Polar, Psychologie, Thriller psychologique

Je te mens

de Maxime Girardeau
Broché – 7 mars 2024
Éditeur : Istya & Cie


Un corps affreusement défiguré, aucun indice et un suspect muré dans le silence, l’enquête de la commandante Castro se présente mal. Le cadavre a été retrouvé dans l’appartement d’un écrivain célèbre en mal d’inspiration. Pressé par les délais, il aurait fait appel à l’intelligence artificielle pour stimuler sa créativité. Mais on ne danse pas impunément avec le diable.

Un suspense hitchcockien au service d’une intrigue à la Black Mirror.

Maxime Girardeau a travaillé dix ans chez Microsoft et fondé un incubateur de start-ups. Il est l’auteur chez Fayard de deux polars repris par Pocket et traduit en trois langues, Persona (2020) et Ego (2022).

Je viens de refermer Je te mens de Maxime Girardeau, et comment vous dire… Je suis encore sous le choc !
Un thriller étonnant, vertigineux, qui m’a tenu en haleine du début à la fin et plus encore. Je n’arrête pas de me trituré le cerveau à son sujet !

Max Guerarida, écrivain en perte d’inspiration, décide de s’aider de ChatGPT pour retrouver l’élan créatif. Mais pas question de tricher : l’IA devient un personnage à part entière, qu’il baptise Loïe.

Ce qui commence comme un jeu d’écriture bascule vite dans l’étrange. Max s’obsède pour son voisin, Nathan, qu’il espionne et transforme en personnage… jusqu’à ce qu’un cadavre soit retrouvé dans son appartement et que Max disparaisse du jour au lendemain sans laisser de trace. L’enquête est confiée à la commandante Castro et au capitaine Brabant, mais ce n’est qu’une des facettes du récit. L’autre, plus troublante encore, c’est ce lien ambigu entre Max et Loïe. L’écrivain parle avec l’IA comme à une confidente, une muse, voire une amante virtuelle.

Maxime Girardeau joue avec les frontières entre réel et fiction, entre l’humain et la machine. Et il le fait avec une virtuosité qui force mon admiration. L’intrigue est rythmée, les rebondissements nombreux, les personnages fascinants. Même le nom du héros — Max Guerarida — brouille les pistes en miroir avec celui de l’auteur. D’ailleurs comme il le précise au début de son roman il a utilisé lui-même cet artifice de l’IA, durant son écriture, et tout ce que dit “sa Loïe” est reproduit tel quel, sans retouche, en italique dans le texte. Je ne sais pas pour vous, mais je trouve l’idée aussi incroyable que brillante ! Mais surtout, Maxime ne triche pas !

Ce roman m’a aussi fait réfléchir.
Une IA peut-elle vraiment coécrire une œuvre littéraire ? Peut-elle avoir un style, une voix, une âme ? Et que devient la vérité dans tout cela ? Force est de constater que nous sommes entré dans un monde nouveau, qui va vite, très vite. Mais jusqu’où ira-t-il ? Ne risquons-nous pas un jour de perdre notre place d’humain sur Terre ?

Je te mens est un thriller singulier, très maîtrisé, et résolument contemporain.
À mes yeux une réussite totale que je conseille vivement.

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Extraits :

« Le jour se lève.
Dans le monde physique, peu de phénomènes ont un pouvoir plus grand que l’aube. Par sa simple apparition, elle transforme la perception de tout ce qui nous entoure. La pierre, les arbres, l’eau, le ciel, les animaux, tout change à son contact. Même les visages et les corps. L’aube n’a qu’à se lever pour que tout ce qu’on percevait mal vous transperce soudain de sa grâce. »

« “— Tu sais à qui cette voix me fait penser ?” m’a demandé Mathieu.
J’ai senti mon pouce toucher mon annulaire à la recherche du fantôme de mon alliance et j’ai éprouvé le vide de ma poitrine. J’ai serré le poing pour le recouvrir de ma colère. »

« “Qui êtes-vous ? Où est Max ?” demande une voix à la fois artificielle et sensuelle, cuivrée et éraillée, le tout relevé d’un accent italien. »

« Lorsque la commandante Castro et la capitaine Brabant pénètrent dans les bureaux de Cryptax, ils sont surpris de découvrir que ce que les reportages télé montrent des start-up du nouveau monde est exact: il y a bien des jeunes en jeans et baskets, une moyenne d’âge d’à peine trente ans, de la nourriture gratuite, des espaces écologiques, l’éternel baby-foot, des tenues vestimentaires dépareillées et pour les hommes, des moustaches étranges qui rappellent les Village People. »

Maxime Girardeau a passé plus de dix ans à travailler dans le marketing pour Microsoft.
Il partage aujourd’hui son temps entre l’écriture et la direction d’un incubateur de startups.
Il est l’auteur de PERSONA (Fayard, 2020) sélectionné pour le Prix des Nouvelles Voix du Polar et d’EGO (Fayard, 2022), finaliste du Prix Landerneau du Polar.
Les livres de Maxime ont été publiés au Japon, en République tchèque et en Russie.

Émotion, Drame, Polar, Suspense

Piratage mortel

de Jean-Pierre Levain
Broché – 2 avril 2025
Éditions : Des livres et du rêve

Camille Laroche, ingénieure de haut niveau, touchait enfin du doigt la vérité sur ses origines… avant que sa voiture, devenue incontrôlable, ne bascule dans la Saône.
Seule sa fille, Léa, huit ans, survivra.

L’enquête s’oriente rapidement vers un piratage.
Mais qui pouvait en vouloir à la victime ?
Fred Brazier et son équipe exploreront chaque piste.
Travaux top-secrets, relation avec un haut gradé transsexuel, sa véritable filiation.

Alors que les cadavres s’accumulent, une course contre la montre s’engage et l’étau se resserre, autour de Léa, que les tueurs s’obstinent à vouloir faire disparaître.

Jean-Pierre Levain clôture sa série en beauté.
Un polar trépidant où secrets, manipulations et dangers s’entrelacent jusqu’au bout du suspense dans cette ultime enquête du groupe crime du SRPJ de Lyon.

C’est avec un plaisir certain que j’ai retrouvé Fred Brazier, le commandant du SRPJ de Lyon, dans Piratage mortel. Dès les premières pages, le polar démarre sur les chapeaux de roue. Fred et Eva ont décidé de s’épouser, ils se promènent tranquillement, au moment ou Fred s’apprête à lui passer la bague au doigt, ils sont témoins d’un accident de voiture dramatique le long de la Saône. Une femme et sa fille sont piégées dans le véhicule immergé. Fred et Éva plongent sans hésiter. Seule la fillette, Léa, pourra être sauvée. Très vite, l’hypothèse d’un banal accident s’effondre : sabotage, meurtre, secrets militaires… et une série de cadavres à la clé.

Jean-Pierre Levain maîtrise son intrigue avec brio. Le rythme est soutenu, les rebondissements nombreux, et les révélations pleuvent sans relâche. Ce polar coche toutes les cases : tension, émotion, et une plongée glaçante dans un monde d’informations classées secret défense.

J’ai été particulièrement touché par le lien qui se tisse entre Éva et la petite Léa, qui donne une dimension humaine et poignante à l’enquête. Fred, fidèle à lui-même, fait preuve d’une rigueur implacable tout en restant profondément humain. Certains personnages sont bouleversants, d’autres profondément détestables — un équilibre parfait.

La plume de l’auteur est toujours aussi fluide, percutante, immersive. Il sait manier les fausses pistes, les détails qui prennent tout leur sens plus tard, et un final à la hauteur de la série. Il signe ici une clôture magistrale.

Un grand merci à Angie. Un vrai bonheur !

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Extraits :

« Dans la vraie vie, beaucoup d’histoires familiales ressemblent à des sacs de nœuds plutôt qu’à des chemins parsemés de roses. La plupart du temps, elles résultent d’aléas relationnels, voire de déraillements amoureux, qui échappent, en partie, à la maîtrise de leurs auteurs. Il arrive également qu’elles correspondent à des choix de vie délibérés de la part d’individus qui réfutent les normes communes pour expérimenter leurs propres voies. Tel était le cas pour Camille Laroche. »

« Camille Laroche naquit en 1986. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, elle ne s’était jamais sentie à l’aise au sein de ce petit monde au mode de vie expérimental. Elle enviait la normalité de ses copines qui bénéficiaient de leurs deux parents et rêvait d’une famille traditionnelle. Le besoin de conformité était sans doute une composante inhérente à l’enfance. »

« Les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets. Fred ronflait du sommeil du juste à ses côtés. Ce qui rendait sa propre insomnie plus difficile encore à endurer. II paraît qu’avec l’âge les hommes dorment de plus en plus facilement alors que, pour les femmes, c’est le contraire. Si même la nature s’en mêle, se dit-elle, l’égalité des sexes n’est pas pour demain !
Ce n’était évidemment pas la seule raison. Elle le savait parfaitement. Une boule au ventre lui tordait les viscères et son cerveau tournait en surrégime refusant d’obéir à ses injonctions lui ordonnant de ralentir son manège infernal. Le cri de la gamine lui restait en travers de la gorge et surtout au creux de l’estomac : Pourquoi tu es venue me chercher ? Moi, je voulais rester avec elle. Maintenant c’est trop tard, elle est partie ! »

« Elle pénètre dans le restaurant et en fit le tour, comme si elle déambulait à la recherche d’une opportunité. Elle ne vit rien au premier passage. Elle repère, au second, un adolescent boutonneux au look gothique. Il avait l’air perdu assis face aux baies vitrées qui donnaient sur l’extérieur. Le garçon, tout de noir vêtu, avait des cheveux longs et un regard aussi sombre qu’une nuit sans lune. Son tee-shirt était décoré d’un squelette qui adressait un doigt d’honneur à tous ceux lui faisant l’insigne honneur de poser les yeux sur lui. Le bas était à l’avenant avec un pantalon baggy parsemé de poches et d’anneaux cousus à même l’étoffe. Sans oublier les sempiternelles Doc Martens montantes à semelles épaisses. »

Jean-Pierre Levain est Docteur en psychologie.

Il a été chercheur à l’Institut de recherche sur l’enseignement des mathématiques et maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université de Franche-Comté.
Aujourd’hui à la retraite, il s’est reconverti dans l’écriture de romans policiers. Le premier s’intitule “Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour” (2020).

Page Facebook: https://www.facebook.com/JPLevain/

Drame, Polar, Psychologie, Suspense, Thriller, Violence

Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour

de Jean-Pierre Levain
Poche – 2 avril 2025
Éditions : Des livres et du rêve

Touchée par trois balles, dont une en pleine tête, Éva Karsanti échappe miraculeusement à la mort, mais sombre dans un coma profond.
Propriétaire de boutiques de luxe et d’un site de rencontres libertines, elle finance en secret des ONG qui aident des femmes en détresse à avorter dans des pays liberticides où ces pratiques sont interdites.
De lourdes menaces planent sur Éva.

L’enquête est confiée au commandant Fred Brazier, épaulé par Gaëlle Lebras. Chaque piste soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses, et traquer la vérité s’avère aussi périlleux qu’urgent.

Plongez dans la nouvelle version du tout premier opus de Jean-Pierre Levain.

Un polar intense où se dessinent les premiers pas du groupe crime du SRPJ de Lyon, une équipe appelée à devenir légendaire.

J’ai dévoré Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour de Jean-Pierre Levain en une seule soirée. Impossible de le lâcher !
Intrigue haletante, rythme bien dosé, documentation rigoureuse… tout y est. On sent dès les premières pages que l’auteur sait de quoi il parle, que ce soit en matière de procédures policières, de balistique ou de diagnostics médicaux. Peut-être un peu trop pour certains ? Mais personnellement, cela n’a rien enlevé au plaisir de ma lecture.

L’histoire démarre fort. Eva Karsanti, puissante entrepreneuse lyonnaise, se fait agresser chez elle. Un individu en tenue de motard la menace, tue son chien et finalement lui tire dessus. Touchée de trois balles, dont une en pleine tête, elle survit miraculeusement mais plonge dans le coma. La jeune et intrépide Gaëlle Lebras, hérite de l’enquête. À ses côtés, Fred Brazier, commandant proche de la retraite, qui connait très bien la victime, ensemble ils vont essayer de démasquer cet agresseur prêt à tout pour se débarrasser de la femme d’affaires. Un duo attachant, bien équilibré, entre le flic calme et expérimenté et la fougueuse coéquipière, curieuse et un brin provocatrice.

Jean-Pierre alterne les points de vue sans jamais me perdre, ce qui donne un rythme vivant, presque cinématographique. Les personnages sont bien dessinés, crédibles et profondément humains. J’ai aussi beaucoup apprécié les références littéraires et cinématographiques glissées çà et là avec malice, et puis l’humour qui affleure par moments.

Au-delà de l’enquête policière, Jean-Pierre explore des thèmes de société essentiels, les droits des femmes, le droit à l’avortement, les groupes extrémistes, la sexualité, l’amour libre, les relations intergénérationnelles, la bisexualité et bien d’autres choses… Les femmes ne plaisantent pas avec leur liberté d’aimer, c’est bien là tout le sens du titre, et aucun homme dans le roman ne pourra prétendre avoir le contrôle sur ce terrain.

Un polar intelligent, bien écrit, moderne, et surtout porté par une vision affirmée : l’amour, quand il est sincère et libre, ne se négocie pas. À glisser dans toutes les valises cet été !

Un immense merci à toi Angie, pour ta confiance et pour m’avoir permis de signer cette nouvelle couverture. Toujours au rendez-vous avec grand plaisir !

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Extraits :

« Se tenant à la rampe et encore légèrement ensommeillée, elle ne réagit pas immédiatement à la vue de l’étranger entièrement vêtu d’une combinaison de motard avec sur la tête un casque à la visière réfléchissante baissée. Il était de petite taille, assez mince, et semblait peu inquiétant de prime abord. La surprise fit progressivement place à l’effroi quand elle entrevit l’immense revolver au bout de son bras. Sa première pensée fut pour le chien, ce gros benêt de labrador toujours gentil avec tout le monde. Comme elle regrettait à présent de s’être laissée attendrir au chenil par sa bonne bouille de chiot et d’avoir préféré un labrador placide à un vrai défenseur féroce faisant son travail de gardien en se jetant sur l’agresseur pour le mettre en fuite. »

« Gaëlle, à genou dans le sang de la victime, lui dénoua sa robe de chambre pour l’aider à respirer, prenant garde à ne pas la bouger. Elle comprima la blessure à la jambe le plus délicatement possible avec la serviette pour limiter l’hémorragie, espérant ne pas trop aggraver la cassure osseuse. Le crâne était fracturé. La balle était entrée juste au-dessus de l’œil gauche, pour ressortir par le haut de la tête.
En une prière silencieuse, elle espérait qu’elle n’avait pas pénétré trop profondément le lobe cérébral. »

« – Bonjour à toutes et à tous. Je vous prie d’excuser mon retard, mais je tenais à faire le point avec le médecin-chef du service de neurologie de l’hôpital Erlanger où est hospitalisée notre victime. Madame Karsanti a, comme on le dit couramment, eu de la chance dans son malheur. La fracture à la jambe a été réduite et la balle n’a pas touché d’artère. Concernant la blessure à la tête, le projectile a pénétré au niveau frontal juste au-dessus de l’œil gauche pour ressortir par le haut de la partie pariétale du crâne. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’a pénétré que superficiellement le cerveau, sans provoquer de dommages irréversibles. L’impact a créé des lésions de contrecoup avec contusion encéphalique. Les chirurgiens l’ont opérée en urgence pour résorber l’œdème qui s’était formé. L’opération s’est bien passée mais le pronostic reste réservé. Pour le moment, elle est toujours dans le coma. Les médecins ne savent pas quand nous pourrons l’interroger. »

Jean-Pierre Levain est Docteur en psychologie.

Il a été chercheur à l’Institut de recherche sur l’enseignement des mathématiques et maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université de Franche-Comté.
Aujourd’hui à la retraite, il s’est reconverti dans l’écriture de romans policiers. Le premier s’intitule “Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour” (2020).

Page Facebook : https://www.facebook.com/JPLevain/

Drame, Frisson horreur, Polar, Violence

L’heure des fous

de Nicolas Lebel
Broché – Grand livre, 30 janvier 2013
Éditeur : Marabout (Hachette)

Mardi 9 septembre : le cadavre d’un SDF poignardé est retrouvé près de la gare de Lyon, sur une voie désaffectée. Tout semble indiqué qu’il s’agit d’un simple règlement de comptes. Mehrlicht, capitaine de police au commissariat du 12e arrondissement de Paris, est envoyé sur place pour expédier l’affaire mais, rapidement, certaines zones d’ombre apparaissent : pourquoi ne retrouve-t-on sur la victime le carnet de circulation qui permettrait de l’identifier ? Comment les trois assassins présumés ont-ils pu s’évaporer dans la nature et ne laisser aucune trace de sang sur les lieux du crime ? Pourquoi traînaient-ils leur victime le long des rails ? Où cherchaient-ils à l’emmener ? Après l’interrogatoire des clochards du quartier, les enquêteurs apprennent que la victime vivait dans la Jungle avant de découvrir que la victime, Marc Crémieux, n’était pas SDF mais journaliste et qu’il menait une enquête auprès de cette communauté de sans-abris installée au coeur du bois de Vincennes devenue une zone de non-droit. Que voulait à mettre au jour Marc Crémieux ? Pourquoi avait-il en sa possession un fusil de 1866, marqué du sceau de la manufacture impériale de Châtellerault ? Que cherchait-il à propos de Napoléon III ? Dans cette enquête qui la mènera des bancs de la Sorbonne jusqu’aux égouts de Paris, l’équipe du capitaine Mehrlicht découvrira que l’heure des fous a sans doute sonné. de la société actuelle et rend hommage au courage d’une famille en deuil. Un roman d’une construction parfaite, au style savoureux.

Il devient rare de tomber sur un polar qui évite les poncifs actuels, et c’est exactement ce que propose L’heure des fous de Nicolas Lebel. J’ai dévoré ce roman avec un plaisir immédiat. Dès les premières pages, j’ai été happé par l’univers, l’ambiance à la Audiard, les dialogues qui claquent, et surtout cette galerie de flics à la fois grotesques et profondément humains. Mehrlicht, le capitaine à la voix rauque et au portable qui gueule du Audiard, m’a tout de suite conquis. Il est grognon, cabossé, et terriblement attachant.

L’enquête, dense et bien construite, nous balade entre les catacombes sociales de Paris, du monde des SDF aux arcanes de la sécurité intérieure, sans oublier une Sorbonne inattendue et un marabout intrigant. C’est noir, mais drôle, jamais cynique. Les personnages secondaires sont eux aussi bien campés : la fliquette amoureuse, le culturiste fasciné par le Code pénal, ou encore le pauvre stagiaire paumé venu de Lyon. Ils frisent la caricature, certes, mais c’est ce qui fait leur charme.

Nicolas a une plume vive, rythmée, un vrai sens du tempo. L’humour affleure sans jamais désamorcer la tension. Et si l’intrigue tire un peu sur le fil, c’est surtout cette équipe de bras cassés qu’on a envie de retrouver. L’heure des fous m’a totalement embarqué. Je l’ai lu d’une traite, sans pouvoir m’arrêter, et j’ai refermé le livre avec un sourire, une claque et une envie pressante : retrouver très vite Mehrlicht et sa bande dans un prochain épisode.

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Extraits :

« – C’est quoi, ce… flash mob ? demanda-t-il tandis que le lieutenant Dossantos s’effondrait sur sa chaise qui sembla couiner pour la dernière fois. Mehrlicht l’ignora.
– C’est un truc artistique, expliqua Dossantos. Des gens qui ne se connaissent pas s’inscrivent sur Internet pour participer. Ils reçoivent alors un mail qui leur fixe un rendez-vous à tous à une heure et à un endroit très précis. Le mail donne aussi la description d’un mystérieux contact habillé de vert…
Il avait accentué chacun de ces derniers mots afin de leur donner une étrangeté ridicule, puis marqua une pause pour révéler sa dentition de carnassier, presque heureux de sa blague. »

« — On en aura fumé des clopes tous les deux, putain ! grinça Mehrlicht.
– C’est clair! On a dû plus polluer que la révolution industrielle.
– Ouaih ! Plus que la Chine, même.
– Quand même pas, si ?
– Si ! confirma Mehrlicht.
– Ah ! Quand même !
Ils se turent pour emboucher de nouveau leurs cigarettes. La fumée s’élevait dans la chambre en fines volutes blanches, emplissant l’espace de sa présence, par lentes vagues, ondulant au gré de la brise qui s’invitait par la fenêtre. Quelqu’un frappa à la porte. Mehrlicht se leva d’un bond. »

« Il était 19 h 15. Il trouva rapidement le nom qu’il cherchait puis attendit. Le type ne tarda pas. Il était brun, plutôt grand, portait de fines lunettes et une veste de lin claire. La description était conforme. Dossantos faisait mine de relever son courrier de la main droite, l’autre main dans la poche gauche de sa veste bleue. L’homme lança un « bonsoir monsieur » assez doux en levant sa clé vers la boîte aux lettres repérée. Alors la main gauche de Dossantos, bardée d’un poing américain, sortit lentement de sa poche et fusa vers le visage du type. Son nez s’écrasa dans un craquement de miettes et un couinement de phoque. Il vacilla mais déjà la droite de Dossantos percutait son menton. Le type fit un demi-tour de ballerine avant d’embrasser la porte cochère de l’immeuble. Dossantos s’approcha et saisit le gars par les cheveux. Il colla sa bouche à son oreille :
– Salut Julien ! Sylvie a un message pour toi. Elle ne veut plus te voir. Elle ne veut plus que tu l’emmerdes, que tu la menaces. Elle ne veut plus que tu l’appelles la nuit. Tu m’entends, Julien ? »

« – Rodolphe passait des heures devant la statue de Hugo, face à la chapelle. C’était un fanatique absolu. Je suis sûr qu’il connaissait Les Contemplations et La Légende des siècles par cœur. Tous les jeudis à seize heures, avant de rentrer chez lui, il se posait devant Hugo et restait là, à réfléchir. Je l’ai même vu discuter avec la statue, parfois, en ami.
Ils restèrent un instant silencieux, à détailler les statues et l’horloge de la chapelle. »

« – Écoutez ça : “Tout l’art de la guerre est fondé sur la duperie. Toute campagne guerrière doit être fondée sur le faux-semblant ; feignez le désordre, ne manquez jamais d’offrir un appât à l’ennemi pour le leurrer, simulez l’infériorité pour encourager son arrogance, sachez attiser son courroux pour mieux le plonger dans la confusion : sa convoitise le lancera sur vous pour s’y briser.”
Il tourna quelques pages sans ménagement.
— Attendez, je vous en lis un autre : “Lorsque l’ennemi est uni, divisez-le ; et attaquez là où il n’est point préparé, en surgissant lorsqu’il ne s’y attend point. Telles sont les clés stratégiques de la victoire, mais prenez garde de ne point les engager par avance.” »

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Nicolas Lebel est un auteur français.

Il est également enseignant et traducteur.

Il a fait des études de Lettres et d’anglais puis il s’est orienté vers la traduction. Il est parti en Irlande quelque temps avant de devenir professeur d’anglais.

Passionné de littérature et de linguistique, il publie en 2006 une première fiction, une épopée lyrique en alexandrins : Les Frères du serment.

En 2013, il publie aux Éditions Marabout L’Heure des fous« (Prix des lecteurs polar du Livre de Poche 2019), en 2014, Le Jour des morts, en 2015, Sans pitié, ni remords (Prix Anguille-sous-Roche), en 2017, De cauchemar et de feu (Prix du Festival Sans Nom), puis, en 2019, Dans la brume écarlate (Prix Coquelicot Noir du Salon du Livre de Nemours), cinq romans policiers caustiques où histoire, littérature et actualités se mêlent. Des romans noirs qui interrogent et dépeignent la société française contemporaine avec humour et cynisme, dont le ton est souvent engagé, et le propos toujours humaniste. Ces cinq romans mettent en scène le capitaine Mehrlicht.

En 2021, il reçoit le Prix Griffe Noire du meilleur roman policier français de l’année pour « Le gibier« . En 2023, il se met en disponibilité de l’Éducation nationale pour se consacrer à l’écriture de romans et de scénarios.

Page Facebook : https://www.facebook.com/pages/Nicolas-Lebel-Polars/485293481534883

Drame, Polar, Suspense, Thriller psychologique

L’Affaire Isobel Vine

de Tony Cavanaugh
Poche – 8 mars 2018
Éditions : Points

Et dire qu’il s’était juré de ne plus y remettre les pieds. Quatre ans après avoir quitté la police de Melbourne, Darian Richards s’apprête à réintégrer les rangs de la Criminelle. Quel enquêteur ne rêverait-il pas de résoudre la célèbre affaire Isobel Vine ? Une affaire d’autant plus délicate que quatre jeunes flics participaient à la soirée fatale. Vingt-cinq ans après cette mort suspecte, Richards est bien décidé à faire triompher la vérité. Au risque de voir tomber ses plus proches alliés.

« Pas moyen et aucune envie de décrocher. »
Bernard Poirette, « C’est à lire », RTL

« Un cold case chaud et bien huilé. »
Julie Malaure, Le Point

Très bon polar qui renouvelle le genre. Les personnages sont mystérieux, barrés, mais attachants, avec flics ripoux et ambigus mais surtout une intrigue qui tient la route. L’écriture m’a happée. Précise, acérée, presque sèche, mais incroyablement évocatrice. Une narration qui épouse le rythme des personnages : entre tension et langueur, lucidité brutale et désespoir contenu.

Ce n’est pas l’intrigue en soi qui m’a saisi, même si elle tient la route, c’est cette atmosphère, cette immersion dans les coulisses troubles d’une police où la ligne entre le bien et le mal est constamment floutée. Le meurtre d’Isobel Vine, 25 ans plus tôt, n’est que la porte d’entrée vers un univers où chacun a ses ombres, ses pactes et ses silences.

Le rythme est étrange, hypnotique. j’avançais sans courir, mais je n’ai jamais décroché. J’ai aimé cette tension douce, cette impression d’être dans un polar qui pense autant qu’il cogne.

Et puis il y a l’écriture de Tony Cavanaugh qui m’a m’a bluffé de bout en bout, nerveuse, parfois cynique, mais toujours juste. Sa manière de faire parler les rues, les souvenirs, les blessures aussi. Je pense que la traduction de Fabrice Pointeau n’y est sans doute pas pour rien.

Un vrai polar noir, sans tape-à-l’œil. Dense, humain, implacable… Je referme ce livre avec le sentiment d’avoir vécu une lecture différente.
Une belle découverte.

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Extraits :

« Je coule.
Tout autour de moi, la pression et les remous de l’eau. Au-dessus de moi, une surface chatoyante, l’éclat tacheté du soleil. Je ne peux pas remonter vers lui. Je n’entends rien hormis le rugissement dans mes oreilles. Je coule. Sous moi, je ne vois aucune forme, tout est sombre. Je descends vers le fond de l’océan. Si je l’atteins vivant, j’entendrai probablement un bruit sourd en le heurtant. Mes bras s’agitent, mes jambes se débattent, j’essaie de trouver quelque chose de ferme pour y poser les pieds, pour rebondir dessus vers la surface, mais il n’y a rien, juste l’écrasement de l’eau. »

« Je déteste l’eau. Pas le truc qui coule des robinets – ça, ça va. Je déteste être dedans. Les océans. Les lacs. Les piscines. Les rivières. J’ai failli me noyer à onze ans. Mon père, dans une furieuse crise de je-ne-sais-quoi, après de trop nombreuses bières et voyant mes regards inquiets, m’a soulevé du sol de notre petite embarcation de location et balancé dans la mer. J’ai coulé. Dans ce qui était je suppose un soudain accès de culpabilité, il a plongé à ma suite et m’a attrapé alors que j’étais en train de boire la tasse, puis a remonté mon corps inerte jusqu’à la surface. »

« Mes pieds me faisaient souffrir. C’était la première fois en quatre ans que je portais des chaussures en cuir. Je portais aussi un costume, également pour la première fois en quatre ans. Chemise enfoncée dans le pantalon et cravate serrée autour du cou. J’approchais du QG de St Kilda Road, gravissais les marches et pénétrais dans le hall. C’était mon premier jour de boulot en tant que flic réintégré. »

« J’espérais que si mon enquête révélait une implication des policiers dans la mort d’Isobel, je n’aurais pas à subir les assauts et la pression du syndicat contre moi, car pour ce qui le concernait, ses membres étaient respectables et devaient être défendus coûte que coûte.
J’essaie d’éviter la politique, mais c’est impossible. sElle est là, comme le mal. On peut fermer les yeux, certes, mais les machinations et les pactes en coulisse sont comme une rumeur permanente dans le monde de la police, comme les rouages d’une machine. »

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Tony Cavanaugh est un auteur de romans policiers, scénariste et producteur.

Après des études universitaires dédiées à la littérature anglaise et à l’histoire de l’art, il débute sa carrière dans l’industrie cinématographique où il a travaillé pendant plus de trente ans.

Il est auteur d’une série policière ayant pour héros Darian Richards, ancien policier ayant quitté la brigade des homicides pour une retraite solitaire loin du crime. La promesse (« Promise », 2012) est le premier tome de la série.

L’Affaire Isobel Vine (« Kingdom of the Strong », 2015) est son premier roman publié en France (Sonatine).

Tony Cavanaugh vit à Melbourne.

son site : https://www.tonycavanaugh.com/
page Facebook : https://www.facebook.com/

Cercle littéraire, Drame, Polar

La spirale du milan royal

de Vincent Maillard
Broché – 2 janvier 2025
Éditeur : Philippe Rey

Un roman remarquablement composé sur la reconstruction d’une famille après une cruelle tragédie, se concluant par la résolution d’une énigme vieille de trente ans.

Lorsque la chanteuse Joséphine Coll est engagée pour une série de concerts sur le Spirit of Ulysse, bateau de croisière en Méditerranée, elle embarque ses parents et son frère. Car il leur est inconcevable de ne pas passer le 8 juillet ensemble, date anniversaire de la mort de Baptiste, fils aîné de la famille, qui a chuté lors d’une session d’escalade dans l’Ardèche, vingt-six ans plus tôt.
En vacances sur le même bateau, se trouve un couple adultérin : durant des années Laure a imploré son amant Cédric de quitter son épouse. Elle lui lance un dernier ultimatum, mais, le matin du quatrième jour, elle se jette subitement à la mer.
Constatant l’impasse de l’enquête menée par l’inspecteur de police dépêché à bord, Joséphine, bouleversée par la mort de Laure, remonte le passé. Provocatrice au verbe cru, rock et corrosif, souvent drôle, parfois désespérée, mais si attachante, elle dynamite les hypocrisies de notre temps, tandis qu’elle se rapproche de la vérité. Et si ces deux drames, l’accident de Baptiste et le suicide de Laure, n’étaient pas étrangers l’un à l’autre ? Et si le coeur de l’énigme se nichait dans les gorges de l’Ardèche, à la sidérante beauté ?
Dans La spirale du milan royal, Vincent Maillard s’attaque à la lâcheté, dévoile les dérives de la société actuelle et rend hommage au courage d’une famille en deuil. Un roman d’une construction parfaite, au style savoureux.

Hier soir, lors de notre rendez-vous littéraire du Château de l’Hermitage, c’est tout le Cercle qui s’est laissé emporter par la voix de Vincent Maillard, venu nous parler de son roman “La Spirale du milan royal”.
Une soirée douce et vibrante, suspendue entre ses mots…
Et surtout, un livre comme un souffle : envoûtant, intense et profondément vivant.

Je croyais que ma lecture m’orienterait vers la lumière. Mais en suivant la trace du milan royal, j’ai découvert la noirceur d’un monde souterrain, où la beauté se mêle au vice.

La Spirale du milan royal est un récit à deux voix. Guillaume, le père et Joséphine, la sœur. Tous deux hantés par la mort du grand frère. Un père qui espère en la résilience et la bienveillance, une sœur dont la colère affleure à chaque phrase. Deux styles d’écriture avec lesquels l’auteur jongle avec habileté pour dessiner cette famille. L’histoire nous mène des falaises de l’Ardèche aux rivages de la Méditerranée. Là aussi, deux styles, deux paysages. Et la même quête, celle de ce mystère. La chute de la falaise cache un secret, dans un récit où la musique à une place particulièrement présente et très intéressante.

Chaque chapitre m’a rapproché de cet oiseau fascinant, tandis qu’il m’entraînait vers des territoires insoupçonnés : forêts anciennes, villages reculés, rumeurs de trafic d’espèces protégées. Je m’accrochais à l’idée de justice, persuadé que la vérité éclairerait les zones d’ombre. Vincent Maillard excelle à dresser des décors à la fois somptueux et inquiétants. J’ai respiré l’humus humide des sous-bois, j’ai frissonné devant des croassements nocturnes, j’ai senti mon cœur battre au rythme des ailes battantes. Le style, précis et troublant, m’a transporté sans me lâcher. Je sentais palpiter la tension, prête à exploser à tout instant.

Quand le dénouement est arrivé, il m’a pris à la gorge, j’avais certains doutes, mais surpris quand même !

La spirale du milan royal  n’est pas seulement une enquête, c’est une introspection, un voyage où la nature et l’âme humaine se reflètent et s’affrontent. Car ce roman m’a rappelé que la liberté, réelle, est peut‑être aussi fragile qu’un battement d’aile.

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Extraits :

« Ce mec aurait pu être beau. Un visage assez fin, un corps équilibré. Sa tête me disait vaguement quelque chose, mais comme ce genre de playboy, ça court les rues piétonnières, j’ai pas creusé l’affaire. Parce que, si physiquement il était à deux doigts de me plaire, pour me séduire, il aurait fallu qu’il change de cerveau. Qu’il en prenne un qui soye compatible avec le mien. Un cerveau qui lui aurait évité d’être ce qu’il était, et qui s’exprimait dans cette coupe ondulée et plaquée en arrière de vieux beau avant l’âge. »

« À l’école, les enfants se répartissent selon une hiérarchie stricte et sans appel. Dans la cour de récréation, chacun respecte son rang tel le membre d’une meute de loups; et dans la classe, les élèves se distribuent selon un système de castes comparable à celui de l’Inde médiévale : les excellents ; les bons; les moyens ; les nullards; et, entre les moyens et les nullos, cette frange indéfinissable, assez fournie : les sans-noms, parfois appelés les « passables » ou les « médiocres », les riens du tout qui n’ont pas même le statut romantique et rebelle de cancers.
La petite Laure Combaluzier appartenait à cette catégorie, de ces camarades discrets jusqu’à l’invisibilité, de ceux dont on a oublié jusqu’au nom et au prénom quand on tombe sur une vieille photo de classe. »

« Elle quitta son tabouret pour s’avancer vers Cédric. Elle sentit ses genoux devenir caoutchouteux et son cœur commencer à marteau-piquer sa cage thoracique. La Grenouille toquait à la porte, mais Laure la cadenassa fermement et poursuivit sa marche jusqu’au jeune homme à la chemise rayée. Les deux derniers mètres ressemblèrent à ceux que l’on trace lorsque l’on a quitté le plongeoir et que, dans le vide, plus rien ne peut infléchir la trajectoire verticale. Elle se jetait à l’eau, elle allait jouer sa vie, maintenant. Elle se planta face à lui:
– On se connaît.
– C’est une question ? »

« – Tu sais ce qu’on déconstruit ? Les trucs qu’on a construits, je sais pas, moi… les maquettes d’avion, les baraques, en Lego ou en briques. Nous, on est des êtres vivants, on a un truc en propre, un truc unique, une cohérence. On est pas obligés de tous devenir aussi schizos que l’époque, d’être des bric-à-brac de botox et de prothèses numériques. Oui, on pousse, on change, je sais pas, comme des arbres. Mais un platane il se demande pas chaque matin s’il est pas plutôt un peuplier.
On le déconstruit pas. Un bâtiment, oui. Qu’il soit en bois, en pierres ou en béton. On peut le déconstruire. Tu sais comment on fait ? On le démolit. C’est ça que tu fais. Tu te démolis. Et quand le bâtiment est démoli, tu sais ce qui reste ?
Un tas de gravats. C’est ça qu’t’es. Même pas un champ de ruines, car il n’y a pas d’histoire ensevelie, t’es juste un tas de gravats. »

« Ma petite chérie,
Je ne suis pas allée voter. Tu sais, je suis comme toi, ces histoires politiques nationales me fatiguent. Cédric a insisté pour que j’aille voter pour Macron, son héros, mais je ne lui ai pas obéi. J’ai du mal avec ce type, je lui trouve un air de faux cul. »

Vincent Maillard est né en 1962 à : Meulan, il est réalisateur de documentaires, scénariste et écrivain.

Après une maîtrise en sciences économiques et sociales, il a effectué son service militaire, puis a obtenu son diplôme du Centre de Formation des Journalistes, spécialité Journaliste Reporter Image.

Il a débuté à FR3 Bretagne. Il a ensuite travaillé pour France 2, où il a réalisé des reportages pour le journal télévisé et certains magazines comme “Envoyé spécial”, “Stade 2”, “Geopolis”… Il a travaillé pour France Télévision pendant dix ans.

Ancien journaliste et cameraman, il est l’auteur de scénarios de fiction et de nombreux documentaires pour la télévision sur des sujets très éclectiques (sciences, société, politique, environnement).

En 1999, il a commencé son premier ouvrage Ceux qui possèdent si peu…, un film qui raconte le parcours d’élèves de SEGPA (section d’enseignement général et professionnel adapté) de Meulan. Il a été diffusée sur France 2 en 2012 et a obtenu la mention spéciale du jury au festival international du film d’éducation en 2011. Depuis, il a réalisé une douzaine de documentaires dans des genres très différents.

Vincent a écrit le scénario de deux films dont l’un “Valparaiso”, diffusé en 2012 par Arte, a reçu le prix du meilleur scénario au Festival de la fiction TV à La Rochelle en 2011.

Springsteen-sur-Seine (2019) est son premier roman.
L’Os de Lebowski obtient le prix littéraire 30 millions d’amis en 2021.

Il vit à Hardricourt (Yvelines).

Émotion, Drame, Histoire, Polar, Psychologie

7/13

de Jacques Saussey
Broché – 10 janvier 2018
Éditeur : Éditions Toucan

Hiver 2015. Durant l’absence prolongée des propriétaires, une villa de la banlieue parisienne est le théâtre d’un crime atroce. Lorsqu’il arrive sur les lieux, le capitaine Magne découvre avec effroi que le corps n’est plus reconnaissable. Pas de vêtements, pas de papiers : l’identification s’annonce compliquée. Décembre 1944. Londres. Un officier américain scrute avec inquiétude le brouillard qui plombe le ciel de l’Angleterre. Il projette de traverser la Manche au plus vite pour rejoindre la France où il doit préparer l’arrivée prochaine de ses hommes. Le mauvais temps s’éternise mais bientôt, une proposition inattendue va faire basculer son destin. Soixante-dix ans plus tard, elle confrontera les enquêteurs du quai des Orfèvres à l’un des mystères les plus stupéfiants qu’ils aient jamais rencontrés.

Certains romans méritent une seconde lecture… 7/13 était une évidence pour moi… il attendait patiemment…

Dès les premières pages, lors de ma première lecture en juin 2018, j’ai su très vite que je tenais entre les mains un polar différent, plus dense, plus riche que ceux auxquels j’étais habitué dernièrement.

Le cadavre d’une femme atrocement mutilée ouvre l’histoire dans une violence brutale. Très vite, d’autres cadavres s’accumulent et l’enquête s’emballe. Mais alors que je pensais m’enfoncer dans un polar classique, Jacques Saussey me prend à contre-pied, casse le rythme. Le récit dévie. Jacques m’embarque ailleurs, dans une autre époque, en 1944, aux côtés d’un mystérieux officier américain en partance pour une mission étrange dans un avion sous le brouillard anglais.

Quel est le lien entre ces deux récits ?
Je l’ignore encore, mais je m’accroche. Parce que l’auteur sait exactement ce qu’il fait.
Lors de cette seconde lecture j’apprécie pleinement la façon dont l’auteur sème les informations, les distille avec finesse, Jacques excelle dans l’art de ce tissage très particulier. Il me balade entre présent et passé, entre drame intime et Polar à énigme historique. Puis, le nom de Glenn Miller surgit, et avec lui, une des plus grandes disparitions du XXe siècle. Jacques injecte dans son intrigue des thèmes forts : la mémoire, la guerre, les migrations, la douleur parentale, la vengeance sourde, l’impossible deuil, la culpabilité, la vengeance. Même dans l’horreur, Il insuffle dans son récit une certaine grâce.

Puis, un duo d’enquêteurs secondaires apporte une respiration bienvenue, avec une touche d’humour sans jamais dénaturer la gravité de l’histoire. Et derrière le suspense, se dessine une réflexion profonde sur ce que signifie survivre après l’irréparable.

L’écriture est tendue, sobre, parfois poétique. Jamais démonstrative, toujours juste. Ce roman ne cherche pas à résoudre, mais à nous confronter.
7/13, que j’ai lu en écoutant Glenn Miller, et d’autres standards du jazz évidemment… m’a secoué parce qu’il ne donne pas de réponses faciles.
Parce qu’il fait confiance au lecteur.
Parce qu’il transforme une enquête policière en descente vertigineuse dans la psyché humaine.
Et surtout il prouve, une fois encore, que la littérature noire peut être d’une richesse bouleversante.
Il serre la gorge, il bouscule. Il laisse une trace et m’a fait réfléchir…

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Extraits :

« 14 mars 2015
La maison est cossue. De type bourgeois, en forme de L, pierres de taille et allée pompeuse bordée d’arbustes coiffés au cordeau. Un terrain immense entretenu à grands frais, des fruitiers au fond, près de la rivière, des massifs de rosiers encore figés dans la fin de l’hiver, des crocus qui montrent le bout de la langue sous l’herbe pliée par la rosée.
Près du bâtiment, une piscine couverte s’avance sur le gazon.
Elle a été verrouillée pour la mauvaise saison. À travers la vitre salie par des fientes d’oiseaux et des feuilles mortes collées par l’humidité, j’aperçois l’eau qui a pris une vilaine.
couleur verdâtre.
– Venez, c’est par là.
Le commandant Picaud me désigne la porte de la maison.
Il m’explique qu’un serrurier l’a forcée deux heures auparavant pour conserver la scène de crime la plus intacte possible. Le meurtrier a fracturé une porte-fenêtre du salon.
L’Identité judiciaire est en plein travail, mais ils devraient avoir fini leurs investigations d’ici quelques dizaines de minutes. Dans l’air frais de ce début de matinée, les croassements des corneilles se répercutent à l’infini entre les branches bourgeonnantes des peupliers.
Il n’y a pas un bruit dans la rue, suffisamment éloignée de la bâtisse pour que personne n’ait pu y entendre le moindre cri. Et pourtant, de nombreux badauds se pressent contre la grille du parc que deux agents surveillent, l’œil farouche. Les regards des curieux alternent sans fin entre les hommes en blanc qui œuvrent autour de la maison et le fourgon mortuaire qui attend dans l’allée que les techniciens du crime donnent au légiste l’autorisation d’enlever le corps.
– Je vous préviens, c’est moche. »

« Le légiste se penche sur le cadavre et l’inspecte de près. Il suit la peau marbrée d’un doigt d’expert, pousse une bestiole par-ci, une autre par-là… J’ai soudain un goût de cendres sur la langue. Combien lui a-t-il fallu de manifestations de la mort pour qu’il parvienne à s’en affranchir autant ?
Combien de femmes, d’enfants, de corps meurtris a-t-il ouverts, découpés, vidés pour les besoins d’une enquête ?
Combien d’estomacs a-t-il pesé, disséqué pour savoir ce que la personne avait ingéré juste avant de mourir ? »

« Je rouvre les paupières. Il lui en a fallu, de la haine, à ce type. Un homme, c’est sûr. Je ne peux pas imaginer une femme infliger ça à une autre. C’est de la bestialité pure, la manifestation d’une fureur contre la féminité, peut-être même contre sa propre mère…
Je me prends les tempes dans les mains. Je déraille.
Comment pourrais-je concevoir ce qui a traversé l’esprit malade de ce dingue ? Je suis à mille bornes de m’approcher de ce qui l’a déclenché. Contrairement à de nombreuses autres affaires sur lesquelles j’ai eu à me pencher, celle-ci ne me parle pas. Je me trouve face à un mur de glace, un mur de ténèbres. »

Jacques Saussey est né en 1961, il écrit des nouvelles durant de longues années, entre 1988 et 2007. Après le premier prix au concours Alfred Jarry, cette année-là, il quitte l’écriture des nouvelles et entame son premier thriller, La mante sauvage, achevé en 2008. Ce thriller paraîtra le 3 janvier 2013 sous le titre Colère Noire.
C’est le second, De sinistre mémoire, écrit en 2009, qui a connu le premier les joies des rayons des libraires en septembre 2010. Ce roman est ensuite sorti en poche en juin 2011.
Son domaine : l’histoire noire. Très noire…
Il est désormais considéré par les critiques et les libraires comme l’un des “talents” dans le polar.
Enfermé.e (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2018/11/12/enferme-e-de-jacques-saussey/

Émotion, Drame, Folie, Polar

Memento vivere

de Ismaël Lemonnier
Broché – 12 juin 2025
Éditeur : Taurnada éditions

Vitry-sur-Seine. Un bébé est retrouvé mort dans la cuvette des toilettes d’un bar sordide.
Lucien, un flic psychorigide et proche de la retraite, et Anaïs, dernière recrue au look provocateur et au comportement borderline, sont appelés sur cette scène de crime pour le moins singulière, le genre d’affaire que personne ne convoite.
Découvrant que le foetus a été génétiquement modifié, les deux enquêteurs devront mettre de côté leurs différends et plonger dans les abysses de la folie humaine.
En parallèle, un individu sème la terreur dans la ville avec son chien-loup en laissant derrière lui des cadavres.
Et si les deux affaires étaient liées ?
Et si la vérité était au-delà du supportable ?
Une enquête qui, très vite, va se transformer en compte à rebours.

Je viens de refermer Memento Vivere d’Ismaël Lemonnier, et je suis encore sous le choc.

Tout d’abord, un grand merci à Joël des éditions Taurnada pour ce service presse qui m’a complètement embarqué. Dès les premières pages, j’ai senti que ce thriller allait me happer – et je ne me suis pas trompé.

Tout commence par la découverte d’un nouveau-né sans vie, abandonné dans les toilettes d’un bar miteux de Vitry-sur-Seine. Rien que ça, c’est déjà glaçant. Mais l’autopsie révèle un détail encore plus troublant, l’enfant a été génétiquement modifié.
En parallèle, un mystérieux tueur, très jeune à priori, sème la terreur, accompagné d’un chien-loup terrifiant. Deux affaires en apparence distinctes qui vont peu à peu converger vers une vérité aussi dérangeante que fascinante.

Au cœur de l’enquête, un duo détonnant. Lucien, un flic psychorigide de 60 ans, mis au placard à l’approche de la retraite, et Anaïs, jeune enquêtrice punk, sans filtre, boulimique, look ravageur et tempérament volcanique. Rien ne les prédestinait à bosser ensemble… et pourtant, leur tandem fonctionne. Leurs joutes verbales m’ont arraché quelques sourires et même des sursauts de rires, leurs blessures m’ont ému. J’ai eu régulièrement l’impression d’être dans la tête de Lucien durant ma lecture… Un vrai plaisir.

L’écriture est fluide, tendue, très rythmée. L’auteur dose parfaitement tension dramatique, rebondissements et clins d’œil culturels – notamment aux années 80, que Lucien essaie désespérément de faire apprécier à sa partenaire. J’ai trouvé le fond de l’intrigue – manipulation génétique, dérives scientifiques, déshumanisation – à la fois très actuel et effrayant.

Avec ce roman, j’ai été tenu en haleine jusqu’au bout, jusqu’à cette fin explosive digne d’un très bon polar comme je peux les imaginer à l’écran.
J’espère vraiment retrouver Anaïs et Lucien dans de prochaines enquêtes. Un vrai coup de cœur.
Bravo Ismaël !

Décidément, les Éditions Taurnada ne cesseront jamais de me surprendre…

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Extraits :

« La porte claqua sèchement derrière lui. Effrayé, il se redressa d’un coup sur sa chaise, encore essoufflé par ses propres hurlements. Tous ses sens en alerte, il tendit l’oreille dans l’obscurité de cette minuscule pièce qu’était son salon. Pas un bruit. Il essaya en vain de se débattre, les dents serrées à en faire éclater l’émail.
Entravé par des liens solidement attachés aux poignets et aux chevilles, il redoutait le pire. Les larmes l’aveu-glaient. Les souvenirs le submergeaient.
“Par pitié ! Qu’est-ce que vous me voulez ?”
»

« Je vais tout te dire, OK. Je vais me “confesser” comme tu le dis si bien. J’ai peut-être déconné avec Samira, mais ça ne se reproduira plus jamais, je te le promets ! »
Le gamin inséra une nouvelle cartouche, dans l’indifférence la plus totale.
« Je l’ai violée, je l’avoue. Voilà, c’est dit ! Je t’en supplie, je ne recommencerai plus. J’ai bien compris la leçon. Dis-lui que je m’excuse. Pitié ! Pitié ! »

« L’homme tatoué sur une majeure partie du visage poursuivit ses tâches puis, au bout d’une minute, daigna quitter ses fonctions pour les conduire sur les lieux de la macabre découverte en traînant des pieds.
Ce dernier détail, pourtant insignifiant, exaspéra Lucien dans son for intérieur. De nos jours, les gens ne manifestaient plus que de l’ennui et une indifférence la plus totale envers son prochain.
Une foutue génération nombriliste où tout n’est que corvée. »

« Anaïs passa sa tête sur le côté pour examiner à son tour la scène. Ils se regardèrent brièvement sans rien dire avant de reporter leur attention sur le fœtus. La jeune policière devint blême, la main sur la bouche.
Son côté dur à cuire se fissurait, craquelait légèrement à l’instar de son vernis. Au moment où ils s’apprêtaient à sortir, un détail les figea sur place : les lèvres du fœtus venaient de bouger. »

Breton d’origine et fier de ses racines, Ismaël Lemonnier travaille aujourd’hui à Paris, dans le monde de la finance mais poursuivi par l’envie d’écrire et par le puits sans fond qu’est son imaginaire, l’auteur craint d’être fou, comme le pense son entourage.

Passionné depuis l’enfance par la lecture et par l’écriture, il a baigné très tôt dans l’univers de Stephen King, et dans la mythologie. Il se passionne pour le monde de la police judiciaire et tous ses rouages, l’Histoire et les faits divers. Tout ce qui l’entoure est source d’inspiration, qu’il combine à son imagination.

Il est l’auteur du roman Le cinquième gardien, paru chez Marathon Editions.

Memento vivere est son troisième roman.

Émotion, Drame, Polar, Psychologie

Avant d’avoir tout oublié

de Philippe Gil
Broché – 6 octobre 2022
Éditeur : NOUVELLES PLUMES

Une petite fille disparue au beau milieu d’un parc. Un vieil homme souffrant d’Alzheimer qui débarque au commissariat en répétant « Elle est morte ». Un gendarme qui décide de faire de cette affaire sa raison de vivre. C’est le point de départ de ce roman que vous ne lâcherez plus et dont le dénouement vous laissera sans voix.

Pour un premier roman, Philippe Gil m’a bluffé. Avant d’avoir tout oublié m’a littéralement happé dès les premières pages. J’y ai trouvé un polar intense, bien ficelé, terriblement humain. Le point de départ est glaçant : l’enlèvement d’une petite fille dans un parc, sous les yeux de son père, Jacques, interne en médecine. Charlotte disparaît, et c’est tout un monde qui bascule.

Rapidement, l’enquête s’organise sous la houlette du capitaine Mauduy. Toutes les hypothèses sont envisagées :
– Kidnapping contre rançon ?
– Acte isolé d’un déséquilibré ?
– Drame familial ?
Je me suis laissé emporter par les pistes, les fausses routes (et elle sont nombreuses…), les zones d’ombre. Rien n’est jamais simple dans ce roman. Le temps passe, l’angoisse monte, et l’auteur joue brillamment avec mes nerfs. Jusqu’à cette fin, totalement renversante, qui m’a laissé un vrai vertige.

Mais ce roman ne se limite pas à une intrigue haletante. C’est aussi un récit profondément émouvant. J’ai été particulièrement touché par le personnage du Professeur, confronté aux premières atteintes de la maladie d’Alzheimer. Cette dimension plus intime donne une résonance nouvelle à l’histoire, un souffle d’humanité saisissant. L’auteur parvient à lier suspense et émotion sans jamais tomber dans le pathos.

Les personnages sont attachants, crédibles, complexes. L’écriture, fluide et sobre, laisse place aux émotions, sans fioritures. J’ai été marqué par la manière dont Philippe Gil nous parle de mémoire, de filiation, d’amour… et d’oubli, sa plume sobre mais pleine de justesse, m’a enveloppé d’une tendresse discrète.

Un roman qui m’a interrogé autant qu’il m’a captivé.
Bravo à l’auteur pour ce coup d’essai transformé pour moi en coup de maître !

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Extraits :

« Charlotte fredonnait une comptine à sa poupée. Il sourit. Fille unique, Charlotte avait l’habitude de jouer toute seule. Elle passerait probablement la matinée à dessiner bien sagement dans sa chambre. Il pourrait poursuivre son travail jusqu’à midi. Ensuite, ils prendraient leur repas, puis ils iraient au parc du Domaine de Beaulieu. Le rituel bien rodé d’un mercredi de repos. Il consacrerait tout son après-midi à sa fille. Sa petite fille chérie… »

« – Charlotte ? Je ne vois plus ma fille ! s’écria-t-il.
Il s’approcha des enfants, fit le tour de l’aire de jeux en appelant sa fille. Paniqué, il revint vers les deux mères de famille.
– Je ne vois plus ma fille !
– Mais où était-elle ? demanda l’une d’elles.
– Là… Juste là. Elle jouait au toboggan… Elle n’y est plus. Vous n’avez rien remarqué ?
– Mais non… Elle est habillée comment, votre fille ? demanda alors l’autre maman.
– Elle porte une robe rouge avec un bandeau dans les cheveux. »

« Surmontant ses craintes et son complexe d’infériorité, il s’approcha de Louise. Jacques était un jeune homme intelligent, particulièrement brillant même. Louise fut rapidement séduite par sa maturité qui tranchait singulièrement avec le comportement des autres garçons de son âge. Elle les trouvait toujours trop gamins. Une demi-heure plus tard, ils échangeaient leur premier baiser à proximité de l’étang, loin des regards indiscrets. Jacques avait percé la carapace et derrière l’image hautaine d’une demoiselle de bonne famille, il découvrit une jeune fille simple et fragile. Louise avait reçu l’éducation très stricte d’une mère autoritaire et froide, ne laissant paraître qu’arrogance et mépris à l’égard de son prochain. Une attitude que, par mimétisme, Louise adoptait parfois. »

« C’est le paradoxe. Nous savons parfaitement expliquer le mécanisme de destruction des neurones. Par contre, nous ne savons pas stopper cette dégénérescence. Les traitements actuels permettent de ralentir le processus et d’en diminuer les effets mais pas de l’arrêter. Dans ses périodes de lucidité, le Professeur en est tout à fait conscient, comme la plupart des malades du reste… Il s’agit là probablement de l’aspect le plus difficile de cette maladie, le plus dur à supporter. Pour le malade comme pour ses proches…
– Je comprends. Mais quand il répète : elle est morte, que faut-il en penser ? De quoi parle-t-il ?
– C’est très difficile à dire… »

Philippe Gil est né en 1963 à Albi, ville chère à son cœur où il vit toujours. Chef de projet informatique dans le secteur des assurances et père de deux grands enfants, ce passionné de vélo découvre sur le tard la passion de l’écriture, le besoin de raconter des histoires, bien loin de son métier d’informaticien.

Drame, Polar, Suspense

Des poignards dans les sourires

de Cécile Cabanac
Broché – 7 février 2019
Éditions : Fleuve éditions

Catherine Renon n’a plus vu son mari François depuis des jours et ne semble pas s’en émouvoir. Dans ce coin d’Auvergne où les rumeurs blessent et tuent, pas question de prêter le flanc à la calomnie. Et surtout pas à sa belle-mère, veuve solitaire qui voue à son fils un culte tout en démesure.
Virginie Sevran et Pierre Biolet, du SRPJ de Clermont-Ferrand, ont été appelés pour constater la présence d’un corps démembré et en partie brûlé au Col des Goules.
C’est la première enquête de Virginie depuis qu’elle a quitté le 36, quai des Orfèvres pour la province, à la stupéfaction de ses proches. Quant à Pierre, il observe sa nouvelle coéquipière d’un oeil à la fois bienveillant et inquiet. Qu’est-elle venue chercher ?
Quand l’enquête met un nom sur ce corps, celui de François Renon, les questions les plus folles surgissent, avec une seule certitude : tous les meurtriers possibles de ce fils de bonne famille sont autant de facettes d’une victime annoncée.

Avec ce huis clos provincial où les faux-semblants ont de beaux jours devant eux, Cécile Cabanac signe un premier polar chabrolien hautement maîtrisé.

« Cécile Cabanac est vraiment une nouvelle plume à suivre. »
Elise Lépine, « Pistes Noires », Polar+

« Un polar dense, riche en rebondissements. »
Télé Loisirs

« Ce thriller brillant est écrit avec finesse, et l’auteure nous prend dans sa toile avec une facilité étonnante. »
Blog annesophiebooks

« Si vous cherchez un bon polar, intelligemment construit, réaliste et sans surenchère, Des poignards dans les sourires est fait pour vous. »
Blog gruznamur

« Ce roman, à l’intrigue subtile, voire retorse, à la gale rie de per son nages attachants ou repoussants, mais tous intéressants, offre un grand moment de lecture-plaisir. »
Le litteraire.com

Je me suis lancé dans Des poignards dans les sourires de Cécile Cabanac sans vraiment savoir à quoi m’attendre, mais très vite, j’ai été happé par cette histoire où chaque personnage traîne ses propres démons.

L’intrigue, dense et tortueuse, tissée de secrets, de non-dits et de rancunes sourdes, m’a rapidement serré les tripes. L’auteure maîtrise avec brio ce savant équilibre entre tension et émotion, mêlant enquête policière et vie familiale de manière surprenante. Le découpage en chapitres alternés m’a d’abord déstabilisé, mais j’ai fini par apprécier ce rythme particulier, qui m’a forcé à m’immiscer dans le quotidien troublé de chaque personnage.

Au fil des pages, j’ai découvert des personnages complexes, nuancés, loin de tout manichéisme. Leurs failles m’ont intrigué, parfois déstabilisé, mais surtout donné envie de comprendre ce qui les pousse à agir ainsi. Les thèmes, bien que classiques (disparition, famille dysfonctionnelle, couples en crise), sont abordés avec une touche personnelle qui donne au récit une profondeur saisissante. L’atmosphère, parfois malsaine, reste captivante grâce à la plume maîtrisée de Cécile Cabanac.

L’enquête menée par Virginie Sevran et Pierre Biolet, deux flics loin des clichés, marqués par leurs passés mais profondément humains, apporte un souffle réaliste et sensible. Et puis cette famille Renon, derrière son vernis bourgeois, révèle peu à peu ses fractures, ses rancunes, ses secrets… Entre huis clos familial et enquête policière, ce premier roman, puissant et émouvant, s’impose comme une promesse de talent dans le thriller français.
Une lecture que je recommande…

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Extraits :

« Il est allongé sur son lit. Il retient un instant son souffle. Pas un bruit. Sa femme et ses enfants ne sont pas là. D’ordinaire, il ne remarque pas leur absence.
La chambre est plongée dans la pénombre, quelques poussières en suspension dansent dans une fine raie lumineuse qui s’échappe entre les rideaux. Bien que François se rappelle s’être réveillé ici des milliers de fois, quelque chose a changé. Ses vêtements sont éparpillés au sol. À sa droite, sur la table de chevet, une bouteille de whisky est entamée. La porte qui lui fait face est fermée. L’air est lourd. Son alliance comprime son doigt, la fine chaîne autour de son cou semble avoir raccourci dans la nuit, les draps collent à sa peau en sueur. Il palpe ses yeux gonflés. Leurs orbites sont douloureuses comme si des grains de sable se baladaient sous ses paupières. Sa main calleuse frotte son visage anesthésié.
Il finit par se redresser et s’assoit sur le lit. Un étourdissement le surprend. Dans ses tempes, le sang exerce une pression désagréable. Sa respiration est courte, saccadée. »

« Une profonde angoisse l’étreint. Il ne veut pas être seul. Il a besoin de la chaleur de ses enfants auprès de lui. Il fait si froid. Son estomac le brûle avec une intensité douloureuse. L’alcool ocre teinte un fond de bouteille sur la table basse. Il l’avale brutalement dans un râle. »

« Un homme aux cheveux bruns est adossé à son pick-up. Il vient d’allumer une cigarette sur laquelle il tire longuement, puis il renverse sa tête en arrière et observe la fumée blanche qui s’échappe de sa bouche. »

Native du Pays basque, Cécile Cabanac est journaliste, réalisatrice et romancière.

Elle fait ses armes en presse écrite au journal « Sud-Ouest ».
Après une Maîtrise d’histoire contemporaine à l’Université Montaigne à Bordeaux, elle a ensuite intégré l’École supérieure de journalisme de Lille. Elle s’y spécialise dans l’audiovisuel. Diplômée de la 75e promotion, elle rejoint, en 2001, TF1 à Paris comme JRI (journaliste reporter d’images). Maniant avec dextérité la caméra, elle réalise de nombreux reportages pour journaux télévisés de TF1 et LCI.

En tant que journaliste réalisatrice, Cécile intègre ensuite « Le magazine de la santé » sur France 5. Elle sera également chroniqueuse au « Magazine de la Santé » ainsi qu’aux « Maternelles » sur France 5.

En parallèle elle réalise des documentaires de société pour France 5 et de nombreux numéros de l’émission « Faites entrez l’accusé » sur France 2.
Passionnée par la création, l’art, la musique, la mode et l’image, Cécile a été chef de projet communication au sein de Bonne-Graine, de 2015 à 2016.

Après Des poignards dans les sourires (2019), elle publie, en 2020, Requiem pour un diamant.

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