Drame, Magique, Polar historique, Suspense, Violence

Le cabinet des illusions

Enquête à Vienne, 1902
de Jean-Luc Bizien
Broché – Grand livre, 24 septembre 2025
Éditeur : Maison Pop

Pour devenir le plus grand magicien du monde, il a dû disparaître : aujourd’hui, William Ellsworth Robinson est Chung Ling Soo, « le merveilleux magicien chinois ».

Sur scène, il fascine. En coulisses, il ment.

Car pour incarner son personnage, il a tout sacrifié : ses origines, son nom, sa vie…

Hélas, quand une riche famille viennoise l’engage pour une représentation privée et que le spectacle vire au drame, tous les regards se tournent vers lui et l’accusent.

Pris au piège, l’illusionniste va devoir briser le sort qu’il a lui-même lancé : lever le masque, affronter ses démons et élucider un crime dont il est le premier suspect.

Bienvenue dans le Cabinet des illusions !
Là où les apparences règnent…
Et où la vérité peut tuer.

Préface de Franck Thilliez : « Apprêtez-vous à vivre le plus extraordinaire des voyages »

Depuis quelque temps, une rumeur persistante circulait, Jean-Luc Bizien préparait un nouveau roman… et ce ne serait pas le tome 4 de L’Aliéniste. Lorsque la couverture est apparue, j’ai été immédiatement captivé. Un magicien chinois, auréolé de mystère, et ce titre intrigant : Le cabinet des illusions. J’ai su aussitôt que je voulais m’y plonger.

Dès les premières pages, la plume envoûtante de l’auteur m’a transporté dans la Vienne de 1902, une ville tiraillée entre le bouillonnement intellectuel de Freud et la montée, encore vacillante mais bien réelle, d’une idéologie nationaliste et antisémite. Au cœur de ce décor troublé, j’ai rencontré William Ellsworth Robinson, illusionniste talentueux, qui se présente sous le nom de scène de Chung Ling Soo, « le merveilleux magicien chinois ». Entouré de sa famille et de son équipe, il prépare une série de représentations prestigieuses dans un théâtre viennois très en vue. Avant cela, la troupe s’installe dans un manoir isolé pour répéter ses numéros. Mais une famille influente, les Lueger, insiste pour une représentation privée dans leur demeure, espérant impressionner leurs invités et peut-être trouver un mari à leur fille Katharina. Après quelques réticences, Chung Ling Soo accepte. Le spectacle est un triomphe… pourtant l’émerveillement sera de courte durée.

Le lendemain, la police surgit. Katharina a été retrouvée morte dans l’incendie qui a ravagé les écuries du domaine. Accident ? Crime ? Rapidement, les soupçons se tournent vers le magicien et les siens. Inquiet mais déterminé, Will parvient à convaincre l’inspecteur Mayer de l’associer à l’enquête. Leur duo improbable, l’un observant le monde comme un scientifique, l’autre comme un maître de l’illusion, devient étonnamment complémentaire. Toujours sur le qui vive, entre “américain” et “chinois”, Will essayera, comme il le peut, d’aider la police à dénouer cette enquête troublante. Entre fausses pistes, fausses évidences et vraie réalité, Jean-Luc orchestre son intrigue avec soin, l’intrigue est rusée, construite et maîtrisée, il m’a baladé dans cette atmosphère pleine de magie.
J’ai appris beaucoup de choses durant cette lecture très documentées, dans cette atmosphère

Mais là où la magie demeure, bien après avoir refermé le livre, c’est que Chung Ling Soo est un personnage réel. Jean-Luc lui offre ici une aventure fictive mais profondément crédible, plongeant le lecteur dans une Vienne sombre, dangereuse, pleine de faux-semblants et de coupe-jarrets plus nombreux qu’on ne le pense dans des ruelles inquiétantes. Entre pistes trompeuses, détails invisibles au profane et vérités bien dissimulées, l’intrigue se déploie avec une maîtrise remarquable.

J’ai été emporté par ce récit foisonnant, documenté, construit comme une machination savamment huilée. Les rebondissements s’enchaînent, les mensonges se dérobent, et la révélation finale m’a littéralement soufflé. Le cabinet des illusions est un thriller historique aussi sombre que captivant, un véritable tour de magie littéraire.
Une lecture brillante… et que je recommande sans réserve.

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Extraits :

« Je m’appelle William Ellsworth Robinson… et je suis mort il y a quelques années.
Sans doute tous ceux qui m’ont connu naguère – j’étais alors Robinson, The Man of Mystery – en sont-ils persuadés aujourd’hui. Je n’ai nulle intention de les détromper. Ainsi ai-je réalisé ma première grande illusion : j’ai disparu, corps et âme. »

« Je m’appelle Chung Ling Soo. Je suis « le merveilleux magicien chinois » et je suis né à Londres, il y a quelques années.
Comme tous mes confrères, je suis un escroc. Le plus brillant, le plus impérial des escrocs. Je porte des robes traditionnelles, mon crâne est rasé et mes cheveux sont réunis sur ma nuque en une très longue tresse. On m’observe, on m’étudie, on tente de comprendre comment un simple mortel peut réaliser de tels prodiges… »

« Autrefois, avant de mourir… j’étais magicien à New York, sans jamais avoir rencontré le succès dont je rêvais. Il fallait, pour se démarquer, faire montre d’une originalité criante. Las, n’est pas Harry Houdini qui veut !
Loin des prouesses du maître de l’évasion et totalement étranger à sa science des effets d’annonce et de l’utilisation de la presse, je me contentais de survivre dans des théâtres new-yorkais. »

« Will souriait, Will grimaçait, Will proférait des mots tendres, Will hurlait soudain comme un possédé. Will était beau, séduisant, monstrueux, grotesque, Will s’était multiplié. Il n’était plus unique, il était tous ces visages et ces silhouettes à la fois. Regroupés en meute, tous les Will se ruaient dans un tonnerre de vociférations à la poursuite d’Olive, tandis que la jeune femme fuyait à en perdre haleine, au milieu de nulle part. »

Né en 1963 à Phnom-Penh (Cambodge), Jean-Luc Bizien a vécu une grande partie de son enfance à l’étranger. Il a exercé pendant une quinzaine d’années la double profession d’auteur et d’enseignant avant de se consacrer totalement à l’écriture. Jean-Luc Bizien s’épanouit d’abord dans les jeux de rôles et les littératures de l’imaginaire : il a obtenu en 1994 le prix Casus Belli du meilleur jeu de rôles pour Chimères et a publié de nombreux livres pour la jeunesse.
En 2002, il a obtenu le prix du roman d’aventures pour La Mort en prime time et le prix Fantastic’Arts pour WonderlandZ. Passant avec bonheur d’un genre à l’autre, il est l’auteur aux éditions Gründ de Vivez l’Aventure, une série de livres-jeux illustrés qui rencontre un grand succès et de la “Trilogie des ténèbres”, des thrillers contemporains aux éditions du Toucan.
Les œuvres dont il est le plus fier sont cependant ses deux fils, Elric et Adriel, respectivement parus en 1990 et 2005.

La chambre mortuaire
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/17/la-chambre-mortuaire/

La main de gloire
https://leressentidejeanpaul.com/2020/09/04/la-main-de-gloire/

Vienne la nuit, sonne l’heure
https://leressentidejeanpaul.com/2020/09/08/vienne-la-nuit-sonne-lheure/

La chambre mortuaire – Les enquêtes de L’Alieniste*
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/19/la-chambre-mortuaire-2/

Amour, Émotion, Conte, Magique, Psychologie

Notre part féroce

de Sophie Pointurier
Broché – 21 août 2025
Éditeur : PHEBUS

Pour certains, l’enfance est un paradis perdu. Pour Anne, c’est une terre aride. Fuir, briser sa chaîne, vivre sa vie, c’est tout ce qu’elle espérait. Devenue mère, la voilà rattrapée par son histoire. Et une obsession : comprendre la femme qui l’a élevée seule.

Anne est journaliste. Son dernier article, écrit en réaction au procès d’un chasseur jugé pour avoir tué une louve, la plonge dans une tempête médiatique. Mise en retrait des sujets sensibles, elle s’offre une parenthèse estivale et embarque avec elle sa fille, sa mère et sa vieille amie. Mais dès leur arrivée, l’étrange s’invite dans leur quotidien : événements inexpliqués, coïncidences, déjà-vu… Les détracteurs de Anne auraient-ils décidé de ne plus la laisser en paix ? Ou est-ce autre chose, de plus ancien et de plus sauvage, qui s’éveille autour d’elle ?

Odyssée de femmes, fable contemporaine, voyage palpitant au cœur d’une mélancolie familiale, roman sur les mythologies et la violence qui nous peuplent, Notre part féroce pose une question : jusqu’où peut-on aller pour réparer notre enfance ?

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Merci à toute l’équipe de Babelio pour cette excellente soirée, où Sophie Pointurier a su trouver les mots qui nous ont tous touchés…

J’ai découvert Sophie Pointurier avec Notre part féroce, un roman surprenant, audacieux et une écriture vive qui m’a accroché dès les premières pages. Je ne savais pas où j’allais, et c’est sûrement ce qui m’a le plus séduit, cette impression de me laisser entraîner dans un récit qui m’échappait sans cesse, qui changeait de peau à mesure que je tournais les pages. J’ai rarement lu un roman qui se transformait ainsi entre le début et sa fin, lentement, mais résolument !

Au départ, tout semble familier, presque banal. Je lis tranquillement, confortablement installé sur mon canapé, et je me dis que je tiens entre mes mains une histoire de famille comme tant d’autres. Mais peu à peu, les choses basculent, se bousculent. Les premiers signes étranges apparaissent, les questionnements autour du paranormal s’invitent, les mythes surgissent, puis les fissurent de la réalité. J’ai senti l’ambiance se charger, mon confort s’évaporer, et j’ai adoré ça.

Le roman se déploie alors dans une dimension à la frontière du réel et du fantastique, assumant une normalité déroutante où les loups-garous et les dames blanches semblent avoir droit de cité.
Trois femmes, trois générations, trois forces de caractère qui s’entrechoquent, Anne, journaliste, sa mère Scarlett, abîmée par la vie, et Rose, sa fille, témoin d’un monde qui lui échappe encore. Leurs personnalités fortes, parfois borderline, se heurtent, s’entremêlent, et rendent ce récit aussi intime que troublant. Elle seront rejoint par une voisine de Scarlett, une femme alcoolique devenue son amie, qui aura aussi son importance.
Sophie assume son histoire à la limite du fantastique avec beaucoup d’aisance, avec une normalité assumée même, elle nous livre non pas une aventure féminine, mais trois qui s’entrechoquent avec leurs trois personnalités puissante et borderline, trois générations bien distinctes.

Ce que j’ai trouvé fascinant, c’est la manière dont Sophie s’appuie sur les mythes pour raconter la famille, ses fractures, ses silences, ses blessures invisibles. J’ai aimé ce double niveau de lecture, une histoire de femmes, mais aussi un miroir tendu à nos ombres, à ce que nous portons de sauvage et d’incontrôlable. À travers Anne, écartée de son travail après un article polémique sur les loups, j’ai suivi leur voyage à Palavas-les-Flots, censé être une parenthèse, mais qui vire à l’inattendu et se transformera en quête identitaire, en confrontation avec l’Histoire familiale, voire même une plongée dans l’inexpliqué.

Notre part féroce est un roman qui m’a happé par ses mystères et ses résonances, mais pas que. C’est une lecture originale et envoûtante, où la petite histoire se mêle à la grande, et où chaque page semble nous rappeler que nos mythes intimes, eux aussi, ont toujours faim.

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Extraits :

« Ce qui se passe la nuit n’est jamais entièrement vrai, ce qui se passe le jour non plus. Cette nuit, j’ai rêvé que je prenais un médicament qui devait m’aider à mourir. Dans ce rêve, quelqu’un me tendait un cachet blanc ; je l’avalais et puis j’attendais. On me disait: ton cœur va s’arrêter dans quelques minutes. Je sentais mon cœur ralentir, il battait de plus en plus faiblement, mais ne s’arrêtait pas. J’avais mal, les heures passaient, des inconnus allaient et venaient dans la pièce. Ils discutaient comme si je n’étais pas là, inquiets, et moi je ne mourais toujours pas. »

« D’aussi loin que je me souvienne, maman avait toujours eu mal. « J’ai mal dormi » était la première phrase que j’entendais le matin au réveil. La tête, le ventre, le dos, elle avait mal partout et s’en plaignait généralement tout le temps. Je partais à l’école en sachant que je la retrouverais à 16 heures à l’endroit exact où je l’avais quittée, et qu’un compte rendu exhaustif de sa condition m’attendait pour le goûter. »

« Je crois que je rêve, ou je rêve que je me réveille. Je suis dans mon lit, j’entends des voix. Quelqu’un marche autour de moi, je perçois le bruit de ses pas sans pouvoir bouger. Mon corps ne répond pas, je veux crier mais aucun son ne sort de ma bouche et ça me tétanise. Je me vois d’en haut, allongée, le corps distinct de mon esprit.
Quelqu’un m’observe, il y a une présence, forte, presque inquiétante. Peut-être que c’est moi qui marche autour de moi, sinon, qui d’autre me ferait peur comme ça ? »

« J’ai ramené maman à la maison en me demandant comment elle avait bien pu se retrouver sur cette route en pleine nuit. Elle avait parcouru plusieurs kilomètres de La Grande-Motte jusqu’ici dans un état second et j’envisageais toutes les raisons possibles: un mélange de somnifères et d’anxiolytiques, un début d’Alzheimer, une amnésie dissociative. Aucune de ces perspectives n’était rassurante. Je lui répétais qu’elle me fichait la trouille à jouer avec sa santé, mais elle n’entendait pas.
– Tu es venue en stop, tu as pris le bus ? Qu’est-ce que tu fais ici ?
Elle ne se souvenait de rien.
– J’ai marché…
– Mais tu as souvent des crises de somnambulisme ? Je vais en parler avec Rose. Ça va pas du tout là… »

Sophie Pointurier est enseignante-chercheuse et directrice de la section Interprétation en langue des signes à l’École supérieure d’interprètes et de traducteurs (ESIT) – université Sorbonne-Nouvelle. Son deuxième roman, Femme portant un fusil, a conquis les libraires et les lecteurs.

Publications :
– Théories et pratiques de l’interprétation de service public
– La femme périphérique
– Femme portant un fusil
– Le Déni lesbien, celles que la société met à la marge
– Notre part féroce

Émotion, Conte, Drame, Fantasy, Magique

La Prophétie des pierres

de Flavia Bujor
Broché – 27 août 2002
Éditeur : Anne Carrière

Trois jeunes filles, Jade, Ambre et Opale, issues de milieux différents, découvrent le jour de leur quatorzième anniversaire qu’elles ont été adoptées. L’écho d’une ancienne prophétie les oblige à quitter leur famille pour accomplir leur mission dans un lointain Royaume. Chacune se voit alors remettre, pour seule arme, une pierre magique correspondant à son prénom. Bien que tout les oppose, elles devront apprendre à se faire mutuellement confiance pour échapper aux dangers qui les guettent. Elles entament un long voyage jusqu’à Oonagh, l’oracle mystérieux qui deviendra leur guide. Leur quête les conduira à livrer bataille aux forces du mal.
De nos jours, dans un hôpital parisien, une jeune fille de quatorze ans lutte contre la mort. Joa ne parle plus, ne se bat plus, mais elle rêve, et ses songes l’emportent dans un monde féerique où trois héroïnes mènent un combat épique. Au bout de leurs aventures réside un secret qui pourrait lui redonner une raison de vivre.
Œuvre d’imagination et roman initiatique, La Prophétie des pierres, qui comblera les lecteurs avides d’évasion, révèle le talent d’une toute jeune auteure.

Cela faisait des années que j’entendais parler de La Prophétie des pierres, qui m’intriguais et ce pour une seule et belle raison. Son auteure, Flavia Bujor, n’avait que 13 ans lorsqu’elle l’a écrit.
13 ans… ce simple chiffre suffisait à éveiller ma curiosité.
Puis le temps a passé, et j’avais oublié ce roman, jusqu’à ce qu’il me tende les bras, la semaine dernière, dans un arbre à livres. Impossible de résister, j’ai plongé littéralement.

Dès les premières pages, j’ai senti une simplicité désarmante dans l’écriture. Des dialogues parfois naïfs, des personnages pas toujours fouillés… mais qu’importe ! Derrière cette fragilité perce une énergie brute, une fraîcheur qui n’appartient qu’aux débuts, aux premiers romans. Le récit s’ouvre de nos jours, sur Joa, une jeune fille hospitalisée, luttant contre la mort. Par ses rêves, elle se relie à l’épopée de Jade, Ambre et Opale, trois adolescentes découvrant le jour de leur quatorzième anniversaire qu’elles ont été adoptées et qu’elles sont liées par une prophétie et par des pierres magiques. Leur quête, dans un lointain Royaume, le pays du Conte de Fées, guidée par l’oracle Oonagh, qui deviendra leur guide, va les entraîner dans un combat contre les forces du mal.

J’ai été touché par ce double niveau de lecture, l’hôpital, si proche, si concret, et le monde féérique, immense et initiatique. Je devine très vite que l’un nourrit l’autre, que l’espoir naît au cœur même du désespoir. La plume de Flavia Bujor, malgré ses maladresses, déploie une sincérité qui me fait oublier ses imperfections et je suis emporté.

Alors oui, ce roman s’adresse surtout aux jeunes lecteurs, mais le vieux lecteur que je suis y a trouvé son compte et a pris énormément de plaisir à cette lecture simple, enrobée de magie et de mystère… J’y ai vu une fable sur la vie, sur la force des rêves, sur ce qui nous pousse à tenir debout.
Quel dommage que Flavia n’ait pas poursuivi dans l’écriture, son unique roman résonne pour moi du coup comme un cadeau, un éclat de jeunesse préservé à jamais.

13 ans… Comment a-t-elle fait ?
A-t-elle récupéré les souvenirs de Jade, d’Ambre et d’Opale, afin de nous transmettre leur message perdu ?
Je vous laisse vous faire votre propre avis…

Dans tous les cas, je le recommande avec enthousiasme à tous ceux qui aiment l’aventure, la magie, les émotions pures et la générosité d’une captivante histoire écrite avec le cœur.

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Extraits :

« Le vieillard poussa un long soupir. Il semblait à bout de forces. D’innombrables rides creusaient son visage. Il tenait à peine debout, le dos voûté, les jambes tremblantes. Il se laissa tomber dans un fauteuil et dit faiblement :
– Je ne peux rien y changer. Elle suivra son destin.
Le duc, dont l’angoisse était perceptible, haussa le ton :
– Théodon, tu es sage. Tu as consacré ta vie entière à comprendre La Prophétie. Tu as aidé mon père. Tu m’as aidé. Tu m’as conseillé, tu m’as soutenu. Ne m’abandonne pas maintenant! Il faut qu’elle vive. Il faut qu’elle triomphe, quoi qu’il advienne. »

« Ambre était assise dans l’herbe. Comme à son habitude, elle rêvait et regardait d’un œil distrait les moutons qu’elle devait garder. D’autres images occupaient ses pensées. Elle s’imaginait vivre près du soleil et de sa chaleur bienfaisante, dialoguer avec les nuages, les oiseaux. Le vent l’emportait dans de merveilleux voyages; la nuit, elle était éblouie par l’éclat des étoiles qu’elle pouvait toucher de la main, et… »

« D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, Opale avait toujours vécu avec son arrière-grand-tante Eugénia et la fille de celle-ci, qui portait le même prénom. Pour la différencier de sa mère, on l’appelait Gina. Opale n’avait pas connu d’autre logis que la maison cossue où elles habitaient toutes trois. Sa grand-tante Gina, malgré son âge avancé, restait vigoureuse. Elle s’était toujours occupée de l’entretien de la maison et de l’éducation d’Opale, et lui avait appris tout ce qu’elle savait : les Lettres et l’Histoire. Elle lui avait aussi transmis sa connaissance des plantes et des remèdes.
Opale était une élève réfléchie et appliquée. »

« Depuis qu’elles s’étaient rencontrées, quelques minutes auparavant, elles n’avaient pas prononcé un mot. Elles se détaillaient mutuellement, la même pensée à l’esprit : “Nous sommes ennemies.” Jade scrutait avec dédain les deux filles. La tête haute, le regard fier, elle voulait clairement leur signifier qu’elles n’avaient aucune importance pour elle. “Une paysanne et une petite bourgeoise, ça ne m’impressionne pas”, se dit-elle avec ironie. Mais au fond d’elle-même, la jeune fille éprouvait un profond désarroi, et elle était résolue à n’en rien laisser paraître. Elle observa Ambre, les traits défaits, qui pleurait en silence. “Pauvre fille, tu fais pitié !” pensa-t-elle. »

« – Il ne lui reste plus très longtemps, ajouta-t-il. A mon avis, pas plus de quelques jours. Vous ne vous y êtes pas attachée, j’espère ?
L’infirmière haussa les épaules d’un geste fataliste.
– Non, pas vraiment. Et puis, elle a déjà tellement souffert…
Le docteur observa un moment de silence. Il nettoya minutieusement les verres de ses lunettes avant de lâcher gravement :
– De toute façon, nous ne pouvons plus l’aider. Elle a définitivement renoncé à se battre depuis la mort de ses parents. »

Flavia Bujor (née en 1988) est une écrivaine et critique littéraire française d’origine roumaine. Née le 8 août 1988 à Bucarest, fille d’un sculpteur et d’une psychanalyste, elle est arrivée en France à 2 ans.
À l’âge de 13 ans, elle écrit son premier roman, La Prophétie des Pierres, traduit en 23 langues (dont l’allemand, l’anglais et l’italien).

En 2008, Flavia Bujor entre à l’École normale supérieure (A/L). Elle obtient en 2012 l’agrégation de lettres modernes.

À partir de 2014, elle prépare sous la direction d’Emmanuel Bouju (université Rennes 2) une thèse de doctorat en littérature comparée intitulée Une poétique de l’étrangeté : plasticité des corps et matérialité du pouvoir (Suzette Mayr, Marie NDiaye, Yoko Tawada), qu’elle soutient en novembre 2018.

Elle est ATER à l’université de Bretagne-Sud depuis 2017.

Amour, Émotion, Magique, Nouvelle

Le Père Noël ne pleure jamais

de Jean-Marc Dhainaut
Nouvelle gratuite – 2017

Décembre 2150. Dans un monde glacé par l’indifférence et consumé par la technologie, Noël n’est plus qu’un souvenir effacé. Le vieux Barney, marginal oublié de tous, survit au cœur d’une cité futuriste déshumanisée. Mais lorsqu’un petit garçon prénommé Damien s’aventure dans son monde brisé, une étincelle jaillit. Un geste, un bonbon, un sourire… Et si un simple « bonjour » pouvait réveiller la magie perdue d’un monde tout entier ? Un conte bouleversant où l’espoir renaît sous les flocons d’une neige disparue depuis trop longtemps…

Le Père Noël ne pleure jamais est une dystopie pleine d’âme, un conte de Noël futuriste aux accents profondément humains. Dans une société aseptisée, rongée par l’oubli et l’individualisme, Jean-Marc Dhainaut nous offre une fable bouleversante, presque prophétique, sur la mémoire, la tendresse, la transmission… et la magie.

Barney, personnage aussi tragique que lumineux, incarne cette figure du passé que la modernité voudrait enterrer. Sans nom, sans repère, mais jamais sans cœur, il résiste au cynisme ambiant avec ses moyens : une casserole, des cartons, un vieux bonnet griffé ”Barney”… et des souvenirs qu’il croit avoir perdus.

La rencontre avec Damien, cet enfant boiteux à l’innocence intacte, vient bouleverser l’équilibre fragile de l’oubli. Il y a dans leurs échanges une sincérité désarmante, un miracle silencieux, fait de gestes simples, de mots vrais. Le récit n’a pas besoin d’artifices spectaculaires : c’est dans le regard d’un enfant et les larmes d’un vieillard que naît la magie.

Et puis, il y a ce final, d’une puissance poétique rare. Lorsque la neige revient, que le traîneau surgit et que les cœurs s’ouvrent à l’impossible, ce n’est pas seulement la magie de Noël qui renaît, mais l’idée même d’humanité.

Dhainaut nous rappelle que les légendes ne meurent jamais. Elles attendent, tapies dans les ruines, dans les cœurs cabossés, dans les yeux d’un enfant. Et parfois, il suffit d’un simple vœu pour les réveiller.

Un texte poignant, profondément sensoriel, entre rêve et réalité, qui touche au plus sacré : croire encore. Même lorsque tout semble perdu.

Une lecture gratuite, accessible sur le site de l’auteur :
https://www.jmdhainaut.com/le_pere_noel_ne_pleure_jamais.pdf

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Extraits :

« Décembre de l’an 2150. Il était une fois ? Ou sera-t-il un jour ?
Le vieux Barney avait élu domicile derrière un immeuble. De ces immeubles flambants neufs, cubiques et à la technologie sécuritaire si importante que les hommes vivaient terrés chez eux. Nous pouvions être à quelques jours de Noël, mais Noël n’existait plus depuis déjà bien longtemps. Désormais, les hommes travaillaient, et ils travaillaient si dur qu’ils en avaient oublié de vivre pour eux, pour l’amour de leurs proches, de leurs familles. »

« C’était un brave homme, le vieux Barney. Sans aucun réconfort, s’abritant comme il le pouvait de la pluie et du vent, entre quelques cartons et morceaux de tôle. Sa rue était sombre et humide. La pluie ruisselait le long des murs immenses et le vent s’engouffrait en lui glaçant le dos, durant les longues nuits d’hiver. Les quelques passants n’avaient pour lui qu’un regard négligeant. Après tout, il n’était pour eux qu’un vieux fou, qui parfois se mettait à hurler dans le vide, à poursuivre quelque chose, comme ça, subitement, en plus d’avoir perdu la mémoire. »

« — Bonjour, Monsieur, fit une petite voix.
Le vieux Barney ne se retourna pas.
— Bonjour Monsieur, reprit-elle de plus belle.
Barney se retourna et vit un enfant au charmant sourire, qui tenait à la main un camion en bois.
— Bonjour, Petit.
Les mots qu’il venait de prononcer lui firent l’effet d’une bombe qui lui explosait le cœur. On venait de lui dire bonjour, et il venait de répondre. Cela faisait bien longtemps qu’il n’imaginait plus cela possible. »

« — Pourquoi tu pleures, Barney ? Tu es triste ?
— Je ne suis pas le père Noël, Petit. Le père Noël ne pleure jamais, répondit le vieil homme, ému.
Un court silence s’installa, puis l’enfant saisit de nouveau la boîte de bonbons. »

Jean-Marc Dhainaut est né dans le Nord de la France en 1973, au milieu des terrils et des chevalements. L’envie d’écrire ne lui est pas venue par hasard, mais par instinct. Fasciné depuis son enfance par le génie de Rod Serling et sa série La Quatrième Dimension, il chemine naturellement dans l’écriture d’histoires mystérieuses, surprenantes, surnaturelles et chargées d’émotions. Son imagination se perd dans les méandres du temps, de l’Histoire et des légendes. Il vit toujours dans le Nord, loin d’oublier les valeurs que sa famille lui a transmises.

Lauréat du Prix Plume Libre en 2018, il remporte le concours de nouvelles des Géants du Polar en 2019.

Brocélia
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/07/brocelia/

L’Œil du chaos
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/13/loeil-du-chaos/

La maison bleu horizon
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/13/la-maison-bleu-horizon/

Les prières de sang
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/22/les-prieres-de-sang/

Psylence
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/05/psylence/

Les Galeries hurlantes
https://leressentidejeanpaul.com/2023/12/02/les-galeries-hurlantes/

Mémoire de feu
https://leressentidejeanpaul.com/2024/07/03/memoire-de-feu/

ALAN LAMBIN et l’esprit qui pleurait
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/27/alan-lambin-et-lesprit-qui-pleurait/

Les couloirs démoniaques
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/09/les-couloirs-demoniaques/

ALAN LAMBIN et le fantôme au crayon
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/25/alan-lambin-et-le-fantome-au-crayon/

Comme une fleur sous un orage
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/27/comme-une-fleur-sous-un-orage/

ALAN
https://leressentidejeanpaul.com/2025/09/01/alan/

Émotion, Magique, Poésie

ALAN LAMBIN et le fantôme au crayon

de Jean-Marc Dhainaut
Nouvelle gratuite – 2017
Éditeur : Taurnada éditions

6 ans avant La Maison bleu horizon, Alan Lambin était déjà confronté à l’impensable.
Une enquête inédite explorant le monde du paranormal avec sensibilité et émotion…

Grand amateur des ouvrages de Jean-Marc Dhainaut, j’ai découvert, grâce à Jean-Marc lui-même et avec surprise, qu’une de ses nouvelles m’avait échappé, Alan Lambin et le fantôme au crayon. Un oubli vite réparé… et quelle lecture !

L’histoire s’ouvre sur une disparition d’enfant, jamais élucidée depuis deux ans. Dans le sillage de cette tragédie, un pseudo-médium sans scrupules profite de la détresse de la famille pour se faire mousser. Alan, lui, se retrouve involontairement mêlé à l’affaire, lorsqu’un esprit frappe à sa porte… au sens propre du terme.

Retrouver Alan Lambin, ce personnage aussi rationnel qu’intuitif, est toujours un plaisir. À ses côtés, son complice Paul, professeur de physique, apporte ce contrepoids scientifique que j’apprécie tout particulièrement. Très vite, la tension monte. Je me laisse embarquer par la plume précise de Jean-Marc, qui sait installer une ambiance sans jamais alourdir l’action.

Malgré son format court, cette nouvelle a tout d’une grande.
Rythme, mystère, justesse des émotions… tout y est. Pas besoin d’en rajouter, elle se suffit à elle-même, et j’en suis ressorti conquis.

J’ai aussi beaucoup aimé l’idée de ces nouvelles, qui sont initialement mentionnées dans ses livres, vennant enrichir l’univers d’Alan Lambin, en creusant subtilement certains aspects du personnage très atypique. Un joli bonus pour les fidèles lecteurs, et une porte d’entrée idéale pour les curieux.

Une lecture gratuite, accessible sur le site des éditions Taurnada.
Alors vraiment, pourquoi s’en priver ? Je recommande sans réserve !

https://online.fliphtml5.com/fcfdc/juto/#p=1
https://online.fliphtml5.com/fcfdc/qvuf/#p=1

Et il y en a d’autres…

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Extraits :

« L’article relatait l’aide qu’un présumé médium en quête de notoriété avait apportée à une femme, Mme Ledantec, persuadée que le fantôme de son fils disparu hantait sa maison. Pour ce genre de chose, la presse savait s’enflammer. Dès qu’il s’agissait de flirter avec le sensationnel sur fond de détresse d’une pauvre veuve, le scoop était tout trouvé. Un soupçon de paranormal et c’était presque la une. Les lignes et les mots des médias savaient si bien se délecter des larmes et du désarroi, ce qui mettait Alan hors de lui. Les plus condamnables n’étaient pas, à ses yeux, les journalistes, mais cette crapule de médium. »

« Le plancher du bureau se mit soudain à craquer, et le cœur d’Alan s’emballa lorsqu’un doute, peut-être précipité, l’envahit.
Pas chez lui, c’était impossible. »

« Alan avait passé le reste de la journée à se poser tout un tas de questions et angoissait à l’idée d’être encore tourmenté la nuit prochaine. Il était hors de question que sa propre maison soit hantée.
Hors de question ! Quel comble cela serait. »

« – Bonjour, madame, fit timidement Alan. Excusez-nous de vous déranger. Notre venue risque de vous étonner, mais…
– Je sais qui vous êtes, monsieur Lambin. Le chasseur de fantômes. J’ai eu votre père comme instituteur en primaire. Comment va-t-il ? »

Jean-Marc Dhainaut est né dans le Nord de la France en 1973, au milieu des terrils et des chevalements. L’envie d’écrire ne lui est pas venue par hasard, mais par instinct. Fasciné depuis son enfance par le génie de Rod Serling et sa série La Quatrième Dimension, il chemine naturellement dans l’écriture d’histoires mystérieuses, surprenantes, surnaturelles et chargées d’émotions. Son imagination se perd dans les méandres du temps, de l’Histoire et des légendes. Il vit toujours dans le Nord, loin d’oublier les valeurs que sa famille lui a transmises.

Lauréat du Prix Plume Libre en 2018, il remporte le concours de nouvelles des Géants du Polar en 2019.

Brocélia
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/07/brocelia/

L’Œil du chaos
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/13/loeil-du-chaos/

La maison bleu horizon
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/13/la-maison-bleu-horizon/

Les prières de sang
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/22/les-prieres-de-sang/

– Psylence
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/05/psylence/

Les Galeries hurlantes
https://leressentidejeanpaul.com/2023/12/02/les-galeries-hurlantes/

Mémoire de feu
https://leressentidejeanpaul.com/2024/07/03/memoire-de-feu/

Alan Lambin et l’esprit qui pleurait
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/27/alan-lambin-et-lesprit-qui-pleurait/

Les couloirs démoniaques
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/09/les-couloirs-demoniaques/

Amour, Émotion, Conte, Magique, Poésie

FLIPP LE PETIT FANTÔME

de Claudine Laurent Rousselle
Broché – 8 juin 2024
Éditions : Auto-édition

Philippe, Chris et Alan ont douze ans, ils sont amis depuis leur plus tendre enfance. Ils partagent tout. Ils aiment se retrouver au bord de la rivière pour faire des ricochets, pêcher, se balancer au bout d’une corde et sauter dans l’eau.
Un jour, ils décident de construire une cabane dans un arbre, ils ne ménagent pas leurs efforts et sont heureux de leur réussite.
Ils aménagent un barbecue sur lequel ils font cuire leurs prises. Assis sur des rondins de bois, entourés de la nature, ils dévorent à pleines dents, c’est un pur bonheur, jusqu’au jour où survient le drame…

Je croyais que Claudine Laurent Rousselle ne pouvait plus me surprendre. Et pourtant…
Avec Flipp le petit fantôme, elle m’a une fois encore profondément touché. Ce petit conte tout en délicatesse s’adresse aux enfants de 7 à 13 ans, mais il parlera tout autant aux parents, aux grands-parents, et à tous ceux qui gardent en eux une part d’enfance.

Avec sa plume empreinte de bienveillance et de poésie, Claudine nous offre une histoire tendre, simple et lumineuse, portée par une narration accessible et un ton volontairement naïf, au sens le plus noble du terme. Ce style, qui lui est propre, apaise, émerveille, et donne à rêver. Elle a glissé aussi, ici et là, réalisés par ses propres soins j’en suis sûr, quelques petits dessins qui ont joliment animés mon récit.

J’aurai aimé que l’aventure dure plus longtemps. Mais c’est bien là la force de l’autrice, savoir captiver les jeunes lecteurs sans jamais les perdre. Claudine connaît les enfants, elle sait comment les accrocher, les émouvoir, surtout les faire réfléchir… tout en douceur.

Flipp le petit fantôme est un récit court, certes, mais il résonnera longtemps dans mon esprit. Il touche le cœur, il fait naître l’émotion. J’avoue avoir versé quelques larmes tant ce petit monde imaginaire est porteur de lumière.

C’est un livre pour les petits, bien sûr, mais aussi pour les grands. Pour les mamans, les papas, les futurs parents, et tous ceux qui croient encore aux pouvoirs des histoires. Un conte pour donner aux enfants le goût de lire… et surtout, le droit de rêver.

Merci, Claudine, pour cette nouvelle parenthèse enchantée. Merci de nous partager ton imaginaire si riche et si généreux.
Aujourd’hui, je te le dis, si tu as besoin de quoi que ce soit, et si je peux t’aider, ce sera toujours avec un grand plaisir.
Tu offres aux enfants (et à nous tous) de magnifiques personnages, pleins de vie et de tendresse. Et ça, c’est un cadeau précieux.

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Extraits :

« Un beau ciel bleu, une rivière, un petit bois, un champ de fleurs …
Un réel bonheur pour Philippe et ses amis Alan et Chris, tous les trois âgés de douze ans, qui aiment la nature et s’en donnent à cœur joie à faire des ricochets sur l’eau de la rivière, se balancer au bout d’une corde attachée à la branche d’un arbre, plonger dans l’eau, et s’éclabousser.
Les rires fusent. »

« – Philippe !… c’est bien toi ?…
– Oui, n’aie pas peur surtout… mais appelle-moi Flipp, en haut, c’est le nom qu’on me donne.
– Flipp, d’accord… que fais-tu ici ?…
– Je voulais vous revoir Alan et toi. Je suis allé à la cabane, j’ai essayé d’attirer votre attention, mais j’ai vu que je vous faisais peur. Alors ce soir, je suis venu vous voir l’un comme l’autre.
Sache que vous êtes les seuls à me voir et à m’entendre. »

« Pourtant quelque chose l’intrigue.
Elle ne rêve pas, elle entend Alan et Chris parler à Philippe, comme à l’époque où il était avec eux.
Que leur arrive t-il ?
— Je dois avoir une conversation avec les garçons… ils ne peuvent continuer ainsi. Ils doivent admettre que leur ami est parti. Ça ne sert à rien d’imaginer le contraire, je pense qu’ils se font du mal.
Je leur parlerai demain pour ce soir, c’est un peu tard. »

« – Mes amis, qu’allez-vous retenir de ces vacances ?…
– On s’est bien amusés ! lui répond Alan.

– Et toi Chris ?
– C’est vrai ont s’est bien amusés, mais tu nous as montré tout ce que tu étais capable de faire pour les autres et je pense que c’est une leçon à retenir.
Nous devons, nous aussi, penser à venir en aide aux autres.
— Très juste ! Répondez Flipp et pas seulement aux humains, les animaux, les oiseaux, les arbres, les fleurs, et chaque être vivant sur cette terre peut avoir besoin de vous.
Vous devez apprendre à ouvrir les yeux ainsi que votre cœur.
Faudra vous rappeler tout mon enseignement.
Croyez-moi, ça vous rendra heureux du faire… »

Née à Reims, Claudine Laurent Rousselle a vécu à “La Neuvillette” durant sa jeunesse et son adolescence, depuis elle vie en Haute-Savoie. Dans sa jeunesse, elle a participé à plusieurs concours de poésies.
Depuis quelques années le rêve d’écrire des contes lui vient à l’esprit. Elle se lance, et sort son premier roman Un merveilleux cadeau en 2022.
D’autres romans sont d’ores et déjà en attente…

Amour, Émotion, Drame, Magique

Un battement de cœur après l’autre

de Françoise Cordier-Bresson
Poche – 12 juin 2025
Éditions : Mon Poche

Il y a toujours un moment incertain où la vie s’infléchit, trébuche ou se déploie. Quand Marie, 35 ans, se retrouve veuve à la suite d’un terrible accident, elle s’abîme dans le chagrin. Comment remonter au-dessus des nuages quand on est à terre ? Comment accepter les mains qui se tendent sur son chemin et s’autoriser à se réinventer ? Entre courage et défaillances, son périple l’entraînera en Provence, dans un refuge d’âmes cassées… C’est peut-être là qu’un battement de cœur après l’autre, elle réapprendra le goût du bonheur…

Il y a des livres qui vous accompagnent longtemps après les avoir refermés. Un battement de cœur après l’autre “risque” d’en faire partie. Ce roman, signé Françoise Cordier-Bresson, m’a cueilli par sa justesse, sa pudeur et sa lumière.
J’y ai rencontré Marie, une jeune directrice financière de trente-cinq ans, engluée dans une dépression sévère suite à la disparition tragique de son mari, brisée, dans l’incapacité de faire son deuil, incapable de respirer dans un monde où son mari n’existe plus. Ce n’est pas une héroïne flamboyante, mais une âme nue, fragile, vacillante. Et c’est précisément ce qui m’a touché.

Quand quitte le refuge précaire d’une clinique psychiatrique, ce n’est pas une libération, mais un saut dans le vide, précipitée dans un monde devenu étranger. Ses parents, englués dans les convenances, n’ont jamais été capables de la voir telle qu’elle est au fond de son cœur, trop centrés sur eux-mêmes. Alors, elle erre, se perd dans des bras inconnus pour se sentir vivante, recherche un nouveau souffle… Jusqu’au jour où elle acceptera la main tendue de son psychiatre, et embarquera pour un centre d’accueil atypique, un centre pour les abîmés de “la vie”, en Provence, au pied de la Sainte-Victoire.

Là, elle rencontrera Eugène, Myriam, Raphaël et bien d’autres “béquilles”… Des phares dans sa tempête. Peu à peu, elle réapprend à marcher, à vivre, à aimer, un battement après l’autre. C’est une renaissance à petits pas, pleine de maladresses, mais profondément humaine. Jamais de pathos, toujours de la pudeur et beaucoup de bienveillance.

Ce premier roman de Françoise, aussi brillant qu’éblouissant, parle de la vraie vie, de ses vertiges et de ses petites victoires si minimes soient-elles. Il évoque le deuil, l’acceptation, l’entraide, l’amitié, la puissance des liens sincères. J’ai été bouleversé par tant de délicatesse, par cette écriture qui frôle l’âme. Rien d’ostentatoire, tout sonne juste. Primé par le Prix Femme Actuelle 2024, ce récit rempli de belles émotions et qui réconcilie avec la fragilité, nous rappelle que nous sommes des êtres vivants…

Merci Françoise pour cette ode à la résilience.
Ce “roman-thérapie” fait du bien… m’a fait du bien. Il m’a touché en plein cœur, j’y ai retrouvé une vérité qui ne s’oublie pas !

Probablement ma lecture la plus forte de 2025… et un coup de cœur absolu !

Virginie, je ne te remercierai jamais assez pour cette lecture qui illumine !!!

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Extraits :

« Marie avance jusqu’au milieu du hall. Elle ralentit, hésite, puis s’arrête. Un pas de plus et le détecteur déclenchera l’ouverture des portes de la clinique. Ces portes, qu’elle ne voulait pas franchir il y a un mois, sont maintenant le dernier rempart qui la protège du monde extérieur. Elle ne veut pas sortir. Elle appréhende d’affronter le soleil, les rires, la foule anonyme, le bruit de la circulation, l’odeur des croissants, les souvenirs, la fraîcheur des matins, les fantômes obsédants. »

« Depuis, Marie faisait face comme elle le pouvait.
Son travail était devenu une bouée à laquelle elle s’agrippait pour ne pas sombrer. Elle arrivait la première, repartait bien souvent après minuit. Elle en oubliait de manger, de dormir. Elle n’éprouvait plus rien. Une seule chose comptait : ne plus penser. Son esprit s’occupait. Son corps se désincarnait. »

« Elle n’a même jamais pensé rejoindre Nicolas dans la mort. Au plus sombre de la noirceur de ses nuits, l’idée ne lui est simplement pas venue. Se trancher les veines, se jeter sous une rame de métro ou alors ingurgiter des tubes entiers de somnifères n’ont jamais été des options envisagées. Il va sans dire que ce n’était pas pour épargner ses parents. Elle ne voulait juste rien. Ni mourir, ni vivre. Elle est ainsi restée en suspens, morte-vivante, funambule fragile sur le fil étriqué de ce qui restait de son quotidien.
Les jours s’étirent, sans odeur ni saveur. »

« La douceur de la nuit avait accueilli les confidences d’Eugène. Sa vie pourrait en faire un personnage de roman. Sa jeunesse, il l’avait passée au Portugal, dans un petit village aux environs de Porto. Son père, ouvrier agricole, partait là où on avait besoin de bras. Il rentrait à la maison quelques jours seulement par an, le temps d’engrosser sa femme et de la frapper juste ce qu’il fallait pour qu’elle se souvienne de lui, comme il avait l’habitude de le dire à ses compagnons de beuverie. Avant de repartir tailler les arbres ou cueillir des tomates, il noyait son malheur dans la gnôle frelatée qu’il buvait cul sec. »

Françoise Cordier-Bresson a longtemps travaillé en tant que directrice dans le domaine de la communication au sein de grandes entreprises.
Aujourd’hui, elle a changé de vie et décidé de mettre sa voix et ses mots au service des femmes. Un battement de cœur après l’autre est son premier roman. Elle vit en région parisienne.

Amour, Émotion, Fantastique, Histoire, Magique

La stèle sacrée

de Florence Jouniaux
Broché – 13 février 2020
Éditeur : M+ éditions

Soudain, il se souvint. L’inscription ! !
Au même moment, un grand gaillard roux, vêtu d’une tunique courte, se pencha sur lui, l’air anxieux.
Quomodo vales 1? prononça-t-il en latin.
Ces mots confirmèrent ses pires craintes. Il avait beau se dire que c’était impossible, mais à moins d’être dans un peplum, il avait devant lui un authentique gaulois et se trouvait encore sur le forum, mais celui de l’antiquité ! Pas de doute ! Il avait traversé l’espace-temps !

Antoine, futur doctorant en lettres classiques, est en visite à Rome, avec la belle Chiara. Il ne s’attendait pas à côtoyer les celtes et les romains du premier siècle après Jésus-Christ pour répondre à une question cruciale ! Ses connaissances historiques vont influer sur le sort du peuple voltinien, situé dans la région des Allobroges, dans la Gaule Narbonnaise de l’époque.
Une autre question se pose à lui : comment va-t-il revenir dans le présent et retrouver la belle Chiara qui lui sert de guide ?

1 “Comment te sens-tu ?”

Une plongée au cœur d’un autre temps…

Cette lecture a été un véritable plaisir. Elle m’a replongé dans mes jeunes années, lorsque j’étais étudiant et que j’explorais sans arrêt les origines de mon pays en alternant avec joie entre le français, le grec et le latin !

Florence Jouniaux m’a entraîné dans son voyage, une odyssée où le passé ressurgit, révélant les mystères d’un artefact aux pouvoirs insoupçonnés. Dès les premières pages, j’ai été happé par cette intrigue où l’histoire et l’ésotérisme s’entremêlent avec une fluidité remarquable. L’autrice nous offre un récit richement documenté, où chaque détail semble sculpté dans la pierre du temps.

Tout commence lorsqu’un archéologue met au jour une stèle ancienne portant l’inscription Tempus fugit, sed veritas manet – Le temps s’enfuit, mais la vérité demeure. Rapidement, cette trouvaille nous entraîne dans une quête haletante où le destin des civilisations semble suspendu à une simple pierre gravée.

À travers une plume immersive et très érudite, Florence Jouniaux nous fait traverser les âges, explorant cette soif insatiable de savoir qui anime toute l’humanité.
Scientia potentia est, Le savoir est un pouvoir, mais il peut aussi se révéler une malédiction…
Dès lors, est-il une lumière ou devient-il un fardeau ?

Entre mystères ancestraux, quête de vérité et tensions croissantes, La Stèle sacrée captive autant qu’elle interroge. Un roman fascinant, où les vestiges du passé chuchotent encore à l’oreille des vivants. Une lecture passionnante et magnifiquement construite que les amateurs d’histoire et de mystère apprécieront sans aucun doute.

À découvrir sans hésitation !

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Extraits :

« Après plusieurs occasions manquées, lui, l’étudiant en histoire ancienne et histoire de l’art, pourrait voir de ses yeux tout ce qu’il avait imaginé lors de ses cours ! Il venait de terminer son master, soutenant un mémoire qui portait sur « Le rapport entre les peuples italiques et la capitale romaine au premier siècle après Jésus Christ » et avait obtenu mention Très Bien. Il avait donc amplement mérité ces vacances ! Et commencer par trois semaines à Rome était inestimable, surtout que son professeur d’histoire latine lui avait donné l’adresse d’un monastère au centre de Rome, où des religieuses hébergeaient les touristes pour une somme raisonnable. »

« À peine avait-il eu le temps d’en terminer la lecture qu’il ressentit un froid intense, avec l’impression d’être plongé dans le noir et d’avoir le corps tiraillé. Pour finir, il lui sembla que des milliers d’aiguilles le transperçaient. Une terrible nausée l’envahit, accompagnée de tremblements incoercibles. Il perdit connaissance. »

« Aeddan prononça alors doucement :
– Crois-tu encore au pouvoir des devins ?
– Oui, puisqu’ils communiquent avec les dieux.
– En effet et j’ai eu la chance d’être éclairé par la lumière divine : ils m’ont montré, dans une vision, un jeune homme du futur, qui s’intéresse aux civilisations du passé, et à celle des romains en particulier. J’ai réussi à faire apparaître une inscription sur un des monuments du forum romain, et les dieux l’ont rendue opérante : il a traversé le temps et Quintus l’a ramené ici, depuis Rome.
– Vraiment ? ! s’exclama-t-il, sidéré. C’est absolument extraordinaire !
– Tu peux le dire ! Et je remercie les dieux chaque jour de m’avoir inspiré.
– J’ai vraiment hâte de l’entendre ! »

Florence Jouniaux est née en Savoie, à Chambéry et a suivi des études de lettres classiques. Mère de trois enfants, elle est professeure par vocation et enseigne la littérature avec passion au lycée de la Versoie à Thonon-les-Bains.

Un soir, une muse lui a soufflé le début d’un roman et c’est ainsi que l’écriture a surgi dans sa vie, nourrie de ses lectures en tous genres, notamment la fantasy et l’histoire. Ses maîtres sont aussi bien Tolkien, Robin Hobb, Dan Simmons, Bernard Simmonay que Zola ou Maupassant. Amoureuse des langues, elle aime en inventer dans ses romans fantasy où son imagination ne connaît pas de limites. Ainsi a-t-elle écrit deux trilogies de ce genre, dont l’une est à paraître. Chaque nouveau roman est une aventure qu’elle partage avec ses héros, des héros très humains qui aiment les plaisirs de la vie, tout comme elle. Aussi ne vous étonnez pas pas de trouver quelques menus gastronomiques au fil des pages…

    Amour, Émotion, Historique, Magique, Roman de terroir

    Les Mains d’argile

    de Michel Lacombe
    Broché – 6 février 2025
    Éditions : de Borée

    Début du XXe siècle. Louise, jeune femme très indépendante et fille d’un riche bourgeois propriétaire d’une fabrique de vases à Anduze, se passionne pour la sculpture. Très talentueuse, elle parvient peu à peu à vivre correctement de son art, et partage volontiers ses gains avec les ouvriers de l’usine de son père. Mais ses parents, qui n’ont d’autre projet pour elle que celui de la marier à un fils de bonne famille, voient cette activité d’un très mauvais oeil. Lorsqu’elle rencontre Marcelin, fondeur de cloches à Lodève, c’est secrètement qu’ils décident de s’aimer. Louise parviendra-t-elle à imposer le jeune artisan à sa famille ?

    J’ai plongé avec fascination dans l’univers de Michel Lacombe et découvert sa plume envoûtante à travers Les Mains d’argile, un roman qui m’a véritablement transporté au cœur du sud de la France, au début du XXᵉ siècle, dans la ville d’Anduze. Le destin de Louise, une jeune femme libre et passionnée de sculpture, fille unique d’un riche industriel, propriétaire d’une fabrique de vases, qui développe un talent artistique remarquable et parvient à vivre de son art, tout en partageant généreusement ses revenus avec les ouvriers de l’usine familiale.

    Mais ses aspirations artistiques se heurtent aux attentes rigides de ses parents, qui la destinent à un mariage convenable er surtout dans une “bonne famille”. Louise, portée par son désir d’indépendance, défie leur volonté en s’éprenant de Marcelin, un fondeur de cloches à Lodève, un homme simple et profondément amoureux. Leur relation clandestine illustre les tensions entre aspirations personnelles et pressions sociales, soulevant avec finesse la question du choix et de la liberté que les femmes ont eut de tout temps.

    Ce roman m’a plongé avec intensité dans une époque où les conventions dictaient le destin des femmes. À travers le parcours de Louise, Michel Lacombe brosse un portrait puissant de l’émancipation féminine et de la lutte contre les préjugés. Son écriture délicate rend un vibrant hommage à l’art de la sculpture, tout en explorant avec sensibilité les combats d’une femme qui refuse de renoncer à ses rêves. Une lecture envoûtante qui invite à réfléchir sur la quête d’identité et de liberté qui résonne encore aujourd’hui.

    Au fil des pages, cette lecture, qui m’a profondément ému, s’est révélée être un véritable coup de cœur. Une œuvre que je conseille sans hésitation à tous les amoureux de l’art et de la littérature.

    Ma rencontre avec les éditions de Borée a transformé ma façon de lire. J’y ai découvert des auteurs mettant en lumière les beautés des régions françaises, mais surtout des récits empreints de bonté, d’amour et de personnages féminins forts, inspirants et inoubliables. Ces romans occupent désormais une place privilégiée dans ma bibliothèque déjà bien fournie. Ils me font un bien fou, nourrissent ma curiosité littéraire et linguistique, et portent des valeurs profondément humaines et authentiques.
    Un grand merci à toi Virginie…

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    Extraits :

    « leur ventre noir la crête des collines crépues hérissées de garrigue. Peu à peu, une nuit précoce étendait son emprise sur un paysage immobile qui paraissait retenir son souffle. Dans le silence subitement incongru, l’air lui-même se faisait plus lourd à respirer. Au fil des minutes, l’ombre avalait la vallée, crue d’obscurité qui se répandait en larges vagues, jusqu’à engloutir le village blotti entre les versants abrupts au creux desquels il se nichait. La terre elle-même semblait exhaler son angoisse larvée, avec cette odeur indéfinissable qui précède les orages d’été. »

    « Une fois de nouveau dans la tranquillité de sa chambre, la jeune fille se livra à une de ses distractions favorites, le dessin… À force de s’y entraîner, elle s’estimait chaque jour plus satisfaite de ce que sa mère ne considérait avec mépris que comme des gribouillages de gamine. Gribouillages ? Certes pas ! En se référant à ses premiers croquis, elle voyait bien la différence : les proportions plus justes, la perspective maîtrisée, le trait de crayon plus sûr, les gommages de plus en plus rares. Et, surtout, c’était le seul exercice qui la détendait vraiment. »

    « — Ce que je sais, c’est que personne ne me comprendra, à Anduze ou ailleurs, si j’arrive un jour à parler latin ! Je préférerais apprendre le patois des paysans de chez nous, l’occitan, ce qui me permettrait sans aucun doute de mieux connaître notre région…
    — Le patois! J’aurai tout entendu! Le parler du bas peuple…
    — Un bas peuple qui travaille quand même pour vous, Père, et qui assure l’opulence de notre famille, non ?
    Exactement le genre de propos qui avaient l’art d’exaspérer Armand.
    – Mais qui te permet, à ton âge, de juger ainsi de choses dont tu ignores tout ? Nous ne sommes pas de la même classe, c’est tout ! Il ne faut pas confondre les chiffons avec les serviettes de table… »

    « – Non, je ne me rendrai plus ni au temple ni à l’église ! avait-elle déclaré un dimanche matin.
    – Comment ? s’étaient indignés tant son père que sa mère. Mais pourquoi ?
    – Pourquoi ? Parce que je ne sais plus où j’en suis, à vous suivre à ces cérémonies hebdomadaires! À admettre l’autorité du pape d’un côté et à ne reconnaître que celle de la Bible de l’autre… Vouer un culte à Marie d’un côté, le réfuter de l’autre… Considérer que tous les chrétiens sont des prêtres dans la religion réformée, mais pas chez les catholiques… Prier les saints à l’église et les ignorer au temple… Sans compter les différences de sacrement et de célibat ! Vous avez voulu me partager en deux, mais je ne suis qu’une, sans savoir quelle foi adopter. Raison pour laquelle je préfère m’abstenir !
    — Mais tu vas passer pour une païenne ! avait protesté sa mère. Que va-t-on penser de nous, au village ? »

    Michel Lacombe est né en 1952 à Saint-Etienne dans la Loire.
    Il a toujours écrit, et le succès lui vient dès son premier roman, Le Retour au mas, couronné par le prix des Automnales en 2004. Depuis, ce passionné d’histoire, de nature et de sciences a publié plus d’une cinquantaine de livres. Ces « romans de vie », comme il les appelle, où il s’attache à faire ressentir au plus près ce que vivent ses personnages, lui ont valu la reconnaissance d’un lectorat fidèle. Ambiance régionale, paysages et sa­veurs de la nature vraie, personnages attachants et intrigues rurales, émaillent ses récits dans une œuvre de plus en plus étoffée. Michel Lacombe vit en Ardèche (07).

    Émotion, Magique, Poésie

    Le cœur cousu

    de Carole Martinez
    Poche – 5 mars 2009
    Éditions : Folio

    Dans un village du sud de l’Espagne, une lignée de femmes se transmet depuis la nuit des temps une boîte mystérieuse… Frasquita y découvre des fils et des aiguilles et s’initie à la couture. Elle sublime les chiffons, coud les êtres ensemble, reprise les hommes effilochés. Mais ce talent lui donne vite une réputation de magicienne, ou de sorcière. Jouée et perdue par son mari lors d’un combat de coqs, elle est condamnée à l’errance à travers une Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang. Elle traîne avec elle sa caravane d’enfants, eux aussi pourvus – ou accablés – de dons surnaturels.

    Carole Martinez construit son roman en forme de conte: les scènes, cruelles ou cocasses, témoignent du bonheur d’imaginer. Le merveilleux ici n’est jamais forcé: il s’inscrit naturellement dans le cycle de la vie.

    J’ai découvert Carole Martinez en octobre 2024 avec le superbe Dors ton sommeil de brute, un roman qui m’avait complètement emporté. Après une rencontre inoubliable avec l’auteure et une discussion fascinante, j’ai pris une décision : lire tous ses romans par ordre de parution.
    C’est ainsi que j’ai plongé dans Le Cœur cousu, son premier roman. Et quel premier roman !

    Dès les premières pages, j’ai compris pourquoi ce livre avait reçu tant de prix. En réalité, ce n’est pas simplement un roman. C’est un conte, un récit fantastique, un recueil de magie et d’histoire, saupoudré d’une touche de surréalisme. L’histoire prend vie dans l’Espagne du XIXe siècle, tout en semblant évoluer hors du temps. Mais comment fait-elle ?

    Carole Martinez nous entraîne dans un monde où le mystique côtoie le réel, où la sorcellerie se mêle à la poésie. Au centre de ce récit envoûtant, une famille portée par la figure maternelle et mystérieuse de Frasquita, couturière de génie capable de donner vie aux pièces de tissu ou morceaux de chair qu’elle recoud. Son pouvoir réside dans une boîte « magique » qu’elle transmettra à ses filles, toutes dotées de dons extraordinaires et uniques. Son fils, lui aussi est singulier, et, recherche désespérément l’amour de ses parents, prisonnier de ses propres tourments.

    Le texte est somptueux et d’une originalité rare. Le choix des mots, le rythme chargé d’amour, de larmes, de sang, de violence et de rêves m’a littéralement transporté. Chaque phrase m’a tenu en haleine, de peur de manquer une subtilité cachée. Et des subtilités, il y en a beaucoup, que chacun est libre d’interpréter à sa manière.

    Le Cœur cousu est avant tout une histoire de femmes. Des femmes au centre de tout, détentrices des secrets du monde, mais prisonnières d’un destin qu’elles ne maîtrisent pas. Elles sont abusées, violées, déchirées, perdues. Frasquita, l’héroïne, incarne à la fois la force et la vulnérabilité : femme libre, résistante, vacillante, mais surtout mère courageuse et aimante.

    Bienvenue dans cet univers féerique et merveilleux, peuplé de personnages inoubliables : un coq de combat rouge sang, un ogre inquiétant, des révolutionnaires en quête de liberté, un meunier mort mais toujours présent, une jeune fille qui brille dans le noir, une autre muette qui lit mieux que quiconque, un garçon aux cheveux rouges… et bien plus encore.

    J’ai adoré ce livre. Carole m’a de nouveau emporté dans son monde. Il est beau, il est magique, il est rempli d’amour et de poésie. Le Cœur cousu est un voyage initiatique d’une rare intensité. Un véritable régal littéraire !

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    Extraits :

    « Mon nom est Soledad.
    Je suis née, dans ce pays où les corps sèchent, avec des bras morts incapables d’enlacer et de grandes mains inutiles.
    Ma mère a avalé tant de sable, avant de trouver un mur derrière lequel accoucher, qu’il m’est passé dans le sang.
    Ma peau masque un long sablier impuissant à se tarir.
    Nue sous le soleil peut-être verrait-on par transparence l’écoulement sableux qui me traverse.
    LA TRAVERSÉE
    Il faudra bien que tout ce sable retourne un jour au désert. »

    « J’ai peur toujours de cette solitude qui m’est venue en même temps que la vie, de ce vide qui me creuse, m’use du dedans, enfle, progresse comme le désert et où résonnent les voix mortes.
    Ma mère a fait de moi son vivant tombeau. Je la contiens comme elle m’a contenue et rien ne fleurira jamais dans mon ventre que son aiguille. »

    « Longtemps, l’enfant resta dans le bassin de sa mère entre la vie et la mort. Elle attendait un signe : le lever du jour, une lumière…
    Ce fut la chandelle de la Blanca qui la guida.
    “Pousse, ma fille! cria la Maria assise sur le ventre de Frasquita. Pousse et surtout ne te laisse pas aller !
    Ne va pas t’endormir de nouveau, sinon l’enfant repartira. La voilà”… »

    « Le hurlement se propage dans toutes les directions. Le cri heurte les parois, rebondit, cherche une sortie, se précipite dans les galeries, enfle, se déforme, s’amplifie, arrive dans la grotte à l’entrée de laquelle les deux gardiennes sont postées, pénètre dans leurs rêves, les bouscule, les brise.
    Elles s’éveillent en sursaut. »

    « Depuis le premier soir et le premier matin, depuis la Genèse et le début des livres, le masculin couche avec l’Histoire. Mais il est d’autres récits. Des récits souterrains transmis dans le secret des femmes, des contes enfouis dans l’oreille des filles, sucés avec le lait, des paroles bues aux lèvres des mères. Rien n’est plus fascinant que cette magie apprise avec le sang, apprise avec les règles.
    Des choses sacrées se murmurent dans l’ombre des cuisines. »

    Née en novembre 1966 à Créhange, Carole Martinez est romancière et professeure de français. Elle a notamment signé Le Cœur cousu (2007), auréolé de nombreux prix, et Du domaine des murmures, couronné par le Prix Goncourt des Lycéens en 2011. En 2015, elle publie La terre qui penche (Gallimard). Tentée par la littérature jeunesse – elle est l’auteure de Le Cri du livre, en 1998 – Carole Martinez se lance pour la première fois dans la bande dessinée en scénarisant Bouche d’ombre pour Maud Begon. Deux albums sont parus chez Casterman en 2014 et 2015.