Émotion, Drame, Roman de terroir

Un chemin de rocailles

de Marie de Palet
Broché – 8 mai 2025
Éditions : De Borée

Au début du XXe siècle, Sophie, petite fille espiègle et volontiers casse-cou, vit entre une mère un peu trop autoritaire et une grand-mère qui déborde d’affection. Mais qui est cet homme silencieux qu’elle trouve un jour assis dans leur cuisine ? Son père ? Impossible, il est mort il y a bien longtemps ! Se pourrait-il qu’on lui ait menti pendant toutes ces années ? Cette révélation inattendue perturbe Sophie plus qu’elle ne la comble de joie. Car son père, cet inconnu, semble totalement indifférent à sa présence. Pire, il projette de les emmener, sa mère et elle, loin du village qu’elle a toujours connu.

Après avoir lu Le Secret de Miette, que je vous recommande vivement, j’avais très envie de retrouver la plume de Marie de Palet. C’est donc avec une certaine curiosité et un réel plaisir que je me suis plongé dans Un chemin de rocailles. Et je peux le dire sans détour, je n’ai pas été déçu du tout !

Dès les premières pages, j’ai été happé par l’ambiance âpre et chaleureuse des Cévennes, cette terre rude où les silences pèsent parfois plus lourd que les mots. C’est là que grandit Sophie, une enfant vive, espiègle, à la fois casse-cou et profondément sensible. Elle vit auprès de sa mère, autoritaire et distante, et de sa grand-mère, douce et très aimante. Mais ce fragile équilibre vacille le jour où un homme se présente à elle comme étant son père… alors qu’on lui avait toujours dit qu’il était mort.

Sophie a huit ans. Et soudain, tout vacille. Ce qui aurait pu être une joie devient une suite de désillusions, de pauvreté, de rejet. J’ai suivit son parcours cabossé, ses années d’orphelinat, ses tentatives pour comprendre enfin d’où elle venait, qui elle était. C’est un roman de quête, de filiation, mais aussi de solitude et de résilience, mais la lumière reste toujours là cachée entre les pierres.

J’ai été touché par la justesse du ton et la sobriété de l’écriture. Marie de Palet n’a pas besoin d’effets. Elle sait dire l’essentiel. On sent la poussière des chemins, la chaleur des jours d’été, les regards qui blessent, les silences qui protègent. Elle excelle à capter les émotions les plus fines, les plus enfouies. Sophie, je l’ai vu grandir, tomber, se relever. Elle devient peu à peu une figure de courage et d’espérance.

Bien sûr, certains rebondissements sont attendus, et la fin se dessine assez tôt. Mais qu’importe. Ce n’est pas tant l’intrigue que l’émotion qui porte ce roman. Et moi, lecteur, j’y ai trouvé ce que je cherchais, une belle histoire, sincère et profondément humaine.

Un grand merci à Virginie de m’avoir mis ce livre entre les mains. Il m’a touché, remué, et offert un moment de lecture encore une fois hors du temps.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« — Aguénous est gelé ! Aguénous est gelé !
D’une voix fluette à une petite oreille, l’information avait circulé dans le village et, après le repas de midi, ils s’étaient retrouvés, garçons et filles, autour du ruisseau que la glace recouvrait d’une chape épaisse. Ce n’était pas tous les hivers que pareille aubaine survenait. Même s’il faisait très froid, Aguénous était lent à « prendre croûte », comme disaient les vieux. Le torrent descendait de Balduc. Il commençait à se lancer comme un fou, sur le versant de la vallée, puis s’assagissait en arrivant dans les champs moins pentus pour reprendre un peu de vitesse avant de rejoindre la Nize où il s’engloutissait dans une dernière colère. »

« La fillette l’admirait sans retenue, éblouie, chaque fois, du savoir de la vieille femme. Apolonie riait de bon cœur de l’étonnement de Sophie et, même, en tirait une certaine fierté.
Marianne, la mère, au contraire, haussait les épaules en regardant sa mère et sa fille se passionner en commun pour des passe-temps inutiles.
— Il vaudrait mieux lui apprendre à travailler, grommelait-elle, ça lui sera plus utile, plus tard !
Comme prise en faute, la vieille femme arrêtait brusquement ces enfantillages, au grand désespoir de l’enfant qui en voulait à sa mère pour cette phrase qui gâchait sa joie. II est vrai que, pour Marianne, couturière de son métier, rien d’autre ne comptait que le travail. Sophie la voyait toujours étaler des patrons sur la table de la salle commune, tailler, coudre, ajuster du matin au soir et du soir au matin… »

« La petite s’approcha, intimidée. L’homme paraissait grand. Il était recroquevillé sur sa chaise et ne tourna pas la tête pour voir sa fille. Il leva à peine les yeux des flammes pour les poser sur la fillette, lui jeta un bref regard et retourna bien vite vers le feu qui semblait le fasciner.
— Dis bonjour à ton père, redit Marianne en la poussant vers l’homme. »

« — C’est la guerre, ma petite fille !
Sophie resta interdite. Elle savait ce qu’était la guerre : elle l’avait appris dans son livre d’histoire; mais elle ne comprenait pas pourquoi tous les gens du village s’étaient rassemblés comme s’il s’agissait d’un événement important.
Sa grand-mère avait repris sa conversation avec les autres femmes; alors, elle s’en revint lentement vers Marcelle et lui expliqua :
C’est la guerre.
Oui, répondit sa camarade, et ma mère m’a dit que tous les hommes allaient partir.
Je ne sais pas, mais ils vont partir. C’est pourquoi tout le monde pleure.
Ton père et ton frère vont partir ?
Marcelle éclata en sanglots : visiblement, elle n’avait pas pensé que sa famille serait touchée. »

÷÷÷÷÷÷÷

La notoriété de Marie de Palet s’est développée à l’heure de la retraite, lorsqu’elle a troqué son stylo rouge d’institutrice pour la plume d’écrivain. Lozérienne de racines et de cœur, elle met en scène sa province d’origine dans ses livres, dans lesquels elle dévoile sa connaissance intime du monde paysan d’autrefois. Un succès mérité jamais démenti, couronné en 2019 par le Grand Prix d’honneur pour l’ensemble de son oeuvre décerné par la Ligue auvergnate (Prix Arverne).

Émotion, Drame, Nouvelles, Psychologie, Suspense

SEPT SAISON 2

Les padawans de René Manzor
de Katazina,
Sarah Bordy,
Elsa Morienval,
Marlène Pascaud,
Sébastien Lemaire,
Stéphanie Baudron-Cosson,
Corinne Garnier & Patrice-Tom Garcia,

Broché – 2 juin 2025
Éditeur : Des livres et du Rêve

Sept Nouveaux Talents
Sept Premières Nouvelles…

L’idée folle de René Manzor, réalisateur, scénariste et romancier, a fait du chemin.
Donner vie à ce prof d’écriture qu’il cherchait désespérément étant môme, quelqu’un qui vous apprendrait les secrets de l’écriture comme un prof de guitare vous montre les accords.
Grâce à son « coaching », René montre la voie à ses padawans, des débutants de tous âges qui donnent vie à leur histoire.
SEPT d’entre elles sont publiées dans ce second recueil.
Elles révèlent SEPT nouveaux talents…

SEPT – Saison 2 : une suite que j’attendais avec impatience !

Écrire une nouvelle, c’est capturer l’instant avant qu’il ne s’échappe.
C’est tendre un fil invisible entre le souffle et la chute.
C’est dire beaucoup, avec presque pas de mots.
Et parfois, y glisser une volonté d’éternité.

Dans ce second opus de SEPT, ils sont de nouveaux sept à avoir relevé ce défi.
Sept voix brutes ou ciselées, portées par l’ombre bienveillante et les conseils avisés de René Manzor, chef d’orchestre de l’invisible.
Il y a du feu dans ces pages. Des tremblements. Des frissons. Du sang, des larmes, mais aussi des battements de cœur qui résonnent longtemps après la dernière ligne.
On y croise des destins qui basculent, des silences qui crient, des regards qui s’écrivent plus fort que des mots.
Et moi, lecteur, j’ai marché à travers ces histoires comme on traverse un rêve : sans vouloir en sortir… du moins pas tout de suite.

Qu’est-ce qu’un(e) auteur(e), sinon un passeur d’ombres et de lumières, un veilleur de l’intime. Celui ou celle qui, le temps d’un récit, rallume dans nos regards l’émerveillement de l’enfance ?
Ou peut-être un magicien discret qui nous parle sans bruit, mais touche juste ?

Ces SEPT, dont la plupart signent ici leur première publication, ont encore frappé très fort.

Un grand merci à René pour cette idée qui éclaire auteurs et lecteurs.
Un non moins grand merci à Angie Lollia et à ses Éditions “Des Livres et du Rêve”, qui portent tellement bien son nom et qui donne chair à ce livre que j’ai eu, une nouvelle fois, le bonheur d’habiller, un plaisir renouvelé.

Un cadeau à offrir, un trésor à garder.
Et un geste solidaire, aussi : 1€ reversé à l’association UN PAS VERS LA VIE – AUTISME pour chaque exemplaire acheté.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

La cabane – Sébastien Lemaire
« Ce soir-là, les parents d’Arthur étaient invités chez des collègues. Leur fils, ne voulant pas y aller, son père l’avait autorisé à dormir chez Benjamin et Thomas. C’était une occasion inouïe de mettre leur plan à exécution : venger Arthur du pervers qui l’avait tripoté. Pas une vengeance frontale, non !
Juste une façon de faire comprendre à Paul Mercier que des gens étaient au courant de ses agissements. »

Tabou – Elsa Morienval
« – Wow ! Super, Nath ! Trop contente que tu reviennes parmi nous ! Qu’est-ce qui nous vaut cet honneur ?
– Un héritage.
– Tu déconnes. Héritage de quoi ? D’emmerdes, sûrement, avec la famille que t’as !
– J’espère que non. J’ai rendez-vous avec le notaire. Je te tiens au courant.
– T’as intérêt! Et il faut qu’on se voie, histoire que je te fasse perdre ce « môdit » accent québécois !
– Bisous, ma Sof. »

Manque d’oxygène critique – Marlène Pascaud
« Dans le salon, l’horloge chuchotait les secondes.
Andréa se tenait assise sur le vieux canapé en tissu aux côtés de son père. Les lunettes à oxygène dans le nez, il dormait paisiblement.
Mais pour combien de jours encore ?
Le temps lui était compté, ils le savaient tous les deux. »

Rancune sanglante – Katazina
« La femme, nue, tête baissée sur sa poitrine, est pendante au portant de la douche. Ses intestins sortent d’une plaie béante, d’environ trois centimètres de largeur. Son torse est ouvert sur toute sa longueur, jusqu’au pubis. Des lambeaux de peau d’une couleur verdâtre retombent. D’un mouvement de bras, le légiste écarte les mouches qui viennent le saluer. Il tourne autour du corps et continue à prendre des photos sous tous les angles. »

Le cinquième taureau – Corinne Garnier & Patrice-Tom Garcia
« Le jour se lève, peinant à percer les ténèbres qui recouvrent la ville. Séville a connu une des pires nuits de son histoire. Les explosions ont déchiqueté la belle Andalouse. La vue, depuis le couvent, est cauchemardesque : des camions sillonnent les rues pour ramasser les cadavres, des villas sont brûlées, d’autres, en ruines. Les canons ont défiguré la ville. »

Remake – Sarah Bordy
« Lorsque la scène de l’effeuillage arrive enfin, Vixen bout déjà. Cette fille lui a tout pris. Ses mimiques, son look, sa coupe de cheveux, cette tignasse blonde, signature à laquelle Cynthia a seulement ajouté une frange épaisse. Lorsque le saxophone émet ses premières notes, elle remarque tout de suite que la chorégraphie est la même. Le même costume, les mêmes mouvements, la même sensualité. Tout est copié, jusqu’à la couleur du boa. Seule la fille change.
Un véritable plagiat.
Sale petite pute. »

Un cri d’enfant – Stéphanie Baudron-Cosson
« Depuis une semaine, Joanna s’est enfermée dans son minuscule appartement, au cinquième étage de son immeuble du centre-ville de Cahors. Ses journées sont ponctuées des cris stridents, des grognements et des balancements incessants de son fils Morgan, quatre ans, autiste profond et non verbal.
Avant de s’enfermer avec lui, elle a consulté tous les spécialistes de la région : assistantes sociales, puéricultrices, orthophonistes, kinésithérapeutes, ergothérapeutes. Elle s’est documentée, a contacté des associations de parents d’enfants atteints de ce trouble. Si son expérience professionnelle d’éducatrice spécialisée et son amour pour son fils lui ont permis d’imaginer des rituels pour le rassurer, c’est elle qui a le plus souffert de cet isolement. »

En 2020, quand le covid frappe et que les tournages s’arrêtent, le réalisateur, scénariste et romancier, René Manzor, a une idée folle : donner vie à ce prof d’écriture qu’il cherchait désespérément étant môme, quelqu’un qui vous apprendrait les secrets de l’écriture comme un prof de guitare vous montre les accords.

Émotion, Drame, Histoire, Polar, Psychologie

7/13

de Jacques Saussey
Broché – 10 janvier 2018
Éditeur : Éditions Toucan

Hiver 2015. Durant l’absence prolongée des propriétaires, une villa de la banlieue parisienne est le théâtre d’un crime atroce. Lorsqu’il arrive sur les lieux, le capitaine Magne découvre avec effroi que le corps n’est plus reconnaissable. Pas de vêtements, pas de papiers : l’identification s’annonce compliquée. Décembre 1944. Londres. Un officier américain scrute avec inquiétude le brouillard qui plombe le ciel de l’Angleterre. Il projette de traverser la Manche au plus vite pour rejoindre la France où il doit préparer l’arrivée prochaine de ses hommes. Le mauvais temps s’éternise mais bientôt, une proposition inattendue va faire basculer son destin. Soixante-dix ans plus tard, elle confrontera les enquêteurs du quai des Orfèvres à l’un des mystères les plus stupéfiants qu’ils aient jamais rencontrés.

Certains romans méritent une seconde lecture… 7/13 était une évidence pour moi… il attendait patiemment…

Dès les premières pages, lors de ma première lecture en juin 2018, j’ai su très vite que je tenais entre les mains un polar différent, plus dense, plus riche que ceux auxquels j’étais habitué dernièrement.

Le cadavre d’une femme atrocement mutilée ouvre l’histoire dans une violence brutale. Très vite, d’autres cadavres s’accumulent et l’enquête s’emballe. Mais alors que je pensais m’enfoncer dans un polar classique, Jacques Saussey me prend à contre-pied, casse le rythme. Le récit dévie. Jacques m’embarque ailleurs, dans une autre époque, en 1944, aux côtés d’un mystérieux officier américain en partance pour une mission étrange dans un avion sous le brouillard anglais.

Quel est le lien entre ces deux récits ?
Je l’ignore encore, mais je m’accroche. Parce que l’auteur sait exactement ce qu’il fait.
Lors de cette seconde lecture j’apprécie pleinement la façon dont l’auteur sème les informations, les distille avec finesse, Jacques excelle dans l’art de ce tissage très particulier. Il me balade entre présent et passé, entre drame intime et Polar à énigme historique. Puis, le nom de Glenn Miller surgit, et avec lui, une des plus grandes disparitions du XXe siècle. Jacques injecte dans son intrigue des thèmes forts : la mémoire, la guerre, les migrations, la douleur parentale, la vengeance sourde, l’impossible deuil, la culpabilité, la vengeance. Même dans l’horreur, Il insuffle dans son récit une certaine grâce.

Puis, un duo d’enquêteurs secondaires apporte une respiration bienvenue, avec une touche d’humour sans jamais dénaturer la gravité de l’histoire. Et derrière le suspense, se dessine une réflexion profonde sur ce que signifie survivre après l’irréparable.

L’écriture est tendue, sobre, parfois poétique. Jamais démonstrative, toujours juste. Ce roman ne cherche pas à résoudre, mais à nous confronter.
7/13, que j’ai lu en écoutant Glenn Miller, et d’autres standards du jazz évidemment… m’a secoué parce qu’il ne donne pas de réponses faciles.
Parce qu’il fait confiance au lecteur.
Parce qu’il transforme une enquête policière en descente vertigineuse dans la psyché humaine.
Et surtout il prouve, une fois encore, que la littérature noire peut être d’une richesse bouleversante.
Il serre la gorge, il bouscule. Il laisse une trace et m’a fait réfléchir…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« 14 mars 2015
La maison est cossue. De type bourgeois, en forme de L, pierres de taille et allée pompeuse bordée d’arbustes coiffés au cordeau. Un terrain immense entretenu à grands frais, des fruitiers au fond, près de la rivière, des massifs de rosiers encore figés dans la fin de l’hiver, des crocus qui montrent le bout de la langue sous l’herbe pliée par la rosée.
Près du bâtiment, une piscine couverte s’avance sur le gazon.
Elle a été verrouillée pour la mauvaise saison. À travers la vitre salie par des fientes d’oiseaux et des feuilles mortes collées par l’humidité, j’aperçois l’eau qui a pris une vilaine.
couleur verdâtre.
– Venez, c’est par là.
Le commandant Picaud me désigne la porte de la maison.
Il m’explique qu’un serrurier l’a forcée deux heures auparavant pour conserver la scène de crime la plus intacte possible. Le meurtrier a fracturé une porte-fenêtre du salon.
L’Identité judiciaire est en plein travail, mais ils devraient avoir fini leurs investigations d’ici quelques dizaines de minutes. Dans l’air frais de ce début de matinée, les croassements des corneilles se répercutent à l’infini entre les branches bourgeonnantes des peupliers.
Il n’y a pas un bruit dans la rue, suffisamment éloignée de la bâtisse pour que personne n’ait pu y entendre le moindre cri. Et pourtant, de nombreux badauds se pressent contre la grille du parc que deux agents surveillent, l’œil farouche. Les regards des curieux alternent sans fin entre les hommes en blanc qui œuvrent autour de la maison et le fourgon mortuaire qui attend dans l’allée que les techniciens du crime donnent au légiste l’autorisation d’enlever le corps.
– Je vous préviens, c’est moche. »

« Le légiste se penche sur le cadavre et l’inspecte de près. Il suit la peau marbrée d’un doigt d’expert, pousse une bestiole par-ci, une autre par-là… J’ai soudain un goût de cendres sur la langue. Combien lui a-t-il fallu de manifestations de la mort pour qu’il parvienne à s’en affranchir autant ?
Combien de femmes, d’enfants, de corps meurtris a-t-il ouverts, découpés, vidés pour les besoins d’une enquête ?
Combien d’estomacs a-t-il pesé, disséqué pour savoir ce que la personne avait ingéré juste avant de mourir ? »

« Je rouvre les paupières. Il lui en a fallu, de la haine, à ce type. Un homme, c’est sûr. Je ne peux pas imaginer une femme infliger ça à une autre. C’est de la bestialité pure, la manifestation d’une fureur contre la féminité, peut-être même contre sa propre mère…
Je me prends les tempes dans les mains. Je déraille.
Comment pourrais-je concevoir ce qui a traversé l’esprit malade de ce dingue ? Je suis à mille bornes de m’approcher de ce qui l’a déclenché. Contrairement à de nombreuses autres affaires sur lesquelles j’ai eu à me pencher, celle-ci ne me parle pas. Je me trouve face à un mur de glace, un mur de ténèbres. »

Jacques Saussey est né en 1961, il écrit des nouvelles durant de longues années, entre 1988 et 2007. Après le premier prix au concours Alfred Jarry, cette année-là, il quitte l’écriture des nouvelles et entame son premier thriller, La mante sauvage, achevé en 2008. Ce thriller paraîtra le 3 janvier 2013 sous le titre Colère Noire.
C’est le second, De sinistre mémoire, écrit en 2009, qui a connu le premier les joies des rayons des libraires en septembre 2010. Ce roman est ensuite sorti en poche en juin 2011.
Son domaine : l’histoire noire. Très noire…
Il est désormais considéré par les critiques et les libraires comme l’un des “talents” dans le polar.
Enfermé.e (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2018/11/12/enferme-e-de-jacques-saussey/

Émotion, Drame, Folie, Polar

Memento vivere

de Ismaël Lemonnier
Broché – 12 juin 2025
Éditeur : Taurnada éditions

Vitry-sur-Seine. Un bébé est retrouvé mort dans la cuvette des toilettes d’un bar sordide.
Lucien, un flic psychorigide et proche de la retraite, et Anaïs, dernière recrue au look provocateur et au comportement borderline, sont appelés sur cette scène de crime pour le moins singulière, le genre d’affaire que personne ne convoite.
Découvrant que le foetus a été génétiquement modifié, les deux enquêteurs devront mettre de côté leurs différends et plonger dans les abysses de la folie humaine.
En parallèle, un individu sème la terreur dans la ville avec son chien-loup en laissant derrière lui des cadavres.
Et si les deux affaires étaient liées ?
Et si la vérité était au-delà du supportable ?
Une enquête qui, très vite, va se transformer en compte à rebours.

Je viens de refermer Memento Vivere d’Ismaël Lemonnier, et je suis encore sous le choc.

Tout d’abord, un grand merci à Joël des éditions Taurnada pour ce service presse qui m’a complètement embarqué. Dès les premières pages, j’ai senti que ce thriller allait me happer – et je ne me suis pas trompé.

Tout commence par la découverte d’un nouveau-né sans vie, abandonné dans les toilettes d’un bar miteux de Vitry-sur-Seine. Rien que ça, c’est déjà glaçant. Mais l’autopsie révèle un détail encore plus troublant, l’enfant a été génétiquement modifié.
En parallèle, un mystérieux tueur, très jeune à priori, sème la terreur, accompagné d’un chien-loup terrifiant. Deux affaires en apparence distinctes qui vont peu à peu converger vers une vérité aussi dérangeante que fascinante.

Au cœur de l’enquête, un duo détonnant. Lucien, un flic psychorigide de 60 ans, mis au placard à l’approche de la retraite, et Anaïs, jeune enquêtrice punk, sans filtre, boulimique, look ravageur et tempérament volcanique. Rien ne les prédestinait à bosser ensemble… et pourtant, leur tandem fonctionne. Leurs joutes verbales m’ont arraché quelques sourires et même des sursauts de rires, leurs blessures m’ont ému. J’ai eu régulièrement l’impression d’être dans la tête de Lucien durant ma lecture… Un vrai plaisir.

L’écriture est fluide, tendue, très rythmée. L’auteur dose parfaitement tension dramatique, rebondissements et clins d’œil culturels – notamment aux années 80, que Lucien essaie désespérément de faire apprécier à sa partenaire. J’ai trouvé le fond de l’intrigue – manipulation génétique, dérives scientifiques, déshumanisation – à la fois très actuel et effrayant.

Avec ce roman, j’ai été tenu en haleine jusqu’au bout, jusqu’à cette fin explosive digne d’un très bon polar comme je peux les imaginer à l’écran.
J’espère vraiment retrouver Anaïs et Lucien dans de prochaines enquêtes. Un vrai coup de cœur.
Bravo Ismaël !

Décidément, les Éditions Taurnada ne cesseront jamais de me surprendre…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« La porte claqua sèchement derrière lui. Effrayé, il se redressa d’un coup sur sa chaise, encore essoufflé par ses propres hurlements. Tous ses sens en alerte, il tendit l’oreille dans l’obscurité de cette minuscule pièce qu’était son salon. Pas un bruit. Il essaya en vain de se débattre, les dents serrées à en faire éclater l’émail.
Entravé par des liens solidement attachés aux poignets et aux chevilles, il redoutait le pire. Les larmes l’aveu-glaient. Les souvenirs le submergeaient.
“Par pitié ! Qu’est-ce que vous me voulez ?”
»

« Je vais tout te dire, OK. Je vais me “confesser” comme tu le dis si bien. J’ai peut-être déconné avec Samira, mais ça ne se reproduira plus jamais, je te le promets ! »
Le gamin inséra une nouvelle cartouche, dans l’indifférence la plus totale.
« Je l’ai violée, je l’avoue. Voilà, c’est dit ! Je t’en supplie, je ne recommencerai plus. J’ai bien compris la leçon. Dis-lui que je m’excuse. Pitié ! Pitié ! »

« L’homme tatoué sur une majeure partie du visage poursuivit ses tâches puis, au bout d’une minute, daigna quitter ses fonctions pour les conduire sur les lieux de la macabre découverte en traînant des pieds.
Ce dernier détail, pourtant insignifiant, exaspéra Lucien dans son for intérieur. De nos jours, les gens ne manifestaient plus que de l’ennui et une indifférence la plus totale envers son prochain.
Une foutue génération nombriliste où tout n’est que corvée. »

« Anaïs passa sa tête sur le côté pour examiner à son tour la scène. Ils se regardèrent brièvement sans rien dire avant de reporter leur attention sur le fœtus. La jeune policière devint blême, la main sur la bouche.
Son côté dur à cuire se fissurait, craquelait légèrement à l’instar de son vernis. Au moment où ils s’apprêtaient à sortir, un détail les figea sur place : les lèvres du fœtus venaient de bouger. »

Breton d’origine et fier de ses racines, Ismaël Lemonnier travaille aujourd’hui à Paris, dans le monde de la finance mais poursuivi par l’envie d’écrire et par le puits sans fond qu’est son imaginaire, l’auteur craint d’être fou, comme le pense son entourage.

Passionné depuis l’enfance par la lecture et par l’écriture, il a baigné très tôt dans l’univers de Stephen King, et dans la mythologie. Il se passionne pour le monde de la police judiciaire et tous ses rouages, l’Histoire et les faits divers. Tout ce qui l’entoure est source d’inspiration, qu’il combine à son imagination.

Il est l’auteur du roman Le cinquième gardien, paru chez Marathon Editions.

Memento vivere est son troisième roman.

Amour, Autobiographie, Émotion, Histoire vraie

Tremblement de cœur

Quand l’âme vacille, le cœur résiste
de Patrick Belli
Broché – 20 avril 2025
Éditeur : auto-édition

Quand le monde vacille, il ne reste qu’un choix : avancer… ou s’effondrer.
Un jour, tout s’arrête. Les certitudes. Le corps. Le futur qu’on croyait écrit.
Alors on cherche. Une faille. Une brèche. Une direction.
Et parfois, on trouve une promesse fragile, à l’autre bout du monde.
Dans ce récit, rien n’est simple.
Il y a les silences, les murs administratifs, les tempêtes.
Il y a les émotions qu’on n’ose pas nommer.
Et il y a cette force, brute, presque animale, qui pousse à continuer.
À espérer. À aimer.
Contre tout.
Tremblement de cœur est le récit d’un combat intime, d’une traversée entre deux continents et au fond de soi.
Un livre écrit avec le ventre, le souffle court, et le feu dans la gorge…

C’est en 2021 que j’ai découvert Patrick Belli, avec son bouleversant témoignage Dis merci mon cœur. Un de ces rares livres, inspiré d’une histoire vraie, qui m’a profondément ému et marqué.

Aujourd’hui, Tremblement de cœur redonne vie à ce récit, et c’est une excellente chose. Ce livre mérite d’être lu par le plus grand nombre. Il est bien plus qu’un témoignage : c’est une ode à l’amour, à la résilience, à la parentalité, à l’espoir.

Certains livres nous touchent par leur intrigue, d’autres par la plume, par les mots de leur auteur. Celui-ci, c’est l’émotion brute qui m’a happé. Entre les lignes, c’est l’amour inconditionnel qui vibre. Impossible de rester indifférent.

À la dernière page, une question m’a traversé l’esprit : comment ont-ils tenu ?
Ce parcours vers l’adoption, Patrick et Angie l’ont vécu comme une véritable épreuve de force, entre obstacles administratifs, incertitudes, attentes interminables… et, au milieu, le rêve de devenir parents.

Dès les premières lignes, Patrick nous prévient : « Je ne suis pas un écrivain, d’ailleurs, je n’ai aucune aptitude à l’écriture. »
Et pourtant, quelle justesse, quelle humanité dans ses mots ! Il écrit avec son cœur, avec sincérité, parfois avec pudeur, souvent avec humour. Ce mélange rend la lecture d’autant plus poignante. Je n’ai pas pu poser le livre.

Cette histoire vraie et incroyable m’a remué les tripes. J’ai ressenti de la colère, de l’injustice, l’envie de hurler, de la tristesse, de la joie, de la peur aussi et j’ai eu du mal à me contenir pour ne pas pleurer, mais heureusement au final, il y a la lumière.

Patrick nous raconte son histoire, avec toutes les difficultés qu’il a croisées avec sa femme, un vrai chemin de croix. Jamais je n’aurai pu imaginer toutes les difficultés de l’adoption sans avoir lu ce livre. Oui, je savais qu’il y avait des procédures qui pouvaient être longues, mais tout ce qu’ils ont vécu… !

Je ne peux que m’incliner aussi devant la force qu’il a fallu, pour se mettre “à nu” et dévoiler tous ces moments intimes, où nombreux déjà, nous aurions baissés les bras. Les difficultés administratives, des délais affligeants, des enfants perdus qui attendent d’être sauvés. L’émotion est là, constante. Quand survient un tremblement de terre en Haïti, c’est tout un monde qui s’effondre. Les descriptions du Haïti “d’après”, sont d’une intensité rare.

Je recommande vivement ce livre à toute personne qui envisage l’adoption. Il est dur, mais il vous redonnera espoir… Et comme le dit si bien Patrick, “Toujours y croire, ne jamais abandonner”.

Pour moi, il y a un avant et un après “Patrick Belli”.
Et je n’oublierai jamais “Maman Éveline”, qui, même sans la connaître, m’a touché au plus profond du cœur.

Merci à mon amie Blandine Carron pour ce précieux cadeau, aussi bouleversant qu’essentiel.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Je ne suis pas un écrivain, d’ailleurs je n’ai aucune aptitude à l’écriture. Veuillez me pardonner par avance amis lecteurs.
J’ai longuement hésité à coucher sur ces pages mon parcours initiatique pour devenir père. Pour beaucoup d’entre vous, le souhait de donner la vie, une fois mûrement réfléchi, est une partie de désir et de plaisir.
Dame nature intervient alors. Toute femme est alors soumise à son bon vouloir.
Heureusement, dans la majorité des cas, Mesdames et Messieurs, votre envie est exaucée. »

« J’implore le ciel pour que le noir qui nous entoure se transforme progressivement en bleu. Je supplie le créateur pour que la poursuite de notre parcours d’adoption porte ses fruits. »

« Il y a clairement une cassure dans mon parcours de vie. Il y a peu, je ne pouvais imaginer me retrouver éloigné de mes activités professionnelles. J’étais concentré sur ma carrière.
Ce château de cartes s’est effondré comme la crèche. Il ne reste qu’un champ de ruines. Je dois reconstruire mon chemin. Il ne pourra passer que par la consolidation de ma vie de famille et surtout son agrandissement.
Nous ne sommes plus maîtres de notre destin. »

« Nous avons le plaisir d’échanger avec Clausel, le frère d’Éveline. Cet homme nous apprend que les Haïtiens ont une très mauvaise image sur l’adoption des enfants par des Européens. Il ne s’agit pour eux que d’un trafic de donneurs d’organes pour les plus riches. Il nous avouera qu’il avait lui-même des doutes sur les réelles intentions des parents.
C’est pour cela que sa sœur a souhaité qu’il partage son périple en France. Il aura cette formidable confession “jamais je n’aurais pu imaginer qu’une simple photo d’enfant donnée aux futurs parents puisse provoquer autant de joie et d’amour !” Merci Monsieur Clausel pour votre sincérité. »

Patrick BELLI est un écrivain Français. Il réside dans le sud de la France avec sa femme et son fils.
Rien ne le prédestinait à l’écriture. Après plus de 20 ans dans le domaine bancaire, il partira s’installer au Maroc afin d’y exploiter une maison d’hôtes – spa – restaurant.
Le projet d’adoption, objet de son livre, changera le cours de sa vie et l’amènera à se livrer au travers de ce livre bouleversant.

Après moult tentatives d’avoir un enfant, un couple décide de se lancer dans le parcours de l’adoption. Leur désir d’avoir une descendance est une obsession depuis tant d’années.
Comment pouvaient-ils une seule seconde imaginer le parcours titanesque qui les attendrait. Leur décision est prise, ils se tourneront vers Haïti. Ont-ils fait le bon choix en cette année 2009 ? L’avenir nous le dira.
Cette histoire romanesque n’en est pas moins une histoire véridique. Vivez notre épopée parfois drôle mais le plus souvent éprouvante et bouleversante au travers de témoignages, de correspondances, de médiatisation.
Mais surtout toujours y croire, ne jamais abandonner…

Émotion, Drame, Polar, Psychologie

Avant d’avoir tout oublié

de Philippe Gil
Broché – 6 octobre 2022
Éditeur : NOUVELLES PLUMES

Une petite fille disparue au beau milieu d’un parc. Un vieil homme souffrant d’Alzheimer qui débarque au commissariat en répétant « Elle est morte ». Un gendarme qui décide de faire de cette affaire sa raison de vivre. C’est le point de départ de ce roman que vous ne lâcherez plus et dont le dénouement vous laissera sans voix.

Pour un premier roman, Philippe Gil m’a bluffé. Avant d’avoir tout oublié m’a littéralement happé dès les premières pages. J’y ai trouvé un polar intense, bien ficelé, terriblement humain. Le point de départ est glaçant : l’enlèvement d’une petite fille dans un parc, sous les yeux de son père, Jacques, interne en médecine. Charlotte disparaît, et c’est tout un monde qui bascule.

Rapidement, l’enquête s’organise sous la houlette du capitaine Mauduy. Toutes les hypothèses sont envisagées :
– Kidnapping contre rançon ?
– Acte isolé d’un déséquilibré ?
– Drame familial ?
Je me suis laissé emporter par les pistes, les fausses routes (et elle sont nombreuses…), les zones d’ombre. Rien n’est jamais simple dans ce roman. Le temps passe, l’angoisse monte, et l’auteur joue brillamment avec mes nerfs. Jusqu’à cette fin, totalement renversante, qui m’a laissé un vrai vertige.

Mais ce roman ne se limite pas à une intrigue haletante. C’est aussi un récit profondément émouvant. J’ai été particulièrement touché par le personnage du Professeur, confronté aux premières atteintes de la maladie d’Alzheimer. Cette dimension plus intime donne une résonance nouvelle à l’histoire, un souffle d’humanité saisissant. L’auteur parvient à lier suspense et émotion sans jamais tomber dans le pathos.

Les personnages sont attachants, crédibles, complexes. L’écriture, fluide et sobre, laisse place aux émotions, sans fioritures. J’ai été marqué par la manière dont Philippe Gil nous parle de mémoire, de filiation, d’amour… et d’oubli, sa plume sobre mais pleine de justesse, m’a enveloppé d’une tendresse discrète.

Un roman qui m’a interrogé autant qu’il m’a captivé.
Bravo à l’auteur pour ce coup d’essai transformé pour moi en coup de maître !

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Charlotte fredonnait une comptine à sa poupée. Il sourit. Fille unique, Charlotte avait l’habitude de jouer toute seule. Elle passerait probablement la matinée à dessiner bien sagement dans sa chambre. Il pourrait poursuivre son travail jusqu’à midi. Ensuite, ils prendraient leur repas, puis ils iraient au parc du Domaine de Beaulieu. Le rituel bien rodé d’un mercredi de repos. Il consacrerait tout son après-midi à sa fille. Sa petite fille chérie… »

« – Charlotte ? Je ne vois plus ma fille ! s’écria-t-il.
Il s’approcha des enfants, fit le tour de l’aire de jeux en appelant sa fille. Paniqué, il revint vers les deux mères de famille.
– Je ne vois plus ma fille !
– Mais où était-elle ? demanda l’une d’elles.
– Là… Juste là. Elle jouait au toboggan… Elle n’y est plus. Vous n’avez rien remarqué ?
– Mais non… Elle est habillée comment, votre fille ? demanda alors l’autre maman.
– Elle porte une robe rouge avec un bandeau dans les cheveux. »

« Surmontant ses craintes et son complexe d’infériorité, il s’approcha de Louise. Jacques était un jeune homme intelligent, particulièrement brillant même. Louise fut rapidement séduite par sa maturité qui tranchait singulièrement avec le comportement des autres garçons de son âge. Elle les trouvait toujours trop gamins. Une demi-heure plus tard, ils échangeaient leur premier baiser à proximité de l’étang, loin des regards indiscrets. Jacques avait percé la carapace et derrière l’image hautaine d’une demoiselle de bonne famille, il découvrit une jeune fille simple et fragile. Louise avait reçu l’éducation très stricte d’une mère autoritaire et froide, ne laissant paraître qu’arrogance et mépris à l’égard de son prochain. Une attitude que, par mimétisme, Louise adoptait parfois. »

« C’est le paradoxe. Nous savons parfaitement expliquer le mécanisme de destruction des neurones. Par contre, nous ne savons pas stopper cette dégénérescence. Les traitements actuels permettent de ralentir le processus et d’en diminuer les effets mais pas de l’arrêter. Dans ses périodes de lucidité, le Professeur en est tout à fait conscient, comme la plupart des malades du reste… Il s’agit là probablement de l’aspect le plus difficile de cette maladie, le plus dur à supporter. Pour le malade comme pour ses proches…
– Je comprends. Mais quand il répète : elle est morte, que faut-il en penser ? De quoi parle-t-il ?
– C’est très difficile à dire… »

Philippe Gil est né en 1963 à Albi, ville chère à son cœur où il vit toujours. Chef de projet informatique dans le secteur des assurances et père de deux grands enfants, ce passionné de vélo découvre sur le tard la passion de l’écriture, le besoin de raconter des histoires, bien loin de son métier d’informaticien.

Émotion, Humour, Philosophique, Poésie

BOB

de Francis Denis
Broché – 25 janvier 2023
Éditions : La Route de la Soie Éditions

BOB c’est une fiction qui nous entraîne dans la féérie et la contemplation lucide sur notre monde. Métaphore de l’œuf mais aussi de notre époque… Faut-il que tout soit identique ou bien pouvons-nous garder nos singularités ou nos aspérités ?
Francis Denis nous entraîne dans ses malices littéraires et poétiques… Suivons le guide…

Après avoir lu Jardin(s) – La Femme trouée, j’avais vraiment envie de retourner dans le monde de Francis Denis. Et bien c’est fait !
Et dès les premières lignes, de nouveau j’entrais dans son univers à part, un mélange audacieux de fantaisie, de satire sociale et d’humanité profonde.
La première nouvelle, avec ce poulet philosophe en quête de sens, m’a fait éclater de rire autant qu’elle m’a fait réfléchir. Ce n’est pas tous les jours qu’on lit une fable moderne aussi bien tournée, qui parvient à mêler humour absurde et critique mordante du monde contemporain.

Les deux autres récits ne sont pas en reste. J’ai été touché par Louis ou la fuite en avant, qui parle à tous ceux qui rêvent de recommencer ailleurs, autrement. Et puis il y a De l’autre côté de la ligne, un texte à la fois poignant et espiègle, où des pensionnaires d’EHPAD décident de reprendre leur destin en main. Un vrai coup de cœur pour cette bande de “vieux résistants” !

Ce que j’ai aimé avant tout, c’est la voix singulière de l’auteur, sa capacité à traiter de sujets graves sans jamais se départir d’un certain éclat de rire. Avec BOB, Francis Denis signe un recueil jubilatoire et profond, à lire comme une bouffée d’air frais dans un monde devenu bien souvent beaucoup trop gris.

Ce modeste ouvrage, d’une grande finesse, révèle une fois de plus que Francis est un véritable artiste. Il joue avec les mots avec une aisance remarquable et nous en offre toute la saveur.

Ce “petit” livre, tout en légèreté et en grâce, murmure que Francis est un artiste des mots. Il les fait danser, il joue avec, les fait vibrer, chanter, et j’en suis l’heureux témoin…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« À peine sorti de l’œuf, Bob, encore tout innocent mais ne doutant pas un instant du danger qui représentait le monde extérieur pour une créature aussi petite et fragile qu’il était, se mit à courir derrière les jupes de sa mère. Des grands pans de plumes qui balayaient la terre en soulevant de gros nuages de poussière et ça lui piquait aux yeux. C’était le prix à payer pour assurer sa propre sécurité. Il savait instinctivement que son salut se trouvait là, entre les énormes pattes de la créature qui lui avait donné vie et qui, déjà, ne lui prêtait plus la moindre attention. »

« À peine blotti contre le plumage de Georgette, rencontre inopinée, cadeau du ciel, maman retrouvée, Bob n’en demande pas plus et plonge dans les bras de Morphée, abandonnant sa douce rencontre à ses rêves érotiques et la laissant, pauvresse, le bec dans l’eau, comme l’on dit par ailleurs et sans vilain jeu de mots.
Le lendemain, libido insatisfaite pour l’une et mal de crâne et langue pâteuse pour l’autre, les adieux sont bien frileux. »

« Sans en connaître la raison, Bob souffrait déjà.
Il comprit à cet instant que réfléchir n’avait pas que du bon et il se mit à envier tous les autres animaux de la basse-cour et du monde entier. Tous ceux-là qui ne se posaient pas de questions et n’avaient même pas les choses à prendre comme elles venaient puisque c’était les choses qui les prenaient.
Mais il n’avait pas le choix. Aller de l’avant, toujours de l’avant, contre vent et marée, c’était sa destinée. »

« — Les nouvelles du monde sont bien tristes ! Ici, au moins, nous sommes à l’abri pour un certain temps.
Ernest semble dépité.
— J’espère, ajoute-t-il d’un ton grave, que nous, les animaux, ne connaitrons jamais la haine ni la soif de pouvoir. »

Francis Denis est né en 1954. Auteur et artiste peintre autodidacte, il réside à Longuenesse, dans le Pas-de-Calais, près de Saint-Omer, en France. Il a été éducateur de 1973 à 2014. Il fut le co-fondateur de la revue poétique Lieux-d’Être avec le poète Régis LOUCHAËRT puis co-organisateur du festival d’art sacré contemporain Les Regardeurs de Lumière en la cathédrale de Saint-Omer de 2008 à 2013.

La Route de la Soie – Éditions est une maison indépendante dont le but est de faire émerger des passerelles d’humanités, des résistances poétiques.

Amour, Autobiographie, Émotion, Cercle littéraire, Drame

Polaroids du frère

de Grégoire Delacourt
Broché – 30 avril 2025
Éditions : Albin Michel

C’est ton prénom que je voudrais donner à ce livre.
C’est le silence autour de toi que je cherche à chambarder. Gaver de mots et d’images l’épouvante de l’effacement, jusqu’à effacer le mot effacement lui-même, car on dit que si un mot n’existe pas, la chose qu’il représente n’existe pas non plus.
Toutefois, il est curieux de constater qu’il n’existe pas de mot pour définir un frère qui a perdu son frère ; et je t’ai perdu. Alors les hommes font des livres à leurs frères morts comme on érige des mémoriaux aux inconnus dans les villages pour retenir leurs cendres.
La littérature est un vaste cimetière et j’y pioche ta place.

Hier soir, au Château de l’Hermitage, le Cercle Littéraire a murmuré ses secrets à la nuit.
Quelle étrange et belle soirée…
Un instant suspendu, tissé d’échanges sincères, des mots échangés mais aussi des silences pleins d’éclats d’âme, d’émotions à fleur de peau..
Et puis, lui. Un homme droit, au cœur sensible, troublant… traversé d’ombres et de lumière… et d’un humour qui m’a désarmé sans prévenir.

Je ne m’étais pas préparé à une lecture aussi déchirante. Avec Polaroïds du frère, Grégoire Delacourt m’a cueilli à vif. Ce n’est pas un roman, c’est une boîte à souvenirs ouverte après trente-deux ans de silence, un album-photo dont les clichés flous sentent la douleur, la honte et l’amour.

Page après page, il convoque son frère disparu, un frère qu’il n’a pas vu depuis trente-deux ans, le fait revenir par fragments, tente de rassembler ses souvenirs. Des souvenirs qui ne suivent pas de ligne droite, ils surgissent comme sa mémoire le permet — en éclats -, à la manière d’un “roman-photo” qui se lit d’une traite. Il y a la tendresse vacillante entre deux frères, la violence paternelle, les silences qui s’installent, puis la distance. Et au centre, un frère irradiant une mélancolie silencieuse.

Grégoire écrit à nu. Les mots sont crus, mais jamais gratuits. Ils cognent, puis caressent. Il dit l’indicible : l’absence, la culpabilité, la tentative d’aimer comme on peut, avec les moyens qu’on a. C’est une lettre d’adieu sans artifice, un dernier geste vers celui qu’il n’a pas su retenir, peut-être aussi une manière de s’excuser de ne pas avoir été assez présent…

J’ai été complètement pris au dépourvu par sa plume, bouleversé.
Par cette langue brûlante.
Par cette honnêteté brute.
Par cet amour maladroit qui, même après tant d’années, ne lâche pas prise.

Merci, Grégoire, d’avoir su mettre en mots ce qui échappe aux mots, d’avoir fait vibrer le papier de ce que ressentait mon cœur.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Je ne me souviens pas de ta naissance. Je n’avais pas encore un an quand tu es arrivé.
Tu n’as fait aucun bruit. Il n’y a eu aucun cri.
Tu es venu dans le silence et tu es reparti dans le silence. »

« Petit, tu te rongeais les ongles au sang. Pour éviter les moqueries, tu rétractais tes doigts comme des griffes pourpres. Tu riais. Puis les dépliais subitement. Tu disais Regarde, je suis un assassin.
C’est toi que tu assassineras. »

« Quand je leur ai annoncé ta mort, mes enfants n’ont rien dit. Ils m’ont juste observé, ont cherché à mesurer ma peine. Deux des quatre ne te connaissaient pas et les deux autres si peu.
Quand ils ont vu que je ne pleurais pas, ils n’ont pas pleuré.
Quand ils ont entendu que je n’en parlais pas, ils n’en ont pas parlé.
J’ai les larmes muettes. Et certains mots invisibles. »

« On m’avait, moi, envoyé en pension à l’âge de dix ans. J’entrais alors en sixième et je ne t’ai jamais parlé de cette honte, j’étais là-bas le petit, le minus, puisque j’avais un an d’avance et que la plupart des penstos étaient redoublants, avaient plutôt douze ans, souvent huit ou dix centimètres de plus que moi et parfois autant de kilos supplémentaires, certains avec déjà une ombre de moustache, une pomme d’Adam saillante, de larges mains qui baffaient allègrement, j’étais leur chien, leur Schmürz, et lorsque je rentrais le samedi après-midi, je réprimais mon déshonneur, vous narrais à Claire et toi de fabuleuses amitiés fantômes, me dessinais une petite légende de roi, et quand venait la nuit, dans ma nouvelle chambre au grenier, loin du Corbeau, j’étouffais mes sanglots sous l’oreiller, je rêvais de mourir, et vouloir mourir à dix ans est quelque chose qu’on n’oublie pas, une possibilité à jamais gravée en soi, et je sais que tu le sais – après ta mort, j’ai découvert dans ton dossier médical tes trois tentatives d’autolyse, j’ai même eu un sourire fugace en pensant que, même disparu, tu m’apprenais encore un mot.
L’enfance nous a séparés comme le bon grain de l’ivraie, et selon qui nous aimait nous étions ou l’un ou l’autre.
Le poison ou la joie. »

Né en 1960 à Valenciennes, Grégoire Delacourt publie à cinquante ans son premier roman, L’Écrivain de la famille, récompensé par cinq prix littéraires dont le prix Marcel Pagnol. La Liste de mes envies, best-seller international publié et traduit dans plus de trente pays, a fait l’objet de nombreuses adaptations théâtrales et d’un film de cinéma. On ne voyait que le bonheur a figuré sur la liste du Goncourt et a été élu roman de l’année par Le Parisien. Mon Père et L’Enfant réparé ont été unanimement salués par la critique.

Émotion, Humour, Psychologie

Mais t’as-tout pour-être-heureuse !

de Nicole de Buron
Poche – 4 janvier 1999
Éditions : J’ai lu

Un matin, vous vous réveillez tellement fatiguée que vous vous recouchez sur-le-champ. Vous pleurez sans raison. Vous avez mal partout. Vous faites le tour des médecins. Rien. Vous n’avez rien. Si. Une jolie petite déprime. “Ce n’est rien ! Prends sur toi” ! s’exclament certaines de vos copines. “Tu n’as pas honte de te plaindre quand il y a tellement de gens plus malheureux !” Oui, vous avez honte. Vous traînez comme une zombie dans votre vieille robe de chambre en marmonnant : “Je suis nulle ! Je suis moche !”
Vous ne vous coiffez plus. Vous vous bourrez de chocolat. Encouragée par Petite Chérie, vous allez voir un psy. Il écoute vos propos incohérents et vous prescrit des médicaments que vous avalez en douce de l’Homme et contre l’avis de Fille Aînée. Après avoir failli divorcer, envisagé de tuer une dénommée Florence – grande amie de l’Homme -, songé à vous suicider, vous vous retrouvez un jour guérie. Si, si. Ouf ! Vive la vie !

Je ne m’attendais pas à rire autant en lisant un roman sur la dépression. Et pourtant…
Avec Mais t’as-tout pour-être-heureuse !, Nicole de Buron réussit l’exploit de traiter un sujet grave avec beaucoup d’humour. Le ton est léger, les situations souvent absurdes, mais elles sonnent relativement juste. J’ai suivi “Madame”, une femme déprimée qui ne veut surtout pas qu’on le sache, et surtout pas son mari, le ”spécimen” d’homme qui pense qu’un psy, c’est un type payé pour écouter des trucs qu’on pourrait très bien garder pour soi.

Même sans avoir connu de vraie dépression, je pense que de nombreuses personnes pourraient se reconnaître dans ce roman. Qui n’a jamais eu un coup de mou ? Qui n’a jamais cherché un peu de réconfort dans une tablette de chocolat ou un verre de vin rouge… avant de maudire la balance quelques jours plus tard ou la terrible migraine dans les heures qui ont suivies ? L’auteure croque ces moments avec une ironie irrésistible. Je me suis surpris à éclater de rire face à certaines scènes, parfois en grinçant un peu des dents quand l’auteure était proche de mes propres travers.

“Madame”, empêtrée dans ses états d’âme, ses relations familiales tendues, ses séances chez le psy et ses lubies de rajeunissement, ressemble à bien des femmes, mais aussi à bien des hommes, quand on veut bien gratter le vernis. Et même si parfois le décor sent un peu le confort bourgeois, le sujet reste universel. Parce que déprimer, c’est pas une question de niveau de vie. C’est une question de “météo intérieure”. Et ce roman, franchement, c’est du soleil quasiment à chaque page. J’ai trouvé fascinante aussi la manière dont Nicole tourne en dérision ces phrases “toutes faites” que l’on balance, presque sans réfléchir, à celles et ceux qui ne vont pas bien… On les a tous dites. Tous entendues.

Un roman à la fois drôle, tendre et mordant.
À lire pour rire, pour réfléchir aussi, ou tout simplement pour se sentir un peu moins seul face à ces ”petits” naufrages du quotidien.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Vous adorez vous réveiller à l’aube et, l’ardeur de vivre vous fouettant le sang, vous lever d’un bond, courir à la cuisine avaler une tasse de thé et deux biscottes, et hop! foncer dans votre bureau. Où vous vous jetez sur votre très vieille machine à écrire rouge… clac-clac-clac… »

« Il y a plus grave.
À la tombée de la nuit, Pieuvre Géante – jusque-là un peu engourdie – se réveille et resserre son étreinte autour de votre plexus. Vous suffoquez la bouche ouverte comme une carpe sortie de l’eau.
Angoisse intolérable.
Un seul remède : le vin rouge. »

« Mais il y a bien pire que l’allergie au bruit.
C’est l’INSOMNIE.
Et sa compagne Sœur Anxiété.

À peine êtes-vous couchée, la nuit, que Sœur Anxiété vient s’asseoir sur le bord de votre lit et engager la conversation.
Sœur Anxiété : Y a plus de beurre. Tu as oublié d’en faire acheter par Maria pour le petit déj demain matin.
Vous : Zut ! Tant pis. Sur la mangera du miel.
Sœur Anxiété : Et l’électricien ? Tu as téléphoné à l’électricien pour changer la prise du salon ?
Vous : Merde ! Ça m’est aussi sorti de la tête.
Sœur Anxiété : Ce n’est vraiment pas la peine d’écrire tous les matins la liste des choses que tu dois faire dans la journée !
Vous : Tu sais bien qu’ensuite je ne pense jamais à la relire ! Ou que je la perds.
Sœur Anxiété : Tu es vraiment une très mauvaise maîtresse de maison… la pire que j’aie jamais connue ! »

« ……..“Prends-toi !”
……..“Réagis, bon sang !”
……..“Cesse de t’écouter !”
……..“Un peu de courage, allons !”
……..“Tu n’as pas honte de te plaindre alors que t’as-tout pour-être-heureuse!”
……..“Pense qu’il ya plus malchanceux que toi !”
……..“La dépression, c’est un luxe de bourgeoise !”…

Hélas, trois fois hélas, l’Homme a été élevé dans le même principe. Pas question de lui avouer que vous êtes frappé de ce mal honteux (pire que la syphilis), révélateur à ses yeux d’une mollesse de caractère qui vous attirerait son mépris. Il n’aurait qu’un seul commentaire :
– Qu’est-ce que c’est que cette connerie ? SECOUE-TOI, c’est tout. Est-ce que j’ai une dépression nerveuse, moi, avec tous les soucis que j’ai ? »

« 5e copine : Change-toi les idées, sors, vois du monde, joue au bridge.
Vous : Je déteste le bridge, les jeux de cartes, le Scrabble, et jouer en général.
5 copine : Tu fais quoi alors quand tu ne travailles pas ?
Vous : Je lis. Plus je vieillis, plus j’aime lire.
5€ copine : Et quand, à force de lire, tu auras perdu la vue, qu’est-ce que tu feras ? Moi, je te le dis : tu seras bien contente de jouer au bridge ! »

Nicole de Buron, parfois nommée également Nicole de Buron-Bruel, est une écrivaine et scénariste française née le 12 janvier 1929 à Tunis (protectorat français de Tunisie) et morte le 11 décembre 2019.

Elle a été journaliste avant de se tourner vers l’écriture romanesque. Mariée et mère de deux enfants, elle se partage entre Paris et le domaine agricole qu’elle exploite près de Limoux, pour lequel elle a obtenu la médaille du Mérite agricole.

Scénariste de films (Erotissimo, Elle court, elle court, la banlieue…) et des célèbres Saintes chéries, elle est aussi l’auteur de nombreux romans follement drôles, dans un inimitable style vif et alerte, entre humour et satire sociale (Dix-jours-de-rêve, Vas-y-maman, Mais t’as-tout-pour-être-heureuse !…)

Ses livres sont pour la plupart des récits humoristiques autobiographiques, dans lesquels, dans un style vif, elle raconte à la deuxième personne du pluriel les aventures d’une femme écrivain et de sa « tribu », qui ressemble fort à celle de Nicole de Buron elle-même : elle, son mari, ses filles et ses petits-enfants. L’autodérision et l’humour porté sur les situations les plus inattendues, parfois exagérées, sont ses caractéristiques principales.

Amour, Émotion, Poésie

La femme qui ne vieillissait pas

de Grégoire Delacourt
Poche – 30 janvier 2019
Éditions : Le Livre de Poche

« À quarante-sept ans, je n’avais toujours aucune ride du lion, du front, aucune patte d’oie ni ride du sillon nasogénien, d’amertume ou du décolleté ; aucun cheveu blanc, aucun cerne ; j’avais trente ans, désespérément. »

Il y a celle qui ne vieillira pas, car elle a été emportée trop tôt. Celle qui prend de l’âge sans s’en soucier, parce qu’elle a d’autres problèmes. Celle qui cherche à paraître plus jeune pour garder son mari, et qui finit par tout perdre. Et il y a Betty. Ce qui est arrivé à Betty est le rêve de toutes les femmes. Et pourtant.

Un conte qui pourfend joliment la dictature de l’apparence. Véronique Cassarin-Grand,
L’Obs.

Un roman trouble, fascinant avec quelque chose d’étrange qui touche au fantastique. On a rarement vu un écrivain s’attaquer avec autant de singularité au mystère de la beauté éternelle. Du grand Grégoire Delacourt.
Mohammed Aïssaoui, Le Figaro littéraire.

Encore un roman qui m’a touché, mais oserai-je dire que je m’y attendais un peu…

La femme qui ne vieillissait pas, de Grégoire Delacourt, m’a remué, bouleversé.
Ce récit, à la fois limpide et cruel, m’a un peu fait penser au roman d’Oscar Wilde, Le Portrait Dorian Gray, par sa façon d’explorer le vertige d’une jeunesse figée. En effet, une femme découvre que le temps n’a plus de prise sur son corps, figé à l’âge de trente ans. Ce miracle apparent devient très vite une malédiction, creusant peu à peu l’abîme entre elle et les siens. Mais au-delà de l’intrigue, c’est une méditation fine sur le temps, ce lien invisible qui unit ou désunit les âmes. Derrière ce miracle apparent se cache une tragédie lente, insidieuse…

L’écriture, vive, directe, presque haletante, prend ici la forme d’une confession, et ce roman pose une question essentielle dans une société où vieillir devient presque une faute, où les personnes âgées sont montrées du doigt, devenues inutiles, où la recherche absolue de la jeunesse éternelle devient presque une obligation…
Que devient notre lien aux autres quand le temps cesse d’agir sur nous ? L’écart se creuse, l’isolement s’installe.

À chaque nouveau roman de Grégoire Delacourt, je suis au rendez-vous.
Celui-ci n’a fait pas exception, même si l’auteur délaisse ici sa prose coutumière, et s’essaie à une écriture plus poétique, ouverte à l’imprévu.

Je le recommande sans la moindre réserve.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Afin de devenir la meilleure version de nous-même et de commencer à vivre avec passion et détermination, il faut faire le tri de notre inventaire émotionnel. Nous, les êtres hypersensibles, sommes très compliqués. Nos sentiments sont une petite, mais importante partie de ce que nous sommes. En fait, il a été largement admis que les émotions étaient l’adversaire numéro un des hypersensibles. Faux ! C’est avant tout l’ignorance ! »

« La colère, la joie, la tristesse, la surprise, le dégoût, l’auto-hostilité, le mépris, la peur, la honte, et la culpabilité ne sont que quelques-unes des émotions qui peuvent affecter notre vie quotidienne et nos relations avec les autres. Les émotions ont le potentiel de dominer nos décisions à des moments critiques. Les émotions jouent un rôle dans tout ce que nous faisons, des décisions que nous prenons à la façon dont nous interprétons le monde qui nous entoure. Il faut donc les distinguer, pas les combattre. »

« Lorsque je me sens submergée de sentiments, il est rare que je trouve la bonne attitude à adopter, à savoir le recul nécessaire à la situation. Nier les conséquences négatives de la surcharge émotionnelle et de la surstimulation est risqué pour une personne hypersensible comme moi, et peut avoir des résultats dévastateurs pour mon bien-être. »

« Malheureusement, ce n’est pas arrivé qu’une seule fois, mais plusieurs. À l’école, on se moquait souvent de moi parce que j’étais trop émotive et que je réagissais de façon excessive. Il y avait des moments, en classe, où j’avais les larmes aux yeux parce que je n’arrivais pas à comprendre ce que le professeur essayait de m’expliquer. Je pleurais si un camarade refusait mon invitation à jouer. Quand quelqu’un me parlait, je disséquais chaque mot. »

Né en 1960 à Valenciennes, Grégoire Delacourt publie à cinquante ans son premier roman, L’Écrivain de la famille, récompensé par cinq prix littéraires dont le prix Marcel Pagnol. La Liste de mes envies, best-seller international publié et traduit dans plus de trente pays, a fait l’objet de nombreuses adaptations théâtrales et d’un film de cinéma. On ne voyait que le bonheur a figuré sur la liste du Goncourt et a été élu roman de l’année par Le Parisien. Mon Père et L’Enfant réparé ont été unanimement salués par la critique.