nuit. Un concentré d’amour, de douleur… avec des mots qui claquent, des phrases qui prennent aux tripes… puis soudain, une larme qui surgie seule, qui s’éternise, elle sera finalement rattrapée par d’autres, de nombreuses autres qui le long de ma lecture méritaient aussi leur place…

Un véritable hymne à l’amour, malgré la tristesse, malgré la fin. Une œuvre traversée par la beauté, même dans la douleur.
Lire “Poussière d’homme”, c’est accepter de plonger dans l’abîme pour en ressortir tremblant, mais vivant. Lisez donc ce récit époustouflant, autant pour sa beauté que pour sa réalité et sa douleur. Aucun de mes mots ne pourra décrire ce que l’on ressent vraiment à cette lecture, il y a tant de sentiments et d’émotions, vous devrez comme moi y plonger corps et âme pour comprendre… Et forcément, finir votre lecture profondément touché.

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Extraits :

« Ce dimanche 3 avril, au soir, tes jours d’homme m’ont filé entre les doigts. Au presque commencement de ma vie, je t’ai perdu, toi avec qui je voulais la finir.
Nous avions oublié d’être mortels, le temps nous a rattrapés… La voix blanche et la colère noire, j’ai eu beau t’appeler, tu étais déjà parti, loin. Ta vie, minuscule tourbillon de quelques lunes et soleils, cessait là de tournoyer, sur le rivage carrelé blanc et glacé d’un hôpital. Un an sans toi, il y a trop longtemps, il y a si peu. Mais l’absence se rit du temps, elle déchire les calendriers, dérègle les horloges, rend folles leurs aiguilles. L’absence est un compagnon fidèle qui ourle désormais mes chemins d’exilé. »

« Que cette journée me semble sans fin depuis que, ce matin, au Père-Lachaise, à Paris, les flammes se sont unies pour t’emporter, t’émietter ! Depuis qu’hier j’ai poussé, de mes propres mains, le couvercle de bois verni sur ton visage de chair figée. »

« Les mots du curé ne parviennent pas à s’élever. Une ribambelle de sons creux. Je n’entends pas assez les trois lettres de ton prénom, il ne parle pas de ta vie, de ta joie, de ta bonté. Il articule le nom de Jésus, évoque le bon Dieu et ce foutu ciel qui t’ouvre prétendument ses portes, je ne l’écoute déjà plus… Je ne pleure pas non plus. Heureusement, les mots de ta jolie filleule, ses larmes, donnent de la chair et de l’humanité aux singeries de l’homme de Dieu. J’avais prévu de chanter puis renoncé, mais le manque de sève de l’instant me porte à finalement m’exécuter. »

« C’est un amour simple, facile, sur lequel on ne pose pas de mots. Mieux vaut le faire qu’en parler. Il roule léger. Il n’est pas de ceux auxquels on s’oblige pour ne pas vivre seul ou pour tromper l’ennui. Pas de ces amours que l’on couche sur un faire-part, que l’on grave dans les registres de l’état civil, pas de ceux qui donnent des enfants ou tiennent des promesses pour l’avenir du monde, pas non plus de ceux dont la passion vous brûle et vous dévore. Juste un amour qui souffle sur le cœur, juste le plaisir sans les devoirs, la caresse sans la gifle, le baiser sans la morsure.
Je ne tombe pas amoureux, je m’élève amoureux. Je t’aime comme on s’élève et grandit, comme on se hausse sur la pointe des pieds pour apercevoir la mer de l’autre côté de la barricade. Je t’aime en liberté. »

David Lelait-Helo est né à Orléans le 3 décembre 1971.

Après des études de littérature et civilisation hispaniques à Montpellier, il enseigne l’espagnol. En janvier 1997, à 25 ans, il publie chez Payot la première d’une longue série de biographies, parmi lesquelles

  • Maria Callas : j’ai vécu d’art, j’ai vécu d’amour (1997),
  • Dalida : d’une rive à l’autre (2004).
    C’est à cette période qu’il délaisse l’enseignement pour se consacrer à une carrière de journaliste. Il a écrit pour de nombreux magazines (Gala, Cosmopolitan, Femmes d’aujourd’hui…), animé des émissions musicales sur la chaîne Pink TV, occupé pendant vingt ans le poste de responsable des pages culture et people au magazine Nous Deux et, depuis 2022, celui de chroniqueur littéraire pour Femme Actuelle et Prima.
    David Lelait-Helo a également écrit des essais, Gay Culture (1998) et Les Impostures de la célébrité (2001), ainsi que des romans, dont :
  • Poussière d’homme (2006),
  • Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri (2016),
  • Un oiseau de nuit à Buckingham (2019) parus aux éditions Anne Carrière,
  • Je suis la maman du bourreau (2022), paru aux éditions Héloïse d’Ormesson
    https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/09/je-suis-la-maman-du-bourreau/

Amour, Émotion

L’enfant qui mesurait le monde

de Metin Arditi
Broché – 4 août 2016
Éditeur : Grasset

À Kalamaki, île grecque dévastée par la crise, trois personnages vivent l’un près de l’autre, chacun perdu au fond de sa solitude. Le petit Yannis, muré dans son silence, mesure mille choses, compare les chiffres à ceux de la veille et calcule l’ordre du monde. Maraki, sa mère, se lève aux aurores et gagne sa vie en pêchant à la palangre. Eliot, architecte retraité qui a perdu sa fille, poursuit l’étude qu’elle avait entreprise, parcourt la Grèce à la recherche du Nombre d’Or, raconte à Yannis les grands mythes de l’Antiquité, la vie des dieux, leurs passions et leurs forfaits… Un projet d’hôtel va mettre la population en émoi. Ne vaudrait-il pas mieux construire une école, sorte de phalanstère qui réunirait de brillants sujets et les préparerait à diriger le monde ?
Lequel des deux projets l’emportera ? Alors que l’île s’interroge sur le choix à faire, d’autres rapports se dessinent entre ces trois personnages, grâce à l’amitié bouleversante qui s’installe entre l’enfant autiste et l’homme vieillissant.

Il y a des romans qui apaisent. L’enfant qui mesurait le monde de Metin Arditi est de ceux-là. Il se déroule sur une île grecque baignée de soleil, de mythes et de silences, et aborde avec une grande justesse la question de l’autisme. J’ai été particulièrement touché par Yannis, cet enfant différent, qui trouve refuge dans les chiffres et l’ordre des choses, et qui remet un peu d’équilibre dans un monde qu’il ne comprend pas toujours. Son quotidien est réglé comme une horloge, surtout autour de sa mère Maraki, pêcheuse, qu’il attend chaque journaux retour de son travail, à dix heures très précises.

Dans ce petit coin de Méditerranée, débarque Eliot, architecte américain venu sur les traces de sa fille décédée tragiquement quelques années plus tôt. Un homme abîmé, lui aussi. La relation qu’il tisse avec Yannis m’a bouleversé. À travers les mathématiques, le nombre d’or, les mythes grecs qu’il transmet au garçon, Eliot semble peu à peu se relever, se réconcilier avec la vie. Ce lien improbable entre eux m’a semblé d’une humanité touchante et bien trop rare.

Mais ce roman, c’est aussi une critique juste mais incisive de la mondialisation. La menace d’un complexe hôtelier plane sur l’île, déclenchant des débats houleux parmi les habitants. Entre idéalisme et réalités économiques, chacun doit choisir son camp. Le pope Kosmas, personnage secondaire mais au combien essentiel, incarne cette sagesse populaire qui tente de préserver l’harmonie.

Metin rend ici un magnifique hommage à la Grèce. J’avais vraiment l’impression d’y être, la gentillesse de ses habitants, sa lumière, ses traditions. J’ai aussi été séduit par la sobriété du style, la pudeur des émotions, la justesse du ton. C’est mon quatrième roman de l’auteur, et à nouveau, je referme le livre avec l’impression d’avoir fait un vrai voyage intérieur. L’autisme y est abordé sans pathos, avec beaucoup de délicatesse.
Et puis, il y a ce calme, cette paix, cette lumière… Je respire…

Un grand coup de cœur, merci Metin.

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Extraits :

« On les aurait pris pour des jumeaux. Ils avaient les mêmes cheveux blonds coupés court, le même visage à l’ossature délicate, le même nez petit et droit. La même beauté, aussi, de celles qui sont inconscientes de leur effet. Seule leur expression différait. L’un avait le regard absent, l’autre semblait exaspéré. »

« Assis au dixième rang de l’amphithéâtre, le regard flou, Eliot avait la main droite posée sur la place voisine. Il lui imprimait un mouvement de va-et-vient délicat, comme une caresse, de celles que l’on répète sans y prendre garde, lorsqu’on veut consoler. Chaque jour depuis douze ans, pour peu qu’il soit sur l’ile, il retrouvait cette même place et répétait le petit geste. »

« Il fut un temps où nous offrions au monde des temples, des stades et des amphithéâtres. Aujourd’hui, nous défigurons un site merveilleux pour y construire le Périclès Palace, symbole de nos rendez-vous répétés avec le ridicule et la honte. Appauvri et hagard, notre pays sombre chaque jour davantage dans l’indignité et le malheur. »

« Maraki leva les yeux sur Andreas et constata qu’il avait encore grossi. Il fut un temps où les Kalamakiotes étaient maigres, du premier au dernier. À force de travail et de privations, ils s’étaient sortis de la misère, avaient gâté leurs enfants, et voilà que ceux-ci se retrouvaient gros et pauvres. »

« — Si nous voulons offrir un enseignement aux meilleurs étudiants, choisissons des domaines où nous serons crédibles. Cours numéro un : La corruption en dix leçons. Cours numéro deux : Comment trahir son pays en éludant l’impôt. Avec en sous-titre : Du plombier au grand patron, en passant par le médecin. Cours numéro trois : Comment faire nommer ses amis à des postes d’où ils renverront l’ascenseur. Numéro quatre : Comment faire le beau dans la presse en trahissant ses électeurs. Numéro cinq : Comment se comporter avec vulgarité en pensant qu’on est un grand personnage… Là, nous serions légitimés. Champions du monde. Nous pourrions créer une école sur chaque île. Les gens viendraient du monde entier. Ils diraient : question corruption, excusez du peu, j’ai un diplôme grec. »

Écrivain francophone d’origine turque, Metin Arditi a quitté la Turquie à l’âge de sept ans, et a obtenu la nationalité suisse en 1968.

Après onze années passées dans un internat suisse à Lausanne, il étudie à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, où il obtient un diplôme en physique et un diplôme de troisième cycle en génie atomique. Il poursuit ses études à l’université Stanford.

Il habite Genève, où il est très engagé dans la vie culturelle et artistique. De 2000 à 2013, il a été Président de l’Orchestre de la Suisse romande. Il est membre du Conseil stratégique de l’École polytechnique de Lausanne où au fil des ans, il a enseigné la physique (assistant du Prof. Mercier), l’économie et la gestion (comme chargé de cours) et l’écriture romanesque (en tant que Professeur invité).

En décembre 2012, Metin Arditi a été nommé par l’UNESCO Ambassadeur de bonne volonté. En juin 2014, l’UNESCO l’a nommé Envoyé spécial puis, en 2017, Ambassadeur honoraire.

De 2016 à 2019, il a tenu une chronique hebdomadaire dans La Croix.

Il est l’auteur d’essais et de romans, parmi lesquels Le Turquetto (Actes Sud, 2011, prix Jean Giono), et chez Grasset,

En 2022, il a publié le Dictionnaire amoureux d’Istanbul (Plon-Grasset).

Adolescence, Amour, Émotion, Drame

J’ai failli te manquer

de Lorraine Fouchet
Broché – 4 juin 2020
Éditeur : Héloïse d’Ormesson

Lise et Cerise n’ont en commun que la rime. Tout oppose la mère et la fille. D’ailleurs c’est simple, Lise voulait un garçon. À la mort d’Axel, mari et père adoré, les deux femmes se retrouvent en tête à tête, et se repoussent comme des aimants réfractaires. Mais une inconnue s’invite dans l’équation. Elle efface tout, même les ressentiments, et apporte d’inespérées retrouvailles. Car il n’est jamais trop tard pour s’aimer… Dans la famille Venoge, on se déchire avec panache. Pourtant, la tendresse est bien là, en embuscade, et lorsqu’elle s’engouffre enfin dans la brèche, elle transforme les années perdues en heures gagnées.
Lorraine Fouchet nous l’affirme, le bonheur est réservé à tout le monde.

Je viens de refermer J’ai failli te manquer de Lorraine Fouchet, le cœur un peu… beaucoup à l’envers.
C’est l’histoire de Cerise, une jeune femme élevée dans l’amour naturel d’un père solaire et la froideur glaciale d’une mère incapable d’aimer une autre femme qu’elle-même. Ce roman, a été pour moi, le récit d’un combat. Celui d’une fille pour exister face à une mère destructrice, Lise, qui cumule névroses, mythomanie et une propension effrayante à se mettre en scène.

Lise n’a jamais su être mère, de plus elle voulait un garçon. Elle a eu une fille, et elle ne s’en est jamais remise. Cerise grandit comme elle peut, dans l’ombre de cette femme qui ne veut pas d’elle, mais qui refuse de la lâcher. Le drame s’enchaîne, Cerise entend un jour des gens parler de son adoption. Cela pourrait être un choc, mais c’est une délivrance. Enfin, une explication. Puis vient l’infarctus qui emporte son père Axel. Un vide immense laisse Cerise seule face à cette mère toxique, instable et hystérique. Et ses mots terribles : “J’aurais préféré que ce soit toi”. Difficile d’imaginer plus violent.

Pourtant, Cerise tient bon. Elle s’éloigne, tente de construire sa vie, devient romancière comme son père. Mais elle revient parfois, par loyauté, par promesse, jamais par envie. Entre deux silences, deux mensonges, elle tente de comprendre, de réparer, de survivre.

Mais ce roman, c’est aussi une parenthèse d’air pur. Lorraine m’a emmener dans sa Bretagne favorite, l’île de Groix, puis en Namibie, loin de Lise, loin du poids de l’héritage familial. Cerise respire enfin. Mais le passé revient toujours.

J’ai eu un peu de mal à lire ce livre, non pas à cause de l’écriture, fluide et poignante, ni des chapitres courts à la première personne du singulier que j’ai apprécié tout particulièrement, j’aime être dans la tête des personnages, mais parce que l’attitude de Lise m’a profondément écœuré. Tout le long de ma lecture je n’arrivais pas à lui trouver d’excuses, même lorsque le récit abordait son passé, ou lorsque qu’elle a commencé à perdre la tête, j’essayais de comprendre, comment une maman peut-elle agit ainsi… et puis petit à petit quelque chose m’est venu à l’esprit… Lorraine, sa vie, sa famille et peut-être tout simplement peu son histoire…

Au final ce roman n’est pas une plainte. Il est fort, il est beau. Il demeure au fond de lui une déclaration d’amour, tordue certes, brutale et sans fard.
Alors, pour finir, ce récit restera pour moi l’hommage d’une fille à sa maman, même si elle l’a blessée plus qu’aucune autre personne n’aurait pu le faire.
Et ça… pour moi, ça force le respect !
Bravo Lorraine !

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Extraits :

« Ils s’éloignent. Leurs voix portent. Cerise entend distinctement quand, au bout du couloir, il s’écrie :
– Comment veux-tu que je sache que cette gamine a été adoptée ? Ce n’est pas écrit sur sa figure !
Pénélope répond :
– Sa mère me l’a dit. Son mari était fou d’elle, leur couple lui suffisait, il ne voulait pas d’une tierce personne entre eux. Mais elle a insisté pour adopter.
Cerise tombe des nues. D’abord elle rit, incrédule.
Ils confondent forcément avec quelqu’un d’autre.
Puis elle reçoit le choc retour, sous la forme d’un uppercut à l’estomac. Stupéfaite. Pétrifiée. Anéantie.
Glacée. »

« À midi plein, le même jour, Axel Venoge, tranquillement installé sur sa terrasse à Quiberon, s’effondre sur son Ouest-France. Infarctus massif.
La tempête balaie tout sur son passage, efface la joie du matin, crève les abcès, perfore le cœur de Cerise, répand sur sa vie d’ado insouciante la pire marée noire.
Elle n’entendra plus jamais la voix de son père.
Elle la gardera au creux de l’oreille le reste de son existence. Certains écoutent la mer dans un coquillage, elle entendra son père lui souhaiter bon voyage sur tous les quais de gare du monde. »

« La guerre dure maintenant depuis cinq longues années. J’ai un vélo bleu. Celui de Nadine est noir. Nous avons dix-sept ans. Je sais ce que je risque en acceptant de transporter des lettres pour la Résistance. Il n’y a qu’un seul chemin possible de Port-Maria vers Carnac. Mon amie et moi pédalons hardiment sur la route de la presqu’île pour livrer les médicaments de la pharmacie de son oncle. Les lettres ne sont ni sur moi, ni dans mes sacoches, ni parmi les comprimés ou les sirops, elles sont écrites sur du papier très fin roulé en boule et dissimulées sous la selle entre les ressorts. »

« Nous n’étions pas venus pour mourir mais pour vaincre. Un bel esprit des temps calmes a écrit: “Les jeunes gens savent qu’ils mourront un jour mais ils ne le croient pas.” Il ne nous connaissait pas. Nous le savions et ça ne nous faisait pas peur. »

« Nos enfants ignorent que nous avons eu leur âge, que nous avons été confrontés aux mêmes choix. »

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Lorraine Fouchet est écrivaine, scénariste et docteur en médecine, née le 22 octobre 1956 à Neuilly-sur-Seine.

Elle est la fille unique de Christian Fouchet (1911-1974), qui a rallié Londres le 17 juin 1940 et la France Libre le 19 juin 1940, ambassadeur, ancien ministre du général de Gaulle, et de Colette Fouchet, née Vautrin (1926-2018), membre de la Résistance intérieure française. Son grand-père maternel était le général Jean-Emile-Alexis Vautrin, organisateur de la Résistance dans le sud-est de la France, et sa grand-mère Antoinette Vautrin (née Salmon-Mercier) était membre du réseau Gallia. Les trois frères aînés de son père sont morts pour la France, comme le frère aîné et le père de sa mère. Son grand-père paternel Raymond Fouchet était Officier de Cavalerie.

Son arrière-arrière-grand-père maternel, Eugène Mercier (1838-1904), était le fondateur de la Maison de champagne Mercier.

Elle fait ses études primaires à Copenhague puis à l’Institut de La Tour, ses études secondaires au lycée La Folie Saint-James puis à Sainte-Marie de Neuilly.

Elle a été pendant quinze ans médecin d’urgence au SAMU de Paris, à Europ Assistance et à SOS Médecins Paris, et médecin des Théâtres de Paris, avant de se consacrer à l’écriture. Le dimanche 3 mars 1996, alors qu’elle a publié 3 romans, elle est de garde à SOS Médecins, et rédige le certificat de décès de Marguerite Duras.

Elle se partage entre les Yvelines et l’île de Groix dans le Morbihan.

Elle a reçu le prix Littré 1997, le prix Anna de Noailles de l’Académie française 1998, le prix des Maisons de la presse 2003, le prix Ouest 2016, le prix Bretagne – priz Breizh 2016, le prix des Lecteurs U 2017. Elle a été de 2018 à juin 2021 présidente de la Commission LIR au Centre National du Livre. Elle est la marraine de l’Association Livres en Loire et a été de 2020 à 2022 présidente du jury du prix Honoré de Balzac. Elle a été en 2023 présidente du jury du prix Jean Anglade.

Émotion, Drame, Polar, Suspense

Piratage mortel

de Jean-Pierre Levain
Broché – 2 avril 2025
Éditions : Des livres et du rêve

Camille Laroche, ingénieure de haut niveau, touchait enfin du doigt la vérité sur ses origines… avant que sa voiture, devenue incontrôlable, ne bascule dans la Saône.
Seule sa fille, Léa, huit ans, survivra.

L’enquête s’oriente rapidement vers un piratage.
Mais qui pouvait en vouloir à la victime ?
Fred Brazier et son équipe exploreront chaque piste.
Travaux top-secrets, relation avec un haut gradé transsexuel, sa véritable filiation.

Alors que les cadavres s’accumulent, une course contre la montre s’engage et l’étau se resserre, autour de Léa, que les tueurs s’obstinent à vouloir faire disparaître.

Jean-Pierre Levain clôture sa série en beauté.
Un polar trépidant où secrets, manipulations et dangers s’entrelacent jusqu’au bout du suspense dans cette ultime enquête du groupe crime du SRPJ de Lyon.

C’est avec un plaisir certain que j’ai retrouvé Fred Brazier, le commandant du SRPJ de Lyon, dans Piratage mortel. Dès les premières pages, le polar démarre sur les chapeaux de roue. Fred et Eva ont décidé de s’épouser, ils se promènent tranquillement, au moment ou Fred s’apprête à lui passer la bague au doigt, ils sont témoins d’un accident de voiture dramatique le long de la Saône. Une femme et sa fille sont piégées dans le véhicule immergé. Fred et Éva plongent sans hésiter. Seule la fillette, Léa, pourra être sauvée. Très vite, l’hypothèse d’un banal accident s’effondre : sabotage, meurtre, secrets militaires… et une série de cadavres à la clé.

Jean-Pierre Levain maîtrise son intrigue avec brio. Le rythme est soutenu, les rebondissements nombreux, et les révélations pleuvent sans relâche. Ce polar coche toutes les cases : tension, émotion, et une plongée glaçante dans un monde d’informations classées secret défense.

J’ai été particulièrement touché par le lien qui se tisse entre Éva et la petite Léa, qui donne une dimension humaine et poignante à l’enquête. Fred, fidèle à lui-même, fait preuve d’une rigueur implacable tout en restant profondément humain. Certains personnages sont bouleversants, d’autres profondément détestables — un équilibre parfait.

La plume de l’auteur est toujours aussi fluide, percutante, immersive. Il sait manier les fausses pistes, les détails qui prennent tout leur sens plus tard, et un final à la hauteur de la série. Il signe ici une clôture magistrale.

Un grand merci à Angie. Un vrai bonheur !

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Extraits :

« Dans la vraie vie, beaucoup d’histoires familiales ressemblent à des sacs de nœuds plutôt qu’à des chemins parsemés de roses. La plupart du temps, elles résultent d’aléas relationnels, voire de déraillements amoureux, qui échappent, en partie, à la maîtrise de leurs auteurs. Il arrive également qu’elles correspondent à des choix de vie délibérés de la part d’individus qui réfutent les normes communes pour expérimenter leurs propres voies. Tel était le cas pour Camille Laroche. »

« Camille Laroche naquit en 1986. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, elle ne s’était jamais sentie à l’aise au sein de ce petit monde au mode de vie expérimental. Elle enviait la normalité de ses copines qui bénéficiaient de leurs deux parents et rêvait d’une famille traditionnelle. Le besoin de conformité était sans doute une composante inhérente à l’enfance. »

« Les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets. Fred ronflait du sommeil du juste à ses côtés. Ce qui rendait sa propre insomnie plus difficile encore à endurer. II paraît qu’avec l’âge les hommes dorment de plus en plus facilement alors que, pour les femmes, c’est le contraire. Si même la nature s’en mêle, se dit-elle, l’égalité des sexes n’est pas pour demain !
Ce n’était évidemment pas la seule raison. Elle le savait parfaitement. Une boule au ventre lui tordait les viscères et son cerveau tournait en surrégime refusant d’obéir à ses injonctions lui ordonnant de ralentir son manège infernal. Le cri de la gamine lui restait en travers de la gorge et surtout au creux de l’estomac : Pourquoi tu es venue me chercher ? Moi, je voulais rester avec elle. Maintenant c’est trop tard, elle est partie ! »

« Elle pénètre dans le restaurant et en fit le tour, comme si elle déambulait à la recherche d’une opportunité. Elle ne vit rien au premier passage. Elle repère, au second, un adolescent boutonneux au look gothique. Il avait l’air perdu assis face aux baies vitrées qui donnaient sur l’extérieur. Le garçon, tout de noir vêtu, avait des cheveux longs et un regard aussi sombre qu’une nuit sans lune. Son tee-shirt était décoré d’un squelette qui adressait un doigt d’honneur à tous ceux lui faisant l’insigne honneur de poser les yeux sur lui. Le bas était à l’avenant avec un pantalon baggy parsemé de poches et d’anneaux cousus à même l’étoffe. Sans oublier les sempiternelles Doc Martens montantes à semelles épaisses. »

Jean-Pierre Levain est Docteur en psychologie.

Il a été chercheur à l’Institut de recherche sur l’enseignement des mathématiques et maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université de Franche-Comté.
Aujourd’hui à la retraite, il s’est reconverti dans l’écriture de romans policiers. Le premier s’intitule “Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour” (2020).

Page Facebook: https://www.facebook.com/JPLevain/

Amour, Émotion, Drame, Histoire

Les heures envolées

de Alba Ombieri
Broché – 2 juin 2025
Éditions : Des livres et du rêve

Au début du XXe siècle, dans une France bouleversée par les fractures sociales et la guerre, trois âmes brisées tentent de recoller les fragments de leur existence. Élise, François et Valentin affrontent, chacun à leur manière, les épreuves du destin et le poids des non-dits. Entre secrets, quête d’identité, et rendez-vous manqués, leur histoire s’entrelace pour dévoiler les forces invisibles qui façonnent nos vies. Des empreintes indélébiles que laissent les heures envolées.

Un récit à la fois tendre et poignant pour ce premier ouvrage d’Alba Ombieri, dont la plume précise et touchante nous révèle l’étendue de son talent au fil des mots.

Tout dabord, il y a une très belle couverture… mais très vite se sont les mots qui m’emportent.

Il y a des romans qui laissent une empreinte profonde, et Les heures envolées, premier livre d’Alba Ombieri, en fait indéniablement partie. J’ai été soufflé par la force de son récit, par la précision de sa plume, par la charge émotionnelle qu’elle porte sans jamais céder au pathos. Tout y est juste, puissant, vibrant.

Derrière chaque mot, je sens la passion de l’autrice, ses combats, ses colères, mais aussi un amour immense pour ses personnages. Elle ne pardonne rien à la cruauté, à la haine, à la bêtise humaine. Et pourtant, ce n’est jamais un roman à charge. C’est un roman d’humanité, de mémoire et de résistance.

J’avais découvert Alba avec le recueil SEPT, et sa nouvelle Valentin 1916. Déjà, ce texte m’avait bouleversé. Le retrouver ici, au cœur de ce roman, m’a touché profondément. Il n’est pas seul. Il y a Élise, François… Leurs voix se croisent, s’entremêlent, se heurtent parfois, dans une temporalité qui bouscule. Une fresque dense, émouvante, qui m’a emporté dans une France occupée qui se rend compte que la guerre durera bien plus longtemps que les quelques mois qui avaient été annoncés aux français partis pour défendre leur nation…

Dès les premières pages, j’ai été happé par l’accouchement d’Élise. J’ai été touché par sa fragilité, sa force, son chemin. C’est l’histoire de plusieurs vies, de destins percutés par l’Histoire qui luttent pour survivre. Des destins qui nous renvoient à nos grands-parents, et finalement, à nous-mêmes.

Si vous ne deviez lire qu’un seul roman cette année, faites moi confiance, lisez celui-ci !
Comme le dit si bien Alba, « Les heures envolées » appartient dorénavant aux lecteurs alors laissez-vous tenter et laissez la magie opérer… Ce livre est la lumière qui montre le chemin des vérités. Il est la force que nos jeunes portaient sur leur dos lorsqu’ils partaient au combat, il est la lumière dans les yeux des femmes qui un jour ont décidé de dire NON et qui, sans vouloir forcément être légale des hommes, avaient juste souhaité qu’ils reconnaissent tout simplement leurs places. Celles qu’elles méritent amplement… le temps et l’histoire nous l’ont démontré moult fois… Le roman secoue, il abîme, il fait mal. On y ressent l’injustice, la peur, mais aussi la beauté d’un espoir ténu. Même les personnages secondaires sont poussés dans leurs retranchements. Personne n’est épargné, et moi non plus, en tant que lecteur.

Le style est net, tendu, presque cinématographique. Pas de mièvrerie, pas de détours. Juste une vérité brute, âpre, bouleversante. J’ai refermé le livre avec les larmes aux yeux… puis j’ai relu le prologue et j’ai tout compris…
Les monstres existent, mais heureusement les belles personnes aussi…

Pour un premier roman, c’est une claque. Une œuvre forte, sensible, indispensable.
Merci Alba…

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Extraits :

« Juin 1919, Salergues, sud de la France.
La fête bat son plein.
Le soleil d’été rejoint l’horizon, dans un feu d’artifice de nuances pastel. La fraîcheur de la nuit naissante enveloppe les convives attablés au banquet, pendant que les lampions multicolores nimbent les visages de tons chamarrés.
Je souris en sentant se répandre en moi un sentiment nouveau, savant mélange de bonheur et d’amertume.
Des fiançailles. Celles de ma mère. »

« Perdu dans mes pensées, je n’ai pas encore remarqué la silhouette, adossée au tronc de l’arbre avec lequel elle se confond, qui observe les réjouissances en contrebas, le visage ruisselant de larmes. »

« Dans l’ombre, la femme d’une quarantaine d’années qu’elle n’avait jamais pu appeler autrement que « mère » la scrutait avec un flegme hautain. Un léger rictus arrondissait le coin de ses lèvres. Son détachement apparent confinait à la cruauté, à une férocité impassible, de celle que l’on ne trouve que chez les personnes dénuées d’empathie.
Face à la scène, elle ne témoignait ni inquiétude, ni compassion, ni colère. Les bras croisés sur la poitrine, raide comme un piquet, elle ne perdait pas une miette du spectacle. Elle paraissait même se délecter de la souffrance de son enfant. »

« Petite, déjà, elle était présentée comme un jouet : jolie, bien apprêtée, elle se devait, en public, de rester silencieuse sous peine d’encourir une punition qui l’empêchait de quitter le lit plusieurs jours durant.
Coups de poings, de pieds, de ceinture. Gifles, enfermement, privation de nourriture. Elle avait subi ces mauvais traitements sans broncher, sans se rebeller.
Jusqu’à ce que François lui fasse entendre que tout cela n’était pas acceptable. Qu’elle méritait le bonheur, l’amour qu’elle n’avait pas suscité chez ceux qui auraient dû la chérir et la protéger. »

Alba Ombieri a d’abord mené une carrière d’archéologue, avant de délaisser les pinceaux et les truelles pour devenir libraire dans les Landes. Elle a choisi ensuite de se consacrer au métier exigeant de professeur des écoles. Grosse lectrice de thrillers et de polars, elle travaille depuis plusieurs années sur différents projets d’écriture.

  • Valentin, 1916 est sa première nouvelle éditée.
  • Les heures envolées est son premier roman édité aux éditions Des livres et du rêve.
Amour, Émotion, Poésie

L’AUTRE VERSANT

Poésie automnale
de Gérard Papier-Wagner
Relié – 4 janvier 2023
Éditeur : Auto-édition

« Écrire de la poésie, c’est aborder l’autre versant d’une réalité réinventée dans la fiction. Ainsi me suis-je laisser allé au gré de mon imaginaire et de mes états d’âme sans souci d’un classement. Le lecteur devra donc visiter ce recueil à la manière de qui entre dans une bibliothèque sans avoir une idée précise de ce qu’il vient y chercher, ni même de ce qu’il peut y trouver. J’espère simplement que celui-ci découvrira parmi mes poèmes le chemin qui mène hors des pensées convenues. »

Je dois l’avouer d’emblée, la poésie n’est pas, à la base, mon terrain de lecture favori. Et pourtant… ce recueil m’a surpris à plusieurs niveaux. Je ne m’attendais pas à être aussi touché, et c’est peut-être justement parce que je sortais de ma zone de confort que cette lecture a pris une autre dimension.

Très vite, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas d’un livre à « dévorer » comme je le fais souvent, mais bien d’un ouvrage à appréhender avec lenteur et attention. Il méritait une lecture posée, presque rituelle. J’ai donc choisi de le découvrir au fil des jours, à raison de trois ou quatre poèmes par-ci, par-là, selon l’humeur du moment. Et cette approche s’est révélée parfaite, je me suis laissé porter sans jamais forcer l’élan.

Chaque poème m’a emmené ailleurs, dans des émotions universelles, mais racontées avec une intimité qui les rend profondément personnelles. Gérard a un talent indéniable pour saisir la beauté des sentiments avec des mots simples, justes, toujours sincères. Ce qui m’a le plus marqué, c’est cette authenticité, j’ai senti très vite que chaque texte était nourri d’instants vécus, d’éclats de vie qui résonnaient parfois avec ma propre histoire. Il y a dans ce recueil une délicatesse qui touche le cœur sans jamais tomber dans l’artifice.

C’est un livre pour les rêveurs, les amoureux de la vie, ou tout simplement pour celles et ceux qui cherchent un peu de lumière dans leur quotidien. Les poèmes vibrent d’émotion, de tendresse, et abordent avec pudeur les élans du cœur, les premiers émois, le passage du temps ou la nostalgie des souvenirs. On y retrouve un parfum d’automne, certes, mais pas au sens saisonnier : un automne intérieur, celui de nos transitions, de nos souvenirs, de nos petits deuils doux et nécessaires.

En refermant ce recueil, j’ai compris que la poésie pouvait me parler, me toucher, même quand elle est écrite avec autant de sincérité. Une très belle découverte que je recommande, surtout à ceux qui, comme moi, n’osaient pas encore s’y aventurer.

Petit secret entre vous et moi pendant que l’auteur ne nous écoute pas.
Lorsque je suis arrivé au passage TEXTES NON VERSIFIÉS, comment vous dire… J’ai… Les mots… Il a fallu que…
… Non finalement, le mieux est que vous le lisiez. Vous comprendrez…

Merci du fond du cœur Gérard, grâce à toi mon horizon s’est encore agrandi !

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Extraits :

« MES ROSES
Que vous soyez de Bagatelle ou d’Ispahan
La princesse Meilland ou la Reine Écarlate
De noble souche ou d’églantiers du Morbihan
Votre corolle est une oreille délicate
À laquelle je me confie depuis toujours
Aimant à raconter mes chagrins mes amours
Frivole un beau matin rompant notre quiétude
Ayant dit mon désir de connaître un ailleurs
Par confusion ai pris la rosée pour les pleurs
D’une amante blessée par tant d’ingratitude
…/… »

« PAS LE TEMPS
Qu’elle est courte la vie je n’aurai pas le temps
De la comprendre bien Avant je serai mort
Fantasque fut la mienne ironique mon sort
J’ai le corps en hiver et le cœur au printemps
Ainsi ai-je souvent vécu à contretemps
Impatient d’être en mer puis regrettant le port
Qu’elle est courte la vie je n’aurai pas le temps
De la comprendre bien Avant je serai mort
…/… »

« BLEU-BLANC-ROUGE
Bleu tes yeux Blanc ton sourire Rouge tes lèvres
Bleu-Blanc-Rouge qui claque au vent de mon pays
C’est ton visage me mettant le cœur en fièvre
C’est l’étendard d’une histoire qui m’envahit
…/… »

« JÉSUS
Pardonne-moi de bouder tes cérémonies
L’Église prétendue gardienne de nos vies
Engoncée dans des rites soi-disant les tiens
S’occupe moins de celles-ci que de ses biens
…/… »

Né en 1941 à Paris, diplômé architecte en 1966, Gérard Papier-Wagner a exercé en tant qu’urbaniste-architecte à Pointe-Noire en République du Congo, puis à Batna dans les Aurès en Algérie avant de travailler, en libéral à Rennes, dans sa propre agence d’architecture jusqu’en 2001.

Mona
https://leressentidejeanpaul.com/2023/03/22/mona/

LE PARFAIT inconnu
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/21/le-parfait-inconnu/

À cause du Zibaldone
https://leressentidejeanpaul.com/2023/05/28/a-cause-du-zibaldone/

Le disparu de Monrovia
https://leressentidejeanpaul.com/2023/06/27/le-disparu-de-monrovia/

La double vie des Jodlere
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/25/la-double-vie-des-jodlere/

Le rendez-vous de Tchimbamba
https://leressentidejeanpaul.com/2023/12/21/le-rendez-vous-de-tchimbamba/

Le triptyque
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/05/le-triptyque/

Dragon qui boite
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/07/dragon-qui-boite/

Amour, Émotion, Conte, Magique, Poésie

FLIPP LE PETIT FANTÔME

de Claudine Laurent Rousselle
Broché – 8 juin 2024
Éditions : Auto-édition

Philippe, Chris et Alan ont douze ans, ils sont amis depuis leur plus tendre enfance. Ils partagent tout. Ils aiment se retrouver au bord de la rivière pour faire des ricochets, pêcher, se balancer au bout d’une corde et sauter dans l’eau.
Un jour, ils décident de construire une cabane dans un arbre, ils ne ménagent pas leurs efforts et sont heureux de leur réussite.
Ils aménagent un barbecue sur lequel ils font cuire leurs prises. Assis sur des rondins de bois, entourés de la nature, ils dévorent à pleines dents, c’est un pur bonheur, jusqu’au jour où survient le drame…

Je croyais que Claudine Laurent Rousselle ne pouvait plus me surprendre. Et pourtant…
Avec Flipp le petit fantôme, elle m’a une fois encore profondément touché. Ce petit conte tout en délicatesse s’adresse aux enfants de 7 à 13 ans, mais il parlera tout autant aux parents, aux grands-parents, et à tous ceux qui gardent en eux une part d’enfance.

Avec sa plume empreinte de bienveillance et de poésie, Claudine nous offre une histoire tendre, simple et lumineuse, portée par une narration accessible et un ton volontairement naïf, au sens le plus noble du terme. Ce style, qui lui est propre, apaise, émerveille, et donne à rêver. Elle a glissé aussi, ici et là, réalisés par ses propres soins j’en suis sûr, quelques petits dessins qui ont joliment animés mon récit.

J’aurai aimé que l’aventure dure plus longtemps. Mais c’est bien là la force de l’autrice, savoir captiver les jeunes lecteurs sans jamais les perdre. Claudine connaît les enfants, elle sait comment les accrocher, les émouvoir, surtout les faire réfléchir… tout en douceur.

Flipp le petit fantôme est un récit court, certes, mais il résonnera longtemps dans mon esprit. Il touche le cœur, il fait naître l’émotion. J’avoue avoir versé quelques larmes tant ce petit monde imaginaire est porteur de lumière.

C’est un livre pour les petits, bien sûr, mais aussi pour les grands. Pour les mamans, les papas, les futurs parents, et tous ceux qui croient encore aux pouvoirs des histoires. Un conte pour donner aux enfants le goût de lire… et surtout, le droit de rêver.

Merci, Claudine, pour cette nouvelle parenthèse enchantée. Merci de nous partager ton imaginaire si riche et si généreux.
Aujourd’hui, je te le dis, si tu as besoin de quoi que ce soit, et si je peux t’aider, ce sera toujours avec un grand plaisir.
Tu offres aux enfants (et à nous tous) de magnifiques personnages, pleins de vie et de tendresse. Et ça, c’est un cadeau précieux.

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Extraits :

« Un beau ciel bleu, une rivière, un petit bois, un champ de fleurs …
Un réel bonheur pour Philippe et ses amis Alan et Chris, tous les trois âgés de douze ans, qui aiment la nature et s’en donnent à cœur joie à faire des ricochets sur l’eau de la rivière, se balancer au bout d’une corde attachée à la branche d’un arbre, plonger dans l’eau, et s’éclabousser.
Les rires fusent. »

« – Philippe !… c’est bien toi ?…
– Oui, n’aie pas peur surtout… mais appelle-moi Flipp, en haut, c’est le nom qu’on me donne.
– Flipp, d’accord… que fais-tu ici ?…
– Je voulais vous revoir Alan et toi. Je suis allé à la cabane, j’ai essayé d’attirer votre attention, mais j’ai vu que je vous faisais peur. Alors ce soir, je suis venu vous voir l’un comme l’autre.
Sache que vous êtes les seuls à me voir et à m’entendre. »

« Pourtant quelque chose l’intrigue.
Elle ne rêve pas, elle entend Alan et Chris parler à Philippe, comme à l’époque où il était avec eux.
Que leur arrive t-il ?
— Je dois avoir une conversation avec les garçons… ils ne peuvent continuer ainsi. Ils doivent admettre que leur ami est parti. Ça ne sert à rien d’imaginer le contraire, je pense qu’ils se font du mal.
Je leur parlerai demain pour ce soir, c’est un peu tard. »

« – Mes amis, qu’allez-vous retenir de ces vacances ?…
– On s’est bien amusés ! lui répond Alan.

– Et toi Chris ?
– C’est vrai ont s’est bien amusés, mais tu nous as montré tout ce que tu étais capable de faire pour les autres et je pense que c’est une leçon à retenir.
Nous devons, nous aussi, penser à venir en aide aux autres.
— Très juste ! Répondez Flipp et pas seulement aux humains, les animaux, les oiseaux, les arbres, les fleurs, et chaque être vivant sur cette terre peut avoir besoin de vous.
Vous devez apprendre à ouvrir les yeux ainsi que votre cœur.
Faudra vous rappeler tout mon enseignement.
Croyez-moi, ça vous rendra heureux du faire… »

Née à Reims, Claudine Laurent Rousselle a vécu à “La Neuvillette” durant sa jeunesse et son adolescence, depuis elle vie en Haute-Savoie. Dans sa jeunesse, elle a participé à plusieurs concours de poésies.
Depuis quelques années le rêve d’écrire des contes lui vient à l’esprit. Elle se lance, et sort son premier roman Un merveilleux cadeau en 2022.
D’autres romans sont d’ores et déjà en attente…

Amour, Émotion, Drame, Magique

Un battement de cœur après l’autre

de Françoise Cordier-Bresson
Poche – 12 juin 2025
Éditions : Mon Poche

Il y a toujours un moment incertain où la vie s’infléchit, trébuche ou se déploie. Quand Marie, 35 ans, se retrouve veuve à la suite d’un terrible accident, elle s’abîme dans le chagrin. Comment remonter au-dessus des nuages quand on est à terre ? Comment accepter les mains qui se tendent sur son chemin et s’autoriser à se réinventer ? Entre courage et défaillances, son périple l’entraînera en Provence, dans un refuge d’âmes cassées… C’est peut-être là qu’un battement de cœur après l’autre, elle réapprendra le goût du bonheur…

Il y a des livres qui vous accompagnent longtemps après les avoir refermés. Un battement de cœur après l’autre “risque” d’en faire partie. Ce roman, signé Françoise Cordier-Bresson, m’a cueilli par sa justesse, sa pudeur et sa lumière.
J’y ai rencontré Marie, une jeune directrice financière de trente-cinq ans, engluée dans une dépression sévère suite à la disparition tragique de son mari, brisée, dans l’incapacité de faire son deuil, incapable de respirer dans un monde où son mari n’existe plus. Ce n’est pas une héroïne flamboyante, mais une âme nue, fragile, vacillante. Et c’est précisément ce qui m’a touché.

Quand quitte le refuge précaire d’une clinique psychiatrique, ce n’est pas une libération, mais un saut dans le vide, précipitée dans un monde devenu étranger. Ses parents, englués dans les convenances, n’ont jamais été capables de la voir telle qu’elle est au fond de son cœur, trop centrés sur eux-mêmes. Alors, elle erre, se perd dans des bras inconnus pour se sentir vivante, recherche un nouveau souffle… Jusqu’au jour où elle acceptera la main tendue de son psychiatre, et embarquera pour un centre d’accueil atypique, un centre pour les abîmés de “la vie”, en Provence, au pied de la Sainte-Victoire.

Là, elle rencontrera Eugène, Myriam, Raphaël et bien d’autres “béquilles”… Des phares dans sa tempête. Peu à peu, elle réapprend à marcher, à vivre, à aimer, un battement après l’autre. C’est une renaissance à petits pas, pleine de maladresses, mais profondément humaine. Jamais de pathos, toujours de la pudeur et beaucoup de bienveillance.

Ce premier roman de Françoise, aussi brillant qu’éblouissant, parle de la vraie vie, de ses vertiges et de ses petites victoires si minimes soient-elles. Il évoque le deuil, l’acceptation, l’entraide, l’amitié, la puissance des liens sincères. J’ai été bouleversé par tant de délicatesse, par cette écriture qui frôle l’âme. Rien d’ostentatoire, tout sonne juste. Primé par le Prix Femme Actuelle 2024, ce récit rempli de belles émotions et qui réconcilie avec la fragilité, nous rappelle que nous sommes des êtres vivants…

Merci Françoise pour cette ode à la résilience.
Ce “roman-thérapie” fait du bien… m’a fait du bien. Il m’a touché en plein cœur, j’y ai retrouvé une vérité qui ne s’oublie pas !

Probablement ma lecture la plus forte de 2025… et un coup de cœur absolu !

Virginie, je ne te remercierai jamais assez pour cette lecture qui illumine !!!

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Extraits :

« Marie avance jusqu’au milieu du hall. Elle ralentit, hésite, puis s’arrête. Un pas de plus et le détecteur déclenchera l’ouverture des portes de la clinique. Ces portes, qu’elle ne voulait pas franchir il y a un mois, sont maintenant le dernier rempart qui la protège du monde extérieur. Elle ne veut pas sortir. Elle appréhende d’affronter le soleil, les rires, la foule anonyme, le bruit de la circulation, l’odeur des croissants, les souvenirs, la fraîcheur des matins, les fantômes obsédants. »

« Depuis, Marie faisait face comme elle le pouvait.
Son travail était devenu une bouée à laquelle elle s’agrippait pour ne pas sombrer. Elle arrivait la première, repartait bien souvent après minuit. Elle en oubliait de manger, de dormir. Elle n’éprouvait plus rien. Une seule chose comptait : ne plus penser. Son esprit s’occupait. Son corps se désincarnait. »

« Elle n’a même jamais pensé rejoindre Nicolas dans la mort. Au plus sombre de la noirceur de ses nuits, l’idée ne lui est simplement pas venue. Se trancher les veines, se jeter sous une rame de métro ou alors ingurgiter des tubes entiers de somnifères n’ont jamais été des options envisagées. Il va sans dire que ce n’était pas pour épargner ses parents. Elle ne voulait juste rien. Ni mourir, ni vivre. Elle est ainsi restée en suspens, morte-vivante, funambule fragile sur le fil étriqué de ce qui restait de son quotidien.
Les jours s’étirent, sans odeur ni saveur. »

« La douceur de la nuit avait accueilli les confidences d’Eugène. Sa vie pourrait en faire un personnage de roman. Sa jeunesse, il l’avait passée au Portugal, dans un petit village aux environs de Porto. Son père, ouvrier agricole, partait là où on avait besoin de bras. Il rentrait à la maison quelques jours seulement par an, le temps d’engrosser sa femme et de la frapper juste ce qu’il fallait pour qu’elle se souvienne de lui, comme il avait l’habitude de le dire à ses compagnons de beuverie. Avant de repartir tailler les arbres ou cueillir des tomates, il noyait son malheur dans la gnôle frelatée qu’il buvait cul sec. »

Françoise Cordier-Bresson a longtemps travaillé en tant que directrice dans le domaine de la communication au sein de grandes entreprises.
Aujourd’hui, elle a changé de vie et décidé de mettre sa voix et ses mots au service des femmes. Un battement de cœur après l’autre est son premier roman. Elle vit en région parisienne.

Émotion, Philosophique, Poésie

Contes des petits mondes d’à coté

de Alain Cadéo
Broché – 13 juin 2025
Éditions : La Trace

Comme Luca Di Fulvio et Christian Bobin qui étaient ses amis, Alain CADEO est parti le 12 juin 2024. Ce recueil posthume paraitra le 12 juin 2025 : un an après sa disparition…

« Il était une fois » faites attention, ça vous paraît léger, fragile, insignifiant… C’est pourtant là que dort tout l’inconscient. Méfiez-vous donc de ces petites histoires C’est le meilleur enfoui déjà dans nos crânes d’enfants. Le terreau et les graines de nos songes seront le plus beau champ de toutes nos actions. Car si le réel n’est qu’un singe se courbant devant les modes et l’immédiat, la rêverie est un lion sans âge, régnant en maître sur l’espace et le temps. »

Quand j’ai appris qu’Alain Cadéo nous avait quittés en juin 2024, j’ai senti un grand vide, une grande tristesse aussi…
Comme si une lumière s’était doucement éteinte. On ne s’était jamais vu, mais nous avions échangé parfois et très vite, j’avais “entrevu” la belle personnalité qui te guidait. Grâce à Martine, ton épouse, qui a ouvert tes nombreux cahiers et billets, j’ai pu découvrir avec plaisir ce nouveau recueil, Contes des petits mondes d’à côté. Un bijou de délicatesse qui m’a redonné, le temps d’une lecture lente, mon regard d’enfant, curieux, éveillé et plein d’émerveillement. L’amoureux des mots que je suis, ayant décidé de ne surtout pas lire ce recueil d’un seul tenant, afin que les émotions, les questionnements se développent à leur rythme, a savouré chaque page, comme s’il marchait dans un paysage familier, mais pourtant qu’il redécouvrait au gré des ombres et des lumières.

Lire Alain, c’est retrouver un souffle oublié. Il me ramène à moi-même, à mes silences, à ce qui compte vraiment. Il écrivait comme on tend la main, avec élégance, avec cœur, plus qu’avec panache. Aujourd’hui ses mots semblent glisser sans bruit, mais ils heurtent là où ça fait sens. Chaque petit conte m’a touché. Profondément. Ils parlent de moi, de vous, les “petits”, ceux qui préfèrent l’écoute à la démonstration, l’humilité au clinquant, au soit-disant “pouvoir”. Alain nous montre que la vraie poésie se cache dans les détails, dans ces riens du quotidien qui, mis bout à bout, finissent par dessiner ce qui est essentiel, la simplicité, la liberté comme un art de vivre afin de se retrouver, loin d’un monde dont l’évolution qui explose s’oublie.

Alain écrivait que “la paix se gagne par paliers”.
Il a raison et je crois que ses textes sont justement ces paliers. Des marches qui nous sont offertes, vers une vérité douce, mais jamais imposée, vers un monde qui s’ouvre uniquement à ceux qui savent regarder, écouter… Je suis chanceux, j’en fait parti.

Merci Alain, pour tes idées, pour tes mots qui résonnent désormais plus que je ne les lis. Ils resteront là, près de moi, à disposition suivant mon bon vouloir, comme une belle musique qui me ravira à chaque nouvelle écoute.
Et aujourd’hui, merci à toi, Martine, de nous les avoir offerts et de les faire perdurer…

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Extraits :

« Les contes n’ont pas d’âge, à peine un paysage et quelques personnages, animaux ou humains. Ils sont un peu comme les nuages, fuyants et aériens, et de bien innocents deviennent terrifiants.
Ils passent, changent, bougent sous les vents, pourtant on s’en souvient. Ils ont peut-être pris racine là où ne reste rien de ce qu’on nous a appris à coups d’explications, preuves, méthodes, lois, bombes, fusils, peur, patrie ou trahisons, logique, réalité, placements, dividendes et mille autres raisons. »

« Chers et doux amis… Je ne sais par où commencer… Mais il faut bien que je vous raconte cette… histoire… enfin ce qui m’est arrivé. Sachez dans tous les cas que, comme face à tout ce qui est un peu extraordinaire, je n’y étais pas préparé. Pardonnez également mon écriture un peu décousue, ces points de suspension qui sont les signes de mon esprit troublé… c’est qu’il est difficile de mettre en mots une aventure aussi… grotesque (là je devrais barrer, ce n’est pas le mot…je m’interroge… fantastique peut-être, effrayante, surprenante, déstabilisante, hors de la réalité…). »

« Je me souviens de ce soir-là, j’avais sept ans, nous remontions la rue où nous habitions avec mon père et il serra ma main à cet instant un peu plus fort que de coutume. L’ombre de l’énorme cathédrale plus bas étouffait, avalait le couchant. Les marronniers en fleurs balançaient leurs feuillages bien au-dessus du mur d’une caserne je crois, dont la crête était hérissée de tessons de bouteilles. Et les les martinets s’en donnaient à cœur joie dans un ciel bleu safran qui est le ciel du grand vent que les pleines lunes ramènent dans leurs cycles de sang. »

« L’écriture est une malédiction. Celui qui s’en approche un tant soit peu, se risquant à ouvrir des bocaux oubliés pleins de mots, ne sait plus comment faire pour s’en débarrasser. Il est pris d’une sorte de danse de Saint-Guy, agitant ses dix doigts, le cerveau envahi par mille insectes noirs qui grouillent, rampent, volent, vermine des grands fonds. Je ne sais pas par où commencer cette histoire. Je suis moi-même tout empêtré et atteint par cette syllogomanie.
J’entasse les mots sans répit et tremble chaque jour de devenir comme ce malheureux ayant été littéralement enseveli sous des monceaux de lettres et d’écrits qu’il n’envoyait jamais à personne par peur d’être incompris. »

« Lorsque vous passerez, frères humains, ne soyez pas désespérés. La paix, l’éternité se gagnent par paliers. Mais les bons compagnons que vous rencontrerez vous aideront à patienter. Douceur, tendresse, absolue gratuité, tout le meilleur des Hommes est là pour vous réconforter dans l’horrible silence précédant la Clarté… »

Alain Cadéo est l’auteur de nombreux ouvrages (nouvelles, romans, textes, pièces de théâtre), dont « Stanislas » (1983), premier prix Marcel Pagnol 1983 ou encore Macadam Epitaphe (1986), Plume d’Or Antibes et Prix Gilbert Dupé.

Il est avant tout un passionné des autres, des humbles, ceux qui lisent les mots, les portent et les défendent… Ses textes sont toujours exigeants, en perpétuelle recherche de chemins différents, à l’image de l’homme, singulier, sincère et altruiste, mais aussi inclassable, comme sa littérature.

Après avoir été notamment publié par Mercure de France, il est depuis 2018 publié par les Éditions La Trace.
Il nous a quittés en juin 2024

Sa bibliographie complète est la suivante :

Adolescence, Émotion, Drame, Psychologie

Là où sombrent les secrets

de Céline Bréant
Broché – 3 juillet 2025
Éditeur : Taurnada éditions

Que s’est-il réellement passé cette nuit-là ?
Juin 2007. Trois jeunes amies bravent les interdits lors d’une classe verte en montagne. Une escapade nocturne près de la tristement célèbre « rivière maudite » vire au cauchemar : Maëlle disparaît sans laisser de trace.
Quinze ans plus tard, alors que Clémence tente toujours de vivre avec ce drame, Mila, d’une nature plus fragile, décide de chercher des réponses.
Mais déterrer le passé pourrait bien réveiller des secrets qu’il aurait mieux valu garder enfouis…

Mensonges, trahisons et culpabilité explosent dans ce thriller haletant qui explore les zones d’ombre de l’âme humaine.

Je viens de refermer Là où sombrent les secrets, je suis encore sous le choc après la lecture intense et bouleversante de ce roman, qui m’a tenu en haleine du début à la toute fin.

Tout commence en juin 2007. Trois adolescentes Maëlle, Mila et Clémence, lors d’un séjour à la montagne décident d’une escapade nocturne près d’une rivière que l’on dit “maudite”. Cette “sortie” très vite vire au cauchemar. Maëlle disparaît et ne rentrera jamais au chalet.
Quinze ans jour pour jour après la disparition… les blessures ne sont toujours pas refermées.
Clémence, est rongée par la culpabilité, et préfère taire ses souvenirs, Mila, elle, veut absolument comprendre, quitte à réveiller les fantômes.
Qu’est-il arrivé à Maëlle, la petite fille disparue ?
Le cauchemar commencé il y a 15 ans ouvre aujourd’hui de nouvelles portes…

J’ai été happé par cette histoire qui n’est pas seulement une enquête sur une disparition, c’est aussi un voyage au fin fond des méandres de l’âme, là où se mêlent culpabilité, amitié, secrets enfouis et résilience. Les retours dans le passé sont habilement menés, les révélations inattendues. Plus j’avançais, plus l’horreur montait, insidieuse, glaçante jusqu’au final de cette histoire qui va encore plus loin et pris complètement à contre pied, là où je pensais avoir trouvé ce qui était arrivé à Maëlle.

Les personnages aussi et surtout m’ont profondément touché. Ils sont déroutants, imparfaits, tous à la recherche de quelque chose, mais chacun d’entre eux reste fort à sa manière, malgré tout. J’ai aimé la complexité de leurs réactions, leurs cheminements chaotiques et tellement humain.

Je découvre Céline Bréant avec ce roman, elle a ce talent rare de nous faire ressentir les émotions à fleur de peau, grâce à une plume fluide, juste, et très percutante. Son roman est une claque. Il m’a interrogé sur ce que l’on choisit d’oublier pour arriver à survivre et sur les cicatrices que le temps n’effacera jamais.
Une lecture qui forcément laisse des traces. Une réussite.

Merci à toi, Joël Maïssa, et toutes mes félicitations pour ce nouveau choix qui vient magnifiquement enrichir ta galerie déjà remarquable d’auteurs et d’autrices, des voix singulières qui, à chaque lecture, ne cessent de m’éblouir.

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Extraits :

« L’eau froide écrase sa cage thoracique et comprime ses poumons. La forte poigne du courant l’emporte en son sein et donne à son corps l’aspect d’une marionnette désarticulée. Son instinct de survie la pousse à se débattre, à lutter contre ce monstre assoiffé de remords, mais une force presque surnaturelle l’arrache à la surface, lui rappelant ses cauchemars d’enfant où des mains de géant multicolores l’entraînaient au fond d’un gouffre noir.
Elle crache et suffoque à la manière d’un animal moribond. Ses articulations, devenues molles comme du papier mâché, s’écorchent contre les rochers tranchants, laissant s’échapper des filets de sang dans ce flot infernal.
Exténuée et résignée, elle relâche ses muscles et accueille la mort comme une délivrance.
Comme un châtiment. »

« De nos jours
J’ouvre les yeux, le cœur battant. Je ne me suis plus jamais baladée en forêt de nuit. Comment ai-je pu forcer deux gamines à faire le mur pour assouvir ma soif d’adrénaline ? J’ai beau me convaincre d’être passée à autre chose, je le sens… Une partie de moi est restée bloquée là-haut, paralysée. Plus j’avance dans le temps, plus le fil qui me relie à mon passé s’allonge. Or, plus il s’allonge, et plus il se fragilise. »

« Au moment où je franchis le panneau du village, mon cœur bat à toute vitesse comme si les portes d’un avion s’ouvraient face au vide et que je devais sauter sans parachute. Tout mon corps le sait et se souvient : ici, le fantôme de Maëlle ne cesse d’errer en attendant de trouver la paix.

Je me gare sur un parking en gravier cerclé de buissons en fleurs. Un chat étendu de tout son long prend un bain de soleil en se léchant le col. En voyant ma voiture, il bondit, les yeux ronds comme des billes, et va se planquer sous un autre véhicule. Quand j’ouvre la portière, le calme est saisissant et l’air moins étouffant qu’en bas, en ville. J’entends seulement le bourdonnement des abeilles et le chant des oiseaux. Autour de moi, une barrière de montagnes semble me tenir prisonnière. J’inspire profondément, passe mon sac en bandoulière et chemine le long de la route. »

« Depuis deux semaines, je vivote dans une autre dimension. Si les événements ont défilé à la vitesse des étoiles filantes, j’ai l’impression que le temps, désormais, s’est arrêté. Mon corps s’est relâché, mais mon cerveau, lui, fourmille de questions corrosives. Je les imagine fuser à l’intérieur de mon crâne, se télescoper, exploser et se désintégrer en des milliers de cendres brûlantes.
Il reste tant de points obscurs. »

« Je m’appelle Céline Bréant, j’ai 32 ans.
Je vis à Bordeaux et je suis d’origine savoyarde.
Si je m’interroge beaucoup sur ma vie, je n’ai toujours eu qu’une certitude et qu’un véritable objectif. Je voulais devenir romancière.
Petite déjà, j’écrivais de petites histoires, et c’est vers 14 ans, que j’ai entrepris le projet d’écrire un roman, et j’ai poursuivi sur cette voie.
Je rêvais de trouver un éditeur, mais alors que la trentaine approchait à grand pas, j’ai décidé de me lancer, malgré tout, et j’ai franchi le cap de l’auto-édition, en publiant
Les Clandestines, un roman qui me ressemblait et mélangeait les genres.
Et puis… J’ai préféré me recentrer, et revenir sur mon genre de prédilection : le thriller. Je suis passionnée par les faits divers, le cerveau humain, les livres à suspens, noirs, pleins de rebondissements qui entraînent le lecteur dans un tourbillon de questions, le manipulent, le piègent et lui offrent un final explosif.
Et j’aime explorer le mal qui habite les individus, le point de bascule entre l’ordinaire et la folie, les traumatismes, les secrets, les mensonges, la mémoire. L’humain est terrifiant et fascinant à la fois : il donne matière à réflexion. Et à écrire…
»

D’origine savoyarde, Céline Bréant vit actuellement à Bordeaux. À 31 ans, après plusieurs années en tant que graphiste et maquettiste, elle décide de marquer une pause dans sa vie professionnelle pour explorer de nouvelles perspectives. Cette transition lui permet de se consacrer pleinement à une passion de toujours : l’écriture. Son genre de prédilection est le thriller. Là où sombrent les secrets est son deuxième roman.