Amour, Émotion, Drame, Folie, Thriller psychologique

Point de fuite

Estelle Tharreau
Broché – 6 novembre 2025
Éditions : Taurnada Éditions

Alors qu’une tempête se déchaîne, un criminel tente d’échapper à la police et à son complice. Une réceptionniste dépose une étrange valise dans une chambre d’hôtel où un petit garçon est enfermé. Une femme guette l’arrivée du père de son enfant, et un steward désespéré attend d’embarquer pour un vol ultime.
Tous approchent du point de non-retour qui fera basculer leur existence.

Un huis clos labyrinthique où l’amour et la mort se livrent une course-poursuite infernale dans les entrailles d’un aéroport pris dans un déluge de neige et de glace.

J’ai retrouvé avec un immense plaisir la plume d’Estelle Tharreau dans son dernier roman, Point de fuite. À chaque nouveau livre, elle me surprend, m’emmène ailleurs, me bouscule un peu plus. Ici, elle m’a emmené dans un huis clos comme je les aime. Glacé, tendu et terriblement humain.

Dès les premières pages, la tempête fait rage. Petit à petit les acteurs du roman approchent d’un point de non-retour, celui qui fait basculer une vie. L’aéroport devient alors bien plus qu’un simple décor. Sous la plume d’Estelle, il se transforme en monstre d’acier et de verre, une sorte de labyrinthe oppressant où la neige et la peur se mêlent, puis finalement en prison. J’ai adoré cette sensation d’étouffement, ce froid qui s’infiltre jusque dans les pages. On ressent chaque vibration, chaque silence.

J’ai lu ce roman, il y a quelques jours, un soir de grand vent, bien au chaud dans mon lit, et je me suis laissé happer par cette atmosphère glaciale. Je voyais presque les flocons tourbillonner derrière les vitres, j’entendais le grondement des avions. Et cette femme avec sa poussette dans l’aéroport… elle m’a bouleversé.

Ce que j’aime chez Estelle, c’est sa capacité à sonder l’âme humaine, à explorer les failles de chacun. Ses personnages sont toujours sur le fil, entre la peur et le courage, entre la fuite et la rédemption. Ici, ils se débattent dans la tempête, pris dans un engrenage implacable où chaque décision compte.

Le suspense est constant, la tension monte à chaque chapitre, et l’auteure maîtrise son intrigue d’une main de fer. Tout est millimétré, pensé, calibré pour que le lecteur ne puisse plus lâcher prise. C’est un thriller court, mais d’une intensité rare, où l’émotion et la peur se sont livrés une véritable bataille, même dans ma tête…

Point de fuite est un roman noir, nerveux, mais profondément humain.
Il questionne sur la survie, l’amour, la culpabilité, et ce qu’on est prêt à faire pour s’en sortir.
Elle prouve définitivement pour moi qu’elle n’a pas son pareil pour explorer toutes les zones d’ombre de l’âme humaine.

Un grand merci à Joël des Éditions Taurnada pour cette lecture qui m’a glacé le sang autant qu’elle m’a captivé…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Comme une flèche étincelante tirée dans la nuit, la navette était propulsée à travers les tunnels ralliant l’aéroport. Lors de son déplacement, son souffle puissant s’accompagnait d’un grincement pénible. Le tumulte extérieur des wagons tranchait avec l’inertie intérieure dans laquelle les passagers étaient plongés. »

« Avant de pénétrer dans son gigantesque hangar, le responsable technique, au gilet orange à bandes réfléchissantes, ne put s’empêcher de contempler le ciel. Il savait que les dieux de la tour de contrôle auraient besoin de lui si le monstre météorologique ne déviait pas sa trajectoire et venait s’abattre sur l’aéroport. »

« Dans les halls de l’aérogare, dans les salles réservées au personnel navigant ou d’escale, à la réception, des hôtels, tout individu portant un uniforme s’affairait avec une sérénité étonnante. Dans ces lieux stratégiques, l’alerte avait également été transmise. Tout devait être prêt pour parer l’impact des bourrasques, des congères, du gel, mais surtout, des avions cloués au sol et de la déferlante de voyageurs harassés, anxieux, perdus, furieux qui constituerait, pour tous ces agents, une réplique tellurique de la secousse provoquée par la tempête. Malgré leur propre fatigue et inquiétude, c’est avec calme et diplomatie qu’ils devraient gérer cette submersion humaine. »

« Attends-moi le 13 décembre au terminal C. Je serai sur le vol ALB423. Je t’envoie ce billet pour que nous partions ensemble en espérant que le cessez-le-feu se poursuive et que les négociations de paix aboutissent. Si ce n’est pas le cas, je ne peux t’offrir qu’un pays en guerre, que je n’abandonnerai pas. Si tu ne souhaites pas courir ce risque, dis-le-moi par courrier. C’est le seul moyen de communication encore à peu près fiable. Je t’en prie, fais vite que je sache si je dois venir vous récupérer ou non. Si tu maintiens ta décision de me suivre, prépare-toi à tout quitter, à tout perdre jusqu’à la vie ou celle du bébé. »

Passionnée de littérature depuis l’adolescence, Estelle Tharreau parcourt les genres, les époques et les pays au fil des auteurs qu’elle rencontre. De cet amour de la littérature est née l’envie d’écrire. Elle vit actuellement en Franche-Comté où elle partage son temps entre sa famille et l’écriture.

La peine du Bourreau
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/01/la-peine-du-bourreau/

Les Eaux noires
https://leressentidejeanpaul.com/2021/10/05/les-eaux-noires/

Digital Way of Life
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/14/digital-way-of-life/

Il était une fois la guerre
https://leressentidejeanpaul.com/2022/11/01/il-etait-une-fois-la-guerre/

Le Dernier festin des vaincus
https://leressentidejeanpaul.com/2023/11/01/le-dernier-festin-des-vaincus/

L’Alpha & l’Oméga
https://leressentidejeanpaul.com/2024/11/07/lalpha-lomega/

Émotion, Drame, Psychologie, Violence

L’Île des chasseurs d’oiseaux

de Peter May
Poche – 3 novembre 2011
Éditeur : Babel

Chargé de l’enquête sur un assassinat commis à Édimbourg, Fin Macleod est envoyé sur son île natale de Lewis, en Écosse, quand un second cadavre apparemment exécuté selon le même modus operandi y est découvert. Persuadé que les deux affaires ne sont pas liées, Fin doit composer avec un décor et des gens qu’il a quittés dix-huit ans auparavant… Sur fond de traditions ancestrales d’une cruauté absolue, Peter May compose un roman palpitant parsemé de fausses pistes, de scènes glaçantes et de personnages aussi frustes que menaçants.

Il y a longtemps que je n’avais pas lu un roman aussi original.

Il y a longtemps que je n’avais pas été happé par un roman aussi original.
L’Île des chasseurs d’oiseaux m’a transporté sur l’île de Lewis, au nord de l’Écosse, là où le vent sculpte la lande et où la mer rugit sans relâche. C’est une terre rude, presque sauvage, que Peter May dépeint avec une intensité telle que j’avais l’impression d’y marcher, le visage fouetté par la pluie et le vent.

Tout commence par un meurtre, mais très vite, je comprends que l’enquête n’est qu’un fil parmi d’autres… une excuse à un roman très audacieux…
L’inspecteur Fin Macleod, envoyé sur place, retrouve son île natale qu’il avait fuie depuis des années. Il y revient contraint, lesté du deuil de son fils et d’un mariage à bout de souffle. Cette enquête le replonge dans un passé qu’il pensait loin derrière et enterré.

J’ai été fasciné par la façon dont les souvenirs de Fin se mêlent au présent, comme des nappes de brume qui se dissipent lentement. À mesure que l’histoire avance, ce ne sont pas seulement les faits qui se révèlent, mais les hommes, leurs blessures, leurs silences. L’île devient un personnage à part entière, à la fois refuge et piège.

Et puis, il y a cette expédition sur An Sgeir, cet îlot battu par les vents où, chaque année, des hommes partent chasser les « gugas », les jeunes fous de Bassan. Une tradition à la fois fascinante et terrible, presque mythique. C’est là que tout se noue, que le passé rejoint le présent, que la mémoire se fissure.

L’écriture de Peter est sobre, fluide, profondément visuelle. Elle m’a plongé dans une atmosphère crépusculaire, dense, empreinte d’émotion. Ce roman est plus qu’un polar : c’est une exploration de l’âme humaine, de la culpabilité et de la rédemption.

J’ai refermé le livre avec cette sensation étrange qu’il me manquait quelque chose, comme si je quittais moi aussi cette île rude et magnifique. Mais, je sais d’ores et déjà que je reviendrai, avec le deuxième tome de cette trilogie écossaise…

Un roman à lire absolument !
Un grand merci à David Fréchou pour cette très belle idée de lecture…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Contrairement à d’habitude, la brise est légère et, pour une fois, tiède, comme un souffle sur la peau, doux et attirant. Dans le ciel d’août, une fine brume masque les étoiles mais la lune, aux trois quarts pleine, parvient tout de même à projeter sa lumière fantomatique sur le sable laissé humide par la marée descendante. Avec douceur, la mer va et vient sur la plage. L’écume phosphorescente libère des bulles argentées qui restent accrochées au sable doré. Ils dévalent la route qui descend du village. Le sang leur bat les tempes avec force, comme des vagues s’écrasant au pied d’une falaise. »

« Nous vivions dans ce que l’on appelle une whitehouse, à un peu moins d’un kilomètre du village de Crobost. Ce village faisait partie de la commune de Ness, située sur la pointe la plus au nord de l’île de Lewis, qui était elle-même l’île la plus au nord de l’archipel écossais des Hébrides extérieures. Les whitehouses dataient des années vingt. Les murs étaient faits avec de la pierre et de la chaux, ou avec des blocs de béton, et les toits étaient couverts d’ardoise, de tôle ondulée ou de feutre bitumé. Elles avaient été construites pour remplacer les anciennes blackhouses, qui étaient constituées de murs de pierres sèches et d’un toit de chaume, et dans lesquelles s’abritaient hommes et bêtes. Un feu de tourbe brûlait nuit et jour dans la pièce principale. Il n’y avait pas de cheminée et la fumée était censée s’évacuer par un trou pratiqué dans le plafond.
Bien sûr, ce n’était pas très efficace. Les maisons étaient toujours enfumées et l’espérance de vie assez courte. »

« Parce que ce n’est que le début. Le visage de Fionnlagh s’empourpra sous l’effet de l’excitation. « Les prémices d’un Etat policier. On va tous finir dans un fichier, quelque part, référencés grâce à notre ADN, et on pourra plus rien faire ni aller où que ce soit sans que quelqu’un sache pour-quoi, d’où on vient et où on va. Et ensuite on nous refusera un emprunt, ou une assurance-vie, parce que la compagnie d’assurances estimera qu’on représente un risque.
Tout sera là, dans le fichier ADN. Ton grand-père mort d’un cancer, ou peut-être un problème d’antécédent cardiaque du côté de ta mère. On te refusera un boulot parce que celui qui voulait t’embaucher découvrira que ton arrière-grand-mère a été internée dans un asile psychiatrique et que ton ADN ressemble furieusement au sien. »

Écrivain écossais, Peter May habite depuis une dizaine d’années dans le Lot.
Il a d’abord été journaliste avant de devenir l’un des plus brillants et prolifiques scénaristes de la télévision écossaise. Il y a quelques années, Peter May a décidé de quitter le monde de la télévision pour se consacrer à l’écriture de ses romans. Le Rouergue a publié sa série chinoise avant d’éditer la trilogie écossaise (parue d’abord dans sa traduction française avant d’être publiée, avec un immense succès, en anglais).

Émotion, Drame, Roman, Terroir

La Vie est une histoire vraie

de Frédérique-Sophie Braize
Broché – 16 octobre 2025
Éditions : Presse de Cité

Lectrice de manuscrits chez un éditeur réputé, Ava apprend qu’elle risque de perdre la vue. C’est le choc. L’ophtalmologue lui interdit le moindre effort, même un ébat amoureux. Il lui reste peu de temps pour admirer les beautés de la nature et aiguiser ses autres sens. Contre l’avis de son compagnon, la belle rousse quitte Paris pour Abondance, dans ces paysages savoyards où elle a été heureuse avant.
Le bon air, le bleu d’altitude… Un monde hors du temps où vit Germinie, faiseuse de secrets, qui, Ava l’espère, saura éloigner d’elle l’angoisse et l’obscurité. Où vit aussi Virgil, séduisant homme des bois au métier rare de « sanglier ».
Le trouble et l’émoi qui les poussent l’un vers l’autre mèneront-ils Ava sur la voie de la guérison ?

Un roman vrai tout en sensualité, drôlerie et émotion,
avec une héroïne irrésistible qui chemine, toujours, vers la lumière

Après avoir lu tous ses précédents romans, j’avais tellement hâte de lire le dernier roman de Frédérique-Sophie Braize, “La vie est une histoire vraie”…

Je viens de le terminer et je ne sais pas par où commencer. Pour la simple et bonne raison que ce roman n’est pas un simple roman. Il est une “tranche” de vie de Frédérique-Sophie… Une tranche de vie où, comme elle le dit si bien, parfois elle “tord la vérité pour construire son récit, elle déplace les événements, les lieux et invente certains personnages afin qu’il demeure un roman”… Mais il est beaucoup plus que cela…

Lorsque je lis un roman de Frédérique-Sophie, je sais que je vais vivre une, lorsque ce ne sont pas plusieurs histoires incroyables. Souvent des histoires de femmes… Elles sont fortes, elles sont touchantes, émouvantes et, profondément humaines.
L’Histoire et le réel prennent aussi une place très importante dans ses récits, c’est régulièrement une remontée dans le temps, son écriture, ses dialogues pleins de tendresse qui me mènent vers une autre époque… Des sagas familiales, leurs secrets, leurs souffrances, et toujours une très belle solidarité entre des “personnages” qui ont une âme et cela fait du bien. Et puis, il y a la nature, les arbres et la montagne, cette terre qu’elle chérit et qu’elle sait décrire avec tant de justesse. La vie tout simplement…

Frédérique-Sophie, oups ! Ava, quitte Paris pour Abondance, un village de montagne où vit Germinie, une faiseuse de secrets renommée. Elle vient d’apprendre qu’elle risque de perdre la vue. C’est en pleine montagne, entourée de ses amis et de Virgil, que la belle rousse décide de faire un point sur sa vie, mais surtout de lutter comme il se doit contre cette cécité qui envahit ses yeux et petit à petit obscurcit son horizon. Eva est bien loin d’imaginer toutes les aventures qu’elle vivra dès lors, sur la voie de la guérison.

Je l’ai dévoré !
J’ai ri, j’ai tremblé, j’ai été ému. J’ai refermé ce livre le cœur gonflé d’une gratitude immense. Frédérique-Sophie signe ici un récit d’une sincérité bouleversante, un hymne à la vie, à la lumière, à la résilience.
Son roman m’a fait respirer…
Et ce clin d’œil à “Mouton”… Quelle délicieuse surprise !

Gros bisous à toute ta famille…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« — Interdit de porter une valise ou un enfant. Défendu de vous pencher en avant. Et surtout pas d’ébats amoureux ! Un baiser peut vous faire perdre la vue. Voilà…
c’est tout.
Les paroles de l’oculiste portent un coup à Ava. La tête lui tourne presque. En quoi un baiser est-il si redoutable ? Risque-t-elle de se retrouver dans le noir à la moindre étreinte ? »

« Postée à la fenêtre, Ava regarde en direction d’un point connu d’elle seule. Elle plisse les yeux, même s’il n’y a pas de soleil mais un ciel de tôle sur l’après-midi finissant. La lectrice pourrait demeurer là, à espérer que d’illustres ophtalmologues parviennent à la guérir.
Or elle craint de perdre son temps en restant dans le 5€ arrondissement. Lorsque l’on n’a plus que quelques mois à voir, il convient de les utiliser avec discernement.
Aussi ouvre-t-elle les placards en quête du répertoire de sa mère. Sa persistance à s’agiter agace Ray :
– Qu’est-ce que tu fabriques ?
– Je cherche le numéro de Germinie.
– Ne t’emballe pas. Laisse-moi le temps de contacter quelques personnes. Je vais t’obtenir un rendez-vous à la fondation Rothschild pour avoir un autre avis. »

« Malgré son agenda chargé, il a tenu à l’accompagner. Il est curieux de rencontrer Germinie et de découvrir ce village savoyard qu’Ava considère – à tort – comme un refuge. Alors qu’elle déplie le prospectus, il lâche un ronflement. S’il n’était pas déjà en train de dormir, voilà ce qu’il pourrait lire :
Aussi appelé station-village de charme, ce bourg montagnard de Haute-Savoie se situe à trente kilomètres du lac Léman, et à quinze minutes de la frontière suisse. La station de ski est reliée au domaine des Portes du Soleil, un des plus grands du monde. Abondance, c’est aussi un habitat typique, une race de vache et un fromage qui contribuent à la réputation de ce village d’exception. »

« Ava est réveillée par des chuchotis. Voix masculine et féminine. Virgil et Germinie. Elle ouvre les yeux. L’aube darde un rai de clarté dans la chambre, la preuve que sa vue n’a pas filé à l’anglaise pendant la nuit. Elle se lève, se débarbouille, emprunte le couloir. Là, elle est saisie d’un profond étonnement en réalisant qu’elle s’est trompée sur le détenteur de la voix d’homme, compte tenu de la soutane. Germinie barre un zona à un prêtre qui a hésité à la consulter. Et pour cause : la rumeur dit que la guérisseuse sait lire sur le front des gens s’ils sont – ou non – aimés du Ciel. »

Frédérique-Sophie BRAIZE romancière, nouvelliste, chroniqueuse de presse écrite, née à Évian. Fille unique d’un alpiniste – réalisateur des Colonnes de Buren à Paris – elle vit dix ans chez ses grands-parents, des paysans de montagne. Elle fait ses études au Pays de Galles d’où elle revient diplômée en Business et Finances du Polytechnic of Wales. Elle travaille dans la sécurité privée et industrielle avant de se lancer dans l’écriture. Elle partage sa vie entre la Haute-Savoie et Paris avec Mouton, son chien de berger.

Parutions récentes et à venir :

Paysannes de montagne (éd. Lucien Souny 2015) Grand Livre du mois / Format poche (éd. Souny Poche 2018)

Pour quelques arpents de rêve (éd. Lucien Souny 2016)

Sœurs de lait (éd. De Borée 2018) Grand Prix littéraire de l’Académie de Pharmacie 2018. Prix Patrimoine 2018. Format poche (Coll. Terre de Poche, éd. De Borée 2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/11/01/soeurs-de-lait/

Lily sans logis (éd. De Borée – 2019) Adapté en “Livre à deux places” pour “Lire et faire lire” d’Alexandre Jardin en 2020.
https://leressentidejeanpaul.com/2020/05/23/lily-sans-logis/

Une montagne de femmes (éd. Les Passionnés de bouquins 2019) Prix Welter. Prix Ecriture d’Azur
https://leressentidejeanpaul.com/2019/12/31/une-montagne-de-femmes/

Un voyage nommé désir (éd. Presses de la Cité 2021) Trophée des Savoyards du monde. Prix Machiavel 2021.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/03/09/un-voyage-nomme-desir/

Les liaisons périlleuses (éd. Presses de la Cité 02/2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/05/26/les-liaisons-perilleuses/

Ses livres sont toujours inspirés de faits réels tombés dans l’oubli : histoire vraie, fait de société, fait historique…

https://www.instagram.com/frederiquesophiebraize/?hl=fr
https://www.facebook.com/frederiquesophie.braize.3

Anticipation, Émotion, Drame, Thriller psychologique

Transylvania

de Nicolas Beuglet
Broché – 18 septembre 2025
Éditeur : XO

Il était une fois…

Encore aujourd’hui, on prétend que le château de Bran, en Transylvanie, était la propriété du comte Dracula. Rares sont ceux qui s’arrêtent dans cet hôtel reculé, cerné par la neige et la glace. L’endroit paraît habité par des fantômes depuis la nuit des temps.

C’est là que la jeune inspectrice Mina Dragan est envoyée pour enquêter sur un meurtre étrange. Un cadavre gît dans une chambre. Celui de l’unique client de l’établissement. À ses côtés traîne une vieille malle verrouillée. Avant de disparaître, l’assassin a inscrit un tatouage énigmatique sur la main de sa victime.

Mina Dragan ne le sait pas mais c’est pour elle le début d’un jeu de piste terrifiant qui lui fera découvrir la face cachée et peut-être pas si imaginaire des contes de fées de notre enfance.

Et si la clé de tous ces mystères se trouvait dans un seul livre ?
Un livre fondateur. Il était une fois Transylvania…

Dans ce thriller qui plonge dans les profondeurs de notre subconscient, Nicolas Beuglet explore, une fois de plus, les ombres du passé pour éclairer l’avenir. Haletant. Vertigineux. Passionnant.

Avec Transylvania, son huitième roman, Nicolas Beuglet nous entraîne dans un thriller aussi fascinant qu’inquiétant, fidèle à sa manière d’offrir plusieurs niveaux de lecture. Dès les premières pages, j’ai été happé par cette atmosphère glaciale, dans le château du comte Dracula, perdu au milieu des montagnes enneigées. Un meurtre, un tatouage mystérieux, un magnat de la finance assassiné, et la presse mondiale qui s’enflamme… Tout est en place.

Au cœur de cette tempête, Mina Dragan, jeune policière roumaine, mène sa première enquête. Fragile et forte à la fois, elle se retrouve bientôt manipulée par une main invisible, guidée vers un univers où les contes des frères Grimm se mêlent à la noirceur du réel. J’ai adoré cette dualité, le polar moderne qui épouse les codes du gothique, la raison qui lutte contre l’étrangeté.

Très vite, j’ai compris que la véritable enquête ne se limitait pas au meurtre. Elle se cache entre les lignes, dans les symboles, dans les illusions. Comme Mina, j’ai douté, j’ai suivi les fausses pistes, cherché la vérité derrière les apparences. Et à la page 188, tout bascule. Nicolas ralentit le rythme, une nouvelle angoisse s’installe, et LA QUESTION surgit : Et si le mal n’était pas là où on le croit ?

L’écriture est fluide, précise, parfois cinématographique. Les décors sont somptueux, l’atmosphère oppressante, les réflexions terriblement actuelles. l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux, la surveillance, et cette place de plus en plus fragile qu’occupe aujourd’hui la lecture dans nos vies connectées.

J’ai été surpris, ébranlé, puis captivé.
Transylvania m’a tenu éveillé durant ma lecture et cela risque de continuer bien au-delà de la dernière page. Un roman total, à la fois thriller, miroir du monde et fable moderne.
Un excellent moment de lecture, un véritable coup de cœur et une fin qui, à priori, n’est qu’un commencement…
La dernière ligne laisse présager une suite !!!

Extraits :

« Mina pila, tira le frein à main et coupa le contact. Après avoir pris une profonde inspiration, elle tourna la tête vers son coéquipier assis sur le siège passager. Coiffé de sa casquette d’agent de police, il regardait droit devant lui, l’air rageur. Du sang coulait de sa joue gauche et sa peau commençait à se teinter du bleuté de l’hématome. »

« Mina s’étira un peu pour essayer de voir ce que l’écran de son téléphone affichait de si captivant. Et distingua que la jeune femme ne tenait pas un smartphone entre ses mains, mais un livre.
Elle l’observa longuement, vivant par procuration le plaisir que devait éprouver cette lectrice. Malgré son abandon précoce de l’école, Mina avait toujours entretenu un rapport intime avec les livres, notamment grâce à sa mère bibliothécaire. Les livres qui, elle ne l’avait pas précisé au commissaire, lui avaient permis de s’évader lorsque la vie devenait trop dure à bord du bateau de pêche. Les livres qui l’aidaient par moments à combattre son complexe d’avoir redoublé sa classe de troisième et finalement quitté l’école avant le lycée. »

« Même si elle avait fait face à différentes situations qu’une femme de son âge ne connaîtrait jamais, à cet instant elle doutait de sa force, de ses capacités à affronter un défi qui lui avait paru moins intimidant lorsqu’elle l’avait accepté dans le bureau du commissaire. Ses mains tremblèrent et elle sut que bientôt ses jambes allaient flageoler, sa respiration deviendrait difficile, la nausée lui monterait aux lèvres. »

« – Au moins, à mon époque, on aidait les enfants à être responsables, aujourd’hui, on les protège tellement qu’ils ne savent plus rien faire. »

« – Je suis le dernier descendant de Wilhelm Grimm, très chère madame… Dragan. Mina Dragan ! Quel nom, mes amis, quel nom ! s’enthousiasma le dénommé Alphonse en frappant les planches de la scène d’un coup de canne. Vous avez tellement le profil pour être une héroïne ! »

÷÷÷÷÷÷÷

Après avoir écrit des scénarios pour la télévision, Nicolas Beuglet a choisi de se consacrer pleinement à l’écriture de romans. Salué par la presse, il est devenu en six ans et autant de romans l’une des plus grandes plumes du thriller français. Il est l’auteur chez XO Editions de deux trilogies : la première a pour héroïne Sarah Geringën (Le Cri, Complot, L’Île du Diable) et la deuxième Grace Campbell (Le Dernier Message, Le Passager sans visage et L’Archipel des oubliés).
Le mot de l’éditeur: “En huit ans et presque autant de romans, Nicolas Beuglet est devenu un géant du thriller français. Après L’Archipel des oubliés, il y a deux ans, Nicolas Beuglet confirme avec brio l’originalité et la densité de son univers littéraire dans ce roman policier”.

Il vit à Boulogne-Billancourt avec sa famille.

Le Cri (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/10/09/le-cri-de-nicolas-beuglet/

Complot (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/07/31/complot/

L’île du Diable (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/04/lile-du-diable/

Le dernier message (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/21/le-dernier-message/

Le passager sans visage (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/12/10/le-passager-sans-visage/

L’Archipel des oubliés (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/12/31/larchipel-des-oublies/

L’ultime avertissement (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/01/lultime-avertissement/

Drame, Noir, Psychologie, Thriller psychologique

L’homme qui voulait vivre sa vie

de Douglas Kennedy
Poche – 21 octobre 2010
Éditeur : Pocket

Un poste important, une vaste maison, une femme élégante, un bébé : pour tout le monde, Ben Bradford a réussi.
Pourtant à ses yeux, rien n’est moins sûr : de son rêve d’enfant – être photographe – il ne reste plus rien. S’il possède les appareils photo les plus perfectionnés, les occasions de s’en servir sont rares. Et le sentiment d’être un imposteur dans sa propre existence est de plus en plus fort…

« Douglas Kennedy bouillonne de talent, sa narration est haletante,
sa construction sans faille. »

Martine Laval – Télérama

Je découvre Douglas Kennedy avec “L’homme qui voulait vivre sa vie”, et je dois dire que cette lecture m’a profondément marqué. Dès les premières pages, j’ai été happé par ce récit puissant, aussi troublant que lucide, où l’auteur nous entraîne dans la vie bien réglée — trop bien réglée — de Ben Bradford, un homme que tout le monde pourrait envier. Avocat brillant, marié, père de famille, installé dans une belle maison… Il coche toutes les cases de la réussite. Et pourtant, il suffoque.

Ce roman m’a frappé par sa précision, par la manière dont l’auteur dissèque sans complaisance une société américaine obsédée par l’argent, l’image et le qu’en-dira-t-on. Tout est apparence, performance, domination. Et Ben, prisonnier de ce système, rêve en silence d’une autre existence, plus vraie, plus libre. Jusqu’au jour où tout bascule. Quand sa femme le trompe, son monde s’écroule. Alors il agit, dans un geste insensé, irréversible. À partir de là, tout devient vertigineux.

Douglas Kennedy ne se contente pas de raconter une fuite, il explore le besoin viscéral de vivre une vie choisie, et non subie. Ce que j’ai aimé, c’est cette tension permanente entre la peur et le désir, la fuite et la reconstruction, l’ombre et la lumière. Il y a dans ce livre une réflexion profonde sur l’identité, la liberté, la photographie aussi — cet art de figer un instant pour mieux saisir l’essence du monde.

J’ai trouvé l’écriture efficace, presque cinématographique, malgré une traduction parfois maladroite qui m’a un peu freiné. Et même si la fin m’a semblé un peu rapide, elle laisse un goût doux-amer, comme un écho à nos propres questionnements.

Ce roman m’a rappelé que vivre, c’est risquer. Que parfois, il faut tout perdre pour se retrouver.
Et qu’au fond, la vraie réussite n’est peut-être pas celle que les autres voient, mais celle que l’on ressent.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Alors qu’Adam a été un bébé de gravure de mode, le genre d’adorable bambin qui sourit dans la lumière irisée d’une pub pour couches-culottes, Josh, lui, est une petite brutasse. Une tête trop grosse, un nez de boxeur et un tempérament de pitbull. Bien sûr, je l’aime, mais je me demande si je l’aime bien. Il me met mal à l’aise, et pas seulement parce qu’il hurle tout le temps: parce qu’il n’a pas l’air heureux d’être venu au monde. J’ai l’impression que cela doit aussi tenir au fait qu’il représente pour moi, tout comme la maison elle-même, un boulet domestique parmi beaucoup d’autres. Un de mes amis a une formule très imagée pour décrire cette situation: au premier gosse, dit-il, on croit encore avoir de la marge, on ne veut pas admettre qu’on est enferré jusqu’au cou dans la vie à crédit et les traites au banquier. Au second, on doit admettre qu’on est devenu un père de famille sérieux, qu’on a des obligations jusque-là. »

« Moins de quinze jours après notre arrivée, elle avait déjà décroché un job au bureau parisien de Newsweek.
Trois mois plus tard, son français étant devenu très convenable, elle devenait assistante de production chez CBS News. Et cinq mois après, elle était rentrée un soir en m’annonçant que notre histoire était terminée : elle allait vivre avec son patron, le chef du bureau de CBS à Paris. »

« “Réussir, réussir, réussir.” A posteriori, cette crise de déprime de mes vingt ans et quelques me laisse perplexe : pourquoi étais-je si crispé, pourquoi en étais-je arrivé à perdre toute confiance en moi et en mes chances de vivre de mes photos ? J’aurais pu, j’aurais dû me dire qu’au moins j’aimais regarder le monde à travers un objectif, qu’on ne s’improvisait pas photo-graphe, qu’il me fallait parfaire ma technique au lieu d’angoisser hystériquement en désespérant de ne pas encore me voir au faîte de la profession. »

Douglas Kennedy est né à New York en 1955, et vit entre les États-Unis, le Canada et la France.
Auteur de trois récits de voyage remarqués :
Au pays de Dieu (2004),
Au-delà des pyramides (2010)
et Combien ? (2012)

Il s’est imposé avec :
Piège nuptial (1997), porté à l’écran par Stephen Elliot,
L’homme qui voulait vivre sa vie (1998), adapté au cinéma par Éric Lartigau en 2010, avec Romain Duris et Catherine Deneuve,
Les Désarrois de Ned Allen (1999).

Ont suivi La Poursuite du bonheur (2001),
Rien ne va plus (2002), (Prix littéraire du Festival du cinéma américain de Deauville 2003),
Une relation dangereuse (2003),
Les Charmes discrets de la vie conjugale (2005),
La Femme du Ve (2007), adapté au cinéma en 2011 par Pawel Pawlikowski, avec Kristin Scott Thomas et Ethan Hawke,
Quitter le monde (2009),
Cet instant-là (2011),
Cinq jours (2013),
Murmurer à l’oreille des femmes (2014),
Mirage (2015),
Toutes ces grandes questions sans réponse (2016),
La Symphonie du hasard (2017-2018),
Isabelle, l’après-midi (2020),
Les hommes ont peur de la lumière (2022),
Et c’est ainsi que nous vivrons (2023
Ailleurs, chez moi (2024).

Tous ses ouvrages ont paru chez Belfond et sont repris chez Pocket.
Douglas Kennedy a également publié une série de livres jeunesse illustrés par Joann Sfar, Les Fabuleuses Aventures d’Aurore, aux éditions PKJ.

Émotion, Drame, Psychologie, Suspense, Thriller

L’Antidote

de Tom Clearlake
Broché – 2 juin 2025
Éditeur : Moonlight éditions.

Andrew Fisher, père de famille sans histoires, disparaît sans laisser de traces.
Pour la police, il a fui délibérément, accablé par son récent licenciement.
Tess Lambert, ex-agent du FBI devenue détective privée, ne croit pas à cette version. Fisher occupait un poste important chez Corequantech, un géant des nouvelles technologies établi au cœur de la Silicon Valley.
Elle va percer le mur du secret professionnel de cette multinationale et découvrir qu’il travaillait au sein d’un laboratoire, avec quatre autres scientifiques spécialisés dans la génération d’intelligences artificielles avancées.
Persuadée que cette piste n’est que la face émergée d’un iceberg, elle va se mettre en quête de retrouver les ex-collègues de Fisher, et ouvrir une porte sur des révélations qui dépassent l’imaginable.
Quelque chose de plus vaste, de plus sombre, se cache derrière cette disparition.

Après « Sans retour », « Le Seuil », « Avides » et « Signatures », plongez dans ce techno-thriller infernal signé Tom Clearlake !

Quel bonheur d’être à nouveau surpris par un auteur que je suis depuis ses débuts !
Avec L’Antidote, Tom Clearlake sort de sa zone de confort, et pour moi, ce fut un vrai cadeau de lecture.

Dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par cette histoire, véritable grand écart du début à la fin, qui démarre par une mystérieuse disparition. Peu à peu, un univers sombre et inquiétant s’installe, un monde qui, derrière sa part d’imaginaire, nous renvoie à une réalité peut-être bien plus proche que nous ne le pensons.

Ce roman est inclassable. Tom nous entraîne dans un récit qui brasse une multitude de thèmes et qui fait voyager mes émotions d’un extrême à l’autre, colère, haine, peur parfois, mais aussi douceur, humanité, amour, respect de la nature, des animaux et envers son prochain…. Cette richesse donne une profondeur singulière à l’histoire et la rend d’autant plus inoubliable.

Au cœur du récit, Tess Lambert. Détective privée et ancienne agente du FBI, elle se lance dans une enquête qu’elle n’aurait jamais imaginée, mais qui résonne intimement avec ses valeurs. Je l’ai trouvée incroyablement attachante. À la fois forte et fragile, obstinée et vulnérable, elle incarne à mes yeux le symbole de la résistance, ce contrepoids nécessaire face à un monde qui court à sa perte, happé par la technologie et la déshumanisation. Serait-elle la clé de cette résistance devenue nécessaire ?

L’ambiance, les révélations ponctuelles, le suspense qui monte sans cesse… tout est parfaitement maîtrisé. J’ai aussi beaucoup apprécié l’univers technologique, dense mais accessible, et surtout original. Tom Clearlake réussit à me faire tourner les pages avec frénésie tout en m’invitant régulièrement à réfléchir aux dérives de notre époque et à un besoin vital d’entraide et d’humanité.

L’Antidote est un véritable “tourne-page”, mais aussi un roman porteur de sens. Un énorme coup de cœur que je vous recommande sans hésiter !
Et cerise sur le gâteau, il y aura une suite… J’ai déjà hâte d’y plonger.

Merci Tom, pour ta confiance et pour ce moment de lecture aussi intense que marquant.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« – Maman, il est parti où papa ?
La mère entendit à peine la voix de sa jeune fille. Ses yeux étaient fixés sur un point vague, au loin, en direction de ce magasin, de l’autre côté de la route. Andrew y était allé pour acheter de la crème solaire.
– Hein maman, il est parti où ?
Le regard azur d’Emily Fisher ne dévia pas. Elle passa une main devant ses yeux pour dégager ses mèches brunes rabattues par le vent.
Daniel prit le relais de sa sœur ainée :
– Mais il est parti où papa ?!
– Il ne va plus tarder à revenir, les enfants. »

« Elle composa le 911, le cœur battant à tout rompre. La voix énergique d’une jeune femme s’éleva :
– 911, quelle est votre urgence ?
Emily respira profondément pour se calmer, et tâcha de parler clairement :
– Mon nom est Emily Fisher. Je vous appelle car mon mari
Andrew a disparu.
– Il va me falloir plus d’informations, madame. »

« Dans le paysage dynamique de la technologie mondiale, Corequantech émerge comme un colosse, dominé par une quête incessante d’innovation et une culture d’entreprise exclusivement basée sur le rendement. Fondée en 1980, cette multinationale, avec ses racines profondément ancrées dans la Silicon Valley, s’est imposée comme un leader incontesté dans les domaines de l’informatique classique et à présent quantique, des nanotechnologies, de la robotique indus-trielle, spatiale et domestique. Toutefois, derrière le voile de ses succès, se cache une réalité complexe, marquée par la compétitivité, et frappée du sceau du secret professionnel.
Une Course à l’Innovation. »

« Nous avions tous les cinq un idéal commun, le rêve d’un monde meilleur, d’une humanité unie, évoluant sur une planète sans frontières, exempte de guerre, de pollution, gouvernée avec sagesse. Nous voulions changer le monde et nous savions que l’intelligence artificielle allait ouvrir les portes d’une nouvelle ère. Au fil de nos réunions et de nos discussions en dehors du cadre du laboratoire, cet idéal s’est peu à peu concrétisé en un objectif. L’objectif ultime : la génération d’une super intelligence artificielle. »

Tom Clearlake est un auteur franco-canadien né au Canada le 19 octobre 1973.

Il commence à lire avec Edgar Allan Poe, H.G. Wells, Jack London, Jules Verne, Agatha Christie, Jack Kerouak, Edgar Rice Burroughs, Lovecraft, Dean Koontz, Stephen King, Clive Barker, Umberto Eco…

Sa passion pour les littératures de l’imaginaire le pousse à expérimenter l’écriture dans des univers très différents, mais c’est dans le thriller qu’il préfère exercer.

« Je pense que le Thriller est le maître de tous les genres littéraires. Il permet de jouer avec les sensations et les émotions du lecteur comme aucun autre genre le peut. Il y a dans le thriller cette possibilité de créer l’intensité, et de la pousser à son paroxysme. Et l’on dispose d’une infinité de moyens pour y parvenir. »

Drame, Folie, Polar, Psychologie, Violence

Adieu

de Jacques Expert
Poche – 27 mars 2013
Éditeur : Sonatine éditions

2001, Châtenay-Malabry. Une mère, son fils et sa fille sont retrouvés assassinés à leur domicile. Le père est porté disparu. Est-il lui aussi victime ou bien coupable ? Les recherches s’organisent, sous la direction du commissaire Langelier. Un mois plus tard jour pour jour, c’est au tour d’une seconde famille, tout aussi ordinaire, d’être abattue dans des circonstances identiques. Là aussi le père est introuvable. Presse, politiques, police, les avis sont unanimes, un tueur en série est à l’œuvre. Seul Langelier s’entête à concentrer tous ses efforts sur la piste des pères, qu’il soupçonne d’être à l’origine des massacres. Devant son obstination et son manque de résultats, son supérieur, le commissaire Ferracci, est obligé de lui retirer l’affaire. Commence alors entre les deux hommes une guerre froide, chacun s’efforçant de démontrer sa propre vérité, qui ne prendra fin que dix ans plus tard avec la révélation d’une incroyable réalité.

J’ai lu Adieu de Jacques Expert d’une traite, en une seule soirée. Impossible de le lâcher. Les pages se tournaient d’elles-mêmes, portées par un suspense qui me tenait en haleine jusqu’au bout, jusqu’à un dénouement que je n’avais absolument pas vu venir.

Tout commence en 2001. Une famille est retrouvée massacrée. Le père, lui, a disparu. Un mois plus tard, jour pour jour, une autre famille subit le même sort. Cette fois encore, le père s’évapore. Le commissaire Hervé Langelier est dépêché sur l’affaire. Très vite, il s’accroche à une hypothèse, et si ce carnage portait la signature des pères eux-mêmes ? Mais son supérieur et ami, le commissaire Ferracci, le met en garde, le pousse à abandonner cette piste jugée absurde.

24 mars 2011. Le jour de son départ à la retraite, Langelier prend la parole. Au lieu d’un discours classique, il décide de revenir sur “son” enquête, celle qui a brisé sa carrière, celle qui l’a isolé et discrédité, mais qu’il n’a jamais pu abandonner. Dix ans d’obsession, dix ans de lutte, seul contre tous. Car pour lui, il n’y avait pas de doute, la vérité se cachait forcément derrière cette hypothèse dérangeante.

À mesure que je lisais, l’ambiance devenait de plus en plus lourde, presque suffocante. Des femmes, des enfants, des familles entières disparaissaient dans un climat d’horreur insoutenable. Quant à Langelier, je l’ai trouvé froid, dur, antipathique même… et pourtant, il était le seul à ne rien lâcher, le seul à oser affronter ce dossier maudit. Je n’avais pas le choix, il fallait que je le suive.

Jacques Expert orchestre cette intrigue d’une main de maître. Chaque fois que je croyais anticiper, il me prenait de vitesse. Chaque certitude volait en éclats. Et cette fin… quelle claque ! Brutale, inattendue, glaçante. Même si le récit comporte quelques longueurs, il s’impose largement au-dessus de la moyenne des polars que j’ai lus.

Avec Adieu, Jacques Expert m’a montré à quel point l’obsession d’un homme, sa folie ou peut-être son génie, pouvait le mener au bout du possible. Et moi, lecteur, je suis resté scotché, jusqu’au dernier mot.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Je n’aime pas beaucoup parler de moi, aussi je serai bref. En toute franchise, si, à cette heure, je me penchais sur mon cas (ce que je répugne à faire), je dirais que ma vie est très facile à résumer : flic, divorcé, comme beaucoup d’entre nous, et la retraite comme avenir immédiat.
Je m’appelle Hervé Langelier. Je suis né le 3 mars 1956 à Caen. Mes parents, René Langelier, serrurier, et Raymonde Génier, sans emploi, sont tous deux décédés.
J’ai un frère aîné, Michel, dont je suis sans nouvelles depuis longtemps.
Mon ex-femme s’appelle Stéphanie. Nous sommes séparés depuis huit ans et c’est beaucoup mieux comme cela. J’ai trois enfants. Ils sont grands, maintenant. Je ne les vois plus. »

« Les dossiers importants, ceux qui m’occupent depuis plus de dix ans, je ne tenais pas à les garder au commissariat: Je les conserve à l’abri de la curiosité des autres dans mon appartement du Plessis-Robinson.
Seul le chat noir se promène librement parmi eux. »

« Jamais autant qu’en ce 19 mai 2001 la tension n’a été aussi palpable dans les commissariats des Hauts-de-Seine. À lui seul, Jean-Louis Ferracci a mis une telle pression que la nervosité a fini par gagner tout le monde. Même les plus aguerris ont été touchés. »

Jacques Expert est un écrivain et journaliste français.
Il débute sa carrière professionnelle sur les ondes, à France Info et France Inter, stations pour lesquelles il couvre, pendant près de quinze ans, de nombreux faits divers qui vont inspirer l’écriture de ses premiers ouvrages.
Publié en 2007, La Femme du monstre résulte d’une longue enquête de terrain et lui vaudra d’être rapidement remarqué par la presse. Parallèlement il poursuit une carrière dans les médias, en occupant successivement les postes de directeur des magazines M6 puis de directeur des programmes de la chaîne Paris Première avant de prendre la direction des programmes de RTL en 2013.
Son roman, Ce soir je vais tuer l’assassin de mon fils, est adapté en téléfilm sur TF1 par Pierre Aknine en 2014. D’abord publiés aux éditions Anne Carrière, les romans de Jacques Expert paraissent chez Sonatine depuis Adieu (2012).

Émotion, Drame, Dystopie

Tyrannie

de Richard Malka
Poche – 21 août 2025
Éditeur : MON POCHE

Aux portes de l’Occident, un dictateur opprime son peuple au nom de la pureté. Les enfants ont le visage masqué et les citoyens récitent en masse un petit livre dont l’idéologie venimeuse contamine le monde. À Paris, dans une cour d’assises scrutée par la presse internationale, un homme ayant fui ce pays après avoir échappé à un massacre tente de justifier le crime qu’il a commis de sang-froid. Son avocat, intense et secret, doit obtenir l’impossible : l’acquittement d’un meurtrier qui revendique un acte destiné à réveiller les consciences. À ses côtés, la nuit, le jour, une réfugiée politique à laquelle il se lie de passion trouble : qui manipule qui ? Journalistes, témoins, avocats, juges et intellectuels de notre temps se retrouvent dans ce procès pour l’Histoire.

Lire Tyrannie, le premier roman de Richard Malka, a été pour moi une expérience troublante, presque dérangeante par moments, tant la fiction qu’il déploie fait écho à notre propre réalité. L’auteur imagine une société, l’Astracie, qui sombre peu à peu dans une dictature où les libertés fondamentales disparaissent, grignotées au nom de la transparence et de la pureté. Derrière cette façade idéologique, j’ai reconnu le miroir de tous ces régimes qui manipulent et asservissent un peuple au nom d’un idéal mensonger, pendant que les élites artistiques, intellectuelles ou politiques ferment les yeux, prêtes à toutes les compromissions.

Au cœur de cette noirceur se dresse un homme, Oscar Rimah. Pédiatre respecté, il va se dresser contre cette tyrannie et commet un geste radical, l’assassinat d’un dignitaire, Satine Sa Cher, le secrétaire de l’ambassadeur d’Aztracie en France. Non par folie ou par haine, mais pour tenter de réveiller les consciences. À ses côtés, un avocat, Raphaël Constant, homme intègre et tourmenté, qui va livrer le combat de sa vie. Défendre l’indéfendable, plaider l’acquittement d’un meurtrier qui revendique son acte. J’ai suivi ce procès comme si j’y étais, haletant, bouleversé par la force des arguments, par l’intensité des débats, par la tension qui monte à chaque page.

C’est justement cette partie juridique, concrète et passionnante qui m’a d’abord emportée et tenue en haleine jusqu’à l’issue du procès, avec son dénouement inattendu, dévoilant parfois le fonctionnement du système judiciaire français. Richard Malka est avocat et cela se sent. Il met toute son expérience au service de cette histoire. Cela se ressent, les plaidoiries, les joutes verbales, les hésitations du jury… tout sonne vrai, brûlant, presque tangible. Je me suis laissé happer par cette immersion dans les coulisses d’une justice qui doute, s’affronte, se cherche.

Mais Tyrannie n’est pas seulement un thriller judiciaire brillant, il raconte quelque chose de beaucoup plus important comme une parabole politique et humaine. J’y ai retrouvé les échos de 1984 ou du Meilleur des mondes. Comme eux, ce roman m’a interpellé, m’a secoué, en me rappelant combien nos libertés sont fragiles et combien il est essentiel de ne jamais abdiquer notre esprit critique.

La plume de Richard énonce le long de son récit des vérités que beaucoup d’entre nous refuseront de voir, elle est sans concession, directe, mais jamais moralisatrice. Elle frappe juste, en plein cœur. Ce roman n’a pas seulement occupé mes pensées pendant ma lecture, il continue de résonner en moi.

Un récit fort, dense, profondément marquant. Une lecture qui m’a laissé à la fois admiratif et inquiet, mais surtout conscient de l’urgence de rester vigilant.
On suit intensément les interventions de chacun, on se laisse convaincre par telle plaidoirie, tel discours d’expert, on est invité à se poser les questions de responsabilité, intentionnalité, culpabilité, et de la portée universelle que peuvent revêtir le procès d’un individu et le verdict du jugement…

Un très grand merci à Virginie des éditions “de Borée/MonPoche” pour cette lecture poignante…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« OSCAR RIMAH était incarcéré à la maison d’arrêt de Fresnes, en division sud, à l’isolement, régime assez inhumain hérité des quartiers de haute sécurité. Sa célébrité imposait qu’on le protège des autres, ceux qui voulaient le sauver et ceux rêvant de l’abattre. Cette mesure compliquait la tâche de son avocat, contraint à de longs et tatillons contrôles pour parvenir jusqu’à lui. Surtout, il y avait ce que Raphaël considérait être un chef-d’œuvre de perversité pénitentiaire. »

« OSCAR RIMAH était né pauvre mais à force d’étude et de travail, il devint pédiatre, puis chef de service dans le plus grand hôpital du pays.
Unanimement respecté dans son domaine, il se maria avec Ezra, infirmière anesthésiste qui lui donna deux beaux enfants, Ethal et Fine. Comme tous ses collègues, Oscar travaillait quinze heures par jour afin de pallier le manque de ressources du secteur hospitalier. Il avait quarante-cinq ans, les cheveux déjà gris, les yeux très noirs, la taille haute et le sourire bienveillant. »

« Le père d’Oscar avait quatre-vingt-cinq ans lorsqu’une voiture le percuta. La première année du pouvoir aztride fut marquée par une explosion du nombre d’accidents de la circulation. Les opposants au régime semblaient être distraits en traversant. »

« – À nouveau, je n’ai rien dit. Le climat du pays s’était dégradé et les disparitions se multipliaient.
La peur ne me quittait plus. En fait, la population de mon pays était divisée entre ceux qui avaient peur et ceux qui faisaient peur. »

« – Un jour, la Garde prophétique est venue chercher une petite fille de sept ans. J’ai demandé au nouveau directeur d’école des explications. Il m’a répondu que ce n’était pas de mon ressort et que je ne devrais pas poser de telles questions si je voulais éviter des ennuis. »

Richard Malka est né en 1968 à Paris, dans le 11e arrondissement, de parents juifs marocains. Il obtient son baccalauréat en 1986 et poursuit des études de sciences et de commerce avant de se tourner vers le droit. En 1992, il devient avocat et commence sa carrière dans le cabinet de Georges Kiejman. En 1999, il fonde son propre cabinet d’avocats. Il défend des clients célèbres comme Charlie Hebdo, Clearstream et Dominique Strauss-Kahn. Il est également connu pour ses interventions dans des procès emblématiques liés à la liberté d’expression et à la laïcité. En parallèle de sa carrière juridique, il se lance dans l’écriture de bandes dessinées et de romans.

En 2006, il co-écrit La Face karchée de Sarkozy avec le journaliste Philippe Cohen et le dessinateur Riss. Ce livre, qui critique la politique de Nicolas Sarkozy, rencontre un grand succès avec plus de 200 000 exemplaires vendus. En 2018, il publie Le droit d’emmerder Dieu, un essai qui défend la liberté d’expression et la laïcité. Cet ouvrage lui vaut le Prix du livre politique en 2022. En 2021, il écrit Traité sur l’intolérance, un livre qui met en garde contre les dangers de l’extrémisme religieux et qui est salué par la critique.

Après Dieu publié en 2025, est un dialogue imaginaire entre l’auteur et Voltaire, où ils discutent de la place des religions dans la société moderne et de la quête de nouvelles formes de transcendance.

C’est un auteur prolifique et engagé, dont les œuvres reflètent son combat pour la liberté d’expression et la défense des droits fondamentaux.

Drame, Historique, Psychologie, Thriller ésotérique

La crypte du Diable

Les mystères de Burdigala
de Dominique Faget
Broché – 13 mai 2016
Éditeur : Soleil Noir

Quel lien y a-t-il entre :
Le tableau d’une Madone peint durant l’épidémie de peste de 1628 et dissimulé dans l’église Saint-Pierre ?
Des cadavres repêchés dans la Garonne avec des symboles religieux fichés dans les chairs ?
Une crypte inexplorée qui plonge sous le quartier Saint-Pierre ?
Une longue et difficile enquête commence pour la P.J. de Bordeaux qui se retrouve face à l’incompréhensible.

Il y a quelques jours, Dominique Faget, est entrée en contact avec moi, pour me proposer de découvrir son roman La crypte du diable. J’ai accepté sans hésiter, et aujourd’hui, je peux dire que je n’ai pas regretté une seule seconde ce choix.

Dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par cette double intrigue qui navigue entre deux époques : Bordeaux en 1628, en pleine peste noire, et notre monde contemporain. Deux récits qui semblent éloignés, mais qui se rejoignent autour de thèmes universels, la religion, l’amour, la mort, la sorcellerie, et même un mystérieux tableau disparu.

Dans le présent, j’ai suivi l’enquête haletante de Mathieu et Camil, deux policiers chargés de comprendre pourquoi des cadavres atrocement mutilés sont retrouvés dans la Garonne, ornés d’objets religieux. Dans le passé, j’ai plongé au cœur d’une ville rongée par la peur, où les femmes étaient la proie des accusations de sorcellerie, soumises à la toute-puissance des prêtres et des hommes. Les passages consacrés à ces chasses aux sorcières sont durs, mais terriblement réalistes, et m’ont glacé le sang.

Ce qui m’a le plus marqué, c’est la manière dont Dominique Faget redonne vie au Bordeaux du XVIIe siècle. Elle excelle. Son vocabulaire précis, ses dialogues crédibles, ses citations latines et bibliques, tout concourt à rendre le récit vibrant et authentique. J’imaginais sans peine les ruelles, les églises, les cris et la peur qui parcouraient la ville. Mon côté passionné d’histoire a trouvé là un immense plaisir de lecture.

Et puis, retour brutal au présent. Un thriller contemporain, dur, crédible, mené tambour battant. J’ai adoré ce contraste. La plume alterne sans relâche entre passé et présent, maintenant le suspense jusqu’au bout. À mesure que les fils se tissent, les deux intrigues finissent par se rejoindre, révélant une vengeance patiemment construite et redoutablement efficace.

La crypte du diable est un roman sans fioritures, dense et captivant. Je l’ai lu presque d’une traite, incapable de poser le livre tant je voulais connaître le dénouement. Dominique Faget a réussi le pari de mêler polar historique et thriller contemporain avec brio, et elle nous offre en prime une réflexion sur la condition des femmes, hier comme aujourd’hui.

Un polar historique et contemporain qui m’a captivé d’un bout à l’autre, un récit sombre et passionnant, que je ne peux que recommander à tous ceux qui aiment les voyages dans le temps, les énigmes bien ficelées et l’Histoire servie par une plume inspirée.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Les cheveux défaits et les yeux exorbités de terreur, la fille était tiraillée de toutes parts. Son pauvre corps meurtri passait de mains en mains. La foule vindicative hurlait et attirait d’autres paroissiens en colère qui prenaient la relève pour la rosser énergiquement.
Elle avait eu la mauvaise idée de vouloir sortir de la maison en empruntant une brèche, derrière la niche du chien, un passage qui avait été obstrué pour que l’animal ne puisse plus s’échapper. Elle avait enlevé les moellons à mains nues pour dégager la trouée. Avec force contorsions, elle s’y était faufilée et avait réussi à s’enfuir dans le but de rejoindre l’église. »

« La jeune fille gardait les yeux baissés. Fabrice eut le souffle coupé. C’était là le modèle dont il avait rêvé depuis si longtemps. Un teint nacré de porcelaine, de longs cils recourbés, un nez fin, une bouche rose et gourmande, et une silhouette qui aurait pu être enfantine si elle n’avait possédé de jolis seins qui pointaient sous le tissu fin de son corsage en satin. Quand elle releva les yeux vers les siens, Fabrizzio eut l’impression que le sol se dérobait sous ses pieds. Le bleu de ses iris était indicible. Il se sentit transpercé jusqu’au fond de son âme. »

« Janus se sentit gêné d’avoir surpris la nudité de son invitée.
Il posa rapidement le récipient sur le coin de la table et se retourna en cherchant ce qu’il pouvait trouver pour l’envelopper. Il attrapa un manteau accroché à la patère.
S’approchant de Marie, il en recouvrit son impudeur.
Quand il l’entoura de ses bras, il put sentir les mouvements de son corps fébrile et fut honteux d’en être perturbé.
– Voyons, Marie, tu vas attraper la mort. Ce n’est pas sérieux, va t’habiller de suite.
– Il y a longtemps que je suis morte, mon Père, lui répondit-elle en se dégageant pour se diriger vers la salle de bain. »

« Élise Chantecaille enroulait soigneusement autour de ses doigts les boucles blondes de la chevelure soyeuse de sa fille pour former des anglaises qui encadreraient son joli visage. Catherine, assise devant sa coiffeuse, semblait regarder au loin dans le miroir à facettes. Son esprit ne pouvait se défaire de la pensée du jeune peintre. Elle ne pensait plus qu’à ces heures prochaines, quand elle le rejoindrait à nouveau dans le sous-sol de l’église en fin de journée et qu’il entreprendrait des caresses de plus en plus audacieuses. Elle savait qu’elle commettait un péché et risquait l’enfer en enfreignant un tabou, mais son corps ne pouvait plus se passer de ces interdits. »

Dominique Faget est une écrivaine. Après avoir passé son enfance en Afrique, elle a été diplômée à l’École de Management de Bordeaux. Elle est titulaire d’un DESS de Commerce International et d’un DECPF comptable. Outre l’écriture, elle s’adonne aussi à la peinture.
Elle est membre de l’A.E.G. (Association d’Égyptologie de l’Université de Bordeaux 3).
Elle écrit également sous le pseudonyme de Nicky d’Yvrea

Passionnée d’Histoire et de civilisations anciennes, Dominique est allée à la rencontre d’autres cultures lors de ses nombreux séjours à l’étranger.
Elle a reçu le prix VSD du polar en 2014 et le prix Leclerc Obscur en 2018.

Bibliographie :

  • Celui qui ne meurt jamais, Prisma 2014.
  • La crypte du diable, Vents salés 2016.
  • Les sanglots de pierre, City Hachette, 2018.
  • Hier est pour demain, BOD 2020.
  • La femme sans visage, Cairn 2023.
  • Joyeux Noël Alice, Cairn 2024.
  • Le secret de la maison Lanaverre, Cairn 2025.
Émotion, Conte, Drame, Fantasy, Magique

La Prophétie des pierres

de Flavia Bujor
Broché – 27 août 2002
Éditeur : Anne Carrière

Trois jeunes filles, Jade, Ambre et Opale, issues de milieux différents, découvrent le jour de leur quatorzième anniversaire qu’elles ont été adoptées. L’écho d’une ancienne prophétie les oblige à quitter leur famille pour accomplir leur mission dans un lointain Royaume. Chacune se voit alors remettre, pour seule arme, une pierre magique correspondant à son prénom. Bien que tout les oppose, elles devront apprendre à se faire mutuellement confiance pour échapper aux dangers qui les guettent. Elles entament un long voyage jusqu’à Oonagh, l’oracle mystérieux qui deviendra leur guide. Leur quête les conduira à livrer bataille aux forces du mal.
De nos jours, dans un hôpital parisien, une jeune fille de quatorze ans lutte contre la mort. Joa ne parle plus, ne se bat plus, mais elle rêve, et ses songes l’emportent dans un monde féerique où trois héroïnes mènent un combat épique. Au bout de leurs aventures réside un secret qui pourrait lui redonner une raison de vivre.
Œuvre d’imagination et roman initiatique, La Prophétie des pierres, qui comblera les lecteurs avides d’évasion, révèle le talent d’une toute jeune auteure.

Cela faisait des années que j’entendais parler de La Prophétie des pierres, qui m’intriguais et ce pour une seule et belle raison. Son auteure, Flavia Bujor, n’avait que 13 ans lorsqu’elle l’a écrit.
13 ans… ce simple chiffre suffisait à éveiller ma curiosité.
Puis le temps a passé, et j’avais oublié ce roman, jusqu’à ce qu’il me tende les bras, la semaine dernière, dans un arbre à livres. Impossible de résister, j’ai plongé littéralement.

Dès les premières pages, j’ai senti une simplicité désarmante dans l’écriture. Des dialogues parfois naïfs, des personnages pas toujours fouillés… mais qu’importe ! Derrière cette fragilité perce une énergie brute, une fraîcheur qui n’appartient qu’aux débuts, aux premiers romans. Le récit s’ouvre de nos jours, sur Joa, une jeune fille hospitalisée, luttant contre la mort. Par ses rêves, elle se relie à l’épopée de Jade, Ambre et Opale, trois adolescentes découvrant le jour de leur quatorzième anniversaire qu’elles ont été adoptées et qu’elles sont liées par une prophétie et par des pierres magiques. Leur quête, dans un lointain Royaume, le pays du Conte de Fées, guidée par l’oracle Oonagh, qui deviendra leur guide, va les entraîner dans un combat contre les forces du mal.

J’ai été touché par ce double niveau de lecture, l’hôpital, si proche, si concret, et le monde féérique, immense et initiatique. Je devine très vite que l’un nourrit l’autre, que l’espoir naît au cœur même du désespoir. La plume de Flavia Bujor, malgré ses maladresses, déploie une sincérité qui me fait oublier ses imperfections et je suis emporté.

Alors oui, ce roman s’adresse surtout aux jeunes lecteurs, mais le vieux lecteur que je suis y a trouvé son compte et a pris énormément de plaisir à cette lecture simple, enrobée de magie et de mystère… J’y ai vu une fable sur la vie, sur la force des rêves, sur ce qui nous pousse à tenir debout.
Quel dommage que Flavia n’ait pas poursuivi dans l’écriture, son unique roman résonne pour moi du coup comme un cadeau, un éclat de jeunesse préservé à jamais.

13 ans… Comment a-t-elle fait ?
A-t-elle récupéré les souvenirs de Jade, d’Ambre et d’Opale, afin de nous transmettre leur message perdu ?
Je vous laisse vous faire votre propre avis…

Dans tous les cas, je le recommande avec enthousiasme à tous ceux qui aiment l’aventure, la magie, les émotions pures et la générosité d’une captivante histoire écrite avec le cœur.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Le vieillard poussa un long soupir. Il semblait à bout de forces. D’innombrables rides creusaient son visage. Il tenait à peine debout, le dos voûté, les jambes tremblantes. Il se laissa tomber dans un fauteuil et dit faiblement :
– Je ne peux rien y changer. Elle suivra son destin.
Le duc, dont l’angoisse était perceptible, haussa le ton :
– Théodon, tu es sage. Tu as consacré ta vie entière à comprendre La Prophétie. Tu as aidé mon père. Tu m’as aidé. Tu m’as conseillé, tu m’as soutenu. Ne m’abandonne pas maintenant! Il faut qu’elle vive. Il faut qu’elle triomphe, quoi qu’il advienne. »

« Ambre était assise dans l’herbe. Comme à son habitude, elle rêvait et regardait d’un œil distrait les moutons qu’elle devait garder. D’autres images occupaient ses pensées. Elle s’imaginait vivre près du soleil et de sa chaleur bienfaisante, dialoguer avec les nuages, les oiseaux. Le vent l’emportait dans de merveilleux voyages; la nuit, elle était éblouie par l’éclat des étoiles qu’elle pouvait toucher de la main, et… »

« D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, Opale avait toujours vécu avec son arrière-grand-tante Eugénia et la fille de celle-ci, qui portait le même prénom. Pour la différencier de sa mère, on l’appelait Gina. Opale n’avait pas connu d’autre logis que la maison cossue où elles habitaient toutes trois. Sa grand-tante Gina, malgré son âge avancé, restait vigoureuse. Elle s’était toujours occupée de l’entretien de la maison et de l’éducation d’Opale, et lui avait appris tout ce qu’elle savait : les Lettres et l’Histoire. Elle lui avait aussi transmis sa connaissance des plantes et des remèdes.
Opale était une élève réfléchie et appliquée. »

« Depuis qu’elles s’étaient rencontrées, quelques minutes auparavant, elles n’avaient pas prononcé un mot. Elles se détaillaient mutuellement, la même pensée à l’esprit : “Nous sommes ennemies.” Jade scrutait avec dédain les deux filles. La tête haute, le regard fier, elle voulait clairement leur signifier qu’elles n’avaient aucune importance pour elle. “Une paysanne et une petite bourgeoise, ça ne m’impressionne pas”, se dit-elle avec ironie. Mais au fond d’elle-même, la jeune fille éprouvait un profond désarroi, et elle était résolue à n’en rien laisser paraître. Elle observa Ambre, les traits défaits, qui pleurait en silence. “Pauvre fille, tu fais pitié !” pensa-t-elle. »

« – Il ne lui reste plus très longtemps, ajouta-t-il. A mon avis, pas plus de quelques jours. Vous ne vous y êtes pas attachée, j’espère ?
L’infirmière haussa les épaules d’un geste fataliste.
– Non, pas vraiment. Et puis, elle a déjà tellement souffert…
Le docteur observa un moment de silence. Il nettoya minutieusement les verres de ses lunettes avant de lâcher gravement :
– De toute façon, nous ne pouvons plus l’aider. Elle a définitivement renoncé à se battre depuis la mort de ses parents. »

Flavia Bujor (née en 1988) est une écrivaine et critique littéraire française d’origine roumaine. Née le 8 août 1988 à Bucarest, fille d’un sculpteur et d’une psychanalyste, elle est arrivée en France à 2 ans.
À l’âge de 13 ans, elle écrit son premier roman, La Prophétie des Pierres, traduit en 23 langues (dont l’allemand, l’anglais et l’italien).

En 2008, Flavia Bujor entre à l’École normale supérieure (A/L). Elle obtient en 2012 l’agrégation de lettres modernes.

À partir de 2014, elle prépare sous la direction d’Emmanuel Bouju (université Rennes 2) une thèse de doctorat en littérature comparée intitulée Une poétique de l’étrangeté : plasticité des corps et matérialité du pouvoir (Suzette Mayr, Marie NDiaye, Yoko Tawada), qu’elle soutient en novembre 2018.

Elle est ATER à l’université de Bretagne-Sud depuis 2017.