Amour, Émotion, Drame, Histoire

Les heures envolées

de Alba Ombieri
Broché – 2 juin 2025
Éditions : Des livres et du rêve

Au début du XXe siècle, dans une France bouleversée par les fractures sociales et la guerre, trois âmes brisées tentent de recoller les fragments de leur existence. Élise, François et Valentin affrontent, chacun à leur manière, les épreuves du destin et le poids des non-dits. Entre secrets, quête d’identité, et rendez-vous manqués, leur histoire s’entrelace pour dévoiler les forces invisibles qui façonnent nos vies. Des empreintes indélébiles que laissent les heures envolées.

Un récit à la fois tendre et poignant pour ce premier ouvrage d’Alba Ombieri, dont la plume précise et touchante nous révèle l’étendue de son talent au fil des mots.

Tout dabord, il y a une très belle couverture… mais très vite se sont les mots qui m’emportent.

Il y a des romans qui laissent une empreinte profonde, et Les heures envolées, premier livre d’Alba Ombieri, en fait indéniablement partie. J’ai été soufflé par la force de son récit, par la précision de sa plume, par la charge émotionnelle qu’elle porte sans jamais céder au pathos. Tout y est juste, puissant, vibrant.

Derrière chaque mot, je sens la passion de l’autrice, ses combats, ses colères, mais aussi un amour immense pour ses personnages. Elle ne pardonne rien à la cruauté, à la haine, à la bêtise humaine. Et pourtant, ce n’est jamais un roman à charge. C’est un roman d’humanité, de mémoire et de résistance.

J’avais découvert Alba avec le recueil SEPT, et sa nouvelle Valentin 1916. Déjà, ce texte m’avait bouleversé. Le retrouver ici, au cœur de ce roman, m’a touché profondément. Il n’est pas seul. Il y a Élise, François… Leurs voix se croisent, s’entremêlent, se heurtent parfois, dans une temporalité qui bouscule. Une fresque dense, émouvante, qui m’a emporté dans une France occupée qui se rend compte que la guerre durera bien plus longtemps que les quelques mois qui avaient été annoncés aux français partis pour défendre leur nation…

Dès les premières pages, j’ai été happé par l’accouchement d’Élise. J’ai été touché par sa fragilité, sa force, son chemin. C’est l’histoire de plusieurs vies, de destins percutés par l’Histoire qui luttent pour survivre. Des destins qui nous renvoient à nos grands-parents, et finalement, à nous-mêmes.

Si vous ne deviez lire qu’un seul roman cette année, faites moi confiance, lisez celui-ci !
Comme le dit si bien Alba, « Les heures envolées » appartient dorénavant aux lecteurs alors laissez-vous tenter et laissez la magie opérer… Ce livre est la lumière qui montre le chemin des vérités. Il est la force que nos jeunes portaient sur leur dos lorsqu’ils partaient au combat, il est la lumière dans les yeux des femmes qui un jour ont décidé de dire NON et qui, sans vouloir forcément être légale des hommes, avaient juste souhaité qu’ils reconnaissent tout simplement leurs places. Celles qu’elles méritent amplement… le temps et l’histoire nous l’ont démontré moult fois… Le roman secoue, il abîme, il fait mal. On y ressent l’injustice, la peur, mais aussi la beauté d’un espoir ténu. Même les personnages secondaires sont poussés dans leurs retranchements. Personne n’est épargné, et moi non plus, en tant que lecteur.

Le style est net, tendu, presque cinématographique. Pas de mièvrerie, pas de détours. Juste une vérité brute, âpre, bouleversante. J’ai refermé le livre avec les larmes aux yeux… puis j’ai relu le prologue et j’ai tout compris…
Les monstres existent, mais heureusement les belles personnes aussi…

Pour un premier roman, c’est une claque. Une œuvre forte, sensible, indispensable.
Merci Alba…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Juin 1919, Salergues, sud de la France.
La fête bat son plein.
Le soleil d’été rejoint l’horizon, dans un feu d’artifice de nuances pastel. La fraîcheur de la nuit naissante enveloppe les convives attablés au banquet, pendant que les lampions multicolores nimbent les visages de tons chamarrés.
Je souris en sentant se répandre en moi un sentiment nouveau, savant mélange de bonheur et d’amertume.
Des fiançailles. Celles de ma mère. »

« Perdu dans mes pensées, je n’ai pas encore remarqué la silhouette, adossée au tronc de l’arbre avec lequel elle se confond, qui observe les réjouissances en contrebas, le visage ruisselant de larmes. »

« Dans l’ombre, la femme d’une quarantaine d’années qu’elle n’avait jamais pu appeler autrement que « mère » la scrutait avec un flegme hautain. Un léger rictus arrondissait le coin de ses lèvres. Son détachement apparent confinait à la cruauté, à une férocité impassible, de celle que l’on ne trouve que chez les personnes dénuées d’empathie.
Face à la scène, elle ne témoignait ni inquiétude, ni compassion, ni colère. Les bras croisés sur la poitrine, raide comme un piquet, elle ne perdait pas une miette du spectacle. Elle paraissait même se délecter de la souffrance de son enfant. »

« Petite, déjà, elle était présentée comme un jouet : jolie, bien apprêtée, elle se devait, en public, de rester silencieuse sous peine d’encourir une punition qui l’empêchait de quitter le lit plusieurs jours durant.
Coups de poings, de pieds, de ceinture. Gifles, enfermement, privation de nourriture. Elle avait subi ces mauvais traitements sans broncher, sans se rebeller.
Jusqu’à ce que François lui fasse entendre que tout cela n’était pas acceptable. Qu’elle méritait le bonheur, l’amour qu’elle n’avait pas suscité chez ceux qui auraient dû la chérir et la protéger. »

Alba Ombieri a d’abord mené une carrière d’archéologue, avant de délaisser les pinceaux et les truelles pour devenir libraire dans les Landes. Elle a choisi ensuite de se consacrer au métier exigeant de professeur des écoles. Grosse lectrice de thrillers et de polars, elle travaille depuis plusieurs années sur différents projets d’écriture.

  • Valentin, 1916 est sa première nouvelle éditée.
  • Les heures envolées est son premier roman édité aux éditions Des livres et du rêve.
Amour, Émotion, Poésie

L’AUTRE VERSANT

Poésie automnale
de Gérard Papier-Wagner
Relié – 4 janvier 2023
Éditeur : Auto-édition

« Écrire de la poésie, c’est aborder l’autre versant d’une réalité réinventée dans la fiction. Ainsi me suis-je laisser allé au gré de mon imaginaire et de mes états d’âme sans souci d’un classement. Le lecteur devra donc visiter ce recueil à la manière de qui entre dans une bibliothèque sans avoir une idée précise de ce qu’il vient y chercher, ni même de ce qu’il peut y trouver. J’espère simplement que celui-ci découvrira parmi mes poèmes le chemin qui mène hors des pensées convenues. »

Je dois l’avouer d’emblée, la poésie n’est pas, à la base, mon terrain de lecture favori. Et pourtant… ce recueil m’a surpris à plusieurs niveaux. Je ne m’attendais pas à être aussi touché, et c’est peut-être justement parce que je sortais de ma zone de confort que cette lecture a pris une autre dimension.

Très vite, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas d’un livre à « dévorer » comme je le fais souvent, mais bien d’un ouvrage à appréhender avec lenteur et attention. Il méritait une lecture posée, presque rituelle. J’ai donc choisi de le découvrir au fil des jours, à raison de trois ou quatre poèmes par-ci, par-là, selon l’humeur du moment. Et cette approche s’est révélée parfaite, je me suis laissé porter sans jamais forcer l’élan.

Chaque poème m’a emmené ailleurs, dans des émotions universelles, mais racontées avec une intimité qui les rend profondément personnelles. Gérard a un talent indéniable pour saisir la beauté des sentiments avec des mots simples, justes, toujours sincères. Ce qui m’a le plus marqué, c’est cette authenticité, j’ai senti très vite que chaque texte était nourri d’instants vécus, d’éclats de vie qui résonnaient parfois avec ma propre histoire. Il y a dans ce recueil une délicatesse qui touche le cœur sans jamais tomber dans l’artifice.

C’est un livre pour les rêveurs, les amoureux de la vie, ou tout simplement pour celles et ceux qui cherchent un peu de lumière dans leur quotidien. Les poèmes vibrent d’émotion, de tendresse, et abordent avec pudeur les élans du cœur, les premiers émois, le passage du temps ou la nostalgie des souvenirs. On y retrouve un parfum d’automne, certes, mais pas au sens saisonnier : un automne intérieur, celui de nos transitions, de nos souvenirs, de nos petits deuils doux et nécessaires.

En refermant ce recueil, j’ai compris que la poésie pouvait me parler, me toucher, même quand elle est écrite avec autant de sincérité. Une très belle découverte que je recommande, surtout à ceux qui, comme moi, n’osaient pas encore s’y aventurer.

Petit secret entre vous et moi pendant que l’auteur ne nous écoute pas.
Lorsque je suis arrivé au passage TEXTES NON VERSIFIÉS, comment vous dire… J’ai… Les mots… Il a fallu que…
… Non finalement, le mieux est que vous le lisiez. Vous comprendrez…

Merci du fond du cœur Gérard, grâce à toi mon horizon s’est encore agrandi !

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« MES ROSES
Que vous soyez de Bagatelle ou d’Ispahan
La princesse Meilland ou la Reine Écarlate
De noble souche ou d’églantiers du Morbihan
Votre corolle est une oreille délicate
À laquelle je me confie depuis toujours
Aimant à raconter mes chagrins mes amours
Frivole un beau matin rompant notre quiétude
Ayant dit mon désir de connaître un ailleurs
Par confusion ai pris la rosée pour les pleurs
D’une amante blessée par tant d’ingratitude
…/… »

« PAS LE TEMPS
Qu’elle est courte la vie je n’aurai pas le temps
De la comprendre bien Avant je serai mort
Fantasque fut la mienne ironique mon sort
J’ai le corps en hiver et le cœur au printemps
Ainsi ai-je souvent vécu à contretemps
Impatient d’être en mer puis regrettant le port
Qu’elle est courte la vie je n’aurai pas le temps
De la comprendre bien Avant je serai mort
…/… »

« BLEU-BLANC-ROUGE
Bleu tes yeux Blanc ton sourire Rouge tes lèvres
Bleu-Blanc-Rouge qui claque au vent de mon pays
C’est ton visage me mettant le cœur en fièvre
C’est l’étendard d’une histoire qui m’envahit
…/… »

« JÉSUS
Pardonne-moi de bouder tes cérémonies
L’Église prétendue gardienne de nos vies
Engoncée dans des rites soi-disant les tiens
S’occupe moins de celles-ci que de ses biens
…/… »

Né en 1941 à Paris, diplômé architecte en 1966, Gérard Papier-Wagner a exercé en tant qu’urbaniste-architecte à Pointe-Noire en République du Congo, puis à Batna dans les Aurès en Algérie avant de travailler, en libéral à Rennes, dans sa propre agence d’architecture jusqu’en 2001.

Mona
https://leressentidejeanpaul.com/2023/03/22/mona/

LE PARFAIT inconnu
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/21/le-parfait-inconnu/

À cause du Zibaldone
https://leressentidejeanpaul.com/2023/05/28/a-cause-du-zibaldone/

Le disparu de Monrovia
https://leressentidejeanpaul.com/2023/06/27/le-disparu-de-monrovia/

La double vie des Jodlere
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/25/la-double-vie-des-jodlere/

Le rendez-vous de Tchimbamba
https://leressentidejeanpaul.com/2023/12/21/le-rendez-vous-de-tchimbamba/

Le triptyque
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/05/le-triptyque/

Dragon qui boite
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/07/dragon-qui-boite/

Amour, Émotion, Conte, Magique, Poésie

FLIPP LE PETIT FANTÔME

de Claudine Laurent Rousselle
Broché – 8 juin 2024
Éditions : Auto-édition

Philippe, Chris et Alan ont douze ans, ils sont amis depuis leur plus tendre enfance. Ils partagent tout. Ils aiment se retrouver au bord de la rivière pour faire des ricochets, pêcher, se balancer au bout d’une corde et sauter dans l’eau.
Un jour, ils décident de construire une cabane dans un arbre, ils ne ménagent pas leurs efforts et sont heureux de leur réussite.
Ils aménagent un barbecue sur lequel ils font cuire leurs prises. Assis sur des rondins de bois, entourés de la nature, ils dévorent à pleines dents, c’est un pur bonheur, jusqu’au jour où survient le drame…

Je croyais que Claudine Laurent Rousselle ne pouvait plus me surprendre. Et pourtant…
Avec Flipp le petit fantôme, elle m’a une fois encore profondément touché. Ce petit conte tout en délicatesse s’adresse aux enfants de 7 à 13 ans, mais il parlera tout autant aux parents, aux grands-parents, et à tous ceux qui gardent en eux une part d’enfance.

Avec sa plume empreinte de bienveillance et de poésie, Claudine nous offre une histoire tendre, simple et lumineuse, portée par une narration accessible et un ton volontairement naïf, au sens le plus noble du terme. Ce style, qui lui est propre, apaise, émerveille, et donne à rêver. Elle a glissé aussi, ici et là, réalisés par ses propres soins j’en suis sûr, quelques petits dessins qui ont joliment animés mon récit.

J’aurai aimé que l’aventure dure plus longtemps. Mais c’est bien là la force de l’autrice, savoir captiver les jeunes lecteurs sans jamais les perdre. Claudine connaît les enfants, elle sait comment les accrocher, les émouvoir, surtout les faire réfléchir… tout en douceur.

Flipp le petit fantôme est un récit court, certes, mais il résonnera longtemps dans mon esprit. Il touche le cœur, il fait naître l’émotion. J’avoue avoir versé quelques larmes tant ce petit monde imaginaire est porteur de lumière.

C’est un livre pour les petits, bien sûr, mais aussi pour les grands. Pour les mamans, les papas, les futurs parents, et tous ceux qui croient encore aux pouvoirs des histoires. Un conte pour donner aux enfants le goût de lire… et surtout, le droit de rêver.

Merci, Claudine, pour cette nouvelle parenthèse enchantée. Merci de nous partager ton imaginaire si riche et si généreux.
Aujourd’hui, je te le dis, si tu as besoin de quoi que ce soit, et si je peux t’aider, ce sera toujours avec un grand plaisir.
Tu offres aux enfants (et à nous tous) de magnifiques personnages, pleins de vie et de tendresse. Et ça, c’est un cadeau précieux.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Un beau ciel bleu, une rivière, un petit bois, un champ de fleurs …
Un réel bonheur pour Philippe et ses amis Alan et Chris, tous les trois âgés de douze ans, qui aiment la nature et s’en donnent à cœur joie à faire des ricochets sur l’eau de la rivière, se balancer au bout d’une corde attachée à la branche d’un arbre, plonger dans l’eau, et s’éclabousser.
Les rires fusent. »

« – Philippe !… c’est bien toi ?…
– Oui, n’aie pas peur surtout… mais appelle-moi Flipp, en haut, c’est le nom qu’on me donne.
– Flipp, d’accord… que fais-tu ici ?…
– Je voulais vous revoir Alan et toi. Je suis allé à la cabane, j’ai essayé d’attirer votre attention, mais j’ai vu que je vous faisais peur. Alors ce soir, je suis venu vous voir l’un comme l’autre.
Sache que vous êtes les seuls à me voir et à m’entendre. »

« Pourtant quelque chose l’intrigue.
Elle ne rêve pas, elle entend Alan et Chris parler à Philippe, comme à l’époque où il était avec eux.
Que leur arrive t-il ?
— Je dois avoir une conversation avec les garçons… ils ne peuvent continuer ainsi. Ils doivent admettre que leur ami est parti. Ça ne sert à rien d’imaginer le contraire, je pense qu’ils se font du mal.
Je leur parlerai demain pour ce soir, c’est un peu tard. »

« – Mes amis, qu’allez-vous retenir de ces vacances ?…
– On s’est bien amusés ! lui répond Alan.

– Et toi Chris ?
– C’est vrai ont s’est bien amusés, mais tu nous as montré tout ce que tu étais capable de faire pour les autres et je pense que c’est une leçon à retenir.
Nous devons, nous aussi, penser à venir en aide aux autres.
— Très juste ! Répondez Flipp et pas seulement aux humains, les animaux, les oiseaux, les arbres, les fleurs, et chaque être vivant sur cette terre peut avoir besoin de vous.
Vous devez apprendre à ouvrir les yeux ainsi que votre cœur.
Faudra vous rappeler tout mon enseignement.
Croyez-moi, ça vous rendra heureux du faire… »

Née à Reims, Claudine Laurent Rousselle a vécu à “La Neuvillette” durant sa jeunesse et son adolescence, depuis elle vie en Haute-Savoie. Dans sa jeunesse, elle a participé à plusieurs concours de poésies.
Depuis quelques années le rêve d’écrire des contes lui vient à l’esprit. Elle se lance, et sort son premier roman Un merveilleux cadeau en 2022.
D’autres romans sont d’ores et déjà en attente…

Amour, Émotion, Drame, Magique

Un battement de cœur après l’autre

de Françoise Cordier-Bresson
Poche – 12 juin 2025
Éditions : Mon Poche

Il y a toujours un moment incertain où la vie s’infléchit, trébuche ou se déploie. Quand Marie, 35 ans, se retrouve veuve à la suite d’un terrible accident, elle s’abîme dans le chagrin. Comment remonter au-dessus des nuages quand on est à terre ? Comment accepter les mains qui se tendent sur son chemin et s’autoriser à se réinventer ? Entre courage et défaillances, son périple l’entraînera en Provence, dans un refuge d’âmes cassées… C’est peut-être là qu’un battement de cœur après l’autre, elle réapprendra le goût du bonheur…

Il y a des livres qui vous accompagnent longtemps après les avoir refermés. Un battement de cœur après l’autre “risque” d’en faire partie. Ce roman, signé Françoise Cordier-Bresson, m’a cueilli par sa justesse, sa pudeur et sa lumière.
J’y ai rencontré Marie, une jeune directrice financière de trente-cinq ans, engluée dans une dépression sévère suite à la disparition tragique de son mari, brisée, dans l’incapacité de faire son deuil, incapable de respirer dans un monde où son mari n’existe plus. Ce n’est pas une héroïne flamboyante, mais une âme nue, fragile, vacillante. Et c’est précisément ce qui m’a touché.

Quand quitte le refuge précaire d’une clinique psychiatrique, ce n’est pas une libération, mais un saut dans le vide, précipitée dans un monde devenu étranger. Ses parents, englués dans les convenances, n’ont jamais été capables de la voir telle qu’elle est au fond de son cœur, trop centrés sur eux-mêmes. Alors, elle erre, se perd dans des bras inconnus pour se sentir vivante, recherche un nouveau souffle… Jusqu’au jour où elle acceptera la main tendue de son psychiatre, et embarquera pour un centre d’accueil atypique, un centre pour les abîmés de “la vie”, en Provence, au pied de la Sainte-Victoire.

Là, elle rencontrera Eugène, Myriam, Raphaël et bien d’autres “béquilles”… Des phares dans sa tempête. Peu à peu, elle réapprend à marcher, à vivre, à aimer, un battement après l’autre. C’est une renaissance à petits pas, pleine de maladresses, mais profondément humaine. Jamais de pathos, toujours de la pudeur et beaucoup de bienveillance.

Ce premier roman de Françoise, aussi brillant qu’éblouissant, parle de la vraie vie, de ses vertiges et de ses petites victoires si minimes soient-elles. Il évoque le deuil, l’acceptation, l’entraide, l’amitié, la puissance des liens sincères. J’ai été bouleversé par tant de délicatesse, par cette écriture qui frôle l’âme. Rien d’ostentatoire, tout sonne juste. Primé par le Prix Femme Actuelle 2024, ce récit rempli de belles émotions et qui réconcilie avec la fragilité, nous rappelle que nous sommes des êtres vivants…

Merci Françoise pour cette ode à la résilience.
Ce “roman-thérapie” fait du bien… m’a fait du bien. Il m’a touché en plein cœur, j’y ai retrouvé une vérité qui ne s’oublie pas !

Probablement ma lecture la plus forte de 2025… et un coup de cœur absolu !

Virginie, je ne te remercierai jamais assez pour cette lecture qui illumine !!!

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Marie avance jusqu’au milieu du hall. Elle ralentit, hésite, puis s’arrête. Un pas de plus et le détecteur déclenchera l’ouverture des portes de la clinique. Ces portes, qu’elle ne voulait pas franchir il y a un mois, sont maintenant le dernier rempart qui la protège du monde extérieur. Elle ne veut pas sortir. Elle appréhende d’affronter le soleil, les rires, la foule anonyme, le bruit de la circulation, l’odeur des croissants, les souvenirs, la fraîcheur des matins, les fantômes obsédants. »

« Depuis, Marie faisait face comme elle le pouvait.
Son travail était devenu une bouée à laquelle elle s’agrippait pour ne pas sombrer. Elle arrivait la première, repartait bien souvent après minuit. Elle en oubliait de manger, de dormir. Elle n’éprouvait plus rien. Une seule chose comptait : ne plus penser. Son esprit s’occupait. Son corps se désincarnait. »

« Elle n’a même jamais pensé rejoindre Nicolas dans la mort. Au plus sombre de la noirceur de ses nuits, l’idée ne lui est simplement pas venue. Se trancher les veines, se jeter sous une rame de métro ou alors ingurgiter des tubes entiers de somnifères n’ont jamais été des options envisagées. Il va sans dire que ce n’était pas pour épargner ses parents. Elle ne voulait juste rien. Ni mourir, ni vivre. Elle est ainsi restée en suspens, morte-vivante, funambule fragile sur le fil étriqué de ce qui restait de son quotidien.
Les jours s’étirent, sans odeur ni saveur. »

« La douceur de la nuit avait accueilli les confidences d’Eugène. Sa vie pourrait en faire un personnage de roman. Sa jeunesse, il l’avait passée au Portugal, dans un petit village aux environs de Porto. Son père, ouvrier agricole, partait là où on avait besoin de bras. Il rentrait à la maison quelques jours seulement par an, le temps d’engrosser sa femme et de la frapper juste ce qu’il fallait pour qu’elle se souvienne de lui, comme il avait l’habitude de le dire à ses compagnons de beuverie. Avant de repartir tailler les arbres ou cueillir des tomates, il noyait son malheur dans la gnôle frelatée qu’il buvait cul sec. »

Françoise Cordier-Bresson a longtemps travaillé en tant que directrice dans le domaine de la communication au sein de grandes entreprises.
Aujourd’hui, elle a changé de vie et décidé de mettre sa voix et ses mots au service des femmes. Un battement de cœur après l’autre est son premier roman. Elle vit en région parisienne.

Amour, Autobiographie, Émotion, Histoire vraie

Tremblement de cœur

Quand l’âme vacille, le cœur résiste
de Patrick Belli
Broché – 20 avril 2025
Éditeur : auto-édition

Quand le monde vacille, il ne reste qu’un choix : avancer… ou s’effondrer.
Un jour, tout s’arrête. Les certitudes. Le corps. Le futur qu’on croyait écrit.
Alors on cherche. Une faille. Une brèche. Une direction.
Et parfois, on trouve une promesse fragile, à l’autre bout du monde.
Dans ce récit, rien n’est simple.
Il y a les silences, les murs administratifs, les tempêtes.
Il y a les émotions qu’on n’ose pas nommer.
Et il y a cette force, brute, presque animale, qui pousse à continuer.
À espérer. À aimer.
Contre tout.
Tremblement de cœur est le récit d’un combat intime, d’une traversée entre deux continents et au fond de soi.
Un livre écrit avec le ventre, le souffle court, et le feu dans la gorge…

C’est en 2021 que j’ai découvert Patrick Belli, avec son bouleversant témoignage Dis merci mon cœur. Un de ces rares livres, inspiré d’une histoire vraie, qui m’a profondément ému et marqué.

Aujourd’hui, Tremblement de cœur redonne vie à ce récit, et c’est une excellente chose. Ce livre mérite d’être lu par le plus grand nombre. Il est bien plus qu’un témoignage : c’est une ode à l’amour, à la résilience, à la parentalité, à l’espoir.

Certains livres nous touchent par leur intrigue, d’autres par la plume, par les mots de leur auteur. Celui-ci, c’est l’émotion brute qui m’a happé. Entre les lignes, c’est l’amour inconditionnel qui vibre. Impossible de rester indifférent.

À la dernière page, une question m’a traversé l’esprit : comment ont-ils tenu ?
Ce parcours vers l’adoption, Patrick et Angie l’ont vécu comme une véritable épreuve de force, entre obstacles administratifs, incertitudes, attentes interminables… et, au milieu, le rêve de devenir parents.

Dès les premières lignes, Patrick nous prévient : « Je ne suis pas un écrivain, d’ailleurs, je n’ai aucune aptitude à l’écriture. »
Et pourtant, quelle justesse, quelle humanité dans ses mots ! Il écrit avec son cœur, avec sincérité, parfois avec pudeur, souvent avec humour. Ce mélange rend la lecture d’autant plus poignante. Je n’ai pas pu poser le livre.

Cette histoire vraie et incroyable m’a remué les tripes. J’ai ressenti de la colère, de l’injustice, l’envie de hurler, de la tristesse, de la joie, de la peur aussi et j’ai eu du mal à me contenir pour ne pas pleurer, mais heureusement au final, il y a la lumière.

Patrick nous raconte son histoire, avec toutes les difficultés qu’il a croisées avec sa femme, un vrai chemin de croix. Jamais je n’aurai pu imaginer toutes les difficultés de l’adoption sans avoir lu ce livre. Oui, je savais qu’il y avait des procédures qui pouvaient être longues, mais tout ce qu’ils ont vécu… !

Je ne peux que m’incliner aussi devant la force qu’il a fallu, pour se mettre “à nu” et dévoiler tous ces moments intimes, où nombreux déjà, nous aurions baissés les bras. Les difficultés administratives, des délais affligeants, des enfants perdus qui attendent d’être sauvés. L’émotion est là, constante. Quand survient un tremblement de terre en Haïti, c’est tout un monde qui s’effondre. Les descriptions du Haïti “d’après”, sont d’une intensité rare.

Je recommande vivement ce livre à toute personne qui envisage l’adoption. Il est dur, mais il vous redonnera espoir… Et comme le dit si bien Patrick, “Toujours y croire, ne jamais abandonner”.

Pour moi, il y a un avant et un après “Patrick Belli”.
Et je n’oublierai jamais “Maman Éveline”, qui, même sans la connaître, m’a touché au plus profond du cœur.

Merci à mon amie Blandine Carron pour ce précieux cadeau, aussi bouleversant qu’essentiel.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Je ne suis pas un écrivain, d’ailleurs je n’ai aucune aptitude à l’écriture. Veuillez me pardonner par avance amis lecteurs.
J’ai longuement hésité à coucher sur ces pages mon parcours initiatique pour devenir père. Pour beaucoup d’entre vous, le souhait de donner la vie, une fois mûrement réfléchi, est une partie de désir et de plaisir.
Dame nature intervient alors. Toute femme est alors soumise à son bon vouloir.
Heureusement, dans la majorité des cas, Mesdames et Messieurs, votre envie est exaucée. »

« J’implore le ciel pour que le noir qui nous entoure se transforme progressivement en bleu. Je supplie le créateur pour que la poursuite de notre parcours d’adoption porte ses fruits. »

« Il y a clairement une cassure dans mon parcours de vie. Il y a peu, je ne pouvais imaginer me retrouver éloigné de mes activités professionnelles. J’étais concentré sur ma carrière.
Ce château de cartes s’est effondré comme la crèche. Il ne reste qu’un champ de ruines. Je dois reconstruire mon chemin. Il ne pourra passer que par la consolidation de ma vie de famille et surtout son agrandissement.
Nous ne sommes plus maîtres de notre destin. »

« Nous avons le plaisir d’échanger avec Clausel, le frère d’Éveline. Cet homme nous apprend que les Haïtiens ont une très mauvaise image sur l’adoption des enfants par des Européens. Il ne s’agit pour eux que d’un trafic de donneurs d’organes pour les plus riches. Il nous avouera qu’il avait lui-même des doutes sur les réelles intentions des parents.
C’est pour cela que sa sœur a souhaité qu’il partage son périple en France. Il aura cette formidable confession “jamais je n’aurais pu imaginer qu’une simple photo d’enfant donnée aux futurs parents puisse provoquer autant de joie et d’amour !” Merci Monsieur Clausel pour votre sincérité. »

Patrick BELLI est un écrivain Français. Il réside dans le sud de la France avec sa femme et son fils.
Rien ne le prédestinait à l’écriture. Après plus de 20 ans dans le domaine bancaire, il partira s’installer au Maroc afin d’y exploiter une maison d’hôtes – spa – restaurant.
Le projet d’adoption, objet de son livre, changera le cours de sa vie et l’amènera à se livrer au travers de ce livre bouleversant.

Après moult tentatives d’avoir un enfant, un couple décide de se lancer dans le parcours de l’adoption. Leur désir d’avoir une descendance est une obsession depuis tant d’années.
Comment pouvaient-ils une seule seconde imaginer le parcours titanesque qui les attendrait. Leur décision est prise, ils se tourneront vers Haïti. Ont-ils fait le bon choix en cette année 2009 ? L’avenir nous le dira.
Cette histoire romanesque n’en est pas moins une histoire véridique. Vivez notre épopée parfois drôle mais le plus souvent éprouvante et bouleversante au travers de témoignages, de correspondances, de médiatisation.
Mais surtout toujours y croire, ne jamais abandonner…

Amour, Autobiographie, Émotion, Cercle littéraire, Drame

Polaroids du frère

de Grégoire Delacourt
Broché – 30 avril 2025
Éditions : Albin Michel

C’est ton prénom que je voudrais donner à ce livre.
C’est le silence autour de toi que je cherche à chambarder. Gaver de mots et d’images l’épouvante de l’effacement, jusqu’à effacer le mot effacement lui-même, car on dit que si un mot n’existe pas, la chose qu’il représente n’existe pas non plus.
Toutefois, il est curieux de constater qu’il n’existe pas de mot pour définir un frère qui a perdu son frère ; et je t’ai perdu. Alors les hommes font des livres à leurs frères morts comme on érige des mémoriaux aux inconnus dans les villages pour retenir leurs cendres.
La littérature est un vaste cimetière et j’y pioche ta place.

Hier soir, au Château de l’Hermitage, le Cercle Littéraire a murmuré ses secrets à la nuit.
Quelle étrange et belle soirée…
Un instant suspendu, tissé d’échanges sincères, des mots échangés mais aussi des silences pleins d’éclats d’âme, d’émotions à fleur de peau..
Et puis, lui. Un homme droit, au cœur sensible, troublant… traversé d’ombres et de lumière… et d’un humour qui m’a désarmé sans prévenir.

Je ne m’étais pas préparé à une lecture aussi déchirante. Avec Polaroïds du frère, Grégoire Delacourt m’a cueilli à vif. Ce n’est pas un roman, c’est une boîte à souvenirs ouverte après trente-deux ans de silence, un album-photo dont les clichés flous sentent la douleur, la honte et l’amour.

Page après page, il convoque son frère disparu, un frère qu’il n’a pas vu depuis trente-deux ans, le fait revenir par fragments, tente de rassembler ses souvenirs. Des souvenirs qui ne suivent pas de ligne droite, ils surgissent comme sa mémoire le permet — en éclats -, à la manière d’un “roman-photo” qui se lit d’une traite. Il y a la tendresse vacillante entre deux frères, la violence paternelle, les silences qui s’installent, puis la distance. Et au centre, un frère irradiant une mélancolie silencieuse.

Grégoire écrit à nu. Les mots sont crus, mais jamais gratuits. Ils cognent, puis caressent. Il dit l’indicible : l’absence, la culpabilité, la tentative d’aimer comme on peut, avec les moyens qu’on a. C’est une lettre d’adieu sans artifice, un dernier geste vers celui qu’il n’a pas su retenir, peut-être aussi une manière de s’excuser de ne pas avoir été assez présent…

J’ai été complètement pris au dépourvu par sa plume, bouleversé.
Par cette langue brûlante.
Par cette honnêteté brute.
Par cet amour maladroit qui, même après tant d’années, ne lâche pas prise.

Merci, Grégoire, d’avoir su mettre en mots ce qui échappe aux mots, d’avoir fait vibrer le papier de ce que ressentait mon cœur.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Je ne me souviens pas de ta naissance. Je n’avais pas encore un an quand tu es arrivé.
Tu n’as fait aucun bruit. Il n’y a eu aucun cri.
Tu es venu dans le silence et tu es reparti dans le silence. »

« Petit, tu te rongeais les ongles au sang. Pour éviter les moqueries, tu rétractais tes doigts comme des griffes pourpres. Tu riais. Puis les dépliais subitement. Tu disais Regarde, je suis un assassin.
C’est toi que tu assassineras. »

« Quand je leur ai annoncé ta mort, mes enfants n’ont rien dit. Ils m’ont juste observé, ont cherché à mesurer ma peine. Deux des quatre ne te connaissaient pas et les deux autres si peu.
Quand ils ont vu que je ne pleurais pas, ils n’ont pas pleuré.
Quand ils ont entendu que je n’en parlais pas, ils n’en ont pas parlé.
J’ai les larmes muettes. Et certains mots invisibles. »

« On m’avait, moi, envoyé en pension à l’âge de dix ans. J’entrais alors en sixième et je ne t’ai jamais parlé de cette honte, j’étais là-bas le petit, le minus, puisque j’avais un an d’avance et que la plupart des penstos étaient redoublants, avaient plutôt douze ans, souvent huit ou dix centimètres de plus que moi et parfois autant de kilos supplémentaires, certains avec déjà une ombre de moustache, une pomme d’Adam saillante, de larges mains qui baffaient allègrement, j’étais leur chien, leur Schmürz, et lorsque je rentrais le samedi après-midi, je réprimais mon déshonneur, vous narrais à Claire et toi de fabuleuses amitiés fantômes, me dessinais une petite légende de roi, et quand venait la nuit, dans ma nouvelle chambre au grenier, loin du Corbeau, j’étouffais mes sanglots sous l’oreiller, je rêvais de mourir, et vouloir mourir à dix ans est quelque chose qu’on n’oublie pas, une possibilité à jamais gravée en soi, et je sais que tu le sais – après ta mort, j’ai découvert dans ton dossier médical tes trois tentatives d’autolyse, j’ai même eu un sourire fugace en pensant que, même disparu, tu m’apprenais encore un mot.
L’enfance nous a séparés comme le bon grain de l’ivraie, et selon qui nous aimait nous étions ou l’un ou l’autre.
Le poison ou la joie. »

Né en 1960 à Valenciennes, Grégoire Delacourt publie à cinquante ans son premier roman, L’Écrivain de la famille, récompensé par cinq prix littéraires dont le prix Marcel Pagnol. La Liste de mes envies, best-seller international publié et traduit dans plus de trente pays, a fait l’objet de nombreuses adaptations théâtrales et d’un film de cinéma. On ne voyait que le bonheur a figuré sur la liste du Goncourt et a été élu roman de l’année par Le Parisien. Mon Père et L’Enfant réparé ont été unanimement salués par la critique.

Amour, Émotion, Poésie

La femme qui ne vieillissait pas

de Grégoire Delacourt
Poche – 30 janvier 2019
Éditions : Le Livre de Poche

« À quarante-sept ans, je n’avais toujours aucune ride du lion, du front, aucune patte d’oie ni ride du sillon nasogénien, d’amertume ou du décolleté ; aucun cheveu blanc, aucun cerne ; j’avais trente ans, désespérément. »

Il y a celle qui ne vieillira pas, car elle a été emportée trop tôt. Celle qui prend de l’âge sans s’en soucier, parce qu’elle a d’autres problèmes. Celle qui cherche à paraître plus jeune pour garder son mari, et qui finit par tout perdre. Et il y a Betty. Ce qui est arrivé à Betty est le rêve de toutes les femmes. Et pourtant.

Un conte qui pourfend joliment la dictature de l’apparence. Véronique Cassarin-Grand,
L’Obs.

Un roman trouble, fascinant avec quelque chose d’étrange qui touche au fantastique. On a rarement vu un écrivain s’attaquer avec autant de singularité au mystère de la beauté éternelle. Du grand Grégoire Delacourt.
Mohammed Aïssaoui, Le Figaro littéraire.

Encore un roman qui m’a touché, mais oserai-je dire que je m’y attendais un peu…

La femme qui ne vieillissait pas, de Grégoire Delacourt, m’a remué, bouleversé.
Ce récit, à la fois limpide et cruel, m’a un peu fait penser au roman d’Oscar Wilde, Le Portrait Dorian Gray, par sa façon d’explorer le vertige d’une jeunesse figée. En effet, une femme découvre que le temps n’a plus de prise sur son corps, figé à l’âge de trente ans. Ce miracle apparent devient très vite une malédiction, creusant peu à peu l’abîme entre elle et les siens. Mais au-delà de l’intrigue, c’est une méditation fine sur le temps, ce lien invisible qui unit ou désunit les âmes. Derrière ce miracle apparent se cache une tragédie lente, insidieuse…

L’écriture, vive, directe, presque haletante, prend ici la forme d’une confession, et ce roman pose une question essentielle dans une société où vieillir devient presque une faute, où les personnes âgées sont montrées du doigt, devenues inutiles, où la recherche absolue de la jeunesse éternelle devient presque une obligation…
Que devient notre lien aux autres quand le temps cesse d’agir sur nous ? L’écart se creuse, l’isolement s’installe.

À chaque nouveau roman de Grégoire Delacourt, je suis au rendez-vous.
Celui-ci n’a fait pas exception, même si l’auteur délaisse ici sa prose coutumière, et s’essaie à une écriture plus poétique, ouverte à l’imprévu.

Je le recommande sans la moindre réserve.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Afin de devenir la meilleure version de nous-même et de commencer à vivre avec passion et détermination, il faut faire le tri de notre inventaire émotionnel. Nous, les êtres hypersensibles, sommes très compliqués. Nos sentiments sont une petite, mais importante partie de ce que nous sommes. En fait, il a été largement admis que les émotions étaient l’adversaire numéro un des hypersensibles. Faux ! C’est avant tout l’ignorance ! »

« La colère, la joie, la tristesse, la surprise, le dégoût, l’auto-hostilité, le mépris, la peur, la honte, et la culpabilité ne sont que quelques-unes des émotions qui peuvent affecter notre vie quotidienne et nos relations avec les autres. Les émotions ont le potentiel de dominer nos décisions à des moments critiques. Les émotions jouent un rôle dans tout ce que nous faisons, des décisions que nous prenons à la façon dont nous interprétons le monde qui nous entoure. Il faut donc les distinguer, pas les combattre. »

« Lorsque je me sens submergée de sentiments, il est rare que je trouve la bonne attitude à adopter, à savoir le recul nécessaire à la situation. Nier les conséquences négatives de la surcharge émotionnelle et de la surstimulation est risqué pour une personne hypersensible comme moi, et peut avoir des résultats dévastateurs pour mon bien-être. »

« Malheureusement, ce n’est pas arrivé qu’une seule fois, mais plusieurs. À l’école, on se moquait souvent de moi parce que j’étais trop émotive et que je réagissais de façon excessive. Il y avait des moments, en classe, où j’avais les larmes aux yeux parce que je n’arrivais pas à comprendre ce que le professeur essayait de m’expliquer. Je pleurais si un camarade refusait mon invitation à jouer. Quand quelqu’un me parlait, je disséquais chaque mot. »

Né en 1960 à Valenciennes, Grégoire Delacourt publie à cinquante ans son premier roman, L’Écrivain de la famille, récompensé par cinq prix littéraires dont le prix Marcel Pagnol. La Liste de mes envies, best-seller international publié et traduit dans plus de trente pays, a fait l’objet de nombreuses adaptations théâtrales et d’un film de cinéma. On ne voyait que le bonheur a figuré sur la liste du Goncourt et a été élu roman de l’année par Le Parisien. Mon Père et L’Enfant réparé ont été unanimement salués par la critique.

Amour, Émotion, Drame, Psychologie, Violence

Toutes les nuances de la nuit

de Chris Whitaker
Broché – 6 mars 2025
Éditions : Sonatine

Jusqu’à ce jour de 1975, Monta Clare était une petite communauté tranquille du Missouri. Aujourd’hui, les sirènes des voitures de police retentissent dans toute la ville. Dans un quartier paisible, les habitants sont interrogés, tous doivent fournir des alibis. La raison ? Le jeune Patch Macauley a disparu. Dans la forêt voisine, on a retrouvé son tee-shirt, maculé de sang. Saint, une jeune fille au caractère bien affirmé, décide de faire tout ce qui est en son pouvoir pour découvrir ce qui est arrivé à son ami. Elle harcèle le shérif, mène sa propre enquête, cherche des pistes. Les jours passent, puis les semaines. L’affaire ne fait plus les gros titres des journaux, et cependant, Saint s’obstine. Des mois plus tard, Patch Macauley réapparaît. L’affaire est réglée ? Non. Bien au contraire, il faudra des décennies pour élucider tous les mystères et faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé durant sa disparition.

Après Duchess, salué par la presse et les libraires, Chris Whitaker revient avec un roman magistral. S’étendant sur plus de trente ans, ce récit, jamais prévisible, met en œuvre des émotions aussi complexes que bouleversantes. Toutes les nuances de la nuit confirme avec éclat le talent infini de son auteur pour explorer jusqu’à l’incandescence les troubles de l’adolescence et la façon dont ceux-ci influent et pèsent sur l’âge adulte. Chris Whitaker s’installe sans conteste parmi les plus grands romanciers contemporains.

“Un roman qui vous percute comme un marteau !
Je n’ai pas pu le lâcher et je ne l’oublierais jamais.”

llian Flynn

“À couper le souffle…
Un récit ondoyant qui transcende les décennies et les points de vue pour saisir la manière dont un seul instant fait basculer la vie d’un petit garçon et de ceux qui l’aiment.”
The Washington Post

“Il y a bien une enquête dans Toutes les nuances de la nuit,
et elle est passionnante, mais le roman a tellement plus à offrir.
C’est aussi une fable profonde et complexe sur l’amour, le deuil et l’espoir.”
Kirkus Reviews

Je referme à peine Toutes les nuances de la nuit et je reste là, sidéré. L’esprit encore dans les pages, le souffle court. Je découvre Chris Whitaker avec ce roman, et quelle découverte ! J’avais un peu d’appréhension devant ses 800 pages, pensant y passer plusieurs jours et deux jours plus tard, je suis arrivé au mot « fin », vidé, essoufflé, ému. J’ai lu sans relâche, tant le récit m’a happé.

Joseph, surnommé Patch, et sa meilleure amie Saint ont treize ans lorsqu’on fait leur connaissance. Ils vivent dans une petite ville nichée au cœur des Ozarks, dans le Missouri. Leur quotidien n’a rien de simple, mais une amitié profonde les unit et leur donne le semblant d’équilibre dont ils ont besoin. Jusqu’au jour où un geste héroïque de Patch fait basculer leur monde, déclenchant une série d’événements qui les dépasseront complètement.

Comment passer à une autre lecture après une telle immersion ?
J’ai vécu avec Patch, Saint, Sammy, Norma, Misty, Grace… Je les ai aimés, j’ai pleuré pour eux, j’ai tremblé avec eux. Ils m’habitent encore. Ce roman est une onde de choc. Une fresque humaine, déchirante et poignante.

Ce n’est pas qu’une histoire. C’est une traversée, sur près de 30 ans, entre ténèbres et lumière, entre fidélité et déracinement, entre bravoure et fatalité. Ce livre échappe à toute étiquette : saga, thriller, drame social, histoire d’amour… tout s’y mêle avec une justesse rare.

L’écriture est précise, vibrante. L’humanité des personnages m’a transpercé. À mes yeux, c’est un chef-d’œuvre, un grand coup de cœur !
Nous ne sommes qu’en mai, mais je pense avoir lu, ce que je considère comme l’un des romans de l’année.

Je remercie Pierre-Antoine de m’avoir conseillé cette pépite.
Dire que j’aurai pu passer à côté…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Ce jour-là, la police fouillerait les moindres recoins de son existence et découvrirait qu’il aimait les pirates parce qu’il était né borgne, et que sa mère lui avait très tôt donné le goût des sabres d’abordage et des cache-œils, convaincue que la beauté de la fiction avait le pouvoir d’émousser une réalité trop brutale. »

« Il remonta dans sa chambre, où il coiffa son tricorne et enfila son gilet. Puis il rentra son pantalon bleu marine dans ses chaussettes et tira un peu sur le tissu pour le faire bouffer aux genoux.
Dans sa ceinture, il glissa un petit poignard, un simple alliage de métaux bon marché, mais le forgeron avait fait du bon boulot.
Ce jour-là, la police fouillerait les moindres recoins de son existence et découvrirait qu’il aimait les pirates parce qu’il était né borgne, et que sa mère lui avait très tôt donné le goût des sabres d’abordage et des cache-œils, convaincue que la beauté de la fiction avait le pouvoir d’émousser une réalité trop brutale. »

« L’homme, qui s’était relevé, commençait à la suivre, mais Patch était juste derrière lui. Il sortit son poignard pour la deuxième fois de la matinée.
L’homme para le coup sans difficulté en lui saisissant le poignet et en le tordant douloureusement.
Un rayon de soleil éclaira la lame juste avant qu’elle ne s’enfonce dans le ventre de Patch.
Il tombe à la renverse et porte les mains à sa blessure. La nuit descendait sur les arbres autour de lui mais il ne vit ni lune ni constellations. »

« Son souffle résonnait dans ses oreilles.
Elle passa rapidement devant les arbres tombés qui bordaient la clairière. Le menton levé, elle scruta les alentours, mais ce n’est que lorsqu’elle atteignit le pied de la vallée qu’elle découvrit l’endroit où c’était arrivé.
Elle vit le tee-shirt.
Et le sang. »

« La religion et la politique se fichent de ce qui est juste. »

« – Que les gens comme nous n’existent que dans un état de crise. Que ce sera un miracle si nous mourons de causes naturelles. On se tournera vers l’alcool ou la drogue, et on ne nouera jamais de relations étroites parce qu’on gardera trop de choses pour nous.
– On n’a besoin de personne d’autre. »

« – Dans un mariage qui dure une vie entière, l’amour n’est qu’un visiteur. C’est le respect et la bienveillance qui en sont les véritables fondations. Pour être honnête, je pense que tu devrais l’épouser. »

Chris Whitaker a travaillé dix ans comme trader avant de se consacrer à l’écriture. Son premier roman, Tall Oaks (2016), reçoit les louanges de la critique et se voit couronné du CWA John Creasey New Blood Dagger. Avec All the Wicked Girls (2017), son deuxième roman, Chris Whitaker explore les thèmes de la disparition, de la jeunesse et des regrets au sein d’une Amérique dépeinte de manière magistrale.
Avec son troisième roman paru en 2020, We Begin at the End, il est lauréat du Gold Dagger Award 2021 et du prix Ned-Kelly 2021 du meilleur roman international.

Duchess est un roman noir captivant qui mêle suspense et émotion.
Toutes les nuances de la nuit est un roman policier captivant qui explore les complexités de l’amitié et de la résilience face à une disparition tragique.
Ses écrits sont édités dans 10 pays.

C’est un conteur prodigieux qui allie une écriture à la fois lyrique et ancrée dans une réalité brutale. Son univers est marqué par des personnages complexes et inoubliables, des intrigues riches en rebondissements et une interrogation constante sur le sens de la vie et les conséquences de nos actes. La noirceur de ses histoires contraste avec la beauté des paysages décrits. Son style, à la fois intense et délicat, fait vivre des émotions fortes aux lecteurs.

Amour, Émotion, Drame, Poésie

Le Consentement de Galatée

de Patricia Raccah
Broché – avril 2025
Éditions : Les Cahiers de l’Egaré

Ce texte, qui peut être lu comme un conte, une fable ou une autofiction, met en présence un artiste, Pygmalion, et sa muse, Galatée. La rencontre de leurs imaginaires et de leurs fantasmes se déploie en huis-clos dans un cocon d’espace-temps, leur « Paradis ». Pour son Pygmalion, Galatée va endosser différents rôles et personnages féminins. Elle va aussi sonder la valeur infinie de la parole lorsqu’elle est nue, et du silence, lorsqu’il est signifiant.

« Mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche. Jours lumineux marqués à jamais dans la grande fresque du « nulle part » où je suis venue flotter, écouter, me donner, m’oublier. Le temps passé dans cet espace est un autre temps, ni long, ni court, un temps tout à fait spécifique, unique, incomparable, comme si ici les minutes et les heures émanaient elles aussi d’une horloge non terrestre.
Il dit qu’il faut être paisible comme la citrouille, ne pas s’agiter. »

Entré à pas feutrés et curieux dans cette réécriture contemporaine, c’est avec un étrange mélange de trouble et de fascination que je termine ma lecture. Patricia Raccah a pris le mythe de Pygmalion à rebours pour en faire un huis clos moderne entre une femme aux mille visages, muse et amante, et « son” artiste peintre et photographe dans un étrange “Paradis”, où l’art est omniprésent. Ce roman m’a happé dès les premières lignes, tant par la force de son écriture, la force des silences qu’elle glisse çà et là, que par la tension permanente qui règne entre les deux protagonistes.

Ce roman à la langue précise, élégante et acérée, n’est pas qu’une histoire d’amour, ni même un simple rapport de pouvoir. C’est une exploration vertigineuse du consentement, de la manipulation douce et de la confusion des sentiments. À chaque chapitre, je me suis demandé jusqu’où l’héroïne irait, et à quel moment l’artiste réagirait. Mais dans cette relation trouble, les frontières sont brouillées, glissantes, presque invisibles.

Rien n’est frontal, tout est insinué, Patricia ne juge pas, elle expose.
Son roman, loin d’être un simple duel psychologique, est aussi une réflexion sur la création, sur le pouvoir des mots et des fantasmes, sur ce que l’on fait de l’autre quand on veut en faire une œuvre, et sur les ravages qui peuvent en découler. Il m’a fait réfléchir, je me suis un peu senti concerné, comme face à un miroir tendu vers mes contradictions les plus intimes. Il qui m’a entraîné dans un voyage littéraire hors du temps, à la frontière du réel et de la symbolique, du désir et l’emprise.

Merci beaucoup Patricia pour cet ouvrage intéressant, superbement écrit.
Il laissera une empreinte et invitera, je l’espère, hommes et femmes à écouter autrement…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« C’est là que tout commence. Réellement. Là où cela pourrait être une fin. Là où plus aucun artifice ne trouve sa place. Là où le corps, comme un livre ouvert, ne peut plus mentir. Lorsque chaque signe, gravé de façon indélébile, devient le lieu de toutes les significations, de tous les possibles. »

« Je m’appelle Sarah. Ma vie n’était pas ordinaire, tant s’en faut. Mais un jour, un objet est venu la basculer là où je ne l’attendais pas, là où rien n’aurait dû advenir, quelque part, entre terre et ciel, entre réalité et conte de fées. »

« Un lit. Une table. Une lampe. Décor minimaliste.
Le silence emplit le lieu.
J’entends la clé dans la serrure, la porte s’ouvre. Il est un peu plus de minuit et il entre. Couchée dans le lit, je l’attendais. Bruit de serrure, de clés, pas dans le couloir, Visage qui apparaît, cœur qui frétille. S’il était possible de dupliquer à l’infini un moment de la vie, c’est bien celui-ci que je choisirai, incontestablement.
Car il n’y a rien de plus beau que le moment où l’être aimé revient prolonger l’amour qu’on s’était fixé pour objectif, rien de plus intense qu’un désir qui s’est progressivement amplifié dans l’attente. »

« Il m’a fallu devenir Galatée. Statue vivante. Être de silence et d’amour. Déesse changeante. Multiple.
Démultipliée. Aimante de mille et une façons.
À l’écoute. Entière dans le bonheur, la joie. Entière.
Totale. Capable de concevoir ce qui n’a pas encore été conçu. Capable d’autres représentations pour sortir des lieux communs, des liens connus. »

« Pas étonnant d’ailleurs, lorsqu’on porte en soi l’histoire douloureuse d’une famille confrontée à la plus atroce des tragédies. Beaucoup de ses membres ont été déportés, et très peu en sont revenus.
Je me suis ainsi construite sur leur absence, les secrets, mes blessures.
Mais on ne construit pas un individu sur l’absence et le vide. Seul l’amour permet de se réaliser réellement en tant qu’être humain. »

Patricia Rachat est professeur des écoles spécialisée. Elle s’occupe d’enfants déficients depuis de nombreuses années.

L’écriture, la peinture, la musique, mais aussi la danse, ont toujours occupé une place importante dans sa vie, lui permettant d’utiliser, selon les moments, le mode d’expression le mieux adapté à ce qu’elle cherche à exprimer. Cet intérêt croissant pour les arts, et sa conviction relative à leur nécessité dans la vie de tous, l’ont incitée à suivre une formation en conception et mise en oeuvre de projets culturels (université de Marseille) et un master 2 en art thérapie (université René Descartes à Paris).
Pour elle, peindre représente la magie de la création : il n’y a rien avant, il y a quelque chose après… Entre les deux, c’est une forme de fusion, une alchimie qui m’échappe presque totalement, mais où elle intervient quand même en rendant possible la création du tableau.

Amour, Émotion, Cercle littéraire, Drame

Ce que je sais de toi

Ce que je sais de toi
de Éric Chacour
Poche – 2 janvier 2025
Éditeur : Folio

“Ali te fascinait. Il y avait chez lui une liberté absolue, une absence de calcul, une exaltation du présent. Il n’était lié par aucun passé et ne concevait pas l’avenir à travers les mêmes contraintes que toi. Il se contentait de vivre et tu te surprenais parfois à espérer que vivre serait contagieux.”

Dans le Caire des années 1980, Tarek est un jeune homme à l’avenir tout tracé. Après avoir repris le cabinet médical de son père, il s’apprête à épouser Mira, son amour de jeunesse. Mais, en ouvrant un dispensaire dans le quartier défavorisé du Moqattam, Tarek fait la connaissance d’Ali. Cette rencontre inattendue ne tarde pas à ébranler ses certitudes… De l’Égypte au Canada, ce roman, fait de dévoilements successifs, nous entraîne à la suite d’un homme en quête d’une vérité aussi brûlante que libératrice.

Hier soir, j’ai eu le plaisir de passer une très belle soirée au Cercle littéraire du Château de l’Hermitage, à la rencontre d’Éric Chacour, lauréat du prix littéraire France-Québec. J’avais découvert l’auteur à travers son roman… Hier j’ai découvert l’homme. Une présence humble, une parole sincère, une émotion partagée. Un grand merci à Corinne Tartare pour cette rencontre aussi chaleureuse que riche, où simplicité à résonné avec qualité.

Je viens de terminer Ce que je sais de toi, une immersion poignante et intime dans les profondeurs d’une vie marquée par l’amour et le mensonge. Ce roman d’Éric Chacour se présente comme une confidence murmurée, un récit à la fois discret et intense, où l’amour, le non-dit et les pressions sociales se tissent en une toile subtile et douloureuse. J’ai suivi Tarek, un médecin respecté du Caire des années 80, dont l’apparence de respectabilité masque un monde intérieur dévasté, en décalage avec les normes qui l’entourent.

J’ai ressenti la tension palpable entre devoir, religion et désir, mais l’écriture de l’auteur ne m’a pas toujours emporté, comme si j’avais feuilleté le journal intime d’un homme constamment contraint au silence. L’emploi quasi exclusif du passé simple m’a quelque peu désorienté, malgré une émotion se devine plus qu’elle ne s’expose. Éric Chacour est très fort dans l’art de suggérer : un geste retenu, un regard évité, un mot qu’on n’ose pas dire. Seules les pages empreintes de solitude et de renoncements ont vraiment trouvé un écho en moi. En refermant le livre, j’ai eu l’impression d’avoir frôlé une peine intime, profondément comprise, mais qui n’a pas su me bouleverser autant que je l’aurais souhaité.

Je resterai curieux de découvrir son prochain roman — peut-être parviendra-t-il à m’emporter encore plus loin…

÷÷÷÷÷÷÷

Extrait :

« La vie commencerait plus tard. Pour l’heure, ce n’était pas la vie. C’était une attente, un répit peut-être, l’enfance, une lente préparation. À quoi te préparais-tu? Ou, plus précisément, à quoi te préparait-on ? Tu appréciais davantage la compagnie des adultes que celle des enfants de ton âge. Tu étais ébloui par ceux qui n’hésitent jamais. Ceux qui, avec le même aplomb, peuvent critiquer un Président, une loi ou une équipe de football. Ceux dont chaque geste semble affirmer qu’ils détiennent la vérité pleine et entière. Ceux qui régleraient en un claquement de doigts les questions de la Palestine, des Frères musulmans, du barrage d’Assouan ou des nationalisations. Tu finissais par croire que c’était cela, l’âge adulte : la disparition de toute forme de doute. »

« Il s’agissait du premier deuil auquel tu étais si directement exposé. Tu découvrais ce sentiment diffus d’être extérieur à toi-même, presque dissocié de ta propre enveloppe, comme si l’esprit se refusait à infliger au corps une douleur qu’il ne supporterait pas. Tu te voyais apprendre la disparition de ton père, recevoir les invités, tâcher de soulager ta mère. Tu entendais chacun des mots que tu disais comme s’il était prononcé par un tiers. Tu t’observais en compagnie de Nesrine, elle pleurant autant que tu ne pleurais pas. »

« Si, dans cette cosmogonie de missel, la tâche première de chaque être humain est de contrôler ce qui l’entoure, force est d’admettre que certains s’en acquittent admirablement. Par la constitution d’un empire financier, à l’instar d’Omar et de son commerce florissant de coton, ou bien encore par l’habileté et le statut social dont savait si bien jouer ta mère.
Chacun poursuivait un but qui lui était propre : l’argent, le pouvoir, l’influence, le sexe… »

Éric Chacour est né en 1983 à Montréal, au Québec. En 2023, il publie son premier roman, Ce que je sais de toi, couronné par une vingtaine de prix, dont le prix Femina des lycéens 2023 et le prix des Libraires 2024.