Histoire, Psychologie

Les bandits

de Jorge Volpi
Broché – 5 mars 2015
Éditeur : Seuil

Le 17 septembre 2008, J. Volpi, fondateur et directeur du fonds d’investissement J.V. Capital Management et mécène du Metropolitan Opera, est accusé d’avoir détourné quinze milliards de dollars et prend la fuite. Quelque temps plus tard, d’un lieu tenu secret, il envoie à un agent littéraire un manuscrit autobiographique révélant comment les maîtres de Wall Street se sont enrichis sans limites pendant la bulle immobilière tandis que des experts financiers de tout poil orchestraient une des plus grandes catastrophes économiques mondiales.

Mais à la différence d’autres confessions, celle de J. Volpi est une passionnante histoire de famille aux accents de roman noir et la quête d’un fils dévoyé qui cherche à découvrir si son père disparu, employé au Département du Trésor pendant la Seconde Guerre mondiale, était vraiment un espion à la solde de Moscou. Afin de connaître la vérité, J. Volpi charge une jeune historienne de mener une enquête.

De mensonges en escroqueries, où s’entrecroisent personnages de fiction et personnages historiques, le lecteur plonge dans les méandres de la fragilité humaine, les coulisses de Wall Street et les passages secrets de la guerre froide.

Traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli

Avec Les bandits, je découvre l’univers de Jorge Volpi. Et quelle découverte ! Dès les premières pages, je me suis retrouvé face à une construction romanesque fascinante, d’une grande maîtrise. Le style est marqué, parfois dense, presque vertigineux. L’érudition de l’auteur est impressionnante et m’a obligé, je l’avoue, à faire plusieurs pauses pour digérer toutes les informations qui se bousculaient au fil des pages. On sent derrière ce roman un travail colossal de recherches. Les références historiques, économiques et politiques s’entrelacent dans un récit ambitieux qui demande une attention constante. Il m’est arrivé de me perdre un peu dans cette forêt de détails financiers et d’analyses, mais impossible de ne pas reconnaître le talent de l’auteur dans cette critique frontale d’un capitalisme débridé, cynique et profondément amoral.

Le personnage principal porte d’ailleurs le même nom que l’auteur, Jorge Volpi. Un choix aussi surprenant qu’audacieux. Dans ce roman, ce Volpi-là est un escroc qui raconte avec un aplomb presque désarmant comment il s’est enrichi sur le dos de la classe moyenne, notamment jusqu’à la crise des subprimes. À travers la création de sociétés d’investissement douteuses, il manipule, trompe et dépouille des milliers d’investisseurs pour accumuler des fortunes.

Mais l’intrigue ne s’arrête pas là. En parallèle de ses propres turpitudes, le narrateur part aussi à la recherche de la vérité sur son père, un homme qu’il n’a jamais connu et qui aurait été soupçonné de sympathies communistes en pleine guerre froide. Cette quête intime vient perturber le récit principal et ouvre de nouvelles ramifications, tout aussi passionnantes.

Je ne m’attendais pas à pénétrer dans une œuvre aussi foisonnante. Entre crises financières, escroqueries internationales, espionnage, guerre froide, URSS, 11 septembre ou encore la création du Fonds monétaire international, l’auteur explore de multiples facettes de notre monde contemporain. À travers cette fresque dense, se dessine une vision profondément cynique du pouvoir et de l’argent. Un monde où les mensonges, la manipulation et la duplicité semblent être les véritables moteurs de l’histoire. J’ai particulièrement apprécié cette narration atypique, qui entremêle habilement fiction et faits historiques. Les personnages évoluent dans un univers où rien ne semble vraiment normal, et c’est justement ce qui rend la lecture si captivante.

Une lecture exigeante, parfois déroutante, mais indéniablement stimulante et passionnante.

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Extraits :

« Tel est, à peu de chose près, le récit de la mort de mon père que me fit Judith, laquelle, comme on a pu s’en rendre compte, a la langue bien pendue. Je devais avoir cinq ou six ans quand elle a évoqué devant moi cet épisode et, plus que de la présence du pigeon, je me souviens de sa langue de serpent, de son ton venimeux que je ne puis reproduire, de son regard d’acier planté dans ma timidité, et des pirouettes que traçaient en l’air ses doigts aux ongles rouge vif, jusqu’au moment où ses paumes, à la hauteur de mon visage, claquaient l’une contre l’autre pour illustrer sans le moindre tact, sans la moindre pudeur, l’écrasement des os de mon père contre le ciment. »

« Avons-nous été les responsables ? Véritablement ? Ce n’est pas que la question m’obsède, ni que je redoute de craquer si ma supposition se confirme – au point où nous en sommes, vous devez savoir que j’ignore la culpabilité -, mais quand j’y songe, par exemple pendant une séance de massage thailandais ou tandis que j’écris ces lignes à l’ombre d’un cocotier, je ne manque pas d’être surpris par ce qui ressemble à une histoire fantastique ou, mieux encore, à de la science-fiction. »

« Parce que, quelques années plus tard, après leur union avec les prêts hypothécaires à risque, les crédits subprime, notre invention allait devenir une arme de destruction massive. Mais au moment dont je parle, nous n’y pensions même pas. »

« Notre virus n’a pas tardé à se répandre.
À la fin des années quatre-vingt-dix, les CDS, nos contrats de couverture de défaillance, assemblés selon le modèle BISTRO, avaient de par le monde été repris par des centaines de banques, toujours désireuses de libérer de grandes quantités de risques et de capitaux.
À la J.P. Morgan, nous avons concocté d’innombrables combinaisons pour des banques de crédit japonaises et américaines, et deux géants, Crédit Suisse et Paribas, n’ont pas tardé à proposer leurs propres produits dérivés de style BISTRO. Dès lors, l’épidémie est devenue incontrôlable. Nous n’en revenions pas : certes, nous avions compté sur les charmes de notre créature, mais nous n’avions pas prévu qu’elle se multiplierait à une telle vitesse. »

Né à Mexico en 1968, Jorge Volpi a d’abord étudié la littérature et le droit avant de devenir avocat. Il est l’auteur de romans et d’un essai sur l’histoire intellectuelle de 1968. Son roman, À la recherche de Klingsor, publié en 19 langues, a reçu le prestigieux prix Biblioteca Breve en 1999, attribué avant lui à Mario Vargas Llosa et Carlos Fuentes. Il est considéré aujourd’hui comme l’un des écrivains les plus importants d’Amérique latine.

Adolescence, Émotion, Histoire, Suspense, Thriller historique

Papillon de nuit

de R. J. ELLORY
Poche – 1 février 2017
Éditeur : Le Livre de Poche

Assassinat de Kennedy, guerre du Vietnam, luttes pour les droits civiques, Ku Klux Klan : c’est dans cette Amérique en crise des sixties que Daniel Ford a grandi. Et c’est là, en Caroline du Sud, qu’il a été accusé d’avoir tué Nathan Verney, son meilleur ami.

1982. Daniel est dans le couloir de la mort. Peu de temps avant son exécution, un prêtre vient recueillir ses dernières confessions. Bien vite, il apparaît que les choses sont loin d’être aussi simples qu’elles en ont l’air. Papillon ne nuit, premier roman publié de R. J. Ellory, nous emporte là où rodent la folie et le complot.

    Récit qui entremêle présent et passé, émotions intimes
    et convulsions de la grande histoire, Papillon de nuit tient ses promesses
    dans un tourbillon de sensations et d’interrogations métaphysiques.
    François Lestavel, Paris Match.

    Un portrait saisissant, dur et troublant de l’Amérique.
    Emmanuel Romer, La Croix.

    Lorsque j’ai ouvert Papillon de nuit, de R. J. Ellory, je me doutais que j’entrais dans un roman intense, en effet, son roman “Seul le silence” m’avait beaucoup touché il y a quelques années. Mais je n’imaginais pas à quel point cette histoire allait me bouleverser.

    Daniel Ford attend dans le couloir de la mort. Il est accusé d’avoir tué son meilleur ami, Nathan Verney, douze ans plus tôt. Daniel est blanc, Nathan était afro-américain. Pourtant, depuis l’enfance, ils avaient traversé ensemble une Amérique tourmentée, affrontant le racisme, la violence et les fractures d’un pays en pleine mutation.

    Très vite, une question me hante. Daniel est-il vraiment coupable ?
    Et s’il ne l’est pas, comment en est-il arrivé là ?

    Au fil du récit, Daniel replonge dans ses souvenirs. Par petites touches, par fragments, il me raconte son histoire. Celle de deux enfants de six ans dans l’Amérique des années cinquante. Deux garçons liés par une amitié sincère et indestructible, du moins en apparence. Mais le temps passe, les illusions s’effritent, et la magie qui illuminait leurs regards d’enfants se fissure peu à peu face aux désillusions de l’âge adulte.

    À travers cette histoire intime, l’auteur m’immerge dans une période particulièrement agitée de l’histoire américaine. La guerre du Vietnam, les tensions raciales, les luttes politiques, le Watergate, les Kennedy, Martin Luther King, le Klu Klux Klan… autant d’événements qui forment la toile de fond de ce destin tragique. Mais au-delà de l’Histoire, c’est surtout dans le cœur de Daniel que je me suis retrouvé plongé. Et ce voyage est bouleversant. Page après page, j’ai ressenti la douleur, l’injustice et l’incompréhension.

    Impossible de rester insensible à cette histoire profondément humaine. Elle m’a littéralement serré la gorge. J’ai terminé ce roman le cœur lourd, les yeux humides, encore habité par cette amitié brisée et par cette tragédie.
    Le style de R. J. Ellory est d’une grande sensibilité. Par moments, il frôle même la poésie, contrastant avec la dureté du sujet. Le récit avance comme un long chemin vers la vérité, dévoilant peu à peu ses zones d’ombre et ses secrets.
    Une fois commencé, je n’ai plus réussi à lâcher ce livre. Pendant quelques heures, j’ai vécu dans l’esprit de Daniel, suspendu à son destin et dans l’attente de son exécution.

    Un roman dense, puissant et profondément émouvant, qui ne peut laisser indifférent, un excellent moment de lecture…

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    Extraits :

    « Quatre fois j’ai été trahi – deux fois par des femmes, une fois par le meilleur ami qu’un homme puisse désirer, et finalement par une nation. Et peut-être, à vrai dire, me suis-je trahi moi-même. Alors ça fait cinq.
    Mais malgré tout, malgré tout ce qui s’est passé à l’époque, et tout ce qui se passe maintenant, ça a tout de même été magique.
    Absolument magique. »

    « M. Timmons croit lui aussi que je n’ai pas tué Nathan Verney en Caroline du Sud par une nuit fraîche de 1970.
    Mais il ne le reconnaîtra jamais. Ce n’est pas à lui de remettre ces choses en question, car il y a la justice, les cours d’appel fédérales et d’État, et il y a de grands hommes graves armés de livres épais qui analysent ces choses en détail, qui font les lois, qui sont la loi, et qui est M. Timmons pour remettre tout ça en cause ?
    M. Timmons est gardien dans le couloir de la mort, il fait son boulot, il obéit aux règles, et il laisse ces questions d’innocence et de culpabilité au gouverneur et au petit Jésus. Il n’est pas censé prendre de telles décisions, il n’est pas payé pour ça. Alors il ne le fait pas.
    C’est plus simple ainsi. »

    « Certaines personnes affirment que la peine de mort est une solution trop facile, bien trop rapide. Ils disent que ceux qui ont commis un meurtre devraient souffrir autant que leur victime. Eh bien, croyez-moi, c’est le cas. Ils oublient les années que les gens comme moi passent ici, deux étages au-dessus de l’enfer. Ils n’ont jamais entendu parler des types comme M. West, et de son sentiment que le châtiment devrait être à la hauteur du crime, que vous soyez coupable ou non. Les gens n’ont vraiment aucune idée de ce que ça fait de savoir que vous allez mourir, et après les premières années ce jour peut arriver n’importe quand. »

    « Je nous revois maintenant, nous tenant tous là, le révérend, la sorcière qui avait mangé son mari, le gamin noir qui avait mis à terre Marty Hooper chez Benny’s, le Blanc emprunté, et le jeune dégingandé à la peau pâle qui portait cette minuscule fillette de couleur. Je nous revois maintenant comme si c’était une photo, et je pense à ce qui aurait dû être. Nous étions la famille universelle, il n’y avait pas de différence, nous parlions la même langue, nous respirions tous le même air, mangions la même nourriture et partagions le même chagrin. »

    Roger Jon Ellory est né à Birmingham. Sa mère, danseuse et actrice, l’élèvera seule jusqu’à ce qu’une pneumonie la terrasse au tout début des années 1970. À 16 ans, il rejoint sa grand-mère maternelle, qui décèdera en 1982. Après avoir connu la prison à l’âge de 17 ans, il se consacre à plusieurs activités artistiques – graphisme, photographie… et musique : il joue de la guitare dans un groupe de rock, les Manta Rays, qu’il quittera à la mort du batteur.

    Il se plonge alors dans la lecture, et sa passion pour la littérature de fiction ne fait que croître. Ses auteurs de prédilection: sir Arthur Conan Doyle, Michael Moorcock, Tolkien, Stephen King… Entre 1987 et 1993, RJ Ellory écrivit pas moins de vingt-deux romans, chacun lui valant systématiquement des refus éditoriaux, polis mais fermes, des deux côtés de l’Atlantique : en Angleterre, on refusait de publier des romans situés aux États-Unis qui étaient écrits par un citoyen anglais, et outre-Atlantique, on ne voulait pas de romans ayant les États-Unis pour cadre alors qu’ils étaient l’œuvre d’un Britannique…

    Découragé, RJ Ellory cesse d’écrire et occupe un emploi de bureau pour la première fois de sa vie. En 2001, il reprend la plume et écrit trois romans en moins de six mois. Le second, Candlemoth, sera publié par Orion ; nommé pour le Crime Writers’ Association Steel Dagger for Best Thriller 2003, il est traduit en plusieurs langues. Mais c’est avec Seul le silence, son cinquième roman publié en Angleterre que le public français le découvre. Suivrons, toujours chez Sonatine Editions, Vendetta en 2009 et Les Anonymes en 2010.

    Émotion, Cercle littéraire, Drame, Histoire, Poésie

    La Petite bonne

    de Bérénice Pichat
    Poche – 2 janvier 2026
    Éditeur : Le Livre de Poche

    Domestique au service des bourgeois, elle est travailleuse, courageuse, dévouée. Mais, ce week-end-là, elle redoute de se rendre chez les Daniel. Exceptionnellement, Madame a accepté d’aller prendre l’air à la campagne. Alors la petite bonne devra rester seule avec Monsieur, un ancien pianiste accablé d’amertume, gueule cassée de la bataille de la Somme. Il faudra cohabiter, le laver, le nourrir. Mais Monsieur a un autre projet en tête. Un plan irrévocable, sidérant. Et si elle acceptait ? Et si elle le défiait ? Et s’ils se surprenaient ?

    La Petite Bonne avance en rythme, sans en avoir l’air,
    vers le huis clos psychologique, jusqu’à surprendre tout le monde.
    Libération.

    La poignante histoire de deux vies abîmées par un monde
    auquel les personnages n’avaient rien demandé.
    Elle.

    Un vrai tour de force pour une histoire prenante
    avec des scènes qu’on n’oubliera pas.
    Psychologies magazine.


    Hier soir au Cercle littéraire du Château de l’Hermitage nous avons eu le plaisir de recevoir Bérénice Pichat.
    Une magnifique soirée
    Une femme bien
    Lumineuse souriante
    Inoubliable

    Je suis entré dans ce livre comme on entre dans une pièce fermée
    un espace étroit
    plein de silences
    Avec La petite bonne de Bérénice Pichat
    je me suis laissé prendre
    dès les premières pages
    par un premier roman d’une rare intensité
    un texte qui sort des sentiers battus

    Ici les phrases respirent
    Elles avancent sans ponctuation
    Elles battent comme un cœur
    Les mots se suivent
    se déposent
    me guident
    me troublent
    Je n’ai plus seulement lu
    j’ai écouté ses phrases qui deviennent musique

    Je me suis retrouvé dans la tête de la petite bonne
    dans ses gestes retenus
    dans ses peurs et ses élans
    Puis il y a une une autre voix
    celle d’en haut
    celle des maîtres
    plus tranchante
    plus sèche
    et pourtant les deux mondes se mêlent
    se frôlent
    se heurtent

    Tout devient sensation
    tout devient tension
    Le récit avance
    il lutte
    il enfle
    finit par éclater

    Dans les années trente
    trois êtres
    Blaise ancien pianiste brisé
    madame Alexandrine sa femme
    et cette petite bonne sans nom
    Trois destins enfermés
    condamnés
    et moi au milieu
    emporté

    j’ai lu à voix haute
    parfois
    certaines phrases résonnaient trop dans mon esprit
    il fallait absolument que je les évacue
    pour reprendre mon souffle
    avant de replonger dans le leur
    c’était fluide
    envoutant
    Bouleversant

    un livre à part
    C’est addictif pour les oreilles et pour les yeux
    une mise en page qui devient musique
    une écriture qui touche avant de déchirer

    un immense coup de cœur
    Merci Bérénice
    c’était beau
    c’était magique

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    Extraits :

    « Les cent pas
    j’aimerais pouvoir les faire
    réellement
    Ici c’est cinq pas dans la longueur
    à peine trois dans la largeur
    et vraiment
    des petits pas
    Des traversées
    il en faut quelques-unes
    pour arriver à cent
    C’est long
    mais jamais assez
    Malheureusement j’ai tout mon temps
    pour compter mes pas »

    « Son souffle vite régulier
    Il s’endort instantanément
    Elle devrait dormir aussi
    au moins quelques heures
    Le réveil sera difficile
    le panier plus lourd encore
    si c’est possible »

    « Cette nuit
    elle n’a pas pu dormir
    ça la questionnait
    perturbait
    Elle ne pensait qu’à ça
    À ses côtés son homme ronflait
    Elle ne l’a pas réveillé
    Il n’a rien su de son insomnie
    Il aurait dit quoi
    Elle n’a pas osé
    Ça la chiffonne encore davantage
    Il ne la connaissait même pas
    la petite Mariette
    jamais vue
    pourquoi lui en parler
    C’est vrai
    Simplement partager
    ça l’aurait soulagée »

    « Il ne peut écouter cet air sans sentir ses entrailles se serrer. Il ferme les yeux et s’installe mentalement au piano. Il effleure le couvercle et le soulève doucement, comme un coffre contenant un trésor inestimable. Les touches sont là, elles n’attendent que lui. Du bout des doigts, il monte et descend la gamme, pianote de la main droite une mélodie toute simple, pour le plaisir de vérifier la résonance. Les marteaux lui obéissent parfaitement. Par l’abattant entrouvert de l’instrument, il surveille l’alignement des cordes, l’accord parfait, les notes qui s’écoulent. Alors il se lance. La main gauche entre en scène, soutient la mélodie qui s’étaye, s’amplifie. Il l’orne à l’infini. Pied sur la pédale, pianiste tout puissant, il module le son, fait vibrer un écho plus lourd, révèle une profondeur. La mélodie devient tantôt une longue complainte, tantôt un plaidoyer enfiévré. Il connaît chaque placement, chaque respiration ; quand Blaise écoute le disque, c’est lui qui joue. »

    Originaire du Havre, où elle vit toujours, Bérénice Pichat partage son temps entre enseignement et écriture.
    Ceux qui vivent encore (2022) est son premier roman et le premier tome de sa trilogie, Les promesses des fleurs dont seulement deux tomes sont parus, toute entière située à Saint-Véran dans le Queyras.
    En 2024, elle publie son troisième roman, La Petite Bonne.

    Adolescence, Émotion, Histoire

    Les Promesses orphelines

    de Gilles Marchand
    Broché – Grand livre, 22 août 2025
    Éditions : AUX FORGES DE VULCAIN

    On racontait qu’on allait marcher sur la Lune, on disait qu’en l’an 2000 on se déplacerait en voiture volante. On parlait d’un Aérotrain capable de battre tous les records de vitesse.

    Mais comment participer à tout ça quand on vit, comme Gino, au fin fond d’un village de l’Orléanais, quand le bulletin scolaire est en berne, quand on se demande comment séduire Roxane, la fille entrevue au bal du village des années plus tôt ?

    Gilles Marchand, fidèle à ses personnages toujours en décalage, nous offre une traversée poétique des Trente glorieuses par un jeune idéaliste, la tête pleine de rêves plus grands que lui, acteur à sa manière d’un monde en accélération où le bonheur pour tous semblait à portée de main.

    J’ai refermé Les Promesses orphelines avec un sentiment doux-amer, celui que laissent les romans qui ne bouleversent pas totalement, mais qui savent toucher juste, par éclats. Gilles Marchand raconte ici une vie ordinaire, mais il le fait avec une voix singulière, presque poétique, toujours empreinte de délicatesse. Ce n’est pas un roman qui emporte d’un seul souffle, plutôt un texte qui se révèle par fragments, par moments suspendus, par phrases qui s’attardaient en moi.

    Gino est jeune, Gino rêve. Peut-être trop. Il vit dans un village de l’Orléanais, loin de Paris, loin des astres et des promesses qu’ils incarnent. Trop loin du monde pour lui, mais jamais trop loin de l’espoir. Il regarde le ciel, le progrès, les machines, les fusées, l’Aérotrain, et tout ce qui annonce un avenir possible, presque magique. Entre promesses de progrès et rêves démesurés, Gino va s’accrocher à son rêve ou malgré les grandes tristesses et les bonheurs lumineux, il va petit à petit tracer une voie vers sa destinée.

    Nous sommes dans les années 50, au sortir de la guerre, dans cette période étrange où la bienveillance côtoie l’accélération du monde. Les Trente Glorieuses défilent, la musique change, les corps s’émancipent, la mode, les coiffures aussi. Tout semble soudain possible et promet un nouveau bonheur pour tous. Gino traverse cette époque sans être un héros, mais avec une humanité touchante. Puis il y a Roxane. Le premier amour. L’évidence, l’innocence, l’idée d’une vie entière à deux. Et comme souvent, la réalité frappe, sans prévenir. Les rêves se fissurent, la vie le heurte de plein fouet et tout ne se déroulera pas comme prévu.

    J’ai aimé la beauté des mots, Gilles comme dans ses autres romans conserve un style très personnel qui enveloppe ses personnages. C’est un beau roman, mais il y a ici, une propension à voir le bien, le beau, plutôt que le réel… Il m’a manqué un pas de plus, une aspérité, une faille plus franche. Et parfois, une gêne aussi, quand certaines réclames s’invitent brutalement dans le récit, comme une coupure publicitaire en plein film, me freinant dans mon élan de lecture.
    Dommage…

    J’attendrai avec impatience ton prochain ouvrage…

    Merci pour cette belle soirée passée en ta compagnie au Cercle Littéraire du Château de l’Hermitage !

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    Extraits :

    « Qu’est-ce qui fait une vie réussie ? Succès professionnel ? Succès amoureux ? Succès familial ?
    Amical ? Social ? Moral ?
    J’ai longtemps cru que c’était une espèce de combinaison de tout cela. Une belle vie professionnelle et une famille aimante et souriante. Des pâtes dans l’assiette et un enfant dans le landau.
    À l’adolescence, je me suis dit qu’une vie réussie était une vie qui changeait le monde ou, du moins, qui participait au progrès. C’était au siècle dernier, c’était après les guerres mondiales. Dans ces années où on priait le ciel pour que ça reste de l’histoire ancienne et où on lisait les journaux pour vérifier si la guerre froide n’avait pas pris quelques degrés. »

    « C’est là que j’ai entendu pour la première fois sa voix. Elle n’était pas assortie à son regard. Ni même à son attitude. C’était presque une voix d’adulte avec un drôle d’accent venu d’un endroit inconnu. C’était comme s’il avait mis plein de vieux dans sa gorge et qu’il les laissait parler à sa place. Il a commencé à me raconter avec son drôle de débit, comme s’il reprenait sa respiration à chaque tronçon de phrase, comme s’il avait peur que la fin lui échappe. »

    « La Vieille tante avait toujours été là, dans les parages. Ils pouvaient ne pas la voir pendant des semaines, et un soir elle apparaissait, une bouteille de vin sous le bras et un livre qu’il fallait absolument lire dans la main. Elle était toujours de bonne humeur. “‘Ma foi, je n’ai jamais eu goût à imposer ma mauvaise humeur à qui que ce soit.” »

    « “Encore dans la lune, Gino ?”
    Je ne l’avais pas entendue arriver. Ma mère s’est assise sur mon lit. Elle me répétait que j’étais son petit rêveur. Exactement ce que l’on me reprochait au collège, sauf qu’elle le disait avec un sourire.
    Je n’osais pas lui expliquer que je n’étais pas dans la lune mais plutôt dans les nuages. Et que papa l’embrassait. »

    Gilles Marchand est né en 1976 à Bordeaux. Il a notamment écrit Dans l’attente d’une réponse favorable (24 lettres de motivation) et coécrit Le Roman de Bolaño avec Éric Bonnargent. Son premier roman solo, Une bouche sans personne en 2016, attire l’attention des libraires (il est notamment sélectionné parmi les “Talents à suivre” par les libraires de Cultura, finaliste du prix Hors Concours, et remporte le prix des libraires indépendants “Libr’à Nous” en 2017) et de la presse, en proposant le curieux récit, le soir dans un café, d’un comptable le jour expliquant à ses amis pourquoi il porte en permanence une écharpe pour cacher une certaine cicatrice.

    Il a été batteur dans plusieurs groupes de rock et a écrit des paroles de chansons.

    Des mirages plein les poches
    https://leressentidejeanpaul.com/2019/01/05/des-mirages-plein-les-poches-de-gilles-marchand/

    Un funambule sur le sable
    https://leressentidejeanpaul.com/2019/01/14/un-funambule-sur-le-sable-de-gilles-marchand/

    Une bouche sans personne
    https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/26/une-bouche-sans-personne/

    Le soldat désaccordé
    https://leressentidejeanpaul.com/2022/12/12/le-soldat-desaccorde/

    Requiem pour une apache
    https://leressentidejeanpaul.com/2023/09/02/requiem-pour-une-apache/

    Drame, Histoire, Polar historique, Roman, Sciences, Suspense

    Le Bureau des affaires occultes

    de Éric Fouassier
    Broché – 28 avril 2021
    Éditeur : Albin Michel

    Prix Maison de la Presse 2021

    Automne 1830, dans un Paris fiévreux encore sous le choc des Journées révolutionnaires de juillet, le gouvernement de Louis-Philippe, nouveau roi des Français, tente de juguler une opposition divisée mais virulente.
    Valentin Verne, jeune inspecteur du service des moeurs, est muté à la brigade de Sûreté fondée quelques années plus tôt par le fameux Vidocq. Il doit élucider une série de morts étranges susceptible de déstabiliser le régime.
    Car la science qui progresse, mêlée à l’ésotérisme alors en vogue, inspire un nouveau type de criminalité. Féru de chimie et de médecine, cultivant un goût pour le mystérieux et l’irrationnel, Valentin Verne sait en décrypter les codes. Nommé par le préfet à la tête du « bureau des affaires occultes », un service spécial chargé de traquer ces malfaiteurs modernes, il va donner la preuve de ses extraordinaires compétences.
    Mais qui est vraiment ce policier solitaire, obsédé par la traque d’un criminel insaisissable connu sous le seul surnom du Vicaire ?
    Qui se cache derrière ce visage angélique où perce parfois une férocité déroutante ?
    Qui est le chasseur, qui est le gibier ?

    Dans la lignée des grands détectives de l’Histoire, de Vidocq à Lecoq en passant par Nicolas le Floch, un nouveau héros est né.
    « Un roman policier addictif » Biblioteca

    « LE roman historique de l’année. Vous ne le lâcherez pas. »
    Gérard Collard Le magazine de la santé

    Dès les premières pages du Bureau des affaires occultes, j’ai retrouvé ce que j’aime dans un bon polar. Des flics intègres, d’autres beaucoup moins, et cette frontière trouble entre le bien et le mal qui ne cesse de vaciller.
    Éric Fouassier nous plonge ici dans le Paris du XIXᵉ siècle, entre calèches, hauts-de-forme et balbutiements scientifiques. L’atmosphère est remarquablement rendue, dense, presque palpable. Les personnages historiques et les nombreux détails d’époque donnent au récit une authenticité précieuse.

    Ce roman est à la fois le croisement de plusieurs enquêtes… et bien davantage.
    C’est le passé terrible d’un enfant séquestré par un monstre, un assassin dévoyé surnommé « le Vicaire ».
    C’est aussi le Paris des découvertes, des sciences occultes, des salons, des intrigues politiques et des figures publiques.
    Et au cœur de ce labyrinthe, il y a Valentin Verne.

    Je me suis immédiatement attaché à ce jeune inspecteur du service des mœurs, élégant, perspicace, différent. Un homme marqué par ses tourments, méfiant, solitaire, qui se tient à distance des autres autant par prudence que par douleur. Sa rencontre avec Vidocq — oui, le Vidocq — est l’une des belles surprises du roman et apporte une saveur particulière à l’enquête. Valentin est un personnage complexe, fascinant, parfois inquiétant. Ses connaissances en médecine et en chimie lui permettent d’affronter des crimes d’un genre nouveau, utilisant les avancées scientifiques les plus récentes. Obsédé par la traque du Vicaire, auquel il est lié par un passé obscur, il se voit pourtant confier une autre affaire. Le suicide étrange de Lucien d’Auvergnes, jeune aristocrate aux penchants mystiques.

    Cette enquête l’entraîne alors dans le tout Paris, celui des quartiers les plus huppés, aux bas-fonds les plus sordides, révélant une affaire trouble mêlant folie, miroirs, hypnose et tentative de déstabilisation politique.

    Éric Fouassier m’a complètement happé. Les intrigues s’entrelacent avec intelligence, oscillant entre suspense, ésotérisme, épouvante et action.
    Ce premier tome est riche, documenté, et d’une redoutable efficacité. Une série historique très prometteuse, portée par une écriture fluide et parfaitement maîtrisée…
    Autant vous dire que j’ai déjà très envie de me plonger dans la suite !

    ÷÷÷÷÷÷÷

    Extraits :

    « Affronter sa peur.
    Lorsqu’il a découpé la toile de tente à l’aide d’un tesson de bouteille, l’enfant croyait trouver un refuge. Il ne pouvait pas imaginer ce qui l’attendait à l’intérieur. L’escalade de la peur. Tous ces regards enfiévrés, tous ces visages effarés qui lui renvoient sa propre terreur.. Maintenant il gît là, tremblant de tous ses membres, recroquevillé dans une pénombre poisseuse. Les rares chandelles disposées à l’intérieur n’ont pas pour fonction de chasser l’obscurité, mais de créer un savant jeu d’ombres et de clartés. Elles semblent flotter dans l’air, tels des papillons de flamme. À leur lueur inquiétante le jeune garçon préférerait encore le tunnel d’encre de la rue.
    Le noir, le néant. Tout, plutôt que ces visions d’épouvante qui l’assaillent sous la toile humide. Mais il n’ose plus bouger. Il se contente de fermer les yeux. Comme si le rideau de ses paupières constituait un rempart efficace. Suffisait à faire disparaître l’insoutenable. »

    « Ce matin-là, Valentin Verne quitta de bonne heure l’immeuble qu’il habitait au numéro 21 de la rue du Cherche-Midi. Il y occupait un vaste appartement au troisième étage. Un logement bien trop luxueux pour un jeune homme de vingt-trois ans qui ne disposait que d’un modeste traitement d’inspecteur. Si ses collègues avaient su quel cadre de vie était le sien, ils l’auraient probablement jalousé, mais Valentin n’était pas du genre à se lier facilement. »

    « Après avoir pris congé de Flanchard, Valentin avait récupéré le dossier Dauvergne et passé deux heures à l’éplucher dans le détail.
    Comme l’avait annoncé le commissaire, l’affaire se présentait sous un jour troublant. Selon les témoignages qui avaient pu être récoltés rue de Surène le soir du drame, le fils de la maison s’était jeté volontairement d’une fenêtre de l’hôtel paternel. Il avait été tué sur le coup. De prime abord, le suicide ne semblait pas faire le moindre doute. Cependant, ce qui rendait la chose peu banale, c’est que Lucien Dauvergne avait mis fin à ses jours en présence de sa mère qui s’inquiétait de son absence prolongée et était montée le chercher à l’étage. »

    Éric Fouassier est né en 1963. Docteur en pharmacie et docteur en droit, il est professeur d’université en région parisienne. Membre de l’Académie nationale de pharmacie, chevalier de la Légion d’Honneur, officier des palmes académiques. Il enseigne notamment l’histoire de la santé et assure les fonctions de conservateur du musée d’histoire de la pharmacie de l’université Paris-Saclay.

    Auteur d’un premier roman à l’âge de 16 ans, ce n’est finalement qu’en 2000 que l’envie de sortir ses écrits de ses tiroirs s’impose à lui. Pendant cinq ans, il écume les concours de nouvelles un peu partout en France et glane au passage de nombreuses récompenses. Cette activité intense débouche en 2005 sur l’édition d’un premier recueil de nouvelles qui sera vite suivi de deux autres chez de petits éditeurs. Il publie ensuite cinq romans dont le premier, un polar contemporain intitulé Morts thématiques lui permet de remporter le prix Plume de glace en 2011.

    C’est en définitive une belle rencontre avec Isabelle Laffont qui lui permet d’élargir son lectorat. Cette grande dame de l’édition lui ouvre avec une générosité et un enthousiasme communicatifs les portes des éditions Jean-Claude Lattès en 2017. Aujourd’hui, Isabelle Laffont est devenue son agent littéraire et la belle aventure continue aux éditions Albin Michel ! C’est en effet grâce au premier roman publié dans cette maison, Le bureau des affaires occultes, que Eric Fouassier décroche son premier best-seller couronné, entre autres, par le prix Maison de la presse en 2021, et qu’il se fait connaître du grand public comme un auteur phare du roman policier historique.

    Amour, Émotion, Histoire

    Jerusalem 1099

    Les étoiles d’Orion****
    de Brice Nadin
    Broché – 27 octobre 2025
    Éditeur : Leo Éditions

    Depuis Constantinople, en 1097, l’armée des barons chrétiens s’avance vers Jérusalem.
    De la bataille de Nicée aux murailles d’Antioche, Joachim de Saint-Ange poursuit dans leur sillage une quête obstinée ― découvrir le sens caché de son voyage… et retrouver l’amour qu’il croyait perdu.
    Sur les routes d’Orient, entre les intrigues des émirs et l’ombre de la secte des assassins, la présence énigmatique d’un jeune homme au cordon rouge semble guider ses pas. Vision ? Messager ?
    À Antioche, il provoque une révélation qui change le cours de la croisade.
    Jusqu’où Joachim devra-t-il aller pour accomplir ce qui semble écrit ? Jusqu’à Jérusalem, où se joue le destin des croisés, et à l’hospice Saint-Jean, où s’accomplit le sien ?
    Après Cluny 1095, Mare Nostrum et L’Oracle de Constantinople, ce quatrième volume des Étoiles d’Orion entraîne le lecteur dans l’ultime assaut de la première croisade ― la prise de Jérusalem, en juillet 1099, tournant décisif de deux siècles de présence latine en Terre sainte.

    Décidément, le hasard n’existe pas.

    Fin 2021, Isabelle, la cousine de ma femme, a posé entre mes mains un de ses livres. Les étoiles d’Orion – Cluny, 1095, de Brice Nadin.
    J’ai ouvert la première page… et très vite quelque chose s’est passé.
    Une voix. Une force. Un souffle ancien.
    J’ai lu le roman d’une traite, comme si quelqu’un marchait à mes côtés, me murmurant à l’oreille.

    Puis j’ai découvert le deuxième tome. Et là encore, ce même tremblement intime, cette écriture érudite mais limpide, cette manière qu’a Brice de tenir la main du lecteur tout en l’entraînant dans les zones d’ombre de notre passé. Il aime les mots, ça se sent. Il aime la vie, ça se devine.
    Même lorsqu’il parle de haine, de croisades, de blessures anciennes qui n’ont jamais vraiment cicatrisé.

    Ses personnages, mi-fils de l’Histoire, mi-enfants de l’imaginaire, m’ont mené très loin, dans un lieu où le réel et le surnaturel se frôlent, s’enlacent, s’oublient.
    Un endroit où la paix et l’amour deviennent soudain plausibles.
    Où les femmes occupent la place qu’elles n’auraient jamais dû perdre.
    Et je me suis surpris à penser : Et s’il avait raison ?

    Puis j’ai appris que Brice vivait à Saint-Leu-la-Forêt, tout près de chez moi.
    Les routes se croisent parfois comme les destins dans ses romans.
    Je l’ai contacté. Nous nous sommes rencontrés. Depuis, nos échanges sont devenus ces petits instants suspendus où l’on parle de ce qui nous touche, de ce qui nous construit, de ce qui nous brûle encore.

    Aujourd’hui, Jerusalem 1099 vient refermer une tétralogie splendide, et je pèse mes mots.
    Je quitte Joachim, Alix, et tous les autres avec un pincement au cœur, comme on quitte des compagnons de route après un long voyage.
    Une fois encore, Brice m’a fait vibrer, m’a mis en colère, m’a serré les dents, mais toujours avec ce scintillement discret qui traverse son œuvre, une étincelle d’humanité, fragile mais tenace.

    Tout se joue dans Jérusalem, cette ville que je rêve de fouler depuis des années.
    Une ville où les prières se heurtent, où les croyances s’entrechoquent, où la lumière survit malgré tout.
    Il en restitue les tensions, les fièvres, les lueurs, avec une vérité qui fait frissonner.

    Brice est devenu pour moi un auteur essentiel, incontournable.
    Et quand il m’a demandé de travailler avec lui sur la couverture de ce dernier tome… comment dire ?
    J’ai Ressenti comme une petite lumière dans ma tête… et j’ai souri. Comment ne pas y voir un signe ?
    Non, le hasard n’existe pas.

    Je vous invite à plonger dans son univers, là où les grandes idées, paix, amour, partage, tiennent tête à la brutalité sans concession de l’Histoire.
    Ces idées qui nous rassemblent encore aujourd’hui.

    Merci, Brice, pour tes mots, pour ta présence, pour ce que tu nous offres.

    Et maintenant, j’attends avec impatience ton prochain voyage littéraire, aux côtés de Mathilde de Toscane, Marie d’Alanie, Anne Comnène, Hildegarde von Bingen… et toutes ces femmes qui ont éclairé l’Histoire. Je sais d’avance que tu emporteras mon cœur…

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    Extraits :

    « Depuis l’une des innombrables fenêtres du palais impérial, j’aperçus un instant les flots de la mer de Marmara, puis revins vers les bancs où mes élèves, tête penchée, plume grattant, s’appliquaient. Enfin, je me tournai de nouveau vers Anne. Elle ne posait jamais une question sans avoir déjà rassemblé ses pièces. Je songeai aux audiences récentes : l’empereur avait tout orchestré pour impressionner les chefs chrétiens, les envelopper de faste et les contraindre par serment à lui restituer leurs conquêtes. »

    « Une question, toute simple et lourde comme une ancre, me traversa : mes frères de Cluny étaient-ils à bord ? Aldebert, Moïse… L’un, grand et blond, armarius venu de Bourgogne, fin diplomate et représentant l’abbé Hugues. L’autre, moine de l’Église d’Antioche, réfugié depuis la chute de sa cité, avait jadis suivi notre maître Odon de Beaulieu jusqu’en Occident. Il parlait syriaque et arabe. J’avais poussé à leurs côtés, et leur absence m’avait pesé plus que je ne voulais me l’avouer.
    Je demeurai un instant immobile, à écouter les cris du port, le claquement des rames, les goélands qui tournaient à hauteur d’homme. Puis je pris mon souffle et me lançai dans l’escalier, comme si la réponse m’attendait déjà sur le quai, et qu’il ne restait plus qu’à la rejoindre. »

    « Je sentis Aldebert s’arrêter net à ma gauche. Face à de jeunes nymphes aux seins nus, un trouble passager assombrit son regard.
    Il détourna ostensiblement les yeux. Sa gêne était palpable, presque douloureuse. Je le comprenais. Moi aussi, lors de ma première visite, ces corps dévoilés m’avaient déstabilisé. J’y voyais maintenant des témoins d’un autre monde où le nu n’était pas offense, mais langage. Leurs formes figées n’invitaient pas à la luxure, mais à l’idéal. Ici, la pierre parlait un autre alphabet que celui de nos églises aux saints ascétiques : un art évoquant les anciens dieux, la mythologie et le dépassement de soi. »

    « Il se tut. Puis me demanda, presque à voix basse :
    – Avec toutes ces similitudes… pourquoi y a-t-il tant d’incompréhension entre chrétiens et musulmans ?
    – Peut-être, répondis-je, parce qu’on a peur de ce qu’on ne connaît pas. »

    Brice Nadin est né en 1967 à Saint-Germain-en-Laye. Il vit aujourd’hui en région parisienne où il se consacre à l’écriture. Consultant en nouvelles technologies, entrepreneur et père de trois enfants, il a eu d’autres vies avant de devenir romancier.

    Passionné d’histoire et d’ésotérisme, en 2019, il publie son premier ouvrage, Les étoiles d’Orion, Cluny 1095, en auto-édition. Porté par une atmosphère médiévale fidèlement reconstituée, matinée d’un peu de surnaturel, le roman séduit plus de 4 000 lecteurs et se classe plusieurs fois en tête des ventes de romans historiques sur la boutique Kindle. Il est aussi « coup de cœur » dans de nombreuses librairies telles que La Procure ou Lamartine à Paris.

    Les étoiles d’Orion* – Cluny, 1095
    https://leressentidejeanpaul.com/2022/01/30/les-etoiles-dorion/

    Les étoiles d’Orion** – Mare Nostrum, 1096
    https://leressentidejeanpaul.com/2022/03/11/mare-nostrum/

    Les étoiles d’Orion*** – L’Oracle de Constantinople
    https://leressentidejeanpaul.com/2024/04/01/loracle-de-constantinople/

    Histoire, Roman

    37, étoiles filantes

    de Jérôme Attal
    Poche – 16 août 2018
    Éditeur : Robert Laffont

    Sous le ciel étoilé de Paris, un jour de 1937, Alberto Giacometti n’a qu’une idée en tête : casser la gueule à Jean-Paul Sartre ! C’est cette histoire, son origine et sa trépidante conclusion, qui sont ici racontées.

    Grognant dans son patois haut en couleur des montagnes, Alberto a déjà fait volte-face. Il est à nouveau en position sur le trottoir. Scrutant les confins de la rue Delambre. Pas du côté Raspail par lequel il vient d’arriver, mais dans l’autre sens, en direction de la station de métro Edgar Quinet. Rapidement, il repère la silhouette tassée de Jean-Paul, petite figurine de pâte à modeler brunâtre qui avance péniblement à la manière d’un Sisyphe qui porterait sur son dos tout le poids du gris de Paris et qui dodeline à une vingtaine de mètres de distance, manquant de se cogner, ici à un passant, là à un réverbère. « Ah, te voilà ! Bousier de littérature ! Attends que je t’attrape, chacal ! »

    Une comédie tourbillonnante constellée de pensées sur la création et de rencontres avec des femmes espiègles, mystérieuses et modernes.

    Prix Livres en Vignes 2018
    Prix de la rentrée 2018 « Les Écrivains chez Gonzague Saint Bris »

    Espiègle, intelligent, drôle, finement documenté… 37, étoiles filantes m’a offert une promenade culturelle et romanesque inoubliable dans les rues et les cafés de Montparnasse.
    Grâce à Jérôme Attal, j’ai arpenté ce quartier mythique des années trente, cœur battant de la vie intellectuelle et artistique parisienne. Les personnages virevoltent d’une péripétie cocasse à une émotion plus douce, formant un récit jubilatoire, à la langue éblouissante.

    Après L’appel de Portobello road, Les Jonquilles de Green Park et La Petite Sonneuse de cloches, Jérôme confirme ici un talent particulier, celui de prendre plaisir à nous faire plaisir. Cette fois, il nous entraîne dans l’univers d’Alberto Giacometti, sculpteur encore loin de la gloire, boîteux après un accident, maniant sa béquille autant pour marcher que pour bousculer la vie. Entre deux aventures féminines, il cherche, tâtonne, expérimente.

    À ses côtés, on croise Sartre, encore simple prof de philo, en pleine négociation éditoriale, toujours prompt à se faire des ennemis à force de démontrer sa supériorité intellectuelle. Il y a aussi Diego, frère timide et talentueux, écrasé par la personnalité d’Alberto. Picasso passe par là, et d’autres figures marquantes de l’art et de l’Histoire viennent colorer la fresque. Autour de ces hommes gravitent des femmes séduisantes, mystérieuses ou fatales, modèles, mondaines, artistes, voire espionnes, dans une Europe qui tremble déjà face aux tensions politiques et aux réseaux secrets. Malgré cette toile de fond tendue, j’ai souvent souri, parfois ri franchement, tant le roman manie l’humour avec légèreté.

    Jérôme Attal aime Paris, et ça se sent. Il a dû arpenter Montparnasse mille fois pour le restituer avec une telle précision sensorielle. Lire ce livre, c’est voyager dans le temps, respirer l’air de 1937, et côtoyer des personnages si vivants qu’on croit les croiser au coin d’une rue.

    En refermant le roman, je garde en tête un moment de plaisir rare, où la langue française, vive et élégante, sert un récit moderne, percutant, et terriblement attachant.

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    Extraits :

    « Alberto a trente-cinq ans. Il est sculpteur à Paris, à la fin des années trente. Il travaille et vit dans un petit atelier du bas-Montparnasse. Il a une liaison avec une jeune femme, Isabel, et s’apprête à rompre avec elle au moment où, en pleine rue, une Américaine au volant d’une américaine lui fonce dessus. Alberto est transporté à l’hôpital. C’est ici que commence cette histoire. »

    « Isabel qui ne se doute aucunement qu’elle a failli être laissée sur un coin de trottoir – « C’est fini ma belle, je ne sculpterai plus le bout de tes tétons du bout de mes doigts» – avant qu’une Américaine ivre morte fonce directement sur Alberto l’albatros, ainsi qu’elle le surnomme quand il se plaint de sa peine à décoller (dans l’amour et dans le monde). »

    « Isabel prend cette remarque comme une nouvelle pique. Ils se connaissent depuis deux ans. Même si cela a été prononcé en toute innocence, elle hait les hommes pour la désinvolture avec laquelle ils s’expriment. Incapables pour la plupart de choisir des termes qui ne soient pas blessants. Et, d’un autre côté, dès qu’ils disent des choses qui ne sont pas blessantes, c’est plus fort qu’elle, elle pense qu’il y a dissimulation. En fait, ce ne sont pas les hommes qu’elle déteste. Mais ce qu’ils révèlent de pire en elle. »

    « Alberto monte avec Rosalie, une jolie brune originaire du sud de la France.
    Elle a de l’Italie les divines proportions. Ni trop courte ni trop dégingandée, la courbe de ses hanches évoque le tracé onduleux d’une route en bord de mer, de celles que l’on emprunte vitres baissées à la recherche d’un peu de sensations. »

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    Jérôme Attal est parolier et écrivain, et l’auteur d’une dizaine de romans. Chez Robert Laffont, il a publié Aide-moi si tu peux, Les Jonquilles de Green Park (prix du roman de l’Ile de Ré et prix Coup de cœur du salon Lire en Poche de Saint-Maur), L’Appel de Portobello Road et 37, étoiles filantes, (prix Livres en Vignes et prix de la rentrée  » les écrivains chez Gonzague Saint Bris »).

    Histoire, Polar historique, Suspense

    Les Illusions orientales

    Une enquête d’Hippolyte Salvignac
    de Philippe Grandcoing
    Broché – 6 mars 2025
    Éditions : de Borée

    Des rives de la mer Rouge au détroit du Bosphore, de la côte désertique des Somalies aux ruelles d’Istanbul, en passant par l’Égypte et le canal de Suez, nos deux héros marchent sur les traces du père de l’inspecteur Lerouet. Ils se lancent ainsi à la poursuite d’un fabuleux trésor et d’un mystérieux assassin alors que la guerre couve dans les Balkans. Tensions internationales et intrigues diplomatiques prendront-elles le pas sur leur quête toute personnelle ?

    Nous sommes en juin 1913. L’Europe bruisse de tensions, les Balkans s’embrasent, les alliances se nouent dans l’ombre, et déjà se dessinent les contours du premier grand conflit mondial. C’est dans ce contexte fébrile que Philippe Grandcoing m’a entraîné, avec le huitième opus de sa série historique, Les Illusions orientales. Un titre qui, vous vous en doutez, sonne comme un présage.

    Je retrouve avec plaisir Hippolyte Salvignac et Jules Lerouet, ce duo que j’ai appris à suivre comme on suit d’anciens amis. Cette fois, ils quittent les rues familières de Paris pour les rivages ensoleillés de l’Orient. Leur quête ? Retrouver la trace du père disparu de Jules, un certain Botros, marchand devenu riche, mais dont la piste semble s’être effacée dans le sable brûlant de Djibouti. Les accompagne Anatole, le vieux cousin d’Hippolyte, dont c’est peut-être le dernier voyage, pour un adieu amoureux à l’Égypte et à ces terres chargées d’histoire.

    Mais rien n’est simple. À Obock, ils apprennent que Botros est mort. Le testament a disparu. Les richesses aussi. Quelqu’un les devance, tire les ficelles. En toile de fond, trafic d’armes, espionnage, héritage convoité, manipulations multiples. Et une fresque géopolitique fascinante, où la moindre étincelle pourrait embraser un empire. Des puissances se jaugent, se trahissent. Les Grecs, les Ottomans, les Bulgares, les Russes… tous avancent leurs pions, et nous avec.

    D’Istanbul à Andrinople, en passant par Djibouti, l’auteur livre un roman haletant et particulièrement érudit. L’intrigue, parfois un peu mécanique dans sa mise en route, n’en reste pas moins captivante. J’aurais aimé y croiser plus de personnages féminins, comme dans les précédents opus, mais le tableau d’Istanbul, à la veille du basculement politique, vaut à lui seul le détour. Cette ville carrefour, entre Europe et Asie, rayonne à travers les pages comme un personnage à part entière.

    Ce roman se lit d’une traite, et refermer la dernière page m’a laissé une seule envie, repartir au plus vite, sur les routes avec Salvignac et Lerouet. Une enquête solide, une leçon d’histoire passionnante. À chaque tome, Philippe creuse plus loin, plus juste. Et moi, lecteur comblé, je le suis volontiers.
    Hâte de lire la suite !

    Un grand merci à Virginie, des éditions de Borée, une nouvelle fois pour ce cadeaux ! 🙏

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    Extraits :

    « Il contourna le lit avec appréhension. La présence du cadavre étendu sur le matelas le mettait mal à l’aise. Il ne regrettait pas son geste, même si, jadis, le vieux lui avait été sympathique. Mais il ne pensait qu’à ses affaires, ses perles et son or. Son cœur était aussi aride que le désert. Il semblait ignorer jusqu’à l’existence même du mot amitié. Quant à son sens de la famille, mieux valait ne pas en parler… Abréger son agonie n’était pas un crime en soi.
    Juste un service rendu. Au défunt tout d’abord. Était-ce une vie que de se traîner lamentablement sur cette terre de misère, abandonnée de Dieu et des hommes, sans médecin compétent, sans traitements efficaces, à mâchouiller quelque herbe euphorisante ou à avaler des décoctions étranges qui annihilaient la conscience ? »

    « Il se plante au milieu de la pièce et l’examina en détail. Il tente de convoquer ses souvenirs afin de comprendre l’anémique lumière lunaire. Et il se souvint… Dans l’angle le plus sombre de la chambre, à l’opposé de la porte, il y avait un placard étroit masqué par une tenture. Il va tirer le rideau. Il dissimulait les rayonnages d’une modeste bibliothèque. Il en examine les volumes dépareillés un par un. Plié en deux entre les pages d’un gros volume, il trouva ce qu’il était venu chercher. »

    « Botros avait voulu être inhumé seul, à l’écart de toute vie, sur un îlot désertique, au large d’Obock. Ne se revendiquant d’aucune patrie, d’aucune famille et d’aucune religion, comme il l’avait dit dans son testament, il avait choisi ce lieu parce qu’il était lui aussi de nulle part et que sa dépouille n’appartiendrait à personne. »

    « Il s’était toujours senti désemparé face aux morts. Il pouvait éprouver du chagrin, compatir à celui des autres, ressentir le manque laissé par le disparu. Mais il aurait été bien en peine d’implorer un dieu quelconque ou de s’adresser à quelque intercesseur céleste pour lui recommander l’âme d’un défunt.
    L’idée d’un au-delà divisé en un paradis et un enfer, avec un purgatoire antichambre du premier, lui paraissait être une invention d’hommes hantés par l’idée d’injustice et qui espéraient que les crimes impunis sur terre ne le seraient pas dans les cieux. La peur du jugement dernier n’avait jamais fait disparaître le péché. »

    « C’est parce que je ne crois ni en Dieu ni en diable. Pour moi, les cieux sont vides. Il n’y aura pas de jugement dernier, pas d’enfer ni de purgatoire. Si les méchants ne payent pas ici et maintenant, ils ne le feront jamais. »

    Philippe Grandcoing, né le 6 novembre 1968, à Limoges (Haute-Vienne), est professeur agrégé d’Histoire en classes préparatoires au lycée Gay-Lussac, docteur en histoire contemporaine, spécialiste de l’histoire de la société limousine du XIXe et du XXe siècle. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment huit volumes de la collection des « Grandes affaires criminelles » chez De Borée. La Malédiction de Rocalbes est le cinquième épisode des aventures d’Hippolyte Salvignac.

    Publications
    Ouvrages historiques et scientifiques

    • Les demeures de la distinction. Châteaux et châtelains au XIXe siècle en Haute-Vienne, éditions PULIM, 1999.
    • La baïonnette et le lancis. Crise urbaine et révolution à Limoges sous la Seconde République, éditions PULIM, 2002.
    • Le siècle d’or des châteaux. Haute-Vienne 1800-1914, Editions Culture & Patrimoine en Limousin, 2002
    • Un Robin des Bois entre Périgord et Limousin : Histoire et légende de Burgou, XIXe – XXe siècles, Éditions Culture & Patrimoine en Limousin (Collection « Patrimoine en poche »), 2006, 158 p. (ISBN 2-911167-49-X).

    Romans de la série Salvignac

    Ouvrages collectifs

    • 1905, le printemps rouge de Limoges (avec Vincent Brousse et Dominique Danthieux), Culture et Patrimoine en Limousin, 2005.
    • Un siècle militant : Engagement(s), résistance(s) et mémoire(s) au XXe siècle en Limousin (avec Vincent Brousse et Dominique Danthieux), éditions PULIM, 2005.
    • L’Innovation agricole en Pays Limousin du Moyen Âge à nos jours, éditions Les Monédières, 2006.
    • Les grandes affaires criminelles de Haute-Vienne (avec Vincent Brousse), éditions De Borée, 2008.
    • Les nouvelles affaires criminelles de Haute-Vienne (avec Vincent Brousse), éditions De Borée, 2009.
    • Ostensions (avec Vincent Brousse), Culture et Patrimoine en Limousin, 2009.
    • Fermes idéales en Limousin, Culture et Patrimoine en Limousin, 2010.
    • Les grandes affaires criminelles du Lot (avec Vincent Brousse), éditions De Borée, 2010.
    • Paysage et environnement en Limousin, de l’antiquité à nos jours, éditions PULIM, 2010.
    • Les grandes affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, 2010.
    • Les grandes affaires criminelles du Limousin (avec Vincent Brousse, Jean-Marie Chevrier et Jean-Michel Valade), Éditions De Borée, 2010.
    • Les nouvelles affaires criminelles de la Creuse (avec Vincent Brousse), Editions De Borée, 2011.
    • Les Grandes affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), De Borée, novembre 2011.
    • Les Nouvelles affaires criminelles du Lot (avec Vincent Brousse), De Borée, avril 2012.
    • Les Nouvelles affaires criminelles de Corrèze (avec Vincent Brousse), De Borée, octobre 2013.
    • Les Nouvelles affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), De Borée, novembre 2013.
    • Limousin sur grand écran, Culture et Patrimoine en Limousin, 2013.
    • Utopies en Limousin (avec Vincent Brousse, Dominique Danthieux et alii.), Les Ardents Éditeurs, 2014
    • Oradour après Oradour (avec Dominique Danthieux), Culture et Patrimoine en Limousin, 2014.
    • Le Front Populaire en Limousin (avec Vincent Brousse, Dominique Danthieux et alii), Les Ardents Éditeurs, 2015.
    • La Belle Époque des pilleurs d’églises. Vols et trafics des émaux médiévaux. (avec Vincent Brousse), Les Ardents Éditeurs, 2017.
    • Sublime Périgord, la fabrique d’un territoire d’exception, (avec Hélène Lafaye-Fouhéty) Les Ardents Éditeurs, 2021.
    • L’affaire Barataud. Une enquête dans le Limoges des années 1920 (avec Vincent Brousse), Geste éditions, 2022, 267 p. (ISBN 979-10-353-1552-8).

    Publications diverses

    • Articles d’histoire dans les revues Les Grandes Affaires de l’Histoire dont il a été conseiller éditorial de 2015 à 2018 et Les Grandes Affaires Criminelles.

    Amour, Émotion, Drame, Histoire

    Les heures envolées

    de Alba Ombieri
    Broché – 2 juin 2025
    Éditions : Des livres et du rêve

    Au début du XXe siècle, dans une France bouleversée par les fractures sociales et la guerre, trois âmes brisées tentent de recoller les fragments de leur existence. Élise, François et Valentin affrontent, chacun à leur manière, les épreuves du destin et le poids des non-dits. Entre secrets, quête d’identité, et rendez-vous manqués, leur histoire s’entrelace pour dévoiler les forces invisibles qui façonnent nos vies. Des empreintes indélébiles que laissent les heures envolées.

    Un récit à la fois tendre et poignant pour ce premier ouvrage d’Alba Ombieri, dont la plume précise et touchante nous révèle l’étendue de son talent au fil des mots.

    Tout dabord, il y a une très belle couverture… mais très vite se sont les mots qui m’emportent.

    Il y a des romans qui laissent une empreinte profonde, et Les heures envolées, premier livre d’Alba Ombieri, en fait indéniablement partie. J’ai été soufflé par la force de son récit, par la précision de sa plume, par la charge émotionnelle qu’elle porte sans jamais céder au pathos. Tout y est juste, puissant, vibrant.

    Derrière chaque mot, je sens la passion de l’autrice, ses combats, ses colères, mais aussi un amour immense pour ses personnages. Elle ne pardonne rien à la cruauté, à la haine, à la bêtise humaine. Et pourtant, ce n’est jamais un roman à charge. C’est un roman d’humanité, de mémoire et de résistance.

    J’avais découvert Alba avec le recueil SEPT, et sa nouvelle Valentin 1916. Déjà, ce texte m’avait bouleversé. Le retrouver ici, au cœur de ce roman, m’a touché profondément. Il n’est pas seul. Il y a Élise, François… Leurs voix se croisent, s’entremêlent, se heurtent parfois, dans une temporalité qui bouscule. Une fresque dense, émouvante, qui m’a emporté dans une France occupée qui se rend compte que la guerre durera bien plus longtemps que les quelques mois qui avaient été annoncés aux français partis pour défendre leur nation…

    Dès les premières pages, j’ai été happé par l’accouchement d’Élise. J’ai été touché par sa fragilité, sa force, son chemin. C’est l’histoire de plusieurs vies, de destins percutés par l’Histoire qui luttent pour survivre. Des destins qui nous renvoient à nos grands-parents, et finalement, à nous-mêmes.

    Si vous ne deviez lire qu’un seul roman cette année, faites moi confiance, lisez celui-ci !
    Comme le dit si bien Alba, « Les heures envolées » appartient dorénavant aux lecteurs alors laissez-vous tenter et laissez la magie opérer… Ce livre est la lumière qui montre le chemin des vérités. Il est la force que nos jeunes portaient sur leur dos lorsqu’ils partaient au combat, il est la lumière dans les yeux des femmes qui un jour ont décidé de dire NON et qui, sans vouloir forcément être légale des hommes, avaient juste souhaité qu’ils reconnaissent tout simplement leurs places. Celles qu’elles méritent amplement… le temps et l’histoire nous l’ont démontré moult fois… Le roman secoue, il abîme, il fait mal. On y ressent l’injustice, la peur, mais aussi la beauté d’un espoir ténu. Même les personnages secondaires sont poussés dans leurs retranchements. Personne n’est épargné, et moi non plus, en tant que lecteur.

    Le style est net, tendu, presque cinématographique. Pas de mièvrerie, pas de détours. Juste une vérité brute, âpre, bouleversante. J’ai refermé le livre avec les larmes aux yeux… puis j’ai relu le prologue et j’ai tout compris…
    Les monstres existent, mais heureusement les belles personnes aussi…

    Pour un premier roman, c’est une claque. Une œuvre forte, sensible, indispensable.
    Merci Alba…

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    Extraits :

    « Juin 1919, Salergues, sud de la France.
    La fête bat son plein.
    Le soleil d’été rejoint l’horizon, dans un feu d’artifice de nuances pastel. La fraîcheur de la nuit naissante enveloppe les convives attablés au banquet, pendant que les lampions multicolores nimbent les visages de tons chamarrés.
    Je souris en sentant se répandre en moi un sentiment nouveau, savant mélange de bonheur et d’amertume.
    Des fiançailles. Celles de ma mère. »

    « Perdu dans mes pensées, je n’ai pas encore remarqué la silhouette, adossée au tronc de l’arbre avec lequel elle se confond, qui observe les réjouissances en contrebas, le visage ruisselant de larmes. »

    « Dans l’ombre, la femme d’une quarantaine d’années qu’elle n’avait jamais pu appeler autrement que « mère » la scrutait avec un flegme hautain. Un léger rictus arrondissait le coin de ses lèvres. Son détachement apparent confinait à la cruauté, à une férocité impassible, de celle que l’on ne trouve que chez les personnes dénuées d’empathie.
    Face à la scène, elle ne témoignait ni inquiétude, ni compassion, ni colère. Les bras croisés sur la poitrine, raide comme un piquet, elle ne perdait pas une miette du spectacle. Elle paraissait même se délecter de la souffrance de son enfant. »

    « Petite, déjà, elle était présentée comme un jouet : jolie, bien apprêtée, elle se devait, en public, de rester silencieuse sous peine d’encourir une punition qui l’empêchait de quitter le lit plusieurs jours durant.
    Coups de poings, de pieds, de ceinture. Gifles, enfermement, privation de nourriture. Elle avait subi ces mauvais traitements sans broncher, sans se rebeller.
    Jusqu’à ce que François lui fasse entendre que tout cela n’était pas acceptable. Qu’elle méritait le bonheur, l’amour qu’elle n’avait pas suscité chez ceux qui auraient dû la chérir et la protéger. »

    Alba Ombieri a d’abord mené une carrière d’archéologue, avant de délaisser les pinceaux et les truelles pour devenir libraire dans les Landes. Elle a choisi ensuite de se consacrer au métier exigeant de professeur des écoles. Grosse lectrice de thrillers et de polars, elle travaille depuis plusieurs années sur différents projets d’écriture.

    • Valentin, 1916 est sa première nouvelle éditée.
    • Les heures envolées est son premier roman édité aux éditions Des livres et du rêve.
    Drame, Histoire, Psychologie, Thriller

    Le Jardin des anatomistes

    de Noémie Adenis
    Broché – 1 février 2024
    Éditeur : Robert Laffont

    « IL SECTIONNA LA POCHE AU SCALPEL, SANS PRÉCIPITATION… »
    Paris, mars 1673. Scalpel en main, le chirurgien Pierre Dionis opère des cadavres devant une assemblée d’étudiants.
    Bientôt, une série de meurtres accable la ville. Étrange coïncidence : les blessures infligées aux victimes s’inspirent des séances de chirurgie de Dionis. Sous un ciel gris et une pluie battante, des doigts accusateurs se tendent vers l’amphithéâtre. Le spectacle fascine autant qu’il épouvante. La tension monte et la foule se presse.
    Qui pourra arrêter ce meurtrier qui met en pratique à la nuit tombée les leçons publiques données au Jardin du Roi ? Peut-être Sébastien de Noilat, herboriste de province, anxieux de nature, promu enquêteur bien malgré lui dans cette ville terrifiante…

    « NOÉMIE ADENIS, LA RÉVÉLATION DU POLAR HISTORIQUE. »
    La Voix du Nord

    J’ai littéralement dévoré Le Jardin des anatomistes de Noémie Adenis.
    Ce polar historique m’a embarqué dès les premières pages, et je l’ai lu d’une traite, complètement absorbé. On y trouve tout ce que j’aime, une intrigue bien ficelée, des personnages attachants, et un décor historique fascinant. Le suspense ne faiblit jamais, même si l’autrice distille quelques indices avec subtilité. C’est finement mené, très bien écrit, et surtout… terriblement prenant.

    J’ai suivi Sébastien de Noilat, un jeune herboriste fraîchement arrivé à Paris. Il rêve de rencontrer Denis Dodart, grand botaniste du Jardin Royal, pour lui présenter les travaux oubliés de son aïeul sur la gangrène. Mais c’est une tout autre aventure qui l’attend, celle d’une série de meurtres atroces, inspirés des démonstrations chirurgicales de Pierre Dionis, célèbre chirurgien du roi.

    La reconstitution du Paris du XVIIe siècle est saisissante. L’ambiance des amphithéâtres d’anatomie, les corps disséqués devant des foules de curieux et d’étudiants, les débats sur la circulation du sang, les tensions, le mépris des médecins envers les chirurgiens…
    J’y étais !
    L’atmosphère est dense, organique, presque palpable. J’ai ressenti la nausée de Sébastien face au sang, à la chair ouverte, aux instruments rudimentaires, tout comme sa fascination pour ce monde à la fois cruel et scientifique.

    L’enquête avance entre ruelles sales, cours de dissection et débats médicaux. Peu à peu, Sébastien se retrouvera embarqué dans une enquête qu’il n’a pas choisie, guidé par un commissaire énigmatique, obligé de délaisser ses ambitions botaniques. Le mélange entre fiction et faits historiques est d’une grande justesse : Dodart et Dionis ont réellement existé, et la guerre des savoirs entre savants et chirurgiens a bien eu lieu.
    C’est à la fois instructif, dérangeant… et passionnant.

    Bref, c’est un roman intelligent, prenant et très bien écrit, Noémie Adenis a clairement fait un travail de recherche colossal, sans jamais plomber le récit.
    Si vous aimez les polars, et l’histoire, je vous le recommande chaudement…

    Par contre une évidence s’impose, une nouvelle autrice vient d’entrer dans mon paysage littéraire !

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    Extraits :

    « La grosseur ressemblait à un œuf ; un œuf de bonne taille.
    Un œuf sorti de nulle part.
    Il pinça la peau entre ses doigts, approcha le bistouri. La lame usée ne renvoyait aucun reflet. Elle pénétra dans la chair, la parcourut sur deux pouces et donna naissance à une entaille écarlate, semblable à un trait d’encre de Chine.
    Deux pouces.
    N’avait-il pas été trop loin ? Sa main se mit à trembler.
    Pas le droit à l’erreur. »

    « Charles se pencha vers lui.
    – Des garçons chirurgiens pour la plupart. Cette démonstration est la meilleure de la ville. Ils viennent tous ici pour parfaire leurs connaissances. Le roi a décidé que l’enseignement serait gratuit et en français. Tu imagines ? C’est un succès sans précédent ! Pour ma part, je n’entends pas grand-chose à la chirurgie, c’est par curiosité que j’accompagne Alexandre et Gaspard. (Charles baissa d’un ton avant de poursuivre.) Ils possèdent déjà la maîtrise, mais ils aiment venir écouter Dionis. Un jour, nous serons trop nombreux dans l’amphithéâtre… Ils ne nous autoriseront plus à entrer. »

    « Sébastien avait encore les yeux rougis quand on le força à s’asseoir devant le commissaire Parisot sur un tabouret qui manqua de céder sous son poids, bien qu’il ne pesât pas lourd. Encadré par deux gardiens inexpressifs qui se mouvaient avec raideur, le jeune herboriste n’osait pas bouger d’un pouce. Quelques minutes plus tôt, on l’avait poussé dans cette salle minuscule qui ne comportait rien d’autre qu’un bureau à tréteaux et deux assises. »

    « Le 13 juillet 1658
    Nous sommes séparés depuis trois ans, et il ne passe pas un jour sans que je pense à toi. Je me souviens surtout des après-midi où nous allions jouer à la rivière, entre ces gros rochers qui ressemblaient à s’y méprendre aux fesses de la jolie Marie, la cuisinière de Maman, qui nous emmenait parfois lorsqu’elle se rendait au marché aux poissons, son panier calé sur la hanche. Je me souviens aussi des jours où nous allions cueillir des plantes. Nous les mettions ensuite à sécher dans le bureau de ton père. »

    « Le 23 septembre 1658
    Le pire, c’est la nuit. Les cauchemars ne me laissent aucun répit. Je me réveille en sueur. Mes draps sont moites. T’étouffe. l’aimerais que ça s’arrête, mais les choses vont de mal en pis. C’est arrivé petit à petit. Les ténèbres se sont insinuées dans mon sommeil. À présent, je redoute le moment où il me faut aller dormir. Je le repousse le plus possible, mais la fatigue finit par me rattraper et m’oblige à fermer les yeux. Dès lors, mon esprit sombre dans le chaos. Ton visage apparaît, celui que tu avais lorsque nous étions enfants, puis tes traits se déforment, se flétrissent, comme la sauge que tu ramassais autrefois. À la fin, il ne reste de toi qu’une masse desséchée, emportée par le vent. Ce n’est pas l’image que j’ai envie de garder de toi, mais je suis incapable de la chasser. Elle revient tous les soirs, elle me hante. Tous les soirs, il me faut soutenir ton regard. Ne crois pas que j’écris ces lettres pour aller mieux.
    Pour t’oublier.
    Cette souffrance, je la mérite et je ne veux pas m’y soustraire. »

    Née en 1991, Noémie Adenis a grandi dans la région de Lille.
    Elle est diplômée en histoire de l’art et archéologie, ainsi qu’en communication digitale.