Émotion, Drame, Fantastique, Polar historique, Suspense

Les disparus de Blackmore

de Henri Lœvenbruck
Broché – 23 février 2023
Éditeur : XO

Octobre 1925. À Blackmore, une île coupée du monde au large de Guernesey, meurtres et disparitions sèment la terreur. Alors que la police piétine, Lorraine Chapelle, première femme diplômée de l’Institut de criminologie de Paris, est appelée en renfort. Cette cartésienne irréductible va devoir mener l’enquête aux côtés d’Edward Pierce, un Britannique spécialisé dans les sciences occultes qui se présente comme  » détective de l’étrange « .

Ensemble, ils affrontent les plus sombres secrets de Blackmore : les statues énigmatiques disséminées sur l’île, la rumeur d’un culte maléfique qui sévirait dans l’ombre, et ce vent lancinant, le murmure des brumes, qui ne cesse jamais. Entre mensonges et confidences, ce duo improbable devra démêler le vrai du faux dans une course contre la montre diabolique.

Un thriller palpitant et mystérieux dans la lignée de H.P. Lovecraft et d’Agatha Christie

Voyager avec Henri Lœvenbruck, c’est accepter de se laisser happer par son imaginaire. Avec Les disparus de Blackmore, j’ai embarqué pour les années 1920, sur une île anglo-normande fictive, et j’ai vécu une expérience de lecture à la fois dépaysante, troublante et exaltante.

Dès les premières pages, j’ai été séduit par ce duo improbable. Lorraine Chapelle, jeune parisienne brillante et audacieuse, première femme diplômée de l’Institut de criminologie, et Edward Pierce, détective de l’étrange, érudit, rêveur et ouvert à toutes les énigmes de l’ésotérisme. Leur association m’a semblé évidente et leurs échanges savoureux m’ont souvent arraché des sourires. Leur complicité est un des moteurs les plus réjouissants de ce roman, mais pas que…

Blackmore, c’est bien plus qu’une enquête. C’est une atmosphère. Légendes celtiques, superstitions, religion, peurs enfouies, horreurs à peine dicibles, tout se mêle pour créer une ambiance à la fois inquiétante et fascinante. On y trouve du mystère à chaque page, une tension permanente, et un souffle d’épouvante qui plane jusque dans les détails les plus infimes. Je me suis souvent dit qu’Henri avait pris un plaisir fou à inventer cette histoire. Les décors minutieux, les petites touches d’humour, l’importance donnée à ses passions (ah, ces motos ! 😊), et même le soin de glisser des expressions d’époque pour nous plonger encore plus profondément dans le récit. Comme toujours, j’ai appris, découvert, nourri ma curiosité.

Des disparitions mystérieuses, une île coupée du monde battue par un ven qui ne cesse de souffler, des habitants terrorisés, tout contribue à faire monter une angoisse sourde. Le roman m’a tenue en haleine du début à la fin, avec un suspense qui ne faiblit jamais. Et puis, il y a cette conclusion… Un véritable feu d’artifice, un bouquet final éblouissant, qui m’a fait totalement oublier le monde réel pendant quelques instants.

Henri Lœvenbruck est décidément un magicien, il invente des histoires qui m’enveloppent, des émotions qui me transpercent.
Avec Les disparus de Blackmore, il signe un roman captivant, érudit et profondément envoûtant.

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Extraits :

« C’est en voyant se dessiner, à travers le brouillard, les contours de l’île de Blackmore que, au soir du samedi 24 octobre 1925, Lorraine Chapelle entendit pour la première fois ce son si singulier qui allait la hanter des jours durant. WI-IH-ISH… Les gens d’ici l’appelaient le murmure des brumes. Il résonnait en toute saison dès que le vent se levait de la Manche pour se faufiler entre les blocs de granite de l’île, produisant ce sifflement sinistre, comme autant de plaintes échappées des bouches torturées de mille fantômes. WI-IH-ISH… Lancinant, obsédant, il semblait ne jamais s’éteindre. Il n’y avait guère que le bruit d’un orage pour le faire oublier un instant. »

« Il régnait dans la grande pièce une atmosphère si paisible, si suspendue, qu’il en émanait quelque chose de mystérieux.
On se fût dit dans quelque histoire extraordinaire d’Edgar
Allan Poe, où le silence et le calme précèdent souvent l’irruption de l’étrange. L’écho lointain de la voix de la grande Bessie Smith sur le gramophone, le cliquetis de l’horloge, le clapotis de la pluie contre les carreaux de verre, le crépitement des flammèches qui s’échappaient de la cheminée, ces petites virgules dans le silence, le vacillement des lampes à pétrole, l’odeur du feu, du vieux cuir et des tissus emplis de poussière… »

« — Missionnée ? Mais à quel titre ?
— Celui de détective privée.
— Détective ? Une femme ? s’étonna le connétable avec aplomb, comme si son étonnement eût été légitime.
Le pauvre homme ignorait que cette petite phrase venait de sceller son sort à tout jamais.
— Il n’est pas plus étonnant de voir une femme détective qu’un homme totalement crétin, vous savez ?
— Pardon ?
— Dites à M. le juge que j’aimerais le voir, et allez jouer avec des cubes, s’il vous plaît.
Décontenancé, le connétable se mit à bégayer bêtement en la dévisageant, les yeux écarquillés.
— Mais… je… enfin… des cubes ? Quels cubes ?
Lorraine fit de grands gestes explicites.
— Vous Parker, moi Chapelle. Vous chercher juge.
M. Parker, qui était resté assis jusqu’alors, se dressa d’un bond, l’air fâché et menaçant. »

« Lorraine et Edward échangèrent un regard perplexe. En vérité, cet entretien calamiteux ne leur avait certes apporté aucune réponse, mais il scellait leur collaboration. À cette minute précise, le sort avait fait de ces deux étonnants investigateurs un couple bien plus redoutable que le juge n’eût pu l’imaginer. »

Henri Loevenbruck est né en 1972 à Paris. Fils d’enseignants, il grandit dans le quartier de la Nation et hérite de ses parents d’une passion pour la culture anglo-saxonne. À 25 ans, après des études littéraires, il épouse d’ailleurs une Anglaise et part vivre avec elle en Angleterre puis ils reviennent en banlieue parisienne. Après quelques pas dans le journalisme et la musique, au milieu des années 90, amoureux des littératures de l’imaginaire, il fonde Science-Fiction Magazine avec Alain Névant, un ami d’enfance. Après avoir tenu le poste de rédacteur en chef de ce magazine pendant plusieurs années, il décide ensuite de se consacrer pleinement à l’écriture. Il partage aujourd’hui son temps entre les romans et les scénarios, avouant son penchant pour le thriller investigatif, la Fantasy et le roman d’aventure en général.

J’irai tuer pour vous
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/jirai-tuer-pour-vous-de-henri-loevenbruck/

La Moïra
https://leressentidejeanpaul.com/2020/05/07/la-moira/

Le Loup des Cordeliers
https://leressentidejeanpaul.com/2021/02/09/le-loup-des-cordeliers/

Le Mystère de la Main rouge
https://leressentidejeanpaul.com/2021/02/16/le-mystere-de-la-main-rouge/

Drame, Polar, Thriller

Les Âmes fracassées

de Alfred Lenglet
Broché – 3 septembre 2025
Éditeur : TAURNADA

Jean-Baptiste Meningi, chef de l’orchestre de Lyon, vient d’être assassiné au moyen d’un drone, alors qu’il faisait son footing dans le parc de la Tête-d’Or. Meurtre ciblé ou attaque terroriste ?
Sur place, le commandant de police Nolan Diethelm et son équipe d’enquêteurs sont sur le pied de guerre. Les autorités s’en mêlent et, lorsque l’expertise des débris de l’appareil révèle l’utilisation d’un logiciel de reconnaissance faciale, le doute n’est plus permis : la victime n’a pas été choisie par hasard.
Entre course judiciaire, faux-semblants et pression médiatique, la tension monte.
Très vite, les policiers se retrouvent confrontés à une vérité balayant les évidences.
Une vérité dont personne ne sortira indemne.
Comment se relever et survivre quand notre âme est fracassée ?

Mais non !!! Déjà fini ?
C’est la pensée qui m’a traversé l’esprit en refermant ce roman d’Alfred Lenglet, que je n’ai pas pu lâcher une fois commencé.

Les Âmes fracassées s’inscrit parfaitement dans la tradition du polar français, tout en la dynamisant de trouvailles modernes. Ce qui m’a frappé, c’est la manière dont l’auteur conjugue l’héritage du roman noir avec des enjeux narratifs actuels. L’ancrage lyonnais ne réduit pas l’histoire à un cadre provincial, bien au contraire, il ouvre des perspectives passionnantes en montrant comment la criminalité contemporaine épouse les spécificités diverses en fonction des territoires.
Pour moi le “plus” de ce roman, c’est l’intégration des nouvelles technologies dans le crime… mais aussi dans l’enquête. Voir un meurtre commis grâce à un drone équipé de reconnaissance faciale m’a immédiatement plongé dans une réalité troublante, presque effrayante. Cette modernisation apporte une énergie nouvelle au polar, en confrontant les enquêteurs à des défis inédits. Et ce réalisme, on le doit aussi au métier de l’auteur, lui-même policier, qui distille une crédibilité à chaque page. J’ai aussi aimé que les personnages ne soient pas des caricatures. Ici, pas de flics désabusés noyés dans l’alcool, mais des hommes et des femmes intègres, sensibles, parfois cabossés par la vie… oui, mais profondément humains. On sent qu’ils font de leur mieux, avec les moyens dont ils disposent. J’avais l’impression qu’ils me racontaient leur enquête.

Jean-Baptiste Meningi, chef de l’orchestre à Lyon, vient d’être assassiné au moyen d’un drone équipé de la reconnaissance faciale, alors qu’il faisait son footing dans un parc.
Meurtre ciblé ou attaque terroriste ?
Une enquête troublante, où plusieurs personnes semblent avoir quelque chose à cacher.

Voici le point de départ de ce thriller particulièrement réussi !

L’histoire est rythmée, sans temps mort, et chaque révélation relance le suspense. Entre secrets bien gardés et vérités déformées, l’intrigue se déploie avec intelligence et efficacité.

Un polar attractif, sensible et moderne, une belle réussite.
Merci à Joël des éditions Tauranada pour cette découverte… J’attends déjà avec impatience le prochain projet d’Alfred Lenglet… et pourquoi pas une suite à ce roman si réussi !

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Extraits :

« Nolan ouvrit une application sur son téléphone portable pour compiler ces premiers éléments.
– Je vous donne son identité complète : Meningi est né le 6 février 1969 à Casablanca au Maroc. Il n’a pas d’enfant, est marié. Sa femme est musicienne dans la formation qu’il dirigeait depuis trois ans.
Le commandant nota ces nouvelles informations et releva la tête.
– Patron, vous m’avez intrigué en évoquant une sorte de première nationale…
– Justement, j’y viens. Meningi a été tué à l’aide d’un drone. Inutile de vous dire que cette précision est remontée en flèche jusqu’à Paris, à la Chancellerie place Vendôme et à l’Intérieur place Beauvau, sans doute à l’Élysée aussi. »

« Pétrifiée, Émilie demeura incapable de riposter. Mehdi roula en boule, se cogna la tête contre des bordures en jurant. Gérald Serpolet fit un pas en avant. Son crâne nu et blanc comme un œuf de cane brillait sous le soleil. Le regard fou, il tourna la tête vers la maison et se mit à courir en traînant la jambe. Émilie leva le poing pour tirer. Avant qu’elle ne commette l’irréparable, son partenaire posa une main sur son bras pour l’abaisser. »

« L’engin, fabriqué en Chine, n’avait rien de sophistiqué au niveau de son système de vol. On pouvait le piloter à distance, à plusieurs centaines de mètres de sa cible. Il pouvait également voler en toute autonomie, détecter un mouvement et attaquer si la reconnaissance faciale le lui commandait. Nolan repensa aux images de la vidéoprotection du parc. Jérôme Fuz, le directeur de la sécurité, n’avait décelé aucune ano-malie, rien de significatif dans les airs. Il avait promis de l’appeler s’il découvrait du neuf. »

« Nolan venait juste de stopper sa moto. Il enleva son casque à cause de la chaleur. Il mit ses lunettes de soleil pour ne pas se faire reconnaître. À ce moment-là, il perçut un bruit étrange, comme celui d’un essaim d’abeilles. Il faisait très beau, il y avait bien ici ou là des insectes, mais rien qui ressemble à une nuée de guêpes ou d’abeilles.
Machinalement, il leva les yeux.
Comme dans un film au ralenti, comme s’il avait également la tête sous l’eau, les sons autour de lui s’étouffèrent et les images défilèrent par saccades.
Nolan se mit à hurler, mais il était déjà trop tard : le drone venait de toucher et d’exploser au visage de Xxxxxx Xxxxxx. Son corps s’affaissa. »

Alfred Lenglet a écrit plusieurs romans de terroir à teneur historique avant des romans policiers. Il a ainsi créé le personnage de Léa Ribaucourt, jeune femme policière qu’il qualifie souvent de courageuse et de lumineuse. On s’attache d’ailleurs beaucoup à Léa et à son équipe d’enquêteurs.

Avec l’e-book J’irai pas voter, il aborde un autre domaine, celui de l’humour, tout en évoquant de façon émouvante, la vieillesse, la réalisation de ses rêves, à tout âge, l’amour, l’amitié, la solidarité, la différence et le regard des autres.

Originaire du Nord de la France, Alfred Lenglet est commissaire de police. Il a été en poste à Paris, Lyon, Clermont-Ferrand, Mâcon, le Puy-en-Velay, Thiers. De cet itinéraire, il conserve des amitiés dans de nombreuses régions et puise dans la découverte des cultures locales la matière à nourrir son imagination et ses écrits.

Amour, Émotion, Drame

Il était une femme étrange

de David Lelait-Helo
Broché – 9 janvier 2025
Éditeur : Héloïse d’Ormesson

À la nuit tombée, sous le grand arbre d’Amapolas, Eusebio, le vieux conteur, promet un voyage étourdissant : la fabuleuse histoire de María Dolores Pinta de las Aguas Dulces, le seul être au monde qui eut trois vies et deux sexes ! Mais il ne dira pas comment cette femme le hante depuis que, dans sa jeunesse, il a admiré son corps inerte. Une beauté majuscule et théâtrale, une énigme inouïe à laquelle il a voué son existence.
David Lelait-Helo évoque avec éclat la puissance de l’amour maternel et ses possibles ravages. Comment se construire quand vos sourires d’enfant ont été accueillis par des regards de glace ?
Incandescent et fiévreux, Il était une femme étrange puise dans la folie d’Almodóvar et l’imaginaire foisonnant du réalisme magique.

Hier soir, j’ai eu la chance d’assister à un moment suspendu au Cercle littéraire du Château de l’Hermitage 2025.

Le prix littéraire 2025 a été remis à David Lelait-Helo pour son magnifique roman Il était une femme étrange, paru aux éditions Héloïse d’Ormesson. Et quel bonheur de rencontrer enfin l’homme derrière les mots !
Un auteur profondément humain, drôle, passionné, aussi lumineux et complexe que les personnages qu’il crée.

La soirée a été rythmée par des lectures émouvantes, des échanges à cœur ouvert sur les liens familiaux, l’avenir de la littérature, les mystères de l’écriture, sans oublier des anecdotes savoureuses, où même Nana Mouskouri s’est invitée en filigrane…
Tout cela dans la douce chaleur des chandelles, qui rendaient l’instant encore plus précieux.

Je garde en moi la joie de ces instants partagés.
Merci David pour ton talent et ta présence rayonnante.
Merci à Corinne Tartare, à toutes lectrices passionnées et aux quelques lecteurs qui ont fait de cette soirée un souvenir inoubliable.

Une couverture que je jalouse tant elle est belle, un titre magnifique qui dévoile, tout en finesse, une histoire étrange et fascinante qui marquera les esprits…

Dès les premières pages d’Il était une femme étrange de David Lelait-Helo, j’ai eu la sensation d’entrer dans un conte. Le roman a su toucher ma curiosité, me conduisant au cœur d’Amapolas, où les habitants se réunissent autour d’un arbre pour écouter le récit d’Eusebio, un vieux conteur qui sait captiver l’attention de son auditoire. Sa voix grave et envoûtante, lentement, déroule les fils d’une histoire oubliée, celle de María Dolores Pinta de las Aguas Dulces, une femme au destin hors du commun et plus encore…

Je me suis laissé prendre dès les premières pages par cette atmosphère forte, poétique et mystérieuse, surpris d’être si rapidement subjugué, transporté… Derrière le charme des mots, j’ai perçu la profondeur des thèmes abordés : l’abandon, le manque d’amour, le besoin de reconnaissance, la recherche de l’amour maternel, des thématiques déjà exprimées dans ses romans précédents. David touche à l’intime, avec une sensibilité rare.

María Dolores m’a bouleversé. Son caractère fort, sa détermination à exister malgré les épreuves m’ont profondément marqué. Elle m’est apparue tour à tour fragile et puissante, tragique et lumineuse. À travers elle, j’ai ressenti cette urgence de vivre et d’être reconnu.

J’aime l’écriture de David. Elle allie douceur et violence, richesse et précision. Son vocabulaire, parfois surprenant, m’invite toujours à m’arrêter, être attentif, à savourer les mots. Ici, il fait vibrer les paysages et les traditions de l’Amérique latine, avec une élégance presque aristocratique. Chaque phrase, chaque image, devient une invitation au voyage.

Alors, j’ai écouté Eusebio comme les villageois d’Amapolas, suspendu à ses paroles, impatient de découvrir la suite des révélations de la surprenante défunte. Qui était-elle ? Femme tragique ou lumineuse ? Même María Dolores est là, elle écoute avec nous son propre récit, étonnée que le conteur connaisse les moindres détails de son existence.

Cet ouvrage très beau m’a surpris, ému. Ses mots me bercent, m’emportent. Il m’a fait passer de l’amour à la haine, de l’attendrissement à la douleur. J’arrive à la dernière page, celle que j’attendais… La dernière phrase me tue et je comprends. Ce n’était pas une métamorphose que je venais de lire, mais bien le récit d’une renaissance.

Comme souvent, je referme le livre en silence. Mais l’émotion, elle, ne me quitte pas.
Un livre puissant, que je recommande à tous.

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Extraits :

« LES SIECLES DES SIÈCLES SEMBLAIENT L’ENLACER. La morte reposait. D’une beauté ancienne et effarante. Étendue pareille à une reine et autour d’elle, en corolle, les plis soleil d’une jupe longue couleur de nuit. Un soleil noir et or piqueté des perles rouge sang d’un long chapelet auquel se cramponnaient les doigts noués. Était-elle encore de chair ou déjà de pierre? De fines veines sombres filaient à la surface de ce marbre froid. La dame était un fossile superbe posé au creux de son écrin, un édredon de velours pourpre. »

« Le cercle est suspendu à ses lèvres, le vide danse autour de lui.
Durant d’interminables secondes, le vieil homme laisse filer le silence avant de reprendre son récit par les mots simples et tant espérés. Ces mots qui fondent toute histoire depuis l’aube des temps.
Il était une fois… »

« Quelques mois plus tôt, la Mère s’était arrachée à sa famille et à ses connaissances pour, à l’abri des regards, dans une maison de pierre, donner naissance à un enfant que la bienséance lui interdisait de porter. Et voici que l’irruption d’un second rejeton majorait son indignité. Si la fille lui avait très naturellement inspiré un grand élan d’amour, le fils imprévu lui dictait un désintérêt qu’elle ne songerait pas à s’expliquer – pire, une désaffection. »

« La voix d’Eusebio se fissure légèrement, l’émotion se faufile; n’est-il pas l’ultime survivant de ces temps anciens, quand le grand vacarme des villes n’avait pas encore couvert la petite musique du monde. Un jour prochain, il le sait bien, Amapolas sera à son tour dévoré par la gangrène du progrès et les harpes de jadis se tairont à jamais. L’adage des pères lui revient doucement. Tout sur la Terre est musique, professaient-ils. Le souffle du vent dans les feuillages et les fleurs, le murmure des insectes et le chant des oiseaux, la danse des vagues, le crépitement du feu, le clapotis de la pluie, la fureur de l’orage… et la Terre elle-même qui, en tournant sur son axe, émet une mélodie secrète. La musique des sphères. Dans ce temps-là, on savait l’écouter, et Dieu que le monde chantait juste.
Du bout du pied, le vieil homme continue de frapper une invisible cadence, personne dans le cercle ne soupçonne que résonnent en lui les vibrations du cosmos. »

« Je dialoguais avec les fleurs et les nuages, m’enivrais des senteurs du jardin et de la forêt, j’avalais le vent et goûtais la pluie, je percevais ce que les autres ne soupçonnaient pas. »

David Lelait-Helo est né à Orléans le 3 décembre 1971.

Après des études de littérature et civilisation hispaniques à Montpellier, il enseigne l’espagnol. En janvier 1997, à 25 ans, il publie chez Payot la première d’une longue série de biographies, parmi lesquelles

  • Maria Callas : j’ai vécu d’art, j’ai vécu d’amour (1997),
  • Dalida : d’une rive à l’autre (2004).
    C’est à cette période qu’il délaisse l’enseignement pour se consacrer à une carrière de journaliste. Il a écrit pour de nombreux magazines (Gala, Cosmopolitan, Femmes d’aujourd’hui…), animé des émissions musicales sur la chaîne Pink TV, occupé pendant vingt ans le poste de responsable des pages culture et people au magazine Nous Deux et, depuis 2022, celui de chroniqueur littéraire pour Femme Actuelle et Prima.
    David Lelait-Helo a également écrit des essais, Gay Culture (1998) et Les Impostures de la célébrité (2001), ainsi que des romans, dont :
  • Poussière d’homme (2006),
    https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/04/poussiere-dhomme/
  • Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri (2016),
  • Un oiseau de nuit à Buckingham (2019), aux éditions Anne Carrière,
  • Je suis la maman du bourreau (2022), aux éditions Héloïse d’Ormesson
    https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/09/je-suis-la-maman-du-bourreau/
Émotion, Drame, Roman de terroir, Suspense, Thriller ésotérique

ALAN

de Jean-Marc Dhainaut
Broché – 21 août 2025
Éditeur : Taurnada éditions

Hiver 1948, Côtes-d’Armor. Dans un hameau isolé, quatre enfants s’évanouissent dans la nuit sans laisser de trace. Aucun témoin, aucun indice. Très vite, la panique cède la place à la suspicion, et les regards se tournent vers une maison. Sa propriétaire traîne une sombre réputation, certains murmurent même qu’elle pratique la sorcellerie.
Mais la terreur atteint son paroxysme quand Alan, 6 ans, le petit-fils de Madenn Carvec, disparaît à son tour. Prête à tout pour le retrouver, elle devra s’aventurer au coeur des ténèbres et pousser les portes de l’enfer.

Je connais bien Jean-Marc Dhainaut, et j’apprécie particulièrement son personnage fétiche, Alan Lambin. Mais jusqu’ici, je ne l’avais connu qu’adulte, en enquêteur aguerri du paranormal. Cette fois, l’auteur nous propose un retour dans son passé.
Alan a six ans, et ce préquel bouleversant m’a emporté bien au-delà de ce que j’imaginais.

Nous sommes en Bretagne, en 1948. Une région encore marquée par la guerre, où les légendes et les superstitions hantent les veillées. Alan est un enfant sans histoire, fils d’un instituteur rationnel et petit-fils d’une grand-mère profondément attachée aux croyances locales. Quand plusieurs enfants disparaissent dans le village, et qu’Alan lui-même s’évanouit dans la nuit, l’effroi s’installe.

J’ai été saisi par l’atmosphère. Brumeuse, oppressante, mystérieuse. Jean-Marc, encore une fois, excelle dans son “terrain”. Il transforme un village breton en théâtre d’ombres, où chaque recoin peut cacher l’invisible. Madenn, la grand-mère, m’a profondément touché. Son amour inébranlable pour Alan fait d’elle l’héroïne du roman. Elle ne cède jamais au désespoir, même quand les autorités semblent avoir baissé les bras… Seule contre tous…

Les personnages sont finement écrits, entre ceux qui rejettent les superstitions et ceux qui y voient des réponses. La frontière entre réalité et surnaturel se brouille. L’auteur ne nous épargne rien, la peur, la douleur, mais aussi et surtout la tendresse, l’amour et l’espoir.

Je n’ai pas pu lâcher ce livre. Chapitres courts, tension constante, émotions fortes… Très forte ! Un nouveau coup de cœur.
Alan n’est pas qu’un thriller fantastique, c’est une plongée au cœur des racines, du mystère, au cœur des liens du sang.
C’est aussi, une belle porte d’entrée dans l’univers d’Alan, pour ceux qui voudrait le découvrir, mais pour moi, peut-être une porte qui se referme sur un personnage atypique qui m’a porté au cours de mes différentes lectures. Alors, est-ce un adieu ?
Peut-être juste un au revoir…
Alan, tu me manques déjà…

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Extraits :

« Dehors, le ciel déversait sa colère sur le hameau, comme si tous les démons de Bretagne se battaient pour savoir lequel d’entre eux était le plus fort. On entendait les branches dénudées des arbres centenaires craquer au loin dans les champs ou au-dessus des toits. La tempête frappait depuis la fin de l’après-midi.
On avait l’habitude, ici, mais c’était étrange, cette fois.
C’était comme si, au crépuscule des années 40, le vent s’infiltrait dans la maison de Madenn en lui murmurant un sinistre avertissement… »

« En rentrant chez elle, Madenn fut accueillie par son petit-fils, complètement terrorisé :
– Mémé, il y a quelqu’un dans la maison !…
…/…
– Calme-toi, mon chéri, il n’y a personne.
Elle posa le seau d’eau, abandonna sa lampe-tempête sur la table et retira son manteau trempé avant de l’accrocher au mur et de faire silence. Le vent de Bretagne est taquin, il se plaît à effrayer les enfants la nuit. Ce fut du moins ce à quoi elle songea sur l’instant. »

« Il était une heure du matin passée lorsque Alan ouvrit les yeux, frigorifié. Où était Madenn ? D’ailleurs, où se trouvait-il ? Pas dans son lit… Pas dans sa chambre…
Il était allongé sur quelque chose de dur, d’inconfortable, entouré d’une drôle d’odeur dans un endroit exigu. La tempête semblait avoir cessé. Il tourna la tête vers une lucarne par laquelle filtrait la clarté de la lune. Il s’assit, tâtant de la main le sol autour de lui en laissant ses yeux s’habituer à la pénombre. Un os…
Puis un autre, puis un crâne humain… »

« Il s’accrocha aux barreaux du soupirail pour crier encore. Personne… La pluie chassait sur les tombes, sur le clocher de l’église, sur ses joues… Il se tut, glacé par l’impression étrange et soudaine de ne pas être seul. Comme la première fois, il sentait une présence, avançant derrière lui, dans l’ossuaire étroit. Il lutta contre lui-même pour ne pas se retourner. S’il le faisait, il verrait forcément quelqu’un. Un animal ? Un rat? Un écureuil peut-être ? Pourvu qu’il ne s’agisse que de cela. En serait-il soulagé, sachant l’endroit irrationnel dans lequel il se trouvait ? »

……………………………

Jean-Marc Dhainaut est né dans le Nord de la France en 1973, au milieu des terrils et des chevalements. L’envie d’écrire ne lui est pas venue par hasard, mais par instinct. Fasciné depuis son enfance par le génie de Rod Serling et sa série La Quatrième Dimension, il chemine naturellement dans l’écriture d’histoires mystérieuses, surprenantes, surnaturelles et chargées d’émotions. Son imagination se perd dans les méandres du temps, de l’Histoire et des légendes. Il vit toujours dans le Nord, loin d’oublier les valeurs que sa famille lui a transmises.

Lauréat du Prix Plume Libre en 2018, il remporte le concours de nouvelles des Géants du Polar en 2019.

Brocélia
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/07/brocelia/

L’Œil du chaos
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/13/loeil-du-chaos/

La maison bleu horizon
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Les prières de sang
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/22/les-prieres-de-sang/

Psylence
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/05/psylence/

Les Galeries hurlantes
https://leressentidejeanpaul.com/2023/12/02/les-galeries-hurlantes/

Mémoire de feu
https://leressentidejeanpaul.com/2024/07/03/memoire-de-feu/

ALAN LAMBIN et l’esprit qui pleurait
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/27/alan-lambin-et-lesprit-qui-pleurait/

Les couloirs démoniaques
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/09/les-couloirs-demoniaques/

ALAN LAMBIN et le fantôme au crayon
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/25/alan-lambin-et-le-fantome-au-crayon/

Comme une fleur sous un orage
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/27/comme-une-fleur-sous-un-orage/

Émotion, Drame, Dystopie, Fantastique, Thriller

TIME* OUT

de Andreas Eschbach
Broché – 23 janvier 2014
Éditeur : Atalante

« Internet, c’est du passé. Le 8 juin à huit heures, entrez dans l’avenir ! »

C’est en ces termes que FriendWeb annonce le lancement mondial du Lifehook, sa nouvelle interface neuronale de communication en réseau. Succès immédiat : les candidats se pressent dans les centres spécialisés pour se faire poser l’indispensable implant.

Mais derrière FriendWeb la Cohérence est à l’œuvre et elle s’étend. N’a-t-elle pas résolu d’absorber aussi le président des États-Unis? Que faire alors ?

Christopher Kidd est seul à défendre sa ligne d’action, convaincu que son mystérieux correspondant P.O-Man détient sans le savoir des informations capitales pour la lutte contre l’entité collective. Faut-il aussi qu’il parte seul à la bataille? Pas tout à fait puisque c’est avec Serenity qu’il entreprend une course contre la montre qui le mène d’Arizona en Bretagne puis à Londres. Mais n’est-il pas déjà trop tard ?

Time* Out conclut la trilogie de la Cohérence.

Ce dernier tome continue d’explorer les enjeux vertigineux liés aux implants cérébraux, devenus ici un choix assumé par une humanité en quête de connexion absolue. Cette fusion des esprits fait froid dans le dos, mais elle pose une vraie question. Que sommes-nous prêts à sacrifier pour ne plus être seuls ?

J’ai beaucoup aimé la maturité du propos. L’auteur ne diabolise pas la technologie, il nous pousse simplement à réfléchir.
Brad, ce garçon populaire qui refuse de se connecter au Lifehook, devient le symbole d’un libre arbitre en sursis. Mais à quel prix ? Même l’amour devient conditionnel.
Christopher, quant à lui, doute, résiste, puis part en quête d’un dernier espoir, retrouver P.O-Man. Ce road-trip numérique entre l’Arizona, la Bretagne et Londres sert de colonne vertébrale à un roman qui reste profondément humain malgré son propos technologique. Les tensions internes au Hide Out, le bunker des résistants, sont très bien rendues. Comment lutter quand le monde entier accepte volontairement ce contre quoi vous vous battez ?

Et puis il y a cette sensation étrange, en refermant le livre.
Un final un peu expédié, presque sec. Mais finalement plus j’y pense, plus je me dis qu’il ne pouvait en être autrement. Cette brièveté finale est un miroir de ce que vivent les personnages dans un monde qui change vite, beaucoup trop vite, un avenir qu’on n’a plus le temps d’apprivoiser. Je ferme les yeux, puis me lève et ouvre la fenêtre… Je respire un bon coup. C’est ça, beaucoup trop vite…

Un roman intense, intelligent, qui risque de me poursuivre un moment.
Une lecture nécessaire.

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Extraits :

« C’était en réalité un piège de la Cohérence. L’homme les avait menacés d’un pistolet et Serenity l’avait assommé à l’aide d’une planche en bois trouvée dans le coffre de la voiture de son frère Kyle. Elle avait agi avec une détermination rageuse qui stupéfiait encore Christopher chaque fois qu’il y repensait. Lui-même en aurait probablement été incapable. »

« Les “Upgraders” ne sont pas télé-guidés, ils font partie de la Cohérence. Les puces connectent directement leurs cerveaux les uns aux autres. »

« Serenity dévisagea discrètement Christopher qui écoutait le rescapé d’un air impassible. Au début, quand elle ne le connaissait pas encore très bien, ses manières de sphinx avaient le don de la glacer. Depuis, elle avait compris qu’il s’agissait d’un mécanisme de défense. C’était sa manière de ne pas se laisser affecter par les menaces qui planaient sur lui.
– Monsieur Burns, reprit Jeremiah, on vous a implanté une puce qui a fait entrer votre cerveau en connexion avec une entité virtuelle composée de quelque cent mille autres cerveaux. Nous appelons cette entité la Cohérence. Ce nom vous dit-il quelque chose ? »

« Au même instant, il activa ses deux puces.
Entrer dans le champ était une expérience indescriptible. Il avait l’impression d’être propulsé en un lieu dont les paysages se composaient de données et où nul chemin n’était nécessaire car une pensée suffisait pour changer de place. D’ailleurs, la notion même de lieu était dépourvue de sens. Il se mouvait dans une lumière faite d’informations, surmontait d’invisibles remparts, esquivait des pièges dressés partout et nulle part à la fois, percevait des voix qu’il comprenait sans les entendre, des voix nombreuses qui pourtant n’en faisaient qu’une… En fin de compte, ces descriptions étaient fallacieuses car les mots pour décrire vraiment le champ n’existaient pas. »

Andreas Eschbach est un écrivain de science-fiction.

Il fait des études « classiques » dans le domaine aérospatial à l’Université technologique de Stuttgart avant de travailler dans cette ville, comme développeur en informatique, puis comme cadre dans une entreprise de conseil. Il fonde en partenariat une société de développement et de conseil informatique en 1993, dont il se retire quelques années plus tard pour consacrer plus de temps à l’écriture.

Sa première publication est une nouvelle, « Poupées », qui sort en 1991 dans le magazine informatique allemand « C’t ». Ses premières nouvelles sont publiées dans diverses revues littéraires allemandes.

En 1994, il décroche une subvention de la Fondation Arno Schmidt (réservée aux jeunes auteurs particulièrement doués) qui lui permet de se consacrer entièrement à son nouveau projet : « Des milliards de tapis de cheveux » (« Die Haarteppichknüpfer »). Avec ce premier roman, publié en 1995, il signe une entrée réussie sur la scène de la littérature, s’imposant d’emblée comme le chef de file de la science-fiction en Allemagne. Le succès rencontré par cette œuvre l’encourage à abandonner sa carrière dans l’informatique pour désormais vivre de sa passion : l’écriture. Traduit entre autres en français, tchèque, italien, polonais, espagnol et anglais, ce livre lui vaut une renommée internationale.

En 2001, son troisième roman, « Jésus video » (« Das Jesus Video », 1998), est adapté en téléfilm qui vaut à la chaîne allemande qui le diffuse des records d’audience, malgré sa piètre qualité. Le roman « Eine Billion Dollar » (2001) a fait l’objet d’une adaptation pour la radio allemande en 2003.

Figure majeure la littérature allemande avec pas moins d’une quinzaine de prix littéraires (dont le prestigieux Prix Kurd-Laßwitz du meilleur roman, décroché à cinq reprises), il est lauréat du Grand Prix de l’Imaginaire – Roman étranger 2001 pour « Des milliards de tapis de cheveux ».

Il s’est par ailleurs essayé à la littérature jeunesse, tout en restant bien sur dans son domaine de prédilection, la science-fiction.
Il est l’un des rares écrivains allemands à vulgariser l’écriture par le biais de séminaires et d’ateliers, en particulier à l’Académie fédérale d’éducation culturelle de Wolfenbüttel.

Andreas Eschbach vit depuis 2003 en Bretagne avec sa femme.

http://www.andreaseschbach.com/

BLACK* OUT
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/26/black-out/

HIDE* OUT
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/28/hide-out/

Anticipation, Émotion, Drame, Thriller

HIDE* OUT

de Andreas Eschbach
Broché – 20 septembre 2012
Éditeur : Atalante

« Chacune de nos pensées, chacune de nos décisions est précédée par l’activation d’un réseau de neurones travaillant au même rythme. Ces canevas sont générés avant que la pensée ne devienne consciente. Chez les Upgraders, ils se forment à partir de plusieurs cerveaux. C’est ça, la Cohérence : une seule et gigantesque conscience habitant cent mille corps humains. »
Au coeur des vastes forêts bordant la frontière avec le Canada, Christopher Kidd et le groupe de Jeremiah Jones ne sont plus en sécurité : la Cohérence a retrouvé leur trace. Une fuite éperdue à travers les États-Unis les mènera du Montana à Seattle en passant par les territoires Indiens, puis jusqu’au désert de l’Arizona où, peut-être, ils trouveront le répit. En chemin, certains rencontreront la gloire, d’autres succomberont au chant des sirènes. Dans l’ombre, patiemment, la Cohérence tisse sa toile. Christopher devra mettre tout son talent de hacker à contribution pour lui échapper et sauver ses proches. Mais pour combien de temps ?

Avec HIDE* OUT, Andreas Eschbach poursuit la trilogie entamée avec BLACK* OUT, et me replonge sans ménagement dans l’univers oppressant de la Cohérence. L’intrigue foisonne de petites histoires sans oublier l’essentiel, la lutte contre la Cohérence. Évidemment, ça n’est pas simple quand vous voyez tous vos proches sous influence. J’ai littéralement dévoré ce deuxième tome, au point d’y sacrifier (encore une fois…) une bonne partie de ma nuit. Un vrai road-movie technologique à travers les États-Unis, et à travers les couches profondes de notre rapport à la technologie, à notre dépendance aux réseaux téléphoniques et internet sous toute ses formes. D’outils pratiques, on passe à un esclavage moderne de la technologie. Au lieu de s’en servir, on devient asservis. Un implant dans le cerveau permettrait d’abord aux personnes de communiquer entre elles, mais peu après elles ne communiquent plus, elles se fondent en une seule pensée universelle. L’individu disparait, les sentiments disparaissent, l’art disparait…

Christopher, jeune hacker de génie et héros malgré lui, qui n’a toujours pas réussi à se débarrasser de sa puce, continue de lutter contre un réseau qui connecte les humains via des implants cérébraux, jusqu’à les priver de toute individualité. Ce qui m’a frappé ici, c’est la justesse du propos. La science-fiction flirte avec notre réalité numérique. La technologie n’est plus un outil, mais une prison. L’auteur ne tombe pas dans l’alarmisme, mais il interroge avec intelligence, et parfois un humour discret, notre dépendance aux réseaux, il nous amène à réfléchir sur la « sur-communication » actuelle, et paradoxalement sur notre isolement auquel cela pourrait conduire..

J’ai particulièrement aimé la façon dont les personnages secondaires prennent de l’ampleur. Madonna, jeune Amérindienne, incarne un contrepoint spirituel et instinctif à cette sur-connexion, son frère, leur père, trois Indiens Blackfeet, créant un beau contraste, car les traditions de ce peuple remontent à des siècles et s’opposent radicalement à notre monde technologique. Quant à Christopher, son lien naissant avec Serenity montre que même dans un monde ultra-connecté, les sentiments humains restent une forme de résistance. Le rythme est soutenu, l’écriture fluide, l’univers effrayant de réalisme. Et si certaines coïncidences m’ont paru un peu faciles, elles ne gâchent en rien le plaisir de lecture. Andreas Eschbach signe un thriller technologique haletant, qui soulève de vraies questions sur notre avenir numérique.

Allez, j’enchaîne… TIME* OUT, le dernier volet !

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Extraits :

« La maison aux volets jaunes s’élevait, isolée, au bout d’une piste poussiéreuse. C’était une ancienne ferme, mais un jour le ruisseau qui l’alimentait s’était tari et les terres alentour avaient dépéri. Seuls quelques arbres morts et une poignée de buissons desséchés se dressaient encore sur ces prairies dont l’herbe avait pris une teinte brunâtre. »

« Elle était furieuse contre Jeremiah. Le trajet de retour ne suffit pas à calmer Lillian Jones, qui multiplia les erreurs de conduite, s’arrêtant brutalement aux stops et grillant un feu rouge.
C’était la faute de Jeremiah. Jeremiah avec ses histoires à dormir debout. Il était sûrement convaincu de tout ce qu’il avait raconté, il n’était pas homme à mentir sciemment. Mais ces upgraders… franchement ! Des gens qui implantaient des puces dans le cerveau des autres, on nageait en pleine science-fiction ! »

« Elle essuya les larmes qui perlaient au coin de ses yeux à la pensée de cette époque révolue. Elle en aurait fait son paradis personnel si Jeremiah n’avait pas développé son obsession de sauver la planète et de convertir tout le monde au seul vrai mode de vie. Bon sang, si les gens voulaient vivre en ville et dans des tours, c’était leur affaire! Et s’ils voulaient s’entourer de téléphones mobiles, d’ordinateurs et de milliers de chaînes de télévision, pourquoi les en empêcher ?
Elle finissait de mettre la table quand la sonnette de la porte d’entrée retentit. »

« George hocha la tête avec gravité. ”Oui, dit-il, ça se voit. Tu es vraiment l’archétype de l’homme blanc. Tu ne vis qu’à l’intérieur de ta tête. Tu ne ressens ni ton corps ni le monde qui t’entoure.“ »

Andreas Eschbach est un écrivain de science-fiction.

Il fait des études « classiques » dans le domaine aérospatial à l’Université technologique de Stuttgart avant de travailler dans cette ville, comme développeur en informatique, puis comme cadre dans une entreprise de conseil. Il fonde en partenariat une société de développement et de conseil informatique en 1993, dont il se retire quelques années plus tard pour consacrer plus de temps à l’écriture.

Sa première publication est une nouvelle, « Poupées », qui sort en 1991 dans le magazine informatique allemand « C’t ». Ses premières nouvelles sont publiées dans diverses revues littéraires allemandes.

En 1994, il décroche une subvention de la Fondation Arno Schmidt (réservée aux jeunes auteurs particulièrement doués) qui lui permet de se consacrer entièrement à son nouveau projet : « Des milliards de tapis de cheveux » (« Die Haarteppichknüpfer »). Avec ce premier roman, publié en 1995, il signe une entrée réussie sur la scène de la littérature, s’imposant d’emblée comme le chef de file de la science-fiction en Allemagne. Le succès rencontré par cette œuvre l’encourage à abandonner sa carrière dans l’informatique pour désormais vivre de sa passion : l’écriture. Traduit entre autres en français, tchèque, italien, polonais, espagnol et anglais, ce livre lui vaut une renommée internationale.

En 2001, son troisième roman, « Jésus video » (« Das Jesus Video », 1998), est adapté en téléfilm qui vaut à la chaîne allemande qui le diffuse des records d’audience, malgré sa piètre qualité. Le roman « Eine Billion Dollar » (2001) a fait l’objet d’une adaptation pour la radio allemande en 2003.

Figure majeure la littérature allemande avec pas moins d’une quinzaine de prix littéraires (dont le prestigieux Prix Kurd-Laßwitz du meilleur roman, décroché à cinq reprises), il est lauréat du Grand Prix de l’Imaginaire – Roman étranger 2001 pour « Des milliards de tapis de cheveux ».

Il s’est par ailleurs essayé à la littérature jeunesse, tout en restant bien sur dans son domaine de prédilection, la science-fiction.
Il est l’un des rares écrivains allemands à vulgariser l’écriture par le biais de séminaires et d’ateliers, en particulier à l’Académie fédérale d’éducation culturelle de Wolfenbüttel.

Andreas Eschbach vit depuis 2003 en Bretagne avec sa femme.

http://www.andreaseschbach.com/

BLACK* OUT
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/26/black-out/

Anticipation, Émotion, Drame, Dystopie, Thriller

BLACK* OUT

de Andreas Eschbach
Broché – 22 septembre 2011
Éditeur : Atalante

Christopher est en fuite. Avec Serenity, dix-sept ans elle aussi, et son frère aîné Kyle, il traverse le désert du Nevada à la recherche du père de ses deux amis, Jeremiah Jones. L’homme se cache : ardent pourfendeur des dérives de la technologie moderne, il est recherché par le FBI pour attentats terroristes. Mais Christopher lui-même est pourchassé et ses ennemis ont le bras long. Quel innommable secret détient-il pour que les moyens déployés contre lui dépassent toute attente en brutalité comme en sophistication ? Il faut dire que Christopher Kidd n’est pas n’importe qui ; à l’âge de treize ans, sous le pseudo de « Computer Kid », il a piraté le système bancaire international et plongé la planète dans le chaos économique. C’est pourtant une menace autrement plus redoutable qui pèse aujourd’hui sur le monde. Les jours de l’humanité telle que nous la connaissons sont comptés. Un thriller angoissant par l’auteur d’En panne sèche.

En ouvrant Black* Out, je me suis très vite retrouvé plongé dans un futur qui, au fond, n’est pas si éloigné du nôtre. Un monde où l’humain est relié à une puce, parfois volontairement, parfois contre son gré, et où cette connexion crée une conscience universelle qui m’a semblé à la fois fascinante et terriblement inquiétante. Ce qui devait être un progrès devient ici une forme de soumission.

J’ai suivi un petit groupe d’opposants, attachants, frêles mais tenaces, qui essaient de résister à ce rouleau compresseur technologique. Dans leurs pas, j’ai ressenti le souffle de l’action, l’adrénaline de la fuite, et même l’étincelle fragile de l’amour, qui trouve encore sa place au milieu de tout ce chaos.

Andreas Eschbach, que j’avais tant apprécié dans Des milliards de tapis de cheveux et En panne sèche, poursuit ici sa réflexion sur l’emprise de la technologie. Il questionne non seulement son rôle, mais surtout la dépendance qu’elle horrible qu’elle peut engendrer. À travers Jeremiah Jones, personnage ambigu, charismatique, parfois inquiétant, j’ai vu toute l’ambivalence de notre époque, il n’est pas contre la technologie en soi, mais contre l’addiction (la toxicomanie du téléphone portable) qu’elle provoque. Face à lui se dresse la Cohérence, entité inquiétante qui relie les individus “upgradés” entre eux, jusqu’à dissoudre leur singularité. « La stratégie de la cohérence est d’intégrer d’abord l’entourage d’une personnalité, puis l’intéressé lui-même ». Ce concept, effrayant par sa logique implacable, m’a rappelé combien la frontière entre progrès et perte de liberté est ténue.

La narration, construite en flash-back, permet de comprendre les personnages et leurs motivations, sans jamais se perdre dans le jargon technique. L’écriture de l’auteur, toujours claire, ouvre une réflexion vertigineuse.

Entre thriller, roman noir, cyberpunk et série politique, Black* Out m’a laissé une impression de malaise, celle d’un monde qui pourrait bien être le nôtre demain.
Premier tome d’une série, il ne possède peut-être pas la puissance de ses autres chefs-d’œuvre, mais il secoue et réussit à poser une question essentielle. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour rester connectés ?

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Extraits :

« Dans le fond, peu importe que nous ayons encore un an ou trois devant nous. Cela arrivera de notre vivant. Les jours de l’humanité telle que nous la connaissons sont comptés. »

« Tout semblait mort et abandonné à perte de vue, et même la station-service où ils s’étaient arrêtés donnait l’impression d’avoir été laissée à l’abandon depuis longtemps. Christopher observait un insecte qui se traînait dans le sable. On aurait dit un scorpion, et il se dirigeait vers le désert.
“Y a-t-il seulement quelqu’un ici ?”, demanda-t-il. »

« Kyle faisait encore le plein. Le pistolet de la pompe restait en place tandis qu’il frottait les vitres poussiéreuses avec un chiffon mouillé.

– Dis donc, tu es complètement dingue ou quoi ?, hurla Serenity à Chris. Il la tirait à travers la station-service. “On n’a même pas pris nos affaires !” Elle tenta de se dégager, mais il la tenait fermement.
Kyle s’interrompit en les voyant arriver, jeta le chiffon dans le seau en plastique gris, puis attendit, les mains sur les hanches, qu’ils soient là. »

« – Mon grand-père – le père de ma mère – était prothésiste , commença Christopher.
À ces mots, il sentit la tristesse monter en lui… non, plutôt les souvenirs que ces mots faisaient resurgir. Cela ne faisait qu’un an que ses grands-parents étaient morts, et il ne s’était toujours pas habitué à leur absence. »

Andreas Eschbach est un écrivain de science-fiction.

Il fait des études « classiques » dans le domaine aérospatial à l’Université technologique de Stuttgart avant de travailler dans cette ville, comme développeur en informatique, puis comme cadre dans une entreprise de conseil. Il fonde en partenariat une société de développement et de conseil informatique en 1993, dont il se retire quelques années plus tard pour consacrer plus de temps à l’écriture.

Sa première publication est une nouvelle, « Poupées », qui sort en 1991 dans le magazine informatique allemand « C’t ». Ses premières nouvelles sont publiées dans diverses revues littéraires allemandes.

En 1994, il décroche une subvention de la Fondation Arno Schmidt (réservée aux jeunes auteurs particulièrement doués) qui lui permet de se consacrer entièrement à son nouveau projet : « Des milliards de tapis de cheveux » (« Die Haarteppichknüpfer »). Avec ce premier roman, publié en 1995, il signe une entrée réussie sur la scène de la littérature, s’imposant d’emblée comme le chef de file de la science-fiction en Allemagne. Le succès rencontré par cette œuvre l’encourage à abandonner sa carrière dans l’informatique pour désormais vivre de sa passion : l’écriture. Traduit entre autres en français, tchèque, italien, polonais, espagnol et anglais, ce livre lui vaut une renommée internationale.

En 2001, son troisième roman, « Jésus video » (« Das Jesus Video », 1998), est adapté en téléfilm qui vaut à la chaîne allemande qui le diffuse des records d’audience, malgré sa piètre qualité. Le roman « Eine Billion Dollar » (2001) a fait l’objet d’une adaptation pour la radio allemande en 2003.

Figure majeure la littérature allemande avec pas moins d’une quinzaine de prix littéraires (dont le prestigieux Prix Kurd-Laßwitz du meilleur roman, décroché à cinq reprises), il est lauréat du Grand Prix de l’Imaginaire – Roman étranger 2001 pour « Des milliards de tapis de cheveux ».

Il s’est par ailleurs essayé à la littérature jeunesse, tout en restant bien sur dans son domaine de prédilection, la science-fiction.
Il est l’un des rares écrivains allemands à vulgariser l’écriture par le biais de séminaires et d’ateliers, en particulier à l’Académie fédérale d’éducation culturelle de Wolfenbüttel.

Andreas Eschbach vit depuis 2003 en Bretagne avec sa femme.

http://www.andreaseschbach.com/

Émotion, Drame, Histoire vraie, Polar, Violence

Une saison de colère

de Sébastien Vidal
Broché – 22 août 2025
Éditeur : Le mot et le reste

À Lamonédat, commune de Corrèze de cinq mille âmes, le printemps est de retour. La nature s’éveille et se déploie en une beauté qui subjugue. Pourtant, la colère gronde. Tenaillés entre la fermeture du site de VentureMétal, principal employeur de la ville, et un projet touristique qui menace la Coulée verte, poumon vert auquel tous sont attachés, les habitants doivent s’organiser pour protéger leur cadre de vie face à des enjeux économiques qui leur échappent. Entre grève générale et création d’une ZAD, les esprits s’échauffent. Meurtres, secrets, révolte relient Julius, Gregor, Jolène, Jarod et les autres, tous en proie aux doutes. Ensemble, ils traversent les épreuves et expérimentent la convergence des luttes et la force de la solidarité.

Je viens de tourner la dernière page d’Une saison de colère et je peux le dire, je l’ai lu d’une traite, le souffle court, les dents serrées. Dès les premières pages, la colère a jailli. Celle des personnages, mais aussi la mienne. Une colère sourde, enfouie, que Sébastien Vidal fait remonter à la surface avec une intensité rare.

J’avais découvert l’auteur avec De neige et de vent, un polar en huis clos, qui n’en était pas vraiment un, où la nature et l’humanité se répondaient. Avec son nouveau roman, il va encore plus loin. Ce polar est un prétexte pour mettre en avant la voix collective, celle des habitants de Lamonédat, qui pris au piège d’un système injuste, broyés par les décisions d’une multinationale toute-puissante, se doivent de réagir.

VentureMétal ferme ses portes. Derrière les licenciements, les mensonges, les manœuvres politiques, se cache une vérité bien plus sombre. Et quand les plus riches imposent leurs règles, que reste-t-il aux autres, sinon la colère et la révolte ?

Sébastien est un écrivain courageux. Il ose pointer du doigt ce qui dérange. L’argent-roi, l’injustice sociale, le mépris des puissants pour les plus fragiles. Mais il ne s’arrête pas à la noirceur, il y met aussi de la tendresse, de la solidarité, de l’amour. Ses personnages, profondément humains, malgré certaines faiblesses, portent chacun une étincelle de lumière dans ce récit où tout pourrait basculer vers le chaos.

C’est ce mélange qui m’a bouleversé, la dureté du réel, mais aussi la poésie, l’émotion, la beauté. Un roman fort, engagé, terriblement actuel, qui serre le cœur et le réchauffe à la fois.

Oui, Une saison de colère est un grand livre. Et je ne peux qu’inviter chacun d’entre vous à le lire. Parce que nous devons rester unis et solidaires. Parce que la littérature, parfois, nous aide à transformer notre colère en force.

👉 Sortie le 22 août.
Un livre à lire absolument.

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Extraits :

« Des gens crient de plusieurs endroits. Des voix d’hommes et de femmes qui appellent et demandent du matériel. Il fait nuit et les lueurs des gyrophares glissent sur la pluie qui tombe. Ça sent les produits chimiques, l’acide qu’on met dans les batteries. Il y a des relents d’hydrocarbures qui se mêlent aux gouttes d’eau. L’odeur âcre du caoutchouc qui brûle râpe la gorge de Julius Sinclair. Il est à plat ventre sur le goudron luisant et trempé, son uniforme imbibé lui colle à la peau. La nuit est là depuis deux heures et la lune afflige de sa blêmeur banale une scène d’épouvante. »

« La jeune femme ne répond pas et sa main reste inerte. Les ultimes phrases qu’elle a dites reviennent à son esprit. Il entend sa propre voix, comme un esprit qui s’adresse à lui de l’au-delà. Il ne saurait l’expliquer, mais ce qu’elle lui a confié est très important, il doit s’en souvenir. Il le lui a promis. Maintenant la chaleur est intenable, Julius grimace et ferme les yeux pour éviter de paniquer. Il se demande ce que font les pompiers. Les gouttes de pluie sur son front sont remplacées par une abondante transpiration. »

« Raisons de mourir : la bêtise humaine, la bourse, les hérissons écrasés sur les routes, les fast-foods, les fachos, tous les intégristes religieux, et ce putain de don.
Raisons de vivre : les crépuscules, les grillons au mois de mai, le rire des femmes, Guillevic, le vin, l’odeur du pain grillé, le parfum du jasmin et ce putain de don.
Julius était encore sonné de sa nuit au sommeil erratique. Il repensa au carambolage, à Isabelle. Dix années s’étaient écoulées et c’était toujours une blessure qui suppurait. Il posa son stylo et relut ce qu’il venait d’écrire. Il sourit. Les deux listes lui convenaient. »

« Pour lui, cet endroit était un site de production comme un autre, mais insuffisamment rentable. Une fois délocalisé en Roumanie ou en Hongrie, il pourrait rapporter trois fois plus. »

Sébastien Vidal a partagé ses brèves études entre Cantal et Corrèze et vit à Saint Jal (Corrèze). Passionné d’histoire, il a entamé une saga romanesque en hommage à la Résistance avec un diptyque Les Fantômes rebelles puis Les clandestins de la liberté en 2011 et 2012.

Né en Corrèze, c’est un romancier qui sévit dans le polar. Il affectionne les ambiances dans lesquelles la nature prend toute sa place et installe ses histoires en milieu rural, territoire où il y a beaucoup de choses à dire et à montrer, tant du point de vue sociétal que social. Gros amateur de lecture, il avoue une préférence pour les auteurs d’Outre-Atlantique tels que Cormac Mc Carthy, Louise Erdrich, John Irving et Ron Rash, Stephen King ou encore Jim Harrison et Jack London. En France, ses goûts se portent sur Franck Bouysse, Antoine de Saint-Exupéry, Claude Michelet ou encore Laurent Gaudé, Sandrine Collette ou Hervé Le Corre. Pour lui, un roman c’est d’abord des personnages et un style travaillés.

Émotion, Drame, Roman, Suspense

Les étincelles

de Julien Sandrel
Poche – 3 mars 2021
Éditeur : Le Livre de Poche

La jeune Phoenix, vingt-trois ans, a le goût de la provocation, des rêves bien enfouis, et une faille terrible : il y a trois ans, son père, un scientifique, s’est tué dans un accident de voiture en allant rejoindre une autre femme que sa mère. Depuis, Phoenix le déteste. À cause de lui, elle a abandonné études et passions et enchaîne les petits boulots. Mais un jour, dans un carton qui dort à la cave, elle découvre la preuve que son père se sentait en danger. Ainsi qu’un appel à l’aide énigmatique, écrit dans une langue étrangère. Et si elle s’était trompée ? Et si… la mort de son père n’avait pas été un accident ?
Aidée de son jeune frère, un surdoué à l’humour bien ancré, Phoenix se lance à la recherche de la vérité. Mais que pourront-ils, tout seuls, face à un mensonge qui empoisonne le monde ?

Julien Sandrel confirme son talent de conteur.
Sandrine Mariette, Elle.

Un roman haletant, engagé et profondément humain. Entre enquête à haut risque, secrets familiaux et suspense digne d’un thriller portée par Phoenix, une héroïne bouleversante. Émotion, humour, amour et courage se mêlent pour offrir un récit vibrant, ancré dans notre époque. Et ce retournement final… magistral !
Oups…
Je suis allé un peu trop vite encore emporté par le récit !

Avec Les étincelles, Julien Sandrel m’a une nouvelle fois touché en plein cœur. Ce troisième roman marque un virage plus engagé, sans renoncer à la tendresse et à l’humanité qui caractérisent son écriture. Il y aborde une thématique forte, ancrée dans notre époque, le courage de dénoncer les abus des puissants.

Phoenix, jeune étudiante, peine à faire le deuil de son père, qu’elle croyait volage. Entre colère et chagrin, elle garde un souvenir amer de celui qui avait pourtant nourri sa passion pour la musique. Jusqu’au jour où sa grand-mère, voyant sa petite-fille s’enliser dans une tristesse sans fin, l’incite à fouiller dans les affaires laissées par son père. Dans un vieux carton, Phoenix découvre un message troublant. Son père se savait en danger. Elle se demande alors si son père n’était pas mort accidentellement mais avait été assassiné , Oui mais pourquoi aurait-il été assassiné ?

Avec son frère et Victor, une rencontre inattendue, Phoenix se lance dans une quête dangereuse. Leur enquête les mène dans les coulisses d’un monde opaque, fait de multinationales aux moyens colossaux, de réseaux d’influence, de menaces réelles. Le suspense est constant, rythmé par des rebondissements et la voix de narrateurs secondaires qui enrichissent le récit.

J’ai vibré avec Phoenix, ressenti son désarroi, son courage, et cette soif brûlante de vérité. J’ai admiré la façon dont Julien Sandrel mêle l’aventure, l’humour, l’émotion et un regard lucide sur notre monde. Ce roman rappelle les risques que prennent les lanceurs d’alerte et souligne la force des liens familiaux.

Arrivé à la page 243, un retournement m’a laissé sans voix…
Julien a une façon unique de faire passer de belles émotions.
Les étincelles est à la fois un roman haletant, une histoire d’amour puissante, et un plaidoyer pour la justice.
Une lecture que je recommande sans réserve.

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Extraits :

« La lumière est tellement forte. Charlie a tellement chaud. Le paysage en devient presque flou. Ou bien est-ce la vitesse de la voiture qui brouille ses sens ?
C’est étrange, cette sensation qui l’envahit, au moment où le véhicule quitte la route. La terreur sourde se mêle à une forme de beauté. Oui, c’est cela, il y a quelque chose d’infiniment gracieux dans ce temps suspendu, ces secondes de chute.
Sept, six, cinq.
La voiture pique du nez.
Dans quelques instants, ce sera le choc. Charlie le sait.
Ses muscles se crispent.
L’ensemble de son corps se tend.
Il n’avait pas imaginé que sa vie finirait ici.
Quatre, trois.
Charlie pense à sa femme, à ses enfants, à sa mère aussi. Il voudrait leur dire qu’il les aime. Leur donner la force d’avancer sans lui.
Mon Dieu, c’est tellement injuste.
Charlie se met à pleurer. De peur. De rage. De tristesse. »

« Au fond, depuis que le piano et mon père m’ont abandonnée, je ne sais plus qui je suis vraiment.
Je n’ai jamais parlé de ce problème à ma mère. L’histoire que je lui ai servie, c’est qu’avec la mort de papa, je n’étais plus obligée de faire semblant. Je lui ai dit avoir pris conscience que mon avenir n’était pas dans le piano et vouloir tout arrêter. Alors j’ai renoncé aux études de musique et j’ai emprunté le chemin de la fac de sciences. Soulagée que « j’assure mes arrières » en devenant prof de SVT plutôt qu’intermittente du spectacle, ma mère n’a pas cherché plus loin et a vendu le piano. »

« Si, comme elle le pense, son père a bien été assassiné, alors cela implique encore d’autres degrés d’actions criminelles liées à Lumière. En plus de la dissimulation, de la subornation de témoins et autres réjouissances lobbyistes, il y aurait donc tout un volet de meurtres directs avec préméditation. Tout cela prend des dimensions tellement énormes…
Je lève les yeux et remarque que Phoenix pleure en silence. Alors je m’approche et l’enveloppe de mes bras, comme on console une enfant. Elle s’y blottit, et nous restons comme cela.
Le monde s’arrête de tourner. Ou plutôt, je comprends à cet instant que le monde peut bien faire ce qu’il veut, je suis à ma place.
Je ferme les yeux, pour graver en moi ce trouble qui pénètre mon âme, et fait renaître des sensations presque oubliées. Je cueille cet instant, je le chéris, mais je ne suis pas dupe. Il a la saveur violente de l’éphémère. »

Julien Sandrel est né en 1980 dans le sud de la France et vit à Paris. Son premier roman La Chambre des merveilles a connu un succès fulgurant et a obtenu plusieurs prix littéraires, dont le prix Méditerranée des lycéens 2019. Traduit dans vingt-six pays et adapté au théâtre, il est également porté à l’écran par la réalisatrice Lisa Azuelos et l’actrice Alexandra Lamy. Ses romans suivants, La vie qui m’attendait, Les étincelles, Vers le soleil et Merci, Grazie, Thank you, ont eux aussi rencontré un grand succès en librairie. Parallèlement à son activité de romancier, Julien Sandrel travaille en tant que scénariste, aussi bien sur des adaptations de ses romans que sur des projets originaux.

Émotion, Drame, Folie, Frisson horreur, Psychologie, Violence

Broyé

de Cédric Cham
Broché – 15 mai 2019
Éditeur : Jigal

Christo porte dans sa chair les stigmates d’une enfance extrêmement violente. Christo lutte pour contenir cette rage qui bouillonne en lui… Jusqu’au jour où son regard croise celui de Salomé, une jeune femme qui va l’accompagner au-delà des cicatrices. Christo va faire ce qu’il pensait impossible jusqu’alors. Lâcher prise ! Au risque de ne plus rien maîtriser… Mathias, enfant, fugue pour éviter les coups, espérant un monde meilleur. Mathias se réveille enfermé dans une cage. Abandonné, désespéré, la peur au ventre, seul ! Jusqu’à ce que son geôlier se dévoile, un homme qui lui annonce qu’il va le dresser. Pour survivre, pour vivre, Mathias va faire ce qu’il pensait impossible jusqu’alors ! Au risque de se perdre à tout jamais. Deux êtres. Deux vies. Peut-être pas si éloignées…

J’ai découvert l’écriture de Cédric Cham avec Le fruit de mes entrailles !
J’ai été bousculé et j’en ai pris plein yeux…

Avec Broyé, je suis ressorti de ma lecture complètement sonné.
Dès les premières pages, j’ai su que ce roman allait me plonger dans quelque chose de viscéral, d’indicible. Broyé porte bien son nom, j’ai eu l’impression d’être happé dans une spirale de noirceur, sans répit, sans issue. Et pourtant, impossible de lâcher prise…

C’est une double trajectoire que nous offre Cédric. Celle de Mathias, adolescent en cavale, arraché brutalement à sa liberté pour se retrouver dans une cage, littéralement. Enfermé, humilié, brisé.
Celle de Christo, homme meurtri, taiseux, marginal, hanté par une violence sourde. Deux êtres abîmés, que la vie n’a pas épargnés, deux parcours qui finiront forcément par se croiser.

J’ai été glacé par la précision de l’écriture, sans fioriture. Cédric n’enrobe rien, il livre la douleur telle qu’elle est, brute, nue. Chaque phrase m’a coupé le souffle. Chaque scène m’a confronté à ce que l’humanité peut avoir de plus sombre, mais aussi parfois de plus fragile. J’ai eu peur pour Mathias, mais j’ai surtout voulu tendre la main à Christo. Et j’ai serré les dents, longtemps, en voyant ce qu’ils enduraient.
Ce roman, c’est une claque. Une immersion dans l’enfer d’une vie volée, d’une reconstruction incertaine. Un roman où la tension est constante, où le moindre silence résonne comme une menace. Un roman dur, mais nécessaire.

J’ai failli me perdre dans ce thriller… Et cette fin qui m’a cueilli en plein cœur. Je ne l’ai pas vue venir du tout, et elle m’a laissé muet, scotché.
Broyé n’est vraiment pas un thriller comme les autres. C’est un cri, un hurlement, que dis-je, un vertige !
Cédric est allé beaucoup plus loin dans ce roman… je sais que je ne l’oublierai pas de sitôt.

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Extraits :

« Ses jambes peinaient au soutien. L’épuisement lui tétanisait les muscles.
Son souffle était erratique.
Presque une heure qu’il courait. Une heure qu’il avançait, persuadé qu’au moindre arrêt, il le rattraperait.
Alors, il courait, il fonçait… »

« Tant qu’il se maîtrise, il reste en vie.
Tant qu’il se maîtrise, il ne fait de mal à personne.
La plupart des gens sont remplis de souvenirs d’instants heureux, avec papa ou maman. Un matin de Noël, un moment de complicité, des vacances, des éclats de rire…
Christo n’a pratiquement aucun souvenir. Comme si sa vie se résumait à une succession de trous noirs.
Même s’il a de plus en plus de mal à distinguer les bribes du passé des histoires qu’il se raconte, il y a un souvenir qui lui revient régulièrement en tête.
La baignoire. »

« Oui, Christo préférait lorsque « Lui » était là. Même s’ils s’y mettaient à deux pour le castagner au-dessus de la baignoire. Au moins, il n’était pas obligé de prendre sa place au lit. Ça lui était tombé dessus comme une cocotte d’eau bouillante en pleine gueule. Et ce n’est pas qu’une façon de parler. Il suffit de jeter un coup d’œil à son épaule gauche et à la drôle de consistance qu’a conservée sa peau. Plus les mois ont passé, plus les simples caresses sont devenues des trucs dégoûtants. »

« Une migraine cognait fort dans sa tête. Son nez encombré le faisait suffoquer à moitié.
Des pensées embrumées dissoutes sous son crâne. Il n’avait plus de prise sur rien.
Mathias.
Son prénom ?
Oui… Son prénom…
Oui… Il était Mathias.
Cette simple certitude fut comme un coup d’aiguillon. Une victoire qui lui redonnait un peu d’espoir.
Au prix d’un nouvel effort, il réussit à faire pivoter sa tête. Son nez frotta l’acier de la cage.
Il referma ensuite sa main gauche sur un des barreaux, pour s’aider à se relever. »

« Pêche lui envoie un clin d’œil, à moins qu’elle ne chasse une poussière, et tourne les talons.
Ringo se redresse, la suit du regard, comme s’il était déçu qu’elle s’en aille.
Christo, lui, sourit. Un sourire. Fragile. Prêt à casser. Cela fait tellement longtemps que les muscles de son visage lui font mal.
Malgré tout, ça fait du bien de sourire. »

Cédric Cham, né en 1978, est originaire de la région Rhône-Alpes. Le jour, il travaille au sein de l’Administration pénitentiaire française, la nuit, il écrit des polars. Dès son plus jeune âge, la lecture est devenue une “addiction”. Impossible de passer plus de vingt-quatre heures sans sentir le papier sous ses doigts… Et tout naturellement, à force de dévorer les romans des autres, il en est venu à écrire ses propres histoires. Cédric Cham aime les récits sombres et réalistes. Pourquoi ? Parce que d’après lui, le noir reflète parfaitement notre société actuelle… Ce qui se passe au coin d’une rue oubliée, derrière une porte close, de l’autre côté de la ligne blanche… Ces endroits où la réalité dépasse trop souvent la fiction !