Amour, Émotion, Drame, Histoire

La dame d’Aquitaine

Le destin d’une femme de caractère dans un siècle d’hommes
de Jacquie Béal
Broché – 21 février 2024
Éditions : Terres de l’Ouest

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Aquitaine, 1637.
Altaïre de Claviérac est élevée dans une grande liberté, bien loin des règles de bienséance de la noblesse. Indépendante et farouche, elle monte à cheval comme un garçon, jure comme un homme d’armes, chante comme un troubadour et rêve d’épopées comme un chevalier…
Mais l’Histoire est en marche. Les violences de la Fronde vont tout bouleverser et, à la mort de ses parents, Altaïre est forcée de quitter le monde de l’enfance pour se soumettre aux règles strictes qui régissent l’éducation des jeunes filles du siècle. Sous la tutelle d’un oncle auquel elle ne veut pas se soumettre, elle est envoyée au couvent. Mais bien vite, on nourrit d’autres ambitions pour elle… Son destin paraît scellé, mais Altaïre ne renonce jamais : la liberté et le bonheur doivent se conquérir…

 

• Couv_2024-095_Béal Jacquie - La dame d'Aquitaine

 

Après ma lecture de De sang et d’encre, j’avais hâte de retrouver la prose élégante de Jacquie Béal.
Avec La Dame d’Aquitaine, on ressent très vite l’amour qu’elle a pour ses divers personnages, mais aussi pour l’Histoire avec un très grand H !

L’autrice m’a emmené sans aucune difficulté, au gré des pages aussi éducatives que divertissantes à travers la vie compliquée d’une jeune fille, Altaïre de Claviérac, issue d’un amour passionnel, orpheline de mère, un père éperdu de chagrin complètement “absent”, qui vis en Aquitaine en 1637. Dernièrement, mes lectures sont très axées vers les femmes dans l’histoire, leurs rôles, leurs droits… J’ai pris beaucoup de plaisir à croiser son chemin.
Altaïre a du caractère et à du mal à se soumettre dans un quotidien qui va lui priver de liberté, seuls les hommes décident du sort des femmes ! Mais qui est-elle pour vouloir changer tout ça ?
Elle vivra ainsi de nombreuses épreuves, qui vont la rendre à chaque jour un peu plus forte, mais à chaque fois, elle retombe bien bas lorsqu’on lui fait comprendre qu’elle n’est qu’une femme. Même son époux, alors qu’ils s’aiment éperdument, s’oppose à elle, à ses envies, à ses passions régulièrement, pour lui aussi rien n’sera facile…

Mais le temps joue pour elle, elle se transforme doucement en une belle grande dame, très attachante, aimée par tout son entourage. Ce récit passionnant aux dialogues superbes est aussi une romance historique très forte entre deux êtres qui se sont trouvés, malgré leurs différences, et les obligation de la bien séance.

Impossible de ne pas se prendre d’affection pour Altaïre, dans ce roman extrêmement bien documenté, où l’autrice pousse aussi le plaisir des mots par l’utilisation du langage régional de l’époque. J’ai craqué !
Comment ne pas le recommander vivement aux passionnés de l’histoire, à celles et ceux qui s’intéressent aux femmes qui n’ont peur de rien !

Quel sera le futur de la petite sauvageonne ?
Arrivera-t-elle à s’intégrer dans le peu de place qui lui est réservé ?
Acceptera-t-elle de se soumettre comme tant d’autres autour d’elle, sans jamais montrer ses réelles émotions ?

Je pense qu’Altaïre a dû en faire voir de toutes les couleurs à Jacquie, avant qu’elle ne puisse nous proposer ce roman qui vous tend grandement les bras !
Mais heureusement, c’est pour notre plaisir…

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Extraits :

« Leur passion était de celles qui travestissent la réalité. Abélard avait vu en Héloïse une étoile, et, contre l’avis de leurs deux familles, il l’avait enlevée, épousée et emportée dans son château !
Abélard, vicomte de Claviérac. Son prénom parlait pour lui, et Héloïse de Tormintal avait vraiment cru que le sort la favorisait quand elle l’avait rencontré. Il ne pouvait qu’être cet amant parfait dont parlent les romans courtois. Le hasard fait toujours bien les choses, tout le monde le sait, et c’est le hasard qui avait réuni ces deux-là.
Héloïse et Abélard. Une promesse de bonheur, en somme. »

« – Méfie-toi des curés, petite, ce sont tous des graines de Satan !
Il faut dire que de son aventure avec le curé de sa paroisse d’origine, Augustine avait déduit que les hommes en général, et les prêtres en particulier, étaient des êtres dangereux et pervers qui profitent de vous et vous chassent de leur vie dès que bon leur semble. »

« Depuis plusieurs semaines, elle s’était pliée à toutes les consignes. Elle avait dû apprendre à monter, à chevaucher et à descendre de sa monture sans relever ses jupes, et voilà qu’elle devait se rendre aux écuries à l’heure du repas, alors qu’elle avait réalisé une prestation digne d’éloges ! Quand la laisserait-on en paix ? Pourquoi inventait-on toujours de nouvelles exigences ? »

« – Je sais que si le choix de mon père s’est arrêté sur elle, c’est qu’elle vient d’une noble lignée, qu’elle est de bonne race.
– De bonne race ? Vous ne parleriez pas autrement d’une chienne de chasse ou d’une jument poulinière !
Elle était furieuse. La conversation qu’elle venait d’avoir avec son oncle et son parrain la rendait folle de rage, malade d’angoisse. Quel était ce monde où l’on mariait les jeunes gens sans tenir compte de leur avis ? »

 

Agrégée de Lettres et enseignante, Jacquie Béal se consacre à l’écriture. Elle vit en Périgord où se situe l’action de ses romans, notamment La dame d’Aquitaine et Le Temps de l’insoumise. Amoureuse du langage et de l’Histoire, grande et petite, elle fait vivre ses personnages dans l’atmosphère des siècles passés.

Facebook: @jacquiebeal

De sang et d’encre (2019, Terres de l’Ouest)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/08/05/de-sang-et-dencre/

Amour, Émotion, Drame, Roman

La tresse

de Laetitia Colombani
Poche – 30 mai 2018
Éditeur : Le Livre de Poche

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Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est réservé et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.
Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.

Difficile de ne pas être touché par ce très joli récit. Estelle Lenartowicz, Lire.

Laetitia Colombani maîtrise à l’évidence l’art de la narration. Florence Bouchy, Le Monde des livres.

Un roman dans lequel il y a tout. François Busnel, La Grande Librairie.

Prix Relay des voyageurs.

 

• Couv_2024-084_Colombani Laétitia - La tresse

 

Je vais faire quelque chose que je n’avais encore jamais faite.
Je vais vous dévoiler la dernière ligne du roman.
Pourquoi ?
Car rarement je n’avais ressenti autant d’émotion à la fin d’un récit…
“À cette pensée, elle sourit”.

Trois pays.
Trois destins.
Trois histoires qui s’entrelacent.
Trois femmes que la vie n’épargne pas. Elles ont décidé de se battre, elles ont choisi de ne pas se laisser faire.

C’est un superbe premier roman que nous offre Laetitia Colombani. Cela faisait un moment que je voulais voir le film, mais je voulais absolument lire le livre d’abord.
C’est fait. Je sais ce qui me reste à faire maintenant.

Une magnifique ode aux femmes.
À toutes les femmes.
Nos mères, nos femmes, nos filles où qu’elles vivent.
Avec “La tresse”, vous ferez la connaissance de Smita qui vit en Inde, de Giulia, jeune sicilienne et de Sarah, une brillante avocate au Canada. À priori, rien ne les relie, on pourrait même dire que tout les sépare, et pourtant… elles ne le savent pas encore, mais leurs destins sont liés à jamais.

Laetitia a su dans cette histoire habilement structurée et maîtrisée, sans tomber dans le pathos, me faire voyager dans des contrées peu connues, où malheureusement le “rôle” de la femme est encore à des années-lumière de ce qu’il devrait être.
Vous l’aurez compris, son récit m’a particulièrement touché, il est émouvant et très dur parfois, mais c’est vraiment la force d’esprit qui se dégage de l’ensemble que je retiendrai.

Très gros coup de cœur, que je regrette de ne pas avoir lu plus tôt…
À découvrir absolument !

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Extraits :

« Smita s’éveille avec un sentiment étrange, une urgence douce, un papillon inédit dans le ventre. Aujourd’hui est une journée dont elle se souviendra toute sa vie. Aujourd’hui, sa fille va entrer à l’école.
À l’école, Smita n’y a jamais mis les pieds. Ici, à Badlapur, les gens comme elle n’y vont pas. Smita est une Dalit. Intouchable. De ceux que Gandhi appelait les enfants de Dieu. Hors caste, hors système, hors tout. »

« Giulia saisit la clé et ouvre la porte. D’ordinaire, son père est le premier arrivé. Il tient à accueillir lui-même ses ouvrières – c’est ça, être le padrone, se plaît-il à répéter. Il a toujours un mot pour l’une, une attention pour l’autre, un geste pour chacune. Mais aujourd’hui, il est parti en tournée chez les coiffeurs de Palerme et des environs. Il ne sera pas là avant midi. Ce matin, Giulia est la maîtresse de maison. »

« Montréal, Canada.
L’alarme sonne et le compte à rebours commence. Sarah est en lutte contre le temps, de l’instant où elle se lève à celui où elle se couche. À la seconde où elle ouvre les yeux, son cerveau s’allume comme le processeur d’un ordinateur. »

« Smita, elle, a de la chance : Nagarajan ne l’a jamais battue, jamais insultée. Lorsque Lalita est née, il a même été d’accord pour la garder. Pas loin d’ici, on tue les filles à la naissance. Dans les villages du Rajasthan, on les enterre vivantes, dans une boîte, sous le sable, juste après leur naissance. Les petites filles mettent une nuit à mourir. »

 

Cinéaste, scénariste, comédienne et romancière, Laetitia Colombani est l’auteure de La Tresse, vendu à plus de deux millions d’exemplaires dans le monde, traduit en quarante langues et couronné d’une vingtaine de prix littéraires. Elle a elle-même réalisé l’adaptation cinématographique de son roman (sortie le 29 novembre 2023).
Elle est aussi l’auteure des best-sellers Les Victorieuses (Grasset, 2019) et Le Cerf-volant (Grasset, 2021) ainsi que des albums jeunesse La Tresse ou le voyage de Lalita (2018), Les Victorieuses, ou le palais de Blanche (2021), et Le Cerf-volant ou l’école de Lalita (novembre 2023) illustrés par Clémence Pollet.
Laetitia Colombani écrit également pour la scène : sa pièce Le Jour du kiwi avec Gérard Jugnot est un grand succès au théâtre Edouard VII en 2023. En tant que comédienne, elle a tourné au cinéma pour Yvan Attal, Cédric Kahn ou Florent Emilio Siri.

Amour, Émotion, Drame, Roman

Liv Maria

de Julia Kerninon
Poche – 3 mars 2022
Éditions : Folio

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“D’une certaine façon, la distance n’était plus la question, où qu’elle vive à la surface de la Terre, elle ne pourrait échapper au rayonnement du passé, aux conséquences de ses actes.”
Née sur une petite île bretonne, Liv Maria grandit au milieu des livres. À dix-sept ans, elle est envoyée à Berlin où, le temps d’un été, elle fait une rencontre qui bouleversera le cours de son existence. Éprise de liberté, elle deviendra tour à tour une amoureuse, une aventurière, une libraire, une mère, et connaîtra mille vies. Mais laquelle est véritablement la sienne ?

Julia Kerninon brosse le portrait éblouissant d’une femme qui, malgré un secret inavouable, cherchera sans cesse à réécrire son histoire.

 

• Couv_2024-075_Kerninon Julia - Liv Maria

 

Encore une très belle plume !
Décidément, les femmes prennent de plus en plus de place dans la littérature, et c’est tant mieux !

Enfant libre et solitaire, Liv Maria a 17 ans. Son père est Norvégien et sa mère française. Suite à une tentative d’agression sexuelle sur son île de naissance, ses parents la contraignent à l’exil chez une tante à Berlin le temps d’un été. Elle prendra des cours d’anglais en attendant la rentrée scolaire. Mais la rencontre avec son professeur d’origine irlandaise va bouleverser son existence.

Envoûté par l’héroïne dès les premières pages, forte dans son corps et dans son esprit, j’ai savouré ce récit très bien construit, pages après pages.
La liberté a un prix cher à payer, elle le sait, mais Liv Maria, l’accepte et assume les choix de son destin jusqu’à la dernière page.

Elle voyagera à travers le monde, entrera de plein pieds dans le monde des affaires, exercera plusieurs métiers et vivra plusieurs vies éprouvant sa vie sexuelle comme elle l’entend, sans aucun regret.
Pourtant…
Pourtant, au fond de son cœur, tout au fond, elle cache une blessure secrète qui ne pourra jamais cicatriser.
Partir, revenir, fuir, quitter, recommencer…
Une histoire éprouvante et difficile, mais ô combien émouvante et sensible.

Merci Julia, pour cette vision de femme qui a su me séduire dans un contexte qui m’a agréablement séduit !

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Extraits :

« Mes parents font l’amour et je ne suis pas encore là.
Quand ils escaladent l’escalier de leur chambre, juste après le déjeuner, et qu’ils s’enfouissent sous les duvets de leur lit bateau, je regarde les mouvements de reins de mon père et je m’étonne qu’un homme d’un mètre quatre-vingt-dix et de cent vingt kilos puisse onduler comme ça. Seuls les petits pieds de ma mère dépassent du cadre de bois sculpté. Secrètement, je m’imagine que, la nuit, mes parents retrouvent la même taille, que la nuit, ils sont égaux. »

« Même quand elle était enfant, elle était une enfant Tonnerre et les gens l’avaient respectée. À cause du café, à cause de sa mère, à cause de ses quatre oncles aux mains gigantesques, à cause de son père étranger à l’accent chantant. La richesse du monde l’émerveillait, son monde débordant de collines, d’eau salée et de moutons qui se tordaient le cou pour la regarder passer, à travers le nuage de poussière qui la suivait sans jamais la rattraper. C’était sa vie et elle en était pleinement satisfaite. »

« Non, à l’époque, elle ne savait pas, elle ne savait rien, elle se réveillait le dimanche matin à côté de Fergus et elle le regardait dormir, son corps compact contre lequel elle se lovait en cuillère, et au réveil, sa bonne humeur inattaquable, sa volubilité. Fergus à quarante ans.
Cette personnalité si expansive et si secrète à la fois, impénétrable. Sanguin. Chaleureux.
Tragique. »

« C’est Bettina qui avait pris l’appel, et quand elle avait annoncé la nouvelle à Liv Maria, à travers ses larmes, celle-ci était restée sans voix. Plus de parents. Plus jamais sa mère, plus jamais son père. Plus jamais la vie qu’elle avait connue avec eux. Plus jamais les odeurs familières, la mémoire commune, les doigts osseux de Mado entrelacés aux siens. Plus jamais l’enfance. »

Née en 1987 dans la région nantaise, Julia Kerninon est thésarde en littérature américaine. Son premier roman, Buvard, a reçu de nombreux prix, dont le prix Françoise Sagan. Elle a été lauréate de la bourse Lagardère du jeune écrivain en 2015.
Son deuxième roman, Le dernier amour d’Attila Kiss, a reçu le prix de la Closerie des Lilas en 2016.
En 2017, Julia Kerninon publie une courte autobiographie, intitulée Une activité respectable. Elle y raconte son enfance et sa passion pour l’écriture.
2018 parait Ma dévotion, qui retrace une histoire d’amour du début à la fin. L’auteure reçoit le prix Fénéon.
2020 sort Liv Maria, un portrait de femme qui remportera deux ans plus tard le prix Folio des libraires, organisé en partenariat avec Télérama.
2021, elle publie un essai, Le chaos ne produit pas de chefs-d’œuvre : les écrivains, le travail et la légende, issu de sa thèse et consacré à John Steinbeck, Ernest Hemingway et William Faulkner.
2022, elle publie un court roman autobiographique, Toucher la terre ferme, sur le fait de devenir mère tout en restant soi. Le roman sort en poche en août 2023.
2023, elle co-écrit l’ouvrage Mères sans filtre, publié chez Solar Editions, avec sept autres autrices dont Camille Abbey, Renée Greusard et Claire Tran. Elle y raconte son expérience de la maternité et les difficultés inhérentes.
Le 17 août 2023, elle sort son septième roman intitulé Sauvage. Le roman dresse le portrait d’une femme forte, à l’image de deux de ses précédents romans Liv Maria et Ma Dévotion. Il raconte l’histoire de la mère de famille et cheffe de restaurant Ottavia Selvaggio, dont le nom de famille veut dire sauvage en italien et dont les choix de vie sont remis en cause par le retour d’un ancien amant.

Amour, Émotion, Humour, Poésie

Le ciel au ventre

de Alain Cadéo
Broché – 25 juillet 2024
Éditions : Les cahiers de l’Égaré

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Échographie. Premier cliché de face. Impressionnante silhouette. Dix centimètres, trente cinq grammes, deux mois et demi. Là les yeux, le nez, la bouche, les épaules, les bras, sortes de taches noires, comme un test de Rorschach, vague ressemblance avec une figure Sépik ou peut-être un dessin de la mythologie Eskimo. J’opterais plus volontiers pour une sorte d’amulette indienne. Voilà ce que je vois de toi. C’est aussi impressionnant qu’une esquisse primitive sur la paroi d’une caverne.
Genèse de l’homme. Ta représentation est digne d’un grand peintre sorcier. Chaman sortant du vide, tu te dessines à l’effigie de tous les premiers arts sacrés.

 

• Couv_2024-074_Cadéo Alain - Le ciel au ventre

 

Alain Cadéo fera définitivement partie des auteurs qui auront marqué mon esprit, qui auront marqué mon sang.

Tout d’abord un grand merci à Martine Cadéo ainsi qu’aux Cahiers de l’Égaré pour ce cadeau inestimable…
Alain m’a permis une nouvelle fois, de partir à travers ses lignes, dans ce monde qui était le sien, un monde rempli d’images, un monde vrai, sans concession.

Qu’il y a-t-il de plus fort qu’une déclaration d’amour ?
“Le ciel au ventre”.
Dans cette correspondance qui durera sept mois, Alain s’adresse à son fils emmitouflé bien au chaud dans le ventre de sa mère. Sept mois, à la faveur de la nuit, où les échanges et les silences leur permettront de devenir père et fils. C’est émouvant, c’est touchant…
Cette réédition d’un livre publié il y a 30 ans, Alain y tenait, il est malheureusement parti avant… Mais il nous laisse sa prose toute personnelle à laquelle il avait décidé de ne pas toucher, ”Et c’est très bien ainsi…”.

Les jours, les mois défilent pages après pages, ils sont poésie quand ils ne se transforment pas en musique, parfois même en silence dans la nuit, lorsque “Liouma” est endormie.
Une rencontre avec un petit être, Ludovic, qui grandit doucement, faire sa connaissance alors qu’il est dans le ventre de sa maman, en attendant le terme de son premier voyage.

Un livre au titre magnifique, inclassable où une fois encore, les mots se transforment en sons pour mieux résonner dans notre esprit, nous offrir l’essentiel, faisant ainsi pulser le vrai rythme de la vie.

Merci Alain…

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Extraits :

« Fouetté au sang par la passion des alphabets
je pars vers minuit dans cette délicieuse et tout à fait
inexplicable, envie de bâtir un langage.
Avec toi je veux aller chercher dans une zone claire
les plus beaux mots de l’univers.
À fleur de peau, les ramener afin que nous sentions
ce frisson impalpable de la vie en train de se faire.
Je suis devenu un pêcheur de concepts oubliés.
C’est ainsi que d’énormes poissons d’ombre
issus des fonds d’un lac glaciaire
viennent à la surface de mes pages. »

« Ta mère et toi, vous êtes juste au-dessus de ma tête. C’est un peu comme si je pilotais un sous-marin derrière ma fenêtre. Il est bon de vous savoir tous les deux endormis, rassurés, tandis que je vous fraye un chemin au fond de l’océan. »

« En ce moment, je m’éveille chaque matin avec un large sourire. Je suis heureux d’écrire sans savoir où je vais.
Je suis heureux de vivre pour la même raison. Le tout avance sans effort. »

« André Chouraqui a un mot merveilleux pour tous les défenseurs de causes perdues. Il les appelle les “mendiant de l’impossible”. Lorsqu’on mesure les divergences d’opinions entre une vingtaine d’individus cherchant à former une famille, on comprend mieux l’écrasante tâche que représente la volonté d’unir juifs, musulmans et chrétiens. »

 

Alain Cadéo est l’auteur de nombreux ouvrages (nouvelles, romans, textes, pièces de théâtre), dont Stanislas (1983), premier prix Marcel Pagnol 1983 ou encore Macadam Epitaphe (1986), Plume d’Or Antibes et Prix Gilbert Dupé.

Il est avant tout un passionné des autres, des humbles, ceux qui lisent les mots, les portent et les défendent… Ses textes sont toujours exigeants, en perpétuelle recherche de chemins différents, à l’image de l’homme, singulier, sincère et altruiste, mais aussi inclassable, comme sa littérature.

Après avoir été notamment publié par Mercure de France, il est depuis 2018 publié par les Éditions La Trace.

Il vit à Évenos, en Provence.

Sa bibliographie complète est la suivante :

Les Voix de Brume (1982, nouvelles)
Stanislas (1983, roman)
La Corne de Dieu (1983, roman)
L’Océan vertical (1983, roman)
Le Mangeur de Peur (1984, roman)
Macadam Epitaphe (1986, texte)
Le Ciel au ventre (1993, texte)
Les Anges disparaissent (1998, roman)
Fin (1999, texte)
Et votre éternité sera la somme de vos rêves (2008, roman)
L’Ombre d’un doute (2008, théâtre)
Les Réveillés de l’ombre (2013, théâtre)
Zoé (2013, roman)
Chaque seconde est un murmure (2016, roman)
Des Mots de contrebande (Aux inconnus qui comme moi…) (2018, texte)
Comme un enfant qui joue tout seul (2019, roman)
Mayacumbra (2019, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/26/mayacumbra/
Lettres en Vie (2020, texte illustré)
Confessions (ou les spams d’une âme en peine) (2021, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/06/03/confessions-ou-les-spams-dune-ame-en-peine/
Arsenic et Eczéma (2022, théâtre)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/05/06/arsenic-et-eczema/
L’Homme qui veille dans la pierre (2022, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/09/08/lhomme-qui-veille-dans-la-pierre/
M (2023, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/08/m/
Billets de contrebande (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/03/04/billets-de-contrebande-inedits/

Amour, Émotion, Humour, Philosophique, Poésie

Pensées Clandestines

de Lou Valérie Vernet
Broché – 27 avril 2018
Éditions : BOOKS ON DEMAND

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Tout laisser tomber.
Ce qu’on avait à faire, ce qu’on faisait.
Tout donner à l’autre,
Prendre le temps d’être avec lui.
Cinq minutes ou une heure,
Complétement là.
S’apercevoir que cet autre n’était que soi,
Qui attendait qu’on le prenne dans ses bras.

 

• Couv_2024-070_Vernet Lou Valérie - Pensées Clandestines

 

“Petite” lecture de chevet qui m’a accompagné partout pendant quelques semaines…

Très beau recueil de pensées et plus encore. Lou à l’art de me surprendre à chacun de ses livres. Pensées Clandestines n’échappe pas à la règle.
Sourires, larmes parfois, mais émotions surtout, ce petit livre m’a fait passer par tous les états. Chaque page, chaque ligne, chaque mot est une véritable surprise que l’on ne voit pas arriver.

Entre chansons, comptines et poésie, l’auteure nous démontre encore une fois la maîtrise de son art. C’est beau, c’est triste et tellement puissant.

Impossible de vous dire combien de fois, je l’ai relu, mais chaque passage était comme un baume sur mon esprit et dans mon cœur. Le matin au réveil, le soir avant de m’endormir, parfois juste une phrase à peine.
N’hésitez surtout pas à le conserver tout proche de vous et de revenir régulièrement piocher le mot qui vous permettra de vagabonder, de vous envoler loin, très loin devant…

Les pensées que Lou nous offre appartienne à la vie. Elle ne triche pas et c’est là son grand talent.

Coup de cœur !!!

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Extraits :

« Aux pires cauchemars, les grands remèdes.
Que vous soyez en plein burn-out, sous la pluie, coincé dans un embouteillage, tributaire d’une grève, le moral à zéro, désespéré d’avoir manqué une fois encore la chance de votre vie, ce florilège de pensées est pour vous. »

« Il y a des femmes qui font rêver à l’amour, à qui l’on pourrait tout concéder, chez qui on voudrait tout déposer.
Des femmes pour qui les mots doux, les fleurs et la passion ont été inventés.
Des femmes qui restent longtemps à hanter le cœur d’autres femmes. »

« Tant mieux. S’il meurt demain. Tant mieux.
Il n’avait qu’à m’écouter. Je ne voulais pas que ma dernière pensée soit pour ce que je n’ai pas fait.
J’ai pris l’arme et j’ai tiré. Une fois, il est tombé.
Deux fois, moi à côté. C’est bien. Si on meurt ensemble. C’est bien.
Au moins, on ne sera pas séparé. »

« Le matin s’est levé sur un ciel noir.
L’orage était là. En attente. Une chape de misère recouvrait Paris. Les immeubles étaient gris, les costumes noirs, les visages blêmes. Plus personne ne souriait dans les rues. Une sourde colère plombait l’atmosphère. Les gens étaient malheureux. Et moi, j’allais hagarde. Sans rien voir.
Je savais qu’il était trop tard. »

« Je déclame et j’écris des murmures de souffrance. Mes horizons sont noircis du feu de mes errances. J’ai perdu le sommeil, il dort mieux ailleurs.
L’amour m’a quitté, elle aime quelqu’un d’autre, autre part. »

Auteure multicartes, Lou Valérie Vernet a déjà publié trois thrillers, deux polars et sept autres livres passant du récit humoristique aux fragments de voyage, du Feel Good au spicilège poétique, du recueil de nouvelles au théâtre. Tous ses ouvrages confirment son talent à manier en virtuose l’art de la mystification et à sonder les profondeurs de l’âme. Par ailleurs, photographe amatrice, baroudeuse des grands espaces, essayiste et poète à la plume acérée, elle n’en reste pas moins attachée à sa devise préférée « Ne prenez pas la vie au sérieux, de toute façon vous n’en sortirez pas vivant ». B. Fontenelle.

Toucher l’instant : ou la trilogie du choix
https://leressentidejeanpaul.com/2018/11/17/toucher-linstant-ou-la-trilogie-du-choix-de-lou-vernet/

Surtout le pire
https://leressentidejeanpaul.com/2019/10/01/surtout-le-pire-de-lou-vernet/

Acouphanges
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/19/acouphanges/

La toile aux alouettes
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/01/la-toile-aux-alouettes/

Matricule 2022
https://leressentidejeanpaul.com/2022/09/27/matricule-2022/

Grand comme le monde
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/11/grand-comme-le-monde/

Amour, Polar, Roman, Science Fiction, Thriller

Projet Aurora 2142

de Michael Fenris
Broché – 1 juin 2024
Éditions : Des livres et du Rêve

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Années 50, Purdence, petite ville oubliée du Nouveau-Mexique au nom mal orthographié, que personne n’a jamais songé à corriger.
Perdus dans ce désert, le shérif Stone et son adjoint Brent mènent une vie monotone, entre chaleur étouffante et beuveries du samedi soir.
Jusqu’au jour où un cadavre est retrouvé, comme tombé du ciel.
Son corps a subi de multiples opérations, son squelette est recouvert d’une matière inconnue tout comme sa mystérieuse combinaison orange.
Le médecin local est dépassé. Y a-t-il un lien avec les bases militaires voisines et leurs récents essais nucléaires ?

Michaël Fenris nous livre une œuvre captivante entre polar et science-fiction.
Une plume efficace à découvrir de toute urgence.

 

• Couv_2024-062_Fenris Michaël - Projet Aurora 2142

 

1955.
Ville de purdence, complètement perdue dans le désert. Le shérif Stone et son adjoint Brent occupent comme ils peuvent leur quotidien bien monotone, quand un jour, ils sont appelés suite, à la découverte d’un cadavre qui n’a plus de visage et semble tombé du ciel !
Il est brisé en mille morceaux, est vêtu d’un type de combinaison orange que personne n’a vue jusqu’à présent, et porte aussi un étrange médaillon autour de son cou.
Le médecin légiste qui récupère le corps se rend compte que la victime a été greffé sur tout le corps avec des prothèses utilisant des matériaux et une pratique médicale encore inconnus.
Qui est ce personnage ? D’où vient-il et où a-t-il pu bénéficier de cette intervention médicale extrêmement pointue ?

Michael Fenris aligne les phrases et fait défiler ses chapitres d’une main de maître dans ce roman inclassable, qui oscille régulièrement entre polar, roman d’espionnage, de guerre et de science-fiction.
J’ai pris énormément de plaisir à retrouver sa plume et ses dialogues gouailleurs, malgré un suspense constant et une volonté flagrante de perdre son lecteur. Et il y parvient parfois, et c’est à chaque fois pour mieux rebondir. On va suivre ainsi une enquête, où chaque nouvel élément trouvé va perdre un peu plus nos policiers au point qu’ils se perdront d’abord complètement avant de recevoir un message qui va les retourner !
Des rebondissements constants, une fin étonnante, et cerise sur le gâteau, une belle histoire d’amour qui arrive à se glisser très agréablement dans le récit, je ne peux que vous conseiller ce roman “mélanges de genres” très bien ficelé !

Un grand merci à Angie Lollia, des éditions Des livres et du rêve, qui m’a permis de m’amuser, en réalisant cette couverture complètement folle !!!

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Extraits :

« Le mort est tel que ce vieux Buggy l’a déclaré. Allongé dans le sable, enfoncé, une main en griffe tendue vers le ciel comme s’il cherchait à implorer quelque chose, ou quelqu’un. Sa jambe droite forme un angle de quatre-vingt-dix degrés avec le reste du corps, elle part vers l’extérieur, le pied en haut. Quant à son visage, il n’existe plus. »

« – Comment ça va, shérif ?

Stone hausse les épaules. On fait aller.
– Alors, c’était vrai ce que racontait Buggy ? À propos du macchabée ?
La question irrite le policier. Cette vieille outre a dû en parler aux trois-quarts de la ville.
– Je croyais que personne ne prêtait attention aux délires de ce poivrot. »

« Le corps d’un individu d’une trentaine d’années, équipé de multiples prothèses de très haute technologie, dont même nos plus éminents chirurgiens ignorent le principe. J’ajouterai que le défunt était vêtu d’une combinaison recouverte de fils d’un métal extrêmement résistant, et qu’il présente tellement de fractures qu’il semble être tombé d’un avion en vol.

– En quoi cela me concerne-t-il ?
– L’homme en question possédait une plaque d’identification au nom de Tom Briard, né le 26 mars 1910.
– Un faux, assurément ! »

« Debout sur la terrasse de sa maison, Anthony Stone fume une cigarette, nu comme un ver. Dans la chambre à côté, Sarah-Lou Cornell dort à poings fermés. Lorsqu’il est rentré de chez Buggy, elle s’est précipitée sur lui, presque désespérée, incapable de contenir son émotion de le voir sain et sauf. Elle l’a littéralement harcelé de questions auxquelles il a répondu de façon évasive, avant de le tirer en direction du lit. Ils ont fait l’amour doucement, c’est elle qui a pris la direction des manœuvres, le laissant allongé sur les draps tandis qu’elle s’installait sur lui. »

 

Michael Fenris est né le 03 mai 1968, d’origine lorraine, où il garde de profonds attachements avec la ville de Nancy, et installé professionnellement comme médecin en région parisienne depuis 2002.
Passionné par la lecture et l’écriture, il entasse pendant plus de trente ans des pages manuscrites dans des cartons, mais ce n’est qu’en 2015 qu’il décide de franchir le cap en proposant ses premiers manuscrits aux Éditions Prisma.

Sont respectivement sortis :

Chez Prisma
– Feuilles en 2015,
https://leressentidejeanpaul.com/2022/08/17/feuilles/
– le Syndrome Noah en 2016,
– Thérianthrope en 2018,
– L’île en 2019,
– Déviation en 2020
– Émersion en 2021.
https://leressentidejeanpaul.com/2022/08/19/emersion/

Chez Evidence
– Neige,
– Whistlers,
– Horizons Funèbres
– Le Fétichiste.

Chez Eaux Troubles
– Diamants sur Macchabées (reprise d’un auto édité)
– Vengeance sur Pellicule.

En autoédition
– Aaverhelyon,
– Diamants sur Macchabées 1° version
– les 7.

En parallèle il développe les aventures de Don et de Luc Dassaut sous un autre nom, et travaille au scénario de plusieurs BD.

Amour, Émotion, Drame, Historique, Roman

De sang et d’encre

de Jacquie Béal
Broché – 2 janvier 2019
Éditions : Terres de l’Ouest

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Dans le Périgord du XVIe siècle, les conflits entre catholiques et protestants font rage. Dans cette lutte sanglante, Landry et sa petite soeur voient leurs parents mourir sous leurs yeux. Les deux orphelins s’enfuient et trouvent refuge chez un imprimeur qui les prend sous sa protection. Landry devient colporteur et, au péril de sa vie, diffuse des livres emplis d’idées neuves et d’appels à la résistance. En chemin, le jeune homme découvre le goût de la liberté de vivre et de penser. Au milieu du chaos, Landry fait également une rencontre qui change sa vie : Mathilie, fille de gentilhomme et catholique. À ses côtés, il apprend que l’amour ne connaît pas de barrières sociales. Mais, dans la tourmente de l’Histoire, la conquête du bonheur a forcément un prix…

 

• Couv_2024-061_Béal Jacquie - De sang et d'encre

 

Je découvre la plume fluide et très élégante de Jacquie Béal, sa passion pour l’histoire est évidente, mais surtout sa passion pour les mots. Les dialogues sont superbes, au point de m’avoir fait traverser de temps, et permis de vivre au côté de Landry durant quelques pages.

Landry, c’est le personnage “phare” du roman. Un jeune homme qui dès le début du roman perd ses parents et se retrouve tout seul avec sa petite sœur Francette devenu aphasique suite au drame. Landry, va grandir et évoluer tout le long du récit. D’abord protecteur de sa sœur, il deviendra colporteur pour l’imprimeur qui les a recueillis dans sa famille d’obédience protestante. C’est un jeune homme bien, qui fait toujours son possible pour aider et faire ce qui est juste autour de lui. Il hait la guerre et refuse de choisir un camp en cette période si sombre et si troublée des guerres de religion.

L’auteure de par son analyse très subtile, nous montre la vie et les tourments que vivaient la plupart des gens qui par peur, n’avaient pas d’autres choix que d’adhérer à la religion imposée par leur seigneur. Landry arrive par ses doutes, ses interrogations, à passer outre. Il sait qu’il y a du mauvais partout, et que les bons aussi se cachent, qu’elle que soit leur religion, de crainte de mourir. Puis, un jour Landry, pendant l’une de ses expéditions, rencontre une jeune fille de “bonne famille”, orpheline aussi, mais de religion catholique, Mathilie.
Pour lui, c’est un coup de foudre !
Mais comment une fille bien née, pourrait-elle s’intéresser à lui, alors qu’ils n’ont même pas la même Religion ?

Jacquie m’a agréablement surpris durant toute ma lecture, mais surtout à deux niveaux. Tout d’abord pour sa remarquable érudition sur les sujets traités, et aussi pour avoir choisi un homme pour personnage principal, lui offrant ainsi toutes les pensées féminines qui sont en elle, faisant de Landry un personnage auquel on s’attache très vite…
Par contre j’espère qu’une suite sera prévue, car le lecteur que je suis est resté sur sa faim !

Cet excellent roman décrivant avec précision les horreurs de la guerre, la famine, les maladies, les fléaux de l’époque, les mentalités et les coutumes de la noblesse, les persécutions qu’ils faisaient endurer à ceux qui n’étaient pas bien “nés”, s’adressera plus particulièrement aux passionnés d’Histoire, et du Moyen Âge…

Personnellement, je Valide !!!

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Extraits :

« De cachette en cachette, il s’était tenu à l’écart des maisons, car les paysans, excédés, étaient devenus des meurtriers. Ils tuaient sans même chercher à savoir si vous étiez papiste ou parpaillot. Ils tuaient parce qu’ils avaient pris goût au sang.
Mariotte pleura son homme. Parfois, elle imaginait qu’il pourrissait dans une fosse commune. Avait-on séparé les catholiques et les protestants ? Un trou pour les uns, un trou pour les autres ? »

« – Te mets pas en peine, Ricou. La mère en veut au monde entier depuis que mon père est mort.
– Je sais bien. Remarque, elle a raison de dire que la guerre, c’est pas tant beau que ça. La guerre, c’est beaucoup de sang et de souffrance, sauf quand on la fait comme les seigneurs : la piétaille devant comme chair à canon et la cavalerie derrière, dans ses plus beaux habits. Ceux qui commandent observent bien à l’abri, et ils empochent la victoire et les honneurs. »

« Ils se mirent en route. Au-delà du bois, c’était l’inconnu. Landry avait déjà fait la route jusqu’à Villamblard, et il savait que Bergerac se trouvait à quelques lieues de marche seulement, mais Francette se fatiguait vite et ne pourrait pas supporter de trop longues étapes. »

« – Après la bataille de Moncontour, la Double était parsemée de cadavres : des soldats, des femmes, des enfants…
– Crois-tu vraiment que ces femmes et ces enfants ont été tués au nom de Dieu ? Pour de nobles raisons ?
C’était le chaos. On avait l’impression de traverser l’Enfer. »

« Quand la haine s’allie au désordre, la violence l’emporte toujours sur la raison. »

Agrégée de Lettres et enseignante, Jacquie Béal se consacre à l’écriture. Elle vit en Périgord où se situe l’action de ses romans, notamment La dame d’Aquitaine et Le Temps de l’insoumise. Amoureuse du langage et de l’Histoire, grande et petite, elle fait vivre ses personnages dans l’atmosphère des siècles passés.

Amour, Émotion, Drame, Histoire vraie, Poésie

Pages volées

d’Alexandra Koszelyk
Broché – 23 août 2024
Éditions : Aux Forges de Vulcain

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Quand des pages entières de votre vie vous ont été volées, comment faire pour les retrouver, si ce n’est les écrire ?

Les parents d’Alexandra meurent dans un accident de voiture alors qu’elle n’a que huit ans. Elle est recueillie avec son frère par sa tante. Tandis qu’elle grandit entre premiers amours et amitiés adolescentes, un immense vide demeure en elle. Qui est-elle ? L’orpheline ? L’Ukrainienne ? La jeune fille qui aime les histoires ?

Vingt ans plus tard, alors qu’elle revient en Normandie, elle entreprend une enquête sur ce qui a permis sa survie : la langue, la littérature et l’écriture.

Un récit poignant sur ces continents intérieurs que nous habitons et qui nous habitent.

 

• Couv_2024-060_Koszelyk Alexandra - Pages volées

 

Tout d’abord, un très grand merci à Babelio et aux éditions “Aux Forges de Vulcain” pour m’avoir permis de lire ce livre très touchant.

Ce n’est pas le premier roman d’Alexandra koszelyk que je lis.
Fin 2019, dans le cadre de l’un de nos dîners littéraires, nous l’avions reçu pour son premier roman, “À crier dans les ruines”. Roman qui m’avait beaucoup ému pour sa finesse et sa psychologie. L’histoire de deux adolescents, Léna et Ivan, qui se retrouvent séparés suite à la terrible catastrophe nucléaire survenue le 26 avril 1986 à Tchernobyl. J’avais pris son roman comme une ode à la vie, à la liberté et à l’amour… Mais aussi comme une sorte de lien entre son passé et son présent ! J’ai découvert, à ce moment-là, une auteure qui me semblait timide et en même temps très souriante. Je la regardais, elle semblait heureuse d’être en notre compagnie, et nous a expliqué longuement d’où lui était venu l’idée du récit. Je la regardais encore, et je voyais “comme des absences”, ses yeux ne bougeaient plus. Comme si, nous la perdions parfois. L’émotion ? Mais nous avons tous passé une excellente soirée.

Aujourd’hui, après avoir terminé “Pages volées”, je pense avoir compris…
Je pense que par moments ce n’était plus Alexandra qui participait à notre dîner, mais peut-être “la petite” Alexandra qui nous ouvrait son cœur, avec des mélanges de sentiments : Je suis tellement heureuse d’être là parmi vous ! La littérature m’a vraiment aidé à me battre ! Papa, maman, je sais que vous me voyez d’où vous êtes… Je me sens tellement bien ! Certaines personnes ont ce don-là. Celui de toujours communiquer avec leur “petit moi”…

Avec “Pages volées”, elle ressent le besoin de partager sa vie, son passé avec son “petit moi”. Alexandra nous ouvre son cœur sur sa petite enfance et sur un événement qui aurait pu l’anéantir… La perte de ses deux parents dans un accident de voiture, alors qu’elle n’avait que huit ans et demi. J’ai retrouvé dans ce nouveau récit, cette force poétique dans de nombreuses phrases, cette force qui m’avait déjà embarqué dans son autre récit, ce besoin mettre des mots sur des sensations… Ou comment grâce à l’enseignement, les différentes langues qu’elle a étudié, son amour de la lecture l’amène très vite et naturellement au plaisir de l’écriture lui permettant dans ce récit tout particulièrement, d’écrire les chapitres qui lui manquaient peut-être dans la construction de sa vie.

Un livre très émouvant, qui m’a permis de me poser de nombreuses questions sur ce que nous sommes et ce que nous sommes prêts à réaliser dans notre vie, malgré les nombreuses embûches que nous pouvons subir, les différents traumatismes que nous pouvons vivre. Alexandra nous dit dans son livre qu’elle est née à huit ans, sept mois et douze jours. Aujourd’hui je comprends cette phrase…

La forme et le fond rédigé par Alexandra, nous amènent ce très beau livre comme un cadeau précieux qu’elle nous offre, mélangeant passé, présent, peine, courage, force et amour…

J’espère que ton “petit moi” vit sa vie présente avec bonheur.
Ton livre poétique et émouvant d’où se dégage une force très positive, m’a fait énormément de bien…
Merci Alexandra, pour ce que tu es. Quel bel exemple d’accomplissement tu nous offres !

À lire absolument…

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Extraits :

« “Pourquoi une histoire sur tes origines ? me demande mon oncle. Tu as déjà écrit deux romans qui y font allusion.
– Cette fois-ci, je n’ai pas envie d’écrire un roman.
– Tu veux parler de toi ? Entre autres. De moi, de l’identité, de la place qu’on occupe, de l’importance de la littérature, des mots et des langues. De mes parents, aussi.
– Mais tu n’as pas de souvenirs d’eux, que vas-tu faire ? Les inventer ?”
L’invention de mes parents. L’invention d’une vie. »

« Je suis née à huit ans, sept mois et douze jours.
Des cris de partout, à gauche, à droite, impossibles à faire taire. L’ensemble des pleurs en concert improvisé provient d’une quinzaine de nouveau-nés qui à eux tous cumulaient au maximum trente-deux jours.
De là où je suis, je ne vois rien, je ne fais qu’entendre ces cris. »

« Immédiatement après l’annonce de la mort de mes parents, il a fallu que je connaisse toute la vérité, si terrible soit-elle, si durs soient les mots et les images. Je ne savais pas à quel point établir une exactitude est une sorte de graal impossible à atteindre. Et si certaines réponses remplissaient des vides, elles ne les comblaient pas tous. »

« Je regarde le calendrier.
Dans moins d’un mois, le 19 août, jour de l’accident, je serai de nouveau cette petite fille qui perd ses parents. Il me faut alors écrire, écrire contre le temps, les retrouver, dans ce cahier noirci de leurs contours, attraper quelque chose que je ne saurais pas encore. Le temps joue contre moi. Cette date me terrifie autant qu’elle me galvanise.
Je replonge dans les jours de deuil. »

« Les livres sont ces histoires qui me permettent de saisir que la vie est faite d’embûches dont il faut se relever.
Je ne le sais pas encore, mais je suis sur le chemin du deuil.
Si les adultes ne peuvent répondre à mes questions, les livres le font.
La langue écrite, langue du savoir, de la distance, du choix des mots, d’un rythme, me permet des bonds de pierre en pierre, d’histoire en histoire, d’aller plus loin que l’expérience acquise dans une vie seule. »

 

Alexandra Koszelyk est née en 1976 à Caen. Ayant vécu dans son enfance dans une commune située près de Caen (Normandie), elle mène dans cette ville ses études secondaires et supérieures.

Elle devient professeure de lettres classiques dans les Yvelines, tout en se consacrant à l’écriture. Elle est lauréate de plusieurs prix comme le prix Vleel 2022, ou le Prix Totem des lycéens 2020.

Chez Alexandra Koszelyk, le surnaturel s’invite dans les grands et les petits drames de l’Histoire, avec des romans « sidérant de poésie et d’actualité ». Cette écrivaine a baigné dans la culture ukrainienne héritée de ses grands-parents, émigrés en France dans les années 1930 (venant de la région de Galicie).

C’est aussi une blogueuse littéraire.
Sur son blog “Bric à Book”, elle organise chaque semaine des ateliers d’écriture.

– À crier dans les ruines, 2019.
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/22/a-crier-dans-les-ruines/

– La Dixième Muse, 2021.
– Le Sanctuaire d’Emona, 2022.
– L’Archiviste, 2022.

Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Histoire

Le Courage des Lâches

de Wendall Utroi
Broché – Grand livre, 3 avril 2024
Éditions : La Trace

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Années 30, cinq adolescents des corons du Nord grandissent dans l’insouciance de l’enfance, pourtant le destin les conduira à traverser les années sombres d’occupation allemande et, bien malgré eux, à vivre loin de chez eux. Une histoire d’amitiés, d’amour, de dons et de sacrifices, de courage et de lâcheté…
Un récit déroutant d’enfants devenus trop vite adultes et confrontés à des choix déchirants qui marqueront à jamais leurs vies.

Destins croisés et tragiques de 5 enfants, des années trente à l’occupation Allemande : Une histoire d’amitiés, d’amours, de dons et de sacrifices, de courage et de lâcheté…

 

• Couv_2024-054_Utroi Wendall - Le Courage des Lâches

Le courage des Lâches

Un roman qui bouscule, une belle histoire, une lecture qui m’a complètement embarqué dès les premières lignes, impossible une fois encore de le lâcher, les pages défilent à toute vitesse, et puis c’est la fin… Il est bouleversant, je suis bouleversé, ému aux larmes, et une question tourne dans ma tête, depuis que j’ai terminé ce livre. Une question pour laquelle je n’ai pas de réponse. Une question pour laquelle je ne veux surtout pas de réponse…

Qu’aurai-je fait à leur place ?
Comment supporter la haine et la violence ? Comment ne pas craquer durant une torture qui n’en finit pas ?
Aurais-je été un homme courageux ou bien un lâche ?

1930. Nous sommes dans le nord de la France. Nos héros, une bande de copains qui ont une dizaine d’années, voient arriver dans leur classe un nouveau. Radek. Il est courageux et volontaire, très vite, il intégrera la bande. Pendant une dizaine d’année, “la bande à Bouboule” qui réunit cinq adolescents, va développer des valeurs d’amitié, d’empathie et d’entraide qui se révéleront cruciales pour les années sombres qui s’apprêtent à venir. En effet, la guerre va les cueillir en pleine adolescence.

Ce roman sur fond historique a tout pour plaire. Une écriture fluide et directe, de beaux portraits d’hommes et de femmes, je pence qu’il restera gravé dans mon esprit.
Comment ne pas adhérer à la puissance de ce récit plein d’humanité, malgré la période noire de la Seconde Guerre Mondiale ?

La plume de Wendall est magnifique, puissante. D’ailleurs, j’ai été très heureux de voir qu’il avait intégré les éditions La Trace, que j’affectionne tout particulièrement…
Un grand merci Wendall pour ce voyage dans le temps, ton récit mérite une très longue vie… et un grand merci/câlin à Martine de me l’avoir transmis.

L’histoire d’une bande d’amis qui ne vous laissera pas indifférents !
Et vous, qu’auriez-vous fait à leur place ?

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Extraits :

« Trois jours que le ciel épanchait son malheur sur le plat pays. La cour de récréation parsemée de flaques d’eau, désertée, n’était plus qu’un vague souvenir de cette marée humaine qui d’habitude écumait sa surface. En ce jour de la mi-octobre 1931, agglutinés sous le préau qui résonnait des cris, les garçons de l’école primaire Pasteur se chamaillaient pour une bille ou un calot, bêlaient d’impatience à qui serait le loup. »

« Le maître avait parlé, sa colère s’était refroidie. En notre nom à tous, il présenta ses excuses au jeune Polonais, ce qui surprit tout le monde. Il invita Radek à le suivre au fond de la classe, la, il lui montra le seul pupitre inoccupé, celui situé à ma droite. Puis, d’une voix à marée basse, il s’adressa à moi :
– Pierre, je te charge de lui apprendre les finesses de notre langue, tu t’occuperas de cela pendant les récréations… »

« Ma gorge se noua dans l’instant, l’estomac la seconde suivante. Une fois à ses côtés, le maître me dévisagea, puis sans un mot, il déposa sa règle de métal carrée sur l’estrade.
– Vous connaissez la sanction… à genoux sur la règle et les mains sur la tête, nous verrons si cela vous donne encore envie de sourire.
Les quelques murmures qui avaient suivi ma progression dans l’allée s’étaient éteints, le silence compatissait. Monsieur Leblanc reprit son cours. »

« – Messieurs, je suis très fier de vous, vous venez d’agir avec noblesse, avec cœur pour sauver votre jeune ami Radek d’un futur bien sombre. Aujourd’hui, vous êtes devenus des hommes, des hommes dignes de ce nom.
Je veux que ce secret reste entre nous, ne parlez à personne de ce qui vient de se passer, ni à vos familles, ni à vos amis. Gardez en vous ce moment, comme un moment de bravoure qui vous élève. »

 

Wendall Utroi, ancien policier formateur, vit aujourd’hui à Romans-sur-Isère. Il diffuse son premier roman sur Internet en 2014 et rencontre un succès inespéré.

“Auteur de dix romans, j’écris en pensant toujours à me faire plaisir et à surprendre le lecteur. Au travers de ces histoires, je tente de véhiculer un message, une douleur, une crainte ou tout simplement les émotions qui font le lot de chacun d’entre nous. Investigateur, instructeur, et policier, mon métier m’a permis d’entrevoir les différentes facettes de l’Homme ; bonnes, mauvaises, odieuses ou merveilleuses.”

Il reçoit en 2018 le Prix des lecteurs des plumes francophones.
L’un de ses romans, Wanda, a fait l’objet d’un court métrage tourné au Canada ayant remporté deux prix internationaux.

Amour, Émotion, Drame, Histoire

Un secret

de Philippe Grimbert
Poche – 1 septembre 2004
Éditions : Le Livre de Poche

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Souvent les enfants s’inventent une famille, une autre origine, d’autres parents.
Le narrateur de ce livre, lui, s’est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu’il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne vérifieront pas… Et puis un jour, il découvre la vérité, impressionnante, terrifiante presque. Et c’est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu’il lui incombe de reconstituer. Une histoire tragique qui le ramène aux temps de l’Holocauste, et des millions de disparus sur qui s’est abattue une chape de silence.
Psychanalyste, Philippe Grimbert est venu au roman avec La Petite Robe de Paul. Avec ce nouveau livre, couronné en 2004 par le prix Goncourt des lycéens et en 2005 par le Grand Prix littéraire des lectrices de Elle, il démontre avec autant de rigueur que d’émotion combien les puissances du roman peuvent aller loin dans l’exploration des secrets à l’œuvre dans nos vies.

 

• Couv_2024-053_Grimbert Philippe - Un secret.jpg

 

J’ai pris ce roman comme un très bel hommage… et je pense même que la part autobiographique de ce livre est très importante !

Enfant, il s’invente un grand frère et s’imagine la rencontre de ses parents, l’idéaliser et vivre sa vie ainsi sans trop se poser de questions. Plus tard, une amie de la famille va lui raconter la véritable histoire de ses origines. Il est Juif, et son père a eu un fils avant lui, Simon. Puis vint l’exode, les trains vers l’Est, ils vivent en France depuis des dizaines d’années, il ne peut donc rien leur arriver, mais pourtant… Ils décident alors de franchir la ligne de démarcation.

Une histoire très poignante, sans aucun jugement, l’auteur raconte la vie de cette famille, sa famille, avec des mots simples, emplis d’une grande pudeur, une histoire qui forcément change un homme.
Philippe Grimbert la raconte avec beaucoup de délicatesse, c’est presque un chuchotement, pour pouvoir survivre à ce passé trop lourd.

Alors que nous sommes en pleine invasion allemande,

Peut-on vraiment imaginer la douleur de toutes ces gens, hommes, femmes et enfants obligés de porter une étoile jaune qui les livraient à la haine des racistes, des antisémites ?
“Un secret” est un grand roman qui m’a plongé par le biais d’un traumatisme familial dans l’une des périodes la plus infamante de notre histoire.

Je ne peux que recommander à tout le monde ce magnifique ouvrage, même si je l’ai terminé avec une boule au ventre. Surtout, ne jamais oublier…

Merci M. Grimbert

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Extraits :
« La marque indélébile imprimée sur mon sexe se réduisait au souvenir d’une intervention chirurgicale nécessaire. Rien de rituel, une simple décision médicale, une parmi tant d’autres. Notre nom lui aussi portait sa cicatrice : deux lettres changées officiellement à la demande de mon père, orthographe différente qui lui permettait de planter des racines profondes dans le sol de France. »

« L’œuvre de destruction entreprise par les bourreaux quelques années avant ma naissance se poursuivait ainsi, souterraine, déversant ses tombereaux de secrets, de silences, cultivant la honte, mutilant les patronymes, générant le mensonge. Défait, le persécuteur triomphait encore. »

« Le port de l’étoile est devenu obligatoire. Une gifle pour Maxime qui ne peut plus rien opposer à ceux qu’il a tenté de rassurer. Les inquiétudes de Joseph, les craintes des commerçants voisins étaient fondées. La perspective d’arborer l’insigne jaune anéantit tous ses efforts, le rallie de force à une communauté avec laquelle il voudrait prendre ses distances. Pire, l’ennemi n’est plus l’envahisseur, mais son pays lui-même, qui le range du côté des proscrits. »

« Il touche enfin le corps de Tania. Après s’être allongé tant de fois en rêve dans sa chaleur, c’est la peau glacée de la nageuse qui s’offre à lui. L’eau de la Creuse se mêle à ses larmes. Ils restent ainsi un long moment puis se détachent, toujours sans un mot. Tania s’allonge à côté de lui et tous deux fixent le ciel. »

 

Philippe Grimbert est un auteur et psychologue français.

Après des études de psychologie, Philippe Grimbert a passé une dizaine d’années en analyse chez un lacanien, avant d’ouvrir son propre cabinet. Il travaille aussi dans deux instituts médico-éducatifs, à Asnières et à Saint-Cloud, auprès d’adolescents autistes ou psychotiques.

Passionné de musique, de danse et d’informatique, il a publié divers essais, dont Psychanalyse de la chanson (Belles Lettres, 1996) et Pas de fumée sans Freud (Armand Colin, 1999).

Il est aussi l’auteur de romans,
La fille de l’être (1998),
La petite robe de Paul (2001),
Un secret (2004) qui fut adapté au cinéma (avec Patrick Bruel et Cécile de France dans les rôles principaux) et qui fut récompensé par le prix Goncourt des lycéens 2004, le prix des Lectrices de Elle et le prix Wizo en 2005,
La mauvaise rencontre (2009),
Un garçon singulier (2011),
Nom de dieu ! (2014),
Rudik, l’autre Noureev (2015).