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Émotion, Cercle littéraire, Roman, Suspense

Les vérités parallèles

de Marie Mangez
Broché – 23 août 2024
Éditions : Finitude Éditions

Arnaud Daguerre est Grand Reporter au Miroir, un hebdo d’investigation. Ses reportages passionnants lui valent les éloges des lecteurs autant que de la profession, qui n’hésite pas à lui décerner le prestigieux prix Albert Londres. Et pourtant. Sa série sur les banlieues ? Il n’a osé interviewer personne. Son reportage en Grèce ? Il n’a pas quitté son hôtel. Son portrait de Julian Assange ? Il ne l’a jamais contacté. Bien trop timide. Et ce depuis toujours, depuis cette enfance rêveuse, quand il parcourait le monde sans quitter sa chambre.

Pour ficeler un bon reportage, eh bien c’est pareil : il suffit d’inventer, de broder avec quelques lambeaux de réel. C’est si facile.

Mais il y a un prix à payer : la peur d’être démasqué à chaque parution, chaque semaine, cette peur qui vous ronge les entrailles sans répit. D’autant qu’à la rédaction, on s’interroge sur la facilité avec laquelle ce jeune collègue trouve toujours le bon témoin, la bonne histoire…

Dans le cadre de l’un de nos dîners du Cercle littéraire du Château de l’Hermitage,
nous avons eu hier soir le très grand plaisir de recevoir Marie Mangez.
Un moment plaisant où les conversations ont pris un certain tournant,

où les discussions se sont un peu envolées…,
mais c’est aussi ça, une soirée de discussions !

Arnaud, âgé de sept ans, est un enfant timide et rêveur qui se laisse souvent emporter par son imagination. Un jour, lors d’un cours, suite à une erreur sur un contrôle, il mélange le nombre 69 avec 96. Malgré un raisonnement juste, sa maîtresse lui met la note de 1/10. Trouvant cela injuste, il imitera son écriture et transformera le 1 en 10. Ce n’était pas la première fois qu’il transformait la réalité, mais ce jour-là fut décisif.
Malgré l’opposition de ses parents distants et très stricts, Arnaud, qui a connu une enfance difficile et complexe, envisage sa carrière dans le journalisme. Décision a priori étonnante pour ce jeune homme timide et effacé. Son premier reportage en tant qu’adolescent se déroulera à La Courneuve. Une fois sur les lieux, c’est le désastre. Tout se brouille dans son esprit. Il est dans une impasse et n’ose pas poser des questions à gens qui l’entourent et pourraient le renseigner. Comment va-t-il s’y prendre ? Il est impératif qu’il restitue cet article comme prévu !
Heureusement, son imagination lui permettra de rapidement trouver une autre solution.

Ce sera une réussite !
Progressivement, les opportunités se présentent à lui et il obtient le poste de journaliste attitré au journal “Le Miroir”. Estimé par ses pairs et ses supérieurs, apprécié de son public, tous ses reportages se construiront uniquement dans sa tête sans sans qu’il ait à se déplacer. Commencera alors pour lui une vie pleine de gloire qui lui renvoie sans cesse un sentiment de culpabilité et la peur constante d’être découvert…

Dans son roman, Marie Mangez aborde un thème original et bien développé, malgré un début que j’ai trouvé un peu long et qui a failli me perdre. Mais, petit à petit, j’ai trouvé ça et là certains repères qui me parlaient résonnaient en moi, qui m’ont captivé, avec même parfois une certaine poésie qui m’a accompagné tout au long de ma lecture que j’ai finalement trouvée un peu ”trop brève“. Marie a réussi à trouver des mots justes, simples, qui m’ont permis d’entrer dans la tête, déjà surchargée de notre héros, dans ses pensées complexes qui débordent d’imaginations et résonnent de malhonnêteté où il s’enlisera chaque jour un peu plus.

Un récit intéressant et original qui incite à réfléchir sur l’univers du journalisme et ses divers aspects où la pression et l’aspiration à la réussite pourraient, compte tenu des ressources actuelles, influencer les idées, voire générer des “fakenews” en fonction des désirs des journalistes, qui pourraient ne plus être en quête de vérité.

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Extraits :

« Le jour où Arnaud est devenu faussaire, il avait sept ans. L’âge de raison. Affirmer, toutefois, qu’il s’agit de son premier fait d’armes serait mentir. En réalité, ce jour d’octobre 1988, le terrain est déjà préparé depuis longtemps. Mais à ce moment-là, Arnaud ne le sait pas, ou bien de façon confuse. Il ne sait pas qu’il pousse, depuis sa naissance, dans le terreau fertile des choses non dites, dans la poussière invisible des squelettes du placard. »

« Faire les choses bien. Ne pas se tromper, jamais.
Arnaud a appris, depuis sa plus tendre enfance. Appris à ne pas décevoir, à deviner les attentes pour s’y glisser comme dans un étui de protection. »

« C’est bien. Dans la bouche avare de son père, ces quelques mots ont le poids et l’éclat d’un lingot d’or. Jusqu’alors, les parents Daguerre ont suivi le parcours de leur rejeton d’un œil qui, sans être désapprobateur, ne rayonnait pas franchement d’enthousiasme. Ils auraient préféré qu’Arnaud, après Sciences Po, embrasse une carrière administrative : du stable, du solide, une valeur sûre. Mais le stable et le solide n’ont, hélas, jamais intéressé le rejeton en question, resté cramponné à sa lubie enfantine, attiré vers le mouvant, le changeant, l’éphémère, et vers une profession chaque jour plus précaire. »

« Arnaud ne s’ennuyait jamais, dans sa solitude peuplée de journaux, de livres et de rêveries. Mais il lui semblait, parfois, que son cœur sonnait vide; alors il redoublait d’efforts pour le remplir, tout seul, faute de mieux, le remplir de Léonards, de contrées lointaines et d’aventuriers sans peur. »

Doctorante en anthropologie à l’Université de Paris, Marie Mangez voyage régulièrement entre la France et la Turquie afin de conduire des recherches sur les minorités religieuses. À côté de sa thèse, elle publie en 2021 son premier roman, Le Parfum des cendres, dans lequel Sylvain, thanatopracteur, et Alice, étudiante en stage, devront essayer de cohabiter dans un climat inexpliqué de tension.

Marie Mangez découvre le sujet de la thanatopraxie par le biais de ses études et décide d’en faire le métier de son personnage principal, dans un roman qui mêlera mystère et sensibilité. Par le biais de ce roman, elle nous plonge dans un univers mélancolique et énigmatique, dans lequel nous devrons découvrir le secret bien gardé de l’impénétrable personnage principal, en décryptant les indices disséminés par l’autrice dès les premières pages. Finalement, entre le mystérieux embaumeur qui sent les morts, et la jeune étudiante déterminée, l’harmonie est difficile, mais pas impossible…

Émotion, Drame, Histoire, Témoignage

La nuit

de Élie Wiesel
Poche – 11 janvier 2007
Éditions : Les Éditions de Minuit

Né en 1928 à Sighet en Transylvanie, Elie Wiesel était adolescent lorsqu’en 1944 il fut déporté avec sa famille à Auschwitz puis à Birkenau. La Nuit est le récit de ses souvenirs : la séparation d’avec sa mère et sa petite sœur qu’il ne reverra plus jamais, le camp où avec son père il partage la faim, le froid, les coups, les tortures… et la honte de perdre sa dignité d’homme quand il ne répondra pas à son père mourant. « La Nuit, écrivait Elie Wiesel en 1983, est un récit, un écrit à part, mais il est la source de tout ce que j’ai écrit par la suite. Le véritable thème de La Nuit est celui du sacrifice d’Isaac, le thème fondateur de l’histoire juive. Abraham veut tuer Isaac, le père veut tuer son fils, et selon une tradition légendaire le père tue en effet son fils. L’expérience de notre génération est, à l’inverse, celle du fils qui tue le père, ou plutôt qui survit au père. La Nuit est l’histoire de cette expérience. » Publié en 1958 aux Éditions de Minuit, La Nuit est le premier ouvrage d’Elie Wiesel qui est, depuis, l’auteur de plus de quarante œuvres de fiction et de non-fiction. Aux États-Unis, une nouvelle traduction, avec une préface d’Elie Wiesel, connaît depuis janvier 2006 un succès considérable. C’est cette nouvelle édition que nous faisons paraître.

Parfois l’écriture de certains Ressentis est plus complexe que d’autres.

Celui-ci ne sera jamais arrivé jusqu’au bout.
Elie Wiesel a déjà tout dit, je ne trouve pas de mots à ajouter.
Ou peut-être simplement une phrase.

“Ne jamais oublier…”

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Extraits :

« Jamais je n’oublierai cette nuit, la première nuit de camp qui a fait de ma vie une nuit longue et sept fois ver-rouillée.
Jamais je n’oublierai cette fumée.
Jamais je n’oublierai les petits visages des enfants dont j’avais vu les corps se transformer en volutes sous un azur muet.
Jamais je n’oublierai ces flammes qui consumèrent pour toujours ma foi.
Jamais je n’oublierai ce silence nocturne qui m’a privé pour l’éternité du désir de vivre.
Jamais je n’oublierai ces instants qui assassinèrent mon Dieu et mon âme, et mes rêves qui prirent le visage du désert.
Jamais je n’oublierai cela, même si j’étais condamné à vivre aussi longtemps que Dieu lui-même.
Jamais. »

« Le vieillard murmura encore quelque chose, poussa un râle et mourut, dans l’indifférence générale. Son fils le fouilla, prit le morceau de pain et commença à le dévorer. »

« – Pourquoi pleures-tu en priant ? me demanda-t-il, comme s’il me connaissait depuis longtemps.
– Je n’en sais rien, répondis-je, fort troublé.
La question ne s’était jamais présentée à mon esprit. Je pleurais parce que… parce que quelque chose en moi éprouvait le besoin de pleurer. Je ne savais rien de plus. »

« Lorsque les trois jours furent passés, nouveau décret : chaque Juif devrait porter l’étoile jaune.
Des notables de la communauté vinrent voir mon père – qui avait des relations dans les hautes sphères de la police hongroise – pour lui demander ce qu’il pensait de la situation. Mon père ne la voyait pas trop noire – ou bien il ne voulait pas décourager les autres, mettre du sel sur leurs blessures :
– L’étoile jaune ? Eh bien, quoi ? On n’en meurt pas… »

« Je les vis s’éloigner ; ma mère caressait les cheveux blonds de ma sœur, comme pour la protéger et moi, je continuais à marcher avec mon père, avec les hommes. Et je ne savais point qu’en ce lieu, en cet instant, je quittais ma mère et Tzipora pour toujours. »

« Tant d’événements étaient arrivés en quelques heures que j’avais complètement perdu la notion du temps. Quand avions-nous quitté nos maisons ? Et le ghetto ? Et le train ? Une semaine seulement ? Une nuit – une seule nuit ?
Depuis combien de temps nous tenions-nous ainsi dans le vent glacé ? Une heure ? Une simple heure ? Soixante minutes ?
C’était sûrement un rêve. »

« Qu’es-Tu, mon Dieu, pensais-je avec colère, comparé à cette masse endolorie qui vient Te crier sa foi, sa colère, sa révolte ? Que signifie Ta grandeur, maître de l’Univers, en face de toute cette faiblesse, en face de cette décomposition et de cette pourriture ?
Pourquoi encore troubler leurs esprits malades, leurs corps infirmes ? »

« Ils avaient inscrit son numéro sans qu’il s’en aperçût.
– Que va-t-on faire ? dis-je angoissé.
Mais c’est lui qui voulait me rassurer :
– Ce n’est pas encore certain. Il y a encore des chances d’y échapper. Ils vont faire aujourd’hui une seconde sélection… une sélection décisive…
Je me taisais.
Il sentait le temps lui manquer. Il parlait vite : il aurait voulu me dire tant de choses. Il s’embrouillait dans ses mots, sa voix s’étranglait. Il savait qu’il me faudrait partir dans quelques instants. Il allait rester seul, si seul… »

« Un jour je pus me lever, après avoir rassemblé toutes mes forces. Je voulais me voir dans le miroir qui était suspendu au mur d’en face. Je ne m’étais plus vu depuis le ghetto.
Du fond du miroir, un cadavre me contemplait.
Son regard dans mes yeux ne me quitte plus. »

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Elie Wiesel était un écrivain et un penseur prolifique. Après La Nuit, il écrivit plus de 40 livres récompensés par de nombreux prix littéraires, notamment :

  • le Prix Médicis pour Le Mendiant de Jérusalem (1968),
  • le Prix du Livre Inter pour Le Testament (1980),
  • le Grand Prix de Littérature de la ville de Paris pour Le cinquième fils (1983)

Il rédigea également ses mémoires. Le premier volume est intitulé Tous les fleuves vont à la mer (1995). Le second s’appelle Et la mer n’est pas remplie (1999).

En 1978, le président américain Jimmy Carter nomma Elie Wiesel directeur de la Commission présidentielle sur l’Holocauste. Celui-ci en rédigea le rapport, qui recommandait que le gouvernement américain établisse un musée-mémorial de la Shoah à Washington, DC.

En 1980, Elie Wiesel devint le président fondateur du Conseil du mémorial américain de l’Holocauste (United States Holocaust Memorial Council), chargé de mettre en œuvre les recommandations de la commission. Elie Wiesel pensait que le musée commémoratif américain l’Holocauste devait servir d’« espace commémoratif vivant » et encourager les générations présentes et futures à lutter contre la haine, prévenir les génocides, et défendre la dignité humaine.

En 1992, Elie Wiesel devint le président fondateur de l’Académie universelle des cultures à Paris, une organisation de défense des droits de l’homme.

Pour ses efforts en faveur des droits de l’homme et de la paix dans le monde, Wiesel reçut la médaille présidentielle de la liberté, la médaille d’or du Congrès et la médaille de la liberté des États-Unis, ainsi que, en France, le rang de grand-croix de la Légion d’honneur. Il reçut également plus d’une centaine de diplômes honoraires d’établissements d’enseignement supérieur.

En 1986, Elie Wiesel reçut le prix Nobel de la paix.

Histoire, Polar historique, Suspense

La Malédiction de Rocalbes

Une enquête d’Hippolyte Salvignac****
de Philippe Grandcoing
Broché – 9 mars 2023
Éditions : de Borée

Quelle idée saugrenue de vouloir acheter un château en Périgord ! Le séjour d’Hippolyte Salvignac aux Eyzies va rapidement tourner au cauchemar. Les meurtres se succèdent, tandis qu’archéologues français et étrangers se livrent une guerre impitoyable pour le contrôle des sites. Et pour corser le tout, le château de Rocalbes semble abriter de lourds secrets de famille. Hippolyte aura bien besoin du soutien du clan Salvignac, de son impétueuse compagne Léopoldine et des talents de l’inspecteur Lerouet pour démêler l’écheveau de ces multiples mystères.

Dans ce cinquième volet de la série des “Enquêtes d’Hippolyte Salvignac”, Philippe Grandcoing illustre avec précision le décor et l’ambiance éclatante et délicieuse de la vallée de la Vézère, reconnue comme la capitale mondiale de la préhistoire en 1910, à l’apogée de l’engouement pour les sites préhistoriques, plus précisément au village des Eyzies. Cela permet une immersion immédiate dans ce récit où se côtoient personnages réels et fictifs. On ressent le soin des détails historiques et le sérieux travail de recherche en amont.

Hippolyte Salvignac, marchand d’antiquités de la “Belle Époque” résidant à Paris, ayant de la famille dans le Lot, va se retrouver en Périgord au cœur de fouilles et de commerces illégaux…

Ancien notaire, Aristide, le père d’Hippolyte, envisage d’acheter un château ainsi que les fermes voisines en tant qu’investissement pour son fils. Au cours de leur première visite sur le site, le père, le fils et sa compagne Léopoldine, qui se refuse au mariage officiel, vont se heurter à des manœuvres d’intimidation pour le dissuader de son projet d’achat. Le château en question serait hanté et renfermerait un trésor. Y aurait-il un intérêt assez grand pour expliquer les récents décès mystérieux ?

Durant cette période marquée par une abondance de découvertes archéologiques, la région se présente comme un point de rencontre incontournable pour les chercheurs, qu’ils soient célèbres ou pas. On vient de tous les horizons pour se disputer la plus grande part de gloire ou de richesse, jusqu’à une explosion d’assassinats dans les chantiers de fouille. 
Otto Hauser, un hôtelier et marchand d’art, est considéré comme “LE” suspect idéal. Mais, pour le clan Salvignac et l’inspecteur Lerouet, appelé à la rescousse, la situation s’avère être beaucoup plus compliquée qu’elle n’en a l’air. Finalement, personne ne semble totalement innocent, chacun des suspects détenant une partie de la vérité.

Tout comme la ruée vers l’or en Amérique, c’est la loi du plus agressif, du plus sournois et du plus vaniteux qui domine. Philippe Grandcoing prend son plaisir en alimentant notre soif d’aventures !

Au fil des volumes, les personnages se développent, les complicités s’approfondissent, en particulier entre Hippolyte et Léopoldine, ce qui n’est pas pour me déplaire. La jeune peintre talentueuse a du caractère et on l’aime pour ça. Déjà présente dans le volume précédent, à la fois séduisante et maline, c’est une militante de l’émancipation féminine qui représente avec détermination ce mouvement embryonnaire qui va se développer pendant la Première Guerre mondiale avec l’absence des hommes.

Une enquête captivante qui m’a tenu en haleine tout au long du récit se déroulant à une époque où le progrès dans tous les domaines semble désormais inévitable.

Un grand merci à Virginie, des éditions de Borée, pour toutes ces aventures dont je ne me lasse pas !

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Extraits :

« L’HOMME SE RETOURNA. Personne ne le suivait. Les toits pentus des maisons blotties au pied de la falaise se découpaient dans la pâle clarté du clair de lune. Heureusement, la masse sombre de l’église l’enveloppait de son ombre. Une seule lumière brillait encore à une fenêtre, celle du presbytère. Ce fichu curé ne dormait-il donc jamais ? »

« C’est une vraie mine d’or. Heureux celui qui a trouvé un riche filon. Il fera fortune. Surtout s’il met la main sur quelques pépites. Il y a de ça quelques mois, Hauser a vendu un squelette entier à un musée de Berlin. Il paraît qu’il en a tiré deux cent mille francs. Vous imaginez ? Deux cent mille francs ! Cent fois le salaire annuel de Peyrony ! Et maintenant, ce sont les Américains qui débarquent. Ils raflent tout ce qu’ils peuvent. Il paraît même qu’ils ont fait découper dans la roche des sculptures pour les expédier à New York ou ailleurs.
— Quel scandale ! Je ne comprends pas que la France ne s’y oppose pas. »

« Il continua à leur expliquer que les découvertes les plus récentes avaient confirmé les intuitions des premiers préhistoriens un demi-siècle plus tôt. Des hommes avaient vécu ici en même temps que des espèces animales aujourd’hui disparues. Ils avaient fabriqué des objets de plus en plus élaborés et su exploiter toutes les ressources que leur offrait la nature. L’humanité avait donc évolué, physiquement et intellectuellement, durant des millénaires, tout comme le climat, la faune et la flore. Il n’était plus possible d’imaginer un monde créé une fois pour toutes, tel que le décrivait la Bible, ni même d’envisager une première humanité détruite au moment du Déluge. »

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Philippe Grandcoing, né le 6 novembre 1968, à Limoges (Haute-Vienne), est professeur agrégé d’Histoire en classes préparatoires au lycée Gay-Lussac, docteur en histoire contemporaine, spécialiste de l’histoire de la société limousine du XIXe et du XXe siècle. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment huit volumes de la collection des « Grandes affaires criminelles » chez De Borée. La Malédiction de Rocalbes est le cinquième épisode des aventures d’Hippolyte Salvignac.

Publications
Ouvrages historiques et scientifiques

  • Les demeures de la distinction. Châteaux et châtelains au XIXe siècle en Haute-Vienne, éditions PULIM, 1999.
  • La baïonnette et le lancis. Crise urbaine et révolution à Limoges sous la Seconde République, éditions PULIM, 2002.
  • Le siècle d’or des châteaux. Haute-Vienne 1800-1914, Editions Culture & Patrimoine en Limousin, 2002
  • Un Robin des Bois entre Périgord et Limousin : Histoire et légende de Burgou, XIXe – XXe siècles, Éditions Culture & Patrimoine en Limousin (Collection « Patrimoine en poche »), 2006, 158 p. (ISBN 2-911167-49-X).

Romans de la série Salvignac

Ouvrages collectifs

  • 1905, le printemps rouge de Limoges (avec Vincent Brousse et Dominique Danthieux), Culture et Patrimoine en Limousin, 2005.
  • Un siècle militant : Engagement(s), résistance(s) et mémoire(s) au XXe siècle en Limousin (avec Vincent Brousse et Dominique Danthieux), éditions PULIM, 2005.
  • L’Innovation agricole en Pays Limousin du Moyen Âge à nos jours, éditions Les Monédières, 2006.
  • Les grandes affaires criminelles de Haute-Vienne (avec Vincent Brousse), éditions De Borée, 2008.
  • Les nouvelles affaires criminelles de Haute-Vienne (avec Vincent Brousse), éditions De Borée, 2009.
  • Ostensions (avec Vincent Brousse), Culture et Patrimoine en Limousin, 2009.
  • Fermes idéales en Limousin, Culture et Patrimoine en Limousin, 2010.
  • Les grandes affaires criminelles du Lot (avec Vincent Brousse), éditions De Borée, 2010.
  • Paysage et environnement en Limousin, de l’antiquité à nos jours, éditions PULIM, 2010.
  • Les grandes affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, 2010.
  • Les grandes affaires criminelles du Limousin (avec Vincent Brousse, Jean-Marie Chevrier et Jean-Michel Valade), Éditions De Borée, 2010.
  • Les nouvelles affaires criminelles de la Creuse (avec Vincent Brousse), Editions De Borée, 2011.
  • Les Grandes affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), De Borée, novembre 2011.
  • Les Nouvelles affaires criminelles du Lot (avec Vincent Brousse), De Borée, avril 2012.
  • Les Nouvelles affaires criminelles de Corrèze (avec Vincent Brousse), De Borée, octobre 2013.
  • Les Nouvelles affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), De Borée, novembre 2013.
  • Limousin sur grand écran, Culture et Patrimoine en Limousin, 2013.
  • Utopies en Limousin (avec Vincent Brousse, Dominique Danthieux et alii.), Les Ardents Éditeurs, 2014
  • Oradour après Oradour (avec Dominique Danthieux), Culture et Patrimoine en Limousin, 2014.
  • Le Front Populaire en Limousin (avec Vincent Brousse, Dominique Danthieux et alii), Les Ardents Éditeurs, 2015.
  • La Belle Époque des pilleurs d’églises. Vols et trafics des émaux médiévaux. (avec Vincent Brousse), Les Ardents Éditeurs, 2017.
  • Sublime Périgord, la fabrique d’un territoire d’exception, (avec Hélène Lafaye-Fouhéty) Les Ardents Éditeurs, 2021.
  • L’affaire Barataud. Une enquête dans le Limoges des années 1920 (avec Vincent Brousse), Geste éditions, 2022, 267 p. (ISBN 979-10-353-1552-8).

Publications diverses

  • Articles d’histoire dans les revues Les Grandes Affaires de l’Histoire dont il a été conseiller éditorial de 2015 à 2018 et Les Grandes Affaires Criminelles.

Émotion, Philosophique, Poésie

Il y a quelque chose encore, devant

Je ne sais pas ce que c’est, mais nous devons y aller
de Alain Cadéo
Broché – 30 septembre 2024
Éditions : Les cahiers de l’Égaré

Je me demande bien où s’éparpilleront mes billets du matin lorsque depuis longtemps je ne serai plus là. Sans doute un rat câlin y aura fait son nid et un enfant ou deux en feront leur levain. Il y aura bien aussi quelques vieux centenaires mâchouillant leurs grumeaux qui, tout tremblants, bredouilleront trois phrases venues de leur mémoire en disant « ça, c’est y pas du Cadéo ? »

Alain Cadéo nous a laissés en juin 2024. Il fera définitivement partie des auteurs qui ont laissé une empreinte dans mon esprit et dans mon sang. Et grâce à ce qu’il aimait appeler “ses billets”, il demeurera proche de nous. Martine, son épouse, poursuivra leur édition aussi longtemps qu’elle le pourra…

J’ai eu la chance de découvrir la très belle plume d’Alain en février 2020 à travers son œuvre “Mayacumbra”.
Ensuite, il y eut “Confessions” (ou les spams d’une âme en peine), “Arsenic et Eczéma”, “L’Homme qui veille dans la pierre”, “M”, “Billets de contrebande” et “Le ciel au ventre”. Régulièrement, j’ai été touche et à chaque fois j’ai ressenti le plaisir de partager, de donner, de jouer avec les mots, de cet amoureux de l’écriture… Chacun de ses écrits est une œuvre qui mérite d’être lue et relue.

J’ai perçu “Il y a quelque chose encore, devant…” comme un cadeau précieux, un cadeau riche en poésie, en belles images et pleinénergie… Le rythme authentique de la vie.
Vingt-six billets qui m’ont offert une nouvelle opportunité de parcourir le monde à ses côtés, de déchiffrer ses lignes, d’explorer son univers, ses mots, sa famille aussi et ses amis. Quelques-uns de ses billets ont été rédigés alors qu’il était déjà malade, ils en sont d’autant plus brillants et captivants… en faisant un ouvrage qui incite à la réflexion au-delà des « simples » mots.

Merci Alain…
Merci d’avoir partagé avec nous ton univers chargé de poésie.

Je tiens aussi, bien entendu, à te remercier chaleureusement Martine, ainsi que les éditions “Les Cahiers de l’Égaré”

Extraits :

« Tant que j’aurai un brin de vie, je frapperai aux portes des secrets. C’est ma fonction bélier d’irréductible égaré. Si personne ne m’ouvre, j’enjamberai les douves, ferai cent fois le tour des hautes murailles de cette silencieuse forteresse, sans la moindre lueur et comme inhabitée. Faut-il être bête, têtu, halluciné, pour s’obstiner ainsi au pied d’un fantôme de pierres noyé dans les brouillards de la pensée. »

« Ma vie ne tient qu’au fil ténu des mots, timides ou fracassants, vibrants, fragiles, sincères et vivants. Ce sont les miens, les vôtres, écrits, parlés, sous-entendus, nourris à la douceur, à la colère aussi c’est bien, lorsqu’elle est nécessaire… et au baba au rhum des cœurs. »

« Les Mots ? Je leur dois tout. Ils ont forgé ma voie. Ils m’ont appris le Temps, l’espace et la patience. Ils m’ont appris à mettre un nom sur chaque situation. Aimant l’Humain de toutes mes forces convergentes, ils m’ont obligé à chercher et trouver ce que certains ne savaient dire mais qu’ils portaient au fond de leurs regards, étranges labyrinthes aux accès condamnés. »

« Éclairer, illuminer, ne pas être radin, chiche, avec toute espèce de clarté, c’est un don.
Assombrir, enténébrer, sépiatiser, noircir, je pense ici aux lavis et encres de Victor Hugo, est un autre don : celui d’envisager le terrible passage entre vie et trépas.
Dans tous les cas, ombre et lumière cohabitent et ne font qu’un pour tout humain tendant les mains, courbant la tête, envahi de questions. »

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Alain Cadéo est l’auteur de nombreux ouvrages (nouvelles, romans, textes, pièces de théâtre), dont « Stanislas » (1983), premier prix Marcel Pagnol 1983 ou encore Macadam Epitaphe (1986), Plume d’Or Antibes et Prix Gilbert Dupé.

Il est avant tout un passionné des autres, des humbles, ceux qui lisent les mots, les portent et les défendent… Ses textes sont toujours exigeants, en perpétuelle recherche de chemins différents, à l’image de l’homme, singulier, sincère et altruiste, mais aussi inclassable, comme sa littérature.

Après avoir été notamment publié par Mercure de France, il est depuis 2018 publié par les Éditions La Trace.

Il vit à Évenos, en Provence.

Sa bibliographie complète est la suivante :

Émotion, Drame, Folie

Deux sœurs

de David Foenkinos
Poche – 4 juin 2020
Éditeur : Folio

“L’amour passionnel vous pousse à emmitoufler le moindre de vos gestes, à anticiper de manière excessive les réactions de l’autre, à vous perdre finalement dans le dédale de l’anarchie du coeur.”
Du jour au lendemain, Étienne annonce à Mathilde qu’il la quitte. L’univers de la jeune femme s’effondre. Dévastée, elle est recueillie par sa soeur Agathe, qui lui ouvre les portes du petit appartement qu’elle occupe avec son mari et leur fille. Dans ce huis clos familial étouffant, Mathilde révèle peu à peu une nouvelle personnalité, inattendue et glaçante. Il suffirait d’un rien pour que tout bascule…

C’était l’histoire de Mathilde, professeur de français, et d’Étienne qui vivaient ensemble depuis cinq ans. Ils s’aimaient, envisageaient de se marier et même de fonder une famille. Puis, du jour au lendemain, Mathilde se retrouve face à la solitude. Étienne l’a quittée pour une autre, il est parti avec Iris, son ex-compagne.
Pour Mathilde, commence alors une véritable descente aux enfers. N’importe quelle femme, mais pas Iris !
Elle est submergée par la jalousie. Comment ne pas sombrer ?
Comment faire pour retrouver goût à la vie ?
Où s’arrêtera la spirale infernale, souffrance, rejet, douleur, qui est devenu son quotidien ?
Elle perdra finalement le contrôle un jour en pleine classe, devant tous ses élèves.

Heureusement, Agathe, sa sœur, lui offrira de s’installer chez elle. Son époux est d’accord, elle pourra occuper la chambre de leur fille, le temps qu’elle se “reconstruise” (1)…

Jusqu’où peut-on aller lorsqu’on ressent une telle trahison ?
On assiste au drame vécu par cette femme délaissée par son époux, au point de perdre le sens de la vie.

David Foenkinos, qui m’avait habitué à des romans plus lumineux, change complètement de registre et s’aventure dans dans une tonalité bien plus sombre. Il dépeint d’une manière très simple le portrait d’une femme prise dans les tourments de son abandon, créant un tableau glaçant. Après ma première surprise passée, je me suis laissé porter. Ici, pas de commentaires inutiles, des faits concrets, de la psychologie aussi, et même ce “petit quelque chose” assez original qui fera la différence, je dois l’admettre.

Un roman plaisant et captivant, bien que pour moi ce ne soit pas son meilleur, mais avec une fin particulièrement réussie !

(1) Mathilde pensa que c’était enfin un mot juste. “Je dois me reconstruire, oui, car je suis détruite.”

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Extraits :

« Au tout départ, Mathilde perçut quelque chose d’étrange sur le visage d’Étienne. C’est ainsi que l’histoire commença d’une manière presque anodine ; n’est-ce pas le fait de toutes les tragédies ? »

« Le silence d’Étienne lui pesait terriblement. Elle lui écrivait qu’elle avait besoin de lui parler. Il ne répondait pas. Certains jours étaient insoutenables. Elle en était réduite à s’enfermer pour pleurer dans les toilettes du lycée entre les cours. »

« La première fois qu’Étienne vit Mathilde, il la trouva franchement charmante. Quand on lui demandait quel était son type de femme, il était incapable de répondre ; il estimait n’avoir aucun goût précis. Toute femme pouvait potentiellement lui plaire ou lui déplaire. Mais Mathilde lui plut aussitôt et même : instinctivement. »

« En se dirigeant vers la cuisine, elle repéra une enveloppe sous la porte d’entrée. C’était peut-être Étienne ; il était passé dans la nuit ; il regrettait tout. Elle se jeta sur l’enveloppe, pour y découvrir le nom de Namouzian. À l’intérieur, une ordonnance de Lexomil et des antidépresseurs, un arrêt de travail d’une semaine, et un petit mot sur lequel était inscrit : “Non, votre histoire n’est pas banale. Chaque souffrance est unique. Bon courage. Je suis là, si vous avez besoin de moi. Sophie.” »

Romancier, scénariste et musicien, David Foenkinos est né en 1974. Auteur de treize romans traduits en quarante langues, il a notamment publié aux Éditions Gallimard Le potentiel érotique de ma femme, Nos séparations, La délicatesse, Les souvenirs et Je vais mieux. En 2011, il a adapté au cinéma avec son frère son livre La délicatesse, avec Audrey Tautou et François Damiens.

Émotion, Drame, Frisson horreur, Roman, Suspense

LUX

de Maud Mayeras
Poche – 12 octobre 2017
Éditions : Pocket

2016. Antoine Harelde débarque à Ceduna, une petite ville perdue au ciel rose et à la poussière collante, dans les terres arides du sud de l’Australie, pour des vacances chez sa mère. Vingt ans auparavant, il y a passé un été inoubliable, un été au cours duquel il a connu la joie, l’amitié, l’amour, mais aussi l’horreur.
Aujourd’hui, il est un homme. Il n’a pas oublié, il n’a rien pardonné. Son but ? Se venger. Mais Antoine est frappé de plein fouet par la dure réalité. La justice prend d’étranges et inquiétantes couleurs à la lumière de l’apocalypse…

“Avec Lux, Maud Mayeras s’empare de nos peurs les plus terribles,
comme celle de la fin du monde, propos au cœur du livre, et bien dans l’air du temps.”

Franck PetitFrance 3 Limousin

J’avais déjà lu ce livre en novembre 2018.
Il y a quelques jours, j’ai ressenti l’envie de le relire…
J’avais oublié à quel point il était puissant… À quel point je l’avais apprécié, il m’avait bouleversé… m’avait laissé une empreinte !

Lux est unique, tourmenté, je dirais même hors du commun par son aspect « sensoriel » et émotionnel. Maud nous guide à travers des régions isolées, inhospitalières et arides peuplées de personnages terrifiants et particulièrement troublants.

1996. Ceduna, en Australie.
Antoine, un jeune français, semble perdu dans ce pays éloigné. Mais ce n’est pas le cas, il y a déjà vécu. Il est revenu pour une bonne raison. Il attendait depuis 1996, mais aujourd’hui il est enfin prêt. Il est revenu pour se venger. Une vengeance qui se veut implacable, mais tout ne se déroulera pas comme escompté.

2016. Ceduna, en Australie.
Un ami, Hunter, garçon de son âge, et sa petite sœur Lark, un aborigène, géant, monstrueux qui l’effraie chaque jour lorsqu’il passe devant sa porte. Depuis qu’Antoine a emménagé avec sa mère au bout du monde, voilà ses uniques voisins. Progressivement, il s’adapte à ce nouveau style de vie. Solitude. Plus d’école, une liberté toute relative qui n’existe qu’autour de chez lui et uniquement en cachette. Puis un jour, Hunter est assassiné, bouleversant la vie d’Antoine à tout jamais…

Maud nous offre un récit enchanteur, sombre, impitoyable et admirablement orchestré, ponctué de chapitres très brefs alternant entre 2016 et 1996 jusqu’à la fin du livre. Le dénouement, époustouflant, m’a redonné les frissons que j’avais déjà eu à ma première lecture !

Maud Mayeras… Je suis un grand fan !!!

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Extraits :

« Florence Harelde avait décidé de quitter la France le jour des quatorze ans de son fils. En pleine nuit, elle avait éveillé le garçon d’un doux baiser sur son front chaud. Elle lui avait parlé en anglais. Elle ne lui parlait jamais qu’anglais, le français lui ayant toujours paru une langue difficile, ennuyeuse, superflue. Elle avait évoqué cette plage sur laquelle elle avait grandi mais, l’esprit encore embrumé de sommeil, Antoine n’avait rien compris. »

« Deux cadavres, c’est tout ce qui restera.
Il les emportera loin d’ici, au fond de ce terrain en friche, ce champ recouvert chaque jour de l’année par des tonnes de feuilles sèches, tremblantes sous la brise légère ou collant à vos semelles. Au fond de ce terrain, il y a un trou, un trou dans lequel il pourra entreposer les deux cadavres. Il cachera leurs chairs et leur puanteur à l’abri des regards. Il attendra patiemment que les corps pourrissent et, quand il ne restera plus que des os cassants, il y mettra le feu. »

« Hunter avait resserré son étreinte et Antoine avait grimacé. L’autre lui faisait mal, mais il éveillait aussi en lui cette chose inexplicable qui le rendait furieux et l’excitait férocement. Hunter s’en était rendu compte et n’avait pas reculé.
Antoine s’était laissé faire, il avait entendu Hunter soupirer, avait senti les lèvres effleurer sa nuque et sa peau prendre feu. Les yeux clos, malgré son cœur qui cognait, malgré le bruit du vent qui s’engouffrait dans la pièce, il avait distinctement entendu le ronronnement du moteur dans l’allée.
“Merde, Hunter, tes parents.”
La glace avait éteint le feu. Et tout s’était déroulé à une vitesse folle. »

Maud Mayeras est une autrice française de romans noirs et de thrillers psychologiques.

Sa plume sensitive et animale nous mène toujours plus loin vers l’indicible, et avec délicatesse et précision, elle écorche à chaque page les entrailles et le cœur du lecteur. Ses récits mettent souvent en lumière les violences faites aux femmes et aux enfants, mais ils abordent également la complexité des liens filiaux et leurs conséquences féroces. Bercée par les films d’horreur, par le rock, le punk, et les romans de Stephen King, Maud Mayeras écrit son premier roman à 23 ans.

  • Hématome, éditions Calmann-Lévy en 2006. Il a reçu le prix des Limbes Pourpres et a été finaliste du prix Polar SNCF en 2006.
  • Reflex (2013), traduit dans plusieurs pays.
    https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/06/reflex/
  • Lux (2016), tous deux parus aux éditions Anne Carrière, puis repris chez Pocket.
  • Les monstres (2020)

Elle vit aujourd’hui à Limoges avec sa famille.

Émotion, Drame, Folie, Histoire vraie, Témoignage

Le Manuscrit de Birkenau

de José Rodrigues dos Santos
Poche – 6 octobre 2022
Éditions : Pocket

Pour des milliers et des milliers de déportés à travers toute l’Europe, c’est la dernière impasse, l’étape finale. Entre miradors et barbelés : Auschwitz-Birkenau… Mais pour Herbert Levin, le magicien célèbre, et Francisco Latino, le SS infiltré, c’est aussi la croisée des chemins…
Comment survivre dans cet enfer ? Comment sauver les siens ? Intégré dans les Sonderkommandos – ces prisonniers chargés de mener les condamnés au four crématoire -, Levin attend son heure. Octobre 1944 : les Russes approchent, les soldats sont nerveux et la révolte gronde. C’est le moment où jamais, pour le Grand Nivelli, de mettre sur pied une ultime illusion…

« J.R. dos Santos trouve les mots pour décrire l’horreur absolue. »
Ouest France

« Un récit basé sur des faits réels issus de manuscrits
enfouis par des déportés près du camp allemand en Pologne. Salutaire. »

La Voix du Nord

Après avoir terminé Le Magicien d’Auschwitz et sachant qu’il y avait une suite, je me suis précipité chez ma libraire favorite. J’ai immédiatement enchaîné.

“Le Magicien d’Auschwitz” avait déjà été une lecture éprouvante, mais là… C’est encore plus intense, plus agressif, aucune concession. Ce livre m’a totalement bouleversé. Et même si le livre est magnifique pour ce qu’il incarne, à un moment j’ai pensé que je n’arriverais pas au bout. Je me sentais pétrifié, anéanti, le livre en main, incapable de tourner les pages. Mais par respect pour le thème abordé et malgré des larmes qui ont continuellement coulé jusqu’à la dernière page, j’ai néanmoins terminé ma lecture. La nuit dans mon lit, certaines scènes insupportables, certains mots hurlés dans le camp revenaient dans mon esprit.
À ce jour, je suis contraint de reconnaître que c’est le livre le plus dur psychologiquement qu’il m’ait été donné de lire, et d’ailleurs, je le déconseillerai exceptionnellement à toutes les personnes sensibles.
Ce récit repose une fois de plus sur la réalité, mettant en scène plusieurs personnages qui ont véritablement existé et ont laissé différentes empreintes de leur passage sur les lieux. Certains testaments ont même été retrouvé caché dans les camps. L’auteur a effectué un travail de recherche et de documentation rigoureux, qui confirme tout le respect que j’avais déjà pour José Rodrigues dos Santos.
Et comme il le dit lui-même : “Les morts ne parlent pas, ne témoignent pas. Ils sont silencieux pour l’éternité.” Ce récit le poursuivait déjà depuis de nombreuses années. Il en a fait un magnifique hommage…

Cette suite met en scène Herbert Levin, le magicien, prisonnier juif à Auschwitz, sa femme, son fils, ainsi que Francisco Latino, gardien SS portugais et sonderkommando, qui recherche partout Tanusha.
Ensemble, ils mettront tout en œuvre pour sauver ceux qu’ils aiment, de la faim, du froid, et surtout de l’horreur des chambres à gaz.
Au sein du camp, tout est bien structuré, ordonné, orchestré, et malheur à celui ou celle qui oserait désobéir. Les Sonderkommandos, constitués de prisonniers juifs, étaient eux-mêmes contraints de participer au génocide de leur propre peuple. Ils étaient chargés d’accueillir d’accueillir les hommes, les femmes et les enfants, en mentant et en rassurant pour les diriger vers les “douches”… Ensuite attendre. Enfin, ils doivent récupérer les cadavres, prendre leurs bijoux, arracher leurs dents, si elles étaient en or, et finalement les transporter jusqu’aux fours crématoires, où ils partent « en fumée »… Et cela, chaque jour…

Une lecture “choc”, d’utilité publique, pour ne jamais oublier…

Extrait :

« Levin avait déjà constaté que la situation difficile dans laquelle ils se trouvaient avait transformé beaucoup d’hommes. Certains, comme Alfred Hirsch, avaient montré le meilleur d’eux-mêmes en devenant solidaires, coopératifs, engagés. D’autres, comme Václav, révélaient ce qu’il y avait de pire en eux, leur côté égoïste, agressif et hostile. Le magicien avait déjà vu ce genre de comportement dans les Arbeitskommandos et même dans ce baraquement, où certains offraient une petite partie de leur ration à ceux qui étaient en difficulté tandis que d’autres la volaient sans aucune hésitation. Il avait même vu un fils prendre la nourriture de son père. »

« Le spectacle était terrible. Les détenues de ce camp avaient déjà l’air misérable, mais celles qui se trouvaient là étaient les pires des pires. La plupart d’entre elles étaient des mortes-vivantes qui tenaient à peine debout. Certaines étaient prostrées par terre, indifférentes à ce qui pourrait leur arriver, tandis que d’autres se balançaient, prêtes à s’effondrer à tout moment. »

« Des cris lointains de femmes glacèrent tous ceux qui étaient restés dans le baraquement. En regardant à travers les fissures, Levin vit des projecteurs qui éclairaient d’une lumière intense le camp de quarantaine. Une foule s’y entassait, cinq mille personnes environ. Plusieurs dizaines de SS circulaient autour, la plupart avec des chiens tenus en laisse. »

« La porte était verrouillée et il n’existait aucune issue. On pouvait voir aussi des personnes s’embrassant ou se tenant la main, de toute évidence des familles, des couples, des mères serrant leur bébé ou agrippant leurs enfants, ultimes gestes d’amour avant la mort. »

« Ne laissez pas les nazis vous retirer l’étincelle de la vie qui brille dans cette nuit immense et vous écraser avec leurs ténèbres. Survivez. Survivez pour les contrer. Survivez pour vous venger. Survivez pour témoigner. »

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Journaliste, reporter de guerre, présentateur vedette du journal de 20 h au Portugal, José Rodrigues dos Santos est l’un des plus grands auteurs européens de thrillers scientifiques.
La saga Tomás Noronha, traduite en 18 langues, s’est fait connaître en France avec « La Formule de Dieu », vendue à près de 500 000 exemplaires (2 millions dans le monde) et dont les droits d’adaptation au cinéma ont été acquis par Belga Films.
Avec « Immortel », il signe le 8e roman de la saga en France.
Les romans de J.R. dos Santos et de son héros Tomás Noronha rencontrent un grand succès à travers le monde.
Thrillers érudits, ils traitent des sujets de science, de religion ou d’histoire avec toujours un incroyable travail de recherche. Car le sujet central de tous les romans de J.R. dos Santos reste le même : la vérité.
En tant que journaliste-reporter de guerre et en tant qu’auteur, cette question ne l’a jamais quitté. Et ce qui rend la série des Tomás Noronha unique, c’est justement ce défi systématiquement relevé de remettre en cause une vérité pré-établie pour en rétablir une nouvelle, difficile à accepter peut-être, mais bien plus limpide.

Ses romans sont tous publiés aux Éditions Hervé Chopin :

  • La Formule de Dieu (2012), traduit dans plus de 17 langues,
  • L’Ultime Secret du Christ (2013),
  • La Clé de Salomon (2014) – suite de La Formule de Dieu –,
  • Codex 632 (2015),
  • Furie divine (2016),
  • Vaticanum (2017),
  • Signe de vie (2018),
  • Immortel – Le premier être humain immortel est déjà né (2020),
    https://leressentidejeanpaul.com/2021/03/24/immortel-le-premier-etre-humain-immortel-est-deja-ne/
  • Âmes animales (2022),
  • La Femme au dragon rouge (2023), un diptyque composé de L’Homme de Constantinople (2019) et Un millionnaire à Lisbonne (2020).
    L’année suivante il aborde l’un des secrets les plus douloureux de l’histoire contemporaine avec :
  • Le Magicien d’Auschwitz
    https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/19/le-magicien-dauschwitz/
  • Le Manuscrit de Birkenau.
  • Spinoza : l’homme qui a tué Dieu (2023)
  • Oubliés (A Filha do Capitão, en portugais), son premier roman enfin traduit (2024).

José Rodrigues dos Santos vit à Lisbonne.

Roman

Le Magicien d’Auschwitz

de José Rodrigues dos Santos
Poche – 25 mai 20220
Éditions : Pocket

Comment celui que l’on surnommait « le grand Nivelli » a survécu à l’enfer.

Prague, 1939. Les troupes du Reich entrent dans la ville. De sa fenêtre, Herbert Levin aimerait les faire disparaître comme, sur scène, un illusionniste escamote ses colombes. Lui-même magicien sous le nom du “Grand Nivelli”, l’homme espère trouver chez les SS, ces grands mystiques amateurs d’occulte, un public trop naïf pour percer son secret.
Car Levin est juif, comme toute sa famille…
Croire ou ne pas croire… C’est toute la tragédie de ces années barbares, où nul ne veut croire au mal absolu. Levin y sera bientôt confronté, là-bas, dans la boue de la Pologne, au cœur gris de l’enfer…

Traduction, Adelino Pereira.

« Le bruit cadencé des bottes sur le goudron donnait l’impression que la mer était arrivée à Prague. Et quelle mer ! Les pas faisaient penser à des vagues, insistantes et furieuses, se brisant sur des rochers.
Herbert Levin avait décidé de ne pas regarder. Il refusait d’accorder de l’importance à ce qui se passait dehors, n’acceptant pas la tournure que prenait l’histoire. Il voulait se persuader que, s’il ne voyait rien, le monde demeurerait tel qu’il avait toujours été, car ce en quoi il se transformait n’augurait rien de bon. Mais la réalité ne se pliait pas à ses désirs. »

Dès le premier paragraphe José Rodrigues dos Santos donne le ton de son roman !

Deux histoires, qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre, terribles et effroyables, se croisent, alternent chapitre après chapitre, pour enfin se rejoindre à la fin du roman (qui n’en est pas une…) à Auschwitz.
Herbert Levin, un magicien, a fui avec sa famille les persécutions juives en Allemagne pour se réfugier à Prague. Il refuse d’imaginer l’inimaginable malgré de nombreuses mises en garde…
Francisco Latino, un soldat portugais, va s’enrôler dans la légion espagnole, il se bat aux côtés de Franco lors de la guerre civile, très vite il décide de se joindre aux Allemands pour combattre les communistes sur le front russe.

J’ai découvert J.R. dos Santos, en 2013, avec “La formule de Dieu”. Magnifique !
Ensuite, j’ai très vite enchainé avec, “L’Ultime secret du Christ”, “La Clé de Salomon”, “Codex 632 – Le Secret de Christophe Colomb”, “Furie Divine” et “Immortel”.
Avec « Le Magicien d’Auschwitz », il effectue un travail de recherche remarquable, nous offrant un récit poignant et horrible sur les horreurs passées.

Tout le monde sait ce qui s’est passé dans les camps de concentration, ou pense le savoir…
Comment est-il possible que les SS aient pu faire ça ?
Ce livre m’a retourné (âmes sensibles, s’abstenir). Mais il m’a permis aussi d’être au plus près de la réalité. J’ai appris de nombreuses choses incroyables, folles. Hitler, Himmler et de nombreux autres nazis, qui, entourés d’astrologues, d’occultistes et autres mystificateurs, croyaient que la race nordique était descendue directement des cieux !

J.R. dos Santos nous relate des destins brisés, pour que nous puissions les garder en mémoire… Surtout, ne jamais oublier…
Je conseille fortement !

Le film, Le Magicien d’Auschwitz est en cours de réalisation par Jaco Van Dormael, produit par Belga Films Group.

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Extrait :

« Les dieux s’expriment par sa bouche. Avec le Führer à la barre, l’Allemagne retrouvera tout son éclat, et notre peuple recouvrera son statut de race divine, guidant l’humanité vers un niveau d’évolution supérieur.
Levin se rappela avoir déjà entendu ces réflexions à Berlin, lors de la montée des nazis, et comprit qu’il ne pouvait plus les supporter. »

« – J’aimerais bien plaisanter, mais quand je vois les aberrations de la théosophie, ça me donne la chair de poule. Sans oublier les inanités de l’anthroposophie de Rudolf Steiner. Les Aryens, descendants des Atlantes, posséderaient l’étincelle divine, tandis que les races à la peau sombre seraient d’origine démoniaque et, par le métissage, détruiraient ce qu’il y a de divin chez les Aryens. Mais où diable est-il allé chercher tout ça ? Où sont les preuves ? »

« Les lampes s’éteignirent tout à coup et la salle plongea dans une complète obscurité. Le brouhaha distrait de la foule s’atténua, puis cessa. Une musique orientale, mélodieuse, au rythme indolent et répétitif, presque hypnotique, rompit agréablement le silence.
Un puissant projecteur éclaira la scène et dévoila un personnage enveloppé dans une cape ; on aurait dit un fantôme. Le Grand Nivelli. »

« Les officiers SS qui se tenaient dans le hall du premier étage buvaient en riant aux éclats. Certains sourirent quand le magicien passa à côté d’eux, le félicitant pour le spectacle, apparemment sans remarquer qu’il sentait le Juif, et le Grand Nivelli leur répondit par un sourire confiant et même énigmatique.
Les hommes d’Himmler voulaient du mystère, il allait leur en donner. »

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Journaliste, reporter de guerre, présentateur vedette du journal de 20 h au Portugal, José Rodrigues dos Santos est l’un des plus grands auteurs européens de thrillers scientifiques.
La saga Tomás Noronha, traduite en 18 langues, s’est fait connaître en France avec La Formule de Dieu, vendue à près de 500 000 exemplaires (2 millions dans le monde) et dont les droits d’adaptation au cinéma ont été acquis par Belga Films.
Avec Immortel, il signe le 8e roman de la saga en France.
Les romans de J.R. dos Santos et de son héros Tomás Noronha rencontrent un grand succès à travers le monde.
Thrillers érudits, ils traitent des sujets de science, de religion ou d’histoire avec toujours un incroyable travail de recherche. Car le sujet central de tous les romans de J.R. dos Santos reste le même : la vérité.
En tant que journaliste-reporter de guerre et en tant qu’auteur, cette question ne l’a jamais quitté. Et ce qui rend la série des Tomás Noronha unique, c’est justement ce défi systématiquement relevé de remettre en cause une vérité pré-établie pour en rétablir une nouvelle, difficile à accepter peut-être, mais bien plus limpide.

Ses romans sont tous publiés aux Éditions Hervé Chopin :

  • La Formule de Dieu (2012), traduit dans plus de 17 langues,
  • L’Ultime Secret du Christ (2013),
  • La Clé de Salomon (2014) – suite de La Formule de Dieu –,
  • Codex 632 (2015),
  • Furie divine (2016),
  • Vaticanum (2017),
  • Signe de vie (2018),
  • Immortel (2020) – Le premier être humain immortel est déjà né
    https://leressentidejeanpaul.com/2021/03/24/immortel-le-premier-etre-humain-immortel-est-deja-ne/
  • Âmes animales (2022),
  • La Femme au dragon rouge (2023), un diptyque composé de L’Homme de Constantinople (2019) et Un millionnaire à Lisbonne (2020).
    L’année suivante il aborde l’un des secrets les plus douloureux de l’histoire contemporaine avec :
  • Le Magicien d’Auschwitz et
  • Le Manuscrit de Birkenau
    Suivront :
  • Spinoza : l’homme qui a tué Dieu (2023)
  • Oubliés (A Filha do Capitão, en portugais), son premier roman enfin traduit (2024).

José Rodrigues dos Santos vit à Lisbonne.

Roman

Le parfum des cendres

de Marie Mangez
Poche – 12 avril 2023
Éditions : J’ai lu

Les parfums sont toute la vie de Sylvain Bragonard. Il a le don de cerner les personnalités grâce à de simples senteurs, qu’elles soient vives ou délicates, subtiles ou entêtantes. Tout le monde y passe, même les morts dont il s’occupe chaque jour dans son métier d’embaumeur.Cette manière insolite de dresser des portraits stupéfie Alice, une jeune thésarde fascinée par son étrange profession. Pour elle, Sylvain est une énigme : bourru et taiseux, pourquoi semble-t-il plus à l’aise avec les défunts qu’avec les vivants ? Loin de se décourager, Alice va redoubler d’efforts pour percer le secret qui l’empêche de respirer depuis quinze ans…

Un roman qui éveille les sens, mais pas seulement…

Le parfum des cendres est un premier roman.
Que dis-je ?
C’est LE premier roman de Marie Mangez, et le premier d’une très longue liste, j’espère…

Sylvain Bragonard est devenu thanatopracteur alors qu’il rêvait de devenir parfumeur.
Il avait le nez délicat, finement délicat même. Cependant, la vie ne nous mène que là où elle le veut bien…
Sylvain est un homme silencieux, mystérieux, renfermé sur lui-même, plus à l’aise avec les morts qu’avec les vivants, et ce, depuis quinze ans. Alice, qui effectue sa thèse, va bousculer, percuter son monde linéaire que rien ne semblait pouvoir perturber. Une étrange relation va progressivement se développer entre la jeune fille pleine de vitalité et l’homme qui se voue au silence, quand ce n’est pas à certains souvenirs destructeurs. Alice l’observe, elle veut découvrir le mystère qu’il porte en lui et, qui sait, peut-être lui redonner le semblant de vie qui semble lui manquer, même s’il n’en est encore pas conscient.

En 1988, je découvrais Le parfum, de Patrick Süskind.
Je trouve que Marie Mangez lui rend, avec ce magnifique récit, un très bel hommage, mais elle va plus loin encore. Ses personnages abîmés sont attachants.
Sylvain, absent, taciturne, qui redonne vie au corps des morts, cherchant lui-même à disparaitre parfois, il est invisible lorsqu’il se regarde dans un miroir. Alice, jeune étudiante avec son air taquin, atypique, engagée, avec des yeux qui traînent partout et de la musique plein la tête, un peu maladroite peut-être, fébrile aussi, mais tellement vivante !
Cette histoire m’a captivée, avec son écriture fluide et empreinte de douceur sur les odeurs, la musique et, même si le sujet pourrait sembler sombre, la thanatopraxie, au final, ce qui en résulte, c’est bien la vie !

Une très belle découverte… originale, prenante et emplie d’émotions !
Merci Corinne !!!

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Extraits :

« Bernadette était allongée, paupières fermées, les bras sagement étendus le long du corps. Au cœur de ses joues sillonnées de rides, légèrement affaissées, on distinguait le creux des fossettes, centres névralgiques d’un visage encore animé par des années de sourire. Visage arborant désormais une expression sereine – Bernadette attendait que l’on s’occupe d’elle, remettant placidement son enveloppe charnelle aux soins d’autres mains que les siennes. »

« Elle se faisait donc la plus discrète possible, retranchée dans un coin de la pièce, évitant généralement d’ouvrir la bouche, histoire de ne pas perturber monsieur, Elle avait également remarqué que le bruit même de son crayon paraissait l’irriter; et, en conséquence, s’abstenait de prendre des notes, s’efforçant de garder en mémoire tout ce qui pouvait être utile, afin d’en noircir son carnet sitôt sortie du funérarium et libérée de cette compagnie légèrement taciturne. »

« Ses yeux parcoururent ce lieu qu’il qualifiait de chez-lui : blanc et vide comme une chambre funéraire, un espace neutre, impersonnel, dénué de tous ces souvenirs qui envahissaient la maison de son enfance, souvenirs flottant là, partout et pourtant inaccessibles, souvenirs parasites qui le narguaient douloureusement, de l’autre côté du mur de verre séparant Sylvain du monde des vivants.
Revenir chez ses parents, c’était affronter le reflet glacé de ce qu’il avait été et de ce qu’il avait perdu. Un coup de cutter dans ses plaies à vif. »

« Vous voyez quoi, vous, là-dedans ? Moi, j’y vois un truc genre sensuellement mystique… un hymne au sexe et à la musique, parce que c’est deux choses qui font le lien entre le charnel et le spirituel, vous voyez ? C’est imbriqué… le mystique, on peut pas y arriver sans nos sens, et nos sens sont rien si on n’y met pas une part de spirituel… enfin, moi je le comprends comme ça, en tout cas. Vous en pensez quoi ? »

Doctorante en anthropologie à l’Université de Paris, Marie Mangez voyage régulièrement entre la France et la Turquie afin de conduire des recherches sur les minorités religieuses. À côté de sa thèse, elle publie en 2021 son premier roman, Le Parfum des cendres, dans lequel Sylvain, thanatopracteur, et Alice, étudiante en stage, devront essayer de cohabiter dans un climat inexpliqué de tension.

Marie Mangez découvre le sujet de la thanatopraxie par le biais de ses études et décide d’en faire le métier de son personnage principal, dans un roman qui mêlera mystère et sensibilité. Par le biais de ce roman, elle nous plonge dans un univers mélancolique et énigmatique, dans lequel nous devrons découvrir le secret bien gardé de l’impénétrable personnage principal, en décryptant les indices disséminés par l’autrice dès les premières pages. Finalement, entre le mystérieux embaumeur qui sent les morts, et la jeune étudiante déterminée, l’harmonie est difficile, mais pas impossible…

Roman

Saules aveugles, femme endormie

de Haruki Murakami
Poche – 18 février 2010
Éditeur : 10 X 18

Une femme endormie sous l’emprise de saules aveugles. Un fantôme surpris par un gardien de nuit. Un écrivain possédé par le personnage qu’il vient de créer. Sur le fil secret qui enlace le rêve à la réalité, les êtres de Murakami passent en funambules d’une nouvelle à l’autre, et nous emportent avec fièvre dans les abîmes hypnotiques de notre conscience.

“Haruki Murakami confirme sa stature de géant nippon des lettres. […]
Ce recueil est un labyrinthe familier, un palais des glaces,

où le lecteur peut se perdre, et se reconnaître, avec délices.”
David Fontaine, Le Canard enchaîné

Traduit du japonais par Hélène Morita.

Un très agréable recueil de nouvelles…

À la fin de ma lecture, je me suis vraiment interrogé sur la manière dont je pourrais vous parler de ce recueil de nouvelles et surtout sur la façon dont je pourrais vous donner envie de le lire.

Commençons donc par le commencement…
Connaissez-vous Haruki Murakami ?

En septembre 2023, j’ai fait la découverte de l’excellent livre Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, qui m’a plongé dans un livre très enrichissant en philosophie de la vie basée sur l’effort, la volonté et la persévérance, mettant en lumière l’infini potentiel humain… Et comme il le souligne si bien, “le seul adversaire que l’on doit vaincre, c’est soi”.

Dans le livre « Saules aveugles, femme endormie », le narrateur nous plonge dans une sorte de solitude à travers 23 récits aussi variés que les personnages rencontrés au fil de ma lecture, mais toujours avec cette solitude. Toujours empreint de poésie, l’écrivain vous conduira dans son monde, oscillant entre la réalité et l’imaginaire. Haruki m’a interpelé par la musicalité de ses phrases, m’a envoûté en pénétrant régulièrement au plus profond de mon esprit grâce à de petits détails, par-ci par-là, un visage, un sourire, un regard qui brille, un verre de vin, une vague qui apparait au loin et qui roule sur le sable fin… Haruki est un excellent conteur, un grand observateur qui analyse et transmet de quoi ravir les adeptes de belles histoires variées, à l’écriture fine et délicate qui ne pourront vous laisser indifférents…
Prendre du temps et du plaisir…
Votre imaginaire fera le reste. Après tout, ne sommes-nous pas les héros de nos lectures ?
Haruki en est conscient et nous fait rêver…

Un grand bravo à Hélène Morita, traductrice qui a réussi à saisir et à exprimer toutes les émotions de l’écrivain !

Extraits :

« “— Tiens, voilà qui ferait un beau slogan !”
Les pare-chocs sont faits pour être cabossés.
J’observai sa bouche tandis qu’elle prononçait cette phrase.
“Ce que je voulais dire, reprit-elle doucement en grattant le lobe de son oreille – un lobe à la très jolie forme -, c’est que, quoi qu’on puisque souhaiter, aussi loin qu’on puisse aller, on reste ce que l’on est, voilà tout.
— Comme slogan, ça aussi, c’est pas mal !”
Quoi qu’on puisse souhaiter, aussi loin qu’on puisse aller, on reste ce que l’on est, voilà tout. »

« “— Tu regardes souvent la télévision ?”
Je secouai la tête. “Je n’ai pas de télé.
— Pourtant, reprit-il après un temps de réflexion, il y a au moins une très bonne chose avec la télévision.
Tu peux l’éteindre quand tu en as envie. Et personne ne se plaint.”
Il appuya sur le “off” de la télécommande. L’image disparut à la seconde. La pièce redevint silencieuse et paisible. Au-delà des fenêtres, des lumières commencèrent à briller.
Pendant environ cinq minutes, nous n’échangeâmes pas un mot, nous contentant de déguster nos whiskies. »

« Il me dit qu’il avait lu tous mes romans. “Nous avons des façons de penser tout à fait différentes, toi et moi, expliqua-t-il, et je crois aussi que nos buts sont différents. Mais j’estime que c’est magnifique de pouvoir raconter des histoires aux autres.”
Opinion parfaitement respectable. “À condition de savoir bien les raconter”, lui avais-je répondu. »

« “Je fais parfois ce rêve”, dit le jeune homme dans son fauteuil roulant. Sa voix était chargée d’étranges échos, comme si elle sortait d’une fosse profonde. “Il y a un couteau planté de travers dans la partie souple de ma tête, là où résident les souvenirs. Il est enfoncé profondément à l’intérieur. Cela ne me fait pas spécialement mal. Je n’en sens pas le poids non plus. Simplement, il est là, planté dans ma tête. Je me tiens à part, et j’observe la scène comme s’il s’agissait de quelqu’un d’autre. J’aimerais que quelqu’un retire ce couteau. Mais personne ne sait que j’ai un couteau fiché dans le cerveau.” »

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Haruki Murakami, né à Kyoto en 1949 et élevé à Kōbe, a étudié le théâtre et le cinéma à l’université Waseda, avant d’ouvrir un club de jazz à Tokyo en 1974.
Son premier roman, Écoute le chant du vent (1979), un titre emprunté à Truman Capote, lui a valu le prix Gunzo et un succès immédiat au Japon. Suivront : La Course au mouton sauvage, La Fin des temps, La Ballade de l’impossible, Danse, danse, danse et L’éléphant s’évapore.
Exilé en Grèce en 1988, en Italie puis aux États-Unis, où il écrit ses Chroniques de l’oiseau à ressort et Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, il rentre au Japon en 1995, écrit un recueil de nouvelles sur le séisme de Kōbe, Après le tremblement de terre, une enquête sur l’attentat de la secte Aum, Underground, puis suivent Les Amants du Spoutnik, le superbe Kafka sur le rivage et 1Q84 (livres 1,2 et 3). Plusieurs fois favori pour le Nobel de littérature, Haruki Murakami a reçu le prestigieux Yomiuri Prize et le prix Kafka 2006. Après L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, il autorise la publication d’Écoute le chant du vent suivi de Flipper, 1973, ses deux premiers romans inédits. Le Meurtre du Commandeur (livres 1 et 2) est son dernier roman paru.

Autoportrait de l’auteur en coureur de fond
https://leressentidejeanpaul.com/2023/09/22/autoportrait-de-lauteur-en-coureur-de-fond/