Émotion, Drame, Violence

Eldorado

de Laurent Gaudé (Auteur)
Poche – 2 mars 2009
Éditions : J’AI LU

« Aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes. »
Pour fuir leur misère et rejoindre l’“Eldorado”, les émigrants risquent leur vie sur des bateaux de fortune… avant d’être impitoyablement repoussés par les gardes-côtes, quand ils ne sont pas victimes de passeurs sans scrupules. Le commandant Piracci fait partie de ceux qui sillonnent les mers à la recherche de clandestins, les sauvant parfois de la noyade. Mais la mort est-elle pire que le rêve brisé ? En recueillant une jeune survivante, Salvatore laisse la compassion et l’humanité l’emporter sur ses certitudes…

Voyage initiatique, sacrifice, vengeance, rédemption : le romancier au lyrisme aride manie les thèmes de la tragédie antique avec un souffle toujours épique.
L’EXPRESS

Eldorado ne se lit pas : il s’éprouve.
C’est un roman qui m’a brûlé à l’intérieur, qui m’a remué la conscience et mit des visages sur des drames trop souvent noyés dans l’anonymat. J’ai suivi le commandant Piracci, homme en uniforme mais surtout un homme droit plein de doutes, rongé par une lassitude silencieuse qui va l’emporter. J’ai marché, moi aussi, avec Soleiman et tous les autres, fuyant la misère avec pour seule boussole un rêve d’Occident, un Eldorado aussi lointain qu’insaisissable.

Il n’y a pas de misérabilisme chez Laurent Gaudé, juste une dignité marquée et très puissante, une humanité à fleur de peau. Ses mots sont sobres, mais percutants, et chaque chapitre m’a laissé cette impression d’être un peu plus impliqué, un peu moins indifférent. Finalement, ce roman, c’est le croisement de deux chemins : celui de l’exil et plus encore celui du retour vers soi. Deux trajectoires que tout semble opposer mais que la mer relie dans une gravité commune.

À la dernière page, je suis resté là, silencieux, j’avoue un peu perdu devant tant de violence. Ce roman n’a pas d’une fin pour moi, il est un appel. Un appel pour ne jamais oublier, un appel à regarder au-delà des chiffres, au-delà des médisances, un appel à entendre les battements de cœur en souffrance au-delà des mers, derrière les frontières…

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Extraits :

« Le commandant Salvatore Piracci déambulait dans ces ruelles, lentement, en se laissant porter par le mouvement de la foule. Il observait les rangées de poissons disposés sur la glace, yeux morts et ventre ouvert. Son esprit était comme happé par ce spectacle. Il ne pouvait plus les quitter des yeux et ce qui, pour toute autre personne, était une profusion joyeuse de nourriture lui semblait, à lui, une macabre exposition. »

« “Voilà que les femmes me regardent, se dit-il. Et moi qui m’imaginais déjà avoir à me battre.” Puis il reprit sa marche et n’y pensa plus. Il quitta les ruelles engorgées du marché en laissant le soleil scintiller sur les toits et les pavés de Catane. Il quitta les ruelles du marché sans s’apercevoir que la femme, comme une ombre, le suivait. »

« Il finit par se dire que le plus simple serait de demander de l’aide. À deux ou trois, ils parviendraient peut-être à l’emmener. C’est alors que leurs regards se croisèrent. Jusque-là, il n’avait vu qu’un corps emmitouflé, qu’une femme éreintée de fatigue, une pauvre âme déshydratée, qui ne voulait pas quitter la nuit. Mais lorsqu’il croisa son regard, il fut frappé par cette tristesse noire qui lui faisait serrer la rambarde de toute sa force. C’était le visage de la vie humaine battue par le malheur. Elle avait été rouée de coups par le sort. Cela se voyait. Elle avait été durcie par mille offenses successives. Et il sentit que, malgré cette faiblesse physique qui la rendait peut-être incapable de se lever toute seule et de marcher sans aide, elle était infiniment plus forte que lui, parce que plus éprouvée et plus tenace. C’est pour cela, certainement, qu’il n’avait pu oublier ses traits »

« Elle sentait qu’il partait et qu’il fallait qu’elle se batte bec et ongles. Elle l’appela, le serrant, lui tapota les joues. Il finit par râler, distinctement. Un petit râle d’enfant. Elle n’entendait plus que cela. Au-dessus du brouhaha des hommes et du bruissement des vagues, le petit souffle rauque de son enfant lui faisait trembler les lèvres. Elle fournit. Elle gémit.
Les heures passèrent. Toutes identiques. Sans bateau à l’horizon. Sans retour providentiel de l’équipage. Rien. La révolution lente et répétée du soleil les torturait et la soif les faisait halluciner.
Elle était incapable de dire quand il était mort. »

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Né en 1972, Laurent Gaudé a fait des études de Lettres Modernes et d’Études Théâtrales à Paris. C’est à l’âge de vingt cinq ans, en 1997, qu’il publie sa première pièce, Onysos le furieux, à Théâtre Ouvert. Suivront alors des années consacrées à l’écriture théâtrale, avec notamment Pluie de cendres jouée au Studio de la Comédie Française.
Parallèlement à ce travail, Laurent Gaudé se lance dans l’écriture romanesque.
En 2001, âgé de vingt neuf ans, il publie son premier roman, Cris.

Il est notamment l’auteur de :

  • Cris (2001, Babel),
  • La Mort du roi Tsongor (2002, prix Goncourt des lycéens 2002, prix des Libraires 2003, Babel),
  • Le Soleil des Scorta (2004, prix Goncourt 2004, prix Jean-Giono 2004, Babel),
  • Eldorado (2006, Babel),
  • Dans la nuit Mozambique (2007, Babel),
  • La Porte des Enfers (2008, Babel)
  • Ouragan (2010)
Amour, Émotion, Drame, Folie, Violence

Abena

de Pierre Chavagné
Broché – 21 mars 2025
Éditions : Le mot et le reste

Au coeur d’un massif enneigé, Kofi et sa petite soeur Abena sont traqués par la Souche, une milice de gardes frontières. Dans leur fuite, ils croisent Caïn, un marginal qui leur vient en aide. Le trio trouve refuge en altitude chez un mystérieux couple d’ermites. La situation préoccupante dans la vallée et dans tout le pays les contraindra à hiverner ensemble. Ce confinement prolongé mettra la communauté à rude épreuve. Ils devront panser leurs blessures, s’organiser et s’approvisionner pour affronter la rudesse du climat et le groupe armé qui patrouille à leur recherche. Ils inventeront leurs règles et apprivoiseront leurs différences, mais tiraillés par la peur, l’ennui et l’émerveillement, les dissensions ne tarderont pas ; l’ennemi n’est pas toujours là où on l’attend.

C’était il y a un mois, jour pour jour. Un roman parmi d’autres, glissé discrètement dans ma boîte aux lettres. J’étais loin d’imaginer les bouleversements qu’il allait provoquer en moi au fil des pages…

Il y a des livres qui vous happent dès les premières lignes, qui vous remuent profondément, et qui continuent de vibrer en fin de lecture. Abena fait partie de ceux-là.

Une fillette et son frère perdus dans les Alpes sont traqués par une milice, en plein hiver. Mais au-delà de leur survie, c’est un récit profondément humain, qui oscille entre violence et grâce, instinct et réflexion.

Pierre Chavagné signe un texte puissant, à la fois romanesque et méditatif. J’ai pensé à La Route de Cormac McCarthy – ce même vertige face à la nature, cette noirceur lumineuse, cette capacité à sonder l’âme humaine sans jamais juger. L’écriture est agréable, fluide et très visuelle. L’auteur joue avec les nuances, les failles, les zones grises. Les personnages sont tous finement dessinés, crédibles, humains. Alors, j’ai grelotté, tremblé, douté même avec les personnages, me demandant régulièrement : Qu’est-ce que moi j’aurais fait ?

Abena parle de fraternité, de solidarité, mais aussi de la folie des hommes. Le récit interroge notre époque sans donner de leçon, sur la perte de repères, la violence qui gronde, ou quête de spiritualité, le besoin de nature, me laissant seul face à mes émotions. C’est bouleversant, intense… Il m’a rappelé pourquoi j’aime autant lire.

Un roman total, radical, à la fois tendu comme un thriller et aussi profond qu’une méditation. Les dernières phrases ont continué à résonner en moi, comme un écho persistant. Comme un souffle… Si vous aimez les textes qui vous happent et vous bousculent, foncez…

Merci aux Éditions Le mot et le reste pour ce très beau cadeau !

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Extraits :

« En hiver, les montagnes ont faim; au-delà d’une certaine altitude, les rochers deviennent des dents. Le frère et la sœur louvoient sur la crête osseuse entre des blocs de granit; deux petits bouts de viande reliés par une cordelette ; des proies, pas bien grasses, presque mortes. Le ciel est blanc, comme un bol de porcelaine vide renversé sur leurs têtes.
Aucune nuance de couleur, rien d’autre qu’un dôme lacté, une membrane impénétrable qui accentue la sensation de solitude et d’égarement. Leurs pieds engourdis par le froid s’enfoncent dans la neige, certains passages impraticables les obligent à des détours, ils glissent, tombent, se relèvent; impossible de rebrousser chemin, des hommes les pourchassent. »

« “Accélère.” Il s’encourage en se remémorant la voix hurlante de son entraîneur. « Bats-toi contre l’idée de perdre. » Un pas de moins. Encore un. “Si cela doit te tuer, que cela te tue, alors tu connaîtras ta limite.” »

« Mille mètres plus bas, sur le même versant, Cain est assis sur une souche au milieu de nulle part, les pieds enfoncés dans une flaque boueuse, rouge de son propre sang. Ce couteau dans le ventre n’était pas une bonne idée, il existe des manières plus douces de faire le point sur sa vie, surtout à vingt ans. »

« Il n’a rien prémédité. Un matin, il a emprunté tout l’argent qu’il a pu et a volé le reste à sa famille. Il a récupéré Abena à l’école. Comme ça sur un coup de tête.
Trois semaines qu’Abena ne parlait plus après le meurtre de sa camarade de classe. Ça le rendait malade. Puis il y a eu ses deux amis d’enfance qui ont péri le même jour sur le front du Tigré. Il a paniqué. »

Né en 1975 en banlieue parisienne, Pierre Chavagné vit désormais en Uzège, dans une maison en bois avec sa femme et ses trois fils. Dirigeant d’une entreprise de biotechnologie, depuis peu, il se consacre exclusivement à l’écriture.

« J’écris pour créer de la vie en plus grand. »
Grand lecteur, il écrit pour éviter de parler. Et aime placer la nature au centre de l’histoire.

  • Auteur Academy (2010) est son premier roman,
  • Les Duellistes (2017) aux éditions Albin Michel,
  • La Femme paradis (2023) aux éditions Le mot et le reste a fait partie de la sélection finale du Prix Orange du livre,
  • Abena (2025) aux éditions Le mot et le reste est son quatrième roman.
Amour, Émotion, Drame

Le secret des mères

de Sophie de Baere
Broché – 5 février 2025
Éditions : JC Lattès

Colette est de retour dans son Morvan natal, après de longues années d’absence, pour y veiller sa mère mourante. Confrontée une fois de plus au mutisme familial, elle décide de faire la lumière sur l’évènement qui, un soir de juillet 1969, a tout fait basculer. De découverte en découverte, elle obtiendra des réponses qui iront bien au-delà de sa quête et feront voler en éclat ses certitudes.

Après Les Ailes collées (Prix Maison de la presse 2022), Sophie de Baere poursuit son exploration de l’intime et nous offre une plongée saisissante dans la France rurale, de l’après-guerre jusqu’à la fin des années 60. Des amours empêchées aux maisons maternelles pour « filles-mères », l’auteure ranime avec sa plume sensible une époque où les femmes avaient bien peu de droits mais ne manquaient ni de passion, ni de révolte.

« Sophie de Baere fait mouche avec ce Secret des mères, superposant les strates de temps et les points de vue, qui ne ménage pas les surprises »
LIRE

« Ce roman français poignant promet d’être LE livre à dévorer dès sa sortie »
BIBA

« Un récit puissant sur l’amour, la maternité et les déterminismes sociaux »
Le Parisien

« Un talent qui se fortifie livre après livre »
Avantages

« Un livre splendide. Sensible et puissant. »
ELLE

« Quel talent fou pour peindre les âmes des femmes ! »
Version Femina

« Sophie de Baere a décidément du talent ! »
Le Parisien week-end

« Sophie de Baere nous emporte sans un instant nous lâcher la main »
Prima

Une écriture qui bouleverse, un roman qui marque tout en restant lumineux.

Il y a des livres que je lis. Et puis il y a ceux que je ressent dans chaque fibre de mon corps et de mon esprit. “Le secret des mères” de Sophie de Baere est de ceux-là. Sans bruit, sans grand geste, mais avec une force bouleversante, il est venu toucher ce qu’il y a de plus intime en moi.

Tout commence par une vérité qu’on croyait enfouie à jamais. Un secret de famille, de ceux qui ébranlent les fondations, qui redessinent les contours de l’identité. Sophie de Baere écrit avec pudeur, mais aussi avec une intensité rare. Elle explore la maternité dans toutes ses nuances : dans le manque, la douleur, l’instinct, dans l’amour qui déborde parfois là où on ne l’attend pas.

Page après page, le récit se déploie entre passé et présent comme un souffle retenu trop longtemps. Chaque silence, chaque regard, chaque absence devient une pièce essentielle d’un puzzle chargé d’émotion. J’ai avancé dans cette histoire le cœur serré, chaviré par la justesse des sentiments et par cette lumière qui affleure, même au milieu des ténèbres.

C’est un roman sur les blessures invisibles, un roman qui parle de filiation, de résilience, et de l’amour, ce lien invisible mais indestructible. Une lecture intime, troublante, et portée par une écriture d’une grande beauté.

Sophie de Baere a pour moi, ce don rare d’écrire l’indicible. Je continuerai, encore et toujours, à recommander ses livres, parce qu’ils me rappellent à quel point la littérature, comme la musique ou certains tableaux peuvent nous toucher, vraiment…

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Extraits :

« Parce qu’en réalité, des mots, des phrases, j’en ai à revendre, ce n’est pas le problème et ce n’est pas leur parler qui me terrifie. Absolument pas. Ce qui me terrifie, ce serait de le faire sans retenue. Tout un vocabulaire qui viendrait là, sans crier gare, rouvrant soudain la plaie de ces longues années qui nous séparent. Non, impossible. Je dois faire un effort, trouver les mots justes, les premiers après la longue absence. »

« Il se déroula une bonne heure avant que le ciel s’endorme. Une heure à s’inventer des clairières et des forteresses, des histoires de princes et de princesses. À confondre la feuille morte avec le parchemin d’un magicien, à étreindre le chant de ces oiseaux que Marthe aimait tant. À palper du vent magique entre les branchages.
La lumière finit néanmoins par se tarir et il fallut rentrer. Encore ivres de cet après-midi passé à jouer sous les arbres, ils retrouvèrent leur chemin avec facilité, glissant sur les cailloux sans même trébucher et tandis que la brume pénétrait l’air du soir, ils passèrent sans s’en apercevoir des yeux du jour à ceux de la nuit. »

« Tout à coup, au bras de mon père, je suis une petite fille de sept ans. On reste bien peu de temps dans l’enfance mais je crois que malgré soi, toute sa vie, on ne cesse d’y revenir. »

« L’autre jour, je suis tombée par hasard sur un reportage consacré à Tchernobyl. Des arbres immenses y enserraient les immeubles. Il y avait des hordes de loups, des chevaux sauvages. C’était un spectacle assez incroyable qui ne souffrait aucun doute : prédire une planète détruite est une erreur. Seule l’humanité le sera. Ici comme ailleurs, l’homme aurait mieux fait de rester humble. »

« Au sein de cette maison maternelle conçue pour éteindre les droits et les consciences, elles apprenaient ce que d’autres ne saisiraient jamais vraiment ou ne comprendraient que bien plus tard. Tout ce qu’on gagne à donner. Cette noblesse de cœur qui nous grandit et fait de chacun de nous des êtres proprement humains. Et à défaut de les changer, cela rendit, pour quelques heures, leurs existences de chagrin plus supportables, leur donna une épaisseur et un sens. »

Sophie de Baere est diplômée en lettres et en philosophie. Après avoir habité à Reims puis à Sydney, elle s’est installée comme enseignante près de Nice. Elle est également auteure, compositrice et interprète de chansons françaises. Elle a publié en 2018 son premier roman, La Dérobée puis Les Corps conjugaux en 2020 et Les Ailes collées en 2022.

Amour, Émotion, Drame, Violence

Du feu de Dieu

de Jean-Pierre Rumeau
Broché – 10 avril 2025
Éditeur : Taurnada Éditions

Lors d’une odieuse agression, un jeune prêtre assiste à l’exécution atroce de son maître spirituel, échappant lui-même de justesse à la mort.
Grièvement blessé dans sa chair et dans son âme, il va, peu à peu, perdre ses repères, puis sa foi, jusqu’à prendre le chemin de la vengeance.

Un roman dur et poignant, une impitoyable descente aux enfers.

Je viens de finir Du feu de Dieu de Jean-Pierre Rumeau, une découverte marquante.

Patrick, jeune prêtre fervent, est témoin de l’exécution de son maître spirituel. Il échappe à la mort, mais son corps et son âme sont brisés. Il perd sa foi, s’abandonnant à une obsession : la vengeance. C’est un thriller psychologique où l’on plonge dans la dégradation mentale et morale de ce prêtre. L’auteur explore sa chute, dépeignant avec brio la perte de repères, la colère, et surtout la désillusion d’un homme autrefois guidé par Dieu. L’ambiance est sombre, lourde, et chaque page faisait naître en moi un malaise grandissant. Le mal devient presque humain, sans jamais être excusé.

Jean-Pierre maîtrise un style brut, puissant, qui fait écho à la dégradation intérieure du personnage. Ses mots sont choisis avec soin, mêlant vocabulaire riche et termes familiers, parfois crus, qui ancrent les personnages dans une réalité plus palpable. La narration au présent m’a fait vivre dans l’intimité de Patrick, entre durs flashbacks et tourments intérieurs. À chaque instant, l’angoisse monte, la tension est palpable, et le mal semble inéluctable. C’est une plongée sans retour, où l’on se perd dans l’esprit dévasté du prêtre. L’auteur ne cherche pas à excuser ni a juger son protagoniste, il nous montre simplement ce qu’il devient, ce qu’il perd en chemin. C’est une lecture intense et poignante, qui interroge sur la foi, le mal, mais surtout la perte de soi.

Un thriller psychologique de haut niveau, que je recommande vivement.
Cinq étoiles et un coup de cœur bien mérités.

Un grand merci à Joël de Taurnada éditions pour cette lecture intense.

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Extrait :

« En ce troisième vendredi du temps ordinaire, Patrick Patras parcourt en apnée le long couloir qui relie la ligne 1 du métro parisien à la gare de Lyon. Il zigzague, piétine, redémarre d’un coup de reins pour traverser au plus vite la cohue de l’heure de pointe. Il contourne le bouchon qui s’est formé au pied des escaliers mécaniques, grimpe quatre à quatre les marches de béton et enfin émerge, hors d’haleine, sous la verrière du hall principal. Un froid glacial lui tombe dessus. Il jette un regard inquiet au grand panneau affichant les trains au départ. La buée qui sort de sa bouche brouille une seconde sa lecture. Le TER de Montargis est toujours là, il lui reste 4 minutes. »

« Patrick grimpe le dernier, cherche des yeux et aperçoit un vide entre deux personnes, dos à la marche. Il fait la moue. Il n’aime pas la promiscuité et a l’odorat très fin. Le contact, même léger, avec des inconnus, les odeurs de vêtements sales, de sueur et d’haleine le répugnent. Mais il n’a pas le courage de passer 41 minutes debout. »

« Depuis sa plus tendre enfance, Patrick était affublé d’un léger bégaiement. Avec le temps, l’aide d’orthophonistes et la pratique de techniques de relaxation, il était parvenu à maîtriser en grande partie son handicap. Mais toute émotion inattendue troublait immédiatement la fluidité de sa parole. »

« De grosses larmes emplissent les yeux du prêtre.
“Mon Dieu.”
Il baisse la tête, anéanti.
“Je ne saurais pas quoi lui dire. Il vaut mieux appeler Lucrèce.”
L’infirmière le dévisage, sans pitié.
“Tu crois pas qu’il déconne, ton Dieu, quelque-fois ?”
Elle tourne les talons avec un soupir de mépris.
Patrick serre les dents puis lâche une espèce de couinement.
“Attend ! Par pitié, attends !”
Il prend une grande inspiration.
“Quel numéro, tu as dit ?” »

Jean-Pierre Rumeau est né en 1952 et vit à Fontainebleau.
Diplômé du CNSA de Paris et ayant un master d’Histoire de l’art, il se tourne à l’issu de ses études vers le métier de cascadeur – films, publicités, télé, spectacles d’action. Parallèlement, il met en scène des pièces de théâtre (Le Neveu de Rameau au Ranelagh qui tourne depuis 2001, et lance des one-mans show, notamment Nicolas Canteloup). Il est également auteur dramatique et scénariste et travaille actuellement à un long métrage.

  • Le Vieux Pays (2018) est son premier roman.
  • Ni maître (2023)
  • Du feu de Dieu (2025)
Amour, Émotion, Drame, Violence

Fuir l’Eden

de Olivier Dorchamps
Poche – 2 mars 2023
Éditeur : Pocket

L’Eden n’a rien d’un paradis. Il n’y a qu’à voir cette tour de béton insalubre, “chef-d’oeuvre d’architecture brutaliste” inscrit aux monuments historiques, pour le comprendre. C’est là que vit la misère sourde – là que claquent les coups et meurt l’espoir…
Adam, 17 ans, y est né. Et tout l’y retient.
Seulement, ce jour-là, sur le quai de Clapham Junction, le regard d’une fille aux yeux clairs chasse d’un coup son angoisse. Eva a son âge mais vit du bon côté des rails. L’instant d’après, la voilà partie, évaporée. Comment la retrouver ? Comment traverser la voie ? Pour sortir de sa condition, Adam irait jusqu’en enfer…

« Ce deuxième roman confirme un écrivain de toute première force. »
L’Humanité
« Un roman redoutablement habile et subtil, mélancolique et alerte, qui combine le romanesque et le politique avec une remarquable virtuosité d’écriture. »
France Info

Cet ouvrage a reçu le Prix Louis-Guilloux et le Prix des Lecteurs de la Maison du Livre

« En souvenir d’une excellente soirée au château de l’Hermitage… »

Hier soir, dans le cadre de notre Cercle littéraire, j’ai rencontré un auteur d’exception. Un homme dont la bienveillance n’est plus un mot, mais une manière d’être. Il nous écoutait comme on recueille un secret, nous regardait comme on accueille un monde. Sa présence, que j’ai trouvé particulièrement douce et lumineuse, a laissé sur nos échanges une empreinte discrète mais profonde, comme un murmure qui résonnera dans mes oreilles longtemps après le silence…

Adam, 17 ans, vit dans un immeuble délabré de Londres avec son père et sa petite sœur, Lauren. Une existence rythmée par la misère, la violence et l’omniprésence d’un père brisé, incapable d’aimer autrement que dans la rudesse, et d’une mère qui avance au quotidien comme elle peut en évitant les coups. Avec ses amis Ben et Pav, ils essayent de s’en sortir, de trouver un chemin qui pourrait les mener vers d’autres horizons. Puis Adam croise Eva. Il sait dorénavant que son avenir vient de prendre un nouveau tournant.
Mais, un jour, tout bascule…
Adam devra essayer de se réinventer et de protéger coûte que coûte sa sœur, dans cet Eden qui n’a d’idyllique que le nom.

Olivier Dorchamps signe un roman à la fois brut et bouleversant, un texte qui cogne avant d’embrasser. D’abord très dérouté par cette écriture au réalisme presque trop cru pour moi, proche d’une vérité qui me gênais, je me suis laissé peu à peu happer par l’urgence, la douleur et surtout l’amour indéfectible d’Adam envers sa sœur. La plume de l’auteur épouse la rage, l’instinct de survie, puis s’adoucit pour dévoiler une tendresse bien enfouie sous toutes les blessures.
Et la dernière page est arrivée, l’émotion m’a emporté, irrépressible, je n’ai pu la contenir.
Un final d’une puissance rare, qui transforme la fuite en renaissance et m’a laissé sonné, bouleversé.
Énorme coup de cœur que je n’avais pas vu venir !

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Extrait :

« Je vis du côté moche des voies ferrées ; pas le quartier rupin avec ses petits restos, ses boulangeries coquettes, ses boutiques bio et ses cafés qui servent des cappuccinos au lait de soja à des blondes en pantalon de yoga. Non. Tu passes sous le pont ferroviaire, au-delà de la gare routière et son rempart de bus qui crache une ombre vermeille le long du goudron flingué et, un peu plus loin, derrière le bosquet et les capotes usagées, la barre d’immeubles au fond de l’impasse, c’est chez moi. Au bout du monde. C’est ça, juste en face de la vieille bicoque victorienne transformée en mosquée. J’habite au treizième étage avec ma sœur Lauren et l’autre.
Eden Tower ; tout le monde ici dit l’Eden. »

« Voie neuf, une dizaine de voyageurs attendent le train pour Waterloo. Je termine mon Red Bull et balance la canette. Une dame s’énerve toute seule car je n’ai pas utilisé la poubelle de recyclage. Elle meurt d’envie de me faire la réflexion mais lâche l’affaire quand je soutiens son regard. On nous a fait un cours sur l’écologie au lycée l’an dernier. Bien sûr que je connais la Suédoise qui insulte tout ce qui bouge avec sa gueule de fin du monde, c’est juste qu’à l’Eden, on n’est pas nombreux à bouffer bio ou à rouler électrique. »

« Quand l’autre m’a rossé il y a quatre ans, qu’il m’a écrasé sur le carreau au milieu des chips au vinaigre et des débris d’assiette, j’ai songé à ce qu’elle avait subi. Ma douleur et la sienne se sont fait écho et j’ai compris. J’ai compris que, si la soumission est une condition de survie devant la brutalité, courber le dos ne suffit pas pour s’en sortir. Non. Encaisser les coups est une chose – cela permet d’abréger la violence faite au corps -, mais la destruction la plus profonde, celle dont on ne se relève jamais, c’est celle infligée à l’âme. »

« Quand elle s’était aperçue que je prenais goût à la lecture, Claire m’avait mis en garde, « N’oublie pas de vivre au moins autant que tu lis, Adam. Les romans permettent de mieux vivre et la vie, de mieux lire. C’est une question d’équilibre. Le jour où tu auras trouvé le tien, il te propulsera vers ton avenir. Sers-toi des livres pour vivre pleinement ta vie, mais ne vis pas uniquement à travers eux ». Je comprends maintenant ce qu’elle voulait dire. »

Olivier Dorchamps est un auteur franco-britannique. Issu d’une famille cosmopolite, il a grandi à Paris et vit à Londres d’où il a choisi d’écrire en français. Il pratique l’humour, l’amitié et la boxe régulièrement.

  • Ceux que je suis (Finitude, 2019) est son premier roman.

Amour, Émotion, Poésie

Une nuit particulière

de Grégoire Delacourt
Poche – 27 mars 2024
Éditions : Le Livre de Poche

J’avais envie de retrouver un homme et une femme capables de se jeter dans le vide par amour. Parce que c’est vivre sans amour qui est l’enfer. G. D.

Elle s’appelle Aurore, lui, Simeone. Un soir d’automne, ces deux inconnus emplis de désespoir, qui croient n’avoir plus rien à perdre, font connaissance. Commence alors une nuit qui ne ressemble à aucune autre. Au matin, rien ne sera plus comme avant… Une conversation romanesque, poétique, fulgurante.

« Le souffle ardent de ces amants foudroyés va droit au cœur. »
Marie France.

« Les mots sont magnifiques. Ce sont deux poésies qui se rencontrent. »
Le Figaro magazine.

« Un périple éminemment lyrique. »
Lire magazine.

« Une promenade à deux où le goût de l’Italie et celui des sentiments passionnés marchent main dans la main. »
Psychologie magazine.

Une nuit particulière de Grégoire Delacourt raconte la rencontre fortuite de deux personnages que tout opposait mais qui, au cours d’une nuit, partagent un moment unique. L’auteur nous plonge dans l’intimité de ses protagonistes, en nous dévoilant leurs fragilités, leurs peurs mais aussi leurs rêves.
L’histoire se déroule sur une seule nuit, dans un cadre urbain anonyme, qui met en lumière une femme, bourgeoise et solitaire, et un homme plus marginal, qui porte en lui une douleur profonde. Cette rencontre va les pousser à se remettre en question, à explorer les aspects cachés de leur personnalité et de leur vécu.

Ce qui m’a particulièrement touché, c’est la subtilité avec laquelle l’auteur aborde les émotions humaines. Il excelle dans l’art de décrire des sentiments complexes, souvent en quelques mots, créant ainsi une atmosphère empreinte de tendresse et de mélancolie. On sent chez lui une grande capacité à capter des instants de vie qui paraissent anodins au premier abord, mais qui prennent une résonance particulière au fil des pages à travers sa narration.
Le style de Delacourt est comme toujours poétique et délicat, avec un sens aigu de l’observation des petites choses qui font et qui sont la vie. Ce roman, bien qu’intime et émouvant, pourra sembler un peu trop introspectif pour certains, mais pour moi où chaque détail compte, il a su me toucher et me surprendre même, prouvant que les rencontres, même éphémères, peuvent bouleverser et changer des vies.

Une lecture émouvante, une belle réflexion sur la solitude, la quête du bonheur et la capacité de chacun à se réinventer.

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Extraits :

« J’ai parlé ce soir de beauté et de douleur.
J’ai parlé de ce que la première crée la seconde et que cette dernière est insupportable.
Elle est un silex dans la bouche, un feu dans les entrailles.
J’ai parlé de l’immense beauté de l’amour et de la grande douleur d’être quittée.
Abandonnée.
Jetée. »

« Nous les femmes sommes faites de promesses et de regrets. C’est-à-dire de futur et de passé. Nous avons un réel problème avec le présent. »

« Je ne connais pour l’instant que son odeur et la rugosité de sa main et je me dis que ses effleurements doivent laisser des griffures.
Je serai peut-être comme une page de livre demain, sillonnée de mots, lorsqu’il m’aura entièrement caressée. »

« – Je n’ai jamais trompé ma femme.
– Je ne vous demande pas de la tromper. Je vous demande de m’aimer. »

« Je lui dis ceci, parce que je ne veux risquer aucune méprise ; parce que ce que je lui offre cette nuit, c’est ma vie.
— Je n’avais jamais fait ce que j’ai fait à l’hôtel tout à l’heure.
Je crois que j’ai rosi en disant cela.
– Je n’avais jamais suivi une inconnue dans un hôtel.
– Oui. Des choses dangereuses.
– Je vous trouve rare, dis-je.
Il sourit. Une mélancolie. »

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Né en 1960 à Valenciennes, Grégoire Delacourt publie à cinquante ans son premier roman, L’Écrivain de la famille, récompensé par cinq prix littéraires dont le prix Marcel Pagnol. La Liste de mes envies, best-seller international publié et traduit dans plus de trente pays, a fait l’objet de nombreuses adaptations théâtrales et d’un film de cinéma. On ne voyait que le bonheur a figuré sur la liste du Goncourt et a été élu roman de l’année par Le Parisien. Mon Père et L’Enfant réparé ont été unanimement salués par la critique.

Émotion, Philosophique, Psychologie

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme

de Stefan Zweig
Poche – 1 janvier 1992
Éditions : Le Livre de Poche

Scandale dans une pension de famille « comme il faut », sur la Côte d’Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d’un des clients, s’est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée… Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l’aide inattendue d’une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez elle. Ce récit d’une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l’auteur d’Amok et du Joueur d’échecs, est une de ses plus incontestables réussites.

Dans ce court mais intense roman, Stefan Zweig nous plonge au cœur des tourments de l’âme humaine à travers le récit bouleversant d’une femme aristocrate dont la vie bascule en l’espace d’une seule journée. Lors d’un séjour dans une pension de la Côte d’Azur, la narratrice, une femme respectable et bien établie, se laisse submerger par une attirance irrépressible envers un jeune homme tourmenté, accro aux jeux de hasard. En une nuit, poussée par un élan irrépressible, elle remet en question tout ce qui définissait son monde, cédant à un désir aussi fulgurant qu’incontrôlable.

Zweig, avec son talent inégalé pour disséquer l’âme humaine, dissèque avec une précision remarquable la lutte entre raison et pulsion, entre conventions sociales et élans du cœur. Son écriture fluide et vibrante saisit avec une justesse troublante les émotions qui traversent cette femme, partagée entre l’effroi et l’abandon, entre la culpabilité et l’exaltation. L’analyse psychologique, portée par une narration élégante et incisive, rend chaque sentiment palpable, chaque hésitation poignante.

Ce récit, d’une grande intensité, m’a interpellé sur la fragilité des certitudes et la force des passions inavouées. En quelques pages seulement, Zweig parvient à capturer toute la complexité de l’âme humaine et nous entraîne dans une réflexion vertigineuse sur la passion et ses conséquences.

Un chef-d’œuvre concis et envoûtant, à lire absolument !

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Extraits :

« En effet, au train de midi, exactement de midi vingt je dois indiquer l’heure avec précision parce que c’est important, aussi bien pour cet épisode que pour le sujet de notre conversation si animée), un jeune Français était arrivé et avait loué une chambre donnant sur la mer: cela seul annonçait déjà une certaine aisance pécuniaire. Il se faisait agréablement remarquer, non seulement par son élégance discrète, mais surtout par sa beauté très grande et tout à fait sympathique: au milieu d’un visage étroit de jeune fille, une moustache blonde et soyeuse caressait ses lèvres, d’une chaude sensualité; au-dessus de son front très blanc bouclaient des cheveux bruns et ondulés; chaque regard de ses yeux doux était une caresse; tout dans sa personne était tendre, flatteur, aimable, sans cependant rien d’artificiel ni de maniéré. De loin, à vrai dire, il rappelait d’abord un peu ces figures de cire de couleur rose et à la pose recherchée qui, une élégante canne à la main, dans les vitrines des grands magasins de mode, incarnent l’idéal de la beauté masculine. »

« Pendant la nuit, il pouvait être onze heures, j’étais assis dans ma chambre en train de finir la lecture d’un livre, lorsque j’entendis tout à coup par la fenêtre ouverte, des cris et des appels inquiets dans le jardin, qui témoignaient d’une agitation certaine dans l’hôtel d’à côté. Plutôt par inquiétude que par curio-sité, je descendis aussitôt, et en cinquante pas je m’y rendis, pour trouver les clients et le personnel dans un état de grand trouble et d’émotion. Mme Henriette, dont le mari, avec sa ponctualité coutumière, jouait aux dominos avec son ami de Namur, n’était pas rentrée de la promenade qu’elle faisait tous les soirs sur le front de mer, et l’on craignait un accident.
Comme un taureau, cet homme corpulent, d’habitude si pesant, se précipitait continuellement vers le littoral, et quand sa voix altérée par l’émotion criait dans la nuit: « Henriette!
Henriette!», ce son avait quelque chose d’aussi terrifiant et de primitif que le cri d’une bête gigantesque, frappée à mort. Les serveurs et les boys se démenaient, montant et descendant les escaliers; on réveilla tous les clients et l’on téléphona à la gendarmerie. Mais au milieu de ce tumulte, le gros homme, son gilet déboutonné, titubait et marchait pesamment en sanglotant et en criant sans cesse… »

« Vous avez parfaitement raison ; la vérité à demi ne vaut rien, il la faut toujours entière. Je rassemblerai toutes mes forces pour ne rien dissimuler vis-à-vis de moi-même ou de vous. Venez après diner dans ma chambre (à soixante-sept ans, je n’ai à craindre aucune fausse interprétation), car dans le jardin ou dans le voisinage des gens, je ne puis parler.
Croyez-moi, il ne m’a pas été facile de me décider. »

Né à Vienne en 1881, fils d’un industriel, Stefan Zweig a pu étudier en toute liberté l’histoire, les belles-lettres et la philosophie. Grand humaniste, ami de Romain Rolland, d’Émile Verhaeren et de Sigmund Freud, il a exercé son talent dans tous les genres (traductions, poèmes, romans, pièces de théâtre) mais a surtout excellé dans l’art de la nouvelle (La Confusion des sentiments, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme), l’essai et la biographie (Marie-Antoinette, Fouché, Magellan…).
Désespéré par la montée du nazisme, il fuit l’Autriche en 1934, se réfugie en Angleterre puis aux États-Unis.
En 1942, il se suicide avec sa femme à Petrópolis, au Brésil.

Amour, Émotion, Drame, Histoire vraie

Dix-Neuf Marches

de Millie Bobby Brown
Broché – 25 janvier 2024
Éditions : Robert Laffont

Best-seller du New York Times, le premier roman bouleversant de l’actrice révélée par Stranger Things et Enola Holmes.

Nellie Morris, jeune fille dont la joie de vivre est contagieuse, tente de mener une vie normale dans l’East End de Londres pendant la Seconde Guerre mondiale, tandis que la capitale anglaise reste sous la menace constante des raids aériens allemands. Entourée par ses parents, son frère cadet et sa petite sœur, et bien occupée par son travail d’assistante de la maire du district de Bethnal Green, elle arrive à sortir de temps à autre au pub où elle aime chanter avec sa meilleure amie Barbara et son ami d’enfance Billy qui a toujours eu un faible pour elle.

La rencontre de Nellie avec Ray, un bel aviateur américain, va venir bouleverser ses certitudes et encourager son désir de voir le monde. C’est alors qu’un terrible accident survient à l’abri de la station de métro de Bethnal Green où Nellie et sa famille se réfugient en cas d’alerte. Son courage, sa détermination vont l’aider à surmonter cette épreuve qui touche ses proches en plein cœur.

« Vous ouvrirez peut-être Dix-neuf marches pour le nom de la star,
mais vous le lirez pour l’histoire d’un évènement méconnu
de la Seconde Guerre mondiale. »
New York Times

« Inspiré d’une histoire vraie, ce roman donne les larmes aux yeux,
mais met de l’espoir dans le cœur. »
The Mirror

« Un roman bouleversant. »
Madame Figaro

Dans son premier roman, Dix-Neuf Marches, Millie Bobby Brown m’a amené à Londres en 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale.

Inspiré de faits réels, ce récit dépeint avec authenticité la vie quotidienne des Londoniens sous les bombes, mêlant habilement histoire d’amour, drame familial et contexte historique. Pour un premier roman, Millie offre une œuvre touchante et bien construite et immersive, portée par des personnages profonds et des descriptions saisissantes qui m’ont plongé au cœur du Londres en guerre. À travers les thèmes de l’amour, de la perte et de l’espoir, Dix-Neuf Marches résonne avec une intensité particulière.

Une lecture prenante et agréable que je recommande !

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Extraits :

« C’était un samedi de septembre lumineux qui sentait l’été. Nellie avait eu une grosse semaine à l’hôtel de ville, où elle travaillait comme assistante de la maire, et aujourd’hui, elle aspirait à un peu de normalité, à retrouver, un instant, la saveur de la vie d’avant la guerre, les raids aériens, le rationnement, les bulletins d’information sinistres que diffusait inlassablement la TSF. Elle avait décidé d’emmener Flo, sa petite sœur, pique-niquer au parc. Il faisait chaud. Assez pour se mettre à nourrir l’espoir que le temps tournerait bientôt et que les feuilles commenceraient à tomber des arbres – et pour se reprocher aussitôt de ne pas apprécier cette belle journée à sa juste valeur. »

« Elles s’apprêtaient à rassembler leurs affaires quand le gémissement suraigu de la sirène s’éleva.
— Une attaque en plein jour ? Vraiment ? s’étonna Nellie, son cœur s’emballant dans sa poitrine.
Elle fourra les restes de leur pique-nique dans le panier et saisit la main de Flo.
— Viens, il faut courir !
— Nelliiie! Où on va aller ? Je ne veux pas recevoir une bombe sur la tête ! hurla la fillette terrifiée. »

« Nellie respira l’air froid et regarda autour d’eux alors qu’ils émergeaient de l’abri le lendemain matin.
C’était toujours un soulagement de découvrir que vous aviez encore survécu à une de ces nuits, mais il y avait aussi l’angoisse de ce que vous risquiez de découvrir une fois dehors, et la possibilité que votre maison ne soit plus là. Elle ne vit pas de nouveaux décombres dans le voisinage immédiat du métro. Le nœud d’anxiété qui lui serrait l’estomac commença à se relâcher. Elle vérifia l’heure. Elle avait tout juste le temps de rentrer à la maison, de déposer son ballot, et de faire sa toilette avant d’aller au travail. »

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Millie Bobby Brown est une actrice, mannequin et productrice britannique révélée par la série Stranger Things sur Netflix. Elle incarne ensuite Enola Holmes dans la série du même nom. En 2018, elle devient la plus jeune ambassadrice du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef). Et la même année, elle figure sur la liste des cent personnes les plus influentes dans le monde établie par TIME Magazine. En 2019, elle lance sa marque de cosmétique florence by mills.

  • Dix-Neuf Marches est son premier roman.
Anticipation, Émotion, Science Fiction, Thriller psychologique

Memoria

de Alan Spade
Broché – 16 décembre 2021
Éditions : Éditions Emmanuel Guillot

Quelle place occupe la mémoire dans notre vie de tous les jours ? Depuis qu’elle a perdu une partie de ses souvenirs intimes, Lucinda Vels traverse le quotidien comme un fantôme. Avec un certain cynisme, elle équipe d’autres personnes d’implants neuronaux, alors qu’en tant que « Tradi », elle désapprouve totalement la démarche. Mais elle a besoin d’amasser les crédits pour accomplir son rêve d’une société plus juste, et ce travail paie bien. Ironie du sort, elle va finir par se laisser persuader d’utiliser la technologie sur elle-même, afin de recouvrer la mémoire. C’est alors qu’elle se découvre mère. Elle qui a toujours pris soin de ne pas tomber amoureuse a eu une fille, et son destin va en être bouleversé.

La semaine dernière, j’ai eu l’occasion de rencontrer Alan Spade lors d’une séance de dédicace dans un centre commercial près de chez moi. Une rencontre bien trop brève à mon goût : un rendez-vous m’attendait, et je n’ai pas pu échanger autant que je l’aurais souhaité. Compte tenu de ma pile à lire, je lui avais précisé que ma lecture ne serait pas pour tout de suite…

Mais avant-hier soir, en rentrant chez moi, mon regard a été attiré par le livre d’Alan, posé sur mon bureau. J’avais oublié de le ranger. Je l’ai pris en main… et c’est à ce moment précis que tout a basculé. Par curiosité, j’ai lu quelques pages… et ma fierté en a pris un coup. Impossible de m’immerger dans l’histoire, comme si un mur invisible m’empêchait d’y entrer. Dès lors, ce livre est devenu un défi.

J’ai tout mis en pause, réglé mes affaires courantes, dîné, puis enfin, dans le calme, j’ai repris ma lecture depuis le début. Le style d’Alan n’est pas forcément fluide au premier abord ; il a exigé, au lecteur que je suis, une attention particulière. J’ai régulièrement dû me référer au glossaire, précieux allié placé à la fin du roman. Mais au fil des pages, un déclic s’est produit, j’ai commencé à percevoir la richesse de son écriture, son érudition et sa parfaite maîtrise de son univers. Peu à peu, je me suis laissé happer. L’histoire, mêlant mémoire et identité, distille une tension constante, nourrie par un rythme haletant et des retournements de situation imprévisibles.

Lucinda Vels, l’héroïne est confronté à une réalité instable, elle voit ses souvenirs lui échapper, se dérobant comme du sable entre ses doigts. Manipulation, quête de vérité, course contre le temps… Alan Spade tisse un récit immersif et angoissant, qui m’a plongé dans une spirale où le passé et le présent s’entrelaçaient dangereusement.

Memoria est un roman exigeant, mais envoûtant. Une lecture qui se mérite, mais qui, une fois apprivoisée, dévoile toute sa profondeur. Cela faisait longtemps que je n’avais pas “exploré” un roman de science-fiction aussi fascinant, et je ne regrette pas ce voyage dans un univers où la mémoire est à la fois une force et une menace.

Une lecture à ne pas manquer si vous aimez les thrillers psychologiques et les récits qui interrogent au plus profond de soi !

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Extraits :

« Lucinda palpa ses draps fiévreusement, comme si le simple fait de les agripper pouvait retenir le délicieux rêve et ces images qui s’enfuyaient. Elle avait été sur le point de voir ses yeux ! De pouvoir enfin connaître leur couleur, de plonger dans ces fenêtres de l’âme de l’enfant. Et tout cela lui échappait ! »

« Comme souvent ces derniers temps, Lucinda se rappela les instants qui avaient suivi son réveil dans son lit, ce jour fatidique où elle avait perdu la mémoire. Cette impression que de larges pans de son existence lui faisaient défaut avait été la plus marquante. Elle s’était demandé si elle n’était pas folle en réalisant que sa vie sociale était aussi emplie que le vide intergalactique. Ce n’était que par la suite, lorsque sa mère lui avait appris qu’elle la croyait sur Elsevia, une planète lointaine, qu’elle avait commencé à penser que sa santé mentale n’était peut-être pas en cause. Pourquoi lui aurait-elle menti ainsi ? »

« – “Citoyenne, vous n’étiez pas à votre poste hier matin ? Une visite à l’infirmerie, je crois ?
– Bien malgré moi.
– Comment allez-vous ?
– Beaucoup mieux, merci.
– Où en êtes-vous du découplage synaptique du Cyclon B26-Z?”
Le B26-Z était la dernière version des calottes neuronales de la Nan Tech. Lucinda avait commencé à travailler dessus deux semaines auparavant.
– “Cela avance correctement, répondit-elle. J’ai éliminé 75 % des scories résiduelles. Les variations de fréquence restent dans les normes.” »

« – Écoute, la semaine prochaine, c’est la fête de la Réconciliation. Si tu as vraiment eu une fille, c’est obligé que tu l’y aies emmenée au moins une fois. Attends jusque là. Des souvenirs te reviendront sûrement. Comme dans le Splash à rebond, tu sais.
Lucinda hocha la tête d’un air assez peu convaincu, mais Annette eut l’impression que sa détermination avait fléchi. »

« J’aime concevoir des univers ayant leur cohérence intrinsèque, qu’il s’agisse d’univers de science-fiction, de fantastique ou de fantasy (ou un peu des trois). Ils doivent avoir leur personnalité propre, l’un des meilleurs modèles en ce domaine étant vraisemblablement Dune, de Franck Herbert. Dans mes histoires, j’essaie d’imprimer un certain rythme de lecture, de ménager une tension dramatique et émotionnelle. Je considère que la littérature est l’un de ces domaines où l’on est en apprentissage toute sa vie. Je m’efforce d’améliorer chacun de mes ouvrages, de tirer parti de mes erreurs. C’est pourquoi les critiques sont importantes.

En plus de ses nombreuses autres qualités, Anne-Christine, mon épouse, m’offre une aide extrêmement précieuse, tant du point de vue du fond que de la forme. Elle m’apporte son point de vue féminin, qui est irremplaçable. J’écoute avec attention ses critiques. Celles-ci s’améliorent avec chaque livre. Ses compliments sont si rares que cela me permet de me concentrer sur l’essentiel.

En écrivant Espace et Spasmes (devenu depuis Les Explorateurs) et le Cycle d’Ardalia, j’ai pris conscience qu’à partir du moment où j’essayais de communiquer une part de rêve, tout devait concourir à provoquer en vous le frisson de l’évasion : de la couverture au titre du livre, en passant par le nom de l’auteur ! C’est pourquoi j’ai opté pour un pseudo, Alan Spade, qui m’est venu tout naturellement.

Afin d’élargir mon public, parce que c’est un genre qui me tient à cœur et que j’aime relever des défis, je me suis dernièrement lancé dans l’écriture de thrillers. L’un d’entre eux, ma nouvelle Le Vagabond, est offert en téléchargement gratuit.

À vous de juger en me lisant si j’ai su saisir l’air du temps, si ce que j’écris fait écho à vos interrogations ou vous touche d’une manière ou d’une autre. Ou simplement si vous en retirez quelque plaisir. »

Mon site d’auteur : http://emlguillot.free.fr/index.html

Mon blog : http://alanspade.blogspot.fr/

Émotion, Biographie, Histoire vraie

Maria Montessori

Femmes d’exception, Volume 10.
de Ariadna Castellarnau et Mercedes Castro
Broché – 26 février 2020
Éditions : RBA

À une époque où les portes de l’université étaient fermées aux femmes, Maria Montessori dut, pour réaliser sa vocation, lutter âprement contre les préjugés de son temps. En tant que médecin, elle ne cessa de lutter contre les souffrances dont elle était témoin. Comme pédagogue, elle fut la conceptrice d’une méthode qui renouvela en profondeur et de manière irréversible l’enseignement des enfants de toutes classes et de toutes conditions. Mais sa contribution alla bien au-delà, car l’éducation était pour elle le moyen d’instaurer une paix durable dans le monde.

Je croyais en savoir un peu sur Maria Montessori, mais au fil de ma lecture, j’ai découvert le parcours remarquable de cette femme hors du commun !

« J’eu l’intuition que le problème de ces déficients était moins d’ordre médical que pédagogique… »

Maria Montessori est pour moi, une figure incontournable de l’éducation moderne. Dans ce dixième volume de la collection Femmes d’exception, Castro Mercedes et Ariadna Castellarnau retracent avec justesse le parcours fascinant de cette femme visionnaire, dont les idées ont révolutionné l’apprentissage des enfants à travers le monde entier.

Dès les premières pages, j’ai découvert une Maria Montessori déterminée à s’imposer dans un monde dominé par les hommes. Première femme médecin en Italie, elle se passionne pour la pédagogie et consacre sa vie à l’éducation des enfants, notamment ceux en difficulté. Convaincue que chaque enfant possède un potentiel immense, elle développera une méthode fondée sur l’autonomie, l’expérimentation et le respect du rythme individuel. Son approche, en rupture avec l’enseignement traditionnel, prône un apprentissage sensoriel et ludique, basé sur la manipulation d’objets conçus pour stimuler l’intelligence, mais surtout la curiosité.

« Dans sa vie, je réfléchis à la société et à la manière dont, avec une enfance éduquée dans la paix, nous aurons un avenir sans guerres. »

Au fil des chapitres, l’ouvrage met en lumière les obstacles qu’elle a dû affronter, son engagement pour les droits des enfants et l’essor international de la pédagogie Montessori, aujourd’hui adoptée dans de nombreuses écoles. Le livre ne se contente pas d’être un récit biographique ; il s’agit aussi d’un hommage à une femme inspirante qui a transformé la manière dont nous envisageons l’éducation.

Une lecture que j’ai trouvé très enrichissante, que je recommande à tous ceux qui s’intéressent à l’éducation et à l’émancipation des esprits.

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Extraits :

« Maria Montessori désapprouvait les méthodes d’enseignement utilisées en Europe ; elle les trouvait rigides, voire cruelles. Elle pensait que l’enfant ne devait être ni façonné, ni dirigé – et encore moins puni -, mais qu’il devait acquérir progressivement ses connaissances, en toute liberté, d’une manière qui respecterait son propre développement. Elle mit alors au point une pédagogie visionnaire, basée sur le développement de la créativité, l’apprentissage par l’expérimentation et l’autonomie de l’élève. »

« Il était plus de neuf heures du soir, elle était fatiguée et les vapeurs de formol lui donnaient des nausées. Comme à chaque fois qu’elle pénétrait dans la salle de dissection de la faculté de médecine de La Sapienza, elle avait cru défaillir, pas à cause du contact avec la mort, mais par l’odeur qui émanait du formol. À une époque, afin de pallier cet inconvénient, elle avait engagé un homme pour fumer à ses côtés pendant qu’elle travaillait ; l’odeur de la cigarette réussissait un tant soit peu à atténuer ses nausées. Cela ne convertissait pas pour autant la dissection en une tâche aisée.
Plus tard, elle se mit d’ailleurs à fumer elle-même. »

« Il convient de rappeler que la médecine du XIXe siècle était chargée de préjugés contre le sexe féminin. Il était fréquent d’entendre, par exemple, que lorsqu’un couple donnait naissance à une fille, c’était une conséquence de l’état de fatigue du mari ; en d’autres termes, la femme était considérée comme un être imparfait, de seconde catégorie. »

« Je demande à tous mes chers enfants, qui ont tant de pouvoir, de s’unir à moi afin de construire la paix entre les hommes, dans le monde entier. » Les enfants, c’est à eux maintenant qu’il revient de prendre le flambeau et bâtir, de leurs jolies mains, un monde nouveau. »

Ariadna Castellarnau est diplômée en philologie hispanique et en théorie de la littérature et des littératures comparées. Elle a écrit dans les revues Anfibia (Argentine) et Label Negra (Pérou), ainsi que dans les suppléments culturels Radar et Diario Perfil. Ses récits ont été publiés dans diverses anthologies : Interzona (Panorama interzona) et Extrema Ficción (Antologías Traviesa n° 4). En 2015, il a remporté le prix international Las Américas du meilleur roman latino-américain avec son livre Quema.

Mercedes Díaz est diplômé en droit de l’Université autonome de Madrid et travaille comme éditeur de livres. Elle est l’auteur, entre autres romans, de la période Y punto. (2008, Alfaguara), œuvre distinguée comme meilleur premier long métrage en langue espagnole par le Festival du premier roman de Chambéry (France), et Mantis (2010, Alfaguara).