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Anticipation, Émotion, Drame, Thriller

HIDE* OUT

de Andreas Eschbach
Broché – 20 septembre 2012
Éditeur : Atalante

« Chacune de nos pensées, chacune de nos décisions est précédée par l’activation d’un réseau de neurones travaillant au même rythme. Ces canevas sont générés avant que la pensée ne devienne consciente. Chez les Upgraders, ils se forment à partir de plusieurs cerveaux. C’est ça, la Cohérence : une seule et gigantesque conscience habitant cent mille corps humains. »
Au coeur des vastes forêts bordant la frontière avec le Canada, Christopher Kidd et le groupe de Jeremiah Jones ne sont plus en sécurité : la Cohérence a retrouvé leur trace. Une fuite éperdue à travers les États-Unis les mènera du Montana à Seattle en passant par les territoires Indiens, puis jusqu’au désert de l’Arizona où, peut-être, ils trouveront le répit. En chemin, certains rencontreront la gloire, d’autres succomberont au chant des sirènes. Dans l’ombre, patiemment, la Cohérence tisse sa toile. Christopher devra mettre tout son talent de hacker à contribution pour lui échapper et sauver ses proches. Mais pour combien de temps ?

Avec HIDE* OUT, Andreas Eschbach poursuit la trilogie entamée avec BLACK* OUT, et me replonge sans ménagement dans l’univers oppressant de la Cohérence. L’intrigue foisonne de petites histoires sans oublier l’essentiel, la lutte contre la Cohérence. Évidemment, ça n’est pas simple quand vous voyez tous vos proches sous influence. J’ai littéralement dévoré ce deuxième tome, au point d’y sacrifier (encore une fois…) une bonne partie de ma nuit. Un vrai road-movie technologique à travers les États-Unis, et à travers les couches profondes de notre rapport à la technologie, à notre dépendance aux réseaux téléphoniques et internet sous toute ses formes. D’outils pratiques, on passe à un esclavage moderne de la technologie. Au lieu de s’en servir, on devient asservis. Un implant dans le cerveau permettrait d’abord aux personnes de communiquer entre elles, mais peu après elles ne communiquent plus, elles se fondent en une seule pensée universelle. L’individu disparait, les sentiments disparaissent, l’art disparait…

Christopher, jeune hacker de génie et héros malgré lui, qui n’a toujours pas réussi à se débarrasser de sa puce, continue de lutter contre un réseau qui connecte les humains via des implants cérébraux, jusqu’à les priver de toute individualité. Ce qui m’a frappé ici, c’est la justesse du propos. La science-fiction flirte avec notre réalité numérique. La technologie n’est plus un outil, mais une prison. L’auteur ne tombe pas dans l’alarmisme, mais il interroge avec intelligence, et parfois un humour discret, notre dépendance aux réseaux, il nous amène à réfléchir sur la « sur-communication » actuelle, et paradoxalement sur notre isolement auquel cela pourrait conduire..

J’ai particulièrement aimé la façon dont les personnages secondaires prennent de l’ampleur. Madonna, jeune Amérindienne, incarne un contrepoint spirituel et instinctif à cette sur-connexion, son frère, leur père, trois Indiens Blackfeet, créant un beau contraste, car les traditions de ce peuple remontent à des siècles et s’opposent radicalement à notre monde technologique. Quant à Christopher, son lien naissant avec Serenity montre que même dans un monde ultra-connecté, les sentiments humains restent une forme de résistance. Le rythme est soutenu, l’écriture fluide, l’univers effrayant de réalisme. Et si certaines coïncidences m’ont paru un peu faciles, elles ne gâchent en rien le plaisir de lecture. Andreas Eschbach signe un thriller technologique haletant, qui soulève de vraies questions sur notre avenir numérique.

Allez, j’enchaîne… TIME* OUT, le dernier volet !

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Extraits :

« La maison aux volets jaunes s’élevait, isolée, au bout d’une piste poussiéreuse. C’était une ancienne ferme, mais un jour le ruisseau qui l’alimentait s’était tari et les terres alentour avaient dépéri. Seuls quelques arbres morts et une poignée de buissons desséchés se dressaient encore sur ces prairies dont l’herbe avait pris une teinte brunâtre. »

« Elle était furieuse contre Jeremiah. Le trajet de retour ne suffit pas à calmer Lillian Jones, qui multiplia les erreurs de conduite, s’arrêtant brutalement aux stops et grillant un feu rouge.
C’était la faute de Jeremiah. Jeremiah avec ses histoires à dormir debout. Il était sûrement convaincu de tout ce qu’il avait raconté, il n’était pas homme à mentir sciemment. Mais ces upgraders… franchement ! Des gens qui implantaient des puces dans le cerveau des autres, on nageait en pleine science-fiction ! »

« Elle essuya les larmes qui perlaient au coin de ses yeux à la pensée de cette époque révolue. Elle en aurait fait son paradis personnel si Jeremiah n’avait pas développé son obsession de sauver la planète et de convertir tout le monde au seul vrai mode de vie. Bon sang, si les gens voulaient vivre en ville et dans des tours, c’était leur affaire! Et s’ils voulaient s’entourer de téléphones mobiles, d’ordinateurs et de milliers de chaînes de télévision, pourquoi les en empêcher ?
Elle finissait de mettre la table quand la sonnette de la porte d’entrée retentit. »

« George hocha la tête avec gravité. ”Oui, dit-il, ça se voit. Tu es vraiment l’archétype de l’homme blanc. Tu ne vis qu’à l’intérieur de ta tête. Tu ne ressens ni ton corps ni le monde qui t’entoure.“ »

Andreas Eschbach est un écrivain de science-fiction.

Il fait des études « classiques » dans le domaine aérospatial à l’Université technologique de Stuttgart avant de travailler dans cette ville, comme développeur en informatique, puis comme cadre dans une entreprise de conseil. Il fonde en partenariat une société de développement et de conseil informatique en 1993, dont il se retire quelques années plus tard pour consacrer plus de temps à l’écriture.

Sa première publication est une nouvelle, « Poupées », qui sort en 1991 dans le magazine informatique allemand « C’t ». Ses premières nouvelles sont publiées dans diverses revues littéraires allemandes.

En 1994, il décroche une subvention de la Fondation Arno Schmidt (réservée aux jeunes auteurs particulièrement doués) qui lui permet de se consacrer entièrement à son nouveau projet : « Des milliards de tapis de cheveux » (« Die Haarteppichknüpfer »). Avec ce premier roman, publié en 1995, il signe une entrée réussie sur la scène de la littérature, s’imposant d’emblée comme le chef de file de la science-fiction en Allemagne. Le succès rencontré par cette œuvre l’encourage à abandonner sa carrière dans l’informatique pour désormais vivre de sa passion : l’écriture. Traduit entre autres en français, tchèque, italien, polonais, espagnol et anglais, ce livre lui vaut une renommée internationale.

En 2001, son troisième roman, « Jésus video » (« Das Jesus Video », 1998), est adapté en téléfilm qui vaut à la chaîne allemande qui le diffuse des records d’audience, malgré sa piètre qualité. Le roman « Eine Billion Dollar » (2001) a fait l’objet d’une adaptation pour la radio allemande en 2003.

Figure majeure la littérature allemande avec pas moins d’une quinzaine de prix littéraires (dont le prestigieux Prix Kurd-Laßwitz du meilleur roman, décroché à cinq reprises), il est lauréat du Grand Prix de l’Imaginaire – Roman étranger 2001 pour « Des milliards de tapis de cheveux ».

Il s’est par ailleurs essayé à la littérature jeunesse, tout en restant bien sur dans son domaine de prédilection, la science-fiction.
Il est l’un des rares écrivains allemands à vulgariser l’écriture par le biais de séminaires et d’ateliers, en particulier à l’Académie fédérale d’éducation culturelle de Wolfenbüttel.

Andreas Eschbach vit depuis 2003 en Bretagne avec sa femme.

http://www.andreaseschbach.com/

BLACK* OUT
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/26/black-out/

Amour, Émotion, Nouvelles

Comme une fleur sous un orage

de Jean-Marc Dhainaut
Nouvelle gratuite – 2017

Jean-Marc Dhainaut nous entraîne au cœur d’un instant suspendu, où le passé affleure, et où une rencontre peut tout changer. Une nouvelle empreinte de délicatesse, de pudeur et de lumière, qui dit l’espoir là où l’on croyait avoir tout perdu. Parfois, il suffit d’un signe…

Il est des histoires qui murmurent plus qu’elles ne crient. Avec Comme une fleur sous un orage, Jean-Marc Dhainaut signe une nouvelle d’une belle intensité émotionnelle, où la délicatesse de l’humain se heurte à la violence du réel, comme son titre le suggère si justement. En quelques pages seulement, l’auteur déploie une sensibilité à fleur de peau, touchant avec pudeur à des thèmes universels, la perte, la mémoire, la résilience, et surtout, l’amour…

L’histoire s’ancre dans une ambiance à la fois mélancolique et lumineuse, hors du temps. On y sent le poids du chagrin, mais aussi une douceur qui affleure, fragile. L’écriture de Jean-Marc, sobre et précise, évite les effets faciles. Chaque mot semble choisi pour son poids d’émotion, chaque silence parle pour moi, autant que les phrases.

Ce qui frappe surtout, c’est la justesse des sentiments. Le fantastique, ami intime de Jean-Marc, léger et subtil, vient effleurer le récit, comme pour dire que certains liens, certaines douleurs aussi, ne disparaissent jamais vraiment. En refermant cette nouvelle, j’ai eu le cœur un peu serré, mais étrangement apaisé. Et c’est peut-être là le plus beau message de cette œuvre, même brisée, la vie peut encore contenir de la beauté.

Une lecture gratuite, accessible sur le site de l’auteur :
https://www.jmdhainaut.com/comme_une_fleur_sous_un_orage.pdf

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Extraits :

« Jamais je n’ai eu peur des orages et je le dois à mon père. Jamais je n’ai eu peur des tempêtes ni craint le froid de l’hiver. Que de balades avec lui et Maman, dans la neige, bien couverts sous les rafales de vent. Tellement d’heures passées, les yeux à la fenêtre à contempler les arbres des pâturages se plier, s’arracher sous les bourrasques. »

« Mon père disait toujours : « Tu vois Pâquerette, la neige et le froid réchauffent le cœur des gens. C’est l’occasion pour eux de s’arrêter, discuter, de se donner un coup de main entre voisins, pour déblayer un trottoir ou pousser une voiture qui glisse. La neige pourrait rendre ronchon, mais non, regarde les gens, et écoute, ma chérie, comme tout est calme, comme la neige étouffe les sons tel un tapis de coton ». »

« Mon père était chasseur d’orages, mais je ne comprenais pas. De cela, il ne me parlait jamais. Je le voyais parfois partir précipitamment, souvent seul, parfois avec quelques amis, leurs appareils photo sous le bras. »

Jean-Marc Dhainaut est né dans le Nord de la France en 1973, au milieu des terrils et des chevalements. L’envie d’écrire ne lui est pas venue par hasard, mais par instinct. Fasciné depuis son enfance par le génie de Rod Serling et sa série La Quatrième Dimension, il chemine naturellement dans l’écriture d’histoires mystérieuses, surprenantes, surnaturelles et chargées d’émotions. Son imagination se perd dans les méandres du temps, de l’Histoire et des légendes. Il vit toujours dans le Nord, loin d’oublier les valeurs que sa famille lui a transmises.

Lauréat du Prix Plume Libre en 2018, il remporte le concours de nouvelles des Géants du Polar en 2019.

Brocélia
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/07/brocelia/

L’Œil du chaos
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/13/loeil-du-chaos/

La maison bleu horizon
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/13/la-maison-bleu-horizon/

Les prières de sang
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/22/les-prieres-de-sang/

Psylence
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/05/psylence/

Les Galeries hurlantes
https://leressentidejeanpaul.com/2023/12/02/les-galeries-hurlantes/

Mémoire de feu
https://leressentidejeanpaul.com/2024/07/03/memoire-de-feu/

ALAN LAMBIN et l’esprit qui pleurait
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/27/alan-lambin-et-lesprit-qui-pleurait/

Les couloirs démoniaques
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/09/les-couloirs-demoniaques/

ALAN LAMBIN et le fantôme au crayon
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/25/alan-lambin-et-le-fantome-au-crayon/

Anticipation, Émotion, Drame, Dystopie, Thriller

BLACK* OUT

de Andreas Eschbach
Broché – 22 septembre 2011
Éditeur : Atalante

Christopher est en fuite. Avec Serenity, dix-sept ans elle aussi, et son frère aîné Kyle, il traverse le désert du Nevada à la recherche du père de ses deux amis, Jeremiah Jones. L’homme se cache : ardent pourfendeur des dérives de la technologie moderne, il est recherché par le FBI pour attentats terroristes. Mais Christopher lui-même est pourchassé et ses ennemis ont le bras long. Quel innommable secret détient-il pour que les moyens déployés contre lui dépassent toute attente en brutalité comme en sophistication ? Il faut dire que Christopher Kidd n’est pas n’importe qui ; à l’âge de treize ans, sous le pseudo de « Computer Kid », il a piraté le système bancaire international et plongé la planète dans le chaos économique. C’est pourtant une menace autrement plus redoutable qui pèse aujourd’hui sur le monde. Les jours de l’humanité telle que nous la connaissons sont comptés. Un thriller angoissant par l’auteur d’En panne sèche.

En ouvrant Black* Out, je me suis très vite retrouvé plongé dans un futur qui, au fond, n’est pas si éloigné du nôtre. Un monde où l’humain est relié à une puce, parfois volontairement, parfois contre son gré, et où cette connexion crée une conscience universelle qui m’a semblé à la fois fascinante et terriblement inquiétante. Ce qui devait être un progrès devient ici une forme de soumission.

J’ai suivi un petit groupe d’opposants, attachants, frêles mais tenaces, qui essaient de résister à ce rouleau compresseur technologique. Dans leurs pas, j’ai ressenti le souffle de l’action, l’adrénaline de la fuite, et même l’étincelle fragile de l’amour, qui trouve encore sa place au milieu de tout ce chaos.

Andreas Eschbach, que j’avais tant apprécié dans Des milliards de tapis de cheveux et En panne sèche, poursuit ici sa réflexion sur l’emprise de la technologie. Il questionne non seulement son rôle, mais surtout la dépendance qu’elle horrible qu’elle peut engendrer. À travers Jeremiah Jones, personnage ambigu, charismatique, parfois inquiétant, j’ai vu toute l’ambivalence de notre époque, il n’est pas contre la technologie en soi, mais contre l’addiction (la toxicomanie du téléphone portable) qu’elle provoque. Face à lui se dresse la Cohérence, entité inquiétante qui relie les individus “upgradés” entre eux, jusqu’à dissoudre leur singularité. « La stratégie de la cohérence est d’intégrer d’abord l’entourage d’une personnalité, puis l’intéressé lui-même ». Ce concept, effrayant par sa logique implacable, m’a rappelé combien la frontière entre progrès et perte de liberté est ténue.

La narration, construite en flash-back, permet de comprendre les personnages et leurs motivations, sans jamais se perdre dans le jargon technique. L’écriture de l’auteur, toujours claire, ouvre une réflexion vertigineuse.

Entre thriller, roman noir, cyberpunk et série politique, Black* Out m’a laissé une impression de malaise, celle d’un monde qui pourrait bien être le nôtre demain.
Premier tome d’une série, il ne possède peut-être pas la puissance de ses autres chefs-d’œuvre, mais il secoue et réussit à poser une question essentielle. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour rester connectés ?

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Extraits :

« Dans le fond, peu importe que nous ayons encore un an ou trois devant nous. Cela arrivera de notre vivant. Les jours de l’humanité telle que nous la connaissons sont comptés. »

« Tout semblait mort et abandonné à perte de vue, et même la station-service où ils s’étaient arrêtés donnait l’impression d’avoir été laissée à l’abandon depuis longtemps. Christopher observait un insecte qui se traînait dans le sable. On aurait dit un scorpion, et il se dirigeait vers le désert.
“Y a-t-il seulement quelqu’un ici ?”, demanda-t-il. »

« Kyle faisait encore le plein. Le pistolet de la pompe restait en place tandis qu’il frottait les vitres poussiéreuses avec un chiffon mouillé.

– Dis donc, tu es complètement dingue ou quoi ?, hurla Serenity à Chris. Il la tirait à travers la station-service. “On n’a même pas pris nos affaires !” Elle tenta de se dégager, mais il la tenait fermement.
Kyle s’interrompit en les voyant arriver, jeta le chiffon dans le seau en plastique gris, puis attendit, les mains sur les hanches, qu’ils soient là. »

« – Mon grand-père – le père de ma mère – était prothésiste , commença Christopher.
À ces mots, il sentit la tristesse monter en lui… non, plutôt les souvenirs que ces mots faisaient resurgir. Cela ne faisait qu’un an que ses grands-parents étaient morts, et il ne s’était toujours pas habitué à leur absence. »

Andreas Eschbach est un écrivain de science-fiction.

Il fait des études « classiques » dans le domaine aérospatial à l’Université technologique de Stuttgart avant de travailler dans cette ville, comme développeur en informatique, puis comme cadre dans une entreprise de conseil. Il fonde en partenariat une société de développement et de conseil informatique en 1993, dont il se retire quelques années plus tard pour consacrer plus de temps à l’écriture.

Sa première publication est une nouvelle, « Poupées », qui sort en 1991 dans le magazine informatique allemand « C’t ». Ses premières nouvelles sont publiées dans diverses revues littéraires allemandes.

En 1994, il décroche une subvention de la Fondation Arno Schmidt (réservée aux jeunes auteurs particulièrement doués) qui lui permet de se consacrer entièrement à son nouveau projet : « Des milliards de tapis de cheveux » (« Die Haarteppichknüpfer »). Avec ce premier roman, publié en 1995, il signe une entrée réussie sur la scène de la littérature, s’imposant d’emblée comme le chef de file de la science-fiction en Allemagne. Le succès rencontré par cette œuvre l’encourage à abandonner sa carrière dans l’informatique pour désormais vivre de sa passion : l’écriture. Traduit entre autres en français, tchèque, italien, polonais, espagnol et anglais, ce livre lui vaut une renommée internationale.

En 2001, son troisième roman, « Jésus video » (« Das Jesus Video », 1998), est adapté en téléfilm qui vaut à la chaîne allemande qui le diffuse des records d’audience, malgré sa piètre qualité. Le roman « Eine Billion Dollar » (2001) a fait l’objet d’une adaptation pour la radio allemande en 2003.

Figure majeure la littérature allemande avec pas moins d’une quinzaine de prix littéraires (dont le prestigieux Prix Kurd-Laßwitz du meilleur roman, décroché à cinq reprises), il est lauréat du Grand Prix de l’Imaginaire – Roman étranger 2001 pour « Des milliards de tapis de cheveux ».

Il s’est par ailleurs essayé à la littérature jeunesse, tout en restant bien sur dans son domaine de prédilection, la science-fiction.
Il est l’un des rares écrivains allemands à vulgariser l’écriture par le biais de séminaires et d’ateliers, en particulier à l’Académie fédérale d’éducation culturelle de Wolfenbüttel.

Andreas Eschbach vit depuis 2003 en Bretagne avec sa femme.

http://www.andreaseschbach.com/

Émotion, Magique, Poésie

ALAN LAMBIN et le fantôme au crayon

de Jean-Marc Dhainaut
Nouvelle gratuite – 2017
Éditeur : Taurnada éditions

6 ans avant La Maison bleu horizon, Alan Lambin était déjà confronté à l’impensable.
Une enquête inédite explorant le monde du paranormal avec sensibilité et émotion…

Grand amateur des ouvrages de Jean-Marc Dhainaut, j’ai découvert, grâce à Jean-Marc lui-même et avec surprise, qu’une de ses nouvelles m’avait échappé, Alan Lambin et le fantôme au crayon. Un oubli vite réparé… et quelle lecture !

L’histoire s’ouvre sur une disparition d’enfant, jamais élucidée depuis deux ans. Dans le sillage de cette tragédie, un pseudo-médium sans scrupules profite de la détresse de la famille pour se faire mousser. Alan, lui, se retrouve involontairement mêlé à l’affaire, lorsqu’un esprit frappe à sa porte… au sens propre du terme.

Retrouver Alan Lambin, ce personnage aussi rationnel qu’intuitif, est toujours un plaisir. À ses côtés, son complice Paul, professeur de physique, apporte ce contrepoids scientifique que j’apprécie tout particulièrement. Très vite, la tension monte. Je me laisse embarquer par la plume précise de Jean-Marc, qui sait installer une ambiance sans jamais alourdir l’action.

Malgré son format court, cette nouvelle a tout d’une grande.
Rythme, mystère, justesse des émotions… tout y est. Pas besoin d’en rajouter, elle se suffit à elle-même, et j’en suis ressorti conquis.

J’ai aussi beaucoup aimé l’idée de ces nouvelles, qui sont initialement mentionnées dans ses livres, vennant enrichir l’univers d’Alan Lambin, en creusant subtilement certains aspects du personnage très atypique. Un joli bonus pour les fidèles lecteurs, et une porte d’entrée idéale pour les curieux.

Une lecture gratuite, accessible sur le site des éditions Taurnada.
Alors vraiment, pourquoi s’en priver ? Je recommande sans réserve !

https://online.fliphtml5.com/fcfdc/juto/#p=1
https://online.fliphtml5.com/fcfdc/qvuf/#p=1

Et il y en a d’autres…

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Extraits :

« L’article relatait l’aide qu’un présumé médium en quête de notoriété avait apportée à une femme, Mme Ledantec, persuadée que le fantôme de son fils disparu hantait sa maison. Pour ce genre de chose, la presse savait s’enflammer. Dès qu’il s’agissait de flirter avec le sensationnel sur fond de détresse d’une pauvre veuve, le scoop était tout trouvé. Un soupçon de paranormal et c’était presque la une. Les lignes et les mots des médias savaient si bien se délecter des larmes et du désarroi, ce qui mettait Alan hors de lui. Les plus condamnables n’étaient pas, à ses yeux, les journalistes, mais cette crapule de médium. »

« Le plancher du bureau se mit soudain à craquer, et le cœur d’Alan s’emballa lorsqu’un doute, peut-être précipité, l’envahit.
Pas chez lui, c’était impossible. »

« Alan avait passé le reste de la journée à se poser tout un tas de questions et angoissait à l’idée d’être encore tourmenté la nuit prochaine. Il était hors de question que sa propre maison soit hantée.
Hors de question ! Quel comble cela serait. »

« – Bonjour, madame, fit timidement Alan. Excusez-nous de vous déranger. Notre venue risque de vous étonner, mais…
– Je sais qui vous êtes, monsieur Lambin. Le chasseur de fantômes. J’ai eu votre père comme instituteur en primaire. Comment va-t-il ? »

Jean-Marc Dhainaut est né dans le Nord de la France en 1973, au milieu des terrils et des chevalements. L’envie d’écrire ne lui est pas venue par hasard, mais par instinct. Fasciné depuis son enfance par le génie de Rod Serling et sa série La Quatrième Dimension, il chemine naturellement dans l’écriture d’histoires mystérieuses, surprenantes, surnaturelles et chargées d’émotions. Son imagination se perd dans les méandres du temps, de l’Histoire et des légendes. Il vit toujours dans le Nord, loin d’oublier les valeurs que sa famille lui a transmises.

Lauréat du Prix Plume Libre en 2018, il remporte le concours de nouvelles des Géants du Polar en 2019.

Brocélia
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/07/brocelia/

L’Œil du chaos
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/13/loeil-du-chaos/

La maison bleu horizon
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/13/la-maison-bleu-horizon/

Les prières de sang
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/22/les-prieres-de-sang/

– Psylence
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/05/psylence/

Les Galeries hurlantes
https://leressentidejeanpaul.com/2023/12/02/les-galeries-hurlantes/

Mémoire de feu
https://leressentidejeanpaul.com/2024/07/03/memoire-de-feu/

Alan Lambin et l’esprit qui pleurait
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/27/alan-lambin-et-lesprit-qui-pleurait/

Les couloirs démoniaques
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/09/les-couloirs-demoniaques/

Émotion, Conte, Dystopie, Fantastique

Les fables de l’Humpur

de Pierre Bordage
Poche – 23 mars 2022
Éditeur : J’AI LU

Dans le pays de la Dorgne, des êtres mi-hommes, mi-animaux perdent peu à peu leur patrimoine humain et s’enfoncent lentement dans la régression animale. Parce qu’il ne supporte pas de voir la jeune Troïa qu’il aime livrée aux appétits collectifs lors de la cérémonie rituelle de reproduction, Véhir brise l’enclos de fécondité et s’enfuit en quête des derniers dieux humains de la légende. Lui, le grogne paysan, va accomplir ce chemin en compagnie de Tia, une jeune prédatrice hurle en exil.

Comme souvent avec Pierre Bordage, j’ai refermé Les fables de l’Humpur avec un sourire et une joie au cœur. Cet auteur a vraiment l’art de m’emmener ailleurs, de me faire voyager dans des mondes inattendus, toujours riches et imprégnés d’une imagination débordante.

Ici, il m’a transporté dans un univers fantastico-médiéval peuplé de créatures étonnantes, des êtres mi-hommes mi-animaux, régis par les lois immuables de l’Humpur. J’y ai fait la connaissance de Véhir, un “grogne”, à la fois homme et cochon, paysan vivant dans une communauté qui ne tolère aucun écart. Mais Véhir, lui, refuse de se plier à cette obéissance aveugle. Il s’enfuit et, au fil de son chemin, découvre la forêt, ses dangers, et surtout la rencontre avec un autre grogne marginal, qui bouleversera son destin.

J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt ce héros en quête de lui-même, qui peu à peu s’affranchit de son héritage pour trouver sa propre voie. J’ai aimé voir comment les prédateurs, d’abord menaçants, apprennent à le voir autrement que comme une simple proie.

Ce qui me fascine toujours chez Pierre Bordage, c’est la force de son imaginaire et la richesse de son propos. Même quand j’avais du mal à visualiser certaines de ces créatures hybrides, j’étais totalement happé par l’histoire, par son souffle et sa profondeur.

Derrière cette fable, on retrouve des thèmes universels, le poids des croyances, la différence, la tolérance, le respect de l’autre. Des thèmes qui résonnent fort, portés par une écriture fluide, poétique et pleine de malice. J’ai pensé à Orwell (La ferme des animaux), à La Fontaine et à ses fables, mais aussi à ces contes intemporels qui ont baigné mon enfance et mon adolescence, qui, sous couvert d’animalité, nous parlent en réalité d’humanité.

Et puis il y a aussi cette romance inattendue, entre un grogne et une louve, qui apporte une tendresse particulière au récit. La fin, d’ailleurs, est à la hauteur de tout le chemin parcouru, émouvante, lumineuse, inoubliable.

Pierre Bordage signe encore une fois un roman unique, une fable humaniste qui me restera longtemps en mémoire.

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Extraits :

« Souvent les puissants prêchent la fausse vérité, Malheur à celui qui proclame la vérité vraie. »

« Ce n’est parce que les uns ripaillent les autres que les uns sont supérieurs aux autres […]. Un ordre invisible gouverne le monde, où les faibles ne sont pas toujours ceux qu’on croit. »

« Les couches de savoir s’empilent les unes sur les autres, nous empêchent de nous regarder au plus profond de nous-même, de dompter cette violence animale qui grossit à notre insu et finit par nous déborder. »

« Nous sommes tombés bien bas pour séparer les troïas de leurs petits, reprit Jarit en se secouant comme pour chasser ses souvenirs. La mère ne fournit pas seulement le lait à son nourrisson, elle arrose ses racines de tendresse, elle lui permet de se dresser vers les cieux comme un chêne ou un hêtre. »

« Ils avaient connu une civilisation magnifique, supérieure sur tous les plans à l’organisation des clans – il suffisait, pour s’en convaincre, de découvrir quelques-unes de leurs merveilles qui avaient résisté à l’œuvre destructrice du temps -, mais il s’était passé quelque chose, un événement, un désastre, qui les avait entraîné dans la chute. »

Pierre Bordage est né en janvier 1955 à la Réorthe, en Vendée. Après une scolarité sans histoire, neuf ans de karaté et quelques cours de banjo, il s’inscrit en lettres modernes à la faculté de Nantes et découvre l’écriture lors d’un atelier en 1975. Il n’a encore jamais lu de SF, lorsqu’il est amené à lire pour une dissertation Les chroniques martiennes de Ray Bradbury, qui est une véritable révélation. Découvrant à Paris un ouvrage d’Orson Scott Card édité par l’Atalante, il propose Les guerriers du silence à l’éditeur qui l’accepte. Il a publié depuis de nombreux ouvrages, qui bénéficient de la reconnaissance des amateurs et des professionnels de la science-fiction à travers notamment le Grand Prix de l’Imaginaire ou le prix Bob Morane.

Polar, Suspense, Thriller

Un escroc dans les klongs

de Alain Tardits
Broché – 29 juillet 2025
Éditeur : Phare et Lampions

Paris été 1983, les affaires ne vont pas fort pour Frédéric Taquin. Son agence de détective privé prend l’eau, le comble pour un ancien plongeur professionnel. Il accepte n’importe quel boulot, à n’importe quel prix.
Jusqu’au jour où un inconnu l’appelle pour enquêter sur la mort suspecte d’un ouvrier dans le port de Syracuse, un drame qui a défrayé la chronique. Notre enquêteur se met aussitôt à rêver de gloire. Sa secrétaire, plus futée, préférerait qu’il demande un bon paquet de pognon.
Piqué au vif et prêt à en découdre, Taquin se précipite en Italie pour sonder les fonds marins. Là, il découvre un faisceau d’indices dignes d’une escroquerie signée La Pieuvre.
Imprévus et dangers s’invitent au bal : il se retrouve propulsé dans les bas-fonds de Bangkok, en pleine mousson, sans argent et affublé d’un coéquipier incompétent.
Bref, aucun conducteur de tuk-tuk ne miserait un baht sur lui. Heureusement, sa secrétaire décide de s’en mêler…

Un escroc dans les klongs est le premier d’une série de 4 romans qui relatent les enquêtes aventureuses de Frédy Taquin.

Avec Un escroc dans les klongs, Alain Tardits m’a embarqué dans un univers visuel et plein de raillerie, qui m’a immédiatement fait penser à Audiard ou à Léo Malet. J’y ai rencontré Frédéric Taquin, dit Frédy, un détective privé cabossé, un peu bedonnant, ancien militaire, flic, plongeur sur plateformes pétrolières… bref, un homme revenu de tout, mais qui espère encore décrocher “le” bon coup. Sa verve colorée et son humanité fatiguée en font un personnage haut en saveur. À ses côtés, sa secrétaire Estelle, ancienne comédienne, fine mouche au caractère bien trempé, apporte une indispensable touche de malice et de vivacité.

Le récit se déroule en 1983, dans une société où les femmes peinent encore à se faire une place, et où certaines se battent pour changer la donne. Sylvia, l’ex-femme de Frédy, fait partie de celles qui ont réussi. Pourtant, derrière sa belle situation, elle cache des zones d’ombre… et c’est elle qui engage Frédy pour une sombre affaire d’assurance en Sicile. Une mort suspecte, un requin blanc, un héritage douteux, dès les premières pages, ça sent l’arnaque, et Frédy, avec son flair de vieux routier, plonge tête baissée dans l’enquête.

De Syracuse à Naples, puis jusqu’à Bangkok en pleine saison des pluies, je l’ai suivi dans un tourbillon d’action. Entre les bas-fonds humides des klongs, les canaux grouillants d’une vie misérable, une chaleur moite et une pluie lourde et poisseuse, Frédy avance dans une ville tentaculaire où la splendeur et la misère se tiennent par la main. Bangkok, c’est le théâtre de tous les excès. De nombreux étrangers qui pratiquent le tourisme sexuel, des Occidentales en mal d’aventure, des mafieux qui règnent en maîtres, des petites frappes de tous horizons et des Thaïlandais qui luttent pour survivre. Tout se mélange dans cette moiteur suffocante. Luxe ostentatoire, pauvreté extrême, magouilles en tout genre. Une ville fascinante et venimeuse à la fois, où chaque coin de rue cache une nouvelle embrouille. Les dangers sont omniprésents, et pourtant l’humour ne lâche jamais prise.

Ce roman est bien plus qu’une enquête policière, c’est une vraie aventure. Alain Tardits a le chic pour ciseler des dialogues pleins de mordant, et croquer avec malice les travers des sociétés traversées. Les personnages secondaires ne sont jamais décoratifs, chacun apporte une pierre solide à l’intrigue. J’ai ressenti à chaque page l’énergie brute d’un récit d’action, doublée d’une écriture savoureuse.

Un petit regret personnel.
J’aurais aimé davantage de chapitres, afin de rythmer le récit et pour souffler un peu entre deux rebondissements. Mais c’est bien la seule réserve face à ce premier opus réjouissant, dépaysant et incroyablement vivant.

Un héros cabossé mais attachant, une intrigue foisonnante, un humour omniprésent, et un voyage entre Paris, Sicile et Bangkok… Un escroc dans les klongs est une lecture qui décoiffe et qui change des sentiers battus dont j’attends avec impatience la suite…

Merci à Élias Achkar pour cette belle découverte, et bravo à Alain Tardits pour ce premier opus réjouissant et décalé à souhait.

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Extraits :

« Je donnais un tour de clé à molette sur l’embout du radiateur quand le téléphone sonna. Au moment où Estelle, ma secrétaire, décrocha, je sentis la catastrophe arriver. D’abord en tant que plombier, ensuite en tant que flic. Un mini geyser se mit à rugir, que la voix pourtant perçante d’Estelle eut du mal à couvrir.
– Pour toi.
Elle prononça ces mots d’une voix froide et me tendit le combiné d’une main ferme. Son visage n’exprimait rien, ce qui était inhabituel. »

« Couleur muraille à force d’attendre contre un mur en parpaing, un sentiment de désolation s’était infiltré dans mes veines. Quelle marche avais-je ratée dans ma vie pour me retrouver si bas? En embuscade de nuit dans le parking d’un immeuble de banlieue qui s’appelait le Grand Large et était surnommé le Gros-Cul par ses propres habitants.
Qu’avais-je réalisé avec mes supposées grosses épaules ? Ma mère les disait taillées pour l’aventure. Elle aimait les belles formules. Dans les faits, ma carcasse tanguait inexorablement vers la côte de la quarantaine rugissante, le cap Horn de la forme, et l’Aventure avec un A majuscule continuait de se débiner, je stagnais plutôt dans les abysses de l’anonymat et des fins de mois difficiles. »

« L’air frais matinal de la montagne balaye les larges rues turinoises, il picote le nez. Le soleil n’a pas encore écrasé la ville de chaleur. L’énergie gonfle les voiles de chaque habitant.
Bernardo Bernardi retrouve ses réflexes d’ancien commercial en vadrouille : humer les odeurs du trottoir, remplir ses poumons de l’atmosphère d’un lieu avant un rendez-vous important. »

« Le pont de singe a été emporté par les pluies, sa disparition m’oblige à un détour imprévu. Dans les goulets d’étrangle-ment, les klongs débordent et les sols spongieux sont aussi glissants qu’une savonnette. Je rampe plus que je ne marche, m’accroche à ce qui dépasse, chaque muscle travaille, de la pupille aux doigts de pieds. Avec la force des courants, un plongeon inopiné serait périlleux. Le bruit me sert de boussole, les gorets égorgés à la chaîne couinent avec force. Après beaucoup de tâtonnements, je termine ma course dans un cul-de-sac. Un enfant solitaire, assis sur les talons au sommet d’un monticule d’ordures, bras squelettiques enlacés autour des genoux, crâne rasé, se lève pour me servir de guide, sans un mot. »

Né à Paris, Alain Mendou Tardits a vécu une partie de son enfance au Cameroun, d’où il a rapporté des souvenirs et son deuxième prénom. En France, il a laborieusement obtenu une licence de littérature américaine, qui lui a ouvert les portes de nombreux métiers : moniteur de boxe, vendeur de fringues, joueur de poker, homme sandwich, conteur, organisateur de tournois d’échecs et de spectacles, etc.
Il alterne depuis entre sketches, scénarios, contes historiques, et maintenant, romans policiers.

Humour, Noir, Polar, Suspense, Violence

Sans pitié ni remords

de Nicolas Lebel
Poche – 10 mai 2017
Éditeur : Le Livre de Poche

9 novembre. Le capitaine Mehrlicht assiste aux obsèques de son ami Jacques Morel. Quelques heures plus tard, un notaire parisien lui remet une enveloppe contenant un diamant brut : l’œil d’une statue dérobée au musée des Arts d’Afrique et d’Océanie dix ans plus tôt.
De leur côté, les lieutenants Latour et Dossantos sont appelés pour constater un suicide, puis assistent à la défenestration d’une femme qui avait réclamé la protection de la police. Les deux victimes avaient un point commun : elles travaillaient ensemble au musée.
La chasse au trésor organisée par Jacques vire alors au cauchemar. Que cherchent ces anciens légionnaires, qui apportent la guerre à Paris dans un jeu de piste sanglant jalonné de cadavres ? Mehrlicht et son équipe ont quarante-huit heures pour boucler cette enquête sous haute tension, dans laquelle bouillonnent la fureur et les échos des conflits qui bouleversent le monde en ce début de XXIe siècle.

Retrouver le capitaine Mehrlicht dans Sans pitié ni remords de Nicolas Lebel, c’est comme retrouver un vieil ami qui parle cash, qui grogne, mais qui vous fait rire à chaque réplique. Ce flic atypique, cultivé et grinçant, me donne toujours l’impression de sortir d’un film d’Audiard. Et autour de lui, son équipe prend de l’épaisseur, s’affine, se bonifie au fil des enquêtes.

Ce que j’aime chez Nicolas Lebel, ce n’est pas seulement ses intrigues tordues et captivantes, mais surtout son style, cette plume pleine de verve et de malice, où chaque page réserve une phrase qui arrache un sourire. Derrière l’humour et les dialogues savoureux, il y a aussi une passion réelle pour la France, pour son Histoire, pour ses mots. Et ça, je le ressens à chaque lecture.

L’affaire qui nous entraîne ici démarre avec une statuette africaine volée, “Le Gardien des Esprits”. Une disparition vieille de plusieurs années qui resurgit quand Mehrlicht, tout juste endeuillé par la mort de son meilleur ami, hérite de ses biens… et découvre un diamant lié directement à ce vol. Très vite, le voilà suspecté, arrêté même, et au cœur d’une enquête qui croise suicides douteux, vols d’art, manipulations et mercenaires sans scrupules.

À côté de ce puzzle haletant, Nicolas s’amuse à glisser de la poésie, de la cryptographie, des références à Baudelaire, et même un message caché page 377, comme un clin d’œil complice à ses lecteurs attentifs. J’adore ces détails qui font toute la richesse de ses romans.

Lire Sans pitié ni remords, c’est plonger dans une intrigue palpitante, foisonnante, où l’intelligence du texte se mêle à un suspense implacable. C’est aussi retrouver un univers familier, des personnages attachants, et surtout un auteur qui, une fois de plus, me bluffe par son talent.

Nicolas Lebel est décidément trop fort. Et moi, je me suis régalé, sans pitié… mais avec beaucoup de plaisir.

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Extraits :

« Mehrlicht exhala la fumée de sa Gitane. Il la sentit filer sur sa joue et s’évanouir derrière lui. Son pouls battait fort dans sa gorge au rythme de ses pas sur l’allée de gravier. Son téléphone collé à l’oreille, il parvint enfin à l’arc de triomphe du Carrousel. Il examina l’ouvrage massif à la gloire de Napoléon Bonaparte, l’empereur qui avait mis l’Europe à genoux. Un monument de plus pour célébrer la guerre. Au-delà, le Louvre resplendissait sous la lumière crue d’un soleil pâle qui jouait avec les angles de la pyramide de verre.
Le capitaine s’arrêta et tourna sur lui-même ; l’automne avait dépouillé les arbres et les buissons du jardin des Tuileries ; rien ne bloquait véritablement la vue. »

« — Je lui annonce « Police nationale», elle me raccroche au nez… Police nationale ! Ça ne veut plus rien dire pour personne ! Aberrant ! Alors qu’on est là pour les aider ! se lamentait Dossantos en observant l’écran noir du téléphone de Ghislaini.
Cuvier l’approuva.
— Parce que tous les gens ont un truc à se reprocher, aujourd’hui. Ils sont pas clairs…
Carrel les ignora et rejoignit son assistant. Latour regarda Dossantos. Il semblait sincèrement dépité. »

« Émilie Monchant travaillait aujourd’hui dans une société française, Négoce-Afrique, dont la spécialité était l’import-export avec la République démocratique du Congo, le Congo-Brazzaville, le Gabon et le Sénégal. À quarante et un ans, la jeune femme blonde et élancée pouvait sincèrement affirmer qu’elle avait consacré toute sa vie à l’Afrique. Et une grande partie à l’art bakongo. »

Nicolas Lebel est un auteur français.

Il est également enseignant et traducteur.

Il a fait des études de Lettres et d’anglais puis il s’est orienté vers la traduction. Il est parti en Irlande quelque temps avant de devenir professeur d’anglais.

Passionné de littérature et de linguistique, il publie en 2006 une première fiction, une épopée lyrique en alexandrins : « Les Frères du serment« .

En 2013, il publie aux Éditions Marabout « L’Heure des fous » (Prix des lecteurs polar du Livre de Poche 2019), en 2014, « Le Jour des morts« , en 2015, « Sans pitié, ni remords » (Prix Anguille-sous-Roche), en 2017, « De cauchemar et de feu«  (Prix du Festival Sans Nom), puis, en 2019, « Dans la brume écarlate » (Prix Coquelicot Noir du Salon du Livre de Nemours), cinq romans policiers caustiques où histoire, littérature et actualités se mêlent. Des romans noirs qui interrogent et dépeignent la société française contemporaine avec humour et cynisme, dont le ton est souvent engagé, et le propos toujours humaniste. Ces cinq romans mettent en scène le capitaine Mehrlicht.

En 2021, il reçoit le Prix Griffe Noire du meilleur roman policier français de l’année pour « Le gibier ».
En 2023, il se met en disponibilité de l’Éducation nationale pour se consacrer à l’écriture de romans et de scénarios.

Facebook : https://www.facebook.com/pages/Nicolas-Lebel-Polars/485293481534883

Émotion, Drame, Histoire vraie, Polar, Violence

Une saison de colère

de Sébastien Vidal
Broché – 22 août 2025
Éditeur : Le mot et le reste

À Lamonédat, commune de Corrèze de cinq mille âmes, le printemps est de retour. La nature s’éveille et se déploie en une beauté qui subjugue. Pourtant, la colère gronde. Tenaillés entre la fermeture du site de VentureMétal, principal employeur de la ville, et un projet touristique qui menace la Coulée verte, poumon vert auquel tous sont attachés, les habitants doivent s’organiser pour protéger leur cadre de vie face à des enjeux économiques qui leur échappent. Entre grève générale et création d’une ZAD, les esprits s’échauffent. Meurtres, secrets, révolte relient Julius, Gregor, Jolène, Jarod et les autres, tous en proie aux doutes. Ensemble, ils traversent les épreuves et expérimentent la convergence des luttes et la force de la solidarité.

Je viens de tourner la dernière page d’Une saison de colère et je peux le dire, je l’ai lu d’une traite, le souffle court, les dents serrées. Dès les premières pages, la colère a jailli. Celle des personnages, mais aussi la mienne. Une colère sourde, enfouie, que Sébastien Vidal fait remonter à la surface avec une intensité rare.

J’avais découvert l’auteur avec De neige et de vent, un polar en huis clos, qui n’en était pas vraiment un, où la nature et l’humanité se répondaient. Avec son nouveau roman, il va encore plus loin. Ce polar est un prétexte pour mettre en avant la voix collective, celle des habitants de Lamonédat, qui pris au piège d’un système injuste, broyés par les décisions d’une multinationale toute-puissante, se doivent de réagir.

VentureMétal ferme ses portes. Derrière les licenciements, les mensonges, les manœuvres politiques, se cache une vérité bien plus sombre. Et quand les plus riches imposent leurs règles, que reste-t-il aux autres, sinon la colère et la révolte ?

Sébastien est un écrivain courageux. Il ose pointer du doigt ce qui dérange. L’argent-roi, l’injustice sociale, le mépris des puissants pour les plus fragiles. Mais il ne s’arrête pas à la noirceur, il y met aussi de la tendresse, de la solidarité, de l’amour. Ses personnages, profondément humains, malgré certaines faiblesses, portent chacun une étincelle de lumière dans ce récit où tout pourrait basculer vers le chaos.

C’est ce mélange qui m’a bouleversé, la dureté du réel, mais aussi la poésie, l’émotion, la beauté. Un roman fort, engagé, terriblement actuel, qui serre le cœur et le réchauffe à la fois.

Oui, Une saison de colère est un grand livre. Et je ne peux qu’inviter chacun d’entre vous à le lire. Parce que nous devons rester unis et solidaires. Parce que la littérature, parfois, nous aide à transformer notre colère en force.

👉 Sortie le 22 août.
Un livre à lire absolument.

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Extraits :

« Des gens crient de plusieurs endroits. Des voix d’hommes et de femmes qui appellent et demandent du matériel. Il fait nuit et les lueurs des gyrophares glissent sur la pluie qui tombe. Ça sent les produits chimiques, l’acide qu’on met dans les batteries. Il y a des relents d’hydrocarbures qui se mêlent aux gouttes d’eau. L’odeur âcre du caoutchouc qui brûle râpe la gorge de Julius Sinclair. Il est à plat ventre sur le goudron luisant et trempé, son uniforme imbibé lui colle à la peau. La nuit est là depuis deux heures et la lune afflige de sa blêmeur banale une scène d’épouvante. »

« La jeune femme ne répond pas et sa main reste inerte. Les ultimes phrases qu’elle a dites reviennent à son esprit. Il entend sa propre voix, comme un esprit qui s’adresse à lui de l’au-delà. Il ne saurait l’expliquer, mais ce qu’elle lui a confié est très important, il doit s’en souvenir. Il le lui a promis. Maintenant la chaleur est intenable, Julius grimace et ferme les yeux pour éviter de paniquer. Il se demande ce que font les pompiers. Les gouttes de pluie sur son front sont remplacées par une abondante transpiration. »

« Raisons de mourir : la bêtise humaine, la bourse, les hérissons écrasés sur les routes, les fast-foods, les fachos, tous les intégristes religieux, et ce putain de don.
Raisons de vivre : les crépuscules, les grillons au mois de mai, le rire des femmes, Guillevic, le vin, l’odeur du pain grillé, le parfum du jasmin et ce putain de don.
Julius était encore sonné de sa nuit au sommeil erratique. Il repensa au carambolage, à Isabelle. Dix années s’étaient écoulées et c’était toujours une blessure qui suppurait. Il posa son stylo et relut ce qu’il venait d’écrire. Il sourit. Les deux listes lui convenaient. »

« Pour lui, cet endroit était un site de production comme un autre, mais insuffisamment rentable. Une fois délocalisé en Roumanie ou en Hongrie, il pourrait rapporter trois fois plus. »

Sébastien Vidal a partagé ses brèves études entre Cantal et Corrèze et vit à Saint Jal (Corrèze). Passionné d’histoire, il a entamé une saga romanesque en hommage à la Résistance avec un diptyque Les Fantômes rebelles puis Les clandestins de la liberté en 2011 et 2012.

Né en Corrèze, c’est un romancier qui sévit dans le polar. Il affectionne les ambiances dans lesquelles la nature prend toute sa place et installe ses histoires en milieu rural, territoire où il y a beaucoup de choses à dire et à montrer, tant du point de vue sociétal que social. Gros amateur de lecture, il avoue une préférence pour les auteurs d’Outre-Atlantique tels que Cormac Mc Carthy, Louise Erdrich, John Irving et Ron Rash, Stephen King ou encore Jim Harrison et Jack London. En France, ses goûts se portent sur Franck Bouysse, Antoine de Saint-Exupéry, Claude Michelet ou encore Laurent Gaudé, Sandrine Collette ou Hervé Le Corre. Pour lui, un roman c’est d’abord des personnages et un style travaillés.

Émotion

Stoner

de John Williams
Poche – 31 août 2011
Éditeur : J’ai lu

Né pauvre dans une ferme du Missouri en 1891, le jeune William Stoner est envoyé à l’université par son père – et au prix de quels sacrifices –, pour y étudier l’agronomie. Délaissant peu à peu ses cours de traitement des sols, ce garçon solitaire découvre les auteurs, la poésie et le monde de l’esprit.

LU, AIMÉ ET LIBREMENT TRADUIT PAR ANNA GAVALDA

Je viens de tourner la dernière page de Stoner, et j’ai encore le cœur serré. Ce roman m’a bouleversé par sa beauté sobre et lumineuse. Je crois que la traduction d’Anna Gavalda y est pour beaucoup, elle a su capter la voix de John Williams avec une justesse et une délicatesse incroyable, d’un roman qui devait dégager déjà une certaine force. Mais au-delà des mots, il y a cette histoire simple, presque banale en apparence, qui se révèle d’une intensité rare.

William Stoner m’a profondément touché. Sa vie est celle d’un homme modeste, discret, qui ne cherche ni la gloire ni les honneurs, mais qui avance, jour après jour, avec sincérité. J’ai aimé sa passion pour la littérature, sa volonté de la transmettre à ses étudiants, son honnêteté dans un monde parfois injuste. Et j’ai souffert avec lui, face aux épreuves, aux désillusions, aux amours contrariés. Quand enfin une lueur de bonheur semblait s’offrir à lui, j’ai eu envie d’y croire, de lui souhaiter cette paix qu’il méritait tant.

Ce qui m’a bouleversé, c’est cette manière d’écrire la vie sans fioritures, sans analyses interminables. Une narration fluide, détachée, qui laisse toute la place à l’émotion brute. Et plus j’avançais, plus je m’attachais à cet homme qui aurait pu rester ordinaire, mais qui devient extraordinaire par sa fidélité à lui-même.

J’ai vécu sa vie en même temps que lui. J’ai vibré, souri parfois, et souvent souffert. Et lorsque la fin est arrivée, j’ai eu l’impression de perdre un ami.

Je referme ce livre avec gratitude et regret. Gratitude envers John Williams pour avoir écrit cette merveille, et envers Anna Gavalda pour l’avoir offerte au public français. Regret, parce qu’il a fallu tant d’années pour que ce roman traverse l’Atlantique et arrive enfin jusqu’à nous.

Stoner n’est pas seulement une lecture, j’ai vécu une expérience très particulière.

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Extraits :

« Il était né en 1891 dans une petite ferme au cœur du Missouri près de Booneville, village situé à une soixantaine de kilomètres de Columbia où siégeait justement ladite université. Bien que ses parents tussent encore jeunes au moment de sa naissance – son père avait vingt-cinq ans, sa mère à peine vingt – Stoner, même quand il était enfant, les trouvait vieux. Il est vrai qu’à trente ans son père en paraissait vingt de plus.
Brisé par le travail, il observait sans le moindre espoir l’ingrate parcelle de terre qui permettait à sa famille de survivre jusqu’à l’année suivante ; quant à sa mère, elle acceptait son existence avec résignation. Tout cela n’était, et ne serait jamais rien d’autre, qu’un long moment à endurer… »

« – Allons… Vous l’ignorez, monsieur Stoner ?
Ne comprenez-vous donc toujours pas qui vous êtes ? Mais vous serez professeur !
D’un coup, Sloane lui sembla très loin et les murs de son bureau s’évanouirent. Il avait l’impression d’être suspendu dans les airs et entendit sa voix qui demandait :
– Vous êtes sûr ?
– Certain, répondit doucement Sloane.
– Comment pouvez-vous le savoir ? Comment pouvez-vous en être si sûr ?
– C’est l’amour, monsieur Stoner ! rétorqua Sloane sur un ton joyeux. Vous êtes amoureux !
C’est aussi simple que cela ! »

« Un après-midi du mois de février, quelques jours seulement après le début du second semestre, Stoner reçut un coup de téléphone de la secrétaire de Gordon Finch. Celle-ci lui annonça que monsieur le doyen souhaitait le voir et lui demanda s’il pouvait passer dès maintenant ou le lendemain matin. Il raccrocha, resta un moment interdit, la main toujours posée sur le combiné, puis soupira. Il secoua la tête et descendit un étage. »

« De temps en temps, ils levaient les yeux et se souriaient avant de retourner à leurs lectures. Parfois William s’échappait de son livre et son regard se perdait dans la contemplation de l’arrondi de son dos ou des osselets de sa nuque sur laquelle une petite mèche de cheveux s’amusait toujours à tenir en équilibre, alors le désir montait en lui. Doucement. Tranquillement. Il se levait, venait derrière elle et plaçait ses mains sur ses épaules. »

John Williams (1922-1994), né au Texas, a étudié au Colorado et obtenu son doctorat dans le Missouri où il a fait ses premiers pas de professeur. Après avoir servi dans l’armée de l’air de 1942 à 1945, il a enseigné la littérature et l’art d’écrire pendant trente ans à l’université de Denver.
Il est l’auteur de deux recueils de poèmes, d’une anthologie sur la poésie anglaise de la Renaissance et de quatre romans, dont Stoner, publié en 1965.

Émotion, Drame, Roman, Suspense

Les étincelles

de Julien Sandrel
Poche – 3 mars 2021
Éditeur : Le Livre de Poche

La jeune Phoenix, vingt-trois ans, a le goût de la provocation, des rêves bien enfouis, et une faille terrible : il y a trois ans, son père, un scientifique, s’est tué dans un accident de voiture en allant rejoindre une autre femme que sa mère. Depuis, Phoenix le déteste. À cause de lui, elle a abandonné études et passions et enchaîne les petits boulots. Mais un jour, dans un carton qui dort à la cave, elle découvre la preuve que son père se sentait en danger. Ainsi qu’un appel à l’aide énigmatique, écrit dans une langue étrangère. Et si elle s’était trompée ? Et si… la mort de son père n’avait pas été un accident ?
Aidée de son jeune frère, un surdoué à l’humour bien ancré, Phoenix se lance à la recherche de la vérité. Mais que pourront-ils, tout seuls, face à un mensonge qui empoisonne le monde ?

Julien Sandrel confirme son talent de conteur.
Sandrine Mariette, Elle.

Un roman haletant, engagé et profondément humain. Entre enquête à haut risque, secrets familiaux et suspense digne d’un thriller portée par Phoenix, une héroïne bouleversante. Émotion, humour, amour et courage se mêlent pour offrir un récit vibrant, ancré dans notre époque. Et ce retournement final… magistral !
Oups…
Je suis allé un peu trop vite encore emporté par le récit !

Avec Les étincelles, Julien Sandrel m’a une nouvelle fois touché en plein cœur. Ce troisième roman marque un virage plus engagé, sans renoncer à la tendresse et à l’humanité qui caractérisent son écriture. Il y aborde une thématique forte, ancrée dans notre époque, le courage de dénoncer les abus des puissants.

Phoenix, jeune étudiante, peine à faire le deuil de son père, qu’elle croyait volage. Entre colère et chagrin, elle garde un souvenir amer de celui qui avait pourtant nourri sa passion pour la musique. Jusqu’au jour où sa grand-mère, voyant sa petite-fille s’enliser dans une tristesse sans fin, l’incite à fouiller dans les affaires laissées par son père. Dans un vieux carton, Phoenix découvre un message troublant. Son père se savait en danger. Elle se demande alors si son père n’était pas mort accidentellement mais avait été assassiné , Oui mais pourquoi aurait-il été assassiné ?

Avec son frère et Victor, une rencontre inattendue, Phoenix se lance dans une quête dangereuse. Leur enquête les mène dans les coulisses d’un monde opaque, fait de multinationales aux moyens colossaux, de réseaux d’influence, de menaces réelles. Le suspense est constant, rythmé par des rebondissements et la voix de narrateurs secondaires qui enrichissent le récit.

J’ai vibré avec Phoenix, ressenti son désarroi, son courage, et cette soif brûlante de vérité. J’ai admiré la façon dont Julien Sandrel mêle l’aventure, l’humour, l’émotion et un regard lucide sur notre monde. Ce roman rappelle les risques que prennent les lanceurs d’alerte et souligne la force des liens familiaux.

Arrivé à la page 243, un retournement m’a laissé sans voix…
Julien a une façon unique de faire passer de belles émotions.
Les étincelles est à la fois un roman haletant, une histoire d’amour puissante, et un plaidoyer pour la justice.
Une lecture que je recommande sans réserve.

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Extraits :

« La lumière est tellement forte. Charlie a tellement chaud. Le paysage en devient presque flou. Ou bien est-ce la vitesse de la voiture qui brouille ses sens ?
C’est étrange, cette sensation qui l’envahit, au moment où le véhicule quitte la route. La terreur sourde se mêle à une forme de beauté. Oui, c’est cela, il y a quelque chose d’infiniment gracieux dans ce temps suspendu, ces secondes de chute.
Sept, six, cinq.
La voiture pique du nez.
Dans quelques instants, ce sera le choc. Charlie le sait.
Ses muscles se crispent.
L’ensemble de son corps se tend.
Il n’avait pas imaginé que sa vie finirait ici.
Quatre, trois.
Charlie pense à sa femme, à ses enfants, à sa mère aussi. Il voudrait leur dire qu’il les aime. Leur donner la force d’avancer sans lui.
Mon Dieu, c’est tellement injuste.
Charlie se met à pleurer. De peur. De rage. De tristesse. »

« Au fond, depuis que le piano et mon père m’ont abandonnée, je ne sais plus qui je suis vraiment.
Je n’ai jamais parlé de ce problème à ma mère. L’histoire que je lui ai servie, c’est qu’avec la mort de papa, je n’étais plus obligée de faire semblant. Je lui ai dit avoir pris conscience que mon avenir n’était pas dans le piano et vouloir tout arrêter. Alors j’ai renoncé aux études de musique et j’ai emprunté le chemin de la fac de sciences. Soulagée que « j’assure mes arrières » en devenant prof de SVT plutôt qu’intermittente du spectacle, ma mère n’a pas cherché plus loin et a vendu le piano. »

« Si, comme elle le pense, son père a bien été assassiné, alors cela implique encore d’autres degrés d’actions criminelles liées à Lumière. En plus de la dissimulation, de la subornation de témoins et autres réjouissances lobbyistes, il y aurait donc tout un volet de meurtres directs avec préméditation. Tout cela prend des dimensions tellement énormes…
Je lève les yeux et remarque que Phoenix pleure en silence. Alors je m’approche et l’enveloppe de mes bras, comme on console une enfant. Elle s’y blottit, et nous restons comme cela.
Le monde s’arrête de tourner. Ou plutôt, je comprends à cet instant que le monde peut bien faire ce qu’il veut, je suis à ma place.
Je ferme les yeux, pour graver en moi ce trouble qui pénètre mon âme, et fait renaître des sensations presque oubliées. Je cueille cet instant, je le chéris, mais je ne suis pas dupe. Il a la saveur violente de l’éphémère. »

Julien Sandrel est né en 1980 dans le sud de la France et vit à Paris. Son premier roman La Chambre des merveilles a connu un succès fulgurant et a obtenu plusieurs prix littéraires, dont le prix Méditerranée des lycéens 2019. Traduit dans vingt-six pays et adapté au théâtre, il est également porté à l’écran par la réalisatrice Lisa Azuelos et l’actrice Alexandra Lamy. Ses romans suivants, La vie qui m’attendait, Les étincelles, Vers le soleil et Merci, Grazie, Thank you, ont eux aussi rencontré un grand succès en librairie. Parallèlement à son activité de romancier, Julien Sandrel travaille en tant que scénariste, aussi bien sur des adaptations de ses romans que sur des projets originaux.