Adolescence, Émotion, Histoire, Suspense, Thriller historique

Papillon de nuit

de R. J. ELLORY
Poche – 1 février 2017
Éditeur : Le Livre de Poche

Assassinat de Kennedy, guerre du Vietnam, luttes pour les droits civiques, Ku Klux Klan : c’est dans cette Amérique en crise des sixties que Daniel Ford a grandi. Et c’est là, en Caroline du Sud, qu’il a été accusé d’avoir tué Nathan Verney, son meilleur ami.

1982. Daniel est dans le couloir de la mort. Peu de temps avant son exécution, un prêtre vient recueillir ses dernières confessions. Bien vite, il apparaît que les choses sont loin d’être aussi simples qu’elles en ont l’air. Papillon ne nuit, premier roman publié de R. J. Ellory, nous emporte là où rodent la folie et le complot.

    Récit qui entremêle présent et passé, émotions intimes
    et convulsions de la grande histoire, Papillon de nuit tient ses promesses
    dans un tourbillon de sensations et d’interrogations métaphysiques.
    François Lestavel, Paris Match.

    Un portrait saisissant, dur et troublant de l’Amérique.
    Emmanuel Romer, La Croix.

    Lorsque j’ai ouvert Papillon de nuit, de R. J. Ellory, je me doutais que j’entrais dans un roman intense, en effet, son roman “Seul le silence” m’avait beaucoup touché il y a quelques années. Mais je n’imaginais pas à quel point cette histoire allait me bouleverser.

    Daniel Ford attend dans le couloir de la mort. Il est accusé d’avoir tué son meilleur ami, Nathan Verney, douze ans plus tôt. Daniel est blanc, Nathan était afro-américain. Pourtant, depuis l’enfance, ils avaient traversé ensemble une Amérique tourmentée, affrontant le racisme, la violence et les fractures d’un pays en pleine mutation.

    Très vite, une question me hante. Daniel est-il vraiment coupable ?
    Et s’il ne l’est pas, comment en est-il arrivé là ?

    Au fil du récit, Daniel replonge dans ses souvenirs. Par petites touches, par fragments, il me raconte son histoire. Celle de deux enfants de six ans dans l’Amérique des années cinquante. Deux garçons liés par une amitié sincère et indestructible, du moins en apparence. Mais le temps passe, les illusions s’effritent, et la magie qui illuminait leurs regards d’enfants se fissure peu à peu face aux désillusions de l’âge adulte.

    À travers cette histoire intime, l’auteur m’immerge dans une période particulièrement agitée de l’histoire américaine. La guerre du Vietnam, les tensions raciales, les luttes politiques, le Watergate, les Kennedy, Martin Luther King, le Klu Klux Klan… autant d’événements qui forment la toile de fond de ce destin tragique. Mais au-delà de l’Histoire, c’est surtout dans le cœur de Daniel que je me suis retrouvé plongé. Et ce voyage est bouleversant. Page après page, j’ai ressenti la douleur, l’injustice et l’incompréhension.

    Impossible de rester insensible à cette histoire profondément humaine. Elle m’a littéralement serré la gorge. J’ai terminé ce roman le cœur lourd, les yeux humides, encore habité par cette amitié brisée et par cette tragédie.
    Le style de R. J. Ellory est d’une grande sensibilité. Par moments, il frôle même la poésie, contrastant avec la dureté du sujet. Le récit avance comme un long chemin vers la vérité, dévoilant peu à peu ses zones d’ombre et ses secrets.
    Une fois commencé, je n’ai plus réussi à lâcher ce livre. Pendant quelques heures, j’ai vécu dans l’esprit de Daniel, suspendu à son destin et dans l’attente de son exécution.

    Un roman dense, puissant et profondément émouvant, qui ne peut laisser indifférent, un excellent moment de lecture…

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    Extraits :

    « Quatre fois j’ai été trahi – deux fois par des femmes, une fois par le meilleur ami qu’un homme puisse désirer, et finalement par une nation. Et peut-être, à vrai dire, me suis-je trahi moi-même. Alors ça fait cinq.
    Mais malgré tout, malgré tout ce qui s’est passé à l’époque, et tout ce qui se passe maintenant, ça a tout de même été magique.
    Absolument magique. »

    « M. Timmons croit lui aussi que je n’ai pas tué Nathan Verney en Caroline du Sud par une nuit fraîche de 1970.
    Mais il ne le reconnaîtra jamais. Ce n’est pas à lui de remettre ces choses en question, car il y a la justice, les cours d’appel fédérales et d’État, et il y a de grands hommes graves armés de livres épais qui analysent ces choses en détail, qui font les lois, qui sont la loi, et qui est M. Timmons pour remettre tout ça en cause ?
    M. Timmons est gardien dans le couloir de la mort, il fait son boulot, il obéit aux règles, et il laisse ces questions d’innocence et de culpabilité au gouverneur et au petit Jésus. Il n’est pas censé prendre de telles décisions, il n’est pas payé pour ça. Alors il ne le fait pas.
    C’est plus simple ainsi. »

    « Certaines personnes affirment que la peine de mort est une solution trop facile, bien trop rapide. Ils disent que ceux qui ont commis un meurtre devraient souffrir autant que leur victime. Eh bien, croyez-moi, c’est le cas. Ils oublient les années que les gens comme moi passent ici, deux étages au-dessus de l’enfer. Ils n’ont jamais entendu parler des types comme M. West, et de son sentiment que le châtiment devrait être à la hauteur du crime, que vous soyez coupable ou non. Les gens n’ont vraiment aucune idée de ce que ça fait de savoir que vous allez mourir, et après les premières années ce jour peut arriver n’importe quand. »

    « Je nous revois maintenant, nous tenant tous là, le révérend, la sorcière qui avait mangé son mari, le gamin noir qui avait mis à terre Marty Hooper chez Benny’s, le Blanc emprunté, et le jeune dégingandé à la peau pâle qui portait cette minuscule fillette de couleur. Je nous revois maintenant comme si c’était une photo, et je pense à ce qui aurait dû être. Nous étions la famille universelle, il n’y avait pas de différence, nous parlions la même langue, nous respirions tous le même air, mangions la même nourriture et partagions le même chagrin. »

    Roger Jon Ellory est né à Birmingham. Sa mère, danseuse et actrice, l’élèvera seule jusqu’à ce qu’une pneumonie la terrasse au tout début des années 1970. À 16 ans, il rejoint sa grand-mère maternelle, qui décèdera en 1982. Après avoir connu la prison à l’âge de 17 ans, il se consacre à plusieurs activités artistiques – graphisme, photographie… et musique : il joue de la guitare dans un groupe de rock, les Manta Rays, qu’il quittera à la mort du batteur.

    Il se plonge alors dans la lecture, et sa passion pour la littérature de fiction ne fait que croître. Ses auteurs de prédilection: sir Arthur Conan Doyle, Michael Moorcock, Tolkien, Stephen King… Entre 1987 et 1993, RJ Ellory écrivit pas moins de vingt-deux romans, chacun lui valant systématiquement des refus éditoriaux, polis mais fermes, des deux côtés de l’Atlantique : en Angleterre, on refusait de publier des romans situés aux États-Unis qui étaient écrits par un citoyen anglais, et outre-Atlantique, on ne voulait pas de romans ayant les États-Unis pour cadre alors qu’ils étaient l’œuvre d’un Britannique…

    Découragé, RJ Ellory cesse d’écrire et occupe un emploi de bureau pour la première fois de sa vie. En 2001, il reprend la plume et écrit trois romans en moins de six mois. Le second, Candlemoth, sera publié par Orion ; nommé pour le Crime Writers’ Association Steel Dagger for Best Thriller 2003, il est traduit en plusieurs langues. Mais c’est avec Seul le silence, son cinquième roman publié en Angleterre que le public français le découvre. Suivrons, toujours chez Sonatine Editions, Vendetta en 2009 et Les Anonymes en 2010.

    Adolescence, Émotion, Histoire vraie, Historique

    Noé, l’enfant de la liberté

    de Corine Valade
    Broché – 13 janvier 2026
    Éditions : Les MOISSONS

    Il n’avait rien. Pas même un nom.
    Seulement une volonté farouche de vivre…

    Inspiré d’une histoire vraie, ce roman suit le destin de Noé, un jeune orphelin confié aux bons soins d’une religieuse dans un hospice de Guéret, en 1857.
    À seulement 10 ans, l’enfant est envoyé à la colonie agricole de Mettray, célèbre pour être le premier centre d’éducation spécialisée pour délinquants mineurs en Europe.
    Il y découvre la violence du système mais aussi l’espoir, porté par quelques éducateurs imprégnés de l’esprit des Lumières. Grâce à leur soutien, il décroche son certificat d’études, puis devient apprenti dessinateur à Paris chez Savard, joaillier et fabricant de bijoux de scène.
    Le destin le ramène dans sa Creuse natale, où Savard ouvre une succursale à Guéret, plus connue sous le nom d’usine de bijoux FIX, bouclant ainsi une trajectoire faite de douleur, de résilience et de réinvention.
    Au fil de ses rencontres, Noé découvre des secrets bien gardés et l’existence d’un complot qui pourrait faire de lui l’instrument d’une vengeance implacable…

    Une plongée bouleversante dans la France du XIXe siècle!
    Un roman poignant, entre fresque historique et récit d’émancipation.

    J’ai découvert la plume de Corine Valade avec Danse Néomaye, danse !, un roman qui m’avait profondément bouleversé.
    Alors, lorsqu’elle m’a proposé de lire Noé, l’enfant de la liberté, mon cœur a fait un bond de joie.

    Son nouveau roman est profondément humain, historique et passionnant. Et pour moi, il possède une force supplémentaire, il est inspiré d’une histoire vraie. Ce détail change tout. Il donne à l’intrigue une densité particulière, une vibration plus intense encore. On ne lit plus seulement une fiction, on marche dans les pas d’une destinée qui a réellement existé.

    Comment ne pas s’attacher à Noé ? Orphelin trop tôt, frêle, brisé par la vie avant même de l’avoir commencée, il n’a pour seule arme que sa volonté. Mais quelle volonté ! Habité par un amour profond de la beauté et un désir farouche de liberté, il refuse de se laisser écraser par la dureté du monde. Il tombe, il se relève, il avance.

    Très vite, je me suis retrouvé plongé dans la France du XIXᵉ siècle, dans un contexte historique remarquablement documenté. Corine a effectué un travail d’une grande rigueur, donnant à son récit une crédibilité saisissante. Elle met en lumière les violences subies dans certaines institutions, mais aussi toutes les lueurs d’espoir incarnées par Noé, cet enfant différent.

    Au fil des pages, j’ai vu Noé grandir, se construire, découvrir l’art et s’y révéler. Son apprentissage à Paris m’a particulièrement captivé. Les bijoux, le théâtre, l’opéra… autant de découvertes qui enrichissent son parcours et donnent au roman une dimension artistique vibrante.

    Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Il y a aussi de nombreux secrets, des complots, des désirs de vengeance. Une tension discrète mais constante qui m’a tenu en haleine jusqu’à la dernière page. J’avais hâte de connaître l’issue… tout en redoutant le moment de refermer le livre.

    Noé m’a bouleversé. Son univers est à la fois sombre, dur et rayonnant. Il incarne la résilience, la reconstruction, la transmission. Il nous rappelle que, même dans l’adversité la plus cruelle, une étincelle peut suffire à embraser une vie.

    J’ai refermé ce roman avec émotion.
    Un très beau texte, puissant et profondément inspirant.

    Merci à Corine Valade et aux éditions Les Moissons pour cette lecture poignante que je recommande chaleureusement.

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    Extraits :

    « Je me faufile entre le lit où Elle s’est couchée pour ne plus se relever et le fauteuil posé près de l’âtre, celui sur lequel Elle s’asseyait le soir en me prenant sur ses genoux. Chaque jour, la voisine passe entretenir le feu et déposer une écuelle de soupe sur le chevet. Parfois, la femme soulève la couverture sous laquelle gît le corps-traversin, le déplace sans douceur, soupire en grommelant, le lave puis part sans me jeter un regard. La faim me tenaille. Sans honte, je lape le brouet qui ne m’était pas destiné, sans en laisser une seule goutte. Je ne pouvais me permettre ni de gâcher, ni de m’étioler comme Elle. Elle, cette forme longue et maigre qui se meurt. Je ne sais pas si je suis triste. Elle a pris soin de moi. Parce qu’elle ne pouvait rien lui refuser… et afin de lutter contre la solitude qui poissait sa vie. Elle m’a tout raconté sur Elle, et sur ces hommes qui l’avaient aimée, mal. J’écoutais, passive et silencieuse, sans juger.
    Mon attitude l’incitait à revenir sans cesse sur des moments de son existence qui, chaque fois, se gonflaient de détails. »

    « Je détiens un carnet de notes. À l’intérieur, j’ai retranscrit les souvenirs qui m’ont été confiés par ces femmes qui ont croisé sa vie et avec lesquelles j’ai partagé un quotidien plus ou moins long. Ils forment la mémoire collective d’un récit que je vais écrire, sur lui. Enfin pour lui et aussi pour moi, car au bout de son histoire commence la mienne. »

    « Célestine se retourne vers la jeune femme dont les yeux noirs et accusateurs sont fixés sur elle. La donzelle la hait. C’est ainsi, Célestine n’y peut rien. Les riches font appel à ses services quand il s’agit d’avortements ou d’accouchements clandestins. Célestine n’aime pas ce travail. Il est risqué, néanmoins il rapporte beaucoup. L’argent ainsi gagné lui permet de nourrir son fainéant de mari et sa nombreuse progéniture. L’ample poitrine de Célestine se soulève et s’abaisse en laissant échapper un profond soupir. »

    « Dans la salle d’étude, il fait particulièrement sombre. Novembre essore les nuages d’un automne gris et froid. Les six mioches œuvrent en silence. Noé a fini ses exercices de calcul. Il s’occupe à reproduire des images pieuses. À sa gauche, Martin s’adonne à son activité favorite, celle de rêvasser. Son crayon de bois est tombé par terre. Peu lui importe, il a la tête ailleurs. À sa droite, Pierrot jongle avec son porte-plume. Éclaboussures et taches d’encre s’étalent sur ses doigts, investissent la feuille et débordent sur la table. Un bout de langue dépasse de sa bouche également noircie. Sœur Marie-Agnès tente une énième fois de lui faire tracer des lettres, et perd patience. »

    Corine Valade est originaire de la Creuse. Elle vit actuellement en Seine et Marne.
    Maire-adjoint de village, présidente d’une association culturelle, elle anime un café littéraire et organise un festival annuel autour du théâtre et de la lecture.
    Elle sillonne également les écoles et centres de loisirs avec un théâtre de marionnettes pour enfants.
    Mais l’écriture est sa grande passion : de son propre aveu, quand elle prend sa plume, elle oublie tout et le monde peut bien s’écrouler !

    Dans des romans, elle mêle avec dextérité fiction et éléments historiques.

    “Ses roman offrent une réflexion certaine sur la condition féminine et les moments forts qui ont marqués les hommes…”

    Danse Néomaye, danse ! (2023)
    https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/24/danse-neomaye-danse/

    Adolescence, Émotion, Humour, Psychologie

    Les tribulations d’Hortense

    de Nathalie Brunal
    Broché – 18 août 2024
    Éditeur : Auto-édition

    Quand le quotidien d’une maman solo vire au cauchemar…
    Hortense, divorcée depuis plusieurs années approche de la quarantaine. Entre les « sautes d’humeur » de son adolescent, les bêtises du petit dernier et sa tante envahissante, elle n’a pas le temps de s’ennuyer !
    Elle travaille avec Tata Martha dans le salon de thé que possède celle-ci et subit chaque jour les allusions sur sa vie sentimentale désertique. Assumant pleinement son statut de mère célibataire, elle ignore du mieux qu’elle peut ses propos. Mais quand sa tante prend  » le taureau par les cornes  » et décide de lui trouver le prince charmant, rien ne va plus !

    La suite est disponible dans Les amours tourmentées d’Hortense. Retrouvez Hortense et sa tata, brut de décoffrage, quelques années plus tard pour de nouvelles péripéties.

    J’ai découvert Nathalie Brunal en 2020 avec Le défi d’Apolline, un roman qui m’avait profondément marqué. Avec Les tribulations d’Hortense, je retrouve la même sensibilité, mais dans un registre totalement différent, plus léger, plus pétillant, et surtout délicieusement drôle.

    Dès les premières pages, je me suis laissé embarquer par cette écriture fluide, naturelle, pleine de malice, où l’humour se glisse partout sans jamais forcer. Impossible de ne pas s’attacher à Hortense, maman célibataire de Max et Joris, qui fait de son mieux pour tenir la barre pendant que ses fils grandissent… et que l’adolescence vient gentiment compliquer l’équation. Les scènes du quotidien sont d’un réalisme savoureux, parfois hilarant, parfois très touchant. Je n’ai pas vu le temps passer.

    Hortense travaille avec sa tante Martha dans un charmant salon de thé. Une tante aussi aimante qu’envahissante, bien décidée à sauver sa nièce de ce qu’elle juge être une vie sentimentale beaucoup trop calme. Résultat, les prétendants commencent à défiler, situations improbables et quiproquos en série. Marc arrive, puis Philippe… ce qui ne plaît évidemment pas à Marc. Puis l’ex-mari qui surgit avec sa nouvelle “belle” et ses enfants “Truc et Bidule”. Philippe réapparaît quand il ne faut pas (merci Tata), Marc distribue des coups de poing… et Hortense, au milieu de tout ça, qui tente de garder le cap et ne sait plus où donner de la tête.

    Elle doute, hésite, se sent parfois seule, mais ne se sent pas prête à se faire remettre la bague au doigt. Surtout elle refuse de se laisser dicter sa vie. Quoique… Marc n’est pas mal après tout… Oui mais, Philippe est… Bref, rien n’est simple, surtout quand on est Hortense.

    Sans m’en rendre compte, j’ai lu ce roman d’une traite. C’est frais, pétillant, il y a beaucoup de psychologie et c’est aussi coloré, à l’image des pâtisseries servies au salon de thé. Les passages sur la relation mère-fils, notamment avec Max sont durs, sonnent terriblement juste et sentent le vécu. Heureusement, Nathalie Brunal manie l’humour avec talent, et même en tant qu’homme, j’ai adoré suivre les tribulations de cette héroïne attachante qui ne rêvait que d’une vie calme.

    Un roman qui fait un bien fou. Bravo Nathalie, et merci pour ce délicieux moment de lecture.

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    Extraits :

    « – Joris ! Max ! Allez, on va être en retard !
    Je soupire en voyant mon petit dernier descendre l’escalier. Il est débraillé, pieds nus et ses cheveux sont dressés sur sa tête.
    – Mais, qu’est-ce que tu as fait ? Pourquoi n’es-tu pas encore prêt ?
    Devant son air boudeur, je soupçonne une facétie de son frère. Je monte à l’étage afin d’en savoir plus… Je découvre Max dans la salle de bains. Il m’observe dans le miroir et je remarque dans sa main le tube de gel pour les cheveux.
    – Qu’est-ce qu’il y a ? me dit-il avec un air mal aimable. »

    « Combien de temps dure l’adolescence ? Je me souviens qu’il n’y a pas si longtemps, il fallait l’amener à sa classe en le tenant par la main. Après un « je t’aime ! » et des bisous, il entrait dans celle-ci attendant patiemment que j’aille le récupérer. Puis est venu le temps où je devais le laisser au coin de la rue et ne surtout pas l’embrasser devant ses camarades. J’en suis arrivée à le déposer presque une rue plus loin…
    Quelle sera la prochaine étape ? Le scooter pour y aller seul ou accompagné de sa petite amie ! Mon sang se glace rien que d’y penser… Celle qui me prendra mon fils n’est pas encore née ! Oh, je sais ce que vous vous dites. Il faut bien que jeunesse se fasse… mais mon cœur de mère ne supportera pas de le voir amoureux ! Où est passé mon bébé ? »

    « C’est vrai que je ne me suis pas encore présentée. Vous voyez, je n’ai pas une minute à moi. Je m’appelle Hortense et j’ai trente-huit ans. Je suis maman solo depuis cinq ans. Joris n’était encore qu’un bébé lorsque le papa s’est fait la malle. Il est parti, figurez-vous, avec une blonde plantureuse de treize ans ma cadette. Vous voyez le genre… Tout ce qu’il faut là où il faut alors que ma balance affichait quinze kilos de plus ! Je n’y suis pour rien si pendant mes grossesses, j’ai des envies de pâtisseries et de choses grasses pendant que certaines se contentent de fraises ! Ajoutez à tout cela un baby blues qui a engendré chez moi un laisser-aller quasi total ! Je comprends presque qu’il ait eu envie d’aller voir ail-leurs, après avoir trouvé beaucoup mieux que celle que j’étais devenue… Me retrouver seule avec un bébé et un jeune garçon de dix ans n’a rien arrangé à la situation. »

    Nathalie Brunal a 43 ans quand elle se lance le défi fou d’écrire son premier roman. « Dévoreuse » de livres depuis sa plus tendre enfance, elle est passée de l’autre côté du miroir pour à son tour, faire voyager les lecteurs. Lisant de tout depuis qu’elle sait lire avec une préférence pour les romans qui font découvrir de nouveaux horizons, elle a découvert le « feel-good » tout à fait par hasard. Il l’a inspirée pour l’écriture de son premier roman publié en juin 2017. Une tragique fête des fraises est drôle, frais et rempli d’humour. Son héroïne Anna est une Bridget Jones à la française. Avec son compagnon Roger, ils vont vivre des aventures rocambolesques. Vous pouvez les retrouver dans les autres tomes « Le défile des glaces » « Un bouquet sans mariée» « L’Hydromel Hindou » et « D’une pierre… Deux coups ». Ils sont regroupés dans L’intégrale Anna et Roger.

    Deux nouvelles héroïnes vous attendent dans “vacances en terre inconnue« , sourire garanti en leur compagnie.

    N’hésitez pas à vous procurer Les tribulations d’Hortense. Douceur, humour et amour s’y mêlent pour un agréable moment de lecture en compagnie d’Hortense et de sa tata  » brut de décoffrage « . D’ailleurs, vous avez tellement aimé ce duo hors du commun que vous avez réclamé d’autres tomes à l’auteur qui s’est pliée à vos exigences avec plaisir. Vous pouvez donc les retrouver dans Les Amours tourmentées d’Hortense et Le Noël explosif d’Hortense. Hortense s’est même offert une scène puisque vous pouvez la retrouver dans un vaudeville saupoudré d’humour, de rires et de quiproquos. Le coup de théâtre d’Hortense vous permettra de vous évader en ces temps difficiles.

    « Quand Cupidon s’en est mêlé… » , une romance feelgood où se mêlent amour, surprises et un soupçon d’humour vous entraînera dans les rues de la Butte Montmartre.

    Un Noël saupoudré d’espoir (2020)
    https://leressentidejeanpaul.com/2020/12/24/un-noel-saupoudre-despoir/

    Le défi d’Apolline (2020)
    https://leressentidejeanpaul.com/2020/06/09/le-defi-dapolline/

    Apolline, Un avenir incertain (2021)
    https://leressentidejeanpaul.com/2021/05/20/apolline-un-avenir-incertain/

    Retrouvez toute l’actualité de Nathalie Brunal sur :
    http://www.facebook.com/nathalie.brunal
    Instagram : @nathaliebrunal
    Twitter @NathalieBrunal

    Adolescence, Émotion, Drame, Violence

    Fauves

    de Mélissa Da Costa
    Broché – 7 janvier 2026
    Éditeur : Albin Michel

    « Je veux jouer avec le feu, trembler,
    sentir la morsure de la mort. Défier les instincts
    les plus brutaux, les plus sauvages, et les dépasser. »

    Comment s’échapper de sa cage ? C’est l’obsession des fauves mais aussi celle de Tony, dix-sept ans, lorsqu’il rejoint un cirque itinérant après avoir fui la violence de son père. Faire face aux bêtes, affronter ses propres démons…

    Le nouveau roman de Mélissa Da Costa nous propulse au coeur de l’arène, où l’ivresse du danger fait oublier la mort. Une fresque magistrale, portée par une écriture tendue et charnelle.

    À ce jour, j’ai lu tous les romans de Mélissa Da Costa, et chacun m’a touché à sa manière. Avec Tenir debout, elle avait déjà amorcé un virage vers une littérature plus sombre, plus frontale, qui m’avait agréablement surpris. Avec Fauves, elle va encore plus loin. Elle livre ici un texte dur, immersif, psychologiquement violent et sans concession, porté par une écriture très visuelle…

    J’ai suivi Tony, dix-sept ans, adolescent en fuite après avoir enfin osé s’opposer à André, un père alcoolique et brutal. Un coup porté, une porte claquée, et le voilà seul dans la nuit, sans plan, sans refuge. C’est alors qu’il croise un convoi de cirque, des roulottes, des camions, un chapiteau démonté. En quelques mots, presque par hasard, il entre dans cet univers fascinant et inquiétant à la fois, attiré par les fauves, hypnotisé par ce monde clos qui l’accueille sans jamais vraiment l’intégrer. Car Tony restera un gadjo, un étranger au sein de cette communauté tzigane… une famille.

    Au fil de ma lecture, j’ai croisé des personnages cabossés mais profondément humains, parfois même touchants par leur finesse et leur fragilité. Mais la violence, qu’elle s’inscrive dans un héritage familial ou qu’elle naisse ailleurs, traverse l’ensemble du roman comme un fil tendu. La tension ne faiblit jamais, installant une atmosphère à la fois oppressante et magnétique, jusqu’à un final d’une intensité explosive. Mélissa fouille avec justesse les cicatrices laissées par l’emprise paternelle, cette virilité dévoyée qui se transmet et contamine tout sur son passage. Elle dresse également un portrait du cirque débarrassé de ses paillettes, révélant un univers très masculin où les femmes peinent à exister, souvent reléguées dans l’ombre, oubliées, parfois même méprisées.

    Ce qui m’a particulièrement touché, c’est la manière dont l’autrice met en lumière les rapports de force entre dominants et dominés, dans la famille, le couple, l’amitié, mais aussi dans la relation aux fauves, magnifiquement développée. À travers elles, elle rappelle combien la confiance et la patience sont essentielles, et combien elles restent fragiles face à la peur, aux blessures et aux héritages invisibles que l’on porte en soi.

    Mélissa a ce don rare de me plonger, à chaque roman, dans un univers totalement différent, et c’est sans doute l’une de ses plus grandes forces. Les dernières pages m’ont marqué, prolongeant l’intensité du récit, même si certains éléments sont restés pour moi en suspens. Quelques pages supplémentaires n’auraient pas été de trop…

    Fauves reste un roman sombre et bouleversant, traversé par la rage, la colère, mais aussi une forme de douceur inattendue.
    Un livre à découvrir, quoi qu’il en soit.

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    Extraits :

    « La porte du bar s’ouvre à la volée. Un instant, la nuit se trouble, déchirée par les voix d’hommes, un morceau de Pink Floyd – « Pigs » -, et par la lumière orangée du pub, une lueur faiblarde, étouffée par la fumée opaque des cigarettes. La silhouette qui surgit est mince, déliée, titubante. Elle s’arrête et semble se demander ce qu’elle fait là. Le jeune garçon, puisque c’est un garçon, et pas encore un homme, sweat à capuche gris au col déchiré, manches tachées d’auréoles sombres, visage tuméfié et baskets dénouées, crache au sol. Il y met toute sa rage. Une fois, deux fois. Puis il remonte sur son épaule un sac lourd au tissu usé. »

    « Il dort par intermittence, est réveillé par un soubresaut du camion ou le hennissement d’un cheval effrayé. À chaque réveil, il a besoin de quelques secondes pour se rappeler où il se trouve, ce qui l’a conduit dans ce semi-remorque. La douleur dans son corps le prend, ainsi que la soit. Une soif terrible causée par la cuite qu’il s’est offerte bêtement. Il ne sait pas quelle heure il est, si le convoi a déjà parcouru la moitié du chemin. Il pose les mains sur ses paupières, les presse fort. Les images de la soirée lui reviennent avec violence. Les émotions aussi : incrédulité, effroi. Son poing envoyé à une vitesse vertigineuse dans la tempe du paternel. La brutalité avec laquelle le corps a été projeté en arrière, s’est écrasé au sol. Le bruit sourd du crâne contre le carrelage. Terrifiant. »

    « Tony observe les fauves et se demande ce qui retient ces cinq tueurs en puissance d’attaquer leur dresseur. De l’éventrer. Le traîner au sol. Qu’est-ce qui entrave leur instinct ? Il ne peut s’agir seulement de la crainte du fouet ni du morceau de viande qui les attend en récompense à la fin de l’entraînement. Qu’est-ce que les fauves lisent dans le regard de Chavo ? Qu’est-ce qu’ils perçoivent dans sa voix ? Ils pourraient le mettre à mort mais ils ne le font pas. Chavo les conserve sous son emprise. Cet homme soumet les fauves à sa volonté et, en le faisant, c’est comme s’il leur volait leur puissance. »

    « Tony ne répond rien. Il pense aux mots lancés comme une invitation l’autre jour. Tu n’as qu’à revenir me voir quand tu voudras. Me tenir compagnie. Chavo est occupé en permanence. Il revoit la bretelle de la nuisette violette qui tombait constamment, dévoilant une épaule, cette nudité que Sabrina ne cherchait pas à cacher. »

    « Peur… Je ne crois pas… Entrer dans l’arène ça me tait un truc puissant. Un truc qui me propulse tout là-haut. Un shot d’adrénaline. Un putain de feu d’artifice dans les veines. C’est une drogue dont tu ne peux plus te passer. »


    Mélissa Da Costa est une romancière française.

    Après des études d’économie et de gestion à l’Institut d’administration des entreprises de Lyon (IAE) (2008-2011), elle est chargée de communication dans le domaine de l’énergie et du climat.
    Elle suit également des formations en aromathérapie, naturopathie et sophrologie.

    Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade (2017),
    sorti en librairie sous le Tout le bleu du ciel (2019), est son premier roman.
    Salué par la presse, il a reçu le prix du jeune romancier au salon du Touquet Paris Plage.
    https://leressentidejeanpaul.com/2021/09/17/tout-le-bleu-du-ciel/

    Je revenais des autres (2017), et Les Lendemains (2020),
    sont portés par les libraires et salués par la presse, ils ont conquis plus d’un million de lecteurs.
    https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/04/je-revenais-des-autres/
    https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/18/les-lendemains/

    Les douleurs fantômes (2022)
    est lauréat du Prix Babelio – littérature française 2022.
    https://leressentidejeanpaul.com/2022/08/25/les-douleurs-fantomes/

    La Faiseuse d’étoiles (2023)
    https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/17/la-faiseuse-detoiles/

    Les Femmes du bout du monde (2023)
    https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/31/les-femmes-du-bout-du-monde/

    Tenir debout (2024)
    https://leressentidejeanpaul.com/2024/11/05/tenir-debout/

    Elle figure au palmarès du Figaro des auteurs français ayant le plus vendus de livres.

    Adolescence, Amour, Émotion, Conte

    La Chasse au Trésor

    de Claudine Laurent Rousselle
    Broché – 26 novembre 2025
    Éditions : Auto-édition

    Sylvie et Mathieu âgés de douze ans, sont cousin, cousine. »
    Lors des vacances scolaires, ils se retrouvent chez leurs grands-parents. Ils sont heureux de vivre deux mois avec eux car ils les adorent.
    Un matin, le grand-père leur demande un petit coup de main pour nettoyer le grenier où sont entreposés des meubles, des coffres et de nombreux objets hétéroclites, depuis plusieurs générations. Les deux enfants jubilent, pour eux,
    l’occasion est trop belle pour faire des découvertes.
    Ces découvertes les mèneront à une chasse au trésor.

    Une nouvelle fois, Claudine Laurent Rousselle m’a emporté avec l’un de ses petits romans, de ceux qui font du bien et laissent une trace discrète mais précieuse. La Chasse au Trésor s’adresse aux enfants de 7 à 13 ans, mais aussi, et peut-être surtout, aux adultes qui aiment encore raconter des histoires, transmettre, partager des moments hors du temps. C’est un conte simple, délicat, sincère, pensé pour éveiller le goût de la lecture et, plus encore, l’envie de rêver loin des écrans omniprésents.

    Dès les premières pages, j’ai retrouvé cette bienveillance qui caractérise si bien la plume de Claudine. Elle nous propose ici une belle histoire de famille, où des grands-parents embarquent leurs petits-enfants dans une aventure ludique, pleine de surprises et de rebondissements. Une chasse au trésor comme on les aime, faite d’indices, de complicité et de rires partagés. Tout au long de ma lecture, je me suis surpris à sourire, porté par cette écriture douce et apaisante qui invite à la sérénité.

    Ce récit m’a également ramené vers mes propres souvenirs d’enfance. À plusieurs reprises, des images se sont imposées à moi, simples et lumineuses, comme une parenthèse enchantée dans mon quotidien. J’ai apprécié cette capacité qu’a l’autrice à créer un univers rassurant, où l’imaginaire a toute sa place et où l’on prend le temps d’être ensemble.

    La Chasse au Trésor est, à mes yeux, une histoire “cadeau”. Un livre à lire, à offrir, à partager, qui fera sans aucun doute plaisir aux plus jeunes… et ravivera chez les adultes une douce nostalgie. Pour ma part, je sais déjà qu’il trouvera naturellement sa place entre les mains de mes petits-enfants.

    Merci, Claudine, pour ta confiance renouvelée et pour ce moment de lecture empreint de douceur et de tendresse.

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    Extraits :

    « Sylvie et Mathieu âgés de douze ans, sont cousin, cousine. »
    Lors des vacances scolaires, ils se retrouvent chez leurs grands-parents. Ils sont heureux de vivre deux mois avec eux car ils les adorent.
    Un matin, le grand-père leur demande un petit coup de main pour nettoyer le grenier où sont entreposés des meubles, des coffres et de nombreux objets hétéroclites, depuis plusieurs générations.
    Les deux enfants jubilent, pour eux, l’occasion est trop belle pour faire des découvertes. »

    « – Ça fait plaisir de les voir heureux, tu ne trouves pas ? Demande le grand-père.
    – S’ils le sont, c’est grâce à toi ! Depuis tout petits, tu les emmènes dans la nature, à la pêche, aux champignons, faire de la marche dans les chemins forestiers, tu leur a appris à faire du vélo, à reconnaître les arbres, les fleurs… »

    « Les jours suivants furent idylliques pour le clan des quatre, camping, pêche, rigolades et recherches le long du cours d’eau, celles-ci infructueuses, mais de très bons moments emmagasinés dans les mémoires.
    Les grands-parents décident de faire une halte dans le village le plus proche pour faire le ravitaillement et poursuivre l’aventure.
    Celle-ci risque de durer plus longtemps que prévu pour le plaisir de tous.
    Ils ont deux mois devant eux, pour trouver le trésor, avant la rentrée des Classes. »

    Née à Reims, Claudine Laurent Rousselle a vécu à “La Neuvillette” durant sa jeunesse et son adolescence, depuis elle vie en Haute-Savoie. Dans sa jeunesse, elle a participé à plusieurs concours de poésies.
    Depuis quelques années le rêve d’écrire des contes lui vient à l’esprit. Elle se lance, et sort son premier roman “Un merveilleux cadeau” en 2022.
    D’autres romans sont d’ores et déjà en attente…

    Neige – La petite fille des Montagnes (2022)
    https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/07/neige-la-petite-fille-des-montagnes/

    Un merveilleux cadeau (2022)
    https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/12/un-merveilleux-cadeau/

    Max et le monde imaginaire (2023)
    https://leressentidejeanpaul.com/2024/02/03/max-et-le-monde-imaginaire/

    FLIPP LE PETIT FANTÔME (2024)
    https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/09/flipp-le-petit-fantome/

    Adolescence, Émotion, Histoire

    Les Promesses orphelines

    de Gilles Marchand
    Broché – Grand livre, 22 août 2025
    Éditions : AUX FORGES DE VULCAIN

    On racontait qu’on allait marcher sur la Lune, on disait qu’en l’an 2000 on se déplacerait en voiture volante. On parlait d’un Aérotrain capable de battre tous les records de vitesse.

    Mais comment participer à tout ça quand on vit, comme Gino, au fin fond d’un village de l’Orléanais, quand le bulletin scolaire est en berne, quand on se demande comment séduire Roxane, la fille entrevue au bal du village des années plus tôt ?

    Gilles Marchand, fidèle à ses personnages toujours en décalage, nous offre une traversée poétique des Trente glorieuses par un jeune idéaliste, la tête pleine de rêves plus grands que lui, acteur à sa manière d’un monde en accélération où le bonheur pour tous semblait à portée de main.

    J’ai refermé Les Promesses orphelines avec un sentiment doux-amer, celui que laissent les romans qui ne bouleversent pas totalement, mais qui savent toucher juste, par éclats. Gilles Marchand raconte ici une vie ordinaire, mais il le fait avec une voix singulière, presque poétique, toujours empreinte de délicatesse. Ce n’est pas un roman qui emporte d’un seul souffle, plutôt un texte qui se révèle par fragments, par moments suspendus, par phrases qui s’attardaient en moi.

    Gino est jeune, Gino rêve. Peut-être trop. Il vit dans un village de l’Orléanais, loin de Paris, loin des astres et des promesses qu’ils incarnent. Trop loin du monde pour lui, mais jamais trop loin de l’espoir. Il regarde le ciel, le progrès, les machines, les fusées, l’Aérotrain, et tout ce qui annonce un avenir possible, presque magique. Entre promesses de progrès et rêves démesurés, Gino va s’accrocher à son rêve ou malgré les grandes tristesses et les bonheurs lumineux, il va petit à petit tracer une voie vers sa destinée.

    Nous sommes dans les années 50, au sortir de la guerre, dans cette période étrange où la bienveillance côtoie l’accélération du monde. Les Trente Glorieuses défilent, la musique change, les corps s’émancipent, la mode, les coiffures aussi. Tout semble soudain possible et promet un nouveau bonheur pour tous. Gino traverse cette époque sans être un héros, mais avec une humanité touchante. Puis il y a Roxane. Le premier amour. L’évidence, l’innocence, l’idée d’une vie entière à deux. Et comme souvent, la réalité frappe, sans prévenir. Les rêves se fissurent, la vie le heurte de plein fouet et tout ne se déroulera pas comme prévu.

    J’ai aimé la beauté des mots, Gilles comme dans ses autres romans conserve un style très personnel qui enveloppe ses personnages. C’est un beau roman, mais il y a ici, une propension à voir le bien, le beau, plutôt que le réel… Il m’a manqué un pas de plus, une aspérité, une faille plus franche. Et parfois, une gêne aussi, quand certaines réclames s’invitent brutalement dans le récit, comme une coupure publicitaire en plein film, me freinant dans mon élan de lecture.
    Dommage…

    J’attendrai avec impatience ton prochain ouvrage…

    Merci pour cette belle soirée passée en ta compagnie au Cercle Littéraire du Château de l’Hermitage !

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    Extraits :

    « Qu’est-ce qui fait une vie réussie ? Succès professionnel ? Succès amoureux ? Succès familial ?
    Amical ? Social ? Moral ?
    J’ai longtemps cru que c’était une espèce de combinaison de tout cela. Une belle vie professionnelle et une famille aimante et souriante. Des pâtes dans l’assiette et un enfant dans le landau.
    À l’adolescence, je me suis dit qu’une vie réussie était une vie qui changeait le monde ou, du moins, qui participait au progrès. C’était au siècle dernier, c’était après les guerres mondiales. Dans ces années où on priait le ciel pour que ça reste de l’histoire ancienne et où on lisait les journaux pour vérifier si la guerre froide n’avait pas pris quelques degrés. »

    « C’est là que j’ai entendu pour la première fois sa voix. Elle n’était pas assortie à son regard. Ni même à son attitude. C’était presque une voix d’adulte avec un drôle d’accent venu d’un endroit inconnu. C’était comme s’il avait mis plein de vieux dans sa gorge et qu’il les laissait parler à sa place. Il a commencé à me raconter avec son drôle de débit, comme s’il reprenait sa respiration à chaque tronçon de phrase, comme s’il avait peur que la fin lui échappe. »

    « La Vieille tante avait toujours été là, dans les parages. Ils pouvaient ne pas la voir pendant des semaines, et un soir elle apparaissait, une bouteille de vin sous le bras et un livre qu’il fallait absolument lire dans la main. Elle était toujours de bonne humeur. “‘Ma foi, je n’ai jamais eu goût à imposer ma mauvaise humeur à qui que ce soit.” »

    « “Encore dans la lune, Gino ?”
    Je ne l’avais pas entendue arriver. Ma mère s’est assise sur mon lit. Elle me répétait que j’étais son petit rêveur. Exactement ce que l’on me reprochait au collège, sauf qu’elle le disait avec un sourire.
    Je n’osais pas lui expliquer que je n’étais pas dans la lune mais plutôt dans les nuages. Et que papa l’embrassait. »

    Gilles Marchand est né en 1976 à Bordeaux. Il a notamment écrit Dans l’attente d’une réponse favorable (24 lettres de motivation) et coécrit Le Roman de Bolaño avec Éric Bonnargent. Son premier roman solo, Une bouche sans personne en 2016, attire l’attention des libraires (il est notamment sélectionné parmi les “Talents à suivre” par les libraires de Cultura, finaliste du prix Hors Concours, et remporte le prix des libraires indépendants “Libr’à Nous” en 2017) et de la presse, en proposant le curieux récit, le soir dans un café, d’un comptable le jour expliquant à ses amis pourquoi il porte en permanence une écharpe pour cacher une certaine cicatrice.

    Il a été batteur dans plusieurs groupes de rock et a écrit des paroles de chansons.

    Des mirages plein les poches
    https://leressentidejeanpaul.com/2019/01/05/des-mirages-plein-les-poches-de-gilles-marchand/

    Un funambule sur le sable
    https://leressentidejeanpaul.com/2019/01/14/un-funambule-sur-le-sable-de-gilles-marchand/

    Une bouche sans personne
    https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/26/une-bouche-sans-personne/

    Le soldat désaccordé
    https://leressentidejeanpaul.com/2022/12/12/le-soldat-desaccorde/

    Requiem pour une apache
    https://leressentidejeanpaul.com/2023/09/02/requiem-pour-une-apache/

    Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Violence

    Inexorable

    de Claire Favan
    Broché – 11 octobre 2018
    Éditeur : Robert Laffont

    Vous ne rentrez pas dans le moule ? Ils sauront vous broyer.

    Inexorables,
    les conséquences des mauvais choix d’un père.
    Inexorable,
    le combat d’une mère pour protéger son fils.
    Inexorable,
    le soupçon qui vous désigne comme l’éternel coupable.
    Inexorable,
    la volonté de briser enfin l’engrenage…
    Ils graissent les rouages de la société avec les larmes de nos enfants.

     » Claire Favan franchit un cap avec cette histoire qui touchera inexorablement votre âme. « 
    Yvan Fauth, blog EmOtionS.
     » À l’enfant qui est en vous, ce livre peut raviver des douleurs. À l’adulte que vous êtes devenu, il vous bousculera dans vos certitudes. « 
    Caroline Vallat, libraire Fnac Rosny 2

    Inexorable fait parti de ces romans qui ne vous laissent aucun répit.
    Je l’ai commencé en début de soirée… et je ne l’ai pas lâché. Chapitre après chapitre, page après page, jusqu’à cette image finale bouleversante. Alexandra serrant la tête de Milo contre son ventre, dans ce geste universel d’une mère qui aime son enfant plus que tout…

    Alexandra et Victor sont les parents de Milo, qui a quatre ans. Leur quotidien bascule le jour où Victor est arrêté. Il a tout quitté pour devenir braqueur, pour des raisons qui lui appartiennent. Mais c’est Milo qui en paiera le prix.
    L’enfant change brutalement. Il se renferme, devient violent, ingérable. À l’école, on se moque de lui, on l’isole. Sa colère déborde. Son mal-être se transforme en mots blessants, en gestes incontrôlables.

    Les années passent. Entre 2004 et 2019, Milo grandit sous nos yeux. Son adolescence est tout aussi chaotique, et la relation mère-fils se détériore peu à peu. Le dialogue se rompt.
    Puis vient l’irréparable. Milo est arrêté pour un double meurtre. Après son mari, c’est son fils que la machine judiciaire broie. Alexandra bascule dans un cauchemar éveillé. Milo clame son innocence, enfermé dans une prison où tous les regards se posent sur lui, lui qui n’a jamais réclamé que l’amour de ses parents.

    Comment croire à sa culpabilité ?
    Comment le sortir de là ?

    Claire Favan nous offre ici un thriller psychologique d’une rare intensité, construit sur l’évolution des personnages et le passage du temps. J’ai vécu chaque page dans l’angoisse, partagé la détresse de cette mère, attendu la chute… avant de recevoir le coup de poing final.

    Il est question de traumatismes, de blessures profondes, de vies fracassées par des événements violents. Certains passages m’ont percuté de plein fouet, réveillant des souvenirs enfouis.
    Claire ne caresse pas, elle frappe. Sans concession, très différents de ses précédents romans. Le cœur serré, l’estomac noué, je me suis attaché à cette mère démunie, déchirée, prête à tout pour protéger son fils.

    Inexorable est une histoire familiale déchirante, une déclaration d’amour maternel face à l’impensable.
    Un immense coup de cœur.
    Malgré le poids qu’elle porte sur ses épaules et dans son cœur, Alexandra a toujours été là, elle a tout essayé, réussi parfois, échoué trop souvent à son goût, mais elle a toujours aimé son fils et pris les choix qu’elle estimait juste…
    Un roman qui parle de “mamans” à lire absolument, qui m’a marqué profondément !

    Bravo Claire, et merci pour ces mots qui vont droit au cœur.

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    Extraits :

    « – Maître, je ne comprends pas ce qui a pu arriver. Il ne peut s’agir que d’une erreur… Victor… est… un homme bien…
    Ses sanglots font trembler sa voix.
    À l’autre bout du fil, l’avocat soupire. Ce n’est pas à lui de briser les illusions de cette pauvre fille, n’est-ce pas ?
    Il comprend que le choc soit rude après avoir vu des flics armés jusqu’aux dents débouler chez elle en force pour arrêter son mari qu’elle prenait pour un agneau. Doit-il éclairer sa lanterne et lui annoncer que Victor Léman n’a rien d’un saint, bien au contraire ? »

    « MILO NE COMPREND PAS. Il fait tout ce qu’on lui demande, pourtant ! Il dit ce qu’il ressent à Mme Marloux et elle lui donne des pistes pour mieux réagir. Il pensait qu’après avoir fait la paix avec sa mère et recommencé à parler de papa, tout s’arrangerait.
    Les mots qu’il gardait pour lui coulent à présent. Et avec eux, les larmes. Il dort d’ailleurs mieux depuis qu’il évacue son chagrin. Il fait moins de cauchemars. Il se sent moins en colère aussi.
    Alors pourquoi est-il toujours à l’écart à l’école? Pourquoi les adultes le surveillent-ils en permanence ?
    Pendant toutes les récréations, il doit rester assis, seul, pendant que les autres s’amusent. Milo aimerait se joindre à eux. Il voudrait pouvoir recommencer à être un simple petit garçon. »

    « LA DERNIÈRE ANNÉE de maternelle de Milo s’écoule péniblement. Il voit toujours sa psychologue, pourtant
    Alexandra ne vit plus qu’au rythme des sentences de l’équipe éducative.
    Son esprit est focalisé sur la terreur de ce qui l’attend chaque soir quand elle le récupère.
    Dès qu’elle descend du bus et qu’elle s’approche de l’école, son ventre se serre et son cœur se met à battre plus vite. Les bons jours se comptent sur les doigts d’une main, quand les mauvais s’accumulent. »

    « EN SE REGARDANT DANS LE MIROIR ce matin-là, Victor ressent le sentiment de dégoût envers lui-même qui ne le quitte pas beaucoup ces derniers temps. Non seulement il ment à sa famille et prend des risques qui pourraient le renvoyer en prison, mais en plus il apprécie cette partie de sa vie à laquelle il croyait avoir définitivement tourné le dos. »

    Née à Paris en 1976, Claire Favan travaille dans la finance et écrit sur son temps libre. Son premier thriller, Le Tueur intime, a reçu le Prix VSD du Polar 2010, le Prix Sang pour Sang Polar en 2011 et la Plume d’or 2014 catégorie nouvelle plume sur le site Plume Libre. Son second volet, Le Tueur de l’ombre, clôt ce diptyque désormais culte centré sur le tueur en série Will Edwards. Après les succès remarqués d’Apnée noire et de Miettes de sang, Claire Favan a durablement marqué les esprits avec Serre-moi fort, Prix Griffe noire du meilleur polar français 2016, et Dompteur d’anges. Son dernier roman, Inexorable, marque un tournant plus intimiste, en mettant en scène un enfant broyé par la société.

    Adolescence, Émotion, Drame, Polar, Psychologie

    Punk friction

    de Jess Kaan
    Poche – 3 juillet 2020
    Éditeur : Éditions Lajouanie

    Auchel, nord de la France. Le corps d’un jeune marginal brûle au petit matin dans le cimetière municipal. Acte gratuit, vengeance, meurtre ? La police ne sait quelle hypothèse privilégier, d’autant qu’on découvre très vite un nouveau cadavre, celui d’une étudiante, sauvagement assassinée. La population aimerait croire que le coupable se cache parmi la bande de punks squattant dans les environs… Le capitaine Demeyer, quadragénaire revenu de tout, et le lieutenant Lisziak, frais émoulu de l’école de police, du SRPJ de Lille sont chargés de cette enquête qui s’annonce particulièrement sordide. Une jeune lieutenant, en poste dans la cité, ne veut pas lâcher l’affaire et s’impose à ce duo pour le moins hétéroclite.

    J’ai découvert l’écriture de Jess Kaan en 2002, avec une nouvelle, Kenshiro’s Way, l’année suivante j’ai lu Bloody Venise, puis en 2027, Triangulaire.
    J’avais déjà Ressenti un “petit” quelque chose qui se dégageait à travers ses mots…

    Fin 2020 j’ai subi une lourde inondation dans mon bureau. Des centaines de livres y sont passés, beaucoup n’avaient même pas encore été lus. Des mois, puis des années ont été nécessaires pour tout réparer, tout reconstruire. Et quand tu retrouves petit petit, en les reposant sur les étagères, des ouvrages que tu pensais avoir définitivement perdus, ça fait du bien à mon petit cœur ! Une seconde chance offerte par le destin.
    Punk Friction faisait partie de ces rescapés. J’ai donc décidé de changer l’ordre de mes lectures prévues aléatoirement pendant quelques semaines… Ils m’attendaient.

    Et aujourd’hui, enfin, je peux le dire, Punk Friction est un excellent polar… mais pas seulement.
    Tout y est.

    Auchel, dans le Pas-de-Calais, ancienne ville minière, sert de décor à ce récit sombre et réaliste, où l’on sent les habitants lutter au quotidien pour survivre. Un corps carbonisé est retrouvé dans un cimetière, puis une jeune étudiante est sauvagement assassinée quelques temps plus tard. Très vite, les soupçons se portent sur une bande de punks, accusée par les riverains.

    Le capitaine Demeyer et le lieutenant Lisziak héritent de l’enquête. Rapidement, les certitudes vacillent, les pistes se brouillent. Si le cadre régional est remarquablement décrit, le roman dépasse largement ses frontières pour dresser le portrait d’une réalité sociale et économique qui touche les classes populaires de toute la France.

    Roman noir, parfois grinçant, ponctué de répliques locales qui m’ont arraché quelques sourires, Punk Friction s’est imposé à moi surtout par son regard social. Derrière l’enquête, j’ai senti un autre récit affleurer. Celui d’une jeunesse désœuvrée, sans repères, confrontée à des adultes fatigués, eux-mêmes désabusés.

    J’ai eu l’impression plusieurs fois que Jess utilisait son enquête comme prétexte. L’intrigue, les assassinats, les policiers, les nombreux rebondissements, les fausses pistes… Mais, c’est le message caché derrière, qui m’a vraiment emporté, ou plutôt… ce qui plane au-dessus. Certaines phrases, des mots, que Jess glisse ici ou là, qui petit à petit fendille l’âme de l’auteur, jusqu’à ce quelle soit complètement mise à nue…

    Un roman prenant, intelligent, nécessaire.
    Un polar qui divertit… et qui, peut-être, ouvrira les yeux.

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    Extraits :

    « Fred Desmondt avait passé une sale nuit en compagnie de mademoiselle Colo. Mademoiselle Colo, c’était la colopathie, sa maladie à chier comme il aimait la railler.
    Cette garce le tenait par les boyaux depuis qu’il avait trente-quatre ans. Deux ans à surveiller son alimentation, à éviter le froid, les courants d’air, à essayer de comprendre pourquoi du jour au lendemain sa vie avait brutalement basculé.
    Mademoiselle Colo, c’était de l’intense : le genre liaison sado-maso, nuits entières passées à se tordre sur les WC et malaises vagaux qui survenaient sans prévenir. Comme un succube, la gueuse bouffait son énergie et elle revenait souvent à l’assaut, histoire de se délecter. »

    « – Vous dites hier choir? Vous chavez, j’va dormir tôt.
    D’facon, ché films ch’est toudis l’même. Des paires eud’ nichons, des culs, des crimes… et après on s’deminde pourquoi eul’monde y tourne po rond. Entre chah et ceusses qu’s in mettent plein les fouilles… Mi, j’a qu’une tiote retraite, chavez, juste eud’ quoi viv’. J’deminde rin a personne, mais…
    chi vous saurez… »

    « Donovan montra les hématomes sur ses jambes. Ceux-ci redondaient avec son œil au beurre noir. Le père qui pesait son quintal de mauvaise graisse, celle que les multinationales font ingérer aux pauvres, le regard lourd et l’envie d’être ailleurs, s’énerva à son tour :
    – Tais-te. Laisse Monsieur parler. T’arrêtes pas d’faire des conneries, et à cause de ti, on nous convoque’t’ chez les flics. Tu crois qu’on a que ça à fout’ de perd’ notre temps au commissariat ? »

    « L’enthousiasme des deux lieutenants s’émoussa après l’interrogatoire du bègue Jean-Philippe et d’un Rémi à la compréhension assez limitée. Tous deux corroborèrent tant bien que mal la version de Donovan. »

    « Garance approuvait chacun de ces mots tirés de l’expé-ience. Ces gosses n’étaient pas que des dossiers administratifs, des allocs versées par la CAF. Ils constituaient autant de vies, de futurs citoyens démarrant mal leur existence. La faute à une société malade, où le mot famille perdait de son aura sacrée. Où les individus se révélaient dans leur petitesse, leur envie de jouissance immédiate jusqu’à ce qu’elle contamine leur descendance. Des droits, jamais de devoirs. Jamais de frustration. Aller toujours plus vite et heurter le mur. Ces gosses la touchaient. »

    Né sur les bords de la mer du Nord, habitant le Pas de Calais, Jess Kaan est un auteur éclectique puisque ses écrits couvrent divers genres (fantasy humoristique, fantastique, thriller et policier historique). Il rédige de nombreux articles sur ces domaines dans la presse et sur différents blogs en France, en Belgique, au Québec ainsi qu’en Pologne, en Espagne et aux États-Unis. Il participe également à de nombreuses publications collectives : recueils de nouvelles, anthologies.
    Ses oeuvres se caractérisent par un lien exacerbé entre terroirs et personnages. En effet, il ne conçoit pas ses protagonistes comme de simples individus, mais la résultante d’expériences de vie.

    Il a reçu en 2003 le prix merlin pour sa nouvelle L’affaire des elfes Vérolés et en 2005 le prix de l’armée des douze singes, le Prix Masterton 2014.

    Depuis 2013, il a basculé vers le genre policier.

    Jess Kaan est un pseudonyme. Sous sa véritable identité il est enseignant dans le nord de la France.

    Adolescence, Émotion, Drame, Histoire vraie, Poésie

    La bouche pleine de mots

    de Camilla Gibb
    Poche – 1 janvier 2003
    Éditeur : Piment

    Une petite fille nous parle. Elle se nomme Thelma et a tantôt la voix de Poil de Carotte, tantôt celle d’Alice au Pays des Merveilles. Elle veut nous révéler un secret, pour s’en débarrasser, pour survivre. Mais existe-t-il des mots qui forcent la vérité à rendre gorge? Guérit-on jamais d’une enfance saccagée? Du fond de sa nuit, Thelma appelle au secours. Elle croit que le roi est nu et les grandes personnes capables du pire. Elle accuse, dénonce, pleure mais rit aussi pour conjurer l’angoisse. «Aimez-moi », répète-t-elle, et le lecteur n’y résiste pas.
    Gabrielle Rolin (traductrice de l’ouvrage)

    En ouvrant La bouche pleine de mots de Camilla Gibb, j’ai compris très vite que ce roman ne me ferait pas seulement suivre une histoire, il allait me faire entrer dans la tête de la petite Thelma, une petite abusée par son père sous le regard silencieux d’une mère qui détourne les yeux. Très vite, je me suis retrouvé prisonnier de ses pensées, comme si son esprit devenait le seul lieu possible pour comprendre ce qu’elle vit, ou plutôt ce qu’elle ressent. Le monde autour d’elle reste flou, presque inaccessible, mais ce n’est pas là que le roman veut nous conduire. C’est en elle que tout se passe, dans ce territoire intérieur où personne n’écoute, personne ne veut voir, sauf moi, lecteur malgré moi devenu confident involontaire.

    Thelma se dépeint tour à tour comme un insecte sur un mur, une petite fille perdue, une femme fracturée, presque folle. J’ai suivi ses angoisses, ses doutes, sa douleur qui ne dit pas son nom. Elle porte sur la peau et dans l’âme les traces d’un père destructeur, mais aussi celles de ses propres choix, dictés par la confusion et la survie. Malgré la noirceur, jamais je ne me suis senti étouffé, il y a, dans l’écriture de Camilla Gibb, une délicatesse qui laisse filtrer parfois de minuscules éclats de lumière, de poésie, de ceux qui empêchent le désespoir de tout engloutir.

    Ce qui m’a le plus bouleversé, c’est la façon dont l’autrice explore l’instabilité mentale de Thelma. Son esprit se fragmente, se décompose, se recompose autrement pour supporter l’insupportable. Le récit navigue entre époques, perspectives et états d’être, comme si la narration épousait les fissures de sa psyché. Peu à peu, je comprends ce qui l’a menée là, ce lent glissement intérieur. Et pourtant, au cœur de cette déchirure, il subsiste une force improbable, une forme de courage qui m’a serré la gorge.

    Mais le roman ne s’arrête pas à la chute. Il raconte aussi la résilience, la lente remontée grâce à ces mains inattendues qui se tendent, ces êtres bienveillants qui l’accompagnent hors du gouffre, doucement, patiemment.

    Je me suis demandé régulièrement pendant ma lecture si ce roman n’était pas autobiographique. Trop de subtilités ici ou là qui ont leur importance, beaucoup trop d’importance…
    J’ai refermé ce livre, profondément remué par ce récit brutal, mais traversé d’espoir. Un roman qui donne voix à une enfant qu’on n’a jamais voulu entendre…

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    Extraits :

    « Voilà d’où vient l’homme que nous appelons notre père : il est assis dans une grange avec ses frères Gar-reth et Timothy, par un pluvieux après-midi dans les collines des Costwolds. Garreth, son aîné de deux ans, a regagné le foyer pour les vacances de Pâques après avoir fini son second trimestre au collège de Wheaton.
    La mère, surnommée “Houpette” à cause du doux nuage de cheveux gris qui encadre son visage, ne se lasse jamais de faire l’éloge de son grand garçon, “un vrai petit gentleman à présent”… Timothy, le dernier, âgé de cinq ans, est assis, muet, les joues gonflées en permanence de bonbons assortis qu’il stocke dans sa bouche. Quand il ne dort pas, il passe la plupart du temps sans prononcer un mot. »

    « Longtemps, j’ai eu l’impression que les gens saisissaient parfaitement ce à quoi je faisais allusion et je m’étonnais de leur obstination à ne pas le montrer.
    Plus tard, rentrée chez moi, je battais la campagne, cherchais mon chemin dans un enchevêtrement de fougères et de groseilliers tout en chuchotant dans le noir à mon amant imaginaire. Je lui décrivais ce petit univers parfaitement clos et silencieux réservé aux étrangers. »

    « Le matin, j’avais un endroit où aller : ma jolie école. Là, j’avais mon pupitre bien propre et je m’exerçais à écrire dans mon cahier neuf, sous l’œil de la charmante Mrs Kelly. C’est elle qui me donna le carnet intitulé: « Mon autobiographie» dans lequel j’allais révéler qu’à ma naissance j’étais un bébé mort et de couleur violette. Elle manifesta de l’inquiétude mais ce fut la suite qui l’incita à téléphoner à mes parents pour leur demander un entretien. Le deuxième paragraphe lui semblait pire que le premier. “Je m’appelle Thelma et je suis née morte, mon corps saigne, parfois je me transforme en insecte ou en caillou dans la cave, en une brindille, je roule mes yeux dans ma tête pour voir l’intérieur. C’est tout rouge et saignant. Ce que je préfère, c’est me transformer en poney shetland ou aller à l’école.” »

    « Quand j’arrivais en retard à la maison, Papa qui m’avait attendue pour m’aider à faire mes devoirs me disait que j’étais une mauvaise élève et m’ordonnait de me coucher pour recevoir un châtiment. A présent, cela m’était égal. Je le laissais jouer à ses jeux dégoûtants et rêvais à Mrs Kelly en pensant : “Bientôt, il ne pourra plus jamais me faire ça.” »

    Camilla Gibb est née à Londres en 1961, d’origine canadienne.
    Elle a terminé son doctorat en anthropologie sociale à l’Université d’Oxford en 1997, et elle a passé deux ans à l’Université de Toronto à effectuer des recherches postdoctorales avant de devenir écrivaine à temps plein.

    Elle est l’auteure de quatre romans, Mouthing the Words (La bouche pleine de mots), The Petty Details of So-and-So’s Life, Sweetness in the Belly et Beauty of Humanity Movement.

    Elle a été lauréate du Prix Trillium en 2006 et finaliste pour le Scotiabank Giller Prize en 2005 en plus d’avoir reçu le Book Award de la Ville de Toronto en 2000 et le Prix littéraire CBC (Radio-Canada) de nouvelle en 2001.

    Ses livres ont été publiés dans 18 pays et traduits dans 14 langues. Elle a été écrivaine invitée à l’Université de Toronto et à l’Université de l’Alberta et est membre auxiliaire d’enseignement au programme de maîtrise en création littéraire à l’Université de Toronto.

    Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Humour, Psychologie

    Les flammes de l’autre rive

    de Lucie Delacroix
    Broché – 3 octobre 2025
    Éditeur : Auto-édition

    Et si la vérité vous attendait de l’autre côté de l’océan ?

    Laura s’envole pour le Québec afin d’animer une colonie de vacances, le cœur lourd et les nerfs à vif. Chez elle, ses parents lui dissimulent un secret. Mais à peine arrivée sur le sol canadien, un courrier inattendu bouleverse ses repères : une lettre signée d’une personne liée à cette vérité qu’elle cherche depuis des mois.

    Portée par les veillées au coin du feu, les confidences nocturnes et la complicité naissante entre les animateurs, Laura s’engage dans une quête aussi intime que lointaine. À travers les paysages grandioses de la Belle Province, c’est tout un pan de son histoire qui se révèle — et peut-être, au détour d’un regard ou d’une chanson, une rencontre qui changera tout.

    Un roman lumineux sur la quête de soi, les secrets de famille
    et l’amour qui naît là où on ne l’attend pas.

    Dès les premières pages, j’ai été porté par la plume de Lucie Delacroix et par l’histoire de Laura. Entre les paysages grandioses, les expressions savoureuses et les soirées autour du feu de camp, je me suis laissé happer par ce roman vibrant d’émotions. On y parle d’amitié, de solitude, d’addiction, mais surtout de la quête des origines, ces racines invisibles qui nous façonnent et nous appellent, même à des milliers de kilomètres.

    Laura est une jeune femme en colère, blessée par les secrets et les silences qui ont fissuré son enfance. Un jour, elle décide de tout quitter pour partir au Québec avec sa meilleure amie. Là-bas, au milieu des lacs et des forêts, elle espère souffler, se retrouver… Mais le destin lui réserve bien plus qu’une simple parenthèse. Une mystérieuse lettre déposée sur son oreiller dès son arrivée va tout bouleverser.
    Qui lui écrit ? Et surtout, pourquoi maintenant ?

    J’ai suivi Laura dans ce voyage initiatique avec le cœur serré. Elle découvre l’amitié sincère, l’amour naissant, la bienveillance d’une équipe d’animateurs, et cette nature généreuse qui soigne mieux que bien des mots. J’ai aimé ces moments simples, la musique des Cowboys Fringants, le sirop d’érable, les accents à travers les expressions québécoises… toute une atmosphère qui sent bon la vie.

    Lucie a cette faculté de faire vibrer chaque émotion. Sa plume, fluide et sensible, capte le moindre frémissement d’un regard ou d’un silence. On rit, on espère, on pleure aussi. Car ce roman est une véritable montagne russe émotionnelle. On s’y brûle, mais il réchauffe aussi, car l faut savoir pardonner.
    Et derrière l’histoire de Laura, il y a un message fort. Parfois, pour avancer, il faut accepter de regarder la vérité en face, même si elle fait mal.

    La fin m’a bouleversé, tout simplement.
    J’ai refermé le livre le cœur serré, mais le sourire aux lèvres. Les flammes de l’autre rive est un roman qui touche l’âme, c’est une ode à la résilience, à l’amour et à la vie sous toutes ses formes.

    Et comme un joli clin d’œil, je remercie Lucie aussi pour la bande-son de ma lecture et plus encore, depuis, les Cowboys Fringants m’accompagnent à chaque promenade en promenant mon chien, j’adore !
    Pas après pas, j’ai la banane !!!
    Une très belle découverte…

    Ce roman m’a touché bien au-delà des mots… il m’a fait du bien.

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    Extraits :

    « “Toute l’équipe d’Air Canada vous souhaite une excellente année ! Qu’elle vous apporte une belle blonde ou un bon chum et une belle job’. Enjoy !”
    Alors que s’entrechoquent les coupes de champagne offertes par la compagnie aérienne, Florence déambule dans les allées les bras chargés de bouteilles vides. Elle se nourrit des sourires qui éclairent les visages des passagers. L’ambiance qui règne dans l’avion est presque magique. Français, Canadiens et autres nationalités trinquent et rient de bon cœur, se souhaitant le meilleur pour cette nouvelle année à venir. »

    « Blessée par leur attitude, mais aussi infiniment triste que leur soutien sans faille ait finalement des limites. J’aurais aimé que ma mère soit là ce soir, qu’elle me prenne la main et me raconte enfin tout ce que je cherche depuis des mois. Tout ce qu’elle n’a jamais voulu me dire. »

    « Mes parents sont passionnés par votre pays, je commence, y compris de ses chanteurs. Maman ne loupe pas une occasion de nous faire écouter ses CD rapportés de leurs divers voyages ici. L’autoradio de sa voiture ne doit pas savoir jouer autre chose, d’ailleurs. Mon enfance a été bercée par les titres de Lynda Lemay. »

    « À la nuit tombée, la foule s’agglutine devant la scène dès la fin du concert précédent. Le groupe suivant semble très attendu et c’est également pour eux que nous sommes venus. Johan trépigne d’impatience. Il nous fraie un chemin sur le côté afin de parvenir à deux rangs des barrières, au pied du décor. Ainsi, nous serons aux premières loges pour admirer ces artistes québécois.
    Dès que les quatre pionniers du groupe débarquent sur scène, les festivaliers sont en transe. Ils sont accueillis par un tonnerre d’applaudissements, la foule crie leurs noms un à un. Je reconnais les premières notes, qui débutent un spectacle grandiose. Les titres s’enchaînent et la connexion avec le public est extraordinaire. Les chansons engagées se succèdent, défendant avec ferveur des valeurs fortes, telles que la solidarité et l’environnement. »

    Bretonne de 34 ans, Lucie Delacroix est mariée et maman de trois jeunes enfants. Salariée, elle consacre son temps libre à la lecture et l’écriture. Elle aime les « page-turner », ces romans qu’on ne peut plus refermer sans en connaître le dénouement. Naturellement, elle en écrit aussi, passionnée d’écriture depuis son plus jeune âge.

    Plongez dans ses romans, des histoires pleines de rebondissements avec un soupçon de romance.

    Les flammes de l’autre rive, fait partie des finalistes du Grand Prix Romanesque 2025 !