Drame, Polar, Psychologie, Suspense, Thriller, Violence

Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour

de Jean-Pierre Levain
Poche – 2 avril 2025
Éditions : Des livres et du rêve

Touchée par trois balles, dont une en pleine tête, Éva Karsanti échappe miraculeusement à la mort, mais sombre dans un coma profond.
Propriétaire de boutiques de luxe et d’un site de rencontres libertines, elle finance en secret des ONG qui aident des femmes en détresse à avorter dans des pays liberticides où ces pratiques sont interdites.
De lourdes menaces planent sur Éva.

L’enquête est confiée au commandant Fred Brazier, épaulé par Gaëlle Lebras. Chaque piste soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses, et traquer la vérité s’avère aussi périlleux qu’urgent.

Plongez dans la nouvelle version du tout premier opus de Jean-Pierre Levain.

Un polar intense où se dessinent les premiers pas du groupe crime du SRPJ de Lyon, une équipe appelée à devenir légendaire.

J’ai dévoré Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour de Jean-Pierre Levain en une seule soirée. Impossible de le lâcher !
Intrigue haletante, rythme bien dosé, documentation rigoureuse… tout y est. On sent dès les premières pages que l’auteur sait de quoi il parle, que ce soit en matière de procédures policières, de balistique ou de diagnostics médicaux. Peut-être un peu trop pour certains ? Mais personnellement, cela n’a rien enlevé au plaisir de ma lecture.

L’histoire démarre fort. Eva Karsanti, puissante entrepreneuse lyonnaise, se fait agresser chez elle. Un individu en tenue de motard la menace, tue son chien et finalement lui tire dessus. Touchée de trois balles, dont une en pleine tête, elle survit miraculeusement mais plonge dans le coma. La jeune et intrépide Gaëlle Lebras, hérite de l’enquête. À ses côtés, Fred Brazier, commandant proche de la retraite, qui connait très bien la victime, ensemble ils vont essayer de démasquer cet agresseur prêt à tout pour se débarrasser de la femme d’affaires. Un duo attachant, bien équilibré, entre le flic calme et expérimenté et la fougueuse coéquipière, curieuse et un brin provocatrice.

Jean-Pierre alterne les points de vue sans jamais me perdre, ce qui donne un rythme vivant, presque cinématographique. Les personnages sont bien dessinés, crédibles et profondément humains. J’ai aussi beaucoup apprécié les références littéraires et cinématographiques glissées çà et là avec malice, et puis l’humour qui affleure par moments.

Au-delà de l’enquête policière, Jean-Pierre explore des thèmes de société essentiels, les droits des femmes, le droit à l’avortement, les groupes extrémistes, la sexualité, l’amour libre, les relations intergénérationnelles, la bisexualité et bien d’autres choses… Les femmes ne plaisantent pas avec leur liberté d’aimer, c’est bien là tout le sens du titre, et aucun homme dans le roman ne pourra prétendre avoir le contrôle sur ce terrain.

Un polar intelligent, bien écrit, moderne, et surtout porté par une vision affirmée : l’amour, quand il est sincère et libre, ne se négocie pas. À glisser dans toutes les valises cet été !

Un immense merci à toi Angie, pour ta confiance et pour m’avoir permis de signer cette nouvelle couverture. Toujours au rendez-vous avec grand plaisir !

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Extraits :

« Se tenant à la rampe et encore légèrement ensommeillée, elle ne réagit pas immédiatement à la vue de l’étranger entièrement vêtu d’une combinaison de motard avec sur la tête un casque à la visière réfléchissante baissée. Il était de petite taille, assez mince, et semblait peu inquiétant de prime abord. La surprise fit progressivement place à l’effroi quand elle entrevit l’immense revolver au bout de son bras. Sa première pensée fut pour le chien, ce gros benêt de labrador toujours gentil avec tout le monde. Comme elle regrettait à présent de s’être laissée attendrir au chenil par sa bonne bouille de chiot et d’avoir préféré un labrador placide à un vrai défenseur féroce faisant son travail de gardien en se jetant sur l’agresseur pour le mettre en fuite. »

« Gaëlle, à genou dans le sang de la victime, lui dénoua sa robe de chambre pour l’aider à respirer, prenant garde à ne pas la bouger. Elle comprima la blessure à la jambe le plus délicatement possible avec la serviette pour limiter l’hémorragie, espérant ne pas trop aggraver la cassure osseuse. Le crâne était fracturé. La balle était entrée juste au-dessus de l’œil gauche, pour ressortir par le haut de la tête.
En une prière silencieuse, elle espérait qu’elle n’avait pas pénétré trop profondément le lobe cérébral. »

« – Bonjour à toutes et à tous. Je vous prie d’excuser mon retard, mais je tenais à faire le point avec le médecin-chef du service de neurologie de l’hôpital Erlanger où est hospitalisée notre victime. Madame Karsanti a, comme on le dit couramment, eu de la chance dans son malheur. La fracture à la jambe a été réduite et la balle n’a pas touché d’artère. Concernant la blessure à la tête, le projectile a pénétré au niveau frontal juste au-dessus de l’œil gauche pour ressortir par le haut de la partie pariétale du crâne. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’a pénétré que superficiellement le cerveau, sans provoquer de dommages irréversibles. L’impact a créé des lésions de contrecoup avec contusion encéphalique. Les chirurgiens l’ont opérée en urgence pour résorber l’œdème qui s’était formé. L’opération s’est bien passée mais le pronostic reste réservé. Pour le moment, elle est toujours dans le coma. Les médecins ne savent pas quand nous pourrons l’interroger. »

Jean-Pierre Levain est Docteur en psychologie.

Il a été chercheur à l’Institut de recherche sur l’enseignement des mathématiques et maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université de Franche-Comté.
Aujourd’hui à la retraite, il s’est reconverti dans l’écriture de romans policiers. Le premier s’intitule “Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour” (2020).

Page Facebook : https://www.facebook.com/JPLevain/

Adolescence, Émotion, Drame, Psychologie

Là où sombrent les secrets

de Céline Bréant
Broché – 3 juillet 2025
Éditeur : Taurnada éditions

Que s’est-il réellement passé cette nuit-là ?
Juin 2007. Trois jeunes amies bravent les interdits lors d’une classe verte en montagne. Une escapade nocturne près de la tristement célèbre « rivière maudite » vire au cauchemar : Maëlle disparaît sans laisser de trace.
Quinze ans plus tard, alors que Clémence tente toujours de vivre avec ce drame, Mila, d’une nature plus fragile, décide de chercher des réponses.
Mais déterrer le passé pourrait bien réveiller des secrets qu’il aurait mieux valu garder enfouis…

Mensonges, trahisons et culpabilité explosent dans ce thriller haletant qui explore les zones d’ombre de l’âme humaine.

Je viens de refermer Là où sombrent les secrets, je suis encore sous le choc après la lecture intense et bouleversante de ce roman, qui m’a tenu en haleine du début à la toute fin.

Tout commence en juin 2007. Trois adolescentes Maëlle, Mila et Clémence, lors d’un séjour à la montagne décident d’une escapade nocturne près d’une rivière que l’on dit “maudite”. Cette “sortie” très vite vire au cauchemar. Maëlle disparaît et ne rentrera jamais au chalet.
Quinze ans jour pour jour après la disparition… les blessures ne sont toujours pas refermées.
Clémence, est rongée par la culpabilité, et préfère taire ses souvenirs, Mila, elle, veut absolument comprendre, quitte à réveiller les fantômes.
Qu’est-il arrivé à Maëlle, la petite fille disparue ?
Le cauchemar commencé il y a 15 ans ouvre aujourd’hui de nouvelles portes…

J’ai été happé par cette histoire qui n’est pas seulement une enquête sur une disparition, c’est aussi un voyage au fin fond des méandres de l’âme, là où se mêlent culpabilité, amitié, secrets enfouis et résilience. Les retours dans le passé sont habilement menés, les révélations inattendues. Plus j’avançais, plus l’horreur montait, insidieuse, glaçante jusqu’au final de cette histoire qui va encore plus loin et pris complètement à contre pied, là où je pensais avoir trouvé ce qui était arrivé à Maëlle.

Les personnages aussi et surtout m’ont profondément touché. Ils sont déroutants, imparfaits, tous à la recherche de quelque chose, mais chacun d’entre eux reste fort à sa manière, malgré tout. J’ai aimé la complexité de leurs réactions, leurs cheminements chaotiques et tellement humain.

Je découvre Céline Bréant avec ce roman, elle a ce talent rare de nous faire ressentir les émotions à fleur de peau, grâce à une plume fluide, juste, et très percutante. Son roman est une claque. Il m’a interrogé sur ce que l’on choisit d’oublier pour arriver à survivre et sur les cicatrices que le temps n’effacera jamais.
Une lecture qui forcément laisse des traces. Une réussite.

Merci à toi, Joël Maïssa, et toutes mes félicitations pour ce nouveau choix qui vient magnifiquement enrichir ta galerie déjà remarquable d’auteurs et d’autrices, des voix singulières qui, à chaque lecture, ne cessent de m’éblouir.

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Extraits :

« L’eau froide écrase sa cage thoracique et comprime ses poumons. La forte poigne du courant l’emporte en son sein et donne à son corps l’aspect d’une marionnette désarticulée. Son instinct de survie la pousse à se débattre, à lutter contre ce monstre assoiffé de remords, mais une force presque surnaturelle l’arrache à la surface, lui rappelant ses cauchemars d’enfant où des mains de géant multicolores l’entraînaient au fond d’un gouffre noir.
Elle crache et suffoque à la manière d’un animal moribond. Ses articulations, devenues molles comme du papier mâché, s’écorchent contre les rochers tranchants, laissant s’échapper des filets de sang dans ce flot infernal.
Exténuée et résignée, elle relâche ses muscles et accueille la mort comme une délivrance.
Comme un châtiment. »

« De nos jours
J’ouvre les yeux, le cœur battant. Je ne me suis plus jamais baladée en forêt de nuit. Comment ai-je pu forcer deux gamines à faire le mur pour assouvir ma soif d’adrénaline ? J’ai beau me convaincre d’être passée à autre chose, je le sens… Une partie de moi est restée bloquée là-haut, paralysée. Plus j’avance dans le temps, plus le fil qui me relie à mon passé s’allonge. Or, plus il s’allonge, et plus il se fragilise. »

« Au moment où je franchis le panneau du village, mon cœur bat à toute vitesse comme si les portes d’un avion s’ouvraient face au vide et que je devais sauter sans parachute. Tout mon corps le sait et se souvient : ici, le fantôme de Maëlle ne cesse d’errer en attendant de trouver la paix.

Je me gare sur un parking en gravier cerclé de buissons en fleurs. Un chat étendu de tout son long prend un bain de soleil en se léchant le col. En voyant ma voiture, il bondit, les yeux ronds comme des billes, et va se planquer sous un autre véhicule. Quand j’ouvre la portière, le calme est saisissant et l’air moins étouffant qu’en bas, en ville. J’entends seulement le bourdonnement des abeilles et le chant des oiseaux. Autour de moi, une barrière de montagnes semble me tenir prisonnière. J’inspire profondément, passe mon sac en bandoulière et chemine le long de la route. »

« Depuis deux semaines, je vivote dans une autre dimension. Si les événements ont défilé à la vitesse des étoiles filantes, j’ai l’impression que le temps, désormais, s’est arrêté. Mon corps s’est relâché, mais mon cerveau, lui, fourmille de questions corrosives. Je les imagine fuser à l’intérieur de mon crâne, se télescoper, exploser et se désintégrer en des milliers de cendres brûlantes.
Il reste tant de points obscurs. »

« Je m’appelle Céline Bréant, j’ai 32 ans.
Je vis à Bordeaux et je suis d’origine savoyarde.
Si je m’interroge beaucoup sur ma vie, je n’ai toujours eu qu’une certitude et qu’un véritable objectif. Je voulais devenir romancière.
Petite déjà, j’écrivais de petites histoires, et c’est vers 14 ans, que j’ai entrepris le projet d’écrire un roman, et j’ai poursuivi sur cette voie.
Je rêvais de trouver un éditeur, mais alors que la trentaine approchait à grand pas, j’ai décidé de me lancer, malgré tout, et j’ai franchi le cap de l’auto-édition, en publiant
Les Clandestines, un roman qui me ressemblait et mélangeait les genres.
Et puis… J’ai préféré me recentrer, et revenir sur mon genre de prédilection : le thriller. Je suis passionnée par les faits divers, le cerveau humain, les livres à suspens, noirs, pleins de rebondissements qui entraînent le lecteur dans un tourbillon de questions, le manipulent, le piègent et lui offrent un final explosif.
Et j’aime explorer le mal qui habite les individus, le point de bascule entre l’ordinaire et la folie, les traumatismes, les secrets, les mensonges, la mémoire. L’humain est terrifiant et fascinant à la fois : il donne matière à réflexion. Et à écrire…
»

D’origine savoyarde, Céline Bréant vit actuellement à Bordeaux. À 31 ans, après plusieurs années en tant que graphiste et maquettiste, elle décide de marquer une pause dans sa vie professionnelle pour explorer de nouvelles perspectives. Cette transition lui permet de se consacrer pleinement à une passion de toujours : l’écriture. Son genre de prédilection est le thriller. Là où sombrent les secrets est son deuxième roman.

Drame, Histoire, Psychologie, Thriller

Le Jardin des anatomistes

de Noémie Adenis
Broché – 1 février 2024
Éditeur : Robert Laffont

« IL SECTIONNA LA POCHE AU SCALPEL, SANS PRÉCIPITATION… »
Paris, mars 1673. Scalpel en main, le chirurgien Pierre Dionis opère des cadavres devant une assemblée d’étudiants.
Bientôt, une série de meurtres accable la ville. Étrange coïncidence : les blessures infligées aux victimes s’inspirent des séances de chirurgie de Dionis. Sous un ciel gris et une pluie battante, des doigts accusateurs se tendent vers l’amphithéâtre. Le spectacle fascine autant qu’il épouvante. La tension monte et la foule se presse.
Qui pourra arrêter ce meurtrier qui met en pratique à la nuit tombée les leçons publiques données au Jardin du Roi ? Peut-être Sébastien de Noilat, herboriste de province, anxieux de nature, promu enquêteur bien malgré lui dans cette ville terrifiante…

« NOÉMIE ADENIS, LA RÉVÉLATION DU POLAR HISTORIQUE. »
La Voix du Nord

J’ai littéralement dévoré Le Jardin des anatomistes de Noémie Adenis.
Ce polar historique m’a embarqué dès les premières pages, et je l’ai lu d’une traite, complètement absorbé. On y trouve tout ce que j’aime, une intrigue bien ficelée, des personnages attachants, et un décor historique fascinant. Le suspense ne faiblit jamais, même si l’autrice distille quelques indices avec subtilité. C’est finement mené, très bien écrit, et surtout… terriblement prenant.

J’ai suivi Sébastien de Noilat, un jeune herboriste fraîchement arrivé à Paris. Il rêve de rencontrer Denis Dodart, grand botaniste du Jardin Royal, pour lui présenter les travaux oubliés de son aïeul sur la gangrène. Mais c’est une tout autre aventure qui l’attend, celle d’une série de meurtres atroces, inspirés des démonstrations chirurgicales de Pierre Dionis, célèbre chirurgien du roi.

La reconstitution du Paris du XVIIe siècle est saisissante. L’ambiance des amphithéâtres d’anatomie, les corps disséqués devant des foules de curieux et d’étudiants, les débats sur la circulation du sang, les tensions, le mépris des médecins envers les chirurgiens…
J’y étais !
L’atmosphère est dense, organique, presque palpable. J’ai ressenti la nausée de Sébastien face au sang, à la chair ouverte, aux instruments rudimentaires, tout comme sa fascination pour ce monde à la fois cruel et scientifique.

L’enquête avance entre ruelles sales, cours de dissection et débats médicaux. Peu à peu, Sébastien se retrouvera embarqué dans une enquête qu’il n’a pas choisie, guidé par un commissaire énigmatique, obligé de délaisser ses ambitions botaniques. Le mélange entre fiction et faits historiques est d’une grande justesse : Dodart et Dionis ont réellement existé, et la guerre des savoirs entre savants et chirurgiens a bien eu lieu.
C’est à la fois instructif, dérangeant… et passionnant.

Bref, c’est un roman intelligent, prenant et très bien écrit, Noémie Adenis a clairement fait un travail de recherche colossal, sans jamais plomber le récit.
Si vous aimez les polars, et l’histoire, je vous le recommande chaudement…

Par contre une évidence s’impose, une nouvelle autrice vient d’entrer dans mon paysage littéraire !

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Extraits :

« La grosseur ressemblait à un œuf ; un œuf de bonne taille.
Un œuf sorti de nulle part.
Il pinça la peau entre ses doigts, approcha le bistouri. La lame usée ne renvoyait aucun reflet. Elle pénétra dans la chair, la parcourut sur deux pouces et donna naissance à une entaille écarlate, semblable à un trait d’encre de Chine.
Deux pouces.
N’avait-il pas été trop loin ? Sa main se mit à trembler.
Pas le droit à l’erreur. »

« Charles se pencha vers lui.
– Des garçons chirurgiens pour la plupart. Cette démonstration est la meilleure de la ville. Ils viennent tous ici pour parfaire leurs connaissances. Le roi a décidé que l’enseignement serait gratuit et en français. Tu imagines ? C’est un succès sans précédent ! Pour ma part, je n’entends pas grand-chose à la chirurgie, c’est par curiosité que j’accompagne Alexandre et Gaspard. (Charles baissa d’un ton avant de poursuivre.) Ils possèdent déjà la maîtrise, mais ils aiment venir écouter Dionis. Un jour, nous serons trop nombreux dans l’amphithéâtre… Ils ne nous autoriseront plus à entrer. »

« Sébastien avait encore les yeux rougis quand on le força à s’asseoir devant le commissaire Parisot sur un tabouret qui manqua de céder sous son poids, bien qu’il ne pesât pas lourd. Encadré par deux gardiens inexpressifs qui se mouvaient avec raideur, le jeune herboriste n’osait pas bouger d’un pouce. Quelques minutes plus tôt, on l’avait poussé dans cette salle minuscule qui ne comportait rien d’autre qu’un bureau à tréteaux et deux assises. »

« Le 13 juillet 1658
Nous sommes séparés depuis trois ans, et il ne passe pas un jour sans que je pense à toi. Je me souviens surtout des après-midi où nous allions jouer à la rivière, entre ces gros rochers qui ressemblaient à s’y méprendre aux fesses de la jolie Marie, la cuisinière de Maman, qui nous emmenait parfois lorsqu’elle se rendait au marché aux poissons, son panier calé sur la hanche. Je me souviens aussi des jours où nous allions cueillir des plantes. Nous les mettions ensuite à sécher dans le bureau de ton père. »

« Le 23 septembre 1658
Le pire, c’est la nuit. Les cauchemars ne me laissent aucun répit. Je me réveille en sueur. Mes draps sont moites. T’étouffe. l’aimerais que ça s’arrête, mais les choses vont de mal en pis. C’est arrivé petit à petit. Les ténèbres se sont insinuées dans mon sommeil. À présent, je redoute le moment où il me faut aller dormir. Je le repousse le plus possible, mais la fatigue finit par me rattraper et m’oblige à fermer les yeux. Dès lors, mon esprit sombre dans le chaos. Ton visage apparaît, celui que tu avais lorsque nous étions enfants, puis tes traits se déforment, se flétrissent, comme la sauge que tu ramassais autrefois. À la fin, il ne reste de toi qu’une masse desséchée, emportée par le vent. Ce n’est pas l’image que j’ai envie de garder de toi, mais je suis incapable de la chasser. Elle revient tous les soirs, elle me hante. Tous les soirs, il me faut soutenir ton regard. Ne crois pas que j’écris ces lettres pour aller mieux.
Pour t’oublier.
Cette souffrance, je la mérite et je ne veux pas m’y soustraire. »

Née en 1991, Noémie Adenis a grandi dans la région de Lille.
Elle est diplômée en histoire de l’art et archéologie, ainsi qu’en communication digitale.

Émotion, Drame, Nouvelles, Psychologie, Suspense

SEPT SAISON 2

Les padawans de René Manzor
de Katazina,
Sarah Bordy,
Elsa Morienval,
Marlène Pascaud,
Sébastien Lemaire,
Stéphanie Baudron-Cosson,
Corinne Garnier & Patrice-Tom Garcia,

Broché – 2 juin 2025
Éditeur : Des livres et du Rêve

Sept Nouveaux Talents
Sept Premières Nouvelles…

L’idée folle de René Manzor, réalisateur, scénariste et romancier, a fait du chemin.
Donner vie à ce prof d’écriture qu’il cherchait désespérément étant môme, quelqu’un qui vous apprendrait les secrets de l’écriture comme un prof de guitare vous montre les accords.
Grâce à son « coaching », René montre la voie à ses padawans, des débutants de tous âges qui donnent vie à leur histoire.
SEPT d’entre elles sont publiées dans ce second recueil.
Elles révèlent SEPT nouveaux talents…

SEPT – Saison 2 : une suite que j’attendais avec impatience !

Écrire une nouvelle, c’est capturer l’instant avant qu’il ne s’échappe.
C’est tendre un fil invisible entre le souffle et la chute.
C’est dire beaucoup, avec presque pas de mots.
Et parfois, y glisser une volonté d’éternité.

Dans ce second opus de SEPT, ils sont de nouveaux sept à avoir relevé ce défi.
Sept voix brutes ou ciselées, portées par l’ombre bienveillante et les conseils avisés de René Manzor, chef d’orchestre de l’invisible.
Il y a du feu dans ces pages. Des tremblements. Des frissons. Du sang, des larmes, mais aussi des battements de cœur qui résonnent longtemps après la dernière ligne.
On y croise des destins qui basculent, des silences qui crient, des regards qui s’écrivent plus fort que des mots.
Et moi, lecteur, j’ai marché à travers ces histoires comme on traverse un rêve : sans vouloir en sortir… du moins pas tout de suite.

Qu’est-ce qu’un(e) auteur(e), sinon un passeur d’ombres et de lumières, un veilleur de l’intime. Celui ou celle qui, le temps d’un récit, rallume dans nos regards l’émerveillement de l’enfance ?
Ou peut-être un magicien discret qui nous parle sans bruit, mais touche juste ?

Ces SEPT, dont la plupart signent ici leur première publication, ont encore frappé très fort.

Un grand merci à René pour cette idée qui éclaire auteurs et lecteurs.
Un non moins grand merci à Angie Lollia et à ses Éditions “Des Livres et du Rêve”, qui portent tellement bien son nom et qui donne chair à ce livre que j’ai eu, une nouvelle fois, le bonheur d’habiller, un plaisir renouvelé.

Un cadeau à offrir, un trésor à garder.
Et un geste solidaire, aussi : 1€ reversé à l’association UN PAS VERS LA VIE – AUTISME pour chaque exemplaire acheté.

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Extraits :

La cabane – Sébastien Lemaire
« Ce soir-là, les parents d’Arthur étaient invités chez des collègues. Leur fils, ne voulant pas y aller, son père l’avait autorisé à dormir chez Benjamin et Thomas. C’était une occasion inouïe de mettre leur plan à exécution : venger Arthur du pervers qui l’avait tripoté. Pas une vengeance frontale, non !
Juste une façon de faire comprendre à Paul Mercier que des gens étaient au courant de ses agissements. »

Tabou – Elsa Morienval
« – Wow ! Super, Nath ! Trop contente que tu reviennes parmi nous ! Qu’est-ce qui nous vaut cet honneur ?
– Un héritage.
– Tu déconnes. Héritage de quoi ? D’emmerdes, sûrement, avec la famille que t’as !
– J’espère que non. J’ai rendez-vous avec le notaire. Je te tiens au courant.
– T’as intérêt! Et il faut qu’on se voie, histoire que je te fasse perdre ce « môdit » accent québécois !
– Bisous, ma Sof. »

Manque d’oxygène critique – Marlène Pascaud
« Dans le salon, l’horloge chuchotait les secondes.
Andréa se tenait assise sur le vieux canapé en tissu aux côtés de son père. Les lunettes à oxygène dans le nez, il dormait paisiblement.
Mais pour combien de jours encore ?
Le temps lui était compté, ils le savaient tous les deux. »

Rancune sanglante – Katazina
« La femme, nue, tête baissée sur sa poitrine, est pendante au portant de la douche. Ses intestins sortent d’une plaie béante, d’environ trois centimètres de largeur. Son torse est ouvert sur toute sa longueur, jusqu’au pubis. Des lambeaux de peau d’une couleur verdâtre retombent. D’un mouvement de bras, le légiste écarte les mouches qui viennent le saluer. Il tourne autour du corps et continue à prendre des photos sous tous les angles. »

Le cinquième taureau – Corinne Garnier & Patrice-Tom Garcia
« Le jour se lève, peinant à percer les ténèbres qui recouvrent la ville. Séville a connu une des pires nuits de son histoire. Les explosions ont déchiqueté la belle Andalouse. La vue, depuis le couvent, est cauchemardesque : des camions sillonnent les rues pour ramasser les cadavres, des villas sont brûlées, d’autres, en ruines. Les canons ont défiguré la ville. »

Remake – Sarah Bordy
« Lorsque la scène de l’effeuillage arrive enfin, Vixen bout déjà. Cette fille lui a tout pris. Ses mimiques, son look, sa coupe de cheveux, cette tignasse blonde, signature à laquelle Cynthia a seulement ajouté une frange épaisse. Lorsque le saxophone émet ses premières notes, elle remarque tout de suite que la chorégraphie est la même. Le même costume, les mêmes mouvements, la même sensualité. Tout est copié, jusqu’à la couleur du boa. Seule la fille change.
Un véritable plagiat.
Sale petite pute. »

Un cri d’enfant – Stéphanie Baudron-Cosson
« Depuis une semaine, Joanna s’est enfermée dans son minuscule appartement, au cinquième étage de son immeuble du centre-ville de Cahors. Ses journées sont ponctuées des cris stridents, des grognements et des balancements incessants de son fils Morgan, quatre ans, autiste profond et non verbal.
Avant de s’enfermer avec lui, elle a consulté tous les spécialistes de la région : assistantes sociales, puéricultrices, orthophonistes, kinésithérapeutes, ergothérapeutes. Elle s’est documentée, a contacté des associations de parents d’enfants atteints de ce trouble. Si son expérience professionnelle d’éducatrice spécialisée et son amour pour son fils lui ont permis d’imaginer des rituels pour le rassurer, c’est elle qui a le plus souffert de cet isolement. »

En 2020, quand le covid frappe et que les tournages s’arrêtent, le réalisateur, scénariste et romancier, René Manzor, a une idée folle : donner vie à ce prof d’écriture qu’il cherchait désespérément étant môme, quelqu’un qui vous apprendrait les secrets de l’écriture comme un prof de guitare vous montre les accords.

Émotion, Drame, Histoire, Polar, Psychologie

7/13

de Jacques Saussey
Broché – 10 janvier 2018
Éditeur : Éditions Toucan

Hiver 2015. Durant l’absence prolongée des propriétaires, une villa de la banlieue parisienne est le théâtre d’un crime atroce. Lorsqu’il arrive sur les lieux, le capitaine Magne découvre avec effroi que le corps n’est plus reconnaissable. Pas de vêtements, pas de papiers : l’identification s’annonce compliquée. Décembre 1944. Londres. Un officier américain scrute avec inquiétude le brouillard qui plombe le ciel de l’Angleterre. Il projette de traverser la Manche au plus vite pour rejoindre la France où il doit préparer l’arrivée prochaine de ses hommes. Le mauvais temps s’éternise mais bientôt, une proposition inattendue va faire basculer son destin. Soixante-dix ans plus tard, elle confrontera les enquêteurs du quai des Orfèvres à l’un des mystères les plus stupéfiants qu’ils aient jamais rencontrés.

Certains romans méritent une seconde lecture… 7/13 était une évidence pour moi… il attendait patiemment…

Dès les premières pages, lors de ma première lecture en juin 2018, j’ai su très vite que je tenais entre les mains un polar différent, plus dense, plus riche que ceux auxquels j’étais habitué dernièrement.

Le cadavre d’une femme atrocement mutilée ouvre l’histoire dans une violence brutale. Très vite, d’autres cadavres s’accumulent et l’enquête s’emballe. Mais alors que je pensais m’enfoncer dans un polar classique, Jacques Saussey me prend à contre-pied, casse le rythme. Le récit dévie. Jacques m’embarque ailleurs, dans une autre époque, en 1944, aux côtés d’un mystérieux officier américain en partance pour une mission étrange dans un avion sous le brouillard anglais.

Quel est le lien entre ces deux récits ?
Je l’ignore encore, mais je m’accroche. Parce que l’auteur sait exactement ce qu’il fait.
Lors de cette seconde lecture j’apprécie pleinement la façon dont l’auteur sème les informations, les distille avec finesse, Jacques excelle dans l’art de ce tissage très particulier. Il me balade entre présent et passé, entre drame intime et Polar à énigme historique. Puis, le nom de Glenn Miller surgit, et avec lui, une des plus grandes disparitions du XXe siècle. Jacques injecte dans son intrigue des thèmes forts : la mémoire, la guerre, les migrations, la douleur parentale, la vengeance sourde, l’impossible deuil, la culpabilité, la vengeance. Même dans l’horreur, Il insuffle dans son récit une certaine grâce.

Puis, un duo d’enquêteurs secondaires apporte une respiration bienvenue, avec une touche d’humour sans jamais dénaturer la gravité de l’histoire. Et derrière le suspense, se dessine une réflexion profonde sur ce que signifie survivre après l’irréparable.

L’écriture est tendue, sobre, parfois poétique. Jamais démonstrative, toujours juste. Ce roman ne cherche pas à résoudre, mais à nous confronter.
7/13, que j’ai lu en écoutant Glenn Miller, et d’autres standards du jazz évidemment… m’a secoué parce qu’il ne donne pas de réponses faciles.
Parce qu’il fait confiance au lecteur.
Parce qu’il transforme une enquête policière en descente vertigineuse dans la psyché humaine.
Et surtout il prouve, une fois encore, que la littérature noire peut être d’une richesse bouleversante.
Il serre la gorge, il bouscule. Il laisse une trace et m’a fait réfléchir…

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Extraits :

« 14 mars 2015
La maison est cossue. De type bourgeois, en forme de L, pierres de taille et allée pompeuse bordée d’arbustes coiffés au cordeau. Un terrain immense entretenu à grands frais, des fruitiers au fond, près de la rivière, des massifs de rosiers encore figés dans la fin de l’hiver, des crocus qui montrent le bout de la langue sous l’herbe pliée par la rosée.
Près du bâtiment, une piscine couverte s’avance sur le gazon.
Elle a été verrouillée pour la mauvaise saison. À travers la vitre salie par des fientes d’oiseaux et des feuilles mortes collées par l’humidité, j’aperçois l’eau qui a pris une vilaine.
couleur verdâtre.
– Venez, c’est par là.
Le commandant Picaud me désigne la porte de la maison.
Il m’explique qu’un serrurier l’a forcée deux heures auparavant pour conserver la scène de crime la plus intacte possible. Le meurtrier a fracturé une porte-fenêtre du salon.
L’Identité judiciaire est en plein travail, mais ils devraient avoir fini leurs investigations d’ici quelques dizaines de minutes. Dans l’air frais de ce début de matinée, les croassements des corneilles se répercutent à l’infini entre les branches bourgeonnantes des peupliers.
Il n’y a pas un bruit dans la rue, suffisamment éloignée de la bâtisse pour que personne n’ait pu y entendre le moindre cri. Et pourtant, de nombreux badauds se pressent contre la grille du parc que deux agents surveillent, l’œil farouche. Les regards des curieux alternent sans fin entre les hommes en blanc qui œuvrent autour de la maison et le fourgon mortuaire qui attend dans l’allée que les techniciens du crime donnent au légiste l’autorisation d’enlever le corps.
– Je vous préviens, c’est moche. »

« Le légiste se penche sur le cadavre et l’inspecte de près. Il suit la peau marbrée d’un doigt d’expert, pousse une bestiole par-ci, une autre par-là… J’ai soudain un goût de cendres sur la langue. Combien lui a-t-il fallu de manifestations de la mort pour qu’il parvienne à s’en affranchir autant ?
Combien de femmes, d’enfants, de corps meurtris a-t-il ouverts, découpés, vidés pour les besoins d’une enquête ?
Combien d’estomacs a-t-il pesé, disséqué pour savoir ce que la personne avait ingéré juste avant de mourir ? »

« Je rouvre les paupières. Il lui en a fallu, de la haine, à ce type. Un homme, c’est sûr. Je ne peux pas imaginer une femme infliger ça à une autre. C’est de la bestialité pure, la manifestation d’une fureur contre la féminité, peut-être même contre sa propre mère…
Je me prends les tempes dans les mains. Je déraille.
Comment pourrais-je concevoir ce qui a traversé l’esprit malade de ce dingue ? Je suis à mille bornes de m’approcher de ce qui l’a déclenché. Contrairement à de nombreuses autres affaires sur lesquelles j’ai eu à me pencher, celle-ci ne me parle pas. Je me trouve face à un mur de glace, un mur de ténèbres. »

Jacques Saussey est né en 1961, il écrit des nouvelles durant de longues années, entre 1988 et 2007. Après le premier prix au concours Alfred Jarry, cette année-là, il quitte l’écriture des nouvelles et entame son premier thriller, La mante sauvage, achevé en 2008. Ce thriller paraîtra le 3 janvier 2013 sous le titre Colère Noire.
C’est le second, De sinistre mémoire, écrit en 2009, qui a connu le premier les joies des rayons des libraires en septembre 2010. Ce roman est ensuite sorti en poche en juin 2011.
Son domaine : l’histoire noire. Très noire…
Il est désormais considéré par les critiques et les libraires comme l’un des “talents” dans le polar.
Enfermé.e (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2018/11/12/enferme-e-de-jacques-saussey/

Émotion, Drame, Polar, Psychologie

Avant d’avoir tout oublié

de Philippe Gil
Broché – 6 octobre 2022
Éditeur : NOUVELLES PLUMES

Une petite fille disparue au beau milieu d’un parc. Un vieil homme souffrant d’Alzheimer qui débarque au commissariat en répétant « Elle est morte ». Un gendarme qui décide de faire de cette affaire sa raison de vivre. C’est le point de départ de ce roman que vous ne lâcherez plus et dont le dénouement vous laissera sans voix.

Pour un premier roman, Philippe Gil m’a bluffé. Avant d’avoir tout oublié m’a littéralement happé dès les premières pages. J’y ai trouvé un polar intense, bien ficelé, terriblement humain. Le point de départ est glaçant : l’enlèvement d’une petite fille dans un parc, sous les yeux de son père, Jacques, interne en médecine. Charlotte disparaît, et c’est tout un monde qui bascule.

Rapidement, l’enquête s’organise sous la houlette du capitaine Mauduy. Toutes les hypothèses sont envisagées :
– Kidnapping contre rançon ?
– Acte isolé d’un déséquilibré ?
– Drame familial ?
Je me suis laissé emporter par les pistes, les fausses routes (et elle sont nombreuses…), les zones d’ombre. Rien n’est jamais simple dans ce roman. Le temps passe, l’angoisse monte, et l’auteur joue brillamment avec mes nerfs. Jusqu’à cette fin, totalement renversante, qui m’a laissé un vrai vertige.

Mais ce roman ne se limite pas à une intrigue haletante. C’est aussi un récit profondément émouvant. J’ai été particulièrement touché par le personnage du Professeur, confronté aux premières atteintes de la maladie d’Alzheimer. Cette dimension plus intime donne une résonance nouvelle à l’histoire, un souffle d’humanité saisissant. L’auteur parvient à lier suspense et émotion sans jamais tomber dans le pathos.

Les personnages sont attachants, crédibles, complexes. L’écriture, fluide et sobre, laisse place aux émotions, sans fioritures. J’ai été marqué par la manière dont Philippe Gil nous parle de mémoire, de filiation, d’amour… et d’oubli, sa plume sobre mais pleine de justesse, m’a enveloppé d’une tendresse discrète.

Un roman qui m’a interrogé autant qu’il m’a captivé.
Bravo à l’auteur pour ce coup d’essai transformé pour moi en coup de maître !

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Extraits :

« Charlotte fredonnait une comptine à sa poupée. Il sourit. Fille unique, Charlotte avait l’habitude de jouer toute seule. Elle passerait probablement la matinée à dessiner bien sagement dans sa chambre. Il pourrait poursuivre son travail jusqu’à midi. Ensuite, ils prendraient leur repas, puis ils iraient au parc du Domaine de Beaulieu. Le rituel bien rodé d’un mercredi de repos. Il consacrerait tout son après-midi à sa fille. Sa petite fille chérie… »

« – Charlotte ? Je ne vois plus ma fille ! s’écria-t-il.
Il s’approcha des enfants, fit le tour de l’aire de jeux en appelant sa fille. Paniqué, il revint vers les deux mères de famille.
– Je ne vois plus ma fille !
– Mais où était-elle ? demanda l’une d’elles.
– Là… Juste là. Elle jouait au toboggan… Elle n’y est plus. Vous n’avez rien remarqué ?
– Mais non… Elle est habillée comment, votre fille ? demanda alors l’autre maman.
– Elle porte une robe rouge avec un bandeau dans les cheveux. »

« Surmontant ses craintes et son complexe d’infériorité, il s’approcha de Louise. Jacques était un jeune homme intelligent, particulièrement brillant même. Louise fut rapidement séduite par sa maturité qui tranchait singulièrement avec le comportement des autres garçons de son âge. Elle les trouvait toujours trop gamins. Une demi-heure plus tard, ils échangeaient leur premier baiser à proximité de l’étang, loin des regards indiscrets. Jacques avait percé la carapace et derrière l’image hautaine d’une demoiselle de bonne famille, il découvrit une jeune fille simple et fragile. Louise avait reçu l’éducation très stricte d’une mère autoritaire et froide, ne laissant paraître qu’arrogance et mépris à l’égard de son prochain. Une attitude que, par mimétisme, Louise adoptait parfois. »

« C’est le paradoxe. Nous savons parfaitement expliquer le mécanisme de destruction des neurones. Par contre, nous ne savons pas stopper cette dégénérescence. Les traitements actuels permettent de ralentir le processus et d’en diminuer les effets mais pas de l’arrêter. Dans ses périodes de lucidité, le Professeur en est tout à fait conscient, comme la plupart des malades du reste… Il s’agit là probablement de l’aspect le plus difficile de cette maladie, le plus dur à supporter. Pour le malade comme pour ses proches…
– Je comprends. Mais quand il répète : elle est morte, que faut-il en penser ? De quoi parle-t-il ?
– C’est très difficile à dire… »

Philippe Gil est né en 1963 à Albi, ville chère à son cœur où il vit toujours. Chef de projet informatique dans le secteur des assurances et père de deux grands enfants, ce passionné de vélo découvre sur le tard la passion de l’écriture, le besoin de raconter des histoires, bien loin de son métier d’informaticien.

Émotion, Humour, Psychologie

Mais t’as-tout pour-être-heureuse !

de Nicole de Buron
Poche – 4 janvier 1999
Éditions : J’ai lu

Un matin, vous vous réveillez tellement fatiguée que vous vous recouchez sur-le-champ. Vous pleurez sans raison. Vous avez mal partout. Vous faites le tour des médecins. Rien. Vous n’avez rien. Si. Une jolie petite déprime. “Ce n’est rien ! Prends sur toi” ! s’exclament certaines de vos copines. “Tu n’as pas honte de te plaindre quand il y a tellement de gens plus malheureux !” Oui, vous avez honte. Vous traînez comme une zombie dans votre vieille robe de chambre en marmonnant : “Je suis nulle ! Je suis moche !”
Vous ne vous coiffez plus. Vous vous bourrez de chocolat. Encouragée par Petite Chérie, vous allez voir un psy. Il écoute vos propos incohérents et vous prescrit des médicaments que vous avalez en douce de l’Homme et contre l’avis de Fille Aînée. Après avoir failli divorcer, envisagé de tuer une dénommée Florence – grande amie de l’Homme -, songé à vous suicider, vous vous retrouvez un jour guérie. Si, si. Ouf ! Vive la vie !

Je ne m’attendais pas à rire autant en lisant un roman sur la dépression. Et pourtant…
Avec Mais t’as-tout pour-être-heureuse !, Nicole de Buron réussit l’exploit de traiter un sujet grave avec beaucoup d’humour. Le ton est léger, les situations souvent absurdes, mais elles sonnent relativement juste. J’ai suivi “Madame”, une femme déprimée qui ne veut surtout pas qu’on le sache, et surtout pas son mari, le ”spécimen” d’homme qui pense qu’un psy, c’est un type payé pour écouter des trucs qu’on pourrait très bien garder pour soi.

Même sans avoir connu de vraie dépression, je pense que de nombreuses personnes pourraient se reconnaître dans ce roman. Qui n’a jamais eu un coup de mou ? Qui n’a jamais cherché un peu de réconfort dans une tablette de chocolat ou un verre de vin rouge… avant de maudire la balance quelques jours plus tard ou la terrible migraine dans les heures qui ont suivies ? L’auteure croque ces moments avec une ironie irrésistible. Je me suis surpris à éclater de rire face à certaines scènes, parfois en grinçant un peu des dents quand l’auteure était proche de mes propres travers.

“Madame”, empêtrée dans ses états d’âme, ses relations familiales tendues, ses séances chez le psy et ses lubies de rajeunissement, ressemble à bien des femmes, mais aussi à bien des hommes, quand on veut bien gratter le vernis. Et même si parfois le décor sent un peu le confort bourgeois, le sujet reste universel. Parce que déprimer, c’est pas une question de niveau de vie. C’est une question de “météo intérieure”. Et ce roman, franchement, c’est du soleil quasiment à chaque page. J’ai trouvé fascinante aussi la manière dont Nicole tourne en dérision ces phrases “toutes faites” que l’on balance, presque sans réfléchir, à celles et ceux qui ne vont pas bien… On les a tous dites. Tous entendues.

Un roman à la fois drôle, tendre et mordant.
À lire pour rire, pour réfléchir aussi, ou tout simplement pour se sentir un peu moins seul face à ces ”petits” naufrages du quotidien.

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Extraits :

« Vous adorez vous réveiller à l’aube et, l’ardeur de vivre vous fouettant le sang, vous lever d’un bond, courir à la cuisine avaler une tasse de thé et deux biscottes, et hop! foncer dans votre bureau. Où vous vous jetez sur votre très vieille machine à écrire rouge… clac-clac-clac… »

« Il y a plus grave.
À la tombée de la nuit, Pieuvre Géante – jusque-là un peu engourdie – se réveille et resserre son étreinte autour de votre plexus. Vous suffoquez la bouche ouverte comme une carpe sortie de l’eau.
Angoisse intolérable.
Un seul remède : le vin rouge. »

« Mais il y a bien pire que l’allergie au bruit.
C’est l’INSOMNIE.
Et sa compagne Sœur Anxiété.

À peine êtes-vous couchée, la nuit, que Sœur Anxiété vient s’asseoir sur le bord de votre lit et engager la conversation.
Sœur Anxiété : Y a plus de beurre. Tu as oublié d’en faire acheter par Maria pour le petit déj demain matin.
Vous : Zut ! Tant pis. Sur la mangera du miel.
Sœur Anxiété : Et l’électricien ? Tu as téléphoné à l’électricien pour changer la prise du salon ?
Vous : Merde ! Ça m’est aussi sorti de la tête.
Sœur Anxiété : Ce n’est vraiment pas la peine d’écrire tous les matins la liste des choses que tu dois faire dans la journée !
Vous : Tu sais bien qu’ensuite je ne pense jamais à la relire ! Ou que je la perds.
Sœur Anxiété : Tu es vraiment une très mauvaise maîtresse de maison… la pire que j’aie jamais connue ! »

« ……..“Prends-toi !”
……..“Réagis, bon sang !”
……..“Cesse de t’écouter !”
……..“Un peu de courage, allons !”
……..“Tu n’as pas honte de te plaindre alors que t’as-tout pour-être-heureuse!”
……..“Pense qu’il ya plus malchanceux que toi !”
……..“La dépression, c’est un luxe de bourgeoise !”…

Hélas, trois fois hélas, l’Homme a été élevé dans le même principe. Pas question de lui avouer que vous êtes frappé de ce mal honteux (pire que la syphilis), révélateur à ses yeux d’une mollesse de caractère qui vous attirerait son mépris. Il n’aurait qu’un seul commentaire :
– Qu’est-ce que c’est que cette connerie ? SECOUE-TOI, c’est tout. Est-ce que j’ai une dépression nerveuse, moi, avec tous les soucis que j’ai ? »

« 5e copine : Change-toi les idées, sors, vois du monde, joue au bridge.
Vous : Je déteste le bridge, les jeux de cartes, le Scrabble, et jouer en général.
5 copine : Tu fais quoi alors quand tu ne travailles pas ?
Vous : Je lis. Plus je vieillis, plus j’aime lire.
5€ copine : Et quand, à force de lire, tu auras perdu la vue, qu’est-ce que tu feras ? Moi, je te le dis : tu seras bien contente de jouer au bridge ! »

Nicole de Buron, parfois nommée également Nicole de Buron-Bruel, est une écrivaine et scénariste française née le 12 janvier 1929 à Tunis (protectorat français de Tunisie) et morte le 11 décembre 2019.

Elle a été journaliste avant de se tourner vers l’écriture romanesque. Mariée et mère de deux enfants, elle se partage entre Paris et le domaine agricole qu’elle exploite près de Limoux, pour lequel elle a obtenu la médaille du Mérite agricole.

Scénariste de films (Erotissimo, Elle court, elle court, la banlieue…) et des célèbres Saintes chéries, elle est aussi l’auteur de nombreux romans follement drôles, dans un inimitable style vif et alerte, entre humour et satire sociale (Dix-jours-de-rêve, Vas-y-maman, Mais t’as-tout-pour-être-heureuse !…)

Ses livres sont pour la plupart des récits humoristiques autobiographiques, dans lesquels, dans un style vif, elle raconte à la deuxième personne du pluriel les aventures d’une femme écrivain et de sa « tribu », qui ressemble fort à celle de Nicole de Buron elle-même : elle, son mari, ses filles et ses petits-enfants. L’autodérision et l’humour porté sur les situations les plus inattendues, parfois exagérées, sont ses caractéristiques principales.

Amour, Émotion, Drame, Psychologie, Violence

Toutes les nuances de la nuit

de Chris Whitaker
Broché – 6 mars 2025
Éditions : Sonatine

Jusqu’à ce jour de 1975, Monta Clare était une petite communauté tranquille du Missouri. Aujourd’hui, les sirènes des voitures de police retentissent dans toute la ville. Dans un quartier paisible, les habitants sont interrogés, tous doivent fournir des alibis. La raison ? Le jeune Patch Macauley a disparu. Dans la forêt voisine, on a retrouvé son tee-shirt, maculé de sang. Saint, une jeune fille au caractère bien affirmé, décide de faire tout ce qui est en son pouvoir pour découvrir ce qui est arrivé à son ami. Elle harcèle le shérif, mène sa propre enquête, cherche des pistes. Les jours passent, puis les semaines. L’affaire ne fait plus les gros titres des journaux, et cependant, Saint s’obstine. Des mois plus tard, Patch Macauley réapparaît. L’affaire est réglée ? Non. Bien au contraire, il faudra des décennies pour élucider tous les mystères et faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé durant sa disparition.

Après Duchess, salué par la presse et les libraires, Chris Whitaker revient avec un roman magistral. S’étendant sur plus de trente ans, ce récit, jamais prévisible, met en œuvre des émotions aussi complexes que bouleversantes. Toutes les nuances de la nuit confirme avec éclat le talent infini de son auteur pour explorer jusqu’à l’incandescence les troubles de l’adolescence et la façon dont ceux-ci influent et pèsent sur l’âge adulte. Chris Whitaker s’installe sans conteste parmi les plus grands romanciers contemporains.

“Un roman qui vous percute comme un marteau !
Je n’ai pas pu le lâcher et je ne l’oublierais jamais.”

llian Flynn

“À couper le souffle…
Un récit ondoyant qui transcende les décennies et les points de vue pour saisir la manière dont un seul instant fait basculer la vie d’un petit garçon et de ceux qui l’aiment.”
The Washington Post

“Il y a bien une enquête dans Toutes les nuances de la nuit,
et elle est passionnante, mais le roman a tellement plus à offrir.
C’est aussi une fable profonde et complexe sur l’amour, le deuil et l’espoir.”
Kirkus Reviews

Je referme à peine Toutes les nuances de la nuit et je reste là, sidéré. L’esprit encore dans les pages, le souffle court. Je découvre Chris Whitaker avec ce roman, et quelle découverte ! J’avais un peu d’appréhension devant ses 800 pages, pensant y passer plusieurs jours et deux jours plus tard, je suis arrivé au mot « fin », vidé, essoufflé, ému. J’ai lu sans relâche, tant le récit m’a happé.

Joseph, surnommé Patch, et sa meilleure amie Saint ont treize ans lorsqu’on fait leur connaissance. Ils vivent dans une petite ville nichée au cœur des Ozarks, dans le Missouri. Leur quotidien n’a rien de simple, mais une amitié profonde les unit et leur donne le semblant d’équilibre dont ils ont besoin. Jusqu’au jour où un geste héroïque de Patch fait basculer leur monde, déclenchant une série d’événements qui les dépasseront complètement.

Comment passer à une autre lecture après une telle immersion ?
J’ai vécu avec Patch, Saint, Sammy, Norma, Misty, Grace… Je les ai aimés, j’ai pleuré pour eux, j’ai tremblé avec eux. Ils m’habitent encore. Ce roman est une onde de choc. Une fresque humaine, déchirante et poignante.

Ce n’est pas qu’une histoire. C’est une traversée, sur près de 30 ans, entre ténèbres et lumière, entre fidélité et déracinement, entre bravoure et fatalité. Ce livre échappe à toute étiquette : saga, thriller, drame social, histoire d’amour… tout s’y mêle avec une justesse rare.

L’écriture est précise, vibrante. L’humanité des personnages m’a transpercé. À mes yeux, c’est un chef-d’œuvre, un grand coup de cœur !
Nous ne sommes qu’en mai, mais je pense avoir lu, ce que je considère comme l’un des romans de l’année.

Je remercie Pierre-Antoine de m’avoir conseillé cette pépite.
Dire que j’aurai pu passer à côté…

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Extraits :

« Ce jour-là, la police fouillerait les moindres recoins de son existence et découvrirait qu’il aimait les pirates parce qu’il était né borgne, et que sa mère lui avait très tôt donné le goût des sabres d’abordage et des cache-œils, convaincue que la beauté de la fiction avait le pouvoir d’émousser une réalité trop brutale. »

« Il remonta dans sa chambre, où il coiffa son tricorne et enfila son gilet. Puis il rentra son pantalon bleu marine dans ses chaussettes et tira un peu sur le tissu pour le faire bouffer aux genoux.
Dans sa ceinture, il glissa un petit poignard, un simple alliage de métaux bon marché, mais le forgeron avait fait du bon boulot.
Ce jour-là, la police fouillerait les moindres recoins de son existence et découvrirait qu’il aimait les pirates parce qu’il était né borgne, et que sa mère lui avait très tôt donné le goût des sabres d’abordage et des cache-œils, convaincue que la beauté de la fiction avait le pouvoir d’émousser une réalité trop brutale. »

« L’homme, qui s’était relevé, commençait à la suivre, mais Patch était juste derrière lui. Il sortit son poignard pour la deuxième fois de la matinée.
L’homme para le coup sans difficulté en lui saisissant le poignet et en le tordant douloureusement.
Un rayon de soleil éclaira la lame juste avant qu’elle ne s’enfonce dans le ventre de Patch.
Il tombe à la renverse et porte les mains à sa blessure. La nuit descendait sur les arbres autour de lui mais il ne vit ni lune ni constellations. »

« Son souffle résonnait dans ses oreilles.
Elle passa rapidement devant les arbres tombés qui bordaient la clairière. Le menton levé, elle scruta les alentours, mais ce n’est que lorsqu’elle atteignit le pied de la vallée qu’elle découvrit l’endroit où c’était arrivé.
Elle vit le tee-shirt.
Et le sang. »

« La religion et la politique se fichent de ce qui est juste. »

« – Que les gens comme nous n’existent que dans un état de crise. Que ce sera un miracle si nous mourons de causes naturelles. On se tournera vers l’alcool ou la drogue, et on ne nouera jamais de relations étroites parce qu’on gardera trop de choses pour nous.
– On n’a besoin de personne d’autre. »

« – Dans un mariage qui dure une vie entière, l’amour n’est qu’un visiteur. C’est le respect et la bienveillance qui en sont les véritables fondations. Pour être honnête, je pense que tu devrais l’épouser. »

Chris Whitaker a travaillé dix ans comme trader avant de se consacrer à l’écriture. Son premier roman, Tall Oaks (2016), reçoit les louanges de la critique et se voit couronné du CWA John Creasey New Blood Dagger. Avec All the Wicked Girls (2017), son deuxième roman, Chris Whitaker explore les thèmes de la disparition, de la jeunesse et des regrets au sein d’une Amérique dépeinte de manière magistrale.
Avec son troisième roman paru en 2020, We Begin at the End, il est lauréat du Gold Dagger Award 2021 et du prix Ned-Kelly 2021 du meilleur roman international.

Duchess est un roman noir captivant qui mêle suspense et émotion.
Toutes les nuances de la nuit est un roman policier captivant qui explore les complexités de l’amitié et de la résilience face à une disparition tragique.
Ses écrits sont édités dans 10 pays.

C’est un conteur prodigieux qui allie une écriture à la fois lyrique et ancrée dans une réalité brutale. Son univers est marqué par des personnages complexes et inoubliables, des intrigues riches en rebondissements et une interrogation constante sur le sens de la vie et les conséquences de nos actes. La noirceur de ses histoires contraste avec la beauté des paysages décrits. Son style, à la fois intense et délicat, fait vivre des émotions fortes aux lecteurs.

Émotion, Philosophique, Psychologie

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme

de Stefan Zweig
Poche – 1 janvier 1992
Éditions : Le Livre de Poche

Scandale dans une pension de famille « comme il faut », sur la Côte d’Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d’un des clients, s’est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée… Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l’aide inattendue d’une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez elle. Ce récit d’une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l’auteur d’Amok et du Joueur d’échecs, est une de ses plus incontestables réussites.

Dans ce court mais intense roman, Stefan Zweig nous plonge au cœur des tourments de l’âme humaine à travers le récit bouleversant d’une femme aristocrate dont la vie bascule en l’espace d’une seule journée. Lors d’un séjour dans une pension de la Côte d’Azur, la narratrice, une femme respectable et bien établie, se laisse submerger par une attirance irrépressible envers un jeune homme tourmenté, accro aux jeux de hasard. En une nuit, poussée par un élan irrépressible, elle remet en question tout ce qui définissait son monde, cédant à un désir aussi fulgurant qu’incontrôlable.

Zweig, avec son talent inégalé pour disséquer l’âme humaine, dissèque avec une précision remarquable la lutte entre raison et pulsion, entre conventions sociales et élans du cœur. Son écriture fluide et vibrante saisit avec une justesse troublante les émotions qui traversent cette femme, partagée entre l’effroi et l’abandon, entre la culpabilité et l’exaltation. L’analyse psychologique, portée par une narration élégante et incisive, rend chaque sentiment palpable, chaque hésitation poignante.

Ce récit, d’une grande intensité, m’a interpellé sur la fragilité des certitudes et la force des passions inavouées. En quelques pages seulement, Zweig parvient à capturer toute la complexité de l’âme humaine et nous entraîne dans une réflexion vertigineuse sur la passion et ses conséquences.

Un chef-d’œuvre concis et envoûtant, à lire absolument !

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Extraits :

« En effet, au train de midi, exactement de midi vingt je dois indiquer l’heure avec précision parce que c’est important, aussi bien pour cet épisode que pour le sujet de notre conversation si animée), un jeune Français était arrivé et avait loué une chambre donnant sur la mer: cela seul annonçait déjà une certaine aisance pécuniaire. Il se faisait agréablement remarquer, non seulement par son élégance discrète, mais surtout par sa beauté très grande et tout à fait sympathique: au milieu d’un visage étroit de jeune fille, une moustache blonde et soyeuse caressait ses lèvres, d’une chaude sensualité; au-dessus de son front très blanc bouclaient des cheveux bruns et ondulés; chaque regard de ses yeux doux était une caresse; tout dans sa personne était tendre, flatteur, aimable, sans cependant rien d’artificiel ni de maniéré. De loin, à vrai dire, il rappelait d’abord un peu ces figures de cire de couleur rose et à la pose recherchée qui, une élégante canne à la main, dans les vitrines des grands magasins de mode, incarnent l’idéal de la beauté masculine. »

« Pendant la nuit, il pouvait être onze heures, j’étais assis dans ma chambre en train de finir la lecture d’un livre, lorsque j’entendis tout à coup par la fenêtre ouverte, des cris et des appels inquiets dans le jardin, qui témoignaient d’une agitation certaine dans l’hôtel d’à côté. Plutôt par inquiétude que par curio-sité, je descendis aussitôt, et en cinquante pas je m’y rendis, pour trouver les clients et le personnel dans un état de grand trouble et d’émotion. Mme Henriette, dont le mari, avec sa ponctualité coutumière, jouait aux dominos avec son ami de Namur, n’était pas rentrée de la promenade qu’elle faisait tous les soirs sur le front de mer, et l’on craignait un accident.
Comme un taureau, cet homme corpulent, d’habitude si pesant, se précipitait continuellement vers le littoral, et quand sa voix altérée par l’émotion criait dans la nuit: « Henriette!
Henriette!», ce son avait quelque chose d’aussi terrifiant et de primitif que le cri d’une bête gigantesque, frappée à mort. Les serveurs et les boys se démenaient, montant et descendant les escaliers; on réveilla tous les clients et l’on téléphona à la gendarmerie. Mais au milieu de ce tumulte, le gros homme, son gilet déboutonné, titubait et marchait pesamment en sanglotant et en criant sans cesse… »

« Vous avez parfaitement raison ; la vérité à demi ne vaut rien, il la faut toujours entière. Je rassemblerai toutes mes forces pour ne rien dissimuler vis-à-vis de moi-même ou de vous. Venez après diner dans ma chambre (à soixante-sept ans, je n’ai à craindre aucune fausse interprétation), car dans le jardin ou dans le voisinage des gens, je ne puis parler.
Croyez-moi, il ne m’a pas été facile de me décider. »

Né à Vienne en 1881, fils d’un industriel, Stefan Zweig a pu étudier en toute liberté l’histoire, les belles-lettres et la philosophie. Grand humaniste, ami de Romain Rolland, d’Émile Verhaeren et de Sigmund Freud, il a exercé son talent dans tous les genres (traductions, poèmes, romans, pièces de théâtre) mais a surtout excellé dans l’art de la nouvelle (La Confusion des sentiments, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme), l’essai et la biographie (Marie-Antoinette, Fouché, Magellan…).
Désespéré par la montée du nazisme, il fuit l’Autriche en 1934, se réfugie en Angleterre puis aux États-Unis.
En 1942, il se suicide avec sa femme à Petrópolis, au Brésil.

Drame, Polar, Psychologie

La vallée des égarés

de Céline Servat
Broché – 13 février 2025
Éditions : Taurnada

Le Comminges. Dans ce coin tranquille, au pied des Pyrénées, la présence incongrue d’un corps mutilé va mobiliser les gendarmes de Salies-du-Salat, associés pour l’occasion à la section de recherche de Toulouse.
Marco Minelli, comptable sans histoires, se retrouve mêlé bien malgré lui à une enquête angoissante qui va le plonger dans les affres du doute, tiraillé entre la raison et la folie.
Ces petites bourgades aux ruelles paisibles abritent-elles la tanière d’un tueur sanguinaire ?
Qui sera la prochaine victime ?

Marco Minelli travaille comme comptable dans une petite entreprise établie dans le sud de la France, plus précisément dans les Comminges, au flanc des Pyrénées. C’est un solitaire, mais grâce à son don inné, il vient fréquemment en aide à ceux qui pourraient nécessiter ses compétences. En effet, Marco “soigne le feu”.
Un soir, suite à un appel téléphonique, il se déplace chez un individu pour qui il avait récemment prodigué des soins. Marco découvre son corps horriblement mutilé. Il est saisi de peur, s’enfuit et n’ose pas alerter les autorités. De retour chez lui, il se confie à Manue, sa voisine qu’il estime beaucoup. Elle lui recommande vivement de contacter les forces de l’ordre et de leur dire la vérité. Bien malgré lui, il les contacte, mais en utilisant un numéro masqué !

Très vite, la police identifie une nouvelle victime, également liée à Marco. La posistion de Marco est mise à mal suite à certaines informations le concernant, le plongeant dans un océan de doutes, tiraillé entre la rationalité et la folie.
Quel rôle Marco joue-t-il réellement dans cette affaire ?
Manue, sa voisine, est fermement convaincue de son innocence et se donne pour mission de tout mettre en œuvre pour le soutenir. Toutefois, Marco a agi de manière étrange ces derniers jours, de multiples visions perturbent son esprit et semblent mettre en péril sa routine quotidienne.
Qui est-il véritablement ?

Ce livre m’a permis de découvrir Céline Cervat, et j’ai passé un moment de lecture captivant et agréable. L’histoire est habilement élaborée et les personnages ont vite réussi à me séduire, voire à m’émouvoir.
Céline, assistante sociale, dans la vie, elle-même, aborde et défend une question particulièrement sérieuse et délicate, relative aux problèmes rencontrés par les enfants placés dans des foyers d’accueil.

Un polar saisissant, ponctué de descriptions parfois crues, qui évolue dans un univers obscur mais malheureusement réaliste, affectant les enfants abandonnés ou négligés par leurs parents, ou pas dont l’innocence a été volée, voire maltraitée, qui vivent en détresse et sont en danger.
En tant que lecteur, j’ai une fois de plus été confronté aux dures réalités du monde… Toutefois, le talent de l’écrivaine et son style d’écriture m’ont permis d’apprécier pleinement le roman… D’ailleurs j’ai hâte de la redécouvrir à travers ses précédents ouvrages !

Pour répondre à sa question posée dans les remerciements, oui, j’aimerais beaucoup “revoir” ses personnages dans de futures péripéties.

Un grand merci à Joël Maïssa, de Taurnada Editions.

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Extraits :

« File d’attente à la boulangerie, j’attends patiemment mon tour. D’abord la dame aux cheveux gris et au serre-tête, puis l’électricien de la rue d’à côté. Ensuite, je demanderai ma baguette pas trop cuite. J’aime cette routine. Je me délecte des moments anodins où je passe inaperçu. J’ai toujours voulu être comme tout le monde et j’y arrive, la plupart du temps. »

« Le soleil déclinait, rasant les toits commingeois. Il s’accrochait aux rétines, l’espace d’un instant, au point d’aveugler quiconque le défiait. La rivière, large, impressionnante en cet endroit, caracolait à une vitesse folle, tel un cheval au galop. Elle emportait tout sur son passage : les branches, les détritus – échoués là par la paresse ou l’inconscience de certains – et même la motivation sportive de Marco Minelli, qui contemplait les flots depuis le pont. »

« Marco avait toujours eu peur de l’occulte, tout en se sentant attiré par les expériences que des camarades plus hardis lui contaient. En fin de collège, il lui était arrivé de participer à une séquence d’écriture automatique, ou à plusieurs soirées consacrées à l’utilisation d’une planche de ouija. Ils « faisaient le verre », comme disaient ses camarades. Le frisson de l’inconnu avait cédé la place à de gros doutes. Marco, déstabilisé, ne voulait pas savoir si l’au-delà existait.
La réponse l’inquiétait trop. Il avait cherché une explication lui permettant de rationaliser ce à quoi il avait assisté. Ses nuits s’étaient peuplées de terreurs nocturnes, des visages lui étaient apparus dans l’obscurité, même une fois éveillé. Était-il devenu fou ? »

Céline Servat est une Autrice de thrillers, polars et romans noirs.

Son premier roman Internato, le premier d’une trilogie sur les dictatures et les secrets de famille, est édité par M+ éditions en 2020. En 2021, sort le deuxième tome, Norillag, et en 2022, la trilogie se conclue avec Alambre.
Elle est aussi co-autrice de deux recueils de nouvelles, Au-delà de nos oripeaux, avec G. Coquery, et Une plongée dans le noir avec son frère, le musicien Tomas Jimenez.
En 2024, les éditions cairn publient Le bœuf n’a plus la cote, un polar gourmand sur le thème ovalie et gastronomie, conformément à leur collection du même nom.
Mariée et mère de deux enfants, elle vit à Encausse-les-Thermes dans les Pyrénées Hautes-Garonnaises où elle travaille comme assistante sociale auprès d’enfants qui ont des troubles du comportement.
Céline est organisatrice du salon du polar T(h)ermes noirs. Elle est membre du collectif les louves du polar.