Drame, Folie, Polar, Psychologie, Thriller, Violence

Glacé

de Bernard Minier
Poche – 10 mai 2012
Éditeur : Pocket

Du sang sur la neige…

Dans une vallée encaissée des Pyrénées, au petit matin d’une journée glaciale de décembre, les ouvriers d’une centrale hydroélectrique découvrent le corps sans tête d’un cheval, accroché à la falaise.
Ce même jour une jeune psychologue prend son premier poste dans le centre psychiatrique de haute sécurité qui surplombe la vallée.
Le commandant Servaz, flic hypocondriaque et intuitif, se voit confier l’enquête la plus étrange de toute sa carrière.

“Retenez bien ce nom : Bernard Minier.”
Le Figaro littéraire

“De répit, point, ni pour les personnages ni pour nous. Une réussite !”
Le Point

Prix du meilleur roman francophone au Festival polar de Cognac

Impossible pour moi de lâcher Glacé. Dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par cette nature hostile, blanche et silencieuse, au cœur des Pyrénées. J’avoue m’être parfois un peu perdu parmi des personnages nombreux, aux trajectoires complexes, dont certains m’ont laissé perplexe. Mais cette densité participe aussi à la richesse du roman.

J’ai suivi le commandant Servaz avec intérêt. Cet homme entre deux âges, séparé, fragile sans jamais cesser d’être solide, m’a touché par son humanité. Il doute, il vacille, mais il avance. Et l’enquête qu’il doit mener est à la hauteur de cette rudesse intérieure, un cheval retrouvé pendu à une falaise, dans un décor glacé, appartenant à un puissant homme d’affaires. Un acte barbare, incompréhensible, commis non loin de l’Institut Wargnier, centre psychiatrique de haute sécurité abritant certains des criminels les plus dangereux d’Europe.

Très vite, l’étrangeté s’installe. Les morts s’enchaînent, toujours par pendaison, frappant des figures de ce village enneigé que l’on croyait paisible. L’angoisse monte, insidieuse. En parallèle, Servaz doit composer avec ses propres failles, notamment sa relation compliquée avec sa fille Margot. Ce tiraillement intime ajoute une profondeur bienvenue au récit.

Je me suis laissé porter par l’atmosphère oppressante, par ces montagnes qui semblent refermer leur étreinte sur les hommes. Bernard distille les informations avec précision. Chaque détail compte. Les aspects médicaux et psychiatriques sont expliqués avec clarté, ce qui renforce la crédibilité de l’ensemble.

Et puis il y a le suspense. Jusqu’aux dernières pages, je me suis interrogé, cherchant le ou les coupables, échafaudant des hypothèses… en vain. La révélation finale m’a surpris tout en me paraissant parfaitement cohérente.
Glacé est un thriller puissant, sans concession. Ici, la violence est brute, frontale. Ça pend, ça frappe, ça dérange. Bernard ne cherche pas à ménager son lecteur, et c’est aussi ce qui fait la force du roman.

Un premier opus qui claque comme un coup de feu dans la nuit froide. Un thriller sombre, intense…

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Extraits :

« Une rafale glacée chargée de flocons fouetta leurs visages. Mais personne ne descendit. Ils restèrent là, à contempler l’œuvre de folie et de mort. Ils savaient déjà qu’ils n’oublieraient jamais cette vision.
Le vent hurlait autour de la plateforme. Ce n’étaient plus des cris d’enfants que Huysmans entendait, mais ceux d’un autre supplice, des cris atroces couverts par les hurlements du vent. Ils reculèrent d’un pas à l’intérieur.
La peur les percuta comme un train en marche. »

« Elle ne put s’empêcher de le revoir en pensée : un visage mince, des iris couleur de miel qui se posaient sur elle avec la convoitise du prédateur. Kurtz était un authentique sociopathe. Le seul qu’elle eût jamais rencontré. Froid, manipulateur, instable. Sans le moindre soupçon de remords. Il avait violé et tué trois mères de famille dont la plus jeune était âgée de quarante-six ans et la plus âgée de soixante-quinze. C’était son truc, les femmes mûres. Et aussi les cordes, les liens, les bâillons, les nœuds coulants… »

« Tout autre que cet adolescent aurait accusé le coup. Mais pas lui. Pas ce garçon nommé Clément ; le garçon nommé Clément ne semblait nullement prendre la mesure des faits qui lui étaient reprochés. Servaz avait déjà lu des articles là-dessus, sur ces mineurs qui violaient, qui tuaient, qui torturaient – et qui semblaient parfaitement inconscients de l’horreur de leur geste. Comme s’ils avaient participé à un jeu vidéo ou à un jeu de rôle qui aurait simplement mal tourné.
Il avait refusé d’y croire jusqu’à ce jour. Des exagérations journalistiques. Et voilà qu’il était lui-même confronté au phénomène. Car, plus terrifiant encore que l’apathie de ces trois jeunes assassins, était le fait que ce genre d’affaire n’avait plus rien d’exceptionnel.
Le monde était devenu un immense champ d’expérimentations de plus en plus démentes que Dieu, le diable ou le hasard brassaient dans leurs éprouvettes. »

« À l’audience, Hirtmann révéla enfin sa vraie nature. Loin de chercher à minimiser ses penchants, il les étala au contraire avec complaisance. Une série de scandales retentissants éclata au cours du procès, car plusieurs membres du tribunal et de la bonne société genevoise avaient participé à ses soirées. Hirtmann donna leurs noms en pâture avec délectation, ruinant un nombre incalculable de réputations. L’affaire devint un séisme politico-criminel sans précédent mêlant sexe, drogue, argent, justice et médias. De cette période subsistaient de nombreuses photos parues dans la presse du monde entier et légendées : La maison de l’horreur (où l’on voyait la grande maison des bords du lac avec sa façade couverte de lierre), Le monstre sortant du tribunal (où Hirtmann apparaissait revêtu d’un gilet pare-balles et protégé par des policiers qu’il dépassait d’une bonne tête), Genève prise dans la tourmente, Untel accusé d’avoir participé aux orgies Hirtmann, etc. »

Bernard Minier, né en 1960, originaire de Béziers, a grandi au pied des Pyrénées. Glacé (2011), son premier roman, a reçu le prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac et figure dans la liste des 100 meilleurs polars du Sunday Times depuis 1945. Le livre a été adapté en série télévisée en 2017 par Gaumont Télévision et M6 est disponible sur Netflix.

Après Le Cercle (2012), N’éteins pas la lumière (2014), Une putain d’histoire (2015, Prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac), Nuit (2017), Sœurs (2018), M, le bord de l’abîme (2019), La Vallée (2020) et La Chasse (2021), il a publié en 2022 Lucia, en 2023 Un œil dans la nuit et Les Effacées en 2024. En 2024 paraît également chez Pocket un recueil de nouvelles inédit, Les Chats et 14 histoires mystérieuses diaboliques cruelles. Son dernier ouvrage, H, a paru en 2025. Bernard Minier est considéré aujourd’hui dans toute l’Europe comme l’un des maîtres du thriller. Ses romans, traduits en 28 langues, sont tous publiés aux Éditions XO et repris chez Pocket.

Drame, Folie, Thriller, Violence

Bloody Glove

de Bob Slasher
Broché – 26 mai 2016
Éditeur : L’atelier Mosésu

« Tous des enflures. Coupables désignés. Cibles idéales de ta colère. Pourquoi essayer de mourir alors que des salauds vivent ? Pourquoi se punir soi-même quand tant d’autres le méritent ? »
Cinéphile averti, révolté contre le monde, Fred a enfin trouvé sa voie. Elle sera aussi tarée que sanglante. Et rendra hommage au septième art, le vrai. Le grand. Celui qui tache.

Bloody Glove fait partie de ces livres que j’aurais pu ne jamais lire… et rien que d’y penser, ça m’a filé un frisson.
Tout commence par la couverture. Rouge, sanglante, frontale. Elle m’a immédiatement replongé dans mon univers VHS d’adolescent. Halloween, Vendredi 13, Les Griffes de la nuit. Et ce nom d’auteur, Bob Slasher… plus qu’un clin d’œil, un véritable coup de poing, un doigt d’honneur ? Mais non, je ne l’ai pas dit !

Je savais à quoi m’attendre. Une écriture sombre, glauque, brutale. Certains diront sordide. Moi, j’y vois une cohérence totale avec l’univers revendiqué. Ici, pas de dentelle ni de phrases policées. Si vous cherchez la délicatesse de métaphores fleuries et de proses parfumées, passez votre chemin, mais tant pis pour vous.
Slasher écrit comme il découpe : droit au but, sans anesthésie. Il s’amuse avec tous les codes du genre. C’est référencé à outrance, bourré d’allusions savoureuses, Freddy Krueger, bien sûr, mais aussi Les Tontons flingueurs, Le Père Noël est une ordure, Gainsbourg se transforme en Gainsbarre, et les répliques sentent bon le zinc et la mauvaise foi.

J’ai ri. Oui, vraiment. Jaune, évidemment. Ce livre est cru, direct, sans filtre. Ça cogne, ça grogne, ça dit les choses sans demander pardon. Polar, thriller, roman d’humour noir ? Un peu tout à la fois… et bien plus encore.

Derrière la violence, si l’on accepte de lire entre les lignes, se cache surtout la souffrance d’un homme. Fred Parmentier, écorché vif, abandonné par sa femme, vidé de toute joie. Je n’ai jamais cautionné sa vengeance, mais je l’ai comprise.
Dans l’ombre, il façonne un gant hérissé de lames, prolongement de sa rage. Et il passe à l’acte.

Bloody Glove est une boucherie stylisée, un hommage furieux et jubilatoire au cinéma d’horreur des années glorieuses. Une écriture brute, sèche, percutante, une explosion de mauvais goût parfaitement assumée.
Ça tranche. Ça claque. C’est sale. C’est drôle. C’est excessif et ça marque.

Pour sortir des sentiers battus ? Oui.
Mais attention… vous pourriez bien en redemander.

Merci Marc.

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Extraits :

« T’es qu’un con.
Voilà. C’est à peu près tout ce qu’on pourrait dire. Oh, bien sûr, on pourrait broder, délayer un peu comme les journaleux ou les scribouillards savent si bien faire, trouver des façons plus élégantes de dire que t’es un con, mais au final, hein…
Ci-git Frédéric Parmentier.
1977 – 2016
Citoyen aimable, gentil, discret, avenant, effacé.
Un con.
Qui aimait rendre service. Bon voisin et ami fidèle.
Un…
Compagnon aimant, un…
Loser. »

« Tu fredonnes.
Je suis venu te dire que je m’en vais…
Tu respires profond. Tu fixes l’intérieur de ton poignet gauche.
Y appliques la lame du couteau et tu tranches d’un coup sec.
Le sang gicle.
La douleur pulse. Tu fixes le sang qui se mêle à l’eau chaude. C’est beau. Arabesques rouges dans le liquide trans-parent. Mais tu te dépêches aussi, pour pas perdre le rythme.
Le couteau change de main. Tu grimaces. Putain, ça fait mal.
D’un autre coup sec, tu tranches l’autre poignet.
La lame dévie sur l’os. Grince. Le sang coule quand même.
Pour la jouer un brin poétique, tu regardes la vie en train de s’écouler par tes poignets béants, sinon en vérité ça pisse et ça fait mal, ouais putain. Ça pisse foutrement vite.
Mais l’eau chaude te soulage.
Tu fermes les yeux.
Comme dit si bien Verlaine au vent mauvais… »

« Minuit, l’heure du crime…
Ton garage éclairé au néon. Le métal crie. Crache ses étincelles. T’y mets tout ton cœur et un paquet d’huile de coude, tu t’es jamais senti si vivant depuis des lustres. Des mois. Des années. Plutôt fier de toi, aussi. C’est pas le premier pékin venu qui pourrait inventer ce que toi, t’es en train d’inventer.
Concevoir ce que tu conçois. À la fois l’instrument de ta vengeance et un vibrant hommage au héros de ta jeunesse. »

« Tes yeux sont ouverts.
Dans l’obscurité de la nuit, de la chambre aux murs dépouillés – Tina est aussi partie avec la déco -, tu fixes le plafond que tu connais si bien. Pour l’avoir longtemps fixé. Ton sport national à une époque. Fixer ce foutu plafond et imaginer des choses… Horribles, de préférence. Visions de mort et de maladies. De solitude. Visions d’un bonheur impossible, car le malheur est partout. Il bouffe tout, attend son heure. Et à force de penser au pire, celui-ci finit par arriver… T’as déjà pensé à ça ? Au fait que ça puisse être ta faute ?
Non, bien sûr, toi tu blâmes les autres. Tu leur donnes à tous le mauvais rôle. Tu te réserves l’habit de lumière. T’es pas du genre à te remettre en question, comme type. »

Ni ange ni démon, Robert « Bob » Slasher n’est qu’un homme. Ce qui explique beaucoup de choses.
Enfant, il n’a pas torturé d’animaux mais toujours ressenti une attirance pour les films d’horreur. Le sang et l’angoisse. La catharsis de nos mauvaises pulsions. Après avoir hésité entre séminaire et armée, il choisit l’écriture. Par vocation et surtout refus de l’autorité, qu’elle soit divine ou militaire. Bob travaille seul. Il vivrait dans le nord de la France.

Bloody Glove est son premier roman.

Émotion, Drame, Polar, Sciences, Suspense, Thriller

Le funeste génie d’Alexandra

de Gérard Papier-Wagner
Broché – 14 avril 2025
Éditeur : Auto-édition

« Les pas de Max, sans qu’il en eût réellement conscience, l’avaient conduit sur le parvis du Sacré-Cœur, tant son esprit s’embrouillait en recherchant moins une issue au malheur, qu’une explication à la mort d’Alexandra la semaine dernière. Lorsqu’il s’agit d’un décès par maladie ou accident, la résignation demeure possible en accusant la fatalité, mais comment ne pas se sentir envahi de rage, lorsqu’une balle au milieu du dos explose le cœur et jette à terre bras en croix un être aimé ? »
Récit des prémisses et conséquences de l’assassinat de Alexandra Andrassy le 16 avril 2012 à 16h30 rue Laffitte à Paris. Celle-ci était en effet trop douée en informatique et intelligence artificielle pour ne pas vivement inquiéter ceux de ses concurrents étrangers visant la suprématie en ce domaine.

Je viens de refermer Le funeste génie d’Alexandra, et je ressens encore cette vibration particulière qu’on éprouve quand un ami vous offre un univers à explorer. Gérard Papier-Wagner a eu la gentillesse de me transmettre la toute dernière version de son roman, et je tiens à le remercier.
Une fois encore, il m’a permis de vivre une aventure littéraire hypnotisante, de celles qui marquent bien après la dernière page tournée.

Dès les premières lignes, j’ai été happé par cette atmosphère sombre, précise, presque clinique, où chaque détail semble compter. L’intrigue s’ouvre sur l’intervention d’une IA dans une enquête criminelle, un choix audacieux qui fonctionne parfaitement. J’ai immédiatement été séduit par cette approche futuriste du polar, portée par des personnages aussi singuliers qu’attachants : Max, Alexandra, Cathy, Gretchen… chacun doté d’une identité forte, d’une épaisseur réelle. Le rythme, soutenu et maîtrisé, m’a gardé en tension constante.

Puis, sans prévenir, le récit opère une bascule que j’ai trouvée fascinante. Le thriller glacé s’efface peu à peu pour laisser place à quelque chose de plus intime, de plus humain. Un voyage sur la mythique Route 66, la relation délicate entre Max et Cathy, la place que prend petit à petit Gretchen dans la vie de Max, les fragilités et les émotions qui affleurent… tout cela m’a profondément touché. C’est un virage audacieux, peut-être déstabilisant pour un lecteur fidèle aux codes du genre, mais pour moi, il représente précisément la richesse de ce roman, cette capacité à glisser du suspense technologique vers une exploration sensible des êtres.

Et au fond, n’est-ce pas ce que nous recherchons tous ? Des histoires qui interrogent, qui déroutent, mais surtout qui nous rapprochent de ce que nous sommes, des êtres traversés par des failles, des désirs, des routes intérieures à parcourir.

Le funeste génie d’Alexandra est ainsi devenu pour moi un livre singulier, vibrant, étonnamment humain.
J’y ai trouvé du plaisir, de la surprise et beaucoup de tendresse… un voyage littéraire…

Merci, Gérard, pour cette nouvelle traversée à travers tes mots.

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Extraits :

« Les pas de Max, sans qu’il en eût réellement conscience, l’avaient conduit sur le parvis du Sacré-Cœur, tant son esprit s’embrouillait en recherchant moins une issue au malheur, qu’une explication à la mort d’Alexandra la semaine dernière. Lorsqu’il s’agit d’un décès par maladie ou accident, la résignation demeure possible en accusant la fatalité, mais comment ne pas se sentir envahi de rage, lorsqu’une balle au milieu du dos explose le cœur et jette à terre bras en croix un être aimé ? Le degré de préparation fit de facto de ce meurtre un assassinat pris en charge par la DGSI’ en sus de la P] à cause du poste éminent occupé par la défunte au CNRS. Une horrible semaine de formalités. Après le départ des proches venus assister aux obsèques, puis celui de son père et de sa sœur habitant New-York et jusqu’à cette fin d’après-midi logés chez lui, Max fut violemment assailli tour à tour par le chagrin et par une révolte qu’attisaient quantité d’interrogations. »

« Alexandra et Max vivaient ensemble depuis quinze ans sans ressentir la nécessité de se marier puisque, selon tous les médecins consultés, jamais ils ne pourraient avoir d’enfant. Leur attachement tenait à une osmose des sentiments et une complémentarité intellectuelle qui spontanément les avaient rapprochés lors des noces d’une relation commune. »

« L’argent, le chantage et l’idéologie pourrissent toutes les consciences, je suis bien placé pour le savoir. Personne en réalité n’est à l’abri d’une faiblesse… »

« Cathy avait reçu, depuis la mort suspecte de Marcel Bontemps, pour consignes de faire en sorte que demeurât secrète la lutte en coulisse devenue politique pour la suprématie informatique, tant les cybertechnologies nourries à l’IA seraient bientôt déterminantes sur un champ de bataille, à l’hôpital et dans les usines. »

Né en 1941 à Paris, diplômé architecte en 1966, Gérard Papier-Wagner a exercé en tant qu’urbaniste-architecte à Pointe-Noire en République du Congo, puis à Batna dans les Aurès en Algérie avant de travailler, en libéral à Rennes, dans sa propre agence d’architecture jusqu’en 2001.

Mona
https://leressentidejeanpaul.com/2023/03/22/mona/

LE PARFAIT inconnu
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/21/le-parfait-inconnu/

À cause du Zibaldone
https://leressentidejeanpaul.com/2023/05/28/a-cause-du-zibaldone/

Le disparu de Monrovia
https://leressentidejeanpaul.com/2023/06/27/le-disparu-de-monrovia/

La double vie des Jodlere
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/25/la-double-vie-des-jodlere/

Le rendez-vous de Tchimbamba
https://leressentidejeanpaul.com/2023/12/21/le-rendez-vous-de-tchimbamba/

Le triptyque
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/05/le-triptyque/

Dragon qui boite
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/07/dragon-qui-boite/

L’Autre versant
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/11/lautre-versant/

Émotion, Drame, Psychologie, Thriller

Le Testament

de John Grisham
Broché – 6 avril 2000
Éditeur : Robert Laffont

Ce testament, objet de toutes les convoitises, fascine tout le monde, sauf la principale intéressée : l’héritière.
Médecin missionnaire dans la jungle brésilienne, Rachel hérite de onze milliards de dollars, sur un dernier caprice de son père qu’elle connaît à peine. Du jour au lendemain, elle devient l’une des femmes les plus riches du monde. Comment réagira-t-elle quand elle l’apprendra ? Personne ne peut le dire…
Ni l’exécuteur de ce testament, lorsqu’il découvre que son client a déshérité ses six enfants légitimes pour léguer sa fortune à cette fille adultérine…
Ni les héritiers légitimes, bien déterminés à devenir enfin milliardaires…
Ni leurs hommes de loi, qui voient déjà danser des milliers de dollars d’honoraires…
Ni l’avocat alcoolique et suicidaire parti à la recherche de la jeune femme…
Qui serait assez fou – ou assez pur – pour renoncer à une telle fortune ?

En ouvrant Le Testament de John Grisham, je ne m’attendais pas à être entraîné si loin, au sens propre comme au figuré. Très vite, je me suis retrouvé happé par ce thriller dense, plein de rebondissements, dont chaque chapitre semblait m’appeler avec un suspens renouvelé. J’ai particulièrement savouré l’alternance entre les couloirs feutrés de Washington et la jungle brésilienne, cette autre jungle faite de serpents, d’alligators, de moustiques, d’humidité écrasante… et de dangers plus humains encore.

Au cœur du roman trône Troy Phelan, un magnat imbuvable, riche à l’excès, entouré d’ex-femmes cupides et de six enfants d’une avidité presque caricaturale. Tous n’attendent qu’une chose, se partager son immense fortune. Mais Troy leur offre un retour de bâton glacial. Le milliardaire lègue tout à une fille illégitime disparue depuis vingt ans, Rachel Lane, médecin missionnaire au fin fond du Brésil. À partir de là, l’histoire prend une tournure inattendue.

C’est Nate O’Riley, avocat brisé, rescapé de l’alcool, de la drogue et de ses propres démons, que l’on envoie sur les traces de cette héritière improbable. Je l’ai suivi dans son périple chaotique, les cartes imprécises, les rivières mouvantes, un avion qui s’écrase, son bateau qui chavire, les caïmans, les anacondas, les insectes porteurs de maladie… Et surtout cette quête presque impossible d’une femme dont on ne possède même pas la photo. À mesure que Nate avançait dans cette Amazonie immense et capricieuse, je sentais naître une tension nouvelle, un véritable souffle d’aventure qui m’a captivé.

Par contraste, les scènes où l’on revient aux batailles juridiques de la famille m’ont semblé un peu plus longues, mais elles restent essentielles à l’intrigue et montrent le cynisme presque jubilatoire de ces héritiers qui s’entredéchirent.

Ce roman a vu grandir mon intérêt au fil des pages. J’ai aimé sa dimension humaine, sa manière de confronter richesse obscène et dénuement absolu, ambition toxique et foi inébranlable.
Et surtout, j’ai apprécié que rien ne se passe comme prévu… Ni pour les avocats, ni pour Rachel, ni même pour moi, lecteur !

Le Testament m’a offert un voyage dépaysant, vibrant, parfois cruel, mais toujours profondément humain.

Extraits :

« Voici le dernier jour, la dernière heure. Je suis un vieil homme, seul et sans amour, malade, acariâtre, fatigué de vivre. Je suis prêt pour l’au-delà ; ça ne peut pas être pire qu’ici-bas.
Je possède le grand building de verre à l’intérieur duquel je suis assis et quatre-vingt-dix-sept pour cent de la compagnie qui y réside, sous moi; le terrain qui l’entoure sur presque un kilomètre à la ronde, les deux milles personnes qui y travaillent et les vingt mille réparties sur mes autres sites; et je possède le pipeline sous l’écorce terrestre qui apporte au building le gaz de mes houillères du Texas, les lignes électriques qui conduisent l’électricité, et le satellite grâce auquel j’aboyais mes ordres à mon empire planétaire. Mes biens excèdent les onze milliards de dollars. »

« Le problème quand on a de l’argent, c’est que chacun dans votre entourage veut sa part du gâteau. Juste une tranche, une petite lamelle. Qu’est-ce qu’un million de dollars pour un homme qui en a des milliards? Donne-moi un million, mon vieux, et tu ne verras même pas la différence. Fais-moi un petit prêt et on l’oubliera tous les deux. Mets mon nom dans ton testament, il y a de la place. »

« Donc, Rachel vivait dans une hutte ou une case et dormait sur un lit bâti de ses propres mains, cuisinait sur un feu de bois, mangeait le produit de ce qu’elle cultivait ou chassait, et enseignait les histoires de la Bible aux enfants et les Évangiles aux adultes ; et ne savait rien sur les événements, les inquiétudes et les pressions de la civilisation, ou s’en fichait éperdument. Elle était très satisfaite. Sa foi la soutenait.
Il semblait presque cruel d’aller l’ennuyer avec tout ça. »

« – Je ne veux pas de cet argent.
– Ne faites pas l’idiote.
– Je ne fais pas l’idiote. L’argent ne signifie rien pour moi.
– Cela devrait vous paraître évident.
– Vous ne savez même pas combien il y a.
– Ça ne m’intéresse pas. J’ai travaillé aujourd’hui sans penser une seconde à l’argent. Je ferai la même chose demain, et le jour suivant.
– C’est onze milliards, à quelques dollars près.
– C’est censé m’impressionner ?
– Moi, ça a éveillé mon intérêt.
– Mais vous adorez l’argent, Nate. Vous faites partie d’une culture qui l’idolâtre, où tout est mesuré par lui. C’est une religion.
– Exact. Mais le sexe est assez important aussi.
– Ok, l’argent et le sexe. Et quoi d’autre ?
– La célébrité. Tout le monde veut être célèbre. »

……………………………

Né en 1955, John Grisham a commencé sa carrière comme avocat dans une petite ville du Mississippi.
Avec La Firme, parue en 1991, il a rencontré son premier grand succès de romancier. Depuis, il a vendu plus de soixante millions d’exemplaires dans le monde au travers de nombreux romans dont L’Affaire Pélican, Le Maître du jeu, L’Associé, La Loi du plus faible, Le Testament, L’Héritage, Le Dernier Juré, Le Clandestin, L’Accusé, Le Contrat, La Revanche, L’Infiltré et, plus récemment, Chroniques de Ford County, tous publiés chez Robert Laffont.

Émotion, Drame, Psychologie, Suspense, Thriller

L’Antidote

de Tom Clearlake
Broché – 2 juin 2025
Éditeur : Moonlight éditions.

Andrew Fisher, père de famille sans histoires, disparaît sans laisser de traces.
Pour la police, il a fui délibérément, accablé par son récent licenciement.
Tess Lambert, ex-agent du FBI devenue détective privée, ne croit pas à cette version. Fisher occupait un poste important chez Corequantech, un géant des nouvelles technologies établi au cœur de la Silicon Valley.
Elle va percer le mur du secret professionnel de cette multinationale et découvrir qu’il travaillait au sein d’un laboratoire, avec quatre autres scientifiques spécialisés dans la génération d’intelligences artificielles avancées.
Persuadée que cette piste n’est que la face émergée d’un iceberg, elle va se mettre en quête de retrouver les ex-collègues de Fisher, et ouvrir une porte sur des révélations qui dépassent l’imaginable.
Quelque chose de plus vaste, de plus sombre, se cache derrière cette disparition.

Après « Sans retour », « Le Seuil », « Avides » et « Signatures », plongez dans ce techno-thriller infernal signé Tom Clearlake !

Quel bonheur d’être à nouveau surpris par un auteur que je suis depuis ses débuts !
Avec L’Antidote, Tom Clearlake sort de sa zone de confort, et pour moi, ce fut un vrai cadeau de lecture.

Dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par cette histoire, véritable grand écart du début à la fin, qui démarre par une mystérieuse disparition. Peu à peu, un univers sombre et inquiétant s’installe, un monde qui, derrière sa part d’imaginaire, nous renvoie à une réalité peut-être bien plus proche que nous ne le pensons.

Ce roman est inclassable. Tom nous entraîne dans un récit qui brasse une multitude de thèmes et qui fait voyager mes émotions d’un extrême à l’autre, colère, haine, peur parfois, mais aussi douceur, humanité, amour, respect de la nature, des animaux et envers son prochain…. Cette richesse donne une profondeur singulière à l’histoire et la rend d’autant plus inoubliable.

Au cœur du récit, Tess Lambert. Détective privée et ancienne agente du FBI, elle se lance dans une enquête qu’elle n’aurait jamais imaginée, mais qui résonne intimement avec ses valeurs. Je l’ai trouvée incroyablement attachante. À la fois forte et fragile, obstinée et vulnérable, elle incarne à mes yeux le symbole de la résistance, ce contrepoids nécessaire face à un monde qui court à sa perte, happé par la technologie et la déshumanisation. Serait-elle la clé de cette résistance devenue nécessaire ?

L’ambiance, les révélations ponctuelles, le suspense qui monte sans cesse… tout est parfaitement maîtrisé. J’ai aussi beaucoup apprécié l’univers technologique, dense mais accessible, et surtout original. Tom Clearlake réussit à me faire tourner les pages avec frénésie tout en m’invitant régulièrement à réfléchir aux dérives de notre époque et à un besoin vital d’entraide et d’humanité.

L’Antidote est un véritable “tourne-page”, mais aussi un roman porteur de sens. Un énorme coup de cœur que je vous recommande sans hésiter !
Et cerise sur le gâteau, il y aura une suite… J’ai déjà hâte d’y plonger.

Merci Tom, pour ta confiance et pour ce moment de lecture aussi intense que marquant.

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Extraits :

« – Maman, il est parti où papa ?
La mère entendit à peine la voix de sa jeune fille. Ses yeux étaient fixés sur un point vague, au loin, en direction de ce magasin, de l’autre côté de la route. Andrew y était allé pour acheter de la crème solaire.
– Hein maman, il est parti où ?
Le regard azur d’Emily Fisher ne dévia pas. Elle passa une main devant ses yeux pour dégager ses mèches brunes rabattues par le vent.
Daniel prit le relais de sa sœur ainée :
– Mais il est parti où papa ?!
– Il ne va plus tarder à revenir, les enfants. »

« Elle composa le 911, le cœur battant à tout rompre. La voix énergique d’une jeune femme s’éleva :
– 911, quelle est votre urgence ?
Emily respira profondément pour se calmer, et tâcha de parler clairement :
– Mon nom est Emily Fisher. Je vous appelle car mon mari
Andrew a disparu.
– Il va me falloir plus d’informations, madame. »

« Dans le paysage dynamique de la technologie mondiale, Corequantech émerge comme un colosse, dominé par une quête incessante d’innovation et une culture d’entreprise exclusivement basée sur le rendement. Fondée en 1980, cette multinationale, avec ses racines profondément ancrées dans la Silicon Valley, s’est imposée comme un leader incontesté dans les domaines de l’informatique classique et à présent quantique, des nanotechnologies, de la robotique indus-trielle, spatiale et domestique. Toutefois, derrière le voile de ses succès, se cache une réalité complexe, marquée par la compétitivité, et frappée du sceau du secret professionnel.
Une Course à l’Innovation. »

« Nous avions tous les cinq un idéal commun, le rêve d’un monde meilleur, d’une humanité unie, évoluant sur une planète sans frontières, exempte de guerre, de pollution, gouvernée avec sagesse. Nous voulions changer le monde et nous savions que l’intelligence artificielle allait ouvrir les portes d’une nouvelle ère. Au fil de nos réunions et de nos discussions en dehors du cadre du laboratoire, cet idéal s’est peu à peu concrétisé en un objectif. L’objectif ultime : la génération d’une super intelligence artificielle. »

Tom Clearlake est un auteur franco-canadien né au Canada le 19 octobre 1973.

Il commence à lire avec Edgar Allan Poe, H.G. Wells, Jack London, Jules Verne, Agatha Christie, Jack Kerouak, Edgar Rice Burroughs, Lovecraft, Dean Koontz, Stephen King, Clive Barker, Umberto Eco…

Sa passion pour les littératures de l’imaginaire le pousse à expérimenter l’écriture dans des univers très différents, mais c’est dans le thriller qu’il préfère exercer.

« Je pense que le Thriller est le maître de tous les genres littéraires. Il permet de jouer avec les sensations et les émotions du lecteur comme aucun autre genre le peut. Il y a dans le thriller cette possibilité de créer l’intensité, et de la pousser à son paroxysme. Et l’on dispose d’une infinité de moyens pour y parvenir. »

Émotion, Polar, Psychologie, Thriller, Violence

Quand ils viendront

de René Manzor
Broché – 3 septembre 2025
Éditeur : Calmann-Lévy

« QUAND ILS VIENDRONT, TU DEVRAS ÊTRE PRÊT. »

Peter a 11 ans. Son père a quitté sa famille pour vivre seul dans un lieu qu’il tient secret. Pour toute explication, il a dit à sa femme que leur sécurité à tous les trois en dépendait. Mais, une nuit de tempête, il surgit chez eux, blessé, et les embarque dans un minivan, direction la Pennsylvanie.

Confusément, Peter a toujours su que ce jour arriverait. Chaque weekend depuis deux ans, son père l’entraîne au tir sur cible, à l’endurance, au combat à mains nues… Et entre deux exercices physiques, il l’initie aux échecs, lui fait apprendre par cœur des stratégies, des numéros de téléphone, des codes…

Menacé par des ennemis dont Peter ignore tout, son père a prévu jusqu’au moindre détail de leur exil. Malheureusement, le destin s’en mêle sous la forme d’un terrible accident. Peter et sa mère se retrouvent seuls pour affronter l’avenir, isolés dans une ferme en plein territoire amish, un monde hors de toute modernité.

Dans cette région inconnue, dans cette maison inconnue, Peter ne sait qu’une chose : « Ils viendront », comme lui a dit son père. Mais qui ? Quand et pourquoi ? Et que peut faire un garçon de 11 ans pour protéger sa mère ?
Un thriller émouvant et féroce

Vous l’avez déjà lu ce roman qui vous prend à la tête et aux tripes ?
Celui qui vous fait tourner les pages de plus en plus vite ?
Celui qui fait « tic-tac, tic-tac » dans la tête, sans cesse, qui vous empêche de prendre une pause, qui vous incite à lire le chapitre suivant et le suivant, et le suivant encore. Je me suis retrouvé piégé dans un engrenage infernal, obsédant, qui m’empêchait de poser mon livre. Et quand enfin j’ai vu apparaître ce mot tant redouté : FIN.
Il était 3 h 39 du matin et je l’ai détesté. Les heures à réfléchir à ce que je venais de lire en regardant mon plafond m’ont paru bien longues…

Il y a des romans qui vous happent dès la première page et qui ne vous lâchent plus, pas même au cœur de la nuit. Quand ils viendront, de René Manzor, fait partie de ceux-là.

L’histoire m’a immédiatement pris à la gorge. Secrets, révélations, tensions… tout s’accélère, tout devient étouffant, et l’envie irrépressible de tourner les pages prend le dessus. René sait parfaitement manier le suspense, mais ici il frappe encore plus fort, il nous met face au mal absolu. Ce mal, ce n’est pas un monstre venu d’ailleurs, mais le pouvoir. Ce pouvoir froid, implacable, qui broie sans état d’âme et qui ne laisse derrière lui que des ruines.

Et face à cette machine infernale, il y a Peter, un garçon de onze ans bouleversant, qui m’a profondément marqué. Avec son innocence et sa force mêlées, il choisit de ne pas baisser les yeux, de ne pas céder. En mémoire de son père qui l’aimait plus que tout, il se dresse contre l’injustice, contre la peur, contre le pire. Son courage m’a serré le cœur.

René m’a entraîné dans un récit où s’entremêlent action, tension, émotions et une troublante résonance avec notre actualité. Chaque page transpire l’urgence, chaque mot semble forgé dans la colère et la passion. J’imaginais l’auteur jubilant derrière sa plume, conscient de la bombe qu’il tenait entre les mains, impatient de la livrer à ses lecteurs.

Dans cette histoire, une mère, Emma, et son fils affrontent un combat impossible, contre un État tout-puissant, contre la CIA, contre une vérité qu’on veut réduire au silence à tout prix. Mais il y a aussi Patty, Cameron, Franc, le tonton et bien d’autres. Ils doivent fuir, résister, survivre. Et moi, lecteur, je courais avec eux, le souffle court, les tripes nouées.

Quand ils viendront est un thriller brillant, haletant, bouleversant, qui m’a laissé groggy mais admiratif.
Un véritable coup de cœur que je vous recommande sans la moindre hésitation.
Merci aussi René, pour cette “ouverture” sur le monde des amish particulièrement agréable. Au revoir Peter, au revoir Lovina et profitez de la vie, vous le méritez amplement !

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Extraits :

« La pluie tombait à verse. Elle tambourinait sans relâche sur les pentes abruptes et rocheuses de la forêt. L’humidité et la chaleur engourdissaient la course de l’enfant. L’eau aveuglante lui dégoulinait dans les yeux, mais il s’efforçait de garder le rythme pour ne pas se laisser distancer.
Devant lui, son père semblait survoler le terrain, sans donner le moindre signe de fatigue.
Poussé par l’amour-propre de ses onze ans, Peter mobilisa ses dernières réserves pour le rattraper.
Mais, à force d’allonger les foulées, il glissa. Ses mains tentèrent désespérément de s’agripper à quelque chose…
en vain.
Il s’affaissa dans le fossé boueux. »

« Deux semaines s’étaient écoulées depuis cette horrible catastrophe, mais c’était comme si le temps s’était arrêté.
En hommage aux victimes, les parades de Columbus Day du 13 octobre avaient été annulées. D’après les experts, la destruction du pont était due à une micro-tempête.
Son énergie s’était transférée à la structure et les oscillations avaient provoqué la rupture des câbles. Les hommes parlaient de reconstruire le pont Benjamin-Franklin, mais personne ne pourrait jamais rebâtir la famille Lee. »

« — Tu sais pas ce que j’ai appris, guapo ? Le terme « complotiste » a été inventé par la CIA en 67 pour décrédibiliser ceux qui contestaient les conclusions de l’enquête sur l’assassinat de Kennedy. Les mêmes qui pourraient très bien être responsables de l’explosion du pont.
Peter haussa les épaules en souriant, ce que sa copine
ne pouvait voir.
— Y a pas eu « explosion », Lupe. J’étais sur place, je te rappelle. »

« Emma ne sait rien, Teddy. Et, en ce moment, elle risque sa vie et celle de son fils pour rien. D’où mon engagement à leurs côtés.
Le problème, par rapport à cet « engagement », c’est que l’Agence a quinze milliards de budget à sa disposition pour faire de ta vie un enfer et toi, tu as quoi ?
La vérité.
Certaines vérités sont trop vraies pour être dites, ma belle.
« Trop vraies pour être dites » ? s’insurgea-t-elle. »
Depuis quand tu penses comme ça, Teddy ?
»

Né avec le goût de construire des histoires, René Manzor a d’abord donné corps à cette envie au cinéma. Ses deux premiers films, Le Passage et 3615 Code Père Noël, le font remarquer par Steven Spielberg qui l’invite à Hollywood. Voilà le jeune Français lancé à Los Angeles, scénariste et réalisateur, ghost writer pour les grandes productions. Dans les années 2000, René Manzor quitte les États-Unis et renoue avec le cinéma français (Dédales).
En 2012, son premier roman, Les Âmes rivales, a révélé une plume au rythme vif et un univers mystérieux.

En cinq romans seulement, il s’est imposé comme une des références du thriller français.

Pour Celui dont le nom n’est plus il a reçu le Prix Cognac du polar Francophone.
https://leressentidejeanpaul.com/2020/07/15/celui-dont-le-nom-nest-plus/

Pour Apocryphe, le Prix Polar Les Petits Mots des Libraires,
https://leressentidejeanpaul.com/2018/10/31/apocryphe-de-rene-manzor/

Pour À Vif, le Grand Prix Iris Noir Bruxelles 2021 et le Prix de l’Embouchure 2022.

Du fond des âges
https://leressentidejeanpaul.com/2022/11/16/du-fond-des-ages/

L’ombre des innocents
https://leressentidejeanpaul.com/2024/04/29/lombre-des-innocents/

En 2020, quand le covid frappe et que les tournages s’arrêtent, il a une idée folle : donner vie à ce prof d’écriture qu’il cherchait désespérément étant môme, quelqu’un qui vous apprendrait les secrets de l’écriture comme un prof de guitare vous montre les accords.
Grâce à son « coaching », des débutants de tous âges donnent vie à leur histoire.
SEPT d’entre elles sont publiées dans ce recueil.
Elles révèlent SEPT nouveaux talents…

SEPT
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/01/sept/

SEPT SAISON 2
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/18/sept-saison-2/

Drame, Polar, Thriller

Les Âmes fracassées

de Alfred Lenglet
Broché – 3 septembre 2025
Éditeur : TAURNADA

Jean-Baptiste Meningi, chef de l’orchestre de Lyon, vient d’être assassiné au moyen d’un drone, alors qu’il faisait son footing dans le parc de la Tête-d’Or. Meurtre ciblé ou attaque terroriste ?
Sur place, le commandant de police Nolan Diethelm et son équipe d’enquêteurs sont sur le pied de guerre. Les autorités s’en mêlent et, lorsque l’expertise des débris de l’appareil révèle l’utilisation d’un logiciel de reconnaissance faciale, le doute n’est plus permis : la victime n’a pas été choisie par hasard.
Entre course judiciaire, faux-semblants et pression médiatique, la tension monte.
Très vite, les policiers se retrouvent confrontés à une vérité balayant les évidences.
Une vérité dont personne ne sortira indemne.
Comment se relever et survivre quand notre âme est fracassée ?

Mais non !!! Déjà fini ?
C’est la pensée qui m’a traversé l’esprit en refermant ce roman d’Alfred Lenglet, que je n’ai pas pu lâcher une fois commencé.

Les Âmes fracassées s’inscrit parfaitement dans la tradition du polar français, tout en la dynamisant de trouvailles modernes. Ce qui m’a frappé, c’est la manière dont l’auteur conjugue l’héritage du roman noir avec des enjeux narratifs actuels. L’ancrage lyonnais ne réduit pas l’histoire à un cadre provincial, bien au contraire, il ouvre des perspectives passionnantes en montrant comment la criminalité contemporaine épouse les spécificités diverses en fonction des territoires.
Pour moi le “plus” de ce roman, c’est l’intégration des nouvelles technologies dans le crime… mais aussi dans l’enquête. Voir un meurtre commis grâce à un drone équipé de reconnaissance faciale m’a immédiatement plongé dans une réalité troublante, presque effrayante. Cette modernisation apporte une énergie nouvelle au polar, en confrontant les enquêteurs à des défis inédits. Et ce réalisme, on le doit aussi au métier de l’auteur, lui-même policier, qui distille une crédibilité à chaque page. J’ai aussi aimé que les personnages ne soient pas des caricatures. Ici, pas de flics désabusés noyés dans l’alcool, mais des hommes et des femmes intègres, sensibles, parfois cabossés par la vie… oui, mais profondément humains. On sent qu’ils font de leur mieux, avec les moyens dont ils disposent. J’avais l’impression qu’ils me racontaient leur enquête.

Jean-Baptiste Meningi, chef de l’orchestre à Lyon, vient d’être assassiné au moyen d’un drone équipé de la reconnaissance faciale, alors qu’il faisait son footing dans un parc.
Meurtre ciblé ou attaque terroriste ?
Une enquête troublante, où plusieurs personnes semblent avoir quelque chose à cacher.

Voici le point de départ de ce thriller particulièrement réussi !

L’histoire est rythmée, sans temps mort, et chaque révélation relance le suspense. Entre secrets bien gardés et vérités déformées, l’intrigue se déploie avec intelligence et efficacité.

Un polar attractif, sensible et moderne, une belle réussite.
Merci à Joël des éditions Tauranada pour cette découverte… J’attends déjà avec impatience le prochain projet d’Alfred Lenglet… et pourquoi pas une suite à ce roman si réussi !

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Extraits :

« Nolan ouvrit une application sur son téléphone portable pour compiler ces premiers éléments.
– Je vous donne son identité complète : Meningi est né le 6 février 1969 à Casablanca au Maroc. Il n’a pas d’enfant, est marié. Sa femme est musicienne dans la formation qu’il dirigeait depuis trois ans.
Le commandant nota ces nouvelles informations et releva la tête.
– Patron, vous m’avez intrigué en évoquant une sorte de première nationale…
– Justement, j’y viens. Meningi a été tué à l’aide d’un drone. Inutile de vous dire que cette précision est remontée en flèche jusqu’à Paris, à la Chancellerie place Vendôme et à l’Intérieur place Beauvau, sans doute à l’Élysée aussi. »

« Pétrifiée, Émilie demeura incapable de riposter. Mehdi roula en boule, se cogna la tête contre des bordures en jurant. Gérald Serpolet fit un pas en avant. Son crâne nu et blanc comme un œuf de cane brillait sous le soleil. Le regard fou, il tourna la tête vers la maison et se mit à courir en traînant la jambe. Émilie leva le poing pour tirer. Avant qu’elle ne commette l’irréparable, son partenaire posa une main sur son bras pour l’abaisser. »

« L’engin, fabriqué en Chine, n’avait rien de sophistiqué au niveau de son système de vol. On pouvait le piloter à distance, à plusieurs centaines de mètres de sa cible. Il pouvait également voler en toute autonomie, détecter un mouvement et attaquer si la reconnaissance faciale le lui commandait. Nolan repensa aux images de la vidéoprotection du parc. Jérôme Fuz, le directeur de la sécurité, n’avait décelé aucune ano-malie, rien de significatif dans les airs. Il avait promis de l’appeler s’il découvrait du neuf. »

« Nolan venait juste de stopper sa moto. Il enleva son casque à cause de la chaleur. Il mit ses lunettes de soleil pour ne pas se faire reconnaître. À ce moment-là, il perçut un bruit étrange, comme celui d’un essaim d’abeilles. Il faisait très beau, il y avait bien ici ou là des insectes, mais rien qui ressemble à une nuée de guêpes ou d’abeilles.
Machinalement, il leva les yeux.
Comme dans un film au ralenti, comme s’il avait également la tête sous l’eau, les sons autour de lui s’étouffèrent et les images défilèrent par saccades.
Nolan se mit à hurler, mais il était déjà trop tard : le drone venait de toucher et d’exploser au visage de Xxxxxx Xxxxxx. Son corps s’affaissa. »

Alfred Lenglet a écrit plusieurs romans de terroir à teneur historique avant des romans policiers. Il a ainsi créé le personnage de Léa Ribaucourt, jeune femme policière qu’il qualifie souvent de courageuse et de lumineuse. On s’attache d’ailleurs beaucoup à Léa et à son équipe d’enquêteurs.

Avec l’e-book J’irai pas voter, il aborde un autre domaine, celui de l’humour, tout en évoquant de façon émouvante, la vieillesse, la réalisation de ses rêves, à tout âge, l’amour, l’amitié, la solidarité, la différence et le regard des autres.

Originaire du Nord de la France, Alfred Lenglet est commissaire de police. Il a été en poste à Paris, Lyon, Clermont-Ferrand, Mâcon, le Puy-en-Velay, Thiers. De cet itinéraire, il conserve des amitiés dans de nombreuses régions et puise dans la découverte des cultures locales la matière à nourrir son imagination et ses écrits.

Folie, Polar, Suspense, Thriller, Violence

Carnets noirs

de Stephen King
Poche – 27 septembre 2017
Éditeur : Le Livre de Poche

En prenant sa retraite, John Rothstein a plongé dans le désespoir les millions de lecteurs des aventures de Jimmy Gold. Devenu fou de rage depuis la disparition de son héros favori, Morris Bellamy assassine le vieil écrivain pour s’emparer de sa fortune et, surtout, de ses précieux carnets de notes. Le bonheur dans le crime ? C’était compter sans les mauvais tours du destin… et la perspicacité du détective Bill Hodges.
Trente ans après Misery, Stephen King renoue avec l’un de ses thèmes de prédilection : l’obsession d’un fan. Dans ce formidable roman noir, où l’on retrouve les protagonistes de Mr Mercedes (prix Edgar 2015), il rend un superbe hommage au pouvoir de la fiction, capable de susciter chez le lecteur le meilleur… comme le pire.

Un suspense de très haut niveau et une intrigue au déroulé parfait qui vont faire passer au lecteur de belles nuits blanches.
Renaud Baronian, Le Parisien.

Stephen King nous a concocté une très bonne suite pour Mr Mercedes, mais ce roman est bien plus que ça…
Vous pouvez le lire indépendamment du premier, mais je conseillerai quand même la lecture de Mr Mercedes pour commencer.
J’ai retrouvé avec plaisir Bill Hodges et ses compagnons, mais c’est surtout Morris Bellamy qui s’impose ici, un personnage aussi fascinant que détestable, prisonnier de son obsession pour un écrivain et ses carnets. J’ai suivi son délire avec intérêt, parfois avec effroi, même si j’ai pu comprendre sa colère, mais j’étais surtout pressé de connaître la fin. Je me souviens de Misery, et de cette fan qui kidnappe son auteur préféré, Stephen King se sert encore de son thème de prédilection : L’obsession d’un fan.

L’intrigue est menée de main de maître, je n’en doutais même pas, alternant entre tension extrême et pur plaisir de lecture. Pete, ce jeune garçon qui découvre une malle pleine de billets et de carnets de notes, m’a profondément ému. J’ai tremblé pour lui, pour sa sœur aussi, et j’ai adoré la manière dont l’auteur les met au cœur d’une histoire qui dépasse leur monde.

Difficile de lâcher ce roman !
Fluide, détaillé, parfois un peu trop (comme toujours avec King), il m’a happé dès les premières pages. Les digressions qui font parfois lever les yeux au ciel sont compensées par une montée en tension incroyable et un final asphyxiant, particulièrement réussi. J’ai dévoré le roman en quelques heure seulement !

Stephen King n’oublie pas sa mission.
Distraire, captiver et surprendre ses lecteurs. Carnets noirs est à la fois un hommage aux grands auteurs américains et une réflexion sur le pouvoir de la fiction, sur ce que l’obsession peut déclencher. Ce n’est pas son plus grand roman, mais il reste lecture marquante, intelligente et captivante.
Le “King” arrive encore et toujours à me surprendre, il m’émeut aussi… il détient AD VITAM, le pouvoir suprême de la fiction.

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Extraits :

« “Hé, le génie, on s’réveille.”
Rothstein ne voulait pas se réveiller. Son rêve était trop bien. Il y avait sa première épouse, des mois avant qu’elle devienne sa première épouse : dix-sept ans, parfaite de la tête aux pieds. Nue, corps scintillant. Nus tous les deux. Lui, dix-neuf ans, du cambouis sous les ongles, mais elle s’en balançait, du moins à l’époque, parce qu’il avait la tête pleine de rêves et que c’était ça qui comptait pour elle. Elle croyait à ces rêves bien plus que lui, et elle avait raison d’y croire. Dans ce rêve, elle riait en essayant d’attraper la partie de lui la plus facile à attraper.

Il chercha à s’enfoncer plus profondément dans son rêve mais une main se mit à lui secouer l’épaule et le rêve éclata comme une bulle de savon. »

« “Vous êtes un imbécile”, dit Rothstein. Tout à coup, il éprouvait une sorte d’extase. “Vous vous croyez plus intelligent que les deux autres, mais vous l’êtes pas. Eux au moins comprennent que l’argent, ça se dépense.” Il se pencha en avant, fixant du regard ce visage pâle éclaboussé de taches de rousseur.
– Tu sais quoi, gamin ? C’est les types comme toi qui font une mauvaise réputation à la lecture.
– Dernier avertissement, dit Morrie.
– J’emmerde tes avertissements. Et j’emmerde ta mère. Flingue-moi ou dégage de chez moi.
Morris Bellamy le flingua. »

« Morris attrapa une couverture sur l’étagère du haut dans le placard de la chambre et en couvrit Rothstein, maintenant affalé en biais dans le fauteuil, le sommet du crâne en moins. La cervelle qui avait conçu Jimmy Gold, sa sœur Emma, leurs parents narcissiques et semi-alcooliques – tellement semblables à ceux de Morris – séchait maintenant sur le papier peint. C’était pas un choc pour Morris, pas exactement, mais c’était assurément une surprise. Il s’attendait à du sang, et un trou entre les yeux, mais pas à cette expectoration écœurante de cartilage et d’os. Manque d’imagination, supposa-t-il, la raison pour laquelle il pouvait lire les géants de la littérature américaine contemporaine – les lire et les apprécier – mais n’en serait jamais un. »

« Les parents de Pete Saubers se disputaient beaucoup maintenant. Tina appelait ces disputes les ouafis-ouafis. Pete trouvait que sa petite sœur avait de l’idée, parce que ça donnait exactement ça quand ils s’y mettaient : ouaf-ouaf, ouaf-ouaf-ouaf. Des fois, Pete avait envie de s’avancer sur le palier, en haut de l’escalier, et de leur hurler d’arrêter, bon sang, d’arrêter. Vous faites peur aux enfants, il avait envie de gueuler. Y a des enfants dans cette maison, des enfants, vous l’avez oublié, bande de patates ? »

Stephen King a écrit plus de 60 romans, autant de best-sellers, et plus de 200 nouvelles. Couronné de nombreux prix littéraires, il est devenu un mythe vivant de la littérature américaine (médaille de la National Book Foundation en 2003 pour sa contribution aux lettres américaines, Grand Master Award en 2007 pour l’ensemble de son œuvre).
En février 2018, il a reçu un PEN award d’honneur pour service rendu à la littérature et pour son engagement pour la liberté d’expression.

Émotion, Drame, Dystopie, Fantastique, Thriller

TIME* OUT

de Andreas Eschbach
Broché – 23 janvier 2014
Éditeur : Atalante

« Internet, c’est du passé. Le 8 juin à huit heures, entrez dans l’avenir ! »

C’est en ces termes que FriendWeb annonce le lancement mondial du Lifehook, sa nouvelle interface neuronale de communication en réseau. Succès immédiat : les candidats se pressent dans les centres spécialisés pour se faire poser l’indispensable implant.

Mais derrière FriendWeb la Cohérence est à l’œuvre et elle s’étend. N’a-t-elle pas résolu d’absorber aussi le président des États-Unis? Que faire alors ?

Christopher Kidd est seul à défendre sa ligne d’action, convaincu que son mystérieux correspondant P.O-Man détient sans le savoir des informations capitales pour la lutte contre l’entité collective. Faut-il aussi qu’il parte seul à la bataille? Pas tout à fait puisque c’est avec Serenity qu’il entreprend une course contre la montre qui le mène d’Arizona en Bretagne puis à Londres. Mais n’est-il pas déjà trop tard ?

Time* Out conclut la trilogie de la Cohérence.

Ce dernier tome continue d’explorer les enjeux vertigineux liés aux implants cérébraux, devenus ici un choix assumé par une humanité en quête de connexion absolue. Cette fusion des esprits fait froid dans le dos, mais elle pose une vraie question. Que sommes-nous prêts à sacrifier pour ne plus être seuls ?

J’ai beaucoup aimé la maturité du propos. L’auteur ne diabolise pas la technologie, il nous pousse simplement à réfléchir.
Brad, ce garçon populaire qui refuse de se connecter au Lifehook, devient le symbole d’un libre arbitre en sursis. Mais à quel prix ? Même l’amour devient conditionnel.
Christopher, quant à lui, doute, résiste, puis part en quête d’un dernier espoir, retrouver P.O-Man. Ce road-trip numérique entre l’Arizona, la Bretagne et Londres sert de colonne vertébrale à un roman qui reste profondément humain malgré son propos technologique. Les tensions internes au Hide Out, le bunker des résistants, sont très bien rendues. Comment lutter quand le monde entier accepte volontairement ce contre quoi vous vous battez ?

Et puis il y a cette sensation étrange, en refermant le livre.
Un final un peu expédié, presque sec. Mais finalement plus j’y pense, plus je me dis qu’il ne pouvait en être autrement. Cette brièveté finale est un miroir de ce que vivent les personnages dans un monde qui change vite, beaucoup trop vite, un avenir qu’on n’a plus le temps d’apprivoiser. Je ferme les yeux, puis me lève et ouvre la fenêtre… Je respire un bon coup. C’est ça, beaucoup trop vite…

Un roman intense, intelligent, qui risque de me poursuivre un moment.
Une lecture nécessaire.

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Extraits :

« C’était en réalité un piège de la Cohérence. L’homme les avait menacés d’un pistolet et Serenity l’avait assommé à l’aide d’une planche en bois trouvée dans le coffre de la voiture de son frère Kyle. Elle avait agi avec une détermination rageuse qui stupéfiait encore Christopher chaque fois qu’il y repensait. Lui-même en aurait probablement été incapable. »

« Les “Upgraders” ne sont pas télé-guidés, ils font partie de la Cohérence. Les puces connectent directement leurs cerveaux les uns aux autres. »

« Serenity dévisagea discrètement Christopher qui écoutait le rescapé d’un air impassible. Au début, quand elle ne le connaissait pas encore très bien, ses manières de sphinx avaient le don de la glacer. Depuis, elle avait compris qu’il s’agissait d’un mécanisme de défense. C’était sa manière de ne pas se laisser affecter par les menaces qui planaient sur lui.
– Monsieur Burns, reprit Jeremiah, on vous a implanté une puce qui a fait entrer votre cerveau en connexion avec une entité virtuelle composée de quelque cent mille autres cerveaux. Nous appelons cette entité la Cohérence. Ce nom vous dit-il quelque chose ? »

« Au même instant, il activa ses deux puces.
Entrer dans le champ était une expérience indescriptible. Il avait l’impression d’être propulsé en un lieu dont les paysages se composaient de données et où nul chemin n’était nécessaire car une pensée suffisait pour changer de place. D’ailleurs, la notion même de lieu était dépourvue de sens. Il se mouvait dans une lumière faite d’informations, surmontait d’invisibles remparts, esquivait des pièges dressés partout et nulle part à la fois, percevait des voix qu’il comprenait sans les entendre, des voix nombreuses qui pourtant n’en faisaient qu’une… En fin de compte, ces descriptions étaient fallacieuses car les mots pour décrire vraiment le champ n’existaient pas. »

Andreas Eschbach est un écrivain de science-fiction.

Il fait des études « classiques » dans le domaine aérospatial à l’Université technologique de Stuttgart avant de travailler dans cette ville, comme développeur en informatique, puis comme cadre dans une entreprise de conseil. Il fonde en partenariat une société de développement et de conseil informatique en 1993, dont il se retire quelques années plus tard pour consacrer plus de temps à l’écriture.

Sa première publication est une nouvelle, « Poupées », qui sort en 1991 dans le magazine informatique allemand « C’t ». Ses premières nouvelles sont publiées dans diverses revues littéraires allemandes.

En 1994, il décroche une subvention de la Fondation Arno Schmidt (réservée aux jeunes auteurs particulièrement doués) qui lui permet de se consacrer entièrement à son nouveau projet : « Des milliards de tapis de cheveux » (« Die Haarteppichknüpfer »). Avec ce premier roman, publié en 1995, il signe une entrée réussie sur la scène de la littérature, s’imposant d’emblée comme le chef de file de la science-fiction en Allemagne. Le succès rencontré par cette œuvre l’encourage à abandonner sa carrière dans l’informatique pour désormais vivre de sa passion : l’écriture. Traduit entre autres en français, tchèque, italien, polonais, espagnol et anglais, ce livre lui vaut une renommée internationale.

En 2001, son troisième roman, « Jésus video » (« Das Jesus Video », 1998), est adapté en téléfilm qui vaut à la chaîne allemande qui le diffuse des records d’audience, malgré sa piètre qualité. Le roman « Eine Billion Dollar » (2001) a fait l’objet d’une adaptation pour la radio allemande en 2003.

Figure majeure la littérature allemande avec pas moins d’une quinzaine de prix littéraires (dont le prestigieux Prix Kurd-Laßwitz du meilleur roman, décroché à cinq reprises), il est lauréat du Grand Prix de l’Imaginaire – Roman étranger 2001 pour « Des milliards de tapis de cheveux ».

Il s’est par ailleurs essayé à la littérature jeunesse, tout en restant bien sur dans son domaine de prédilection, la science-fiction.
Il est l’un des rares écrivains allemands à vulgariser l’écriture par le biais de séminaires et d’ateliers, en particulier à l’Académie fédérale d’éducation culturelle de Wolfenbüttel.

Andreas Eschbach vit depuis 2003 en Bretagne avec sa femme.

http://www.andreaseschbach.com/

BLACK* OUT
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/26/black-out/

HIDE* OUT
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/28/hide-out/

Anticipation, Émotion, Drame, Thriller

HIDE* OUT

de Andreas Eschbach
Broché – 20 septembre 2012
Éditeur : Atalante

« Chacune de nos pensées, chacune de nos décisions est précédée par l’activation d’un réseau de neurones travaillant au même rythme. Ces canevas sont générés avant que la pensée ne devienne consciente. Chez les Upgraders, ils se forment à partir de plusieurs cerveaux. C’est ça, la Cohérence : une seule et gigantesque conscience habitant cent mille corps humains. »
Au coeur des vastes forêts bordant la frontière avec le Canada, Christopher Kidd et le groupe de Jeremiah Jones ne sont plus en sécurité : la Cohérence a retrouvé leur trace. Une fuite éperdue à travers les États-Unis les mènera du Montana à Seattle en passant par les territoires Indiens, puis jusqu’au désert de l’Arizona où, peut-être, ils trouveront le répit. En chemin, certains rencontreront la gloire, d’autres succomberont au chant des sirènes. Dans l’ombre, patiemment, la Cohérence tisse sa toile. Christopher devra mettre tout son talent de hacker à contribution pour lui échapper et sauver ses proches. Mais pour combien de temps ?

Avec HIDE* OUT, Andreas Eschbach poursuit la trilogie entamée avec BLACK* OUT, et me replonge sans ménagement dans l’univers oppressant de la Cohérence. L’intrigue foisonne de petites histoires sans oublier l’essentiel, la lutte contre la Cohérence. Évidemment, ça n’est pas simple quand vous voyez tous vos proches sous influence. J’ai littéralement dévoré ce deuxième tome, au point d’y sacrifier (encore une fois…) une bonne partie de ma nuit. Un vrai road-movie technologique à travers les États-Unis, et à travers les couches profondes de notre rapport à la technologie, à notre dépendance aux réseaux téléphoniques et internet sous toute ses formes. D’outils pratiques, on passe à un esclavage moderne de la technologie. Au lieu de s’en servir, on devient asservis. Un implant dans le cerveau permettrait d’abord aux personnes de communiquer entre elles, mais peu après elles ne communiquent plus, elles se fondent en une seule pensée universelle. L’individu disparait, les sentiments disparaissent, l’art disparait…

Christopher, jeune hacker de génie et héros malgré lui, qui n’a toujours pas réussi à se débarrasser de sa puce, continue de lutter contre un réseau qui connecte les humains via des implants cérébraux, jusqu’à les priver de toute individualité. Ce qui m’a frappé ici, c’est la justesse du propos. La science-fiction flirte avec notre réalité numérique. La technologie n’est plus un outil, mais une prison. L’auteur ne tombe pas dans l’alarmisme, mais il interroge avec intelligence, et parfois un humour discret, notre dépendance aux réseaux, il nous amène à réfléchir sur la « sur-communication » actuelle, et paradoxalement sur notre isolement auquel cela pourrait conduire..

J’ai particulièrement aimé la façon dont les personnages secondaires prennent de l’ampleur. Madonna, jeune Amérindienne, incarne un contrepoint spirituel et instinctif à cette sur-connexion, son frère, leur père, trois Indiens Blackfeet, créant un beau contraste, car les traditions de ce peuple remontent à des siècles et s’opposent radicalement à notre monde technologique. Quant à Christopher, son lien naissant avec Serenity montre que même dans un monde ultra-connecté, les sentiments humains restent une forme de résistance. Le rythme est soutenu, l’écriture fluide, l’univers effrayant de réalisme. Et si certaines coïncidences m’ont paru un peu faciles, elles ne gâchent en rien le plaisir de lecture. Andreas Eschbach signe un thriller technologique haletant, qui soulève de vraies questions sur notre avenir numérique.

Allez, j’enchaîne… TIME* OUT, le dernier volet !

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Extraits :

« La maison aux volets jaunes s’élevait, isolée, au bout d’une piste poussiéreuse. C’était une ancienne ferme, mais un jour le ruisseau qui l’alimentait s’était tari et les terres alentour avaient dépéri. Seuls quelques arbres morts et une poignée de buissons desséchés se dressaient encore sur ces prairies dont l’herbe avait pris une teinte brunâtre. »

« Elle était furieuse contre Jeremiah. Le trajet de retour ne suffit pas à calmer Lillian Jones, qui multiplia les erreurs de conduite, s’arrêtant brutalement aux stops et grillant un feu rouge.
C’était la faute de Jeremiah. Jeremiah avec ses histoires à dormir debout. Il était sûrement convaincu de tout ce qu’il avait raconté, il n’était pas homme à mentir sciemment. Mais ces upgraders… franchement ! Des gens qui implantaient des puces dans le cerveau des autres, on nageait en pleine science-fiction ! »

« Elle essuya les larmes qui perlaient au coin de ses yeux à la pensée de cette époque révolue. Elle en aurait fait son paradis personnel si Jeremiah n’avait pas développé son obsession de sauver la planète et de convertir tout le monde au seul vrai mode de vie. Bon sang, si les gens voulaient vivre en ville et dans des tours, c’était leur affaire! Et s’ils voulaient s’entourer de téléphones mobiles, d’ordinateurs et de milliers de chaînes de télévision, pourquoi les en empêcher ?
Elle finissait de mettre la table quand la sonnette de la porte d’entrée retentit. »

« George hocha la tête avec gravité. ”Oui, dit-il, ça se voit. Tu es vraiment l’archétype de l’homme blanc. Tu ne vis qu’à l’intérieur de ta tête. Tu ne ressens ni ton corps ni le monde qui t’entoure.“ »

Andreas Eschbach est un écrivain de science-fiction.

Il fait des études « classiques » dans le domaine aérospatial à l’Université technologique de Stuttgart avant de travailler dans cette ville, comme développeur en informatique, puis comme cadre dans une entreprise de conseil. Il fonde en partenariat une société de développement et de conseil informatique en 1993, dont il se retire quelques années plus tard pour consacrer plus de temps à l’écriture.

Sa première publication est une nouvelle, « Poupées », qui sort en 1991 dans le magazine informatique allemand « C’t ». Ses premières nouvelles sont publiées dans diverses revues littéraires allemandes.

En 1994, il décroche une subvention de la Fondation Arno Schmidt (réservée aux jeunes auteurs particulièrement doués) qui lui permet de se consacrer entièrement à son nouveau projet : « Des milliards de tapis de cheveux » (« Die Haarteppichknüpfer »). Avec ce premier roman, publié en 1995, il signe une entrée réussie sur la scène de la littérature, s’imposant d’emblée comme le chef de file de la science-fiction en Allemagne. Le succès rencontré par cette œuvre l’encourage à abandonner sa carrière dans l’informatique pour désormais vivre de sa passion : l’écriture. Traduit entre autres en français, tchèque, italien, polonais, espagnol et anglais, ce livre lui vaut une renommée internationale.

En 2001, son troisième roman, « Jésus video » (« Das Jesus Video », 1998), est adapté en téléfilm qui vaut à la chaîne allemande qui le diffuse des records d’audience, malgré sa piètre qualité. Le roman « Eine Billion Dollar » (2001) a fait l’objet d’une adaptation pour la radio allemande en 2003.

Figure majeure la littérature allemande avec pas moins d’une quinzaine de prix littéraires (dont le prestigieux Prix Kurd-Laßwitz du meilleur roman, décroché à cinq reprises), il est lauréat du Grand Prix de l’Imaginaire – Roman étranger 2001 pour « Des milliards de tapis de cheveux ».

Il s’est par ailleurs essayé à la littérature jeunesse, tout en restant bien sur dans son domaine de prédilection, la science-fiction.
Il est l’un des rares écrivains allemands à vulgariser l’écriture par le biais de séminaires et d’ateliers, en particulier à l’Académie fédérale d’éducation culturelle de Wolfenbüttel.

Andreas Eschbach vit depuis 2003 en Bretagne avec sa femme.

http://www.andreaseschbach.com/

BLACK* OUT
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/26/black-out/