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Amour, Émotion, Biographie, Drame, Poésie

Poussière d’homme

de David Lelait-Helo
Poche – 12 juillet 2012
Éditeur : Pocket

« Ce dimanche 3 avril, au soir, tes jours d’homme m’ont filé entre les doigts. Au presque commencement de ma vie, je t’ai perdu, toi avec qui je voulais la finir. Nous avions oublié d’être mortels, le temps nous a rattrapés… »
David LELAIT

« Je viens de finir ce livre, c’est un VÉRITABLE CHOC !!!!! Non seulement l’histoire est bouleversante mais le style est éblouissant !! Les mots claquent, lumineux et remplis de poésie ! Une émotion tout en pudeur pare ce livre d’une couleur unique. »
Gérard Collard

« Lyrique et sensible, juste et touchant, bouleversant même quand il ne reste qu’une poignée d’heures avant la séparation ultime. »
Ph.-J.C. Le Monde

« Un texte émouvant et d’une exquise sensibilité. »
Delphine Apiou Biba

J’ai découvert la plume de David Lelait-Helo avec Je suis la maman du bourreau, et dès les premières pages, j’ai su qu’il écrivait autrement. Il y avait cette pudeur dans la douleur, cette manière d’exposer l’indicible sans jamais tomber dans le pathos. C’était puissant, dérangeant, profondément humain. Un portrait de mère bouleversant, un cri discret mais essentiel.

Avec Poussière d’homme, j’ai retrouvé cette même force. Mais cette fois, l’émotion m’a submergé d’une manière plus intime, plus viscérale. Ce long chant d’amour et de mort, écrit tout en douceur et en retenue, m’a touché au cœur. Il y a dans ces pages une forme de grâce rare, presque fragile.

Le roman m’a pris aux tripes. Il m’a happé dans un tourbillon de poésie et d’émotions, où les mots choisis semblent parfois s’échapper d’un carnet secret. Des mots qui font du bien, des mots lumineux, des mots magiques… déposés ici et là, comme des cailloux blancs, un peu cachés parfois, que le lecteur devra ou pas, trouver pour, s’il le souhaite, les conserver bien précieusement. David raconte l’amour, son amour, avec une intensité brûlante, celle qu’on espère tous connaître au moins une fois. Un amour total, qui éclaire les gestes les plus simples et transforme le quotidien en miracle.

Il nous livre un hommage posthume, un cri d’amour et de douleur, une mise à nu poignante. Il évoque la perte, le manque, la maladie, le deuil, sans jamais chercher à nous apitoyer. Il questionne l’acceptation, la mémoire, le souvenir charnel de l’autre, ce qu’il reste quand il ne reste plus rien… ou presque. Juste ce prénom de trois lettres, et une éternité de souvenirs.

J’ai été totalement immergé dans son intimité. Chaque phrase, chaque silence entre les lignes, m’a bouleversé. Ce roman est un journal de bord de l’âme, un chant funèbre habité de lumière, un cri muet dans la nuit. Un concentré d’amour, de douleur… avec des mots qui claquent, des phrases qui prennent aux tripes… puis soudain, une larme qui surgie seule, qui s’éternise, elle sera finalement rattrapée par d’autres, de nombreuses autres qui le long de ma lecture méritaient aussi leur place…

Un véritable hymne à l’amour, malgré la tristesse, malgré la fin. Une œuvre traversée par la beauté, même dans la douleur.
Lire “Poussière d’homme”, c’est accepter de plonger dans l’abîme pour en ressortir tremblant, mais vivant. Lisez donc ce récit époustouflant, autant pour sa beauté que pour sa réalité et sa douleur. Aucun de mes mots ne pourra décrire ce que l’on ressent vraiment à cette lecture, il y a tant de sentiments et d’émotions, vous devrez comme moi y plonger corps et âme pour comprendre… Et forcément, finir votre lecture profondément touché.

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Extraits :

« Ce dimanche 3 avril, au soir, tes jours d’homme m’ont filé entre les doigts. Au presque commencement de ma vie, je t’ai perdu, toi avec qui je voulais la finir.
Nous avions oublié d’être mortels, le temps nous a rattrapés… La voix blanche et la colère noire, j’ai eu beau t’appeler, tu étais déjà parti, loin. Ta vie, minuscule tourbillon de quelques lunes et soleils, cessait là de tournoyer, sur le rivage carrelé blanc et glacé d’un hôpital. Un an sans toi, il y a trop longtemps, il y a si peu. Mais l’absence se rit du temps, elle déchire les calendriers, dérègle les horloges, rend folles leurs aiguilles. L’absence est un compagnon fidèle qui ourle désormais mes chemins d’exilé. »

« Que cette journée me semble sans fin depuis que, ce matin, au Père-Lachaise, à Paris, les flammes se sont unies pour t’emporter, t’émietter ! Depuis qu’hier j’ai poussé, de mes propres mains, le couvercle de bois verni sur ton visage de chair figée. »

« Les mots du curé ne parviennent pas à s’élever. Une ribambelle de sons creux. Je n’entends pas assez les trois lettres de ton prénom, il ne parle pas de ta vie, de ta joie, de ta bonté. Il articule le nom de Jésus, évoque le bon Dieu et ce foutu ciel qui t’ouvre prétendument ses portes, je ne l’écoute déjà plus… Je ne pleure pas non plus. Heureusement, les mots de ta jolie filleule, ses larmes, donnent de la chair et de l’humanité aux singeries de l’homme de Dieu. J’avais prévu de chanter puis renoncé, mais le manque de sève de l’instant me porte à finalement m’exécuter. »

« C’est un amour simple, facile, sur lequel on ne pose pas de mots. Mieux vaut le faire qu’en parler. Il roule léger. Il n’est pas de ceux auxquels on s’oblige pour ne pas vivre seul ou pour tromper l’ennui. Pas de ces amours que l’on couche sur un faire-part, que l’on grave dans les registres de l’état civil, pas de ceux qui donnent des enfants ou tiennent des promesses pour l’avenir du monde, pas non plus de ceux dont la passion vous brûle et vous dévore. Juste un amour qui souffle sur le cœur, juste le plaisir sans les devoirs, la caresse sans la gifle, le baiser sans la morsure.
Je ne tombe pas amoureux, je m’élève amoureux. Je t’aime comme on s’élève et grandit, comme on se hausse sur la pointe des pieds pour apercevoir la mer de l’autre côté de la barricade. Je t’aime en liberté. »

David Lelait-Helo est né à Orléans le 3 décembre 1971.

Après des études de littérature et civilisation hispaniques à Montpellier, il enseigne l’espagnol. En janvier 1997, à 25 ans, il publie chez Payot la première d’une longue série de biographies, parmi lesquelles

  • Maria Callas : j’ai vécu d’art, j’ai vécu d’amour (1997),
  • Dalida : d’une rive à l’autre (2004).
    C’est à cette période qu’il délaisse l’enseignement pour se consacrer à une carrière de journaliste. Il a écrit pour de nombreux magazines (Gala, Cosmopolitan, Femmes d’aujourd’hui…), animé des émissions musicales sur la chaîne Pink TV, occupé pendant vingt ans le poste de responsable des pages culture et people au magazine Nous Deux et, depuis 2022, celui de chroniqueur littéraire pour Femme Actuelle et Prima.
    David Lelait-Helo a également écrit des essais, Gay Culture (1998) et Les Impostures de la célébrité (2001), ainsi que des romans, dont :
  • Poussière d’homme (2006),
  • Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri (2016),
  • Un oiseau de nuit à Buckingham (2019) parus aux éditions Anne Carrière,
  • Je suis la maman du bourreau (2022), paru aux éditions Héloïse d’Ormesson
    https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/09/je-suis-la-maman-du-bourreau/

Polar, Suspense, Violence

Mais ensuite, je devrais vous tuer…

de Eymeric Bihan
Broché – 24 janvier 2025
Éditeur : MVO Éditions

Pour les fêtes de Noël. Le clan Becker se réunit au sein du manoir familial. Bientôt, un froid polaire paralyse la région et contraint les convives à se confiner. La tension est palpable. Et une première mort tombe, au travers des quatre miles mètres carrés traversés par une centaine de passages secrets…

J’ai découvert la plume d’Eymeric Bihan à l’automne 2024, avec Frisson Cognitif, le premier volet d’une trilogie. L’univers m’avait intrigué, les idées étaient là, fortes, originales, les personnages porteurs d’un vrai souffle… Mais à mes yeux, tout filait un peu trop vite. J’étais resté sur ma faim, frustré de ne pas pouvoir m’imprégner davantage de cette atmosphère qui affleurait pourtant entre les lignes. C’est donc avec une pointe de curiosité mêlée à l’envie de redonner une chance à cet auteur que j’ai accepté sa proposition de lire son dernier roman Mais ensuite je devrais vous tuer…

Je l’ai commencé hier soir, sans attente particulière… et je n’ai pas pu décrocher. Dès les premières pages, j’ai senti qu’un cap avait été franchi. Il installe ses personnages, les creuse, les fait exister pleinement. Le décor est posé avec soin, un manoir familial majestueux, isolé, où règne le vernis glacé des convenances bourgeoises. Nous sommes chez les Becker, une famille riche, puissante, et redoutablement étanche aux débordements émotionnels. Noël approche, les Garvax sont invités, les apparences se doivent d’être impeccables. Mais la fête tourne rapidement à l’aigre.

Il y a dans ce roman une tension qui m’a rappelé Les Dix Petits Nègres d’Agatha Christie. Une atmosphère feutrée et toxique à la fois, où chaque sourire semble masquer un couteau. Une tempête de neige enferme les convives. Et rapidement, le premier cadavre est découvert. Un détonateur. Le vernis craque, les rancunes sourdent, les masques tombent. Les non-dits deviennent des accusations. La parole se fait arme. J’ai été happé par cette spirale.

Le manoir lui-même devient un personnage à part entière, avec ses couloirs secrets, ses escaliers dérobés, ses 4000 m² qui semblent conspirer. C’est dans ce décor presque gothique que le détective Chapter Trick et sa fantasque acolyte Mademoiselle Flair débarquent. Le duo détonne, décalé, presque burlesque parfois, mais ô combien efficace dans cette mêlée de faux-semblants et de mensonges familiaux. L’enquête s’avère retorse, rythmée, et jamais prévisible.

J’ai particulièrement apprécié la galerie de personnages, certains touchants, d’autres carrément odieux, mais tous croqués avec justesse. On passe de la colère à la tristesse, du rire à la gêne. L’auteur nous balade, nous piège, et finit par nous cueillir avec une élégance qui m’a bluffé.

Une plume vive, immersive, soignée. Un huis clos redoutablement efficace, mené avec maîtrise, où l’architecture du lieu épouse les arcanes du suspense.
Une belle réussite.
Merci encore, Eymeric, pour cette lecture aussi réjouissante qu’inquiétante, qui m’a embarqué et franchement régalé.

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Extraits :

« 20 décembre 1950, midi.
Suzanna Becker patientait derrière la fenêtre couverte d’une buée glaciale.
Depuis deux ou trois jours maintenant, un froid saisissant prenait en grippe la région des Pyrénées-Atlantiques. Les températures mettaient à mal tout le monde. Suzanna expira et se frictionna les mains, puis les épaules, afin de se réchauffer un peu. Les vacances de Noël promettaient de ne pas être de tout repos.
Que ce soit en rapport avec la météo, ainsi qu’avec les invités qui arrivaient et envahiraient le domaine, durant des jours entiers.
Que c’est beau toute cette neige ! »

« – Tes ancêtres de la couronne britannique doivent se retourner dans leurs tombes, mon petit-fils, attesta sa grand-mère paternelle, tout aussi répugnée et outrée que déçue. Je remonte dans mes appartements. Qu’est-ce que tes parents ont raté dans ton éducation, hein? Tu es un dégénéré, mon pauvre Edward… un pédéraste. Un Becker? Tu es maudit, mon garçon… Maudit. Jamais, je n’aurais cru qu’un de mes petits enfants… »

« Durant toute la nuit, elle avait cogité. Est-ce que cet homme l’avait auparavant touchée ou forcée à faire quelque chose contre son gré ? Elle ne se le rappelait plus. Seulement, à présent qu’elle y songeait, des bribes de souvenirs occultés l’accablaient. Ces vignettes ne se distinguaient pas les unes des autres. Puis, elles se brouillaient presque aussitôt et finissaient par se dissiper.
– J’étais gamine… »

« Rosmerta se dit alors que les gens fortunés, qui possédaient ce que la plupart enviaient, ne réagissaient pas de la manière la plus normale, sauf lorsque la nourriture sucrée côtoyait une triste nouvelle. Cela étant, ce qui troublait à l’excès de la gouvernante restait l’importance que ces bourgeois privilégiaient à leurs petits soucis personnels, en omettant en grande partie le drame survenu. C’était comme s’ils minimisaient la chose. Ceci l’écoeurait au maximum. Ces bougres de richesses, songea-t-elle, dégoûtée. Ils ne se préoccupent pas de leurs divergences d’opinions. Des nombrilistes. C’était à vomir. Cependant, était-elle réellement étonnée ? Rosmerta a travaillé et opérait pour les Becker depuis trente ans. À ce stade, plus rien ne me surprend, je pensais-elle souvent. Malgré les bizarreries dont elle avait été témoin naguère. Les deux exemples les plus limpides dans sa mémoire résultaient là encore de drames événements au sein de la dynastie. »

Eymeric Bihan, 30 ans, est actuellement en poste hébergement au sein d’une maison de retraite dans les Pyrénées, à Saint Lary Soulan.
Suite à une imagination débordante depuis tout petit et à une succession de soucis personnels, il s’est pour ainsi dire plongé dans l’écriture.
Tout a commencé par des chansons en anglais, de part son attrait pour la culture américaine. Puis l’écriture a dévié sur des scénarios, des nouvelles pour enfin toucher la construction d’un roman. Avec Frisson Cognitif, il signe là la première trilogie, dans le genre littéraire du Cosy Mystery. Avec les paysages Pyrénéens qui l’entourent, il a de quoi nourrir son inspiration.

Conte, Drame, Fantastique, Frisson horreur, Thriller psychologique

De fièvre et de sang

de Cédric Sire
Broché – 1 janvier 2010
Éditeur : Le Pré aux Clercs

Ils semblent se nourrir de sang. Leurs victimes sont retrouvées exsangues. Eva Svärta et le commandant Vauvert viennent enfin de mettre un terme aux agissements des frères Salaville. Mais les meurtres continuent, défiant toute logique. Les talents d’Eva, policière albinos dotée d’un instinct hors normes, vont la conduire aux frontières de la rationalité. Là où, à tout instant, les ténèbres menacent de s’ouvrir sous vos pieds, où votre propre reflet dans le miroir pourrait vous engloutir, où la part d’ombre qu’Eva porte en elle causera sa perte ou lui sauvera la vie…

Dès les premières pages, j’ai su que je ne refermerais pas ce livre avant d’en avoir arraché la dernière ligne. De fièvre et de sang m’a happé comme une bête dans l’ombre, m’a entraîné là où l’horreur côtoie le sacré, là où les monstres ont parfois un uniforme et les anges, un masque de porcelaine.

Tout commence dans une ferme isolée, au cœur de l’horreur. Une jeune fille, ligotée sur un matelas souillé, des miroirs brisés comme autant de reflets de folie, et deux frères dégénérés, plus fangeux que humains. Mais l’odeur de souffre va bien au-delà du simple fait divers, le surnaturel rôde. Et il a des crocs. Dans cette atmosphère saturée de peur et d’énigmes, deux figures se dressent, le commandant Vauvert, brute bourrue au cœur cabossé, et Eva Svärta, profileuse albinos, aussi fascinante qu’énigmatique, marquée dans sa chair et son esprit par un passé indicible. Le duo fonctionne à merveille, entre tension, ironie et complémentarité troublante.

Cédric Sire nous livre ici un thriller qui flirte avec le gothique et le fantastique (j’adore !!!), tout en gardant les pieds dans une enquête policière solide. L’écriture est vive, dense, parfois baroque, souvent cruelle. Elle convoque les ombres de Poe, des idées de Baudelaire, les cauchemars de Clive Barker. On sent les influences, mais la voix est bien celle de Cédric, brute, directe et très envoûtante.

Plus j’avançais, plus le roman m’entraînait vers l’abîme, un personnage étrange, un masque figé, des jeunes filles saignées, et cette question obsédante. “Et si la légende de la comtesse Erzsébet Báthory, n’en était pas une ?”

Le récit m’a glacé, et pourtant, j’en redemandais. Addictif, terrifiant, viscéral. C’est un roman qui vous attrape à la gorge, vous secoue, vous trouble, vous hypnotise… m’a hypnotisé…
Et quand vient la chute, magistrale, brutale, inattendue… j’ai refermé le livre, le souffle court, désarçonné…

Cédric Sire signe ici un chef-d’œuvre de noirceur et de tension. Une pépite pour ceux qui aiment les histoires qui saignent et les vérités qui dérangent.

Extraits :

« Quand ils l’avaient traînée de force ici, sans qu’elle ne puisse rien faire pour se défendre, quand ils lui avaient arraché ses vêtements un par un, jusqu’à ce qu’elle soit entièrement nue, et qu’ils l’avaient attachée à des sangles, solidement serrées autour de ses poignets et de ses chevilles, sur un matelas poisseux, elle avait encore cru qu’ils ne voulaient que la violer – et cette pensée était déjà insupportable -, mais au fond d’elle, là où l’âme ne se ment pas, elle le savait. Ses tripes le savaient. Ce qu’ils allaient lui faire quand ils reviendraient serait bien pire qu’un viol. »

« Aucun des deux frères ne se releva de la table d’autopsie. Cela n’empêcha pas la presse de leur trouver le surnom de “vampires de la montagne Noire” et de diffuser toute une cascade de descriptions, plus ou moins discutables, au sujet de la folie meurtrière qui s’était emparée de ces deux hommes.
Après tout, ils avaient tué plus de vingt jeunes femmes de manière particulièrement atroce, sur une période d’une année entière, et cela en toute impunité. Le mystère autour de ce qu’ils avaient bien pu faire de tout ce sang – et de la peau des visages, qu’on n’avait pas retrouvée – demeurait une source de spéculations quasi inépuisable. Une manne, pour les médias, de tous genres et de tous bords confondus. »

« Le soleil avait disparu depuis longtemps quand, derrière la baie vitrée, un éclair illumina le ciel. Les premières gouttes de pluie commencèrent à tinter contre les vitres, presque avec timidité. Puis le tintement devint rafale. La pluie se changea en orage, où il n’y avait plus aucune timidité. Juste la volonté de s’abattre, de frapper, avec une rage sans cesse accrue. »

« Le sang.
Tout ce sang.
Jailli de ce corps-là, désarticulé en travers de la table.
Le sang a éclaboussé les murs, la moquette, les fauteuils en cuir. Les projections ont atteint jusqu’à la baie vitrée. À la lueur des éclairs, il s’écoule, douce-ment, imitant la pluie au-dehors.
Tout ce sang merveilleux.
Cette éternelle source de pouvoir. »

……………………………

Sire Cedric, né le 24 octobre 1974 à Saint-Gaudens, est un écrivain français auteur de thriller.
Après des études d’anglais, il travaille quelques années dans le milieu de l’édition, du journalisme et de la traduction, tout en publiant dans les pages de magazines des nouvelles fantastiques et policières, fortement inspirées par des auteurs tels que Stephen King, Clive Barker ou encore Edgar Allan Poe.

Depuis 2005, il se consacre entièrement au métier d’écrivain, publiant des thrillers souvent teintés de surnaturel.

Il a reçu le prix Masterton pour son roman L’Enfant des cimetières et le prix Polar (festival de Cognac) pour son thriller De fièvre et de sang. En 2014, il reçoit le prix Littéraire Histoires de Romans pour son thriller fantastique, La Mort en tête.

Ses livres sont traduits en anglais, en polonais et en turc.

Il a également été vocaliste du groupe de death metal Angelizer.

Aujourd’hui, Sire Cedric vit et écrit à Toulouse.

Polar, Psychologie, Thriller psychologique

Je te mens

de Maxime Girardeau
Broché – 7 mars 2024
Éditeur : Istya & Cie


Un corps affreusement défiguré, aucun indice et un suspect muré dans le silence, l’enquête de la commandante Castro se présente mal. Le cadavre a été retrouvé dans l’appartement d’un écrivain célèbre en mal d’inspiration. Pressé par les délais, il aurait fait appel à l’intelligence artificielle pour stimuler sa créativité. Mais on ne danse pas impunément avec le diable.

Un suspense hitchcockien au service d’une intrigue à la Black Mirror.

Maxime Girardeau a travaillé dix ans chez Microsoft et fondé un incubateur de start-ups. Il est l’auteur chez Fayard de deux polars repris par Pocket et traduit en trois langues, Persona (2020) et Ego (2022).

Je viens de refermer Je te mens de Maxime Girardeau, et comment vous dire… Je suis encore sous le choc !
Un thriller étonnant, vertigineux, qui m’a tenu en haleine du début à la fin et plus encore. Je n’arrête pas de me trituré le cerveau à son sujet !

Max Guerarida, écrivain en perte d’inspiration, décide de s’aider de ChatGPT pour retrouver l’élan créatif. Mais pas question de tricher : l’IA devient un personnage à part entière, qu’il baptise Loïe.

Ce qui commence comme un jeu d’écriture bascule vite dans l’étrange. Max s’obsède pour son voisin, Nathan, qu’il espionne et transforme en personnage… jusqu’à ce qu’un cadavre soit retrouvé dans son appartement et que Max disparaisse du jour au lendemain sans laisser de trace. L’enquête est confiée à la commandante Castro et au capitaine Brabant, mais ce n’est qu’une des facettes du récit. L’autre, plus troublante encore, c’est ce lien ambigu entre Max et Loïe. L’écrivain parle avec l’IA comme à une confidente, une muse, voire une amante virtuelle.

Maxime Girardeau joue avec les frontières entre réel et fiction, entre l’humain et la machine. Et il le fait avec une virtuosité qui force mon admiration. L’intrigue est rythmée, les rebondissements nombreux, les personnages fascinants. Même le nom du héros — Max Guerarida — brouille les pistes en miroir avec celui de l’auteur. D’ailleurs comme il le précise au début de son roman il a utilisé lui-même cet artifice de l’IA, durant son écriture, et tout ce que dit “sa Loïe” est reproduit tel quel, sans retouche, en italique dans le texte. Je ne sais pas pour vous, mais je trouve l’idée aussi incroyable que brillante ! Mais surtout, Maxime ne triche pas !

Ce roman m’a aussi fait réfléchir.
Une IA peut-elle vraiment coécrire une œuvre littéraire ? Peut-elle avoir un style, une voix, une âme ? Et que devient la vérité dans tout cela ? Force est de constater que nous sommes entré dans un monde nouveau, qui va vite, très vite. Mais jusqu’où ira-t-il ? Ne risquons-nous pas un jour de perdre notre place d’humain sur Terre ?

Je te mens est un thriller singulier, très maîtrisé, et résolument contemporain.
À mes yeux une réussite totale que je conseille vivement.

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Extraits :

« Le jour se lève.
Dans le monde physique, peu de phénomènes ont un pouvoir plus grand que l’aube. Par sa simple apparition, elle transforme la perception de tout ce qui nous entoure. La pierre, les arbres, l’eau, le ciel, les animaux, tout change à son contact. Même les visages et les corps. L’aube n’a qu’à se lever pour que tout ce qu’on percevait mal vous transperce soudain de sa grâce. »

« “— Tu sais à qui cette voix me fait penser ?” m’a demandé Mathieu.
J’ai senti mon pouce toucher mon annulaire à la recherche du fantôme de mon alliance et j’ai éprouvé le vide de ma poitrine. J’ai serré le poing pour le recouvrir de ma colère. »

« “Qui êtes-vous ? Où est Max ?” demande une voix à la fois artificielle et sensuelle, cuivrée et éraillée, le tout relevé d’un accent italien. »

« Lorsque la commandante Castro et la capitaine Brabant pénètrent dans les bureaux de Cryptax, ils sont surpris de découvrir que ce que les reportages télé montrent des start-up du nouveau monde est exact: il y a bien des jeunes en jeans et baskets, une moyenne d’âge d’à peine trente ans, de la nourriture gratuite, des espaces écologiques, l’éternel baby-foot, des tenues vestimentaires dépareillées et pour les hommes, des moustaches étranges qui rappellent les Village People. »

Maxime Girardeau a passé plus de dix ans à travailler dans le marketing pour Microsoft.
Il partage aujourd’hui son temps entre l’écriture et la direction d’un incubateur de startups.
Il est l’auteur de PERSONA (Fayard, 2020) sélectionné pour le Prix des Nouvelles Voix du Polar et d’EGO (Fayard, 2022), finaliste du Prix Landerneau du Polar.
Les livres de Maxime ont été publiés au Japon, en République tchèque et en Russie.

Amour, Émotion

L’enfant qui mesurait le monde

de Metin Arditi
Broché – 4 août 2016
Éditeur : Grasset

À Kalamaki, île grecque dévastée par la crise, trois personnages vivent l’un près de l’autre, chacun perdu au fond de sa solitude. Le petit Yannis, muré dans son silence, mesure mille choses, compare les chiffres à ceux de la veille et calcule l’ordre du monde. Maraki, sa mère, se lève aux aurores et gagne sa vie en pêchant à la palangre. Eliot, architecte retraité qui a perdu sa fille, poursuit l’étude qu’elle avait entreprise, parcourt la Grèce à la recherche du Nombre d’Or, raconte à Yannis les grands mythes de l’Antiquité, la vie des dieux, leurs passions et leurs forfaits… Un projet d’hôtel va mettre la population en émoi. Ne vaudrait-il pas mieux construire une école, sorte de phalanstère qui réunirait de brillants sujets et les préparerait à diriger le monde ?
Lequel des deux projets l’emportera ? Alors que l’île s’interroge sur le choix à faire, d’autres rapports se dessinent entre ces trois personnages, grâce à l’amitié bouleversante qui s’installe entre l’enfant autiste et l’homme vieillissant.

Il y a des romans qui apaisent. L’enfant qui mesurait le monde de Metin Arditi est de ceux-là. Il se déroule sur une île grecque baignée de soleil, de mythes et de silences, et aborde avec une grande justesse la question de l’autisme. J’ai été particulièrement touché par Yannis, cet enfant différent, qui trouve refuge dans les chiffres et l’ordre des choses, et qui remet un peu d’équilibre dans un monde qu’il ne comprend pas toujours. Son quotidien est réglé comme une horloge, surtout autour de sa mère Maraki, pêcheuse, qu’il attend chaque journaux retour de son travail, à dix heures très précises.

Dans ce petit coin de Méditerranée, débarque Eliot, architecte américain venu sur les traces de sa fille décédée tragiquement quelques années plus tôt. Un homme abîmé, lui aussi. La relation qu’il tisse avec Yannis m’a bouleversé. À travers les mathématiques, le nombre d’or, les mythes grecs qu’il transmet au garçon, Eliot semble peu à peu se relever, se réconcilier avec la vie. Ce lien improbable entre eux m’a semblé d’une humanité touchante et bien trop rare.

Mais ce roman, c’est aussi une critique juste mais incisive de la mondialisation. La menace d’un complexe hôtelier plane sur l’île, déclenchant des débats houleux parmi les habitants. Entre idéalisme et réalités économiques, chacun doit choisir son camp. Le pope Kosmas, personnage secondaire mais au combien essentiel, incarne cette sagesse populaire qui tente de préserver l’harmonie.

Metin rend ici un magnifique hommage à la Grèce. J’avais vraiment l’impression d’y être, la gentillesse de ses habitants, sa lumière, ses traditions. J’ai aussi été séduit par la sobriété du style, la pudeur des émotions, la justesse du ton. C’est mon quatrième roman de l’auteur, et à nouveau, je referme le livre avec l’impression d’avoir fait un vrai voyage intérieur. L’autisme y est abordé sans pathos, avec beaucoup de délicatesse.
Et puis, il y a ce calme, cette paix, cette lumière… Je respire…

Un grand coup de cœur, merci Metin.

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Extraits :

« On les aurait pris pour des jumeaux. Ils avaient les mêmes cheveux blonds coupés court, le même visage à l’ossature délicate, le même nez petit et droit. La même beauté, aussi, de celles qui sont inconscientes de leur effet. Seule leur expression différait. L’un avait le regard absent, l’autre semblait exaspéré. »

« Assis au dixième rang de l’amphithéâtre, le regard flou, Eliot avait la main droite posée sur la place voisine. Il lui imprimait un mouvement de va-et-vient délicat, comme une caresse, de celles que l’on répète sans y prendre garde, lorsqu’on veut consoler. Chaque jour depuis douze ans, pour peu qu’il soit sur l’ile, il retrouvait cette même place et répétait le petit geste. »

« Il fut un temps où nous offrions au monde des temples, des stades et des amphithéâtres. Aujourd’hui, nous défigurons un site merveilleux pour y construire le Périclès Palace, symbole de nos rendez-vous répétés avec le ridicule et la honte. Appauvri et hagard, notre pays sombre chaque jour davantage dans l’indignité et le malheur. »

« Maraki leva les yeux sur Andreas et constata qu’il avait encore grossi. Il fut un temps où les Kalamakiotes étaient maigres, du premier au dernier. À force de travail et de privations, ils s’étaient sortis de la misère, avaient gâté leurs enfants, et voilà que ceux-ci se retrouvaient gros et pauvres. »

« — Si nous voulons offrir un enseignement aux meilleurs étudiants, choisissons des domaines où nous serons crédibles. Cours numéro un : La corruption en dix leçons. Cours numéro deux : Comment trahir son pays en éludant l’impôt. Avec en sous-titre : Du plombier au grand patron, en passant par le médecin. Cours numéro trois : Comment faire nommer ses amis à des postes d’où ils renverront l’ascenseur. Numéro quatre : Comment faire le beau dans la presse en trahissant ses électeurs. Numéro cinq : Comment se comporter avec vulgarité en pensant qu’on est un grand personnage… Là, nous serions légitimés. Champions du monde. Nous pourrions créer une école sur chaque île. Les gens viendraient du monde entier. Ils diraient : question corruption, excusez du peu, j’ai un diplôme grec. »

Écrivain francophone d’origine turque, Metin Arditi a quitté la Turquie à l’âge de sept ans, et a obtenu la nationalité suisse en 1968.

Après onze années passées dans un internat suisse à Lausanne, il étudie à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, où il obtient un diplôme en physique et un diplôme de troisième cycle en génie atomique. Il poursuit ses études à l’université Stanford.

Il habite Genève, où il est très engagé dans la vie culturelle et artistique. De 2000 à 2013, il a été Président de l’Orchestre de la Suisse romande. Il est membre du Conseil stratégique de l’École polytechnique de Lausanne où au fil des ans, il a enseigné la physique (assistant du Prof. Mercier), l’économie et la gestion (comme chargé de cours) et l’écriture romanesque (en tant que Professeur invité).

En décembre 2012, Metin Arditi a été nommé par l’UNESCO Ambassadeur de bonne volonté. En juin 2014, l’UNESCO l’a nommé Envoyé spécial puis, en 2017, Ambassadeur honoraire.

De 2016 à 2019, il a tenu une chronique hebdomadaire dans La Croix.

Il est l’auteur d’essais et de romans, parmi lesquels Le Turquetto (Actes Sud, 2011, prix Jean Giono), et chez Grasset,

En 2022, il a publié le Dictionnaire amoureux d’Istanbul (Plon-Grasset).

Adolescence, Amour, Émotion, Drame

J’ai failli te manquer

de Lorraine Fouchet
Broché – 4 juin 2020
Éditeur : Héloïse d’Ormesson

Lise et Cerise n’ont en commun que la rime. Tout oppose la mère et la fille. D’ailleurs c’est simple, Lise voulait un garçon. À la mort d’Axel, mari et père adoré, les deux femmes se retrouvent en tête à tête, et se repoussent comme des aimants réfractaires. Mais une inconnue s’invite dans l’équation. Elle efface tout, même les ressentiments, et apporte d’inespérées retrouvailles. Car il n’est jamais trop tard pour s’aimer… Dans la famille Venoge, on se déchire avec panache. Pourtant, la tendresse est bien là, en embuscade, et lorsqu’elle s’engouffre enfin dans la brèche, elle transforme les années perdues en heures gagnées.
Lorraine Fouchet nous l’affirme, le bonheur est réservé à tout le monde.

Je viens de refermer J’ai failli te manquer de Lorraine Fouchet, le cœur un peu… beaucoup à l’envers.
C’est l’histoire de Cerise, une jeune femme élevée dans l’amour naturel d’un père solaire et la froideur glaciale d’une mère incapable d’aimer une autre femme qu’elle-même. Ce roman, a été pour moi, le récit d’un combat. Celui d’une fille pour exister face à une mère destructrice, Lise, qui cumule névroses, mythomanie et une propension effrayante à se mettre en scène.

Lise n’a jamais su être mère, de plus elle voulait un garçon. Elle a eu une fille, et elle ne s’en est jamais remise. Cerise grandit comme elle peut, dans l’ombre de cette femme qui ne veut pas d’elle, mais qui refuse de la lâcher. Le drame s’enchaîne, Cerise entend un jour des gens parler de son adoption. Cela pourrait être un choc, mais c’est une délivrance. Enfin, une explication. Puis vient l’infarctus qui emporte son père Axel. Un vide immense laisse Cerise seule face à cette mère toxique, instable et hystérique. Et ses mots terribles : “J’aurais préféré que ce soit toi”. Difficile d’imaginer plus violent.

Pourtant, Cerise tient bon. Elle s’éloigne, tente de construire sa vie, devient romancière comme son père. Mais elle revient parfois, par loyauté, par promesse, jamais par envie. Entre deux silences, deux mensonges, elle tente de comprendre, de réparer, de survivre.

Mais ce roman, c’est aussi une parenthèse d’air pur. Lorraine m’a emmener dans sa Bretagne favorite, l’île de Groix, puis en Namibie, loin de Lise, loin du poids de l’héritage familial. Cerise respire enfin. Mais le passé revient toujours.

J’ai eu un peu de mal à lire ce livre, non pas à cause de l’écriture, fluide et poignante, ni des chapitres courts à la première personne du singulier que j’ai apprécié tout particulièrement, j’aime être dans la tête des personnages, mais parce que l’attitude de Lise m’a profondément écœuré. Tout le long de ma lecture je n’arrivais pas à lui trouver d’excuses, même lorsque le récit abordait son passé, ou lorsque qu’elle a commencé à perdre la tête, j’essayais de comprendre, comment une maman peut-elle agit ainsi… et puis petit à petit quelque chose m’est venu à l’esprit… Lorraine, sa vie, sa famille et peut-être tout simplement peu son histoire…

Au final ce roman n’est pas une plainte. Il est fort, il est beau. Il demeure au fond de lui une déclaration d’amour, tordue certes, brutale et sans fard.
Alors, pour finir, ce récit restera pour moi l’hommage d’une fille à sa maman, même si elle l’a blessée plus qu’aucune autre personne n’aurait pu le faire.
Et ça… pour moi, ça force le respect !
Bravo Lorraine !

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Extraits :

« Ils s’éloignent. Leurs voix portent. Cerise entend distinctement quand, au bout du couloir, il s’écrie :
– Comment veux-tu que je sache que cette gamine a été adoptée ? Ce n’est pas écrit sur sa figure !
Pénélope répond :
– Sa mère me l’a dit. Son mari était fou d’elle, leur couple lui suffisait, il ne voulait pas d’une tierce personne entre eux. Mais elle a insisté pour adopter.
Cerise tombe des nues. D’abord elle rit, incrédule.
Ils confondent forcément avec quelqu’un d’autre.
Puis elle reçoit le choc retour, sous la forme d’un uppercut à l’estomac. Stupéfaite. Pétrifiée. Anéantie.
Glacée. »

« À midi plein, le même jour, Axel Venoge, tranquillement installé sur sa terrasse à Quiberon, s’effondre sur son Ouest-France. Infarctus massif.
La tempête balaie tout sur son passage, efface la joie du matin, crève les abcès, perfore le cœur de Cerise, répand sur sa vie d’ado insouciante la pire marée noire.
Elle n’entendra plus jamais la voix de son père.
Elle la gardera au creux de l’oreille le reste de son existence. Certains écoutent la mer dans un coquillage, elle entendra son père lui souhaiter bon voyage sur tous les quais de gare du monde. »

« La guerre dure maintenant depuis cinq longues années. J’ai un vélo bleu. Celui de Nadine est noir. Nous avons dix-sept ans. Je sais ce que je risque en acceptant de transporter des lettres pour la Résistance. Il n’y a qu’un seul chemin possible de Port-Maria vers Carnac. Mon amie et moi pédalons hardiment sur la route de la presqu’île pour livrer les médicaments de la pharmacie de son oncle. Les lettres ne sont ni sur moi, ni dans mes sacoches, ni parmi les comprimés ou les sirops, elles sont écrites sur du papier très fin roulé en boule et dissimulées sous la selle entre les ressorts. »

« Nous n’étions pas venus pour mourir mais pour vaincre. Un bel esprit des temps calmes a écrit: “Les jeunes gens savent qu’ils mourront un jour mais ils ne le croient pas.” Il ne nous connaissait pas. Nous le savions et ça ne nous faisait pas peur. »

« Nos enfants ignorent que nous avons eu leur âge, que nous avons été confrontés aux mêmes choix. »

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Lorraine Fouchet est écrivaine, scénariste et docteur en médecine, née le 22 octobre 1956 à Neuilly-sur-Seine.

Elle est la fille unique de Christian Fouchet (1911-1974), qui a rallié Londres le 17 juin 1940 et la France Libre le 19 juin 1940, ambassadeur, ancien ministre du général de Gaulle, et de Colette Fouchet, née Vautrin (1926-2018), membre de la Résistance intérieure française. Son grand-père maternel était le général Jean-Emile-Alexis Vautrin, organisateur de la Résistance dans le sud-est de la France, et sa grand-mère Antoinette Vautrin (née Salmon-Mercier) était membre du réseau Gallia. Les trois frères aînés de son père sont morts pour la France, comme le frère aîné et le père de sa mère. Son grand-père paternel Raymond Fouchet était Officier de Cavalerie.

Son arrière-arrière-grand-père maternel, Eugène Mercier (1838-1904), était le fondateur de la Maison de champagne Mercier.

Elle fait ses études primaires à Copenhague puis à l’Institut de La Tour, ses études secondaires au lycée La Folie Saint-James puis à Sainte-Marie de Neuilly.

Elle a été pendant quinze ans médecin d’urgence au SAMU de Paris, à Europ Assistance et à SOS Médecins Paris, et médecin des Théâtres de Paris, avant de se consacrer à l’écriture. Le dimanche 3 mars 1996, alors qu’elle a publié 3 romans, elle est de garde à SOS Médecins, et rédige le certificat de décès de Marguerite Duras.

Elle se partage entre les Yvelines et l’île de Groix dans le Morbihan.

Elle a reçu le prix Littré 1997, le prix Anna de Noailles de l’Académie française 1998, le prix des Maisons de la presse 2003, le prix Ouest 2016, le prix Bretagne – priz Breizh 2016, le prix des Lecteurs U 2017. Elle a été de 2018 à juin 2021 présidente de la Commission LIR au Centre National du Livre. Elle est la marraine de l’Association Livres en Loire et a été de 2020 à 2022 présidente du jury du prix Honoré de Balzac. Elle a été en 2023 présidente du jury du prix Jean Anglade.

Histoire, Polar historique, Suspense

Les Illusions orientales

Une enquête d’Hippolyte Salvignac
de Philippe Grandcoing
Broché – 6 mars 2025
Éditions : de Borée

Des rives de la mer Rouge au détroit du Bosphore, de la côte désertique des Somalies aux ruelles d’Istanbul, en passant par l’Égypte et le canal de Suez, nos deux héros marchent sur les traces du père de l’inspecteur Lerouet. Ils se lancent ainsi à la poursuite d’un fabuleux trésor et d’un mystérieux assassin alors que la guerre couve dans les Balkans. Tensions internationales et intrigues diplomatiques prendront-elles le pas sur leur quête toute personnelle ?

Nous sommes en juin 1913. L’Europe bruisse de tensions, les Balkans s’embrasent, les alliances se nouent dans l’ombre, et déjà se dessinent les contours du premier grand conflit mondial. C’est dans ce contexte fébrile que Philippe Grandcoing m’a entraîné, avec le huitième opus de sa série historique, Les Illusions orientales. Un titre qui, vous vous en doutez, sonne comme un présage.

Je retrouve avec plaisir Hippolyte Salvignac et Jules Lerouet, ce duo que j’ai appris à suivre comme on suit d’anciens amis. Cette fois, ils quittent les rues familières de Paris pour les rivages ensoleillés de l’Orient. Leur quête ? Retrouver la trace du père disparu de Jules, un certain Botros, marchand devenu riche, mais dont la piste semble s’être effacée dans le sable brûlant de Djibouti. Les accompagne Anatole, le vieux cousin d’Hippolyte, dont c’est peut-être le dernier voyage, pour un adieu amoureux à l’Égypte et à ces terres chargées d’histoire.

Mais rien n’est simple. À Obock, ils apprennent que Botros est mort. Le testament a disparu. Les richesses aussi. Quelqu’un les devance, tire les ficelles. En toile de fond, trafic d’armes, espionnage, héritage convoité, manipulations multiples. Et une fresque géopolitique fascinante, où la moindre étincelle pourrait embraser un empire. Des puissances se jaugent, se trahissent. Les Grecs, les Ottomans, les Bulgares, les Russes… tous avancent leurs pions, et nous avec.

D’Istanbul à Andrinople, en passant par Djibouti, l’auteur livre un roman haletant et particulièrement érudit. L’intrigue, parfois un peu mécanique dans sa mise en route, n’en reste pas moins captivante. J’aurais aimé y croiser plus de personnages féminins, comme dans les précédents opus, mais le tableau d’Istanbul, à la veille du basculement politique, vaut à lui seul le détour. Cette ville carrefour, entre Europe et Asie, rayonne à travers les pages comme un personnage à part entière.

Ce roman se lit d’une traite, et refermer la dernière page m’a laissé une seule envie, repartir au plus vite, sur les routes avec Salvignac et Lerouet. Une enquête solide, une leçon d’histoire passionnante. À chaque tome, Philippe creuse plus loin, plus juste. Et moi, lecteur comblé, je le suis volontiers.
Hâte de lire la suite !

Un grand merci à Virginie, des éditions de Borée, une nouvelle fois pour ce cadeaux ! 🙏

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Extraits :

« Il contourna le lit avec appréhension. La présence du cadavre étendu sur le matelas le mettait mal à l’aise. Il ne regrettait pas son geste, même si, jadis, le vieux lui avait été sympathique. Mais il ne pensait qu’à ses affaires, ses perles et son or. Son cœur était aussi aride que le désert. Il semblait ignorer jusqu’à l’existence même du mot amitié. Quant à son sens de la famille, mieux valait ne pas en parler… Abréger son agonie n’était pas un crime en soi.
Juste un service rendu. Au défunt tout d’abord. Était-ce une vie que de se traîner lamentablement sur cette terre de misère, abandonnée de Dieu et des hommes, sans médecin compétent, sans traitements efficaces, à mâchouiller quelque herbe euphorisante ou à avaler des décoctions étranges qui annihilaient la conscience ? »

« Il se plante au milieu de la pièce et l’examina en détail. Il tente de convoquer ses souvenirs afin de comprendre l’anémique lumière lunaire. Et il se souvint… Dans l’angle le plus sombre de la chambre, à l’opposé de la porte, il y avait un placard étroit masqué par une tenture. Il va tirer le rideau. Il dissimulait les rayonnages d’une modeste bibliothèque. Il en examine les volumes dépareillés un par un. Plié en deux entre les pages d’un gros volume, il trouva ce qu’il était venu chercher. »

« Botros avait voulu être inhumé seul, à l’écart de toute vie, sur un îlot désertique, au large d’Obock. Ne se revendiquant d’aucune patrie, d’aucune famille et d’aucune religion, comme il l’avait dit dans son testament, il avait choisi ce lieu parce qu’il était lui aussi de nulle part et que sa dépouille n’appartiendrait à personne. »

« Il s’était toujours senti désemparé face aux morts. Il pouvait éprouver du chagrin, compatir à celui des autres, ressentir le manque laissé par le disparu. Mais il aurait été bien en peine d’implorer un dieu quelconque ou de s’adresser à quelque intercesseur céleste pour lui recommander l’âme d’un défunt.
L’idée d’un au-delà divisé en un paradis et un enfer, avec un purgatoire antichambre du premier, lui paraissait être une invention d’hommes hantés par l’idée d’injustice et qui espéraient que les crimes impunis sur terre ne le seraient pas dans les cieux. La peur du jugement dernier n’avait jamais fait disparaître le péché. »

« C’est parce que je ne crois ni en Dieu ni en diable. Pour moi, les cieux sont vides. Il n’y aura pas de jugement dernier, pas d’enfer ni de purgatoire. Si les méchants ne payent pas ici et maintenant, ils ne le feront jamais. »

Philippe Grandcoing, né le 6 novembre 1968, à Limoges (Haute-Vienne), est professeur agrégé d’Histoire en classes préparatoires au lycée Gay-Lussac, docteur en histoire contemporaine, spécialiste de l’histoire de la société limousine du XIXe et du XXe siècle. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment huit volumes de la collection des « Grandes affaires criminelles » chez De Borée. La Malédiction de Rocalbes est le cinquième épisode des aventures d’Hippolyte Salvignac.

Publications
Ouvrages historiques et scientifiques

  • Les demeures de la distinction. Châteaux et châtelains au XIXe siècle en Haute-Vienne, éditions PULIM, 1999.
  • La baïonnette et le lancis. Crise urbaine et révolution à Limoges sous la Seconde République, éditions PULIM, 2002.
  • Le siècle d’or des châteaux. Haute-Vienne 1800-1914, Editions Culture & Patrimoine en Limousin, 2002
  • Un Robin des Bois entre Périgord et Limousin : Histoire et légende de Burgou, XIXe – XXe siècles, Éditions Culture & Patrimoine en Limousin (Collection « Patrimoine en poche »), 2006, 158 p. (ISBN 2-911167-49-X).

Romans de la série Salvignac

Ouvrages collectifs

  • 1905, le printemps rouge de Limoges (avec Vincent Brousse et Dominique Danthieux), Culture et Patrimoine en Limousin, 2005.
  • Un siècle militant : Engagement(s), résistance(s) et mémoire(s) au XXe siècle en Limousin (avec Vincent Brousse et Dominique Danthieux), éditions PULIM, 2005.
  • L’Innovation agricole en Pays Limousin du Moyen Âge à nos jours, éditions Les Monédières, 2006.
  • Les grandes affaires criminelles de Haute-Vienne (avec Vincent Brousse), éditions De Borée, 2008.
  • Les nouvelles affaires criminelles de Haute-Vienne (avec Vincent Brousse), éditions De Borée, 2009.
  • Ostensions (avec Vincent Brousse), Culture et Patrimoine en Limousin, 2009.
  • Fermes idéales en Limousin, Culture et Patrimoine en Limousin, 2010.
  • Les grandes affaires criminelles du Lot (avec Vincent Brousse), éditions De Borée, 2010.
  • Paysage et environnement en Limousin, de l’antiquité à nos jours, éditions PULIM, 2010.
  • Les grandes affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, 2010.
  • Les grandes affaires criminelles du Limousin (avec Vincent Brousse, Jean-Marie Chevrier et Jean-Michel Valade), Éditions De Borée, 2010.
  • Les nouvelles affaires criminelles de la Creuse (avec Vincent Brousse), Editions De Borée, 2011.
  • Les Grandes affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), De Borée, novembre 2011.
  • Les Nouvelles affaires criminelles du Lot (avec Vincent Brousse), De Borée, avril 2012.
  • Les Nouvelles affaires criminelles de Corrèze (avec Vincent Brousse), De Borée, octobre 2013.
  • Les Nouvelles affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), De Borée, novembre 2013.
  • Limousin sur grand écran, Culture et Patrimoine en Limousin, 2013.
  • Utopies en Limousin (avec Vincent Brousse, Dominique Danthieux et alii.), Les Ardents Éditeurs, 2014
  • Oradour après Oradour (avec Dominique Danthieux), Culture et Patrimoine en Limousin, 2014.
  • Le Front Populaire en Limousin (avec Vincent Brousse, Dominique Danthieux et alii), Les Ardents Éditeurs, 2015.
  • La Belle Époque des pilleurs d’églises. Vols et trafics des émaux médiévaux. (avec Vincent Brousse), Les Ardents Éditeurs, 2017.
  • Sublime Périgord, la fabrique d’un territoire d’exception, (avec Hélène Lafaye-Fouhéty) Les Ardents Éditeurs, 2021.
  • L’affaire Barataud. Une enquête dans le Limoges des années 1920 (avec Vincent Brousse), Geste éditions, 2022, 267 p. (ISBN 979-10-353-1552-8).

Publications diverses

  • Articles d’histoire dans les revues Les Grandes Affaires de l’Histoire dont il a été conseiller éditorial de 2015 à 2018 et Les Grandes Affaires Criminelles.

Émotion, Drame, Polar, Suspense

Piratage mortel

de Jean-Pierre Levain
Broché – 2 avril 2025
Éditions : Des livres et du rêve

Camille Laroche, ingénieure de haut niveau, touchait enfin du doigt la vérité sur ses origines… avant que sa voiture, devenue incontrôlable, ne bascule dans la Saône.
Seule sa fille, Léa, huit ans, survivra.

L’enquête s’oriente rapidement vers un piratage.
Mais qui pouvait en vouloir à la victime ?
Fred Brazier et son équipe exploreront chaque piste.
Travaux top-secrets, relation avec un haut gradé transsexuel, sa véritable filiation.

Alors que les cadavres s’accumulent, une course contre la montre s’engage et l’étau se resserre, autour de Léa, que les tueurs s’obstinent à vouloir faire disparaître.

Jean-Pierre Levain clôture sa série en beauté.
Un polar trépidant où secrets, manipulations et dangers s’entrelacent jusqu’au bout du suspense dans cette ultime enquête du groupe crime du SRPJ de Lyon.

C’est avec un plaisir certain que j’ai retrouvé Fred Brazier, le commandant du SRPJ de Lyon, dans Piratage mortel. Dès les premières pages, le polar démarre sur les chapeaux de roue. Fred et Eva ont décidé de s’épouser, ils se promènent tranquillement, au moment ou Fred s’apprête à lui passer la bague au doigt, ils sont témoins d’un accident de voiture dramatique le long de la Saône. Une femme et sa fille sont piégées dans le véhicule immergé. Fred et Éva plongent sans hésiter. Seule la fillette, Léa, pourra être sauvée. Très vite, l’hypothèse d’un banal accident s’effondre : sabotage, meurtre, secrets militaires… et une série de cadavres à la clé.

Jean-Pierre Levain maîtrise son intrigue avec brio. Le rythme est soutenu, les rebondissements nombreux, et les révélations pleuvent sans relâche. Ce polar coche toutes les cases : tension, émotion, et une plongée glaçante dans un monde d’informations classées secret défense.

J’ai été particulièrement touché par le lien qui se tisse entre Éva et la petite Léa, qui donne une dimension humaine et poignante à l’enquête. Fred, fidèle à lui-même, fait preuve d’une rigueur implacable tout en restant profondément humain. Certains personnages sont bouleversants, d’autres profondément détestables — un équilibre parfait.

La plume de l’auteur est toujours aussi fluide, percutante, immersive. Il sait manier les fausses pistes, les détails qui prennent tout leur sens plus tard, et un final à la hauteur de la série. Il signe ici une clôture magistrale.

Un grand merci à Angie. Un vrai bonheur !

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Extraits :

« Dans la vraie vie, beaucoup d’histoires familiales ressemblent à des sacs de nœuds plutôt qu’à des chemins parsemés de roses. La plupart du temps, elles résultent d’aléas relationnels, voire de déraillements amoureux, qui échappent, en partie, à la maîtrise de leurs auteurs. Il arrive également qu’elles correspondent à des choix de vie délibérés de la part d’individus qui réfutent les normes communes pour expérimenter leurs propres voies. Tel était le cas pour Camille Laroche. »

« Camille Laroche naquit en 1986. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, elle ne s’était jamais sentie à l’aise au sein de ce petit monde au mode de vie expérimental. Elle enviait la normalité de ses copines qui bénéficiaient de leurs deux parents et rêvait d’une famille traditionnelle. Le besoin de conformité était sans doute une composante inhérente à l’enfance. »

« Les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets. Fred ronflait du sommeil du juste à ses côtés. Ce qui rendait sa propre insomnie plus difficile encore à endurer. II paraît qu’avec l’âge les hommes dorment de plus en plus facilement alors que, pour les femmes, c’est le contraire. Si même la nature s’en mêle, se dit-elle, l’égalité des sexes n’est pas pour demain !
Ce n’était évidemment pas la seule raison. Elle le savait parfaitement. Une boule au ventre lui tordait les viscères et son cerveau tournait en surrégime refusant d’obéir à ses injonctions lui ordonnant de ralentir son manège infernal. Le cri de la gamine lui restait en travers de la gorge et surtout au creux de l’estomac : Pourquoi tu es venue me chercher ? Moi, je voulais rester avec elle. Maintenant c’est trop tard, elle est partie ! »

« Elle pénètre dans le restaurant et en fit le tour, comme si elle déambulait à la recherche d’une opportunité. Elle ne vit rien au premier passage. Elle repère, au second, un adolescent boutonneux au look gothique. Il avait l’air perdu assis face aux baies vitrées qui donnaient sur l’extérieur. Le garçon, tout de noir vêtu, avait des cheveux longs et un regard aussi sombre qu’une nuit sans lune. Son tee-shirt était décoré d’un squelette qui adressait un doigt d’honneur à tous ceux lui faisant l’insigne honneur de poser les yeux sur lui. Le bas était à l’avenant avec un pantalon baggy parsemé de poches et d’anneaux cousus à même l’étoffe. Sans oublier les sempiternelles Doc Martens montantes à semelles épaisses. »

Jean-Pierre Levain est Docteur en psychologie.

Il a été chercheur à l’Institut de recherche sur l’enseignement des mathématiques et maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université de Franche-Comté.
Aujourd’hui à la retraite, il s’est reconverti dans l’écriture de romans policiers. Le premier s’intitule “Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour” (2020).

Page Facebook: https://www.facebook.com/JPLevain/

Conte, Fantastique, Historique

La compagnie des menteurs

de Karen Maitland
Poche – 1 septembre 2011
Éditeur : Pocket

1348. La peste s’abat sur l’Angleterre. Rites païens, sacrifices rituels et religieux : tous les moyens sont bons pour tenter de conjurer le sort. Dans le pays en proie à la panique et à l’anarchie, un petit groupe de neuf personnes réunies par le plus grand des hasards essaie de gagner le Nord, afin d’échapper à la contagion. Bientôt, l’un d’eux est retrouvé pendu…
Alors que la mort rôde, les survivants vont devoir résoudre l’énigme de ce décès avant qu’il ne soit trop tard…

    « Il vous sera difficile de vous interrompre dans la lecture de ce roman très noir. »
    Psychologies

    Je viens de refermer La Compagnie des menteurs, de Karen Maitland, et je dois dire que ce roman m’a laissé une impression étrange, entre admiration et légère frustration.

    L’histoire se déroule dans une Angleterre médiévale d’un réalisme saisissant, en pleine épidémie de peste. Un groupe de neuf voyageurs se forme, chacun avec ses raisons, mais tous mus par un même but, fuir la maladie. Je fais ici la connaissance du narrateur, un marchand de reliques, et de ses compagnons, une galerie particulièrement étonnante où se mêlent un peintre et sa femme enceinte, un musicien et son élève, un magicien, une sage-femme, une enfant qui lit les runes, et un mystérieux conteur.

    Au début, le roman prend son temps. Je me suis doucement imprègné du décor, j’ai découvert peu à peu les personnages et les routes qu’ils empruntaient. Mais c’est dans la seconde moitié que les choses s’accélèrent : les morts s’enchaînent, et les secrets se dévoilent. L’ambiance de huis clos, cette impression que le danger rôde parmi eux, m’a rappelé Dix petits nègres d’Agatha Christie. Même si j’ai deviné certaines révélations avant la fin, cela n’a pas gâché mon plaisir. Ce n’est pas tant l’intrigue qui m’a captivé, mais l’atmosphère, le mystère, le mélange réussi entre histoire et surnaturel.

    Le côté fantastique est, à mes yeux, la grande réussite du livre. Il s’insère naturellement dans cet univers médiéval où les croyances tenaient lieu de vérité. C’est sans doute ce qui m’a le plus accroché, bien plus que l’aspect « thriller ». J’ai refermé le livre avec l’envie de le relire, de retrouver les indices disséminés au fil du récit. Et cette fin… j’ai hésité, mais finalement je ne lui ai pas donné mes 5 étoiles, il m’a manqué un soupçon d’émotion, une profondeur dans les sentiments qui aurait pu en faire un coup de cœur absolu.

    Cela restera une très belle découverte, et une belle porte ouverte vers l’univers de Karen Maitland, que je compte bien explorer davantage !

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    Extraits :

    « “C’est donc entendu, nous l’enterrerons vivante avec la bride de fer. Ça lui fera tenir sa langue.” L’aubergiste croisa les bras, soulagé qu’ils soient au moins parvenus à s’entendre sur cela.
    “Le fer contiendra tous ses blasphèmes. Il peut tout arrêter. C’est l’une des matières les plus puissantes pour résister au diable, après l’hostie et l’eau bénite. Bien sûr, ce serait mieux si nous en avions, hélas, nous n’en avons pas par les temps qui courent. Mais le fer fera tout aussi bon usage”. »

    « Il faisait nuit à mon réveil, c’était l’heure la plus sombre, juste avant l’aube, lorsque les chandelles se sont consumées et que les premiers rayons de soleil n’ont pas encore percé les fentes des volets. Mais ce n’est pas la froideur de la nuit qui me fit frissonner. Nous étions bien trop entassés les uns contre les autres dans la grange pour que quiconque sentît le moindre courant d’air. »

    « Nous devons tous gagner notre vie, dans ce monde et il y a autant de manières de le faire qu’il y a de gens. Comparé à d’autres, mon commerce pourrait être considéré comme respectable, et il ne fait aucun mal. Vous pourriez dire qu’il fait même du bien, car je vends de l’espoir, et c’est le plus précieux de tous les trésors. L’espoir est peut-être une illusion, mais c’est ce qui vous retient de sauter dans une rivière ou de boire la ciguë. L’espoir est un mensonge magnifique et il faut du talent pour le donner aux autres. Et à l’époque, en ce jour où soi-disant tout commença, je croyais sincèrement que la création de l’espoir était le plus grand de tous les arts, le plus noble de tous les mensonges. Je me trompais. »

    « Rien d’inhabituel à ce qu’un enfant reçoive une correction ; j’en avais déjà vu au moins une demi-douzaine ce jour-là – un coup de baguette sur des jambes nues pour avoir négligemment laissé tomber un panier d’œufs, un postérieur rougi pour s’être éloigné sans permission, une claque sur l’oreille sans raison valable sinon que le gamin s’était trouvé au milieu du chemin. Tous les jeunes pécheurs tentaient d’esquiver les coups en hurlant assez fort pour convaincre leur tourmenteur que la punition avait été pleinement comprise, tous, sauf elle. Elle ne hurlait pas ni ne se débattait, et demeurait aussi silencieuse que si les coups sur son dos avaient été assénés avec une plume et non une ceinture, ce qui ne semblait qu’accroître la fureur de la personne qui la battait. Je crus qu’il allait la tuer à force de la frapper, mais finalement, vaincu, il la laissa partir. »

    Karen Maitland est née en 1956. Elle vit en Angleterre, dans le Norfolk.
    Elle a publié trois romans en France, parus chez Sonatine Éditions :

    • La Compagnie des menteurs (2010),
    • Les Âges sombres (2012)
    • La Malédiction de Norfolk (2014).

    Amour, Émotion, Drame, Histoire

    Les heures envolées

    de Alba Ombieri
    Broché – 2 juin 2025
    Éditions : Des livres et du rêve

    Au début du XXe siècle, dans une France bouleversée par les fractures sociales et la guerre, trois âmes brisées tentent de recoller les fragments de leur existence. Élise, François et Valentin affrontent, chacun à leur manière, les épreuves du destin et le poids des non-dits. Entre secrets, quête d’identité, et rendez-vous manqués, leur histoire s’entrelace pour dévoiler les forces invisibles qui façonnent nos vies. Des empreintes indélébiles que laissent les heures envolées.

    Un récit à la fois tendre et poignant pour ce premier ouvrage d’Alba Ombieri, dont la plume précise et touchante nous révèle l’étendue de son talent au fil des mots.

    Tout dabord, il y a une très belle couverture… mais très vite se sont les mots qui m’emportent.

    Il y a des romans qui laissent une empreinte profonde, et Les heures envolées, premier livre d’Alba Ombieri, en fait indéniablement partie. J’ai été soufflé par la force de son récit, par la précision de sa plume, par la charge émotionnelle qu’elle porte sans jamais céder au pathos. Tout y est juste, puissant, vibrant.

    Derrière chaque mot, je sens la passion de l’autrice, ses combats, ses colères, mais aussi un amour immense pour ses personnages. Elle ne pardonne rien à la cruauté, à la haine, à la bêtise humaine. Et pourtant, ce n’est jamais un roman à charge. C’est un roman d’humanité, de mémoire et de résistance.

    J’avais découvert Alba avec le recueil SEPT, et sa nouvelle Valentin 1916. Déjà, ce texte m’avait bouleversé. Le retrouver ici, au cœur de ce roman, m’a touché profondément. Il n’est pas seul. Il y a Élise, François… Leurs voix se croisent, s’entremêlent, se heurtent parfois, dans une temporalité qui bouscule. Une fresque dense, émouvante, qui m’a emporté dans une France occupée qui se rend compte que la guerre durera bien plus longtemps que les quelques mois qui avaient été annoncés aux français partis pour défendre leur nation…

    Dès les premières pages, j’ai été happé par l’accouchement d’Élise. J’ai été touché par sa fragilité, sa force, son chemin. C’est l’histoire de plusieurs vies, de destins percutés par l’Histoire qui luttent pour survivre. Des destins qui nous renvoient à nos grands-parents, et finalement, à nous-mêmes.

    Si vous ne deviez lire qu’un seul roman cette année, faites moi confiance, lisez celui-ci !
    Comme le dit si bien Alba, « Les heures envolées » appartient dorénavant aux lecteurs alors laissez-vous tenter et laissez la magie opérer… Ce livre est la lumière qui montre le chemin des vérités. Il est la force que nos jeunes portaient sur leur dos lorsqu’ils partaient au combat, il est la lumière dans les yeux des femmes qui un jour ont décidé de dire NON et qui, sans vouloir forcément être légale des hommes, avaient juste souhaité qu’ils reconnaissent tout simplement leurs places. Celles qu’elles méritent amplement… le temps et l’histoire nous l’ont démontré moult fois… Le roman secoue, il abîme, il fait mal. On y ressent l’injustice, la peur, mais aussi la beauté d’un espoir ténu. Même les personnages secondaires sont poussés dans leurs retranchements. Personne n’est épargné, et moi non plus, en tant que lecteur.

    Le style est net, tendu, presque cinématographique. Pas de mièvrerie, pas de détours. Juste une vérité brute, âpre, bouleversante. J’ai refermé le livre avec les larmes aux yeux… puis j’ai relu le prologue et j’ai tout compris…
    Les monstres existent, mais heureusement les belles personnes aussi…

    Pour un premier roman, c’est une claque. Une œuvre forte, sensible, indispensable.
    Merci Alba…

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    Extraits :

    « Juin 1919, Salergues, sud de la France.
    La fête bat son plein.
    Le soleil d’été rejoint l’horizon, dans un feu d’artifice de nuances pastel. La fraîcheur de la nuit naissante enveloppe les convives attablés au banquet, pendant que les lampions multicolores nimbent les visages de tons chamarrés.
    Je souris en sentant se répandre en moi un sentiment nouveau, savant mélange de bonheur et d’amertume.
    Des fiançailles. Celles de ma mère. »

    « Perdu dans mes pensées, je n’ai pas encore remarqué la silhouette, adossée au tronc de l’arbre avec lequel elle se confond, qui observe les réjouissances en contrebas, le visage ruisselant de larmes. »

    « Dans l’ombre, la femme d’une quarantaine d’années qu’elle n’avait jamais pu appeler autrement que « mère » la scrutait avec un flegme hautain. Un léger rictus arrondissait le coin de ses lèvres. Son détachement apparent confinait à la cruauté, à une férocité impassible, de celle que l’on ne trouve que chez les personnes dénuées d’empathie.
    Face à la scène, elle ne témoignait ni inquiétude, ni compassion, ni colère. Les bras croisés sur la poitrine, raide comme un piquet, elle ne perdait pas une miette du spectacle. Elle paraissait même se délecter de la souffrance de son enfant. »

    « Petite, déjà, elle était présentée comme un jouet : jolie, bien apprêtée, elle se devait, en public, de rester silencieuse sous peine d’encourir une punition qui l’empêchait de quitter le lit plusieurs jours durant.
    Coups de poings, de pieds, de ceinture. Gifles, enfermement, privation de nourriture. Elle avait subi ces mauvais traitements sans broncher, sans se rebeller.
    Jusqu’à ce que François lui fasse entendre que tout cela n’était pas acceptable. Qu’elle méritait le bonheur, l’amour qu’elle n’avait pas suscité chez ceux qui auraient dû la chérir et la protéger. »

    Alba Ombieri a d’abord mené une carrière d’archéologue, avant de délaisser les pinceaux et les truelles pour devenir libraire dans les Landes. Elle a choisi ensuite de se consacrer au métier exigeant de professeur des écoles. Grosse lectrice de thrillers et de polars, elle travaille depuis plusieurs années sur différents projets d’écriture.

    • Valentin, 1916 est sa première nouvelle éditée.
    • Les heures envolées est son premier roman édité aux éditions Des livres et du rêve.