Roman

L’Orfèvre de Central Park

de Nathalie Brunal
Broché – décembre 2024
Éditeur : Belles Feuilles

Une femme enceinte est découverte assassinée dans Central Park. Maria Ramirez et Bob Santini, chargés de l’enquête, peinent à la résoudre. Les prémices de l’investigation les mèneront dans un centre maternel dans lequel exerce Maxwell Hubson.

Il est marié depuis peu à Élise qui se rend compte qu’elle a épousé un inconnu possédant plusieurs facettes. Elle suivra les traces du passé de son mari afin de démêler le vrai du faux. Que découvrira-t-elle ?

Lorsque deux autres crimes s’ajoutent au premier, les enquêteurs savent que le temps joue contre eux. Le mystère sera-t-il résolu avant que le tueur récidive ?

Retrouver un roman de Nathalie Brunal est toujours pour moi un plaisir renouvelé.
J’aime sa capacité à changer d’univers avec aisance, feel-good, roman historique, romances de Noël… elle a déjà exploré bien des territoires. Mais avec L’Orfèvre de Central Park, je dois dire qu’elle m’a complètement surpris. Cette fois, elle pousse la porte du polar et du thriller… et quelle entrée !

Dès les premières pages, je fais la connaissance d’Élise, une jeune institutrice récemment mariée à Maxwell, médecin dans un hôpital. Leur histoire est née d’un véritable coup de foudre et tout semble les conduire vers un bonheur simple et évident. Pourtant, au fil du temps, quelques remarques maladroites, quelques silences étranges viennent fissurer cette harmonie. Élise se rend compte qu’elle connaît peut-être moins son mari qu’elle ne l’imaginait. Mais heureusement, ils s’aiment et arrivent à mettre de coté leurs disputes ou les rancœurs passées.

Pendant ce temps, l’horreur s’installe à New York. Un tueur s’attaque à des femmes enceintes, les étrangle puis leur ouvre le ventre afin d’extraire leur bébé avant d’abandonner les corps dans Central Park. L’atmosphère devient rapidement oppressante. Deux inspecteurs, Maria, elle-même enceinte, et Bob, se lancent dans une enquête haletante. Une véritable course contre la montre commence pour éviter de nouveaux crimes. Mais malgré la vigilance des futures mères et les efforts de la police, le meurtrier semble toujours avoir un coup d’avance. Les investigations mènent finalement les enquêteurs vers un centre maternel. Hasard ou coïncidence ? C’est celui où exerce Maxwell ! Troublée par de nouvelles réactions de son mari, Élise décide alors de fouiller dans son passé.

Très vite, Nathalie nous aiguille sur l’identité du meurtrier. Pourtant, ce n’est pas seulement l’identité du tueur qui fait la force du roman, mais la manière dont l’histoire est construite. Les “pourquoi ?” et les “comment en arrive-t-on là ?” affluent dans mon esprit, et je me retrouve plongé dans la psychologie du criminel. Les pièces du puzzle s’assemblent, les réponses apparaissent au fil des pages qui défilent à toute vitesse. Impossible pour moi de refermer le livre avant la fin.

L’écriture est addictive, fluide, nerveuse, oserai-je dire fascinante même ? En tous cas redoutablement efficace… Nathalie Brunal signe ici un véritable page-turner. Elle nous entraîne au plus près des tourments d’un esprit dérangé et explore la frontière trouble entre humanité et monstruosité. Les personnages sont solides, l’intrigue sort des sentiers battus et l’ensemble ne laisse pas indifférent. Un thriller sombre, dérangeant, parfois violent, âmes sensibles, soyez prévenues…

Pour ma part, je salue ce virage littéraire audacieux et parfaitement réussi.
Bravo Nathalie !

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Extraits :

« La vie nous dicte souvent notre conduite et nous réserve de nombreuses surprises, tantôt bonnes, tantôt mauvaises.
Nous nous soumettons et plions par faiblesse, cependant chacun demeure libre de ses choix. La fatalité n’existe pas et même si les rencontres se réalisent au hasard, les êtres ayant le même vécu s’attirent tels des aimants. Inconsciemment, ils se sentent investis d’une mission : celle de panser les plaies de celui ayant souffert. Entrer sur le chemin de l’autre se fait-il dans un but précis? Parfois, ces personnes ne font que passer, parfois elles s’attardent davantage et de précieux liens se créent. C’est ce qui se passe pour Élise et Maxwell lorsque leurs yeux s’attirent et que leur regard fusionne. Les âmes de ces deux êtres que la vie n’a pas épargnés se reconnaissent et laissent le destin les mener par le bout du nez. »

« Ils se croisèrent à plusieurs reprises dans une supérette de quartier. La première fois, ils s’étaient ignorés. Les fois suivantes, à force d’apercevoir le même visage, ils avaient esquissé un pâle sourire. Et puis, le destin, qui avait décidé qu’il fallait leur donner un petit coup de pouce, prit les choses en main. Un jour, perdue dans ses pensées, la main d’Élise frôla celle de Maxwell. Ayant envie d’un avocat pour le dîner, elle avait porté son choix sur le même que lui. Embarrassée, elle avait prestement ôté sa main en bégayant une excuse. Elle était suffisamment proche de lui pour se noyer dans le bleu de ses yeux. Les bruits alentour avaient disparu tandis qu’elle se perdait très loin dans ses songes. Une voix masculine l’avait abruptement ramenée sur terre. »

« – Nous n’avons pas encore identifié la victime. Elle a été étranglée et l’heure du décès se situe aux environs d’une heure du matin.
– La meilleure heure pour les crimes. Donc, étranglée ?
– Vous deviez vous en douter au vu de la couleur de sa peau. Les veines jugulaires ont été comprimées et la mort par asphyxie s’est ensuivie. L’incision sur le ventre de la jeune femme a été pratiquée post mortem et heureusement.
Le fœtus mort a été déposé près de sa mère. L’étranglement puis le décès ont provoqué l’arrêt du cœur qui ne faisait plus office de pompe. Il n’irriguait plus le cerveau ni le placenta. Quand l’enfant a été extrait de l’utérus, il avait déjà rejoint sa mère dans l’au-delà. »

« Son démon le réveilla alors que depuis dix jours, terré dans son antre, il l’avait laissé en paix. Ce soir, il réclamait son dû. La colère grondait en lui et la seule façon de l’apaiser était de le satisfaire. Il se leva, s’habilla à la hâte et quitta la chambre sur la pointe des pieds. Il longea le mur du couloir en évitant les lumières du hall et se retrouva dans les jardins de l’hôtel. La nuit était chaude et sentait les embruns. Alors qu’il arpentait une allée, il aperçut une jeune femme assise sur un banc, qui pleurait. Quand il s’approcha, il la reconnut immédiatement. C’était celle de la plage, celle qui affichait ignoblement son ventre rebondi et son bonheur de devenir prochainement mère. Elle était là, semblant l’attendre. La bête lui offrait sa victime sur un plateau d’argent. Dans quelques instants, elle le remercierait de faire couler la sève rouge et chaude. »

Nathalie Brunal a 43 ans quand elle se lance le défi fou d’écrire son premier roman. “Dévoreuse” de livres depuis sa plus tendre enfance, elle est passée de l’autre côté du miroir pour à son tour, faire voyager les lecteurs. Lisant de tout depuis qu’elle sait lire avec une préférence pour les romans qui font découvrir de nouveaux horizons, elle a découvert le “feel-good” tout à fait par hasard. Il l’a inspirée pour l’écriture de son premier roman publié en juin 2017. “Une tragique fête des fraises” est drôle, frais et rempli d’humour. Son héroïne Anna est une Bridget Jones à la française. Avec son compagnon Roger, ils vont vivre des aventures rocambolesques. Vous pouvez les retrouver dans les autres tomes “Le défile des glaces”, “Un bouquet sans mariée”, “L’Hydromel Hindou” et “D’une pierre… Deux coups”. Ils sont regroupés dans L’intégrale Anna et Roger.

Deux nouvelles héroïnes vous attendent dans “Vacances en terre inconnue”, sourire garanti en leur compagnie.

N’hésitez pas à vous procurer “Les tribulations d’Hortense”. Douceur, humour et amour s’y mêlent pour un agréable moment de lecture en compagnie d’Hortense et de sa tata “brut de décoffrage”. D’ailleurs, vous avez tellement aimé ce duo hors du commun que vous avez réclamé d’autres tomes à l’auteur qui s’est pliée à vos exigences avec plaisir. Vous pouvez donc les retrouver dans “Les Amours tourmentées d’Hortense” et “Le Noël explosif d’Hortense”. Hortense s’est même offert une scène puisque vous pouvez la retrouver dans un vaudeville saupoudré d’humour, de rires et de quiproquos. « Le coup de théâtre d’Hortense » vous permettra de vous évader en ces temps difficiles.

“Quand Cupidon s’en est mêlé…”, une romance feelgood où se mêlent amour, surprises et un soupçon d’humour vous entraînera dans les rues de la Butte Montmartre.

Un Noël saupoudré d’espoir (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/12/24/un-noel-saupoudre-despoir/

Le défi d’Apolline (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/06/09/le-defi-dapolline/

Apolline, un avenir incertain (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/05/20/apolline-un-avenir-incertain/

Les tribulations d’Hortense (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/01/28/les-tribulations-dhortense/

Les Amours tourmentées d’Hortense (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/01/30/les-amours-tourmentees-dhortense/

Lisbeth, au cœur du combat (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/02/09/lisbeth-au-coeur-du-combat/

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Drame, Histoire, Polar historique, Roman, Sciences, Suspense

Le Bureau des affaires occultes

de Éric Fouassier
Broché – 28 avril 2021
Éditeur : Albin Michel

Prix Maison de la Presse 2021

Automne 1830, dans un Paris fiévreux encore sous le choc des Journées révolutionnaires de juillet, le gouvernement de Louis-Philippe, nouveau roi des Français, tente de juguler une opposition divisée mais virulente.
Valentin Verne, jeune inspecteur du service des moeurs, est muté à la brigade de Sûreté fondée quelques années plus tôt par le fameux Vidocq. Il doit élucider une série de morts étranges susceptible de déstabiliser le régime.
Car la science qui progresse, mêlée à l’ésotérisme alors en vogue, inspire un nouveau type de criminalité. Féru de chimie et de médecine, cultivant un goût pour le mystérieux et l’irrationnel, Valentin Verne sait en décrypter les codes. Nommé par le préfet à la tête du « bureau des affaires occultes », un service spécial chargé de traquer ces malfaiteurs modernes, il va donner la preuve de ses extraordinaires compétences.
Mais qui est vraiment ce policier solitaire, obsédé par la traque d’un criminel insaisissable connu sous le seul surnom du Vicaire ?
Qui se cache derrière ce visage angélique où perce parfois une férocité déroutante ?
Qui est le chasseur, qui est le gibier ?

Dans la lignée des grands détectives de l’Histoire, de Vidocq à Lecoq en passant par Nicolas le Floch, un nouveau héros est né.
« Un roman policier addictif » Biblioteca

« LE roman historique de l’année. Vous ne le lâcherez pas. »
Gérard Collard Le magazine de la santé

Dès les premières pages du Bureau des affaires occultes, j’ai retrouvé ce que j’aime dans un bon polar. Des flics intègres, d’autres beaucoup moins, et cette frontière trouble entre le bien et le mal qui ne cesse de vaciller.
Éric Fouassier nous plonge ici dans le Paris du XIXᵉ siècle, entre calèches, hauts-de-forme et balbutiements scientifiques. L’atmosphère est remarquablement rendue, dense, presque palpable. Les personnages historiques et les nombreux détails d’époque donnent au récit une authenticité précieuse.

Ce roman est à la fois le croisement de plusieurs enquêtes… et bien davantage.
C’est le passé terrible d’un enfant séquestré par un monstre, un assassin dévoyé surnommé « le Vicaire ».
C’est aussi le Paris des découvertes, des sciences occultes, des salons, des intrigues politiques et des figures publiques.
Et au cœur de ce labyrinthe, il y a Valentin Verne.

Je me suis immédiatement attaché à ce jeune inspecteur du service des mœurs, élégant, perspicace, différent. Un homme marqué par ses tourments, méfiant, solitaire, qui se tient à distance des autres autant par prudence que par douleur. Sa rencontre avec Vidocq — oui, le Vidocq — est l’une des belles surprises du roman et apporte une saveur particulière à l’enquête. Valentin est un personnage complexe, fascinant, parfois inquiétant. Ses connaissances en médecine et en chimie lui permettent d’affronter des crimes d’un genre nouveau, utilisant les avancées scientifiques les plus récentes. Obsédé par la traque du Vicaire, auquel il est lié par un passé obscur, il se voit pourtant confier une autre affaire. Le suicide étrange de Lucien d’Auvergnes, jeune aristocrate aux penchants mystiques.

Cette enquête l’entraîne alors dans le tout Paris, celui des quartiers les plus huppés, aux bas-fonds les plus sordides, révélant une affaire trouble mêlant folie, miroirs, hypnose et tentative de déstabilisation politique.

Éric Fouassier m’a complètement happé. Les intrigues s’entrelacent avec intelligence, oscillant entre suspense, ésotérisme, épouvante et action.
Ce premier tome est riche, documenté, et d’une redoutable efficacité. Une série historique très prometteuse, portée par une écriture fluide et parfaitement maîtrisée…
Autant vous dire que j’ai déjà très envie de me plonger dans la suite !

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Extraits :

« Affronter sa peur.
Lorsqu’il a découpé la toile de tente à l’aide d’un tesson de bouteille, l’enfant croyait trouver un refuge. Il ne pouvait pas imaginer ce qui l’attendait à l’intérieur. L’escalade de la peur. Tous ces regards enfiévrés, tous ces visages effarés qui lui renvoient sa propre terreur.. Maintenant il gît là, tremblant de tous ses membres, recroquevillé dans une pénombre poisseuse. Les rares chandelles disposées à l’intérieur n’ont pas pour fonction de chasser l’obscurité, mais de créer un savant jeu d’ombres et de clartés. Elles semblent flotter dans l’air, tels des papillons de flamme. À leur lueur inquiétante le jeune garçon préférerait encore le tunnel d’encre de la rue.
Le noir, le néant. Tout, plutôt que ces visions d’épouvante qui l’assaillent sous la toile humide. Mais il n’ose plus bouger. Il se contente de fermer les yeux. Comme si le rideau de ses paupières constituait un rempart efficace. Suffisait à faire disparaître l’insoutenable. »

« Ce matin-là, Valentin Verne quitta de bonne heure l’immeuble qu’il habitait au numéro 21 de la rue du Cherche-Midi. Il y occupait un vaste appartement au troisième étage. Un logement bien trop luxueux pour un jeune homme de vingt-trois ans qui ne disposait que d’un modeste traitement d’inspecteur. Si ses collègues avaient su quel cadre de vie était le sien, ils l’auraient probablement jalousé, mais Valentin n’était pas du genre à se lier facilement. »

« Après avoir pris congé de Flanchard, Valentin avait récupéré le dossier Dauvergne et passé deux heures à l’éplucher dans le détail.
Comme l’avait annoncé le commissaire, l’affaire se présentait sous un jour troublant. Selon les témoignages qui avaient pu être récoltés rue de Surène le soir du drame, le fils de la maison s’était jeté volontairement d’une fenêtre de l’hôtel paternel. Il avait été tué sur le coup. De prime abord, le suicide ne semblait pas faire le moindre doute. Cependant, ce qui rendait la chose peu banale, c’est que Lucien Dauvergne avait mis fin à ses jours en présence de sa mère qui s’inquiétait de son absence prolongée et était montée le chercher à l’étage. »

Éric Fouassier est né en 1963. Docteur en pharmacie et docteur en droit, il est professeur d’université en région parisienne. Membre de l’Académie nationale de pharmacie, chevalier de la Légion d’Honneur, officier des palmes académiques. Il enseigne notamment l’histoire de la santé et assure les fonctions de conservateur du musée d’histoire de la pharmacie de l’université Paris-Saclay.

Auteur d’un premier roman à l’âge de 16 ans, ce n’est finalement qu’en 2000 que l’envie de sortir ses écrits de ses tiroirs s’impose à lui. Pendant cinq ans, il écume les concours de nouvelles un peu partout en France et glane au passage de nombreuses récompenses. Cette activité intense débouche en 2005 sur l’édition d’un premier recueil de nouvelles qui sera vite suivi de deux autres chez de petits éditeurs. Il publie ensuite cinq romans dont le premier, un polar contemporain intitulé Morts thématiques lui permet de remporter le prix Plume de glace en 2011.

C’est en définitive une belle rencontre avec Isabelle Laffont qui lui permet d’élargir son lectorat. Cette grande dame de l’édition lui ouvre avec une générosité et un enthousiasme communicatifs les portes des éditions Jean-Claude Lattès en 2017. Aujourd’hui, Isabelle Laffont est devenue son agent littéraire et la belle aventure continue aux éditions Albin Michel ! C’est en effet grâce au premier roman publié dans cette maison, Le bureau des affaires occultes, que Eric Fouassier décroche son premier best-seller couronné, entre autres, par le prix Maison de la presse en 2021, et qu’il se fait connaître du grand public comme un auteur phare du roman policier historique.

Émotion, Drame, Roman, Terroir

La Vie est une histoire vraie

de Frédérique-Sophie Braize
Broché – 16 octobre 2025
Éditions : Presse de Cité

Lectrice de manuscrits chez un éditeur réputé, Ava apprend qu’elle risque de perdre la vue. C’est le choc. L’ophtalmologue lui interdit le moindre effort, même un ébat amoureux. Il lui reste peu de temps pour admirer les beautés de la nature et aiguiser ses autres sens. Contre l’avis de son compagnon, la belle rousse quitte Paris pour Abondance, dans ces paysages savoyards où elle a été heureuse avant.
Le bon air, le bleu d’altitude… Un monde hors du temps où vit Germinie, faiseuse de secrets, qui, Ava l’espère, saura éloigner d’elle l’angoisse et l’obscurité. Où vit aussi Virgil, séduisant homme des bois au métier rare de « sanglier ».
Le trouble et l’émoi qui les poussent l’un vers l’autre mèneront-ils Ava sur la voie de la guérison ?

Un roman vrai tout en sensualité, drôlerie et émotion,
avec une héroïne irrésistible qui chemine, toujours, vers la lumière

Après avoir lu tous ses précédents romans, j’avais tellement hâte de lire le dernier roman de Frédérique-Sophie Braize, “La vie est une histoire vraie”…

Je viens de le terminer et je ne sais pas par où commencer. Pour la simple et bonne raison que ce roman n’est pas un simple roman. Il est une “tranche” de vie de Frédérique-Sophie… Une tranche de vie où, comme elle le dit si bien, parfois elle “tord la vérité pour construire son récit, elle déplace les événements, les lieux et invente certains personnages afin qu’il demeure un roman”… Mais il est beaucoup plus que cela…

Lorsque je lis un roman de Frédérique-Sophie, je sais que je vais vivre une, lorsque ce ne sont pas plusieurs histoires incroyables. Souvent des histoires de femmes… Elles sont fortes, elles sont touchantes, émouvantes et, profondément humaines.
L’Histoire et le réel prennent aussi une place très importante dans ses récits, c’est régulièrement une remontée dans le temps, son écriture, ses dialogues pleins de tendresse qui me mènent vers une autre époque… Des sagas familiales, leurs secrets, leurs souffrances, et toujours une très belle solidarité entre des “personnages” qui ont une âme et cela fait du bien. Et puis, il y a la nature, les arbres et la montagne, cette terre qu’elle chérit et qu’elle sait décrire avec tant de justesse. La vie tout simplement…

Frédérique-Sophie, oups ! Ava, quitte Paris pour Abondance, un village de montagne où vit Germinie, une faiseuse de secrets renommée. Elle vient d’apprendre qu’elle risque de perdre la vue. C’est en pleine montagne, entourée de ses amis et de Virgil, que la belle rousse décide de faire un point sur sa vie, mais surtout de lutter comme il se doit contre cette cécité qui envahit ses yeux et petit à petit obscurcit son horizon. Eva est bien loin d’imaginer toutes les aventures qu’elle vivra dès lors, sur la voie de la guérison.

Je l’ai dévoré !
J’ai ri, j’ai tremblé, j’ai été ému. J’ai refermé ce livre le cœur gonflé d’une gratitude immense. Frédérique-Sophie signe ici un récit d’une sincérité bouleversante, un hymne à la vie, à la lumière, à la résilience.
Son roman m’a fait respirer…
Et ce clin d’œil à “Mouton”… Quelle délicieuse surprise !

Gros bisous à toute ta famille…

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Extraits :

« — Interdit de porter une valise ou un enfant. Défendu de vous pencher en avant. Et surtout pas d’ébats amoureux ! Un baiser peut vous faire perdre la vue. Voilà…
c’est tout.
Les paroles de l’oculiste portent un coup à Ava. La tête lui tourne presque. En quoi un baiser est-il si redoutable ? Risque-t-elle de se retrouver dans le noir à la moindre étreinte ? »

« Postée à la fenêtre, Ava regarde en direction d’un point connu d’elle seule. Elle plisse les yeux, même s’il n’y a pas de soleil mais un ciel de tôle sur l’après-midi finissant. La lectrice pourrait demeurer là, à espérer que d’illustres ophtalmologues parviennent à la guérir.
Or elle craint de perdre son temps en restant dans le 5€ arrondissement. Lorsque l’on n’a plus que quelques mois à voir, il convient de les utiliser avec discernement.
Aussi ouvre-t-elle les placards en quête du répertoire de sa mère. Sa persistance à s’agiter agace Ray :
– Qu’est-ce que tu fabriques ?
– Je cherche le numéro de Germinie.
– Ne t’emballe pas. Laisse-moi le temps de contacter quelques personnes. Je vais t’obtenir un rendez-vous à la fondation Rothschild pour avoir un autre avis. »

« Malgré son agenda chargé, il a tenu à l’accompagner. Il est curieux de rencontrer Germinie et de découvrir ce village savoyard qu’Ava considère – à tort – comme un refuge. Alors qu’elle déplie le prospectus, il lâche un ronflement. S’il n’était pas déjà en train de dormir, voilà ce qu’il pourrait lire :
Aussi appelé station-village de charme, ce bourg montagnard de Haute-Savoie se situe à trente kilomètres du lac Léman, et à quinze minutes de la frontière suisse. La station de ski est reliée au domaine des Portes du Soleil, un des plus grands du monde. Abondance, c’est aussi un habitat typique, une race de vache et un fromage qui contribuent à la réputation de ce village d’exception. »

« Ava est réveillée par des chuchotis. Voix masculine et féminine. Virgil et Germinie. Elle ouvre les yeux. L’aube darde un rai de clarté dans la chambre, la preuve que sa vue n’a pas filé à l’anglaise pendant la nuit. Elle se lève, se débarbouille, emprunte le couloir. Là, elle est saisie d’un profond étonnement en réalisant qu’elle s’est trompée sur le détenteur de la voix d’homme, compte tenu de la soutane. Germinie barre un zona à un prêtre qui a hésité à la consulter. Et pour cause : la rumeur dit que la guérisseuse sait lire sur le front des gens s’ils sont – ou non – aimés du Ciel. »

Frédérique-Sophie BRAIZE romancière, nouvelliste, chroniqueuse de presse écrite, née à Évian. Fille unique d’un alpiniste – réalisateur des Colonnes de Buren à Paris – elle vit dix ans chez ses grands-parents, des paysans de montagne. Elle fait ses études au Pays de Galles d’où elle revient diplômée en Business et Finances du Polytechnic of Wales. Elle travaille dans la sécurité privée et industrielle avant de se lancer dans l’écriture. Elle partage sa vie entre la Haute-Savoie et Paris avec Mouton, son chien de berger.

Parutions récentes et à venir :

Paysannes de montagne (éd. Lucien Souny 2015) Grand Livre du mois / Format poche (éd. Souny Poche 2018)

Pour quelques arpents de rêve (éd. Lucien Souny 2016)

Sœurs de lait (éd. De Borée 2018) Grand Prix littéraire de l’Académie de Pharmacie 2018. Prix Patrimoine 2018. Format poche (Coll. Terre de Poche, éd. De Borée 2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/11/01/soeurs-de-lait/

Lily sans logis (éd. De Borée – 2019) Adapté en “Livre à deux places” pour “Lire et faire lire” d’Alexandre Jardin en 2020.
https://leressentidejeanpaul.com/2020/05/23/lily-sans-logis/

Une montagne de femmes (éd. Les Passionnés de bouquins 2019) Prix Welter. Prix Ecriture d’Azur
https://leressentidejeanpaul.com/2019/12/31/une-montagne-de-femmes/

Un voyage nommé désir (éd. Presses de la Cité 2021) Trophée des Savoyards du monde. Prix Machiavel 2021.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/03/09/un-voyage-nomme-desir/

Les liaisons périlleuses (éd. Presses de la Cité 02/2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/05/26/les-liaisons-perilleuses/

Ses livres sont toujours inspirés de faits réels tombés dans l’oubli : histoire vraie, fait de société, fait historique…

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Émotion, Drame, Roman, Suspense

Les étincelles

de Julien Sandrel
Poche – 3 mars 2021
Éditeur : Le Livre de Poche

La jeune Phoenix, vingt-trois ans, a le goût de la provocation, des rêves bien enfouis, et une faille terrible : il y a trois ans, son père, un scientifique, s’est tué dans un accident de voiture en allant rejoindre une autre femme que sa mère. Depuis, Phoenix le déteste. À cause de lui, elle a abandonné études et passions et enchaîne les petits boulots. Mais un jour, dans un carton qui dort à la cave, elle découvre la preuve que son père se sentait en danger. Ainsi qu’un appel à l’aide énigmatique, écrit dans une langue étrangère. Et si elle s’était trompée ? Et si… la mort de son père n’avait pas été un accident ?
Aidée de son jeune frère, un surdoué à l’humour bien ancré, Phoenix se lance à la recherche de la vérité. Mais que pourront-ils, tout seuls, face à un mensonge qui empoisonne le monde ?

Julien Sandrel confirme son talent de conteur.
Sandrine Mariette, Elle.

Un roman haletant, engagé et profondément humain. Entre enquête à haut risque, secrets familiaux et suspense digne d’un thriller portée par Phoenix, une héroïne bouleversante. Émotion, humour, amour et courage se mêlent pour offrir un récit vibrant, ancré dans notre époque. Et ce retournement final… magistral !
Oups…
Je suis allé un peu trop vite encore emporté par le récit !

Avec Les étincelles, Julien Sandrel m’a une nouvelle fois touché en plein cœur. Ce troisième roman marque un virage plus engagé, sans renoncer à la tendresse et à l’humanité qui caractérisent son écriture. Il y aborde une thématique forte, ancrée dans notre époque, le courage de dénoncer les abus des puissants.

Phoenix, jeune étudiante, peine à faire le deuil de son père, qu’elle croyait volage. Entre colère et chagrin, elle garde un souvenir amer de celui qui avait pourtant nourri sa passion pour la musique. Jusqu’au jour où sa grand-mère, voyant sa petite-fille s’enliser dans une tristesse sans fin, l’incite à fouiller dans les affaires laissées par son père. Dans un vieux carton, Phoenix découvre un message troublant. Son père se savait en danger. Elle se demande alors si son père n’était pas mort accidentellement mais avait été assassiné , Oui mais pourquoi aurait-il été assassiné ?

Avec son frère et Victor, une rencontre inattendue, Phoenix se lance dans une quête dangereuse. Leur enquête les mène dans les coulisses d’un monde opaque, fait de multinationales aux moyens colossaux, de réseaux d’influence, de menaces réelles. Le suspense est constant, rythmé par des rebondissements et la voix de narrateurs secondaires qui enrichissent le récit.

J’ai vibré avec Phoenix, ressenti son désarroi, son courage, et cette soif brûlante de vérité. J’ai admiré la façon dont Julien Sandrel mêle l’aventure, l’humour, l’émotion et un regard lucide sur notre monde. Ce roman rappelle les risques que prennent les lanceurs d’alerte et souligne la force des liens familiaux.

Arrivé à la page 243, un retournement m’a laissé sans voix…
Julien a une façon unique de faire passer de belles émotions.
Les étincelles est à la fois un roman haletant, une histoire d’amour puissante, et un plaidoyer pour la justice.
Une lecture que je recommande sans réserve.

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Extraits :

« La lumière est tellement forte. Charlie a tellement chaud. Le paysage en devient presque flou. Ou bien est-ce la vitesse de la voiture qui brouille ses sens ?
C’est étrange, cette sensation qui l’envahit, au moment où le véhicule quitte la route. La terreur sourde se mêle à une forme de beauté. Oui, c’est cela, il y a quelque chose d’infiniment gracieux dans ce temps suspendu, ces secondes de chute.
Sept, six, cinq.
La voiture pique du nez.
Dans quelques instants, ce sera le choc. Charlie le sait.
Ses muscles se crispent.
L’ensemble de son corps se tend.
Il n’avait pas imaginé que sa vie finirait ici.
Quatre, trois.
Charlie pense à sa femme, à ses enfants, à sa mère aussi. Il voudrait leur dire qu’il les aime. Leur donner la force d’avancer sans lui.
Mon Dieu, c’est tellement injuste.
Charlie se met à pleurer. De peur. De rage. De tristesse. »

« Au fond, depuis que le piano et mon père m’ont abandonnée, je ne sais plus qui je suis vraiment.
Je n’ai jamais parlé de ce problème à ma mère. L’histoire que je lui ai servie, c’est qu’avec la mort de papa, je n’étais plus obligée de faire semblant. Je lui ai dit avoir pris conscience que mon avenir n’était pas dans le piano et vouloir tout arrêter. Alors j’ai renoncé aux études de musique et j’ai emprunté le chemin de la fac de sciences. Soulagée que « j’assure mes arrières » en devenant prof de SVT plutôt qu’intermittente du spectacle, ma mère n’a pas cherché plus loin et a vendu le piano. »

« Si, comme elle le pense, son père a bien été assassiné, alors cela implique encore d’autres degrés d’actions criminelles liées à Lumière. En plus de la dissimulation, de la subornation de témoins et autres réjouissances lobbyistes, il y aurait donc tout un volet de meurtres directs avec préméditation. Tout cela prend des dimensions tellement énormes…
Je lève les yeux et remarque que Phoenix pleure en silence. Alors je m’approche et l’enveloppe de mes bras, comme on console une enfant. Elle s’y blottit, et nous restons comme cela.
Le monde s’arrête de tourner. Ou plutôt, je comprends à cet instant que le monde peut bien faire ce qu’il veut, je suis à ma place.
Je ferme les yeux, pour graver en moi ce trouble qui pénètre mon âme, et fait renaître des sensations presque oubliées. Je cueille cet instant, je le chéris, mais je ne suis pas dupe. Il a la saveur violente de l’éphémère. »

Julien Sandrel est né en 1980 dans le sud de la France et vit à Paris. Son premier roman La Chambre des merveilles a connu un succès fulgurant et a obtenu plusieurs prix littéraires, dont le prix Méditerranée des lycéens 2019. Traduit dans vingt-six pays et adapté au théâtre, il est également porté à l’écran par la réalisatrice Lisa Azuelos et l’actrice Alexandra Lamy. Ses romans suivants, La vie qui m’attendait, Les étincelles, Vers le soleil et Merci, Grazie, Thank you, ont eux aussi rencontré un grand succès en librairie. Parallèlement à son activité de romancier, Julien Sandrel travaille en tant que scénariste, aussi bien sur des adaptations de ses romans que sur des projets originaux.

Histoire, Roman

37, étoiles filantes

de Jérôme Attal
Poche – 16 août 2018
Éditeur : Robert Laffont

Sous le ciel étoilé de Paris, un jour de 1937, Alberto Giacometti n’a qu’une idée en tête : casser la gueule à Jean-Paul Sartre ! C’est cette histoire, son origine et sa trépidante conclusion, qui sont ici racontées.

Grognant dans son patois haut en couleur des montagnes, Alberto a déjà fait volte-face. Il est à nouveau en position sur le trottoir. Scrutant les confins de la rue Delambre. Pas du côté Raspail par lequel il vient d’arriver, mais dans l’autre sens, en direction de la station de métro Edgar Quinet. Rapidement, il repère la silhouette tassée de Jean-Paul, petite figurine de pâte à modeler brunâtre qui avance péniblement à la manière d’un Sisyphe qui porterait sur son dos tout le poids du gris de Paris et qui dodeline à une vingtaine de mètres de distance, manquant de se cogner, ici à un passant, là à un réverbère. « Ah, te voilà ! Bousier de littérature ! Attends que je t’attrape, chacal ! »

Une comédie tourbillonnante constellée de pensées sur la création et de rencontres avec des femmes espiègles, mystérieuses et modernes.

Prix Livres en Vignes 2018
Prix de la rentrée 2018 « Les Écrivains chez Gonzague Saint Bris »

Espiègle, intelligent, drôle, finement documenté… 37, étoiles filantes m’a offert une promenade culturelle et romanesque inoubliable dans les rues et les cafés de Montparnasse.
Grâce à Jérôme Attal, j’ai arpenté ce quartier mythique des années trente, cœur battant de la vie intellectuelle et artistique parisienne. Les personnages virevoltent d’une péripétie cocasse à une émotion plus douce, formant un récit jubilatoire, à la langue éblouissante.

Après L’appel de Portobello road, Les Jonquilles de Green Park et La Petite Sonneuse de cloches, Jérôme confirme ici un talent particulier, celui de prendre plaisir à nous faire plaisir. Cette fois, il nous entraîne dans l’univers d’Alberto Giacometti, sculpteur encore loin de la gloire, boîteux après un accident, maniant sa béquille autant pour marcher que pour bousculer la vie. Entre deux aventures féminines, il cherche, tâtonne, expérimente.

À ses côtés, on croise Sartre, encore simple prof de philo, en pleine négociation éditoriale, toujours prompt à se faire des ennemis à force de démontrer sa supériorité intellectuelle. Il y a aussi Diego, frère timide et talentueux, écrasé par la personnalité d’Alberto. Picasso passe par là, et d’autres figures marquantes de l’art et de l’Histoire viennent colorer la fresque. Autour de ces hommes gravitent des femmes séduisantes, mystérieuses ou fatales, modèles, mondaines, artistes, voire espionnes, dans une Europe qui tremble déjà face aux tensions politiques et aux réseaux secrets. Malgré cette toile de fond tendue, j’ai souvent souri, parfois ri franchement, tant le roman manie l’humour avec légèreté.

Jérôme Attal aime Paris, et ça se sent. Il a dû arpenter Montparnasse mille fois pour le restituer avec une telle précision sensorielle. Lire ce livre, c’est voyager dans le temps, respirer l’air de 1937, et côtoyer des personnages si vivants qu’on croit les croiser au coin d’une rue.

En refermant le roman, je garde en tête un moment de plaisir rare, où la langue française, vive et élégante, sert un récit moderne, percutant, et terriblement attachant.

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Extraits :

« Alberto a trente-cinq ans. Il est sculpteur à Paris, à la fin des années trente. Il travaille et vit dans un petit atelier du bas-Montparnasse. Il a une liaison avec une jeune femme, Isabel, et s’apprête à rompre avec elle au moment où, en pleine rue, une Américaine au volant d’une américaine lui fonce dessus. Alberto est transporté à l’hôpital. C’est ici que commence cette histoire. »

« Isabel qui ne se doute aucunement qu’elle a failli être laissée sur un coin de trottoir – « C’est fini ma belle, je ne sculpterai plus le bout de tes tétons du bout de mes doigts» – avant qu’une Américaine ivre morte fonce directement sur Alberto l’albatros, ainsi qu’elle le surnomme quand il se plaint de sa peine à décoller (dans l’amour et dans le monde). »

« Isabel prend cette remarque comme une nouvelle pique. Ils se connaissent depuis deux ans. Même si cela a été prononcé en toute innocence, elle hait les hommes pour la désinvolture avec laquelle ils s’expriment. Incapables pour la plupart de choisir des termes qui ne soient pas blessants. Et, d’un autre côté, dès qu’ils disent des choses qui ne sont pas blessantes, c’est plus fort qu’elle, elle pense qu’il y a dissimulation. En fait, ce ne sont pas les hommes qu’elle déteste. Mais ce qu’ils révèlent de pire en elle. »

« Alberto monte avec Rosalie, une jolie brune originaire du sud de la France.
Elle a de l’Italie les divines proportions. Ni trop courte ni trop dégingandée, la courbe de ses hanches évoque le tracé onduleux d’une route en bord de mer, de celles que l’on emprunte vitres baissées à la recherche d’un peu de sensations. »

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Jérôme Attal est parolier et écrivain, et l’auteur d’une dizaine de romans. Chez Robert Laffont, il a publié Aide-moi si tu peux, Les Jonquilles de Green Park (prix du roman de l’Ile de Ré et prix Coup de cœur du salon Lire en Poche de Saint-Maur), L’Appel de Portobello Road et 37, étoiles filantes, (prix Livres en Vignes et prix de la rentrée  » les écrivains chez Gonzague Saint Bris »).

Historique, Roman, Violence

Les Romains

Spartacus : La Révolte des esclaves
de Max Gallo
Broché – 1 janvier 2006
Éditions : Fayard

Spartacus : ce nom a traversé les millénaires. Max Gallo le fait vivre à nouveau en suivant le destin de ce Thrace qui refuse la domination romaine. Il y a d’un côté l’ordre des légions, la puissance et la richesse de Rome, de l’autre la soif de liberté, la sauvagerie, l’anarchie d’hommes qui ont brisé leurs chaînes et qui pillent, saccagent, suivant Spartacus sans lui obéir. Toute une époque cruelle s’anime sous la plume de Max Gallo : l’histoire devient chair palpitante, visage, pleurs et passions, voix qui racontent !

Attiré depuis toujours par l’histoire antique, je me suis plongé avec enthousiasme dans Les Romains – Tome 1 de Max Gallo, centré sur la figure emblématique de Spartacus. Le nom de l’auteur, souvent cité comme référence dans le domaine historique, promettait un voyage riche et instructif au cœur de la Rome antique. Mais très vite, mon enthousiasme s’est quelque peu refroidi. Le style m’a paru froid, presque clinique. Tout va très vite, trop vite. Trop de personnages qui défilent sans qu’on ait le temps de les saisir, encore moins de s’y attacher. L’émotion reste à distance, comme tenue en respect.

Cela dit, le récit de la révolte de Spartacus est traité avec une précision frappante. Les scènes sanglantes sont nombreuses, parfois à la limite du supportable, mais elles rendent compte de la brutalité d’un monde sans pitié. J’ai été pris, malgré moi, par la tension du récit.

Cependant, une question persiste. S’agit-il d’un roman historique ou d’une fiction inspirée de faits réels ? Le livre oscille entre les deux, sans vraiment trancher. Les répétitions et l’omniprésence de la violence finissent par alourdir la lecture.

Un roman qui, malgré ses limites, peut séduire les amateurs de cette époque. Pour ma part, j’en attendais un souffle plus épique.

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Extraits :

« Sur un plateau étroit qui domine et protège une falaise, deux troncs d’arbres posés l’un sur l’autre se consomment.
Près de ce foyer, un homme, debout, bras croisés, dit :
– Moi, Spartacus, prince des esclaves, je vais livrer bataille aux dix légions romaines du proconsul Licinius Crassus ! »

« – Soyez libres comme ces flammes sacrées qui brûlent pour Dionysos ! Il est venu en Thrace, il y a allumé ce feu de liberté pour qu’aucun homme, aucune femme de ce pays n’accepte la soumission, la servitude. Soyez fidèles à la volonté de Dionysos! Que jamais aucune chaîne n’enserre vos poignets! Toi, Apollonia, tu es fille d’Apollon, tes cheveux ont la couleur du soleil. Toi, Spartacus, tu as la force des torrents de tes montagnes, tu es fils de roi. »

« Castricus lui avait alors lancé :
– Rentre dans le rang, Thrace ! Et n’oublie jamais qu’un citoyen de Rome a droit de vie ou de mort sur les peuples qu’il a soumis. Un citoyen de Rome ne se bat pas contre un esclave ou un Barbare. Il punit. Il égorge. Mais il sait aussi récompenser.
Puis, se retournant, il avait crié :
– Baisse les yeux, Spartacus, ou je te les fais crever ! »

« Il saisit son glaive, essaya de les désarmer, mais les hommes nus se débattirent et l’écartèrent cependant que la faute hurlait, comme prise de folie. Des femmes s’enfuyaient, d’autres se tordaient les bras, s’abattaient sur le sol. »

« De sa main gauche, il serre la nue de Jaïr, l’oblige à se pencher davantage.
– Quand j’ai vu ce Numide lever sa hache, reprend-il, je me suis jeté en avant, l’épée au poing. Je l’ai enfoncée dans son ventre, jusqu’à la garde. Il a lâché son arme.
Il pose sa main droite sur sa poitrine.
– Son chantait une giclé, m’a recouvert. Son chantait s’est mêlé au mien. C’était mon frère, Jaïr, et je l’ai tué. Je n’ai pas eu le courage de Galvix le Dace.
Il secoue la tête. On pourrait croire qu’il sanglote, mais ses yeux restent secs. »

Max Gallo est un écrivain, historien et homme politique français, membre de l’Académie française depuis le 31 mai 2007.

Fils d’immigrés italiens, son père, originaire du Piémont, a quitté l’école après son certificat d’études, sa mère est originaire de la région de Parme, il vit en famille à Nice. Pendant la seconde guerre mondiale, son père rejoint la résistance. L’occupation et la libération vont marquer Max Gallo et lui donner le goût pour l’Histoire ; cependant son père l’oriente vers des études techniques. Il obtient d’abord un CAP de mécanicien-ajusteur, puis un baccalauréat mathématiques et technique au lycée du Parc-Impérial. À 20 ans, il entre dans la fonction publique comme technicien à la RTF, puis il part à Paris pour suivre des cours afin de devenir contrôleur technique.

En parallèle, il suit des études d’histoire. En 1957, en pleine guerre d’Algérie, il fait son service militaire comme météorologiste au Bourget où, avec Jean-Pierre Coffe, il fonde un journal antimilitariste.

Reçu à Propédeutique lettres, il est maître auxiliaire à Chambéry et après l’agrégation d’histoire, en 1960, professeur au lycée Masséna. Docteur en histoire, il devient maître-assistant à l’université de Nice et en 1968, enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris.

Écrivain à succès fécond, il a publié un grand nombre d’ouvrages, souvent à fort tirage. Ses premiers romans, qu’il qualifie de « politique-fiction », seront publiés sous pseudonyme : Max Laugham. Dans un style littéraire qu’il appelle lui même « romans-Histoire », qui consiste à s’appuyer sur les ressources historiques en y ajoutant son expérience personnelle et son ressenti par rapport aux événements, il fait de l’histoire un roman.

Roman

Le Musée secret

Une aventure de Cassiopée Vitt
de Steve Berry, M.J. Rose
Broché – octobre 2022
Éditeur : Cherche Midi

Entrez dans les secrets les mieux gardés des vols d’œuvres d’art par les nazis.
Installée dans le Sud de la France, Cassiopée Vitt a décidé de se séparer d’une partie de son héritage : quinze tableaux de maîtres acquis par son père dans les plus respectables galeries d’art parisiennes après la Seconde Guerre mondiale. Lorsqu’elle arrive dans sa maison de famille de Tossa de Mar, une surprise de taille l’attend : les prétendus chefs-d’œuvre se révèlent être des copies. C’est le début d’une aventure qui va la conduire en Andorre, dans un lieu ultrasecret, le  » Dépôt « , où sont réunis, cachés aux yeux du monde, des trésors réputés disparus depuis longtemps. Cassiopée comprend bientôt que la clé de toute cette étrange affaire se trouve au cœur des secrets les mieux gardés de l’occupation nazie.

Après Le Manuscrit cathare, cette nouvelle aventure passionnante de Cassiopée Vitt, qui s’achève au Mémorial de la Shoah à Paris, nous plonge dans les arcanes encore obscurs de la spoliation des œuvres d’art durant la Seconde Guerre mondiale.

Je viens de refermer Le Musée secret de Steve Berry. Le roman se lit vite, trop vite même. Dès les premières pages, j’ai été happé par cette enquête haletante, mêlant histoire de l’art, secrets d’État et suspense politique. Suivre Cassiopée Vitt dans cette course contre la montre a été un vrai plaisir. Elle est forte, complexe, pleine de nuances.

Ce que j’ai trouvé fascinant, c’est la manière dont Berry tisse réalité historique et fiction. Le lien avec le Vatican, les œuvres d’art disparues, les coulisses du pouvoir… tout semble possible. À chaque chapitre, je me suis surpris à vouloir vérifier si tel ou tel fait était réel – et c’est là que réside la force du roman : il brouille habilement les frontières entre le vrai et l’inventé.

J’ai aussi été marqué par les thèmes de la mémoire, de la justice et de la manière dont l’Histoire peut être manipulée. L’intrigue ne m’a jamais lâché : j’étais embarqué du début à la fin, incapable de poser le livre.

Un roman intelligent, palpitant, et d’une actualité troublante. Je le recommande vivement à tous les amateurs de thrillers historiques.

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Extraits :

« “Il y a un problème ?” demandai-je à nouveau.
Miguel se tourna vers moi. Son visage avait changé de couleur, il se mordait la lèvre inférieure.
“Je ne sais pas comment te dire ça, mais… aucun de ces tableaux n’est authentique.” Il fit une pause.

“Tous, sans exception, sont des faux.” »

« – “Il y a une autre possibilité”, reprit Miguel.
Je l’avais déjà envisagée.
“Que les originaux aient été volés, après la mort de mon père. Beaucoup de temps a passé. Les occasions n’ont pas manqué.” Mais je ne pouvais pas oublier que la villa disposait d’un système de surveillance de pointe et que deux personnes s’en occupaient depuis plus de trente ans. “Paulo et Angelina sont irréprochables.
– Pardonne-moi, Cassiopée, mais la confiance est une chose singulière. Nous croyons connaître les gens. Pourtant, comme pour ces tableaux, parfois nous ne voyons pas ce qui est juste devant nos yeux.” »

« “La plupart de ces scénarios n’ont guère de sens, Cassiopée”, me dit Nicodème après que je lui eus expliqué au téléphone toutes les hypothèses de Miguel quant aux raisons pour lesquelles les tableaux n’étaient pas authentiques. Mais ce dont je suis sûr, s’est que ton père n’aurait jamais acheté des faux. »

« La guerre faisait rage, des millions de personnes étaient déportées, internées et assassinées, mais le marché de l’art était florissant. À partir de 1941, le gouvernement français de Vichy – avec la bénédiction des nazis – a volé tout ce qu’il pouvait aux Juifs. Ils se sont approprié leurs entreprises, leurs comptes bancaires, leurs maisons, leurs bijoux et leurs œuvres d’art. Ce pillage a permis à nombre de salles de ventes aux enchères et de galeries d’art de s’enrichir pendant que les Juifs dépérissaient dans des camps d’internement, affamés et mourant par milliers. On estime que plus de sept cent mille tableaux ont été dérobés aux Juifs pendant la guerre. Plus de cent mille d’entre eux manquent toujours à l’appel. »

Steve Berry étudie le droit à l’Université de Mercer à Macon. Il est ensuite avocat et plaide pendant une trentaine d’années avant d’occuper de hautes fonctions dans la magistrature pour 14 ans. Il est un membre fondateur de l’International Thriller Writers, une association de plus de 2600 auteurs de romans policiers de partout dans le monde, dont il est co-président pendant trois ans.

En 1990, il se lance dans l’écriture. En 2000 et 2001, il remporte le prix Georgia State Bar Fiction Writing Contest. En 2003, son premier roman, Le Musée perdu (The Amber Room), paraît chez l’éditeur Ballantine Books. Depuis, il a publié plusieurs thrillers, qui sont devenus autant de best-sellers.

À partir de 2006, il amorce la série des aventures de Cotton Malone.

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M.J. Rose, auteure figurant sur les listes des best-sellers du New York Times, USA Today et Wall Street Journal, a grandi à New York, principalement dans les galeries labyrinthiques du Metropolitan Museum, les tunnels sombres et les jardins luxuriants de Central Park, et en lisant les livres préférés de sa mère avant même d’y être autorisée. Elle croit que le mystère et la magie nous entourent, mais que nous sommes trop souvent trop occupés pour les remarquer… Les livres qui amplifient le mystère et la magie attirent l’attention sur eux et nous rappellent de les chercher et de nous en émerveiller.

Les écrits de Rose ont été publiés dans de nombreux magazines, dont Oprah Magazine et The Adventurine. Elle a également été mise en avant dans le New York Times, Newsweek, Wall Street Journal, Time, USA Today, ainsi que dans l’émission Today Show et à la radio NPR.

Diplômée de l’université de Syracuse, Rose a réalisé une publicité diffusée au Museum of Modern Art à New York. Depuis 2005, elle dirige la première entreprise de marketing dédiée aux auteurs – Authorbuzz.com. Elle est également cofondatrice de 1001DarkNights.com et TheBlueBoxPress.com.

La série télévisée PAST LIFE est inspirée des romans de Rose issus de sa série Reincarnationist.

– Le Manuscrit cathare (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/04/20/le-manuscrit-cathare/

Émotion, Cercle littéraire, Roman, Suspense

Les vérités parallèles

de Marie Mangez
Broché – 23 août 2024
Éditions : Finitude Éditions

Arnaud Daguerre est Grand Reporter au Miroir, un hebdo d’investigation. Ses reportages passionnants lui valent les éloges des lecteurs autant que de la profession, qui n’hésite pas à lui décerner le prestigieux prix Albert Londres. Et pourtant. Sa série sur les banlieues ? Il n’a osé interviewer personne. Son reportage en Grèce ? Il n’a pas quitté son hôtel. Son portrait de Julian Assange ? Il ne l’a jamais contacté. Bien trop timide. Et ce depuis toujours, depuis cette enfance rêveuse, quand il parcourait le monde sans quitter sa chambre.

Pour ficeler un bon reportage, eh bien c’est pareil : il suffit d’inventer, de broder avec quelques lambeaux de réel. C’est si facile.

Mais il y a un prix à payer : la peur d’être démasqué à chaque parution, chaque semaine, cette peur qui vous ronge les entrailles sans répit. D’autant qu’à la rédaction, on s’interroge sur la facilité avec laquelle ce jeune collègue trouve toujours le bon témoin, la bonne histoire…

Dans le cadre de l’un de nos dîners du Cercle littéraire du Château de l’Hermitage,
nous avons eu hier soir le très grand plaisir de recevoir Marie Mangez.
Un moment plaisant où les conversations ont pris un certain tournant,

où les discussions se sont un peu envolées…,
mais c’est aussi ça, une soirée de discussions !

Arnaud, âgé de sept ans, est un enfant timide et rêveur qui se laisse souvent emporter par son imagination. Un jour, lors d’un cours, suite à une erreur sur un contrôle, il mélange le nombre 69 avec 96. Malgré un raisonnement juste, sa maîtresse lui met la note de 1/10. Trouvant cela injuste, il imitera son écriture et transformera le 1 en 10. Ce n’était pas la première fois qu’il transformait la réalité, mais ce jour-là fut décisif.
Malgré l’opposition de ses parents distants et très stricts, Arnaud, qui a connu une enfance difficile et complexe, envisage sa carrière dans le journalisme. Décision a priori étonnante pour ce jeune homme timide et effacé. Son premier reportage en tant qu’adolescent se déroulera à La Courneuve. Une fois sur les lieux, c’est le désastre. Tout se brouille dans son esprit. Il est dans une impasse et n’ose pas poser des questions à gens qui l’entourent et pourraient le renseigner. Comment va-t-il s’y prendre ? Il est impératif qu’il restitue cet article comme prévu !
Heureusement, son imagination lui permettra de rapidement trouver une autre solution.

Ce sera une réussite !
Progressivement, les opportunités se présentent à lui et il obtient le poste de journaliste attitré au journal “Le Miroir”. Estimé par ses pairs et ses supérieurs, apprécié de son public, tous ses reportages se construiront uniquement dans sa tête sans sans qu’il ait à se déplacer. Commencera alors pour lui une vie pleine de gloire qui lui renvoie sans cesse un sentiment de culpabilité et la peur constante d’être découvert…

Dans son roman, Marie Mangez aborde un thème original et bien développé, malgré un début que j’ai trouvé un peu long et qui a failli me perdre. Mais, petit à petit, j’ai trouvé ça et là certains repères qui me parlaient résonnaient en moi, qui m’ont captivé, avec même parfois une certaine poésie qui m’a accompagné tout au long de ma lecture que j’ai finalement trouvée un peu ”trop brève“. Marie a réussi à trouver des mots justes, simples, qui m’ont permis d’entrer dans la tête, déjà surchargée de notre héros, dans ses pensées complexes qui débordent d’imaginations et résonnent de malhonnêteté où il s’enlisera chaque jour un peu plus.

Un récit intéressant et original qui incite à réfléchir sur l’univers du journalisme et ses divers aspects où la pression et l’aspiration à la réussite pourraient, compte tenu des ressources actuelles, influencer les idées, voire générer des “fakenews” en fonction des désirs des journalistes, qui pourraient ne plus être en quête de vérité.

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Extraits :

« Le jour où Arnaud est devenu faussaire, il avait sept ans. L’âge de raison. Affirmer, toutefois, qu’il s’agit de son premier fait d’armes serait mentir. En réalité, ce jour d’octobre 1988, le terrain est déjà préparé depuis longtemps. Mais à ce moment-là, Arnaud ne le sait pas, ou bien de façon confuse. Il ne sait pas qu’il pousse, depuis sa naissance, dans le terreau fertile des choses non dites, dans la poussière invisible des squelettes du placard. »

« Faire les choses bien. Ne pas se tromper, jamais.
Arnaud a appris, depuis sa plus tendre enfance. Appris à ne pas décevoir, à deviner les attentes pour s’y glisser comme dans un étui de protection. »

« C’est bien. Dans la bouche avare de son père, ces quelques mots ont le poids et l’éclat d’un lingot d’or. Jusqu’alors, les parents Daguerre ont suivi le parcours de leur rejeton d’un œil qui, sans être désapprobateur, ne rayonnait pas franchement d’enthousiasme. Ils auraient préféré qu’Arnaud, après Sciences Po, embrasse une carrière administrative : du stable, du solide, une valeur sûre. Mais le stable et le solide n’ont, hélas, jamais intéressé le rejeton en question, resté cramponné à sa lubie enfantine, attiré vers le mouvant, le changeant, l’éphémère, et vers une profession chaque jour plus précaire. »

« Arnaud ne s’ennuyait jamais, dans sa solitude peuplée de journaux, de livres et de rêveries. Mais il lui semblait, parfois, que son cœur sonnait vide; alors il redoublait d’efforts pour le remplir, tout seul, faute de mieux, le remplir de Léonards, de contrées lointaines et d’aventuriers sans peur. »

Doctorante en anthropologie à l’Université de Paris, Marie Mangez voyage régulièrement entre la France et la Turquie afin de conduire des recherches sur les minorités religieuses. À côté de sa thèse, elle publie en 2021 son premier roman, Le Parfum des cendres, dans lequel Sylvain, thanatopracteur, et Alice, étudiante en stage, devront essayer de cohabiter dans un climat inexpliqué de tension.

Marie Mangez découvre le sujet de la thanatopraxie par le biais de ses études et décide d’en faire le métier de son personnage principal, dans un roman qui mêlera mystère et sensibilité. Par le biais de ce roman, elle nous plonge dans un univers mélancolique et énigmatique, dans lequel nous devrons découvrir le secret bien gardé de l’impénétrable personnage principal, en décryptant les indices disséminés par l’autrice dès les premières pages. Finalement, entre le mystérieux embaumeur qui sent les morts, et la jeune étudiante déterminée, l’harmonie est difficile, mais pas impossible…

Émotion, Drame, Frisson horreur, Roman, Suspense

LUX

de Maud Mayeras
Poche – 12 octobre 2017
Éditions : Pocket

2016. Antoine Harelde débarque à Ceduna, une petite ville perdue au ciel rose et à la poussière collante, dans les terres arides du sud de l’Australie, pour des vacances chez sa mère. Vingt ans auparavant, il y a passé un été inoubliable, un été au cours duquel il a connu la joie, l’amitié, l’amour, mais aussi l’horreur.
Aujourd’hui, il est un homme. Il n’a pas oublié, il n’a rien pardonné. Son but ? Se venger. Mais Antoine est frappé de plein fouet par la dure réalité. La justice prend d’étranges et inquiétantes couleurs à la lumière de l’apocalypse…

“Avec Lux, Maud Mayeras s’empare de nos peurs les plus terribles,
comme celle de la fin du monde, propos au cœur du livre, et bien dans l’air du temps.”

Franck PetitFrance 3 Limousin

J’avais déjà lu ce livre en novembre 2018.
Il y a quelques jours, j’ai ressenti l’envie de le relire…
J’avais oublié à quel point il était puissant… À quel point je l’avais apprécié, il m’avait bouleversé… m’avait laissé une empreinte !

Lux est unique, tourmenté, je dirais même hors du commun par son aspect « sensoriel » et émotionnel. Maud nous guide à travers des régions isolées, inhospitalières et arides peuplées de personnages terrifiants et particulièrement troublants.

1996. Ceduna, en Australie.
Antoine, un jeune français, semble perdu dans ce pays éloigné. Mais ce n’est pas le cas, il y a déjà vécu. Il est revenu pour une bonne raison. Il attendait depuis 1996, mais aujourd’hui il est enfin prêt. Il est revenu pour se venger. Une vengeance qui se veut implacable, mais tout ne se déroulera pas comme escompté.

2016. Ceduna, en Australie.
Un ami, Hunter, garçon de son âge, et sa petite sœur Lark, un aborigène, géant, monstrueux qui l’effraie chaque jour lorsqu’il passe devant sa porte. Depuis qu’Antoine a emménagé avec sa mère au bout du monde, voilà ses uniques voisins. Progressivement, il s’adapte à ce nouveau style de vie. Solitude. Plus d’école, une liberté toute relative qui n’existe qu’autour de chez lui et uniquement en cachette. Puis un jour, Hunter est assassiné, bouleversant la vie d’Antoine à tout jamais…

Maud nous offre un récit enchanteur, sombre, impitoyable et admirablement orchestré, ponctué de chapitres très brefs alternant entre 2016 et 1996 jusqu’à la fin du livre. Le dénouement, époustouflant, m’a redonné les frissons que j’avais déjà eu à ma première lecture !

Maud Mayeras… Je suis un grand fan !!!

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Extraits :

« Florence Harelde avait décidé de quitter la France le jour des quatorze ans de son fils. En pleine nuit, elle avait éveillé le garçon d’un doux baiser sur son front chaud. Elle lui avait parlé en anglais. Elle ne lui parlait jamais qu’anglais, le français lui ayant toujours paru une langue difficile, ennuyeuse, superflue. Elle avait évoqué cette plage sur laquelle elle avait grandi mais, l’esprit encore embrumé de sommeil, Antoine n’avait rien compris. »

« Deux cadavres, c’est tout ce qui restera.
Il les emportera loin d’ici, au fond de ce terrain en friche, ce champ recouvert chaque jour de l’année par des tonnes de feuilles sèches, tremblantes sous la brise légère ou collant à vos semelles. Au fond de ce terrain, il y a un trou, un trou dans lequel il pourra entreposer les deux cadavres. Il cachera leurs chairs et leur puanteur à l’abri des regards. Il attendra patiemment que les corps pourrissent et, quand il ne restera plus que des os cassants, il y mettra le feu. »

« Hunter avait resserré son étreinte et Antoine avait grimacé. L’autre lui faisait mal, mais il éveillait aussi en lui cette chose inexplicable qui le rendait furieux et l’excitait férocement. Hunter s’en était rendu compte et n’avait pas reculé.
Antoine s’était laissé faire, il avait entendu Hunter soupirer, avait senti les lèvres effleurer sa nuque et sa peau prendre feu. Les yeux clos, malgré son cœur qui cognait, malgré le bruit du vent qui s’engouffrait dans la pièce, il avait distinctement entendu le ronronnement du moteur dans l’allée.
“Merde, Hunter, tes parents.”
La glace avait éteint le feu. Et tout s’était déroulé à une vitesse folle. »

Maud Mayeras est une autrice française de romans noirs et de thrillers psychologiques.

Sa plume sensitive et animale nous mène toujours plus loin vers l’indicible, et avec délicatesse et précision, elle écorche à chaque page les entrailles et le cœur du lecteur. Ses récits mettent souvent en lumière les violences faites aux femmes et aux enfants, mais ils abordent également la complexité des liens filiaux et leurs conséquences féroces. Bercée par les films d’horreur, par le rock, le punk, et les romans de Stephen King, Maud Mayeras écrit son premier roman à 23 ans.

  • Hématome, éditions Calmann-Lévy en 2006. Il a reçu le prix des Limbes Pourpres et a été finaliste du prix Polar SNCF en 2006.
  • Reflex (2013), traduit dans plusieurs pays.
    https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/06/reflex/
  • Lux (2016), tous deux parus aux éditions Anne Carrière, puis repris chez Pocket.
  • Les monstres (2020)

Elle vit aujourd’hui à Limoges avec sa famille.

Roman

Le Magicien d’Auschwitz

de José Rodrigues dos Santos
Poche – 25 mai 20220
Éditions : Pocket

Comment celui que l’on surnommait « le grand Nivelli » a survécu à l’enfer.

Prague, 1939. Les troupes du Reich entrent dans la ville. De sa fenêtre, Herbert Levin aimerait les faire disparaître comme, sur scène, un illusionniste escamote ses colombes. Lui-même magicien sous le nom du “Grand Nivelli”, l’homme espère trouver chez les SS, ces grands mystiques amateurs d’occulte, un public trop naïf pour percer son secret.
Car Levin est juif, comme toute sa famille…
Croire ou ne pas croire… C’est toute la tragédie de ces années barbares, où nul ne veut croire au mal absolu. Levin y sera bientôt confronté, là-bas, dans la boue de la Pologne, au cœur gris de l’enfer…

Traduction, Adelino Pereira.

« Le bruit cadencé des bottes sur le goudron donnait l’impression que la mer était arrivée à Prague. Et quelle mer ! Les pas faisaient penser à des vagues, insistantes et furieuses, se brisant sur des rochers.
Herbert Levin avait décidé de ne pas regarder. Il refusait d’accorder de l’importance à ce qui se passait dehors, n’acceptant pas la tournure que prenait l’histoire. Il voulait se persuader que, s’il ne voyait rien, le monde demeurerait tel qu’il avait toujours été, car ce en quoi il se transformait n’augurait rien de bon. Mais la réalité ne se pliait pas à ses désirs. »

Dès le premier paragraphe José Rodrigues dos Santos donne le ton de son roman !

Deux histoires, qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre, terribles et effroyables, se croisent, alternent chapitre après chapitre, pour enfin se rejoindre à la fin du roman (qui n’en est pas une…) à Auschwitz.
Herbert Levin, un magicien, a fui avec sa famille les persécutions juives en Allemagne pour se réfugier à Prague. Il refuse d’imaginer l’inimaginable malgré de nombreuses mises en garde…
Francisco Latino, un soldat portugais, va s’enrôler dans la légion espagnole, il se bat aux côtés de Franco lors de la guerre civile, très vite il décide de se joindre aux Allemands pour combattre les communistes sur le front russe.

J’ai découvert J.R. dos Santos, en 2013, avec “La formule de Dieu”. Magnifique !
Ensuite, j’ai très vite enchainé avec, “L’Ultime secret du Christ”, “La Clé de Salomon”, “Codex 632 – Le Secret de Christophe Colomb”, “Furie Divine” et “Immortel”.
Avec « Le Magicien d’Auschwitz », il effectue un travail de recherche remarquable, nous offrant un récit poignant et horrible sur les horreurs passées.

Tout le monde sait ce qui s’est passé dans les camps de concentration, ou pense le savoir…
Comment est-il possible que les SS aient pu faire ça ?
Ce livre m’a retourné (âmes sensibles, s’abstenir). Mais il m’a permis aussi d’être au plus près de la réalité. J’ai appris de nombreuses choses incroyables, folles. Hitler, Himmler et de nombreux autres nazis, qui, entourés d’astrologues, d’occultistes et autres mystificateurs, croyaient que la race nordique était descendue directement des cieux !

J.R. dos Santos nous relate des destins brisés, pour que nous puissions les garder en mémoire… Surtout, ne jamais oublier…
Je conseille fortement !

Le film, Le Magicien d’Auschwitz est en cours de réalisation par Jaco Van Dormael, produit par Belga Films Group.

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Extrait :

« Les dieux s’expriment par sa bouche. Avec le Führer à la barre, l’Allemagne retrouvera tout son éclat, et notre peuple recouvrera son statut de race divine, guidant l’humanité vers un niveau d’évolution supérieur.
Levin se rappela avoir déjà entendu ces réflexions à Berlin, lors de la montée des nazis, et comprit qu’il ne pouvait plus les supporter. »

« – J’aimerais bien plaisanter, mais quand je vois les aberrations de la théosophie, ça me donne la chair de poule. Sans oublier les inanités de l’anthroposophie de Rudolf Steiner. Les Aryens, descendants des Atlantes, posséderaient l’étincelle divine, tandis que les races à la peau sombre seraient d’origine démoniaque et, par le métissage, détruiraient ce qu’il y a de divin chez les Aryens. Mais où diable est-il allé chercher tout ça ? Où sont les preuves ? »

« Les lampes s’éteignirent tout à coup et la salle plongea dans une complète obscurité. Le brouhaha distrait de la foule s’atténua, puis cessa. Une musique orientale, mélodieuse, au rythme indolent et répétitif, presque hypnotique, rompit agréablement le silence.
Un puissant projecteur éclaira la scène et dévoila un personnage enveloppé dans une cape ; on aurait dit un fantôme. Le Grand Nivelli. »

« Les officiers SS qui se tenaient dans le hall du premier étage buvaient en riant aux éclats. Certains sourirent quand le magicien passa à côté d’eux, le félicitant pour le spectacle, apparemment sans remarquer qu’il sentait le Juif, et le Grand Nivelli leur répondit par un sourire confiant et même énigmatique.
Les hommes d’Himmler voulaient du mystère, il allait leur en donner. »

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Journaliste, reporter de guerre, présentateur vedette du journal de 20 h au Portugal, José Rodrigues dos Santos est l’un des plus grands auteurs européens de thrillers scientifiques.
La saga Tomás Noronha, traduite en 18 langues, s’est fait connaître en France avec La Formule de Dieu, vendue à près de 500 000 exemplaires (2 millions dans le monde) et dont les droits d’adaptation au cinéma ont été acquis par Belga Films.
Avec Immortel, il signe le 8e roman de la saga en France.
Les romans de J.R. dos Santos et de son héros Tomás Noronha rencontrent un grand succès à travers le monde.
Thrillers érudits, ils traitent des sujets de science, de religion ou d’histoire avec toujours un incroyable travail de recherche. Car le sujet central de tous les romans de J.R. dos Santos reste le même : la vérité.
En tant que journaliste-reporter de guerre et en tant qu’auteur, cette question ne l’a jamais quitté. Et ce qui rend la série des Tomás Noronha unique, c’est justement ce défi systématiquement relevé de remettre en cause une vérité pré-établie pour en rétablir une nouvelle, difficile à accepter peut-être, mais bien plus limpide.

Ses romans sont tous publiés aux Éditions Hervé Chopin :

  • La Formule de Dieu (2012), traduit dans plus de 17 langues,
  • L’Ultime Secret du Christ (2013),
  • La Clé de Salomon (2014) – suite de La Formule de Dieu –,
  • Codex 632 (2015),
  • Furie divine (2016),
  • Vaticanum (2017),
  • Signe de vie (2018),
  • Immortel (2020) – Le premier être humain immortel est déjà né
    https://leressentidejeanpaul.com/2021/03/24/immortel-le-premier-etre-humain-immortel-est-deja-ne/
  • Âmes animales (2022),
  • La Femme au dragon rouge (2023), un diptyque composé de L’Homme de Constantinople (2019) et Un millionnaire à Lisbonne (2020).
    L’année suivante il aborde l’un des secrets les plus douloureux de l’histoire contemporaine avec :
  • Le Magicien d’Auschwitz et
  • Le Manuscrit de Birkenau
    Suivront :
  • Spinoza : l’homme qui a tué Dieu (2023)
  • Oubliés (A Filha do Capitão, en portugais), son premier roman enfin traduit (2024).

José Rodrigues dos Santos vit à Lisbonne.