Amour, Émotion, Biographie, Drame, Poésie

Poussière d’homme

de David Lelait-Helo
Poche – 12 juillet 2012
Éditeur : Pocket

« Ce dimanche 3 avril, au soir, tes jours d’homme m’ont filé entre les doigts. Au presque commencement de ma vie, je t’ai perdu, toi avec qui je voulais la finir. Nous avions oublié d’être mortels, le temps nous a rattrapés… »
David LELAIT

« Je viens de finir ce livre, c’est un VÉRITABLE CHOC !!!!! Non seulement l’histoire est bouleversante mais le style est éblouissant !! Les mots claquent, lumineux et remplis de poésie ! Une émotion tout en pudeur pare ce livre d’une couleur unique. »
Gérard Collard

« Lyrique et sensible, juste et touchant, bouleversant même quand il ne reste qu’une poignée d’heures avant la séparation ultime. »
Ph.-J.C. – Le Monde

« Un texte émouvant et d’une exquise sensibilité. »
Delphine Apiou – Biba

J’ai découvert la plume de David Lelait-Helo avec Je suis la maman du bourreau, et dès les premières pages, j’ai su qu’il écrivait autrement. Il y avait cette pudeur dans la douleur, cette manière d’exposer l’indicible sans jamais tomber dans le pathos. C’était puissant, dérangeant, profondément humain. Un portrait de mère bouleversant, un cri discret mais essentiel.

Avec Poussière d’homme, j’ai retrouvé cette même force. Mais cette fois, l’émotion m’a submergé d’une manière plus intime, plus viscérale. Ce long chant d’amour et de mort, écrit tout en douceur et en retenue, m’a touché au cœur. Il y a dans ces pages une forme de grâce rare, presque fragile.

Le roman m’a pris aux tripes. Il m’a happé dans un tourbillon de poésie et d’émotions, où les mots choisis semblent parfois s’échapper d’un carnet secret. Des mots qui font du bien, des mots lumineux, des mots magiques… déposés ici et là, comme des cailloux blancs, un peu cachés parfois, que le lecteur devra ou pas, trouver pour, s’il le souhaite, les conserver bien précieusement. David raconte l’amour, son amour, avec une intensité brûlante, celle qu’on espère tous connaître au moins une fois. Un amour total, qui éclaire les gestes les plus simples et transforme le quotidien en miracle.

Il nous livre un hommage posthume, un cri d’amour et de douleur, une mise à nu poignante. Il évoque la perte, le manque, la maladie, le deuil, sans jamais chercher à nous apitoyer. Il questionne l’acceptation, la mémoire, le souvenir charnel de l’autre, ce qu’il reste quand il ne reste plus rien… ou presque. Juste ce prénom de trois lettres, et une éternité de souvenirs.

J’ai été totalement immergé dans son intimité. Chaque phrase, chaque silence entre les lignes, m’a bouleversé. Ce roman est un journal de bord de l’âme, un chant funèbre habité de lumière, un cri muet dans la nuit. Un concentré d’amour, de douleur… avec des mots qui claquent, des phrases qui prennent aux tripes… puis soudain, une larme qui surgie seule, qui s’éternise, elle sera finalement rattrapée par d’autres, de nombreuses autres qui le long de ma lecture méritaient aussi leur place…

Un véritable hymne à l’amour, malgré la tristesse, malgré la fin. Une œuvre traversée par la beauté, même dans la douleur.
Lire “Poussière d’homme”, c’est accepter de plonger dans l’abîme pour en ressortir tremblant, mais vivant. Lisez donc ce récit époustouflant, autant pour sa beauté que pour sa réalité et sa douleur. Aucun de mes mots ne pourra décrire ce que l’on ressent vraiment à cette lecture, il y a tant de sentiments et d’émotions, vous devrez comme moi y plonger corps et âme pour comprendre… Et forcément, finir votre lecture profondément touché.

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Extraits :

« Ce dimanche 3 avril, au soir, tes jours d’homme m’ont filé entre les doigts. Au presque commencement de ma vie, je t’ai perdu, toi avec qui je voulais la finir.
Nous avions oublié d’être mortels, le temps nous a rattrapés… La voix blanche et la colère noire, j’ai eu beau t’appeler, tu étais déjà parti, loin. Ta vie, minuscule tourbillon de quelques lunes et soleils, cessait là de tournoyer, sur le rivage carrelé blanc et glacé d’un hôpital. Un an sans toi, il y a trop longtemps, il y a si peu. Mais l’absence se rit du temps, elle déchire les calendriers, dérègle les horloges, rend folles leurs aiguilles. L’absence est un compagnon fidèle qui ourle désormais mes chemins d’exilé. »

« Que cette journée me semble sans fin depuis que, ce matin, au Père-Lachaise, à Paris, les flammes se sont unies pour t’emporter, t’émietter ! Depuis qu’hier j’ai poussé, de mes propres mains, le couvercle de bois verni sur ton visage de chair figée. »

« Les mots du curé ne parviennent pas à s’élever. Une ribambelle de sons creux. Je n’entends pas assez les trois lettres de ton prénom, il ne parle pas de ta vie, de ta joie, de ta bonté. Il articule le nom de Jésus, évoque le bon Dieu et ce foutu ciel qui t’ouvre prétendument ses portes, je ne l’écoute déjà plus… Je ne pleure pas non plus. Heureusement, les mots de ta jolie filleule, ses larmes, donnent de la chair et de l’humanité aux singeries de l’homme de Dieu. J’avais prévu de chanter puis renoncé, mais le manque de sève de l’instant me porte à finalement m’exécuter. »

« C’est un amour simple, facile, sur lequel on ne pose pas de mots. Mieux vaut le faire qu’en parler. Il roule léger. Il n’est pas de ceux auxquels on s’oblige pour ne pas vivre seul ou pour tromper l’ennui. Pas de ces amours que l’on couche sur un faire-part, que l’on grave dans les registres de l’état civil, pas de ceux qui donnent des enfants ou tiennent des promesses pour l’avenir du monde, pas non plus de ceux dont la passion vous brûle et vous dévore. Juste un amour qui souffle sur le cœur, juste le plaisir sans les devoirs, la caresse sans la gifle, le baiser sans la morsure.
Je ne tombe pas amoureux, je m’élève amoureux. Je t’aime comme on s’élève et grandit, comme on se hausse sur la pointe des pieds pour apercevoir la mer de l’autre côté de la barricade. Je t’aime en liberté. »

David Lelait-Helo est né à Orléans le 3 décembre 1971.

Après des études de littérature et civilisation hispaniques à Montpellier, il enseigne l’espagnol. En janvier 1997, à 25 ans, il publie chez Payot la première d’une longue série de biographies, parmi lesquelles

  • Maria Callas : j’ai vécu d’art, j’ai vécu d’amour (1997),
  • Dalida : d’une rive à l’autre (2004).
    C’est à cette période qu’il délaisse l’enseignement pour se consacrer à une carrière de journaliste. Il a écrit pour de nombreux magazines (Gala, Cosmopolitan, Femmes d’aujourd’hui…), animé des émissions musicales sur la chaîne Pink TV, occupé pendant vingt ans le poste de responsable des pages culture et people au magazine Nous Deux et, depuis 2022, celui de chroniqueur littéraire pour Femme Actuelle et Prima.
    David Lelait-Helo a également écrit des essais, Gay Culture (1998) et Les Impostures de la célébrité (2001), ainsi que des romans, dont :
  • Poussière d’homme (2006),
  • Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri (2016),
  • Un oiseau de nuit à Buckingham (2019) parus aux éditions Anne Carrière,
  • Je suis la maman du bourreau (2022), paru aux éditions Héloïse d’Ormesson
    https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/09/je-suis-la-maman-du-bourreau/

Conte, Drame, Fantastique, Frisson horreur, Thriller psychologique

De fièvre et de sang

de Cédric Sire
Broché – 1 janvier 2010
Éditeur : Le Pré aux Clercs

Ils semblent se nourrir de sang. Leurs victimes sont retrouvées exsangues. Eva Svärta et le commandant Vauvert viennent enfin de mettre un terme aux agissements des frères Salaville. Mais les meurtres continuent, défiant toute logique. Les talents d’Eva, policière albinos dotée d’un instinct hors normes, vont la conduire aux frontières de la rationalité. Là où, à tout instant, les ténèbres menacent de s’ouvrir sous vos pieds, où votre propre reflet dans le miroir pourrait vous engloutir, où la part d’ombre qu’Eva porte en elle causera sa perte ou lui sauvera la vie…

Dès les premières pages, j’ai su que je ne refermerais pas ce livre avant d’en avoir arraché la dernière ligne. De fièvre et de sang m’a happé comme une bête dans l’ombre, m’a entraîné là où l’horreur côtoie le sacré, là où les monstres ont parfois un uniforme et les anges, un masque de porcelaine.

Tout commence dans une ferme isolée, au cœur de l’horreur. Une jeune fille, ligotée sur un matelas souillé, des miroirs brisés comme autant de reflets de folie, et deux frères dégénérés, plus fangeux que humains. Mais l’odeur de souffre va bien au-delà du simple fait divers, le surnaturel rôde. Et il a des crocs. Dans cette atmosphère saturée de peur et d’énigmes, deux figures se dressent, le commandant Vauvert, brute bourrue au cœur cabossé, et Eva Svärta, profileuse albinos, aussi fascinante qu’énigmatique, marquée dans sa chair et son esprit par un passé indicible. Le duo fonctionne à merveille, entre tension, ironie et complémentarité troublante.

Cédric Sire nous livre ici un thriller qui flirte avec le gothique et le fantastique (j’adore !!!), tout en gardant les pieds dans une enquête policière solide. L’écriture est vive, dense, parfois baroque, souvent cruelle. Elle convoque les ombres de Poe, des idées de Baudelaire, les cauchemars de Clive Barker. On sent les influences, mais la voix est bien celle de Cédric, brute, directe et très envoûtante.

Plus j’avançais, plus le roman m’entraînait vers l’abîme, un personnage étrange, un masque figé, des jeunes filles saignées, et cette question obsédante. “Et si la légende de la comtesse Erzsébet Báthory, n’en était pas une ?”

Le récit m’a glacé, et pourtant, j’en redemandais. Addictif, terrifiant, viscéral. C’est un roman qui vous attrape à la gorge, vous secoue, vous trouble, vous hypnotise… m’a hypnotisé…
Et quand vient la chute, magistrale, brutale, inattendue… j’ai refermé le livre, le souffle court, désarçonné…

Cédric Sire signe ici un chef-d’œuvre de noirceur et de tension. Une pépite pour ceux qui aiment les histoires qui saignent et les vérités qui dérangent.

Extraits :

« Quand ils l’avaient traînée de force ici, sans qu’elle ne puisse rien faire pour se défendre, quand ils lui avaient arraché ses vêtements un par un, jusqu’à ce qu’elle soit entièrement nue, et qu’ils l’avaient attachée à des sangles, solidement serrées autour de ses poignets et de ses chevilles, sur un matelas poisseux, elle avait encore cru qu’ils ne voulaient que la violer – et cette pensée était déjà insupportable -, mais au fond d’elle, là où l’âme ne se ment pas, elle le savait. Ses tripes le savaient. Ce qu’ils allaient lui faire quand ils reviendraient serait bien pire qu’un viol. »

« Aucun des deux frères ne se releva de la table d’autopsie. Cela n’empêcha pas la presse de leur trouver le surnom de “vampires de la montagne Noire” et de diffuser toute une cascade de descriptions, plus ou moins discutables, au sujet de la folie meurtrière qui s’était emparée de ces deux hommes.
Après tout, ils avaient tué plus de vingt jeunes femmes de manière particulièrement atroce, sur une période d’une année entière, et cela en toute impunité. Le mystère autour de ce qu’ils avaient bien pu faire de tout ce sang – et de la peau des visages, qu’on n’avait pas retrouvée – demeurait une source de spéculations quasi inépuisable. Une manne, pour les médias, de tous genres et de tous bords confondus. »

« Le soleil avait disparu depuis longtemps quand, derrière la baie vitrée, un éclair illumina le ciel. Les premières gouttes de pluie commencèrent à tinter contre les vitres, presque avec timidité. Puis le tintement devint rafale. La pluie se changea en orage, où il n’y avait plus aucune timidité. Juste la volonté de s’abattre, de frapper, avec une rage sans cesse accrue. »

« Le sang.
Tout ce sang.
Jailli de ce corps-là, désarticulé en travers de la table.
Le sang a éclaboussé les murs, la moquette, les fauteuils en cuir. Les projections ont atteint jusqu’à la baie vitrée. À la lueur des éclairs, il s’écoule, douce-ment, imitant la pluie au-dehors.
Tout ce sang merveilleux.
Cette éternelle source de pouvoir. »

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Sire Cedric, né le 24 octobre 1974 à Saint-Gaudens, est un écrivain français auteur de thriller.
Après des études d’anglais, il travaille quelques années dans le milieu de l’édition, du journalisme et de la traduction, tout en publiant dans les pages de magazines des nouvelles fantastiques et policières, fortement inspirées par des auteurs tels que Stephen King, Clive Barker ou encore Edgar Allan Poe.

Depuis 2005, il se consacre entièrement au métier d’écrivain, publiant des thrillers souvent teintés de surnaturel.

Il a reçu le prix Masterton pour son roman L’Enfant des cimetières et le prix Polar (festival de Cognac) pour son thriller De fièvre et de sang. En 2014, il reçoit le prix Littéraire Histoires de Romans pour son thriller fantastique, La Mort en tête.

Ses livres sont traduits en anglais, en polonais et en turc.

Il a également été vocaliste du groupe de death metal Angelizer.

Aujourd’hui, Sire Cedric vit et écrit à Toulouse.

Adolescence, Amour, Émotion, Drame

J’ai failli te manquer

de Lorraine Fouchet
Broché – 4 juin 2020
Éditeur : Héloïse d’Ormesson

Lise et Cerise n’ont en commun que la rime. Tout oppose la mère et la fille. D’ailleurs c’est simple, Lise voulait un garçon. À la mort d’Axel, mari et père adoré, les deux femmes se retrouvent en tête à tête, et se repoussent comme des aimants réfractaires. Mais une inconnue s’invite dans l’équation. Elle efface tout, même les ressentiments, et apporte d’inespérées retrouvailles. Car il n’est jamais trop tard pour s’aimer… Dans la famille Venoge, on se déchire avec panache. Pourtant, la tendresse est bien là, en embuscade, et lorsqu’elle s’engouffre enfin dans la brèche, elle transforme les années perdues en heures gagnées.
Lorraine Fouchet nous l’affirme, le bonheur est réservé à tout le monde.

Je viens de refermer J’ai failli te manquer de Lorraine Fouchet, le cœur un peu… beaucoup à l’envers.
C’est l’histoire de Cerise, une jeune femme élevée dans l’amour naturel d’un père solaire et la froideur glaciale d’une mère incapable d’aimer une autre femme qu’elle-même. Ce roman, a été pour moi, le récit d’un combat. Celui d’une fille pour exister face à une mère destructrice, Lise, qui cumule névroses, mythomanie et une propension effrayante à se mettre en scène.

Lise n’a jamais su être mère, de plus elle voulait un garçon. Elle a eu une fille, et elle ne s’en est jamais remise. Cerise grandit comme elle peut, dans l’ombre de cette femme qui ne veut pas d’elle, mais qui refuse de la lâcher. Le drame s’enchaîne, Cerise entend un jour des gens parler de son adoption. Cela pourrait être un choc, mais c’est une délivrance. Enfin, une explication. Puis vient l’infarctus qui emporte son père Axel. Un vide immense laisse Cerise seule face à cette mère toxique, instable et hystérique. Et ses mots terribles : “J’aurais préféré que ce soit toi”. Difficile d’imaginer plus violent.

Pourtant, Cerise tient bon. Elle s’éloigne, tente de construire sa vie, devient romancière comme son père. Mais elle revient parfois, par loyauté, par promesse, jamais par envie. Entre deux silences, deux mensonges, elle tente de comprendre, de réparer, de survivre.

Mais ce roman, c’est aussi une parenthèse d’air pur. Lorraine m’a emmener dans sa Bretagne favorite, l’île de Groix, puis en Namibie, loin de Lise, loin du poids de l’héritage familial. Cerise respire enfin. Mais le passé revient toujours.

J’ai eu un peu de mal à lire ce livre, non pas à cause de l’écriture, fluide et poignante, ni des chapitres courts à la première personne du singulier que j’ai apprécié tout particulièrement, j’aime être dans la tête des personnages, mais parce que l’attitude de Lise m’a profondément écœuré. Tout le long de ma lecture je n’arrivais pas à lui trouver d’excuses, même lorsque le récit abordait son passé, ou lorsque qu’elle a commencé à perdre la tête, j’essayais de comprendre, comment une maman peut-elle agit ainsi… et puis petit à petit quelque chose m’est venu à l’esprit… Lorraine, sa vie, sa famille et peut-être tout simplement peu son histoire…

Au final ce roman n’est pas une plainte. Il est fort, il est beau. Il demeure au fond de lui une déclaration d’amour, tordue certes, brutale et sans fard.
Alors, pour finir, ce récit restera pour moi l’hommage d’une fille à sa maman, même si elle l’a blessée plus qu’aucune autre personne n’aurait pu le faire.
Et ça… pour moi, ça force le respect !
Bravo Lorraine !

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Extraits :

« Ils s’éloignent. Leurs voix portent. Cerise entend distinctement quand, au bout du couloir, il s’écrie :
– Comment veux-tu que je sache que cette gamine a été adoptée ? Ce n’est pas écrit sur sa figure !
Pénélope répond :
– Sa mère me l’a dit. Son mari était fou d’elle, leur couple lui suffisait, il ne voulait pas d’une tierce personne entre eux. Mais elle a insisté pour adopter.
Cerise tombe des nues. D’abord elle rit, incrédule.
Ils confondent forcément avec quelqu’un d’autre.
Puis elle reçoit le choc retour, sous la forme d’un uppercut à l’estomac. Stupéfaite. Pétrifiée. Anéantie.
Glacée. »

« À midi plein, le même jour, Axel Venoge, tranquillement installé sur sa terrasse à Quiberon, s’effondre sur son Ouest-France. Infarctus massif.
La tempête balaie tout sur son passage, efface la joie du matin, crève les abcès, perfore le cœur de Cerise, répand sur sa vie d’ado insouciante la pire marée noire.
Elle n’entendra plus jamais la voix de son père.
Elle la gardera au creux de l’oreille le reste de son existence. Certains écoutent la mer dans un coquillage, elle entendra son père lui souhaiter bon voyage sur tous les quais de gare du monde. »

« La guerre dure maintenant depuis cinq longues années. J’ai un vélo bleu. Celui de Nadine est noir. Nous avons dix-sept ans. Je sais ce que je risque en acceptant de transporter des lettres pour la Résistance. Il n’y a qu’un seul chemin possible de Port-Maria vers Carnac. Mon amie et moi pédalons hardiment sur la route de la presqu’île pour livrer les médicaments de la pharmacie de son oncle. Les lettres ne sont ni sur moi, ni dans mes sacoches, ni parmi les comprimés ou les sirops, elles sont écrites sur du papier très fin roulé en boule et dissimulées sous la selle entre les ressorts. »

« Nous n’étions pas venus pour mourir mais pour vaincre. Un bel esprit des temps calmes a écrit: “Les jeunes gens savent qu’ils mourront un jour mais ils ne le croient pas.” Il ne nous connaissait pas. Nous le savions et ça ne nous faisait pas peur. »

« Nos enfants ignorent que nous avons eu leur âge, que nous avons été confrontés aux mêmes choix. »

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Lorraine Fouchet est écrivaine, scénariste et docteur en médecine, née le 22 octobre 1956 à Neuilly-sur-Seine.

Elle est la fille unique de Christian Fouchet (1911-1974), qui a rallié Londres le 17 juin 1940 et la France Libre le 19 juin 1940, ambassadeur, ancien ministre du général de Gaulle, et de Colette Fouchet, née Vautrin (1926-2018), membre de la Résistance intérieure française. Son grand-père maternel était le général Jean-Emile-Alexis Vautrin, organisateur de la Résistance dans le sud-est de la France, et sa grand-mère Antoinette Vautrin (née Salmon-Mercier) était membre du réseau Gallia. Les trois frères aînés de son père sont morts pour la France, comme le frère aîné et le père de sa mère. Son grand-père paternel Raymond Fouchet était Officier de Cavalerie.

Son arrière-arrière-grand-père maternel, Eugène Mercier (1838-1904), était le fondateur de la Maison de champagne Mercier.

Elle fait ses études primaires à Copenhague puis à l’Institut de La Tour, ses études secondaires au lycée La Folie Saint-James puis à Sainte-Marie de Neuilly.

Elle a été pendant quinze ans médecin d’urgence au SAMU de Paris, à Europ Assistance et à SOS Médecins Paris, et médecin des Théâtres de Paris, avant de se consacrer à l’écriture. Le dimanche 3 mars 1996, alors qu’elle a publié 3 romans, elle est de garde à SOS Médecins, et rédige le certificat de décès de Marguerite Duras.

Elle se partage entre les Yvelines et l’île de Groix dans le Morbihan.

Elle a reçu le prix Littré 1997, le prix Anna de Noailles de l’Académie française 1998, le prix des Maisons de la presse 2003, le prix Ouest 2016, le prix Bretagne – priz Breizh 2016, le prix des Lecteurs U 2017. Elle a été de 2018 à juin 2021 présidente de la Commission LIR au Centre National du Livre. Elle est la marraine de l’Association Livres en Loire et a été de 2020 à 2022 présidente du jury du prix Honoré de Balzac. Elle a été en 2023 présidente du jury du prix Jean Anglade.

Émotion, Drame, Polar, Suspense

Piratage mortel

de Jean-Pierre Levain
Broché – 2 avril 2025
Éditions : Des livres et du rêve

Camille Laroche, ingénieure de haut niveau, touchait enfin du doigt la vérité sur ses origines… avant que sa voiture, devenue incontrôlable, ne bascule dans la Saône.
Seule sa fille, Léa, huit ans, survivra.

L’enquête s’oriente rapidement vers un piratage.
Mais qui pouvait en vouloir à la victime ?
Fred Brazier et son équipe exploreront chaque piste.
Travaux top-secrets, relation avec un haut gradé transsexuel, sa véritable filiation.

Alors que les cadavres s’accumulent, une course contre la montre s’engage et l’étau se resserre, autour de Léa, que les tueurs s’obstinent à vouloir faire disparaître.

Jean-Pierre Levain clôture sa série en beauté.
Un polar trépidant où secrets, manipulations et dangers s’entrelacent jusqu’au bout du suspense dans cette ultime enquête du groupe crime du SRPJ de Lyon.

C’est avec un plaisir certain que j’ai retrouvé Fred Brazier, le commandant du SRPJ de Lyon, dans Piratage mortel. Dès les premières pages, le polar démarre sur les chapeaux de roue. Fred et Eva ont décidé de s’épouser, ils se promènent tranquillement, au moment ou Fred s’apprête à lui passer la bague au doigt, ils sont témoins d’un accident de voiture dramatique le long de la Saône. Une femme et sa fille sont piégées dans le véhicule immergé. Fred et Éva plongent sans hésiter. Seule la fillette, Léa, pourra être sauvée. Très vite, l’hypothèse d’un banal accident s’effondre : sabotage, meurtre, secrets militaires… et une série de cadavres à la clé.

Jean-Pierre Levain maîtrise son intrigue avec brio. Le rythme est soutenu, les rebondissements nombreux, et les révélations pleuvent sans relâche. Ce polar coche toutes les cases : tension, émotion, et une plongée glaçante dans un monde d’informations classées secret défense.

J’ai été particulièrement touché par le lien qui se tisse entre Éva et la petite Léa, qui donne une dimension humaine et poignante à l’enquête. Fred, fidèle à lui-même, fait preuve d’une rigueur implacable tout en restant profondément humain. Certains personnages sont bouleversants, d’autres profondément détestables — un équilibre parfait.

La plume de l’auteur est toujours aussi fluide, percutante, immersive. Il sait manier les fausses pistes, les détails qui prennent tout leur sens plus tard, et un final à la hauteur de la série. Il signe ici une clôture magistrale.

Un grand merci à Angie. Un vrai bonheur !

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Extraits :

« Dans la vraie vie, beaucoup d’histoires familiales ressemblent à des sacs de nœuds plutôt qu’à des chemins parsemés de roses. La plupart du temps, elles résultent d’aléas relationnels, voire de déraillements amoureux, qui échappent, en partie, à la maîtrise de leurs auteurs. Il arrive également qu’elles correspondent à des choix de vie délibérés de la part d’individus qui réfutent les normes communes pour expérimenter leurs propres voies. Tel était le cas pour Camille Laroche. »

« Camille Laroche naquit en 1986. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, elle ne s’était jamais sentie à l’aise au sein de ce petit monde au mode de vie expérimental. Elle enviait la normalité de ses copines qui bénéficiaient de leurs deux parents et rêvait d’une famille traditionnelle. Le besoin de conformité était sans doute une composante inhérente à l’enfance. »

« Les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets. Fred ronflait du sommeil du juste à ses côtés. Ce qui rendait sa propre insomnie plus difficile encore à endurer. II paraît qu’avec l’âge les hommes dorment de plus en plus facilement alors que, pour les femmes, c’est le contraire. Si même la nature s’en mêle, se dit-elle, l’égalité des sexes n’est pas pour demain !
Ce n’était évidemment pas la seule raison. Elle le savait parfaitement. Une boule au ventre lui tordait les viscères et son cerveau tournait en surrégime refusant d’obéir à ses injonctions lui ordonnant de ralentir son manège infernal. Le cri de la gamine lui restait en travers de la gorge et surtout au creux de l’estomac : Pourquoi tu es venue me chercher ? Moi, je voulais rester avec elle. Maintenant c’est trop tard, elle est partie ! »

« Elle pénètre dans le restaurant et en fit le tour, comme si elle déambulait à la recherche d’une opportunité. Elle ne vit rien au premier passage. Elle repère, au second, un adolescent boutonneux au look gothique. Il avait l’air perdu assis face aux baies vitrées qui donnaient sur l’extérieur. Le garçon, tout de noir vêtu, avait des cheveux longs et un regard aussi sombre qu’une nuit sans lune. Son tee-shirt était décoré d’un squelette qui adressait un doigt d’honneur à tous ceux lui faisant l’insigne honneur de poser les yeux sur lui. Le bas était à l’avenant avec un pantalon baggy parsemé de poches et d’anneaux cousus à même l’étoffe. Sans oublier les sempiternelles Doc Martens montantes à semelles épaisses. »

Jean-Pierre Levain est Docteur en psychologie.

Il a été chercheur à l’Institut de recherche sur l’enseignement des mathématiques et maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université de Franche-Comté.
Aujourd’hui à la retraite, il s’est reconverti dans l’écriture de romans policiers. Le premier s’intitule “Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour” (2020).

Page Facebook: https://www.facebook.com/JPLevain/

Amour, Émotion, Drame, Histoire

Les heures envolées

de Alba Ombieri
Broché – 2 juin 2025
Éditions : Des livres et du rêve

Au début du XXe siècle, dans une France bouleversée par les fractures sociales et la guerre, trois âmes brisées tentent de recoller les fragments de leur existence. Élise, François et Valentin affrontent, chacun à leur manière, les épreuves du destin et le poids des non-dits. Entre secrets, quête d’identité, et rendez-vous manqués, leur histoire s’entrelace pour dévoiler les forces invisibles qui façonnent nos vies. Des empreintes indélébiles que laissent les heures envolées.

Un récit à la fois tendre et poignant pour ce premier ouvrage d’Alba Ombieri, dont la plume précise et touchante nous révèle l’étendue de son talent au fil des mots.

Tout dabord, il y a une très belle couverture… mais très vite se sont les mots qui m’emportent.

Il y a des romans qui laissent une empreinte profonde, et Les heures envolées, premier livre d’Alba Ombieri, en fait indéniablement partie. J’ai été soufflé par la force de son récit, par la précision de sa plume, par la charge émotionnelle qu’elle porte sans jamais céder au pathos. Tout y est juste, puissant, vibrant.

Derrière chaque mot, je sens la passion de l’autrice, ses combats, ses colères, mais aussi un amour immense pour ses personnages. Elle ne pardonne rien à la cruauté, à la haine, à la bêtise humaine. Et pourtant, ce n’est jamais un roman à charge. C’est un roman d’humanité, de mémoire et de résistance.

J’avais découvert Alba avec le recueil SEPT, et sa nouvelle Valentin 1916. Déjà, ce texte m’avait bouleversé. Le retrouver ici, au cœur de ce roman, m’a touché profondément. Il n’est pas seul. Il y a Élise, François… Leurs voix se croisent, s’entremêlent, se heurtent parfois, dans une temporalité qui bouscule. Une fresque dense, émouvante, qui m’a emporté dans une France occupée qui se rend compte que la guerre durera bien plus longtemps que les quelques mois qui avaient été annoncés aux français partis pour défendre leur nation…

Dès les premières pages, j’ai été happé par l’accouchement d’Élise. J’ai été touché par sa fragilité, sa force, son chemin. C’est l’histoire de plusieurs vies, de destins percutés par l’Histoire qui luttent pour survivre. Des destins qui nous renvoient à nos grands-parents, et finalement, à nous-mêmes.

Si vous ne deviez lire qu’un seul roman cette année, faites moi confiance, lisez celui-ci !
Comme le dit si bien Alba, « Les heures envolées » appartient dorénavant aux lecteurs alors laissez-vous tenter et laissez la magie opérer… Ce livre est la lumière qui montre le chemin des vérités. Il est la force que nos jeunes portaient sur leur dos lorsqu’ils partaient au combat, il est la lumière dans les yeux des femmes qui un jour ont décidé de dire NON et qui, sans vouloir forcément être légale des hommes, avaient juste souhaité qu’ils reconnaissent tout simplement leurs places. Celles qu’elles méritent amplement… le temps et l’histoire nous l’ont démontré moult fois… Le roman secoue, il abîme, il fait mal. On y ressent l’injustice, la peur, mais aussi la beauté d’un espoir ténu. Même les personnages secondaires sont poussés dans leurs retranchements. Personne n’est épargné, et moi non plus, en tant que lecteur.

Le style est net, tendu, presque cinématographique. Pas de mièvrerie, pas de détours. Juste une vérité brute, âpre, bouleversante. J’ai refermé le livre avec les larmes aux yeux… puis j’ai relu le prologue et j’ai tout compris…
Les monstres existent, mais heureusement les belles personnes aussi…

Pour un premier roman, c’est une claque. Une œuvre forte, sensible, indispensable.
Merci Alba…

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Extraits :

« Juin 1919, Salergues, sud de la France.
La fête bat son plein.
Le soleil d’été rejoint l’horizon, dans un feu d’artifice de nuances pastel. La fraîcheur de la nuit naissante enveloppe les convives attablés au banquet, pendant que les lampions multicolores nimbent les visages de tons chamarrés.
Je souris en sentant se répandre en moi un sentiment nouveau, savant mélange de bonheur et d’amertume.
Des fiançailles. Celles de ma mère. »

« Perdu dans mes pensées, je n’ai pas encore remarqué la silhouette, adossée au tronc de l’arbre avec lequel elle se confond, qui observe les réjouissances en contrebas, le visage ruisselant de larmes. »

« Dans l’ombre, la femme d’une quarantaine d’années qu’elle n’avait jamais pu appeler autrement que « mère » la scrutait avec un flegme hautain. Un léger rictus arrondissait le coin de ses lèvres. Son détachement apparent confinait à la cruauté, à une férocité impassible, de celle que l’on ne trouve que chez les personnes dénuées d’empathie.
Face à la scène, elle ne témoignait ni inquiétude, ni compassion, ni colère. Les bras croisés sur la poitrine, raide comme un piquet, elle ne perdait pas une miette du spectacle. Elle paraissait même se délecter de la souffrance de son enfant. »

« Petite, déjà, elle était présentée comme un jouet : jolie, bien apprêtée, elle se devait, en public, de rester silencieuse sous peine d’encourir une punition qui l’empêchait de quitter le lit plusieurs jours durant.
Coups de poings, de pieds, de ceinture. Gifles, enfermement, privation de nourriture. Elle avait subi ces mauvais traitements sans broncher, sans se rebeller.
Jusqu’à ce que François lui fasse entendre que tout cela n’était pas acceptable. Qu’elle méritait le bonheur, l’amour qu’elle n’avait pas suscité chez ceux qui auraient dû la chérir et la protéger. »

Alba Ombieri a d’abord mené une carrière d’archéologue, avant de délaisser les pinceaux et les truelles pour devenir libraire dans les Landes. Elle a choisi ensuite de se consacrer au métier exigeant de professeur des écoles. Grosse lectrice de thrillers et de polars, elle travaille depuis plusieurs années sur différents projets d’écriture.

  • Valentin, 1916 est sa première nouvelle éditée.
  • Les heures envolées est son premier roman édité aux éditions Des livres et du rêve.
Drame, Polar, Psychologie, Suspense, Thriller, Violence

Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour

de Jean-Pierre Levain
Poche – 2 avril 2025
Éditions : Des livres et du rêve

Touchée par trois balles, dont une en pleine tête, Éva Karsanti échappe miraculeusement à la mort, mais sombre dans un coma profond.
Propriétaire de boutiques de luxe et d’un site de rencontres libertines, elle finance en secret des ONG qui aident des femmes en détresse à avorter dans des pays liberticides où ces pratiques sont interdites.
De lourdes menaces planent sur Éva.

L’enquête est confiée au commandant Fred Brazier, épaulé par Gaëlle Lebras. Chaque piste soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses, et traquer la vérité s’avère aussi périlleux qu’urgent.

Plongez dans la nouvelle version du tout premier opus de Jean-Pierre Levain.

Un polar intense où se dessinent les premiers pas du groupe crime du SRPJ de Lyon, une équipe appelée à devenir légendaire.

J’ai dévoré Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour de Jean-Pierre Levain en une seule soirée. Impossible de le lâcher !
Intrigue haletante, rythme bien dosé, documentation rigoureuse… tout y est. On sent dès les premières pages que l’auteur sait de quoi il parle, que ce soit en matière de procédures policières, de balistique ou de diagnostics médicaux. Peut-être un peu trop pour certains ? Mais personnellement, cela n’a rien enlevé au plaisir de ma lecture.

L’histoire démarre fort. Eva Karsanti, puissante entrepreneuse lyonnaise, se fait agresser chez elle. Un individu en tenue de motard la menace, tue son chien et finalement lui tire dessus. Touchée de trois balles, dont une en pleine tête, elle survit miraculeusement mais plonge dans le coma. La jeune et intrépide Gaëlle Lebras, hérite de l’enquête. À ses côtés, Fred Brazier, commandant proche de la retraite, qui connait très bien la victime, ensemble ils vont essayer de démasquer cet agresseur prêt à tout pour se débarrasser de la femme d’affaires. Un duo attachant, bien équilibré, entre le flic calme et expérimenté et la fougueuse coéquipière, curieuse et un brin provocatrice.

Jean-Pierre alterne les points de vue sans jamais me perdre, ce qui donne un rythme vivant, presque cinématographique. Les personnages sont bien dessinés, crédibles et profondément humains. J’ai aussi beaucoup apprécié les références littéraires et cinématographiques glissées çà et là avec malice, et puis l’humour qui affleure par moments.

Au-delà de l’enquête policière, Jean-Pierre explore des thèmes de société essentiels, les droits des femmes, le droit à l’avortement, les groupes extrémistes, la sexualité, l’amour libre, les relations intergénérationnelles, la bisexualité et bien d’autres choses… Les femmes ne plaisantent pas avec leur liberté d’aimer, c’est bien là tout le sens du titre, et aucun homme dans le roman ne pourra prétendre avoir le contrôle sur ce terrain.

Un polar intelligent, bien écrit, moderne, et surtout porté par une vision affirmée : l’amour, quand il est sincère et libre, ne se négocie pas. À glisser dans toutes les valises cet été !

Un immense merci à toi Angie, pour ta confiance et pour m’avoir permis de signer cette nouvelle couverture. Toujours au rendez-vous avec grand plaisir !

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Extraits :

« Se tenant à la rampe et encore légèrement ensommeillée, elle ne réagit pas immédiatement à la vue de l’étranger entièrement vêtu d’une combinaison de motard avec sur la tête un casque à la visière réfléchissante baissée. Il était de petite taille, assez mince, et semblait peu inquiétant de prime abord. La surprise fit progressivement place à l’effroi quand elle entrevit l’immense revolver au bout de son bras. Sa première pensée fut pour le chien, ce gros benêt de labrador toujours gentil avec tout le monde. Comme elle regrettait à présent de s’être laissée attendrir au chenil par sa bonne bouille de chiot et d’avoir préféré un labrador placide à un vrai défenseur féroce faisant son travail de gardien en se jetant sur l’agresseur pour le mettre en fuite. »

« Gaëlle, à genou dans le sang de la victime, lui dénoua sa robe de chambre pour l’aider à respirer, prenant garde à ne pas la bouger. Elle comprima la blessure à la jambe le plus délicatement possible avec la serviette pour limiter l’hémorragie, espérant ne pas trop aggraver la cassure osseuse. Le crâne était fracturé. La balle était entrée juste au-dessus de l’œil gauche, pour ressortir par le haut de la tête.
En une prière silencieuse, elle espérait qu’elle n’avait pas pénétré trop profondément le lobe cérébral. »

« – Bonjour à toutes et à tous. Je vous prie d’excuser mon retard, mais je tenais à faire le point avec le médecin-chef du service de neurologie de l’hôpital Erlanger où est hospitalisée notre victime. Madame Karsanti a, comme on le dit couramment, eu de la chance dans son malheur. La fracture à la jambe a été réduite et la balle n’a pas touché d’artère. Concernant la blessure à la tête, le projectile a pénétré au niveau frontal juste au-dessus de l’œil gauche pour ressortir par le haut de la partie pariétale du crâne. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’a pénétré que superficiellement le cerveau, sans provoquer de dommages irréversibles. L’impact a créé des lésions de contrecoup avec contusion encéphalique. Les chirurgiens l’ont opérée en urgence pour résorber l’œdème qui s’était formé. L’opération s’est bien passée mais le pronostic reste réservé. Pour le moment, elle est toujours dans le coma. Les médecins ne savent pas quand nous pourrons l’interroger. »

Jean-Pierre Levain est Docteur en psychologie.

Il a été chercheur à l’Institut de recherche sur l’enseignement des mathématiques et maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université de Franche-Comté.
Aujourd’hui à la retraite, il s’est reconverti dans l’écriture de romans policiers. Le premier s’intitule “Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour” (2020).

Page Facebook : https://www.facebook.com/JPLevain/

Amour, Émotion, Drame, Magique

Un battement de cœur après l’autre

de Françoise Cordier-Bresson
Poche – 12 juin 2025
Éditions : Mon Poche

Il y a toujours un moment incertain où la vie s’infléchit, trébuche ou se déploie. Quand Marie, 35 ans, se retrouve veuve à la suite d’un terrible accident, elle s’abîme dans le chagrin. Comment remonter au-dessus des nuages quand on est à terre ? Comment accepter les mains qui se tendent sur son chemin et s’autoriser à se réinventer ? Entre courage et défaillances, son périple l’entraînera en Provence, dans un refuge d’âmes cassées… C’est peut-être là qu’un battement de cœur après l’autre, elle réapprendra le goût du bonheur…

Il y a des livres qui vous accompagnent longtemps après les avoir refermés. Un battement de cœur après l’autre “risque” d’en faire partie. Ce roman, signé Françoise Cordier-Bresson, m’a cueilli par sa justesse, sa pudeur et sa lumière.
J’y ai rencontré Marie, une jeune directrice financière de trente-cinq ans, engluée dans une dépression sévère suite à la disparition tragique de son mari, brisée, dans l’incapacité de faire son deuil, incapable de respirer dans un monde où son mari n’existe plus. Ce n’est pas une héroïne flamboyante, mais une âme nue, fragile, vacillante. Et c’est précisément ce qui m’a touché.

Quand quitte le refuge précaire d’une clinique psychiatrique, ce n’est pas une libération, mais un saut dans le vide, précipitée dans un monde devenu étranger. Ses parents, englués dans les convenances, n’ont jamais été capables de la voir telle qu’elle est au fond de son cœur, trop centrés sur eux-mêmes. Alors, elle erre, se perd dans des bras inconnus pour se sentir vivante, recherche un nouveau souffle… Jusqu’au jour où elle acceptera la main tendue de son psychiatre, et embarquera pour un centre d’accueil atypique, un centre pour les abîmés de “la vie”, en Provence, au pied de la Sainte-Victoire.

Là, elle rencontrera Eugène, Myriam, Raphaël et bien d’autres “béquilles”… Des phares dans sa tempête. Peu à peu, elle réapprend à marcher, à vivre, à aimer, un battement après l’autre. C’est une renaissance à petits pas, pleine de maladresses, mais profondément humaine. Jamais de pathos, toujours de la pudeur et beaucoup de bienveillance.

Ce premier roman de Françoise, aussi brillant qu’éblouissant, parle de la vraie vie, de ses vertiges et de ses petites victoires si minimes soient-elles. Il évoque le deuil, l’acceptation, l’entraide, l’amitié, la puissance des liens sincères. J’ai été bouleversé par tant de délicatesse, par cette écriture qui frôle l’âme. Rien d’ostentatoire, tout sonne juste. Primé par le Prix Femme Actuelle 2024, ce récit rempli de belles émotions et qui réconcilie avec la fragilité, nous rappelle que nous sommes des êtres vivants…

Merci Françoise pour cette ode à la résilience.
Ce “roman-thérapie” fait du bien… m’a fait du bien. Il m’a touché en plein cœur, j’y ai retrouvé une vérité qui ne s’oublie pas !

Probablement ma lecture la plus forte de 2025… et un coup de cœur absolu !

Virginie, je ne te remercierai jamais assez pour cette lecture qui illumine !!!

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Extraits :

« Marie avance jusqu’au milieu du hall. Elle ralentit, hésite, puis s’arrête. Un pas de plus et le détecteur déclenchera l’ouverture des portes de la clinique. Ces portes, qu’elle ne voulait pas franchir il y a un mois, sont maintenant le dernier rempart qui la protège du monde extérieur. Elle ne veut pas sortir. Elle appréhende d’affronter le soleil, les rires, la foule anonyme, le bruit de la circulation, l’odeur des croissants, les souvenirs, la fraîcheur des matins, les fantômes obsédants. »

« Depuis, Marie faisait face comme elle le pouvait.
Son travail était devenu une bouée à laquelle elle s’agrippait pour ne pas sombrer. Elle arrivait la première, repartait bien souvent après minuit. Elle en oubliait de manger, de dormir. Elle n’éprouvait plus rien. Une seule chose comptait : ne plus penser. Son esprit s’occupait. Son corps se désincarnait. »

« Elle n’a même jamais pensé rejoindre Nicolas dans la mort. Au plus sombre de la noirceur de ses nuits, l’idée ne lui est simplement pas venue. Se trancher les veines, se jeter sous une rame de métro ou alors ingurgiter des tubes entiers de somnifères n’ont jamais été des options envisagées. Il va sans dire que ce n’était pas pour épargner ses parents. Elle ne voulait juste rien. Ni mourir, ni vivre. Elle est ainsi restée en suspens, morte-vivante, funambule fragile sur le fil étriqué de ce qui restait de son quotidien.
Les jours s’étirent, sans odeur ni saveur. »

« La douceur de la nuit avait accueilli les confidences d’Eugène. Sa vie pourrait en faire un personnage de roman. Sa jeunesse, il l’avait passée au Portugal, dans un petit village aux environs de Porto. Son père, ouvrier agricole, partait là où on avait besoin de bras. Il rentrait à la maison quelques jours seulement par an, le temps d’engrosser sa femme et de la frapper juste ce qu’il fallait pour qu’elle se souvienne de lui, comme il avait l’habitude de le dire à ses compagnons de beuverie. Avant de repartir tailler les arbres ou cueillir des tomates, il noyait son malheur dans la gnôle frelatée qu’il buvait cul sec. »

Françoise Cordier-Bresson a longtemps travaillé en tant que directrice dans le domaine de la communication au sein de grandes entreprises.
Aujourd’hui, elle a changé de vie et décidé de mettre sa voix et ses mots au service des femmes. Un battement de cœur après l’autre est son premier roman. Elle vit en région parisienne.

Adolescence, Émotion, Drame, Psychologie

Là où sombrent les secrets

de Céline Bréant
Broché – 3 juillet 2025
Éditeur : Taurnada éditions

Que s’est-il réellement passé cette nuit-là ?
Juin 2007. Trois jeunes amies bravent les interdits lors d’une classe verte en montagne. Une escapade nocturne près de la tristement célèbre « rivière maudite » vire au cauchemar : Maëlle disparaît sans laisser de trace.
Quinze ans plus tard, alors que Clémence tente toujours de vivre avec ce drame, Mila, d’une nature plus fragile, décide de chercher des réponses.
Mais déterrer le passé pourrait bien réveiller des secrets qu’il aurait mieux valu garder enfouis…

Mensonges, trahisons et culpabilité explosent dans ce thriller haletant qui explore les zones d’ombre de l’âme humaine.

Je viens de refermer Là où sombrent les secrets, je suis encore sous le choc après la lecture intense et bouleversante de ce roman, qui m’a tenu en haleine du début à la toute fin.

Tout commence en juin 2007. Trois adolescentes Maëlle, Mila et Clémence, lors d’un séjour à la montagne décident d’une escapade nocturne près d’une rivière que l’on dit “maudite”. Cette “sortie” très vite vire au cauchemar. Maëlle disparaît et ne rentrera jamais au chalet.
Quinze ans jour pour jour après la disparition… les blessures ne sont toujours pas refermées.
Clémence, est rongée par la culpabilité, et préfère taire ses souvenirs, Mila, elle, veut absolument comprendre, quitte à réveiller les fantômes.
Qu’est-il arrivé à Maëlle, la petite fille disparue ?
Le cauchemar commencé il y a 15 ans ouvre aujourd’hui de nouvelles portes…

J’ai été happé par cette histoire qui n’est pas seulement une enquête sur une disparition, c’est aussi un voyage au fin fond des méandres de l’âme, là où se mêlent culpabilité, amitié, secrets enfouis et résilience. Les retours dans le passé sont habilement menés, les révélations inattendues. Plus j’avançais, plus l’horreur montait, insidieuse, glaçante jusqu’au final de cette histoire qui va encore plus loin et pris complètement à contre pied, là où je pensais avoir trouvé ce qui était arrivé à Maëlle.

Les personnages aussi et surtout m’ont profondément touché. Ils sont déroutants, imparfaits, tous à la recherche de quelque chose, mais chacun d’entre eux reste fort à sa manière, malgré tout. J’ai aimé la complexité de leurs réactions, leurs cheminements chaotiques et tellement humain.

Je découvre Céline Bréant avec ce roman, elle a ce talent rare de nous faire ressentir les émotions à fleur de peau, grâce à une plume fluide, juste, et très percutante. Son roman est une claque. Il m’a interrogé sur ce que l’on choisit d’oublier pour arriver à survivre et sur les cicatrices que le temps n’effacera jamais.
Une lecture qui forcément laisse des traces. Une réussite.

Merci à toi, Joël Maïssa, et toutes mes félicitations pour ce nouveau choix qui vient magnifiquement enrichir ta galerie déjà remarquable d’auteurs et d’autrices, des voix singulières qui, à chaque lecture, ne cessent de m’éblouir.

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Extraits :

« L’eau froide écrase sa cage thoracique et comprime ses poumons. La forte poigne du courant l’emporte en son sein et donne à son corps l’aspect d’une marionnette désarticulée. Son instinct de survie la pousse à se débattre, à lutter contre ce monstre assoiffé de remords, mais une force presque surnaturelle l’arrache à la surface, lui rappelant ses cauchemars d’enfant où des mains de géant multicolores l’entraînaient au fond d’un gouffre noir.
Elle crache et suffoque à la manière d’un animal moribond. Ses articulations, devenues molles comme du papier mâché, s’écorchent contre les rochers tranchants, laissant s’échapper des filets de sang dans ce flot infernal.
Exténuée et résignée, elle relâche ses muscles et accueille la mort comme une délivrance.
Comme un châtiment. »

« De nos jours
J’ouvre les yeux, le cœur battant. Je ne me suis plus jamais baladée en forêt de nuit. Comment ai-je pu forcer deux gamines à faire le mur pour assouvir ma soif d’adrénaline ? J’ai beau me convaincre d’être passée à autre chose, je le sens… Une partie de moi est restée bloquée là-haut, paralysée. Plus j’avance dans le temps, plus le fil qui me relie à mon passé s’allonge. Or, plus il s’allonge, et plus il se fragilise. »

« Au moment où je franchis le panneau du village, mon cœur bat à toute vitesse comme si les portes d’un avion s’ouvraient face au vide et que je devais sauter sans parachute. Tout mon corps le sait et se souvient : ici, le fantôme de Maëlle ne cesse d’errer en attendant de trouver la paix.

Je me gare sur un parking en gravier cerclé de buissons en fleurs. Un chat étendu de tout son long prend un bain de soleil en se léchant le col. En voyant ma voiture, il bondit, les yeux ronds comme des billes, et va se planquer sous un autre véhicule. Quand j’ouvre la portière, le calme est saisissant et l’air moins étouffant qu’en bas, en ville. J’entends seulement le bourdonnement des abeilles et le chant des oiseaux. Autour de moi, une barrière de montagnes semble me tenir prisonnière. J’inspire profondément, passe mon sac en bandoulière et chemine le long de la route. »

« Depuis deux semaines, je vivote dans une autre dimension. Si les événements ont défilé à la vitesse des étoiles filantes, j’ai l’impression que le temps, désormais, s’est arrêté. Mon corps s’est relâché, mais mon cerveau, lui, fourmille de questions corrosives. Je les imagine fuser à l’intérieur de mon crâne, se télescoper, exploser et se désintégrer en des milliers de cendres brûlantes.
Il reste tant de points obscurs. »

« Je m’appelle Céline Bréant, j’ai 32 ans.
Je vis à Bordeaux et je suis d’origine savoyarde.
Si je m’interroge beaucoup sur ma vie, je n’ai toujours eu qu’une certitude et qu’un véritable objectif. Je voulais devenir romancière.
Petite déjà, j’écrivais de petites histoires, et c’est vers 14 ans, que j’ai entrepris le projet d’écrire un roman, et j’ai poursuivi sur cette voie.
Je rêvais de trouver un éditeur, mais alors que la trentaine approchait à grand pas, j’ai décidé de me lancer, malgré tout, et j’ai franchi le cap de l’auto-édition, en publiant
Les Clandestines, un roman qui me ressemblait et mélangeait les genres.
Et puis… J’ai préféré me recentrer, et revenir sur mon genre de prédilection : le thriller. Je suis passionnée par les faits divers, le cerveau humain, les livres à suspens, noirs, pleins de rebondissements qui entraînent le lecteur dans un tourbillon de questions, le manipulent, le piègent et lui offrent un final explosif.
Et j’aime explorer le mal qui habite les individus, le point de bascule entre l’ordinaire et la folie, les traumatismes, les secrets, les mensonges, la mémoire. L’humain est terrifiant et fascinant à la fois : il donne matière à réflexion. Et à écrire…
»

D’origine savoyarde, Céline Bréant vit actuellement à Bordeaux. À 31 ans, après plusieurs années en tant que graphiste et maquettiste, elle décide de marquer une pause dans sa vie professionnelle pour explorer de nouvelles perspectives. Cette transition lui permet de se consacrer pleinement à une passion de toujours : l’écriture. Son genre de prédilection est le thriller. Là où sombrent les secrets est son deuxième roman.

Drame, Histoire, Psychologie, Thriller

Le Jardin des anatomistes

de Noémie Adenis
Broché – 1 février 2024
Éditeur : Robert Laffont

« IL SECTIONNA LA POCHE AU SCALPEL, SANS PRÉCIPITATION… »
Paris, mars 1673. Scalpel en main, le chirurgien Pierre Dionis opère des cadavres devant une assemblée d’étudiants.
Bientôt, une série de meurtres accable la ville. Étrange coïncidence : les blessures infligées aux victimes s’inspirent des séances de chirurgie de Dionis. Sous un ciel gris et une pluie battante, des doigts accusateurs se tendent vers l’amphithéâtre. Le spectacle fascine autant qu’il épouvante. La tension monte et la foule se presse.
Qui pourra arrêter ce meurtrier qui met en pratique à la nuit tombée les leçons publiques données au Jardin du Roi ? Peut-être Sébastien de Noilat, herboriste de province, anxieux de nature, promu enquêteur bien malgré lui dans cette ville terrifiante…

« NOÉMIE ADENIS, LA RÉVÉLATION DU POLAR HISTORIQUE. »
La Voix du Nord

J’ai littéralement dévoré Le Jardin des anatomistes de Noémie Adenis.
Ce polar historique m’a embarqué dès les premières pages, et je l’ai lu d’une traite, complètement absorbé. On y trouve tout ce que j’aime, une intrigue bien ficelée, des personnages attachants, et un décor historique fascinant. Le suspense ne faiblit jamais, même si l’autrice distille quelques indices avec subtilité. C’est finement mené, très bien écrit, et surtout… terriblement prenant.

J’ai suivi Sébastien de Noilat, un jeune herboriste fraîchement arrivé à Paris. Il rêve de rencontrer Denis Dodart, grand botaniste du Jardin Royal, pour lui présenter les travaux oubliés de son aïeul sur la gangrène. Mais c’est une tout autre aventure qui l’attend, celle d’une série de meurtres atroces, inspirés des démonstrations chirurgicales de Pierre Dionis, célèbre chirurgien du roi.

La reconstitution du Paris du XVIIe siècle est saisissante. L’ambiance des amphithéâtres d’anatomie, les corps disséqués devant des foules de curieux et d’étudiants, les débats sur la circulation du sang, les tensions, le mépris des médecins envers les chirurgiens…
J’y étais !
L’atmosphère est dense, organique, presque palpable. J’ai ressenti la nausée de Sébastien face au sang, à la chair ouverte, aux instruments rudimentaires, tout comme sa fascination pour ce monde à la fois cruel et scientifique.

L’enquête avance entre ruelles sales, cours de dissection et débats médicaux. Peu à peu, Sébastien se retrouvera embarqué dans une enquête qu’il n’a pas choisie, guidé par un commissaire énigmatique, obligé de délaisser ses ambitions botaniques. Le mélange entre fiction et faits historiques est d’une grande justesse : Dodart et Dionis ont réellement existé, et la guerre des savoirs entre savants et chirurgiens a bien eu lieu.
C’est à la fois instructif, dérangeant… et passionnant.

Bref, c’est un roman intelligent, prenant et très bien écrit, Noémie Adenis a clairement fait un travail de recherche colossal, sans jamais plomber le récit.
Si vous aimez les polars, et l’histoire, je vous le recommande chaudement…

Par contre une évidence s’impose, une nouvelle autrice vient d’entrer dans mon paysage littéraire !

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Extraits :

« La grosseur ressemblait à un œuf ; un œuf de bonne taille.
Un œuf sorti de nulle part.
Il pinça la peau entre ses doigts, approcha le bistouri. La lame usée ne renvoyait aucun reflet. Elle pénétra dans la chair, la parcourut sur deux pouces et donna naissance à une entaille écarlate, semblable à un trait d’encre de Chine.
Deux pouces.
N’avait-il pas été trop loin ? Sa main se mit à trembler.
Pas le droit à l’erreur. »

« Charles se pencha vers lui.
– Des garçons chirurgiens pour la plupart. Cette démonstration est la meilleure de la ville. Ils viennent tous ici pour parfaire leurs connaissances. Le roi a décidé que l’enseignement serait gratuit et en français. Tu imagines ? C’est un succès sans précédent ! Pour ma part, je n’entends pas grand-chose à la chirurgie, c’est par curiosité que j’accompagne Alexandre et Gaspard. (Charles baissa d’un ton avant de poursuivre.) Ils possèdent déjà la maîtrise, mais ils aiment venir écouter Dionis. Un jour, nous serons trop nombreux dans l’amphithéâtre… Ils ne nous autoriseront plus à entrer. »

« Sébastien avait encore les yeux rougis quand on le força à s’asseoir devant le commissaire Parisot sur un tabouret qui manqua de céder sous son poids, bien qu’il ne pesât pas lourd. Encadré par deux gardiens inexpressifs qui se mouvaient avec raideur, le jeune herboriste n’osait pas bouger d’un pouce. Quelques minutes plus tôt, on l’avait poussé dans cette salle minuscule qui ne comportait rien d’autre qu’un bureau à tréteaux et deux assises. »

« Le 13 juillet 1658
Nous sommes séparés depuis trois ans, et il ne passe pas un jour sans que je pense à toi. Je me souviens surtout des après-midi où nous allions jouer à la rivière, entre ces gros rochers qui ressemblaient à s’y méprendre aux fesses de la jolie Marie, la cuisinière de Maman, qui nous emmenait parfois lorsqu’elle se rendait au marché aux poissons, son panier calé sur la hanche. Je me souviens aussi des jours où nous allions cueillir des plantes. Nous les mettions ensuite à sécher dans le bureau de ton père. »

« Le 23 septembre 1658
Le pire, c’est la nuit. Les cauchemars ne me laissent aucun répit. Je me réveille en sueur. Mes draps sont moites. T’étouffe. l’aimerais que ça s’arrête, mais les choses vont de mal en pis. C’est arrivé petit à petit. Les ténèbres se sont insinuées dans mon sommeil. À présent, je redoute le moment où il me faut aller dormir. Je le repousse le plus possible, mais la fatigue finit par me rattraper et m’oblige à fermer les yeux. Dès lors, mon esprit sombre dans le chaos. Ton visage apparaît, celui que tu avais lorsque nous étions enfants, puis tes traits se déforment, se flétrissent, comme la sauge que tu ramassais autrefois. À la fin, il ne reste de toi qu’une masse desséchée, emportée par le vent. Ce n’est pas l’image que j’ai envie de garder de toi, mais je suis incapable de la chasser. Elle revient tous les soirs, elle me hante. Tous les soirs, il me faut soutenir ton regard. Ne crois pas que j’écris ces lettres pour aller mieux.
Pour t’oublier.
Cette souffrance, je la mérite et je ne veux pas m’y soustraire. »

Née en 1991, Noémie Adenis a grandi dans la région de Lille.
Elle est diplômée en histoire de l’art et archéologie, ainsi qu’en communication digitale.

Drame, Frisson horreur, Polar, Violence

L’heure des fous

de Nicolas Lebel
Broché – Grand livre, 30 janvier 2013
Éditeur : Marabout (Hachette)

Mardi 9 septembre : le cadavre d’un SDF poignardé est retrouvé près de la gare de Lyon, sur une voie désaffectée. Tout semble indiqué qu’il s’agit d’un simple règlement de comptes. Mehrlicht, capitaine de police au commissariat du 12e arrondissement de Paris, est envoyé sur place pour expédier l’affaire mais, rapidement, certaines zones d’ombre apparaissent : pourquoi ne retrouve-t-on sur la victime le carnet de circulation qui permettrait de l’identifier ? Comment les trois assassins présumés ont-ils pu s’évaporer dans la nature et ne laisser aucune trace de sang sur les lieux du crime ? Pourquoi traînaient-ils leur victime le long des rails ? Où cherchaient-ils à l’emmener ? Après l’interrogatoire des clochards du quartier, les enquêteurs apprennent que la victime vivait dans la Jungle avant de découvrir que la victime, Marc Crémieux, n’était pas SDF mais journaliste et qu’il menait une enquête auprès de cette communauté de sans-abris installée au coeur du bois de Vincennes devenue une zone de non-droit. Que voulait à mettre au jour Marc Crémieux ? Pourquoi avait-il en sa possession un fusil de 1866, marqué du sceau de la manufacture impériale de Châtellerault ? Que cherchait-il à propos de Napoléon III ? Dans cette enquête qui la mènera des bancs de la Sorbonne jusqu’aux égouts de Paris, l’équipe du capitaine Mehrlicht découvrira que l’heure des fous a sans doute sonné. de la société actuelle et rend hommage au courage d’une famille en deuil. Un roman d’une construction parfaite, au style savoureux.

Il devient rare de tomber sur un polar qui évite les poncifs actuels, et c’est exactement ce que propose L’heure des fous de Nicolas Lebel. J’ai dévoré ce roman avec un plaisir immédiat. Dès les premières pages, j’ai été happé par l’univers, l’ambiance à la Audiard, les dialogues qui claquent, et surtout cette galerie de flics à la fois grotesques et profondément humains. Mehrlicht, le capitaine à la voix rauque et au portable qui gueule du Audiard, m’a tout de suite conquis. Il est grognon, cabossé, et terriblement attachant.

L’enquête, dense et bien construite, nous balade entre les catacombes sociales de Paris, du monde des SDF aux arcanes de la sécurité intérieure, sans oublier une Sorbonne inattendue et un marabout intrigant. C’est noir, mais drôle, jamais cynique. Les personnages secondaires sont eux aussi bien campés : la fliquette amoureuse, le culturiste fasciné par le Code pénal, ou encore le pauvre stagiaire paumé venu de Lyon. Ils frisent la caricature, certes, mais c’est ce qui fait leur charme.

Nicolas a une plume vive, rythmée, un vrai sens du tempo. L’humour affleure sans jamais désamorcer la tension. Et si l’intrigue tire un peu sur le fil, c’est surtout cette équipe de bras cassés qu’on a envie de retrouver. L’heure des fous m’a totalement embarqué. Je l’ai lu d’une traite, sans pouvoir m’arrêter, et j’ai refermé le livre avec un sourire, une claque et une envie pressante : retrouver très vite Mehrlicht et sa bande dans un prochain épisode.

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Extraits :

« – C’est quoi, ce… flash mob ? demanda-t-il tandis que le lieutenant Dossantos s’effondrait sur sa chaise qui sembla couiner pour la dernière fois. Mehrlicht l’ignora.
– C’est un truc artistique, expliqua Dossantos. Des gens qui ne se connaissent pas s’inscrivent sur Internet pour participer. Ils reçoivent alors un mail qui leur fixe un rendez-vous à tous à une heure et à un endroit très précis. Le mail donne aussi la description d’un mystérieux contact habillé de vert…
Il avait accentué chacun de ces derniers mots afin de leur donner une étrangeté ridicule, puis marqua une pause pour révéler sa dentition de carnassier, presque heureux de sa blague. »

« — On en aura fumé des clopes tous les deux, putain ! grinça Mehrlicht.
– C’est clair! On a dû plus polluer que la révolution industrielle.
– Ouaih ! Plus que la Chine, même.
– Quand même pas, si ?
– Si ! confirma Mehrlicht.
– Ah ! Quand même !
Ils se turent pour emboucher de nouveau leurs cigarettes. La fumée s’élevait dans la chambre en fines volutes blanches, emplissant l’espace de sa présence, par lentes vagues, ondulant au gré de la brise qui s’invitait par la fenêtre. Quelqu’un frappa à la porte. Mehrlicht se leva d’un bond. »

« Il était 19 h 15. Il trouva rapidement le nom qu’il cherchait puis attendit. Le type ne tarda pas. Il était brun, plutôt grand, portait de fines lunettes et une veste de lin claire. La description était conforme. Dossantos faisait mine de relever son courrier de la main droite, l’autre main dans la poche gauche de sa veste bleue. L’homme lança un « bonsoir monsieur » assez doux en levant sa clé vers la boîte aux lettres repérée. Alors la main gauche de Dossantos, bardée d’un poing américain, sortit lentement de sa poche et fusa vers le visage du type. Son nez s’écrasa dans un craquement de miettes et un couinement de phoque. Il vacilla mais déjà la droite de Dossantos percutait son menton. Le type fit un demi-tour de ballerine avant d’embrasser la porte cochère de l’immeuble. Dossantos s’approcha et saisit le gars par les cheveux. Il colla sa bouche à son oreille :
– Salut Julien ! Sylvie a un message pour toi. Elle ne veut plus te voir. Elle ne veut plus que tu l’emmerdes, que tu la menaces. Elle ne veut plus que tu l’appelles la nuit. Tu m’entends, Julien ? »

« – Rodolphe passait des heures devant la statue de Hugo, face à la chapelle. C’était un fanatique absolu. Je suis sûr qu’il connaissait Les Contemplations et La Légende des siècles par cœur. Tous les jeudis à seize heures, avant de rentrer chez lui, il se posait devant Hugo et restait là, à réfléchir. Je l’ai même vu discuter avec la statue, parfois, en ami.
Ils restèrent un instant silencieux, à détailler les statues et l’horloge de la chapelle. »

« – Écoutez ça : “Tout l’art de la guerre est fondé sur la duperie. Toute campagne guerrière doit être fondée sur le faux-semblant ; feignez le désordre, ne manquez jamais d’offrir un appât à l’ennemi pour le leurrer, simulez l’infériorité pour encourager son arrogance, sachez attiser son courroux pour mieux le plonger dans la confusion : sa convoitise le lancera sur vous pour s’y briser.”
Il tourna quelques pages sans ménagement.
— Attendez, je vous en lis un autre : “Lorsque l’ennemi est uni, divisez-le ; et attaquez là où il n’est point préparé, en surgissant lorsqu’il ne s’y attend point. Telles sont les clés stratégiques de la victoire, mais prenez garde de ne point les engager par avance.” »

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Nicolas Lebel est un auteur français.

Il est également enseignant et traducteur.

Il a fait des études de Lettres et d’anglais puis il s’est orienté vers la traduction. Il est parti en Irlande quelque temps avant de devenir professeur d’anglais.

Passionné de littérature et de linguistique, il publie en 2006 une première fiction, une épopée lyrique en alexandrins : Les Frères du serment.

En 2013, il publie aux Éditions Marabout L’Heure des fous« (Prix des lecteurs polar du Livre de Poche 2019), en 2014, Le Jour des morts, en 2015, Sans pitié, ni remords (Prix Anguille-sous-Roche), en 2017, De cauchemar et de feu (Prix du Festival Sans Nom), puis, en 2019, Dans la brume écarlate (Prix Coquelicot Noir du Salon du Livre de Nemours), cinq romans policiers caustiques où histoire, littérature et actualités se mêlent. Des romans noirs qui interrogent et dépeignent la société française contemporaine avec humour et cynisme, dont le ton est souvent engagé, et le propos toujours humaniste. Ces cinq romans mettent en scène le capitaine Mehrlicht.

En 2021, il reçoit le Prix Griffe Noire du meilleur roman policier français de l’année pour « Le gibier« . En 2023, il se met en disponibilité de l’Éducation nationale pour se consacrer à l’écriture de romans et de scénarios.

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