Adolescence, Émotion, Histoire vraie, Historique

Noé, l’enfant de la liberté

de Corine Valade
Broché – 13 janvier 2026
Éditions : Les MOISSONS

Il n’avait rien. Pas même un nom.
Seulement une volonté farouche de vivre…

Inspiré d’une histoire vraie, ce roman suit le destin de Noé, un jeune orphelin confié aux bons soins d’une religieuse dans un hospice de Guéret, en 1857.
À seulement 10 ans, l’enfant est envoyé à la colonie agricole de Mettray, célèbre pour être le premier centre d’éducation spécialisée pour délinquants mineurs en Europe.
Il y découvre la violence du système mais aussi l’espoir, porté par quelques éducateurs imprégnés de l’esprit des Lumières. Grâce à leur soutien, il décroche son certificat d’études, puis devient apprenti dessinateur à Paris chez Savard, joaillier et fabricant de bijoux de scène.
Le destin le ramène dans sa Creuse natale, où Savard ouvre une succursale à Guéret, plus connue sous le nom d’usine de bijoux FIX, bouclant ainsi une trajectoire faite de douleur, de résilience et de réinvention.
Au fil de ses rencontres, Noé découvre des secrets bien gardés et l’existence d’un complot qui pourrait faire de lui l’instrument d’une vengeance implacable…

Une plongée bouleversante dans la France du XIXe siècle!
Un roman poignant, entre fresque historique et récit d’émancipation.

J’ai découvert la plume de Corine Valade avec Danse Néomaye, danse !, un roman qui m’avait profondément bouleversé.
Alors, lorsqu’elle m’a proposé de lire Noé, l’enfant de la liberté, mon cœur a fait un bond de joie.

Son nouveau roman est profondément humain, historique et passionnant. Et pour moi, il possède une force supplémentaire, il est inspiré d’une histoire vraie. Ce détail change tout. Il donne à l’intrigue une densité particulière, une vibration plus intense encore. On ne lit plus seulement une fiction, on marche dans les pas d’une destinée qui a réellement existé.

Comment ne pas s’attacher à Noé ? Orphelin trop tôt, frêle, brisé par la vie avant même de l’avoir commencée, il n’a pour seule arme que sa volonté. Mais quelle volonté ! Habité par un amour profond de la beauté et un désir farouche de liberté, il refuse de se laisser écraser par la dureté du monde. Il tombe, il se relève, il avance.

Très vite, je me suis retrouvé plongé dans la France du XIXᵉ siècle, dans un contexte historique remarquablement documenté. Corine a effectué un travail d’une grande rigueur, donnant à son récit une crédibilité saisissante. Elle met en lumière les violences subies dans certaines institutions, mais aussi toutes les lueurs d’espoir incarnées par Noé, cet enfant différent.

Au fil des pages, j’ai vu Noé grandir, se construire, découvrir l’art et s’y révéler. Son apprentissage à Paris m’a particulièrement captivé. Les bijoux, le théâtre, l’opéra… autant de découvertes qui enrichissent son parcours et donnent au roman une dimension artistique vibrante.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Il y a aussi de nombreux secrets, des complots, des désirs de vengeance. Une tension discrète mais constante qui m’a tenu en haleine jusqu’à la dernière page. J’avais hâte de connaître l’issue… tout en redoutant le moment de refermer le livre.

Noé m’a bouleversé. Son univers est à la fois sombre, dur et rayonnant. Il incarne la résilience, la reconstruction, la transmission. Il nous rappelle que, même dans l’adversité la plus cruelle, une étincelle peut suffire à embraser une vie.

J’ai refermé ce roman avec émotion.
Un très beau texte, puissant et profondément inspirant.

Merci à Corine Valade et aux éditions Les Moissons pour cette lecture poignante que je recommande chaleureusement.

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Extraits :

« Je me faufile entre le lit où Elle s’est couchée pour ne plus se relever et le fauteuil posé près de l’âtre, celui sur lequel Elle s’asseyait le soir en me prenant sur ses genoux. Chaque jour, la voisine passe entretenir le feu et déposer une écuelle de soupe sur le chevet. Parfois, la femme soulève la couverture sous laquelle gît le corps-traversin, le déplace sans douceur, soupire en grommelant, le lave puis part sans me jeter un regard. La faim me tenaille. Sans honte, je lape le brouet qui ne m’était pas destiné, sans en laisser une seule goutte. Je ne pouvais me permettre ni de gâcher, ni de m’étioler comme Elle. Elle, cette forme longue et maigre qui se meurt. Je ne sais pas si je suis triste. Elle a pris soin de moi. Parce qu’elle ne pouvait rien lui refuser… et afin de lutter contre la solitude qui poissait sa vie. Elle m’a tout raconté sur Elle, et sur ces hommes qui l’avaient aimée, mal. J’écoutais, passive et silencieuse, sans juger.
Mon attitude l’incitait à revenir sans cesse sur des moments de son existence qui, chaque fois, se gonflaient de détails. »

« Je détiens un carnet de notes. À l’intérieur, j’ai retranscrit les souvenirs qui m’ont été confiés par ces femmes qui ont croisé sa vie et avec lesquelles j’ai partagé un quotidien plus ou moins long. Ils forment la mémoire collective d’un récit que je vais écrire, sur lui. Enfin pour lui et aussi pour moi, car au bout de son histoire commence la mienne. »

« Célestine se retourne vers la jeune femme dont les yeux noirs et accusateurs sont fixés sur elle. La donzelle la hait. C’est ainsi, Célestine n’y peut rien. Les riches font appel à ses services quand il s’agit d’avortements ou d’accouchements clandestins. Célestine n’aime pas ce travail. Il est risqué, néanmoins il rapporte beaucoup. L’argent ainsi gagné lui permet de nourrir son fainéant de mari et sa nombreuse progéniture. L’ample poitrine de Célestine se soulève et s’abaisse en laissant échapper un profond soupir. »

« Dans la salle d’étude, il fait particulièrement sombre. Novembre essore les nuages d’un automne gris et froid. Les six mioches œuvrent en silence. Noé a fini ses exercices de calcul. Il s’occupe à reproduire des images pieuses. À sa gauche, Martin s’adonne à son activité favorite, celle de rêvasser. Son crayon de bois est tombé par terre. Peu lui importe, il a la tête ailleurs. À sa droite, Pierrot jongle avec son porte-plume. Éclaboussures et taches d’encre s’étalent sur ses doigts, investissent la feuille et débordent sur la table. Un bout de langue dépasse de sa bouche également noircie. Sœur Marie-Agnès tente une énième fois de lui faire tracer des lettres, et perd patience. »

Corine Valade est originaire de la Creuse. Elle vit actuellement en Seine et Marne.
Maire-adjoint de village, présidente d’une association culturelle, elle anime un café littéraire et organise un festival annuel autour du théâtre et de la lecture.
Elle sillonne également les écoles et centres de loisirs avec un théâtre de marionnettes pour enfants.
Mais l’écriture est sa grande passion : de son propre aveu, quand elle prend sa plume, elle oublie tout et le monde peut bien s’écrouler !

Dans des romans, elle mêle avec dextérité fiction et éléments historiques.

“Ses roman offrent une réflexion certaine sur la condition féminine et les moments forts qui ont marqués les hommes…”

Danse Néomaye, danse ! (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/24/danse-neomaye-danse/

Émotion, Drame, Historique

Lisbeth, au cœur du combat

de Nathalie Brunal
Broché – 1 février 2024
Éditeur : France Loisirs

Lisbeth, 19 ans, est battue par son père qui a sombré dans l’alcoolisme depuis le décès de son épouse. Afin d’échapper à ses coups, elle se réfugie chez Daniel, un ami de la famille. Pour la préserver des sévices paternels, son sauveur, qui lui avoue son amour, l’encourage à s’enfuir avec lui à Charleston. Ne voulant pas retourner chez son bourreau, elle accepte d’unir sa vie à la sienne.
La guerre de Sécession éclate peu de temps après leurs noces. Daniel part au combat, mais Lisbeth refuse de rester en retrait et désire plus que tout se rendre utile. le destin se chargera de lui montrer la voie et la mènera en Virginie dans un hôpital qui accueille les blessés. Confrontée à l’horreur de la guerre, elle s’épanouira dans sa nouvelle vie auprès des plus faibles en dépassant souvent les limites du raisonnable.

Je viens tout juste de refermer Lisbeth, au cœur du combat de Nathalie Brunal… et me voilà complètement chamboulé.
Il y a des romans qu’on lit, et d’autres qui vous traversent. Celui-ci m’a clairement traversé de part en part.

Dès les premières pages, j’ai su que j’allais trouver tout ce que j’aime en littérature. L’Histoire avec un grand H, des destins forts, et surtout un personnage féminin qui ne plie pas. Ici, la guerre de Sécession éclate, fracassant un pays déjà meurtri et révélant les pires fractures d’une société divisée, entre esclavage, pouvoir et survie. Le décor est posé, brutal, implacable.

Au cœur de ce chaos, il y a Lisbeth. Dix-neuf ans. Une jeunesse cabossée par un père violent, une existence marquée par la peur… mais une volonté de vivre plus forte que tout. Lisbeth n’est pas de celles qui baissent les yeux. Elle parle, elle ose, elle pense et assume. Et ça, dans une époque où les femmes sont priées de se taire, c’est déjà un acte de résistance.

Très vite, elle épouse Daniel, un homme plus âgé, protecteur, aimant. Ensemble, ils tentent de se construire un refuge à Charleston. On pourrait croire à un répit. Mais l’Histoire, la grande, ne laisse jamais vraiment les amoureux tranquilles. La guerre éclate, Daniel part au combat. Et Lisbeth refuse de rester en retrait.

Elle aussi veut agir. Elle aussi veut servir. Direction la Virginie, dans un hôpital de fortune où affluent les blessés, les corps brisés et les âmes perdues. Là, Lisbeth révèle toute sa force, un courage immense, une humanité bouleversante, une foi inébranlable dans la liberté des hommes, qu’ils soient blancs ou noirs. Elle soigne, elle soutient, elle dépasse parfois les limites du raisonnable, portée par son cœur immense.

J’ai été emporté par cette lecture, submergé d’émotions. J’ai redécouvert la violence d’une guerre que je connaissais finalement assez peu, et surtout la place essentielle de ces femmes oubliées de l’Histoire. Nathalie Brunal signe ici un roman différent, mais toujours aussi juste et documenté. Sa plume est sensible, incarnée, profondément humaine.

Je referme ce livre avec le sentiment d’avoir rencontré une héroïne inoubliable.
Merci Nathalie pour ce roman vibrant, fort et émouvant, qui m’a touché en plein cœur.

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Extraits :

« Lisbeth replaça le rideau devant la vitre et retourna s’asseoir sur le fauteuil près de l’âtre. Daniel, son époux, tardait à rentrer, cela ne lui ressemblait guère. Son travail à la scierie n’était pas sans danger et elle ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter. Son attention fut attirée par les flammes qui dansaient dans la cheminée. La chaleur irradiait sur ses joues et l’engourdissait. Elle songea à ses rêves d’enfant. Son existence n’avait pas pris le tour qu’elle espérait, mais Daniel, en lui demandant de l’épouser, lui avait permis d’échapper aux coups de son père. Celui-ci, qui n’avait pas supporté le décès de son épouse, avait noyé son chagrin dans l’alcool, oubliant au passage que sa fille unique souffrait également de cette perte. »

« – Vous n’êtes pas sans savoir que le Sud a besoin de main-d’œuvre. Sans ces gens de couleur, qui travaillerait dans les plantations ?
– Les Blancs sont-ils moins courageux ?
s’enquit-elle.
– Moins endurants, sans aucun doute. En outre, le soleil brûlerait nos peaux. La vôtre est si fragile que vous ne tiendriez pas plus d’une heure sous les rayons ardents.
– Les Noirs sont maltraités par les planteurs. Je comprends la volonté du président de mettre fin à leurs souffrances, insista-t-elle.
– Ne criez pas cela sur tous les toits si vous tenez un tant soit peu à votre vie ! Vous habitez en Caroline du Sud, l’État qui possède le plus grand nombre d’esclaves.
– Je vous promets de garder pour moi mes opinions. Que se passera-t-il maintenant que Lincoln est président ?
– Qui vivra verra, toutefois rien de bon ne sortira de tout cela… »

« Les joues de Lisbeth se colorèrent. Bien qu’ils soient mariés depuis plusieurs mois, Daniel ne l’avait pas encore touchée intimement. Elle n’aurait su dire si cela relevait de la galanterie ou du tait qu’elle ne lui plaisait guère, mais le peu qu’elle avait entendu confirmait qu’il ne se comportait pas, dans le lit conjugal, comme un mari devait le faire.
Attendait-il qu’elle ressente pour lui ce qu’il éprouvait pour elle? Si tel était le cas, elle était sur la bonne voie. Elle tremblait pour lui dès qu’il tardait et elle appréciait de sentir son souffle sur sa nuque quand il se tenait près d’elle. Il suivait ses gestes lorsqu’elle cuisinait, heureux de sentir l’effluve de l’eau de rose qu’elle vaporisait sur son décolleté. »

« Daniel aperçut la larme qui perlait au coin de la paupière de la jeune femme. Il l’essuya doucement avant de poser ses lèvres sur les siennes.
_ Nous aurons une vie entière pour nous aimer.
– Puissiez-vous avoir raison…
Il ouvrit ses bras pour qu’elle se réfugie contre son torse. Elle laissa les perles salées ruisseler sur ses joues. Un mauvais pressentiment lui serrait l’estomac. Daniel avait tout quitté pour elle… Il ne méritait pas de mourir pour un combat qui n’était pas le sien. Elle aurait donné le peu qu’elle possédait pour le garder près d’elle. »

« Les dernières heures s’étaient lentement égrenées. Morphée avait ignoré ses appels. Seul le bruit des canons avait brisé le silence de la nuit. Les violentes averses qui s’étaient abattues sur la ville avaient offert un répit à l’Union puisque les tirs s’étaient espacés. Le fort résistait, mais les Confédérés étaient coriaces. Combien de temps cela durerait-il encore…? De nombreuses questions tournaient en boucle. Des hommes haut placés prenaient des décisions, provoquaient des conflits auxquels ils ne prendraient pas part. Ils donnaient des ordres que d’autres faisaient exécuter. Dans quel but ? Des innocents comme Daniel fonceraient tête baissée vers la mort. Leurs vies avaient-elles moins d’importance que la leur ? »

Nathalie Brunal a 43 ans quand elle se lance le défi fou d’écrire son premier roman. « Dévoreuse » de livres depuis sa plus tendre enfance, elle est passée de l’autre côté du miroir pour à son tour, faire voyager les lecteurs. Lisant de tout depuis qu’elle sait lire avec une préférence pour les romans qui font découvrir de nouveaux horizons, elle a découvert le « feel-good » tout à fait par hasard. Il l’a inspirée pour l’écriture de son premier roman publié en juin 2017.  » Une tragique fête des fraises  » est drôle, frais et rempli d’humour. Son héroïne Anna est une Bridget Jones à la française. Avec son compagnon Roger, ils vont vivre des aventures rocambolesques. Vous pouvez les retrouver dans les autres tomes « Le défile des glaces » « Un bouquet sans mariée» « L’Hydromel Hindou » et «D’une pierre… Deux coups ». Ils sont regroupés dans L’intégrale Anna et Roger.

Deux nouvelles héroïnes vous attendent dans “vacances en terre inconnue », sourire garanti en leur compagnie.

N’hésitez pas à vous procurer  » Les tribulations d’Hortense « . Douceur, humour et amour s’y mêlent pour un agréable moment de lecture en compagnie d’Hortense et de sa tata  » brut de décoffrage « . D’ailleurs, vous avez tellement aimé ce duo hors du commun que vous avez réclamé d’autres tomes à l’auteur qui s’est pliée à vos exigences avec plaisir. Vous pouvez donc les retrouver dans « Les Amours tourmentées d’Hortense » et « Le Noël explosif d’Hortense ». Hortense s’est même offert une scène puisque vous pouvez la retrouver dans un vaudeville saupoudré d’humour, de rires et de quiproquos. « Le coup de théâtre d’Hortense » vous permettra de vous évader en ces temps difficiles.

« Quand Cupidon s’en est mêlé… » , une romance feelgood où se mêlent amour, surprises et un soupçon d’humour vous entraînera dans les rues de la Butte Montmartre.

Un Noël saupoudré d’espoir (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/12/24/un-noel-saupoudre-despoir/

Le défi d’Apolline (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/06/09/le-defi-dapolline/

Apolline, Un avenir incertain (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/05/20/apolline-un-avenir-incertain/

Les tribulations d’Hortense (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/01/28/les-tribulations-dhortense/

Les Amours tourmentées d’Hortense (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/01/30/les-amours-tourmentees-dhortense/

Retrouvez toute l’actualité de Nathalie Brunal sur :
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Amour, Émotion, Drame, Historique

Sous le regard de l’aigle

UNE HISTOIRE DE COURAGE AU TEMPS DES KIOWAS
de Jacquie Béal
Broché – 29 octobre 2025
Éditions : Éditions complicités

Première moitié du XIXe siècle, au cœur des Grandes Plaines d’Amérique. Petite Plume, une jeune fille de la nation kiowa, est capturée lors d’un raid tribal. Arrachée à sa culture d’origine, elle est recueillie par une famille cheyenne et confrontée à un monde régi par d’autres rites, d’autres codes, d’autres douleurs.

Entre apprentissage de la survie, éveil à l’amour et transmission des traditions amérindiennes, elle forge peu à peu sa propre voie, portée par la sagesse des anciens et les visions qui jalonnent la piste rouge de son destin.

Roman historique et initiatique, Sous le regard de l’aigle explore avec justesse et sensibilité la quête d’identité d’une héroïne en lutte entre deux cultures, deux mémoires, deux peuples.

Je viens de refermer Sous le regard de l’aigle, le dernier roman de Jacquie Béal, une auteure que j’ai découvert avec De sang et d’encre en 2024, puis à travers La dame d’Aquitaine, Le temps de l’insoumise et L’incroyable destin d’Aubeline de Lambersac. À chaque lecture, je retrouve cette plume fluide, précise, terriblement addictive, qui sait mêler histoire, émotion et personnages féminins puissants.

Avec ce nouveau roman, j’ai pourtant été surpris. Très vite, j’ai compris que j’entrais dans un univers différent, tant par les lieux que par les images qu’il a fait naître en moi. Une fois encore, Jacquie m’a happé, m’emmenant loin, très loin, au cœur d’un monde rude, magnifique et profondément humain.

Petite Plume est une héroïne stupéfiante. Une femme dans un monde d’hommes, forgée par la violence et la perte, mais jamais brisée. Élevée enfant parmi les Kiowas, elle voit sa famille exterminée par les Osages avant d’être capturée par les Cheyennes. Dès lors, elle doit apprendre à survivre autrement, à comprendre une nouvelle culture, à respecter des traditions qui ne sont pas les siennes, tout en restant fidèle à ses racines. J’ai été profondément touché par sa force, sa fougue, sa capacité à se reconstruire sans renier ce qu’elle est.

Au fil des pages, j’ai suivi son apprentissage, sa vie au sein de sa nouvelle famille, ses doutes, ses joies, ses peines, ses élans amoureux aussi. Petite Plume grandit, devient Femme-Plume, et se retrouve face à une question essentielle, à quel peuple appartient-elle désormais ? Kiowa ou Cheyenne ? Cette quête d’identité, intime et universelle, donne au récit une puissance émotionnelle remarquable.

Jacquie signe ici un magnifique roman historique et initiatique. La reconstitution du monde des Kiowas et des Cheyennes est précise, documentée, vibrante. Les rites, les coutumes, la sagesse des anciens, les visions mystérieuses donnent au récit une profondeur rare. J’ai refermé ce livre marqué, le cœur encore habité par ces peuples amérindiens et leur histoire douloureuse.

Un roman passionnant, prenant, écrit avec respect et sensibilité. À lire sans hésitation.

Merci Jacquie, pour ta confiance renouvelée, pour ce voyage intense au cœur de l’Histoire et pour ce bel hommage à des peuples qui ont tant souffert…

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Extraits :

« Femme-Plume naquit dans la « Lune de l’herbe qui reverdit », quand le soleil réchauffe la terre, et c’est certainement ce qui la sauva, car elle naquit beaucoup plus tôt que prévu. Elle était si petite qu’on l’appela ”Petite Plume“ et sa grand-mère, la mère de Feuille de Saule, a toujours pensé que si elle avait résisté, c’était parce qu’elle avait choisi de naître pendant cette lune que les Hommes Blancs appellent ”Printemps“, quand il fait déjà assez chaud dans la prairie, mais ni trop chaud ni trop froid. En effet, les Kiowas n’ont jamais vu survivre un de ces enfants nés avant leur terme, et qui naissent pendant le plein hiver, quand la neige paralyse tout le pays, ou au cœur de l’été, quand la chaleur étouffe et que l’air ne rafraîchit plus rien. »

« Les légendes annonçaient la venue d’un grand chef qui aiderait les Kiowas à lutter contre un ennemi terrible. Ourson et Petite Hache, comme tous les garçons de la tribu, rêvaient de devenir ce chef. Ce que Petite Plume n’osa jamais leur avouer, pour ne pas les voir éclater de rire, c’est qu’elle espérait bien, elle aussi, incarner un jour ce grand guerrier ! »

« Ce qui attendait Petite Plume derrière ces rochers ne sortira jamais de sa mémoire. L’horreur est entrée dans sa vie le jour où elle a dû découvrir la frayeur insoutenable qui déformait le visage de Feuille de Saule. Elle n’oubliera jamais les yeux grands ouverts de sa mère et ses doigts crispés sur sa tunique ! »

« Petite Plume comprit qu’elle devait partir et marcher dans la direction du ciel flamboyant. Des chants de guerre et de victoire emplirent sa poitrine. En suivant la piste du Soleil, elle trouverait les Osages, tueurs d’enfants, elle ramènerait le Tai-Me dans son village! Alors, le Vrai Peuple ferait résonner les tambours, le crieur ferait le tour du camp pour annoncer le retour de Petite Plume – la fille de Loup qui Boite ! Tous chanteraient ses louanges et l’appelleraient ”Fille Chef“ ou ”Fille-Guerrier“ ! »

Agrégée de Lettres et enseignante, Jacquie Béal se consacre à l’écriture. Elle vit en Périgord où se situe l’action de ses romans, notamment La dame d’Aquitaine et Le Temps de l’insoumise. Amoureuse du langage et de l’Histoire, grande et petite, elle fait vivre ses personnages dans l’atmosphère des siècles passés.

Facebook: @jacquiebeal

Le temps de l’insoumise (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/07/le-temps-de-linsoumise/

De sang et d’encre (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/08/05/de-sang-et-dencre/

La dame d’Aquitaine (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/18/la-dame-daquitaine/

L’incroyable destin d’Aubeline de Lambersac (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/05/lincroyable-destin-daubeline-de-lambersac/

Amour, Émotion, Drame, Historique

Du domaine des murmures

de Carole Martinez
Poche – 10 février 2013
Éditions : Folio

En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire « oui ». Contre la décision de son père, le seigneur du domaine des Murmures, elle s’offre à Dieu et exige de vivre emmurée jusqu’à sa mort. Elle ne se doute pas de ce qu’elle entraîne dans sa tombe, ni du voyage que sera sa réclusion… Loin de gagner la solitude, la voici bientôt témoin et actrice de son siècle, inspirant pèlerins et croisés jusqu’en Terre sainte.Aujourd’hui encore, son fantôme murmure son fabuleux destin à qui sait tendre l’oreille.Après Le coeur cousu, Carole Martinez nous offre un conte sensuel et cruel, encensé par la critique et les lecteurs. Elle y dessine l’inoubliable portrait d’une femme insoumise, vivant à la lisière du songe.

Lorsque j’ai ouvert Du domaine des murmures, je ne savais pas encore que Carole Martinez allait, une nouvelle fois, me saisir par la main pour m’entraîner là où je n’aurais jamais pensé aller.
Le XIIᵉ siècle, Dieu, la foi, une jeune mystique emmurée… tout cela, à première vue, aurait pu me rebuter.
Mais j’avais adoré Le cœur cousu, et j’ai choisi de lui faire confiance. J’ai bien fait.

Dès les premières pages, Esclarmonde m’a bouleversé. Cette jeune fille de quinze ans refuse le destin imposé aux femmes de son époque. Un mariage arrangé avec Lothaire, connu pour sa brutalité. Le jour des noces, elle dit non. Un non fou, un non courageux. Elle se coupe une oreille et demande à se consacrer à Dieu. Son père, furieux mais impuissant devant sa détermination, l’emmure dans une minuscule cellule attenante à la chapelle.
Ce qu’Esclarmonde ignore, c’est qu’elle n’entre pas seule dans ce tombeau de pierre…

Enfermée, elle devient pourtant plus libre que jamais.
Son corps est captif, mais son esprit voyage.
Elle suit les pèlerins sur les routes, accompagne son père parti en croisade, sent battre les vies de ceux qu’elle aime. À travers ce recoin d’ombre, c’est tout le Moyen Âge qui murmure, sa foi aveugle, sa brutalité, son ignorance, mais aussi ses élans d’amour, de miracle et de grâce.

Carole parvient à mêler la cruauté du réel à la douceur d’une poésie surnaturelle. Son écriture, fine et lumineuse, transforme chaque scène en vision. Elle fait surgir un monde où les légendes frôlent les pierres, où la voix des femmes, même enfermée derrière des murs épais, continue de traverser les siècles.

J’ai adoré l’originalité de l’histoire, la force de cette héroïne qui s’affirme envers et contre tous, et la manière dont l’autrice rend palpable l’époque sans jamais alourdir le récit. La fin m’a bouleversé.
Ce roman est doux et cruel, sensuel et mystique, d’une beauté rare.
Un livre qui laisse une trace durable, un bruissement dans le cœur.

Je le recommande à tous, mais surtout à celles et ceux qui aiment être emportés, déracinés, chavirés.
Une fois encore, Carole Martinez m’a ensorcelé.

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Extraits :

« On gagne le château des Murmures par le nord.
Il faut connaître le pays pour s’engager dans le chemin qui perce la forêt épaisse depuis le pré de la Dame Verte. Cette plaie entre les arbres, des générations d’hommes l’ont entretenue comme feu, coupant les branches à mesure qu’elles repoussaient, luttant sans cesse pour empêcher que la masse des bois ne se refermât. »

« Je suis Esclarmonde, la sacrifiée, la colombe, la chair offerte à Dieu, sa part.
J’étais belle, tu n’imagines pas, aussi belle qu’une fille peut l’être à quinze ans, si belle et si fine que mon père, ne se lassant pas de me contempler, ne parvenait pas à se décider à me céder à un autre. J’avais hérité de ma mère une lumière sur la peau qui n’était pas commune. Derrière mon visage d’albâtre et mes yeux trop clairs, une flamme semblait vaciller, insaisissable. »

« Lothaire venait souvent en visite aux Murmures pour faire sa cour à la recluse. Il écrivait désormais des poèmes qu’il me récitait à mi-voix, il apprenait même à chanter pour mieux charmer mon oreille.
Je ressentais beaucoup de pitié pour ce méchant garçon qui disait ne plus dormir par ma faute et me quémandait des sourires, comme s’il s’en nourrissait. »

« Durant ce siège d’Acre, famine et maladies se sont révélées bien plus meurtrières que les batailles, et j’ai frémi d’horreur le jour où celui dont je partageais le sang, le nom et le regard a dû, à quelques heures d’intervalle, fermer les yeux de Jean, son deuxième fils, et ceux de Frédéric de Souabe, emportés tous les deux par le même mal. J’ai vu ses doigts maigres se poser sur leurs paupières tièdes avec la même tendresse paternelle. Plus rien ne l’animait que cette tendresse, ce sentiment doux dont il n’avait jamais pris conscience avant cet écroulement final. Sans révolte, sans orgueil et sans force, absolument démuni de ce qu’il avait longtemps cru essentiel à un homme de sa trempe, mon père a compris que son sentiment dernier serait cette tendresse, qu’elle seule avait pu résister à cette horrible guerre qu’on disait sainte, qu’elle seule le tenait encore en vie, alors même qu’il avait passé la plus grande partie de son existence à l’ignorer ou à la combattre. »

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Née en novembre 1966 à Créhange, Carole Martinez est romancière et professeure de français. Elle a notamment signé Le Cœur cousu (2007), auréolé de nombreux prix, et Du domaine des murmures, couronné par le Prix Goncourt des Lycéens en 2011. En 2015, elle publie La terre qui penche (Gallimard). Tentée par la littérature jeunesse – elle est l’auteure de Le Cri du livre, en 1998 – Carole Martinez se lance pour la première fois dans la bande dessinée en scénarisant Bouche d’ombre pour Maud Begon. Deux albums sont parus chez Casterman en 2014 et 2015.

Le Cœur cousu (2007)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/19/le-coeur-cousu/

La Terre qui penche (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/10/la-terre-qui-penche/

Les roses fauves (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/10/13/les-roses-fauves/

Dors ton sommeil de brute (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/14/dors-ton-sommeil-de-brute/

Drame, Historique, Psychologie, Thriller ésotérique

La crypte du Diable

Les mystères de Burdigala
de Dominique Faget
Broché – 13 mai 2016
Éditeur : Soleil Noir

Quel lien y a-t-il entre :
Le tableau d’une Madone peint durant l’épidémie de peste de 1628 et dissimulé dans l’église Saint-Pierre ?
Des cadavres repêchés dans la Garonne avec des symboles religieux fichés dans les chairs ?
Une crypte inexplorée qui plonge sous le quartier Saint-Pierre ?
Une longue et difficile enquête commence pour la P.J. de Bordeaux qui se retrouve face à l’incompréhensible.

Il y a quelques jours, Dominique Faget, est entrée en contact avec moi, pour me proposer de découvrir son roman La crypte du diable. J’ai accepté sans hésiter, et aujourd’hui, je peux dire que je n’ai pas regretté une seule seconde ce choix.

Dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par cette double intrigue qui navigue entre deux époques : Bordeaux en 1628, en pleine peste noire, et notre monde contemporain. Deux récits qui semblent éloignés, mais qui se rejoignent autour de thèmes universels, la religion, l’amour, la mort, la sorcellerie, et même un mystérieux tableau disparu.

Dans le présent, j’ai suivi l’enquête haletante de Mathieu et Camil, deux policiers chargés de comprendre pourquoi des cadavres atrocement mutilés sont retrouvés dans la Garonne, ornés d’objets religieux. Dans le passé, j’ai plongé au cœur d’une ville rongée par la peur, où les femmes étaient la proie des accusations de sorcellerie, soumises à la toute-puissance des prêtres et des hommes. Les passages consacrés à ces chasses aux sorcières sont durs, mais terriblement réalistes, et m’ont glacé le sang.

Ce qui m’a le plus marqué, c’est la manière dont Dominique Faget redonne vie au Bordeaux du XVIIe siècle. Elle excelle. Son vocabulaire précis, ses dialogues crédibles, ses citations latines et bibliques, tout concourt à rendre le récit vibrant et authentique. J’imaginais sans peine les ruelles, les églises, les cris et la peur qui parcouraient la ville. Mon côté passionné d’histoire a trouvé là un immense plaisir de lecture.

Et puis, retour brutal au présent. Un thriller contemporain, dur, crédible, mené tambour battant. J’ai adoré ce contraste. La plume alterne sans relâche entre passé et présent, maintenant le suspense jusqu’au bout. À mesure que les fils se tissent, les deux intrigues finissent par se rejoindre, révélant une vengeance patiemment construite et redoutablement efficace.

La crypte du diable est un roman sans fioritures, dense et captivant. Je l’ai lu presque d’une traite, incapable de poser le livre tant je voulais connaître le dénouement. Dominique Faget a réussi le pari de mêler polar historique et thriller contemporain avec brio, et elle nous offre en prime une réflexion sur la condition des femmes, hier comme aujourd’hui.

Un polar historique et contemporain qui m’a captivé d’un bout à l’autre, un récit sombre et passionnant, que je ne peux que recommander à tous ceux qui aiment les voyages dans le temps, les énigmes bien ficelées et l’Histoire servie par une plume inspirée.

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Extraits :

« Les cheveux défaits et les yeux exorbités de terreur, la fille était tiraillée de toutes parts. Son pauvre corps meurtri passait de mains en mains. La foule vindicative hurlait et attirait d’autres paroissiens en colère qui prenaient la relève pour la rosser énergiquement.
Elle avait eu la mauvaise idée de vouloir sortir de la maison en empruntant une brèche, derrière la niche du chien, un passage qui avait été obstrué pour que l’animal ne puisse plus s’échapper. Elle avait enlevé les moellons à mains nues pour dégager la trouée. Avec force contorsions, elle s’y était faufilée et avait réussi à s’enfuir dans le but de rejoindre l’église. »

« La jeune fille gardait les yeux baissés. Fabrice eut le souffle coupé. C’était là le modèle dont il avait rêvé depuis si longtemps. Un teint nacré de porcelaine, de longs cils recourbés, un nez fin, une bouche rose et gourmande, et une silhouette qui aurait pu être enfantine si elle n’avait possédé de jolis seins qui pointaient sous le tissu fin de son corsage en satin. Quand elle releva les yeux vers les siens, Fabrizzio eut l’impression que le sol se dérobait sous ses pieds. Le bleu de ses iris était indicible. Il se sentit transpercé jusqu’au fond de son âme. »

« Janus se sentit gêné d’avoir surpris la nudité de son invitée.
Il posa rapidement le récipient sur le coin de la table et se retourna en cherchant ce qu’il pouvait trouver pour l’envelopper. Il attrapa un manteau accroché à la patère.
S’approchant de Marie, il en recouvrit son impudeur.
Quand il l’entoura de ses bras, il put sentir les mouvements de son corps fébrile et fut honteux d’en être perturbé.
– Voyons, Marie, tu vas attraper la mort. Ce n’est pas sérieux, va t’habiller de suite.
– Il y a longtemps que je suis morte, mon Père, lui répondit-elle en se dégageant pour se diriger vers la salle de bain. »

« Élise Chantecaille enroulait soigneusement autour de ses doigts les boucles blondes de la chevelure soyeuse de sa fille pour former des anglaises qui encadreraient son joli visage. Catherine, assise devant sa coiffeuse, semblait regarder au loin dans le miroir à facettes. Son esprit ne pouvait se défaire de la pensée du jeune peintre. Elle ne pensait plus qu’à ces heures prochaines, quand elle le rejoindrait à nouveau dans le sous-sol de l’église en fin de journée et qu’il entreprendrait des caresses de plus en plus audacieuses. Elle savait qu’elle commettait un péché et risquait l’enfer en enfreignant un tabou, mais son corps ne pouvait plus se passer de ces interdits. »

Dominique Faget est une écrivaine. Après avoir passé son enfance en Afrique, elle a été diplômée à l’École de Management de Bordeaux. Elle est titulaire d’un DESS de Commerce International et d’un DECPF comptable. Outre l’écriture, elle s’adonne aussi à la peinture.
Elle est membre de l’A.E.G. (Association d’Égyptologie de l’Université de Bordeaux 3).
Elle écrit également sous le pseudonyme de Nicky d’Yvrea

Passionnée d’Histoire et de civilisations anciennes, Dominique est allée à la rencontre d’autres cultures lors de ses nombreux séjours à l’étranger.
Elle a reçu le prix VSD du polar en 2014 et le prix Leclerc Obscur en 2018.

Bibliographie :

  • Celui qui ne meurt jamais, Prisma 2014.
  • La crypte du diable, Vents salés 2016.
  • Les sanglots de pierre, City Hachette, 2018.
  • Hier est pour demain, BOD 2020.
  • La femme sans visage, Cairn 2023.
  • Joyeux Noël Alice, Cairn 2024.
  • Le secret de la maison Lanaverre, Cairn 2025.
Conte, Fantastique, Historique

La compagnie des menteurs

de Karen Maitland
Poche – 1 septembre 2011
Éditeur : Pocket

1348. La peste s’abat sur l’Angleterre. Rites païens, sacrifices rituels et religieux : tous les moyens sont bons pour tenter de conjurer le sort. Dans le pays en proie à la panique et à l’anarchie, un petit groupe de neuf personnes réunies par le plus grand des hasards essaie de gagner le Nord, afin d’échapper à la contagion. Bientôt, l’un d’eux est retrouvé pendu…
Alors que la mort rôde, les survivants vont devoir résoudre l’énigme de ce décès avant qu’il ne soit trop tard…

    « Il vous sera difficile de vous interrompre dans la lecture de ce roman très noir. »
    Psychologies

    Je viens de refermer La Compagnie des menteurs, de Karen Maitland, et je dois dire que ce roman m’a laissé une impression étrange, entre admiration et légère frustration.

    L’histoire se déroule dans une Angleterre médiévale d’un réalisme saisissant, en pleine épidémie de peste. Un groupe de neuf voyageurs se forme, chacun avec ses raisons, mais tous mus par un même but, fuir la maladie. Je fais ici la connaissance du narrateur, un marchand de reliques, et de ses compagnons, une galerie particulièrement étonnante où se mêlent un peintre et sa femme enceinte, un musicien et son élève, un magicien, une sage-femme, une enfant qui lit les runes, et un mystérieux conteur.

    Au début, le roman prend son temps. Je me suis doucement imprègné du décor, j’ai découvert peu à peu les personnages et les routes qu’ils empruntaient. Mais c’est dans la seconde moitié que les choses s’accélèrent : les morts s’enchaînent, et les secrets se dévoilent. L’ambiance de huis clos, cette impression que le danger rôde parmi eux, m’a rappelé Dix petits nègres d’Agatha Christie. Même si j’ai deviné certaines révélations avant la fin, cela n’a pas gâché mon plaisir. Ce n’est pas tant l’intrigue qui m’a captivé, mais l’atmosphère, le mystère, le mélange réussi entre histoire et surnaturel.

    Le côté fantastique est, à mes yeux, la grande réussite du livre. Il s’insère naturellement dans cet univers médiéval où les croyances tenaient lieu de vérité. C’est sans doute ce qui m’a le plus accroché, bien plus que l’aspect « thriller ». J’ai refermé le livre avec l’envie de le relire, de retrouver les indices disséminés au fil du récit. Et cette fin… j’ai hésité, mais finalement je ne lui ai pas donné mes 5 étoiles, il m’a manqué un soupçon d’émotion, une profondeur dans les sentiments qui aurait pu en faire un coup de cœur absolu.

    Cela restera une très belle découverte, et une belle porte ouverte vers l’univers de Karen Maitland, que je compte bien explorer davantage !

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    Extraits :

    « “C’est donc entendu, nous l’enterrerons vivante avec la bride de fer. Ça lui fera tenir sa langue.” L’aubergiste croisa les bras, soulagé qu’ils soient au moins parvenus à s’entendre sur cela.
    “Le fer contiendra tous ses blasphèmes. Il peut tout arrêter. C’est l’une des matières les plus puissantes pour résister au diable, après l’hostie et l’eau bénite. Bien sûr, ce serait mieux si nous en avions, hélas, nous n’en avons pas par les temps qui courent. Mais le fer fera tout aussi bon usage”. »

    « Il faisait nuit à mon réveil, c’était l’heure la plus sombre, juste avant l’aube, lorsque les chandelles se sont consumées et que les premiers rayons de soleil n’ont pas encore percé les fentes des volets. Mais ce n’est pas la froideur de la nuit qui me fit frissonner. Nous étions bien trop entassés les uns contre les autres dans la grange pour que quiconque sentît le moindre courant d’air. »

    « Nous devons tous gagner notre vie, dans ce monde et il y a autant de manières de le faire qu’il y a de gens. Comparé à d’autres, mon commerce pourrait être considéré comme respectable, et il ne fait aucun mal. Vous pourriez dire qu’il fait même du bien, car je vends de l’espoir, et c’est le plus précieux de tous les trésors. L’espoir est peut-être une illusion, mais c’est ce qui vous retient de sauter dans une rivière ou de boire la ciguë. L’espoir est un mensonge magnifique et il faut du talent pour le donner aux autres. Et à l’époque, en ce jour où soi-disant tout commença, je croyais sincèrement que la création de l’espoir était le plus grand de tous les arts, le plus noble de tous les mensonges. Je me trompais. »

    « Rien d’inhabituel à ce qu’un enfant reçoive une correction ; j’en avais déjà vu au moins une demi-douzaine ce jour-là – un coup de baguette sur des jambes nues pour avoir négligemment laissé tomber un panier d’œufs, un postérieur rougi pour s’être éloigné sans permission, une claque sur l’oreille sans raison valable sinon que le gamin s’était trouvé au milieu du chemin. Tous les jeunes pécheurs tentaient d’esquiver les coups en hurlant assez fort pour convaincre leur tourmenteur que la punition avait été pleinement comprise, tous, sauf elle. Elle ne hurlait pas ni ne se débattait, et demeurait aussi silencieuse que si les coups sur son dos avaient été assénés avec une plume et non une ceinture, ce qui ne semblait qu’accroître la fureur de la personne qui la battait. Je crus qu’il allait la tuer à force de la frapper, mais finalement, vaincu, il la laissa partir. »

    Karen Maitland est née en 1956. Elle vit en Angleterre, dans le Norfolk.
    Elle a publié trois romans en France, parus chez Sonatine Éditions :

    • La Compagnie des menteurs (2010),
    • Les Âges sombres (2012)
    • La Malédiction de Norfolk (2014).

    Historique, Roman, Violence

    Les Romains

    Spartacus : La Révolte des esclaves
    de Max Gallo
    Broché – 1 janvier 2006
    Éditions : Fayard

    Spartacus : ce nom a traversé les millénaires. Max Gallo le fait vivre à nouveau en suivant le destin de ce Thrace qui refuse la domination romaine. Il y a d’un côté l’ordre des légions, la puissance et la richesse de Rome, de l’autre la soif de liberté, la sauvagerie, l’anarchie d’hommes qui ont brisé leurs chaînes et qui pillent, saccagent, suivant Spartacus sans lui obéir. Toute une époque cruelle s’anime sous la plume de Max Gallo : l’histoire devient chair palpitante, visage, pleurs et passions, voix qui racontent !

    Attiré depuis toujours par l’histoire antique, je me suis plongé avec enthousiasme dans Les Romains – Tome 1 de Max Gallo, centré sur la figure emblématique de Spartacus. Le nom de l’auteur, souvent cité comme référence dans le domaine historique, promettait un voyage riche et instructif au cœur de la Rome antique. Mais très vite, mon enthousiasme s’est quelque peu refroidi. Le style m’a paru froid, presque clinique. Tout va très vite, trop vite. Trop de personnages qui défilent sans qu’on ait le temps de les saisir, encore moins de s’y attacher. L’émotion reste à distance, comme tenue en respect.

    Cela dit, le récit de la révolte de Spartacus est traité avec une précision frappante. Les scènes sanglantes sont nombreuses, parfois à la limite du supportable, mais elles rendent compte de la brutalité d’un monde sans pitié. J’ai été pris, malgré moi, par la tension du récit.

    Cependant, une question persiste. S’agit-il d’un roman historique ou d’une fiction inspirée de faits réels ? Le livre oscille entre les deux, sans vraiment trancher. Les répétitions et l’omniprésence de la violence finissent par alourdir la lecture.

    Un roman qui, malgré ses limites, peut séduire les amateurs de cette époque. Pour ma part, j’en attendais un souffle plus épique.

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    Extraits :

    « Sur un plateau étroit qui domine et protège une falaise, deux troncs d’arbres posés l’un sur l’autre se consomment.
    Près de ce foyer, un homme, debout, bras croisés, dit :
    – Moi, Spartacus, prince des esclaves, je vais livrer bataille aux dix légions romaines du proconsul Licinius Crassus ! »

    « – Soyez libres comme ces flammes sacrées qui brûlent pour Dionysos ! Il est venu en Thrace, il y a allumé ce feu de liberté pour qu’aucun homme, aucune femme de ce pays n’accepte la soumission, la servitude. Soyez fidèles à la volonté de Dionysos! Que jamais aucune chaîne n’enserre vos poignets! Toi, Apollonia, tu es fille d’Apollon, tes cheveux ont la couleur du soleil. Toi, Spartacus, tu as la force des torrents de tes montagnes, tu es fils de roi. »

    « Castricus lui avait alors lancé :
    – Rentre dans le rang, Thrace ! Et n’oublie jamais qu’un citoyen de Rome a droit de vie ou de mort sur les peuples qu’il a soumis. Un citoyen de Rome ne se bat pas contre un esclave ou un Barbare. Il punit. Il égorge. Mais il sait aussi récompenser.
    Puis, se retournant, il avait crié :
    – Baisse les yeux, Spartacus, ou je te les fais crever ! »

    « Il saisit son glaive, essaya de les désarmer, mais les hommes nus se débattirent et l’écartèrent cependant que la faute hurlait, comme prise de folie. Des femmes s’enfuyaient, d’autres se tordaient les bras, s’abattaient sur le sol. »

    « De sa main gauche, il serre la nue de Jaïr, l’oblige à se pencher davantage.
    – Quand j’ai vu ce Numide lever sa hache, reprend-il, je me suis jeté en avant, l’épée au poing. Je l’ai enfoncée dans son ventre, jusqu’à la garde. Il a lâché son arme.
    Il pose sa main droite sur sa poitrine.
    – Son chantait une giclé, m’a recouvert. Son chantait s’est mêlé au mien. C’était mon frère, Jaïr, et je l’ai tué. Je n’ai pas eu le courage de Galvix le Dace.
    Il secoue la tête. On pourrait croire qu’il sanglote, mais ses yeux restent secs. »

    Max Gallo est un écrivain, historien et homme politique français, membre de l’Académie française depuis le 31 mai 2007.

    Fils d’immigrés italiens, son père, originaire du Piémont, a quitté l’école après son certificat d’études, sa mère est originaire de la région de Parme, il vit en famille à Nice. Pendant la seconde guerre mondiale, son père rejoint la résistance. L’occupation et la libération vont marquer Max Gallo et lui donner le goût pour l’Histoire ; cependant son père l’oriente vers des études techniques. Il obtient d’abord un CAP de mécanicien-ajusteur, puis un baccalauréat mathématiques et technique au lycée du Parc-Impérial. À 20 ans, il entre dans la fonction publique comme technicien à la RTF, puis il part à Paris pour suivre des cours afin de devenir contrôleur technique.

    En parallèle, il suit des études d’histoire. En 1957, en pleine guerre d’Algérie, il fait son service militaire comme météorologiste au Bourget où, avec Jean-Pierre Coffe, il fonde un journal antimilitariste.

    Reçu à Propédeutique lettres, il est maître auxiliaire à Chambéry et après l’agrégation d’histoire, en 1960, professeur au lycée Masséna. Docteur en histoire, il devient maître-assistant à l’université de Nice et en 1968, enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris.

    Écrivain à succès fécond, il a publié un grand nombre d’ouvrages, souvent à fort tirage. Ses premiers romans, qu’il qualifie de « politique-fiction », seront publiés sous pseudonyme : Max Laugham. Dans un style littéraire qu’il appelle lui même « romans-Histoire », qui consiste à s’appuyer sur les ressources historiques en y ajoutant son expérience personnelle et son ressenti par rapport aux événements, il fait de l’histoire un roman.

    Émotion, Drame, Frisson horreur, Histoire vraie, Historique

    La chasse aux âmes

    de Sophie Blandinieres
    Broché – 27 août 2020
    Éditeur : Plon

    L’Histoire bouscule les âmes, la perversité de l’occupant nazi qui veut corrompre, voir ses victimes s’autodétruire et met en place un jeu ignoble dont l’objectif est de survivre, à n’importe quel prix : vendre son âme en dénonçant les siens ou ses voisins, abandonner ses enfants affamés, ou sauver son enfant, lui apprendre à ne plus être juif, céder son âme au catholicisme pour un temps ou pour toujours en échange de sa vie. Pour survivre, il faut sortir du ghetto. Par tous les moyens.
    Trois femmes, une Polonaise, Janina, et deux juives, Bela et Chana, vont les leur donner. Elles ont organisé un réseau clandestin qui fait passer le mur aux enfants et leur donne, pour se cacher en zone aryenne, une nouvelle identité, un nouveau foyer, une nouvelle foi. Parce qu’ils sont l’avenir, parce qu’ils seront les premiers à mourrir…

    Dans ce récit poignant et lumineux, Sophie Blandinières m’a entraîné dans l’univers brisé du ghetto de Varsovie, en novembre 1940. À travers les destins croisés de deux familles juives, elle raconte l’impensable : l’étau qui se resserre jour après jour, l’humiliation, la faim, la peur omniprésente, jusqu’à l’effacement presque total de ce qui faisait leur vie, leur humanité.

    Et pourtant, sous cette chape de désespoir, l’auteure fait jaillir une lumière fragile mais tenace : celle du courage et de l’espoir. Trois femmes d’exception, portées par une foi inébranlable en la vie, organisent l’évasion d’enfants condamnés. Elles défient l’horreur par leur détermination et leur amour, arrachant à la barbarie quelques âmes innocentes.

    L’écriture est belle, dense, parfois presque poétique, ce qui rend la violence des faits encore plus saisissante. Encore une fois, une lecture dont je ne sors pas indemne. Ce livre marque, il bouscule, il rappelle combien il est vital et nécessaire de ne jamais oublier. C’est un hommage vibrant à ceux qui ont lutté, aimé, résisté, même quand tout semblait perdu.
    Un roman nécessaire, bouleversant, qui met des mots puissants sur une tragédie souvent tue ou mal connue.

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    Extraits :

    « L’homme était nu. La barbe en feu, les pieds dans la neige, il exécutait des mouvements de gymnastique ineptes, levant le bras gauche et la jambe droite ensemble, tournant sur lui-même de plus en plus vite pour tenter d’éteindre le brasier qu’était son menton.
    Dès qu’il ralentissait, épuisé par le vertige, les efforts, et ses blessures, il recevait un coup de gourdin, alors il se réanimait, il se remettait à danser, disgracieux et pathé-tique, sous les yeux noirs des bouleaux décharnés par l’hiver. Le désarticulé chantait aussi, puisqu’on le lui avait demandé, puisqu’il consentait à laisser l’humanité le quitter pour ne pas mourir. »

    « Officiellement, elle était demeurée Maria, qu’elle devienne juive, en cette année 1968, n’était pas approprié: en mars, la Pologne avait renoué avec son vice, avec ses mauvais gestes, son vilain réflexe, sa vieille pulsion de déjudaïsation, odzydzanie. De nouveau, on refusait aux Juifs le droit d’être polonais et, pour être bien certains qu’ils s’en iraient, habilement, on les avait destitués, on les avait privés de leur métier, de leurs revenus. On comptait sur l’humiliation, l’appauvrissement et la terreur. Comme ils n’avaient eu d’autre choix, pour survivre, que d’avoir une mémoire, ils avaient eu peur, effroyablement peur, car ça commençait toujours par de petites et grandes vexations, par des restrictions sérieuses de la citoyenneté, plus le droit d’exercer sa profession, plus le droit d’entrer ici ou là, ni de sortir, plus le droit de se fondre dans la foule, plus le droit d’être la foule. »

    « Encouragés par la politique antisémite de leurs chefs et incités concrètement à réquisitionner, c’est-à-dire à piller les biens juifs, les soldats allemands entraient de force pour voler les draps, les meubles, le nécessaire à leur installation, et les objets de valeur qu’ils soupçonnaient toujours leurs victimes d’avoir planqués. Parfois, voler les Juifs ne calmait pas leur appétit, alors ils violaient les Juives. »

    « Les parents de Joachim avaient donné des consignes de prudence à leurs quatre enfants, et surtout aux deux aînés, plus autonomes, parce que, dans les rues, des scènes ignobles se déroulaient, une femme enceinte qui trébuche, tombe, qu’on empêche de se relever, qui reçoit une balle dans la tête et dans le ventre, trois enfants dégommés comme des bouteilles de bière devant un hôpital, il ne fallait pas tenter le hasard ; la roulette russe n’était pas un jeu acceptable pour un Juif. »

    Sophie Blandinières a été professeur et journaliste avant de devenir nègre littéraire. Elle consacre maintenant sa vie à l’écriture.

    Elle a prêté sa plume à des personnes aussi diverses que Patricia Kaas, Yves Rénier, Charles Berling, Roselyne Bachelot – et à d’autres encore, dont elle s’est engagée par contrat à ne jamais divulguer les noms.

    Elle a obtenu le prix Françoise Sagan pour son premier livre Le sort tomba sur le plus jeune, paru chez Flammarion.

    Amour, Émotion, Historique, Roman de terroir

    Un ardent désir de peindre

    de Louis Mercadié
    Broché – 13 mars 2025
    Éditions : de Borée

    Florine grandit dans les montagnes du Gévaudan et aide aux travaux de la ferme, vouée à perpétuer les traditions rurales et familiales. Animée d’un fort sentiment de liberté et d’une réelle volonté de peindre, tout bascule pour elle lorsque ses parents lui imposent un mariage, qu’elle refuse. Elle est alors envoyée dans un couvent mais n’a pas la vocation et supporte mal l’enfermement. Sa rencontre avec le peintre Charles Grandon pourrait bien lui ouvrir les voies d’une nouvelle vie…

    Je viens de refermer Un ardent désir de peindre, et je sens encore vibrer en moi la voix de Florine, cette jeune femme habitée, presque consumée, par l’art. Ce roman de Louis Mercadié m’a profondément ému. Il ne raconte pas simplement l’histoire d’une peintre : il donne corps à une passion brûlante, à une urgence intérieure que rien ne semble pouvoir apaiser.

    Florine m’a touchée par sa sensibilité à fleur de peau, par ce besoin presque douloureux de peindre, de traduire le monde avec ses pinceaux quand les mots lui échappent. À travers elle, j’ai ressenti l’ivresse de la création, mais aussi ses vertiges : la solitude, l’incompréhension des autres, la lutte constante entre le réel et le désir de beauté.

    La plume de l’auteur est sobre, précise, presque picturale. Il brosse Florine avec tendresse et vérité, sans jamais forcer le trait. J’ai eu le sentiment d’accompagner une âme libre, indocile, qui cherche sa place dans un monde trop étroit pour son feu intérieur.

    Un ardent désir de peindre n’est pas un roman que l’on se contente de lire : je l’ai ressenti profondément. Il rend justice, avec justesse, à ces femmes que l’Histoire a trop souvent reléguées dans l’ombre. Et lorsque j’ai refermé le livre, je suis resté un moment figé, comme face à une toile encore vibrante, longtemps après que le pinceau ait quitté sa toile…

    Un très grand MERCI encore une fois à Virginie des Éditions de Borée

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    Extraits :

    « Florine, petite fille de six ans, vivait chez ses parents, Blaise et Marguerite Aubuzac, dans leur ferme accrochée aux pentes du Gévaudan. Espiègle, toujours souriante, elle faisait claquer ses sabots dans la cour qui jouxtait la maison. Chaque jour, comme dans toutes les fermes, les enfants devaient s’occuper d’une multitude de corvées. Mais la petite, toute à sa tâche, rêvait cependant, sensible à la beauté de la nature, aux saisons, aux odeurs des champs. »

    « Elle guettait d’un air gourmet les larmes de sirop épais qui parfois glissaient le long du pot de terre. Alors, elle les interceptait du bout du doigt, qu’elle tétait avec bonheur. En de trop rares moments, après les petites tâches qu’elle effectuait, elle s’évadait vers ses dessins de fleurs ou d’oiseaux, s’éparpillant dans un monde de liberté. Très fière, elle les montrait en cachette à son aïeule. Toutes les deux s’entendaient comme larrons en foire et profitaient des petites parcelles de vie qui s’offraient. Leurs dialogues, leur connivence, fréquemment émaillés de petits sourires, échappaient aux autres. »

    « Quoique bien jeune, Florine détenait un joli coup de crayon. C’était inné chez elle ! Dessiner lui permettait de s’évader d’un univers dont elle percevait trop la rusticité et où elle ne pouvait prétendre changer de condition. Pourtant, malgré son état de fille de paysan, elle ne rêvait qu’à son indépendance. »

    « Le visage de sa grand-mère se rembrunit légèrement, mais assez pour que Florine le remarque.
    – Croyez-vous, grand-mère, que je puisse un jour être libre de dessiner ?
    – Si tu en as la volonté, ce sera possible, mais ce sera difficile, très difficile, car tu es une femme…
    Florine croisa les bras comme pour réprimer un frisson.
    – Femme ou homme, qu’est-ce que ça change ? »

    « – Non, père, je ne veux pas être paysanne. Je veux dessiner et peindre !
    – Mais tu es folle, ma fille ! reprit Marguerite. Crois-tu que la vie, c’est ça : dessiner et peindre ? Il te faut un bon mari, solide et besogneux, et tu l’aideras dans sa ferme comme moi j’aide ton père. Au moins, tu pourras manger ! Bon, assez de ces jérémiades ! Il est temps de commencer le repas ! Allez, sers tout le monde ! »

    Originaire du Nord-Aveyron, au pied des monts d’Aubrac, et fils d’un tonnelier dont il a conservé le savoir-faire, Louis Mercadié est un amoureux du temps passé. C’est aussi un passionné.

    Auteur de plusieurs monographies historiques et d’une thèse de troisième cycle (Histoire, Géographie, Sciences humaines, Université de Jussieu), il a obtenu deux prix littéraires pour une biographie sur Marie Talabot, une Aveyronnaise dans le tourbillon du XIXe siècle.

    Chevalier des Arts et Lettres, conférencier, membre de la Société des Lettres, Sciences et Arts de l’Aveyron, il n’a de cesse de parcourir l’histoire du département, notamment celle de ces femmes qui ont vécu un destin remarquable.

    Amour, Émotion, Drame, Historique

    Le Tout-Paris et lui

    de Bénédicte Rousset
    Broché – 13 mars 2025
    Éditions : LA TRACE

    Trois Vies, un siècle : l’épopée d’un homme et deux femmes dans le tumulte de la grande histoire…

    1918 : Deux jeunes cousines, Pauline et Clémence, sont de retour de la Grande Guerre, meurtries après leurs engagements au plus près du front. Le pays est dévasté, les tensions sont encore vives, Pauline garde le secret sur les origines allemandes de son fils et entreprend d’aider son père à la cordonnerie. Et si le passé la rattrapait ?
    Clémence de son coté, reçoit un accueil glacial de ses proches, son frère resté prisonnier en Allemagne sans nouvelles, ses parents rudes et acariâtres ne la laisseront pas épouser Pierre, son compagnon rencontré au front.
    Mais elle est accompagnée d’Émile un jeune garçon déclaré « attardé » et banni par sa famille qui trouve refuge auprès de la jeune femme.
    Il s’épanouit, observe et dessine… À l’ère industrielle, son génie singulier ne pourrait il pas tout faire basculer ?

    Après l’émouvant Promets-moi, Émile, quel bonheur de retrouver Pauline et Clémence, ces deux cousines marquées par les blessures invisibles de la Première Guerre mondiale et le petit Émile, bien sûr, qui se révèle particulièrement talentueux… Revenues d’un enfer qu’elles n’avaient pas imaginé, elles tentent de reconstruire leur vie dans un monde qui peine à panser ses propres plaies. Cette suite prend une nouvelle envergure, portée par le regard singulier d’Émile, ce garçon à part dont le talent éclot comme une lueur dans l’obscurité. Avec Le Tout-Paris et lui, Bénédicte Rousset réussit un second tome magistral, entre ombre et lumière.

    Pauline et Clémence, deux cousines profondément marquées par la Première Guerre mondiale, tentent de se reconstruire dans un pays dévasté.

    Bénédicte Rousset dépeint avec sensibilité la résilience de ces deux femmes face aux épreuves de l’époque, de l’amour interdit, de l’acceptation de la différence, ainsi que l’évolution de personnages, profondément humains, qui évoluent dans un contexte historique richement dépeint. Elle signe une nouvelle fois, une fresque émouvante où les destins individuels se mêlent aux soubresauts de la grande Histoire. Un roman enrichissant pour tous ceux qui s’intéressent aux destins de femmes fortes dans cette période historique tumultueuse, dont les parcours résonneront, je pense, encore longtemps après avoir tourné la dernière page.

    “Variation picturale.
    Autoportrait en pire.
    Innombrables éléments, esprit envahi par saint Glinglin”…
    lecture sublimée !
    J’ai explosé de rire 😂 dans le train !
    Sacré Émile…

    Vivement le troisième tome !

    Un immense merci aux Éditions La Trace et à Bénédicte pour ce merveilleux moment de lecture.

    Date nationale de sortie : 13 mars 2025

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    Extraits :

    « Pierre, le tanneur.
    Dans le couloir de l’hôpital, Clémence ralentit et se mordit les lèvres jusqu’à la douleur.
    Pierre, le tanneur de boches.
    Comme il lui manquait ! Ses camarades l’appelaient comme ça parce qu’en roulant à tombeau ouvert pour ravitailler le front, il avait écrasé un homme et constaté en sautant du camion : “Tiens, une peau !” Il en avait ri avec les autres mais le soir, dans les bras de Clémence, sa voix avait vrillé. Le bruit… Le bruit sous les roues.
    S’il avait pu, il l’aurait évité. “Je n’arrive pas à détester cet ennemi qui patauge comme les nôtres dans la boue gluante des boyaux”. »

    « Dans une brusque secousse, le train s’arrêta. Un soldat, dans la vigueur de sa jeunesse, tout beau dans son uniforme, monta, envoyant un dernier baiser à sa femme et aux deux enfants qui cherchaient ses bras. Une lassitude l’envahit. Trois ans, qu’on envoyait les hommes à l’abattoir. La machine noire emporterait celui-là aussi. Les roues grincèrent. Un coup de sifflet couvrit à peine leurs cris. Papa! Mais le train fuyait, sans souci des petits êtres qui se tordaient et trépignaient ; sans souci pour la vie humaine. »

    « Mais alors… Pierre, Honoré… Clémence laissa les larmes couler. L’humanité retrouvait le contrôle de sa destinée! L’odeur de la poudre laissait place au parfum de la liberté. Un monde finissait, un autre naissait. La roue tournait, l’acte de leur vie au front était terminé. »

    Bénédicte Rousset a grandi dans le Vaucluse entre le petit atelier d’imprimerie de son père et une mère institutrice. Professeur de Lettres Modernes, l’écriture lui permet d’explorer des recoins jusqu’alors ignorés d’elle-même, dans une tradition familiale qu’elle découvre à travers les pièces de théâtre, poèmes et romans qu’ont écrit ses aïeux.

    https://www.facebook.com/benedicte.rousset.auteur/

    « Ecrire, c’est vivre plusieurs vies à la fois. Il y a de moi dans chacun de mes personnages, même les plus noirs : ce sont peut-être eux qui me révèlent en miroir ! Ils sont un moyen d’évacuer les traumatismes vécus dans l’enfance. Deux éléments me semblent essentiels dans mes romans : la quête de l’identité, et celle de la vérité. La première nous concerne tous : qui sommes-nous ? Comment nous comportons-nous face à l’image que nous renvoyons ? Sommes-nous conformes à cette image ? La deuxième entre dans la structure du roman policier : pourquoi tuer ? Comment arrive-t-on à franchir le pas ? Je crois qu’il y a un assassin en chacun de nous, mais, la plupart du temps, il ne rencontre jamais sa victime (heureusement, non ?) »