Humour, Noir, Polar, Suspense, Violence

Sans pitié ni remords

de Nicolas Lebel
Poche – 10 mai 2017
Éditeur : Le Livre de Poche

9 novembre. Le capitaine Mehrlicht assiste aux obsèques de son ami Jacques Morel. Quelques heures plus tard, un notaire parisien lui remet une enveloppe contenant un diamant brut : l’œil d’une statue dérobée au musée des Arts d’Afrique et d’Océanie dix ans plus tôt.
De leur côté, les lieutenants Latour et Dossantos sont appelés pour constater un suicide, puis assistent à la défenestration d’une femme qui avait réclamé la protection de la police. Les deux victimes avaient un point commun : elles travaillaient ensemble au musée.
La chasse au trésor organisée par Jacques vire alors au cauchemar. Que cherchent ces anciens légionnaires, qui apportent la guerre à Paris dans un jeu de piste sanglant jalonné de cadavres ? Mehrlicht et son équipe ont quarante-huit heures pour boucler cette enquête sous haute tension, dans laquelle bouillonnent la fureur et les échos des conflits qui bouleversent le monde en ce début de XXIe siècle.

Retrouver le capitaine Mehrlicht dans Sans pitié ni remords de Nicolas Lebel, c’est comme retrouver un vieil ami qui parle cash, qui grogne, mais qui vous fait rire à chaque réplique. Ce flic atypique, cultivé et grinçant, me donne toujours l’impression de sortir d’un film d’Audiard. Et autour de lui, son équipe prend de l’épaisseur, s’affine, se bonifie au fil des enquêtes.

Ce que j’aime chez Nicolas Lebel, ce n’est pas seulement ses intrigues tordues et captivantes, mais surtout son style, cette plume pleine de verve et de malice, où chaque page réserve une phrase qui arrache un sourire. Derrière l’humour et les dialogues savoureux, il y a aussi une passion réelle pour la France, pour son Histoire, pour ses mots. Et ça, je le ressens à chaque lecture.

L’affaire qui nous entraîne ici démarre avec une statuette africaine volée, “Le Gardien des Esprits”. Une disparition vieille de plusieurs années qui resurgit quand Mehrlicht, tout juste endeuillé par la mort de son meilleur ami, hérite de ses biens… et découvre un diamant lié directement à ce vol. Très vite, le voilà suspecté, arrêté même, et au cœur d’une enquête qui croise suicides douteux, vols d’art, manipulations et mercenaires sans scrupules.

À côté de ce puzzle haletant, Nicolas s’amuse à glisser de la poésie, de la cryptographie, des références à Baudelaire, et même un message caché page 377, comme un clin d’œil complice à ses lecteurs attentifs. J’adore ces détails qui font toute la richesse de ses romans.

Lire Sans pitié ni remords, c’est plonger dans une intrigue palpitante, foisonnante, où l’intelligence du texte se mêle à un suspense implacable. C’est aussi retrouver un univers familier, des personnages attachants, et surtout un auteur qui, une fois de plus, me bluffe par son talent.

Nicolas Lebel est décidément trop fort. Et moi, je me suis régalé, sans pitié… mais avec beaucoup de plaisir.

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Extraits :

« Mehrlicht exhala la fumée de sa Gitane. Il la sentit filer sur sa joue et s’évanouir derrière lui. Son pouls battait fort dans sa gorge au rythme de ses pas sur l’allée de gravier. Son téléphone collé à l’oreille, il parvint enfin à l’arc de triomphe du Carrousel. Il examina l’ouvrage massif à la gloire de Napoléon Bonaparte, l’empereur qui avait mis l’Europe à genoux. Un monument de plus pour célébrer la guerre. Au-delà, le Louvre resplendissait sous la lumière crue d’un soleil pâle qui jouait avec les angles de la pyramide de verre.
Le capitaine s’arrêta et tourna sur lui-même ; l’automne avait dépouillé les arbres et les buissons du jardin des Tuileries ; rien ne bloquait véritablement la vue. »

« — Je lui annonce « Police nationale», elle me raccroche au nez… Police nationale ! Ça ne veut plus rien dire pour personne ! Aberrant ! Alors qu’on est là pour les aider ! se lamentait Dossantos en observant l’écran noir du téléphone de Ghislaini.
Cuvier l’approuva.
— Parce que tous les gens ont un truc à se reprocher, aujourd’hui. Ils sont pas clairs…
Carrel les ignora et rejoignit son assistant. Latour regarda Dossantos. Il semblait sincèrement dépité. »

« Émilie Monchant travaillait aujourd’hui dans une société française, Négoce-Afrique, dont la spécialité était l’import-export avec la République démocratique du Congo, le Congo-Brazzaville, le Gabon et le Sénégal. À quarante et un ans, la jeune femme blonde et élancée pouvait sincèrement affirmer qu’elle avait consacré toute sa vie à l’Afrique. Et une grande partie à l’art bakongo. »

Nicolas Lebel est un auteur français.

Il est également enseignant et traducteur.

Il a fait des études de Lettres et d’anglais puis il s’est orienté vers la traduction. Il est parti en Irlande quelque temps avant de devenir professeur d’anglais.

Passionné de littérature et de linguistique, il publie en 2006 une première fiction, une épopée lyrique en alexandrins : « Les Frères du serment« .

En 2013, il publie aux Éditions Marabout « L’Heure des fous » (Prix des lecteurs polar du Livre de Poche 2019), en 2014, « Le Jour des morts« , en 2015, « Sans pitié, ni remords » (Prix Anguille-sous-Roche), en 2017, « De cauchemar et de feu«  (Prix du Festival Sans Nom), puis, en 2019, « Dans la brume écarlate » (Prix Coquelicot Noir du Salon du Livre de Nemours), cinq romans policiers caustiques où histoire, littérature et actualités se mêlent. Des romans noirs qui interrogent et dépeignent la société française contemporaine avec humour et cynisme, dont le ton est souvent engagé, et le propos toujours humaniste. Ces cinq romans mettent en scène le capitaine Mehrlicht.

En 2021, il reçoit le Prix Griffe Noire du meilleur roman policier français de l’année pour « Le gibier ».
En 2023, il se met en disponibilité de l’Éducation nationale pour se consacrer à l’écriture de romans et de scénarios.

Facebook : https://www.facebook.com/pages/Nicolas-Lebel-Polars/485293481534883

Émotion, Drame, Histoire vraie, Polar, Violence

Une saison de colère

de Sébastien Vidal
Broché – 22 août 2025
Éditeur : Le mot et le reste

À Lamonédat, commune de Corrèze de cinq mille âmes, le printemps est de retour. La nature s’éveille et se déploie en une beauté qui subjugue. Pourtant, la colère gronde. Tenaillés entre la fermeture du site de VentureMétal, principal employeur de la ville, et un projet touristique qui menace la Coulée verte, poumon vert auquel tous sont attachés, les habitants doivent s’organiser pour protéger leur cadre de vie face à des enjeux économiques qui leur échappent. Entre grève générale et création d’une ZAD, les esprits s’échauffent. Meurtres, secrets, révolte relient Julius, Gregor, Jolène, Jarod et les autres, tous en proie aux doutes. Ensemble, ils traversent les épreuves et expérimentent la convergence des luttes et la force de la solidarité.

Je viens de tourner la dernière page d’Une saison de colère et je peux le dire, je l’ai lu d’une traite, le souffle court, les dents serrées. Dès les premières pages, la colère a jailli. Celle des personnages, mais aussi la mienne. Une colère sourde, enfouie, que Sébastien Vidal fait remonter à la surface avec une intensité rare.

J’avais découvert l’auteur avec De neige et de vent, un polar en huis clos, qui n’en était pas vraiment un, où la nature et l’humanité se répondaient. Avec son nouveau roman, il va encore plus loin. Ce polar est un prétexte pour mettre en avant la voix collective, celle des habitants de Lamonédat, qui pris au piège d’un système injuste, broyés par les décisions d’une multinationale toute-puissante, se doivent de réagir.

VentureMétal ferme ses portes. Derrière les licenciements, les mensonges, les manœuvres politiques, se cache une vérité bien plus sombre. Et quand les plus riches imposent leurs règles, que reste-t-il aux autres, sinon la colère et la révolte ?

Sébastien est un écrivain courageux. Il ose pointer du doigt ce qui dérange. L’argent-roi, l’injustice sociale, le mépris des puissants pour les plus fragiles. Mais il ne s’arrête pas à la noirceur, il y met aussi de la tendresse, de la solidarité, de l’amour. Ses personnages, profondément humains, malgré certaines faiblesses, portent chacun une étincelle de lumière dans ce récit où tout pourrait basculer vers le chaos.

C’est ce mélange qui m’a bouleversé, la dureté du réel, mais aussi la poésie, l’émotion, la beauté. Un roman fort, engagé, terriblement actuel, qui serre le cœur et le réchauffe à la fois.

Oui, Une saison de colère est un grand livre. Et je ne peux qu’inviter chacun d’entre vous à le lire. Parce que nous devons rester unis et solidaires. Parce que la littérature, parfois, nous aide à transformer notre colère en force.

👉 Sortie le 22 août.
Un livre à lire absolument.

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Extraits :

« Des gens crient de plusieurs endroits. Des voix d’hommes et de femmes qui appellent et demandent du matériel. Il fait nuit et les lueurs des gyrophares glissent sur la pluie qui tombe. Ça sent les produits chimiques, l’acide qu’on met dans les batteries. Il y a des relents d’hydrocarbures qui se mêlent aux gouttes d’eau. L’odeur âcre du caoutchouc qui brûle râpe la gorge de Julius Sinclair. Il est à plat ventre sur le goudron luisant et trempé, son uniforme imbibé lui colle à la peau. La nuit est là depuis deux heures et la lune afflige de sa blêmeur banale une scène d’épouvante. »

« La jeune femme ne répond pas et sa main reste inerte. Les ultimes phrases qu’elle a dites reviennent à son esprit. Il entend sa propre voix, comme un esprit qui s’adresse à lui de l’au-delà. Il ne saurait l’expliquer, mais ce qu’elle lui a confié est très important, il doit s’en souvenir. Il le lui a promis. Maintenant la chaleur est intenable, Julius grimace et ferme les yeux pour éviter de paniquer. Il se demande ce que font les pompiers. Les gouttes de pluie sur son front sont remplacées par une abondante transpiration. »

« Raisons de mourir : la bêtise humaine, la bourse, les hérissons écrasés sur les routes, les fast-foods, les fachos, tous les intégristes religieux, et ce putain de don.
Raisons de vivre : les crépuscules, les grillons au mois de mai, le rire des femmes, Guillevic, le vin, l’odeur du pain grillé, le parfum du jasmin et ce putain de don.
Julius était encore sonné de sa nuit au sommeil erratique. Il repensa au carambolage, à Isabelle. Dix années s’étaient écoulées et c’était toujours une blessure qui suppurait. Il posa son stylo et relut ce qu’il venait d’écrire. Il sourit. Les deux listes lui convenaient. »

« Pour lui, cet endroit était un site de production comme un autre, mais insuffisamment rentable. Une fois délocalisé en Roumanie ou en Hongrie, il pourrait rapporter trois fois plus. »

Sébastien Vidal a partagé ses brèves études entre Cantal et Corrèze et vit à Saint Jal (Corrèze). Passionné d’histoire, il a entamé une saga romanesque en hommage à la Résistance avec un diptyque Les Fantômes rebelles puis Les clandestins de la liberté en 2011 et 2012.

Né en Corrèze, c’est un romancier qui sévit dans le polar. Il affectionne les ambiances dans lesquelles la nature prend toute sa place et installe ses histoires en milieu rural, territoire où il y a beaucoup de choses à dire et à montrer, tant du point de vue sociétal que social. Gros amateur de lecture, il avoue une préférence pour les auteurs d’Outre-Atlantique tels que Cormac Mc Carthy, Louise Erdrich, John Irving et Ron Rash, Stephen King ou encore Jim Harrison et Jack London. En France, ses goûts se portent sur Franck Bouysse, Antoine de Saint-Exupéry, Claude Michelet ou encore Laurent Gaudé, Sandrine Collette ou Hervé Le Corre. Pour lui, un roman c’est d’abord des personnages et un style travaillés.

Émotion, Noir, Polar, Violence

La mort selon Turner

de Tim Willocks
Broché – 11 octobre 2018
Éditeur : Sonatine

Après La Religion et Les Douze Enfants de Paris, le nouvel opéra noir de Tim Willocks.

Lors d’un week-end arrosé au Cap, un jeune et riche Afrikaner renverse en voiture une jeune Noire sans logis qui erre dans la rue. Ni lui ni ses amis ne préviennent les secours alors que la victime agonise. La mère du chauffeur, Margot Le Roux, femme puissante qui règne sur les mines du Northern Cape, décide de couvrir son fils. Pourquoi compromettre une carrière qui s’annonce brillante à cause d’une pauvresse ? Dans un pays où la corruption règne à tous les étages, tout le monde s’en fout. Tout le monde, sauf Turner, un flic noir des Homicides. Lorsqu’il arrive sur le territoire des Le Roux, une région aride et désertique, la confrontation va être terrible, entre cet homme déterminé à faire la justice, à tout prix, et cette femme décidée à protéger son fils, à tout prix.

Le fauve Willocks est à nouveau lâché ! Délaissant le roman historique, il nous donne ici un véritable opéra noir, aussi puissant qu’hypnotique. On retrouve dans ce tableau au couteau de l’Afrique du Sud tout le souffle et l’ampleur du romancier, allié à une exceptionnelle force d’empathie. Loin de tout manichéisme, il nous fait profiter d’une rare proximité avec ses personnages, illustrant de la sorte la fameuse phrase de Jean Renoir : « Sur cette Terre, il y a quelque chose d’effroyable, c’est que tout le monde a ses raisons. »

La mort selon Turner de Tim Willocks est un polar noir comme je les aime, d’une violence brute, parfois dérangeante, mais traversé par de fulgurantes émotions. Un livre qui vous secoue comme peu savent le faire. Après La Religion, un thriller historique monumental, j’étais curieux de retrouver l’auteur dans un autre registre, et je n’ai pas été déçu.

Ici, il change de décor, mais pas d’exigence. Nous sommes en Afrique du Sud, dans une société toujours marquée par l’ombre de l’apartheid : les riches, arrogants et intouchables, ne vivent que pour le profit, les pauvres, invisibles et sacrifiables, et au milieu, ceux qui tentent de survivre. Au milieu de ce chaos, un homme : Turner.
Flic incorruptible, il va se heurter de plein fouet à cette hiérarchie implacable.

Droiture morale, principes intangibles, et une capacité à plonger dans la violence la plus extrême quand la justice l’exige. Turner est un personnage fascinant, presque mythique. Tim Willocks le place au cœur d’un récit implacable, rythmé, où chaque mort pèse lourd et où la vengeance se mêle à la survie.

Ce roman m’a happé par sa précision, son élégance, et cette écriture qui ne ménage jamais le lecteur. La traduction est impeccable, le rythme parfait, et l’histoire réserve une surprise de taille. C’est un coup de poing narratif autant qu’un bijou de construction.
la vie d’un jeune fortuné vaut-elle plus que celle d’une jeune fille noire sans-abri ? Turner, lui, n’hésite pas une seconde. Sa réponse est absolue, glaciale, implacable. Quitte à embrasser l’extrême violence pour la faire respecter. Très cinématographique, haletant, le récit ne vous lâche jamais. On avance dans une Afrique du Sud rongée par la corruption, où la brutalité est devenue une monnaie courante, presque banale. Tim ne juge pas, il montre. Et c’est glaçant.

La mort selon Turner est un roman hypnotique, épique, un drame haletant et dénonciation politique, porté par un souffle puissant et une tension constante.
Un grand roman noir, un énorme coup de cœur.

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Extraits :

« La vision de Turner était pleine de petits points, floue par moments, ses globes oculaires trop petits pour leurs orbites. Un battement sourd martelait son crâne, remplacé par une douleur soudaine quand les pneus rencontraient une bosse. Il avait l’impression que son cerveau remuait à l’intérieur, faisant pression sur chacun de ses vaisseaux sanguins. La douleur avait empiré. Tout comme dans le reste de son corps, ses reins, sa colonne vertébrale, ses chevilles. Peut-être qu’il récupérait et que ses nerfs, en se réveillant, évaluaient l’étendue des dégâts. Peut-être qu’il avait bu trop d’eau… »

« La fille semblait aussi morte que n’importe quel cadavre. Elle était noire, dans les quinze, seize ans, et allongée
face contre terre, sa joue gauche reposant sur la terre craquelée du parking. Des mouches rampaient sur ses yeux et ses lèvres desséchées. Un hématome s’épanouissait sur sa pommette. Apparemment, elle ne respirait plus. Mais de meilleurs diagnosticiens que lui avaient déjà emballé des vivants dans des housses mortuaires, et il était le premier sur le terrain. Il fallait qu’il soit sûr.
Il s’accroupit et, de ses doigts gantés, chercha une pulsation dans la carotide.
Au bout d’un moment, il retira sa main. »

« Turner conduisait sur la route déserte, revenant vers la ville. Ses yeux le piquaient. Son dos le lançait. Il ne s’était pas arrêté un instant depuis qu’il avait quitté le Cap. Il avait besoin d’un hôtel, d’une douche, d’un lit. Mais d’abord, il devait découvrir ce qu’Iminathi voulait et ce qu’elle était en mesure de lui fournir. »

« – Vous ne connaissez pas cet homme. Moi, si. Il hait la police.
Il méprise les flics. C’est pour ça qu’il en est devenu un.
– Qu’est-ce que vous entendez par là ?
– Son histoire n’a pas d’importance. En ce qui vous concerne, ce qui importe, c’est qu’il ne laissera personne enterrer cette affaire. Ni vous. Ni Mokoena. Ni moi. Plus maintenant.
– C’est un psychopathe.
– Un psychopathe n’a pas de conscience. Turner est tout le contraire. C’est sa conscience qui le mène. C’est bien là le problème. »

« Il vivait seul depuis la mort de sa femme, une décennie plus tôt, et il en était arrivé à aimer ça. Il éprouvait du soulagement à l’idée de ne pas avoir à ajuster ses émotions sur celles de quelqu’un d’autre. De manger ce qu’il voulait, quand il voulait. De ne pas être dérangé. Il avait enfin trouvé du temps pour la musique et la solitude qu’elle exigeait si on voulait la comprendre de façon vraiment intime. Les plaisirs partagés étaient bel et bien bons, mais il avait appris que d’autres esprits faisaient obstacle. Ces deux dernières années, il s’était mis au défi d’entrer en relation avec les sonates pour piano de Beethoven. Le travail d’une vie, avait-il vite réalisé, mais mieux valait tard que jamais. »

Tim Willocks est un romancier britannique né en 1957 à Stalybridge.
Chirurgien et psychiatre de formation, il est également ceinture noire de karaté et grand amateur de poker.
Son premier roman Bad City Blues, publié en 1991, est adapté au cinéma par Dennis Hopper. Il a, depuis, écrit plusieurs polars à succès dont Green River ou Les Rois écarlates, avant de se lancer dans une entreprise littéraire titanesque avec une série de romans historiques à la force romanesque époustouflante initiée avec La Religion puis Les Douze Enfants de Paris. Ces deux ouvrages mettent en scène le personnage inoubliable de Mathias Tannhauser, mercenaire lettré et apatride jeté au cœur des fracas du XVe siècle.
Il est également l’auteur d’un roman jeunesse publié chez Syros, Doglands. Son dernier roman, La Mort selon Turner (2018) a remporté le Prix Le Point du Polar Européen, remis lors de la 15ème édition de Quais du Polar. Producteur et scénariste, l’écrivain a également travaillé avec Michael Mann, rédigé une vingtaine de scénarios, et co-écrit un documentaire avec Spielberg, The Unfinished Journey.

Émotion, Drame, Folie, Frisson horreur, Psychologie, Violence

Broyé

de Cédric Cham
Broché – 15 mai 2019
Éditeur : Jigal

Christo porte dans sa chair les stigmates d’une enfance extrêmement violente. Christo lutte pour contenir cette rage qui bouillonne en lui… Jusqu’au jour où son regard croise celui de Salomé, une jeune femme qui va l’accompagner au-delà des cicatrices. Christo va faire ce qu’il pensait impossible jusqu’alors. Lâcher prise ! Au risque de ne plus rien maîtriser… Mathias, enfant, fugue pour éviter les coups, espérant un monde meilleur. Mathias se réveille enfermé dans une cage. Abandonné, désespéré, la peur au ventre, seul ! Jusqu’à ce que son geôlier se dévoile, un homme qui lui annonce qu’il va le dresser. Pour survivre, pour vivre, Mathias va faire ce qu’il pensait impossible jusqu’alors ! Au risque de se perdre à tout jamais. Deux êtres. Deux vies. Peut-être pas si éloignées…

J’ai découvert l’écriture de Cédric Cham avec Le fruit de mes entrailles !
J’ai été bousculé et j’en ai pris plein yeux…

Avec Broyé, je suis ressorti de ma lecture complètement sonné.
Dès les premières pages, j’ai su que ce roman allait me plonger dans quelque chose de viscéral, d’indicible. Broyé porte bien son nom, j’ai eu l’impression d’être happé dans une spirale de noirceur, sans répit, sans issue. Et pourtant, impossible de lâcher prise…

C’est une double trajectoire que nous offre Cédric. Celle de Mathias, adolescent en cavale, arraché brutalement à sa liberté pour se retrouver dans une cage, littéralement. Enfermé, humilié, brisé.
Celle de Christo, homme meurtri, taiseux, marginal, hanté par une violence sourde. Deux êtres abîmés, que la vie n’a pas épargnés, deux parcours qui finiront forcément par se croiser.

J’ai été glacé par la précision de l’écriture, sans fioriture. Cédric n’enrobe rien, il livre la douleur telle qu’elle est, brute, nue. Chaque phrase m’a coupé le souffle. Chaque scène m’a confronté à ce que l’humanité peut avoir de plus sombre, mais aussi parfois de plus fragile. J’ai eu peur pour Mathias, mais j’ai surtout voulu tendre la main à Christo. Et j’ai serré les dents, longtemps, en voyant ce qu’ils enduraient.
Ce roman, c’est une claque. Une immersion dans l’enfer d’une vie volée, d’une reconstruction incertaine. Un roman où la tension est constante, où le moindre silence résonne comme une menace. Un roman dur, mais nécessaire.

J’ai failli me perdre dans ce thriller… Et cette fin qui m’a cueilli en plein cœur. Je ne l’ai pas vue venir du tout, et elle m’a laissé muet, scotché.
Broyé n’est vraiment pas un thriller comme les autres. C’est un cri, un hurlement, que dis-je, un vertige !
Cédric est allé beaucoup plus loin dans ce roman… je sais que je ne l’oublierai pas de sitôt.

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Extraits :

« Ses jambes peinaient au soutien. L’épuisement lui tétanisait les muscles.
Son souffle était erratique.
Presque une heure qu’il courait. Une heure qu’il avançait, persuadé qu’au moindre arrêt, il le rattraperait.
Alors, il courait, il fonçait… »

« Tant qu’il se maîtrise, il reste en vie.
Tant qu’il se maîtrise, il ne fait de mal à personne.
La plupart des gens sont remplis de souvenirs d’instants heureux, avec papa ou maman. Un matin de Noël, un moment de complicité, des vacances, des éclats de rire…
Christo n’a pratiquement aucun souvenir. Comme si sa vie se résumait à une succession de trous noirs.
Même s’il a de plus en plus de mal à distinguer les bribes du passé des histoires qu’il se raconte, il y a un souvenir qui lui revient régulièrement en tête.
La baignoire. »

« Oui, Christo préférait lorsque « Lui » était là. Même s’ils s’y mettaient à deux pour le castagner au-dessus de la baignoire. Au moins, il n’était pas obligé de prendre sa place au lit. Ça lui était tombé dessus comme une cocotte d’eau bouillante en pleine gueule. Et ce n’est pas qu’une façon de parler. Il suffit de jeter un coup d’œil à son épaule gauche et à la drôle de consistance qu’a conservée sa peau. Plus les mois ont passé, plus les simples caresses sont devenues des trucs dégoûtants. »

« Une migraine cognait fort dans sa tête. Son nez encombré le faisait suffoquer à moitié.
Des pensées embrumées dissoutes sous son crâne. Il n’avait plus de prise sur rien.
Mathias.
Son prénom ?
Oui… Son prénom…
Oui… Il était Mathias.
Cette simple certitude fut comme un coup d’aiguillon. Une victoire qui lui redonnait un peu d’espoir.
Au prix d’un nouvel effort, il réussit à faire pivoter sa tête. Son nez frotta l’acier de la cage.
Il referma ensuite sa main gauche sur un des barreaux, pour s’aider à se relever. »

« Pêche lui envoie un clin d’œil, à moins qu’elle ne chasse une poussière, et tourne les talons.
Ringo se redresse, la suit du regard, comme s’il était déçu qu’elle s’en aille.
Christo, lui, sourit. Un sourire. Fragile. Prêt à casser. Cela fait tellement longtemps que les muscles de son visage lui font mal.
Malgré tout, ça fait du bien de sourire. »

Cédric Cham, né en 1978, est originaire de la région Rhône-Alpes. Le jour, il travaille au sein de l’Administration pénitentiaire française, la nuit, il écrit des polars. Dès son plus jeune âge, la lecture est devenue une “addiction”. Impossible de passer plus de vingt-quatre heures sans sentir le papier sous ses doigts… Et tout naturellement, à force de dévorer les romans des autres, il en est venu à écrire ses propres histoires. Cédric Cham aime les récits sombres et réalistes. Pourquoi ? Parce que d’après lui, le noir reflète parfaitement notre société actuelle… Ce qui se passe au coin d’une rue oubliée, derrière une porte close, de l’autre côté de la ligne blanche… Ces endroits où la réalité dépasse trop souvent la fiction !

Polar, Suspense, Violence

Mais ensuite, je devrais vous tuer…

de Eymeric Bihan
Broché – 24 janvier 2025
Éditeur : MVO Éditions

Pour les fêtes de Noël. Le clan Becker se réunit au sein du manoir familial. Bientôt, un froid polaire paralyse la région et contraint les convives à se confiner. La tension est palpable. Et une première mort tombe, au travers des quatre miles mètres carrés traversés par une centaine de passages secrets…

J’ai découvert la plume d’Eymeric Bihan à l’automne 2024, avec Frisson Cognitif, le premier volet d’une trilogie. L’univers m’avait intrigué, les idées étaient là, fortes, originales, les personnages porteurs d’un vrai souffle… Mais à mes yeux, tout filait un peu trop vite. J’étais resté sur ma faim, frustré de ne pas pouvoir m’imprégner davantage de cette atmosphère qui affleurait pourtant entre les lignes. C’est donc avec une pointe de curiosité mêlée à l’envie de redonner une chance à cet auteur que j’ai accepté sa proposition de lire son dernier roman Mais ensuite je devrais vous tuer…

Je l’ai commencé hier soir, sans attente particulière… et je n’ai pas pu décrocher. Dès les premières pages, j’ai senti qu’un cap avait été franchi. Il installe ses personnages, les creuse, les fait exister pleinement. Le décor est posé avec soin, un manoir familial majestueux, isolé, où règne le vernis glacé des convenances bourgeoises. Nous sommes chez les Becker, une famille riche, puissante, et redoutablement étanche aux débordements émotionnels. Noël approche, les Garvax sont invités, les apparences se doivent d’être impeccables. Mais la fête tourne rapidement à l’aigre.

Il y a dans ce roman une tension qui m’a rappelé Les Dix Petits Nègres d’Agatha Christie. Une atmosphère feutrée et toxique à la fois, où chaque sourire semble masquer un couteau. Une tempête de neige enferme les convives. Et rapidement, le premier cadavre est découvert. Un détonateur. Le vernis craque, les rancunes sourdent, les masques tombent. Les non-dits deviennent des accusations. La parole se fait arme. J’ai été happé par cette spirale.

Le manoir lui-même devient un personnage à part entière, avec ses couloirs secrets, ses escaliers dérobés, ses 4000 m² qui semblent conspirer. C’est dans ce décor presque gothique que le détective Chapter Trick et sa fantasque acolyte Mademoiselle Flair débarquent. Le duo détonne, décalé, presque burlesque parfois, mais ô combien efficace dans cette mêlée de faux-semblants et de mensonges familiaux. L’enquête s’avère retorse, rythmée, et jamais prévisible.

J’ai particulièrement apprécié la galerie de personnages, certains touchants, d’autres carrément odieux, mais tous croqués avec justesse. On passe de la colère à la tristesse, du rire à la gêne. L’auteur nous balade, nous piège, et finit par nous cueillir avec une élégance qui m’a bluffé.

Une plume vive, immersive, soignée. Un huis clos redoutablement efficace, mené avec maîtrise, où l’architecture du lieu épouse les arcanes du suspense.
Une belle réussite.
Merci encore, Eymeric, pour cette lecture aussi réjouissante qu’inquiétante, qui m’a embarqué et franchement régalé.

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Extraits :

« 20 décembre 1950, midi.
Suzanna Becker patientait derrière la fenêtre couverte d’une buée glaciale.
Depuis deux ou trois jours maintenant, un froid saisissant prenait en grippe la région des Pyrénées-Atlantiques. Les températures mettaient à mal tout le monde. Suzanna expira et se frictionna les mains, puis les épaules, afin de se réchauffer un peu. Les vacances de Noël promettaient de ne pas être de tout repos.
Que ce soit en rapport avec la météo, ainsi qu’avec les invités qui arrivaient et envahiraient le domaine, durant des jours entiers.
Que c’est beau toute cette neige ! »

« – Tes ancêtres de la couronne britannique doivent se retourner dans leurs tombes, mon petit-fils, attesta sa grand-mère paternelle, tout aussi répugnée et outrée que déçue. Je remonte dans mes appartements. Qu’est-ce que tes parents ont raté dans ton éducation, hein? Tu es un dégénéré, mon pauvre Edward… un pédéraste. Un Becker? Tu es maudit, mon garçon… Maudit. Jamais, je n’aurais cru qu’un de mes petits enfants… »

« Durant toute la nuit, elle avait cogité. Est-ce que cet homme l’avait auparavant touchée ou forcée à faire quelque chose contre son gré ? Elle ne se le rappelait plus. Seulement, à présent qu’elle y songeait, des bribes de souvenirs occultés l’accablaient. Ces vignettes ne se distinguaient pas les unes des autres. Puis, elles se brouillaient presque aussitôt et finissaient par se dissiper.
– J’étais gamine… »

« Rosmerta se dit alors que les gens fortunés, qui possédaient ce que la plupart enviaient, ne réagissaient pas de la manière la plus normale, sauf lorsque la nourriture sucrée côtoyait une triste nouvelle. Cela étant, ce qui troublait à l’excès de la gouvernante restait l’importance que ces bourgeois privilégiaient à leurs petits soucis personnels, en omettant en grande partie le drame survenu. C’était comme s’ils minimisaient la chose. Ceci l’écoeurait au maximum. Ces bougres de richesses, songea-t-elle, dégoûtée. Ils ne se préoccupent pas de leurs divergences d’opinions. Des nombrilistes. C’était à vomir. Cependant, était-elle réellement étonnée ? Rosmerta a travaillé et opérait pour les Becker depuis trente ans. À ce stade, plus rien ne me surprend, je pensais-elle souvent. Malgré les bizarreries dont elle avait été témoin naguère. Les deux exemples les plus limpides dans sa mémoire résultaient là encore de drames événements au sein de la dynastie. »

Eymeric Bihan, 30 ans, est actuellement en poste hébergement au sein d’une maison de retraite dans les Pyrénées, à Saint Lary Soulan.
Suite à une imagination débordante depuis tout petit et à une succession de soucis personnels, il s’est pour ainsi dire plongé dans l’écriture.
Tout a commencé par des chansons en anglais, de part son attrait pour la culture américaine. Puis l’écriture a dévié sur des scénarios, des nouvelles pour enfin toucher la construction d’un roman. Avec Frisson Cognitif, il signe là la première trilogie, dans le genre littéraire du Cosy Mystery. Avec les paysages Pyrénéens qui l’entourent, il a de quoi nourrir son inspiration.

Drame, Polar, Psychologie, Suspense, Thriller, Violence

Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour

de Jean-Pierre Levain
Poche – 2 avril 2025
Éditions : Des livres et du rêve

Touchée par trois balles, dont une en pleine tête, Éva Karsanti échappe miraculeusement à la mort, mais sombre dans un coma profond.
Propriétaire de boutiques de luxe et d’un site de rencontres libertines, elle finance en secret des ONG qui aident des femmes en détresse à avorter dans des pays liberticides où ces pratiques sont interdites.
De lourdes menaces planent sur Éva.

L’enquête est confiée au commandant Fred Brazier, épaulé par Gaëlle Lebras. Chaque piste soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses, et traquer la vérité s’avère aussi périlleux qu’urgent.

Plongez dans la nouvelle version du tout premier opus de Jean-Pierre Levain.

Un polar intense où se dessinent les premiers pas du groupe crime du SRPJ de Lyon, une équipe appelée à devenir légendaire.

J’ai dévoré Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour de Jean-Pierre Levain en une seule soirée. Impossible de le lâcher !
Intrigue haletante, rythme bien dosé, documentation rigoureuse… tout y est. On sent dès les premières pages que l’auteur sait de quoi il parle, que ce soit en matière de procédures policières, de balistique ou de diagnostics médicaux. Peut-être un peu trop pour certains ? Mais personnellement, cela n’a rien enlevé au plaisir de ma lecture.

L’histoire démarre fort. Eva Karsanti, puissante entrepreneuse lyonnaise, se fait agresser chez elle. Un individu en tenue de motard la menace, tue son chien et finalement lui tire dessus. Touchée de trois balles, dont une en pleine tête, elle survit miraculeusement mais plonge dans le coma. La jeune et intrépide Gaëlle Lebras, hérite de l’enquête. À ses côtés, Fred Brazier, commandant proche de la retraite, qui connait très bien la victime, ensemble ils vont essayer de démasquer cet agresseur prêt à tout pour se débarrasser de la femme d’affaires. Un duo attachant, bien équilibré, entre le flic calme et expérimenté et la fougueuse coéquipière, curieuse et un brin provocatrice.

Jean-Pierre alterne les points de vue sans jamais me perdre, ce qui donne un rythme vivant, presque cinématographique. Les personnages sont bien dessinés, crédibles et profondément humains. J’ai aussi beaucoup apprécié les références littéraires et cinématographiques glissées çà et là avec malice, et puis l’humour qui affleure par moments.

Au-delà de l’enquête policière, Jean-Pierre explore des thèmes de société essentiels, les droits des femmes, le droit à l’avortement, les groupes extrémistes, la sexualité, l’amour libre, les relations intergénérationnelles, la bisexualité et bien d’autres choses… Les femmes ne plaisantent pas avec leur liberté d’aimer, c’est bien là tout le sens du titre, et aucun homme dans le roman ne pourra prétendre avoir le contrôle sur ce terrain.

Un polar intelligent, bien écrit, moderne, et surtout porté par une vision affirmée : l’amour, quand il est sincère et libre, ne se négocie pas. À glisser dans toutes les valises cet été !

Un immense merci à toi Angie, pour ta confiance et pour m’avoir permis de signer cette nouvelle couverture. Toujours au rendez-vous avec grand plaisir !

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Extraits :

« Se tenant à la rampe et encore légèrement ensommeillée, elle ne réagit pas immédiatement à la vue de l’étranger entièrement vêtu d’une combinaison de motard avec sur la tête un casque à la visière réfléchissante baissée. Il était de petite taille, assez mince, et semblait peu inquiétant de prime abord. La surprise fit progressivement place à l’effroi quand elle entrevit l’immense revolver au bout de son bras. Sa première pensée fut pour le chien, ce gros benêt de labrador toujours gentil avec tout le monde. Comme elle regrettait à présent de s’être laissée attendrir au chenil par sa bonne bouille de chiot et d’avoir préféré un labrador placide à un vrai défenseur féroce faisant son travail de gardien en se jetant sur l’agresseur pour le mettre en fuite. »

« Gaëlle, à genou dans le sang de la victime, lui dénoua sa robe de chambre pour l’aider à respirer, prenant garde à ne pas la bouger. Elle comprima la blessure à la jambe le plus délicatement possible avec la serviette pour limiter l’hémorragie, espérant ne pas trop aggraver la cassure osseuse. Le crâne était fracturé. La balle était entrée juste au-dessus de l’œil gauche, pour ressortir par le haut de la tête.
En une prière silencieuse, elle espérait qu’elle n’avait pas pénétré trop profondément le lobe cérébral. »

« – Bonjour à toutes et à tous. Je vous prie d’excuser mon retard, mais je tenais à faire le point avec le médecin-chef du service de neurologie de l’hôpital Erlanger où est hospitalisée notre victime. Madame Karsanti a, comme on le dit couramment, eu de la chance dans son malheur. La fracture à la jambe a été réduite et la balle n’a pas touché d’artère. Concernant la blessure à la tête, le projectile a pénétré au niveau frontal juste au-dessus de l’œil gauche pour ressortir par le haut de la partie pariétale du crâne. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’a pénétré que superficiellement le cerveau, sans provoquer de dommages irréversibles. L’impact a créé des lésions de contrecoup avec contusion encéphalique. Les chirurgiens l’ont opérée en urgence pour résorber l’œdème qui s’était formé. L’opération s’est bien passée mais le pronostic reste réservé. Pour le moment, elle est toujours dans le coma. Les médecins ne savent pas quand nous pourrons l’interroger. »

Jean-Pierre Levain est Docteur en psychologie.

Il a été chercheur à l’Institut de recherche sur l’enseignement des mathématiques et maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université de Franche-Comté.
Aujourd’hui à la retraite, il s’est reconverti dans l’écriture de romans policiers. Le premier s’intitule “Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour” (2020).

Page Facebook : https://www.facebook.com/JPLevain/

Drame, Frisson horreur, Polar, Violence

L’heure des fous

de Nicolas Lebel
Broché – Grand livre, 30 janvier 2013
Éditeur : Marabout (Hachette)

Mardi 9 septembre : le cadavre d’un SDF poignardé est retrouvé près de la gare de Lyon, sur une voie désaffectée. Tout semble indiqué qu’il s’agit d’un simple règlement de comptes. Mehrlicht, capitaine de police au commissariat du 12e arrondissement de Paris, est envoyé sur place pour expédier l’affaire mais, rapidement, certaines zones d’ombre apparaissent : pourquoi ne retrouve-t-on sur la victime le carnet de circulation qui permettrait de l’identifier ? Comment les trois assassins présumés ont-ils pu s’évaporer dans la nature et ne laisser aucune trace de sang sur les lieux du crime ? Pourquoi traînaient-ils leur victime le long des rails ? Où cherchaient-ils à l’emmener ? Après l’interrogatoire des clochards du quartier, les enquêteurs apprennent que la victime vivait dans la Jungle avant de découvrir que la victime, Marc Crémieux, n’était pas SDF mais journaliste et qu’il menait une enquête auprès de cette communauté de sans-abris installée au coeur du bois de Vincennes devenue une zone de non-droit. Que voulait à mettre au jour Marc Crémieux ? Pourquoi avait-il en sa possession un fusil de 1866, marqué du sceau de la manufacture impériale de Châtellerault ? Que cherchait-il à propos de Napoléon III ? Dans cette enquête qui la mènera des bancs de la Sorbonne jusqu’aux égouts de Paris, l’équipe du capitaine Mehrlicht découvrira que l’heure des fous a sans doute sonné. de la société actuelle et rend hommage au courage d’une famille en deuil. Un roman d’une construction parfaite, au style savoureux.

Il devient rare de tomber sur un polar qui évite les poncifs actuels, et c’est exactement ce que propose L’heure des fous de Nicolas Lebel. J’ai dévoré ce roman avec un plaisir immédiat. Dès les premières pages, j’ai été happé par l’univers, l’ambiance à la Audiard, les dialogues qui claquent, et surtout cette galerie de flics à la fois grotesques et profondément humains. Mehrlicht, le capitaine à la voix rauque et au portable qui gueule du Audiard, m’a tout de suite conquis. Il est grognon, cabossé, et terriblement attachant.

L’enquête, dense et bien construite, nous balade entre les catacombes sociales de Paris, du monde des SDF aux arcanes de la sécurité intérieure, sans oublier une Sorbonne inattendue et un marabout intrigant. C’est noir, mais drôle, jamais cynique. Les personnages secondaires sont eux aussi bien campés : la fliquette amoureuse, le culturiste fasciné par le Code pénal, ou encore le pauvre stagiaire paumé venu de Lyon. Ils frisent la caricature, certes, mais c’est ce qui fait leur charme.

Nicolas a une plume vive, rythmée, un vrai sens du tempo. L’humour affleure sans jamais désamorcer la tension. Et si l’intrigue tire un peu sur le fil, c’est surtout cette équipe de bras cassés qu’on a envie de retrouver. L’heure des fous m’a totalement embarqué. Je l’ai lu d’une traite, sans pouvoir m’arrêter, et j’ai refermé le livre avec un sourire, une claque et une envie pressante : retrouver très vite Mehrlicht et sa bande dans un prochain épisode.

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Extraits :

« – C’est quoi, ce… flash mob ? demanda-t-il tandis que le lieutenant Dossantos s’effondrait sur sa chaise qui sembla couiner pour la dernière fois. Mehrlicht l’ignora.
– C’est un truc artistique, expliqua Dossantos. Des gens qui ne se connaissent pas s’inscrivent sur Internet pour participer. Ils reçoivent alors un mail qui leur fixe un rendez-vous à tous à une heure et à un endroit très précis. Le mail donne aussi la description d’un mystérieux contact habillé de vert…
Il avait accentué chacun de ces derniers mots afin de leur donner une étrangeté ridicule, puis marqua une pause pour révéler sa dentition de carnassier, presque heureux de sa blague. »

« — On en aura fumé des clopes tous les deux, putain ! grinça Mehrlicht.
– C’est clair! On a dû plus polluer que la révolution industrielle.
– Ouaih ! Plus que la Chine, même.
– Quand même pas, si ?
– Si ! confirma Mehrlicht.
– Ah ! Quand même !
Ils se turent pour emboucher de nouveau leurs cigarettes. La fumée s’élevait dans la chambre en fines volutes blanches, emplissant l’espace de sa présence, par lentes vagues, ondulant au gré de la brise qui s’invitait par la fenêtre. Quelqu’un frappa à la porte. Mehrlicht se leva d’un bond. »

« Il était 19 h 15. Il trouva rapidement le nom qu’il cherchait puis attendit. Le type ne tarda pas. Il était brun, plutôt grand, portait de fines lunettes et une veste de lin claire. La description était conforme. Dossantos faisait mine de relever son courrier de la main droite, l’autre main dans la poche gauche de sa veste bleue. L’homme lança un « bonsoir monsieur » assez doux en levant sa clé vers la boîte aux lettres repérée. Alors la main gauche de Dossantos, bardée d’un poing américain, sortit lentement de sa poche et fusa vers le visage du type. Son nez s’écrasa dans un craquement de miettes et un couinement de phoque. Il vacilla mais déjà la droite de Dossantos percutait son menton. Le type fit un demi-tour de ballerine avant d’embrasser la porte cochère de l’immeuble. Dossantos s’approcha et saisit le gars par les cheveux. Il colla sa bouche à son oreille :
– Salut Julien ! Sylvie a un message pour toi. Elle ne veut plus te voir. Elle ne veut plus que tu l’emmerdes, que tu la menaces. Elle ne veut plus que tu l’appelles la nuit. Tu m’entends, Julien ? »

« – Rodolphe passait des heures devant la statue de Hugo, face à la chapelle. C’était un fanatique absolu. Je suis sûr qu’il connaissait Les Contemplations et La Légende des siècles par cœur. Tous les jeudis à seize heures, avant de rentrer chez lui, il se posait devant Hugo et restait là, à réfléchir. Je l’ai même vu discuter avec la statue, parfois, en ami.
Ils restèrent un instant silencieux, à détailler les statues et l’horloge de la chapelle. »

« – Écoutez ça : “Tout l’art de la guerre est fondé sur la duperie. Toute campagne guerrière doit être fondée sur le faux-semblant ; feignez le désordre, ne manquez jamais d’offrir un appât à l’ennemi pour le leurrer, simulez l’infériorité pour encourager son arrogance, sachez attiser son courroux pour mieux le plonger dans la confusion : sa convoitise le lancera sur vous pour s’y briser.”
Il tourna quelques pages sans ménagement.
— Attendez, je vous en lis un autre : “Lorsque l’ennemi est uni, divisez-le ; et attaquez là où il n’est point préparé, en surgissant lorsqu’il ne s’y attend point. Telles sont les clés stratégiques de la victoire, mais prenez garde de ne point les engager par avance.” »

……………………………

Nicolas Lebel est un auteur français.

Il est également enseignant et traducteur.

Il a fait des études de Lettres et d’anglais puis il s’est orienté vers la traduction. Il est parti en Irlande quelque temps avant de devenir professeur d’anglais.

Passionné de littérature et de linguistique, il publie en 2006 une première fiction, une épopée lyrique en alexandrins : Les Frères du serment.

En 2013, il publie aux Éditions Marabout L’Heure des fous« (Prix des lecteurs polar du Livre de Poche 2019), en 2014, Le Jour des morts, en 2015, Sans pitié, ni remords (Prix Anguille-sous-Roche), en 2017, De cauchemar et de feu (Prix du Festival Sans Nom), puis, en 2019, Dans la brume écarlate (Prix Coquelicot Noir du Salon du Livre de Nemours), cinq romans policiers caustiques où histoire, littérature et actualités se mêlent. Des romans noirs qui interrogent et dépeignent la société française contemporaine avec humour et cynisme, dont le ton est souvent engagé, et le propos toujours humaniste. Ces cinq romans mettent en scène le capitaine Mehrlicht.

En 2021, il reçoit le Prix Griffe Noire du meilleur roman policier français de l’année pour « Le gibier« . En 2023, il se met en disponibilité de l’Éducation nationale pour se consacrer à l’écriture de romans et de scénarios.

Page Facebook : https://www.facebook.com/pages/Nicolas-Lebel-Polars/485293481534883

Historique, Roman, Violence

Les Romains

Spartacus : La Révolte des esclaves
de Max Gallo
Broché – 1 janvier 2006
Éditions : Fayard

Spartacus : ce nom a traversé les millénaires. Max Gallo le fait vivre à nouveau en suivant le destin de ce Thrace qui refuse la domination romaine. Il y a d’un côté l’ordre des légions, la puissance et la richesse de Rome, de l’autre la soif de liberté, la sauvagerie, l’anarchie d’hommes qui ont brisé leurs chaînes et qui pillent, saccagent, suivant Spartacus sans lui obéir. Toute une époque cruelle s’anime sous la plume de Max Gallo : l’histoire devient chair palpitante, visage, pleurs et passions, voix qui racontent !

Attiré depuis toujours par l’histoire antique, je me suis plongé avec enthousiasme dans Les Romains – Tome 1 de Max Gallo, centré sur la figure emblématique de Spartacus. Le nom de l’auteur, souvent cité comme référence dans le domaine historique, promettait un voyage riche et instructif au cœur de la Rome antique. Mais très vite, mon enthousiasme s’est quelque peu refroidi. Le style m’a paru froid, presque clinique. Tout va très vite, trop vite. Trop de personnages qui défilent sans qu’on ait le temps de les saisir, encore moins de s’y attacher. L’émotion reste à distance, comme tenue en respect.

Cela dit, le récit de la révolte de Spartacus est traité avec une précision frappante. Les scènes sanglantes sont nombreuses, parfois à la limite du supportable, mais elles rendent compte de la brutalité d’un monde sans pitié. J’ai été pris, malgré moi, par la tension du récit.

Cependant, une question persiste. S’agit-il d’un roman historique ou d’une fiction inspirée de faits réels ? Le livre oscille entre les deux, sans vraiment trancher. Les répétitions et l’omniprésence de la violence finissent par alourdir la lecture.

Un roman qui, malgré ses limites, peut séduire les amateurs de cette époque. Pour ma part, j’en attendais un souffle plus épique.

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Extraits :

« Sur un plateau étroit qui domine et protège une falaise, deux troncs d’arbres posés l’un sur l’autre se consomment.
Près de ce foyer, un homme, debout, bras croisés, dit :
– Moi, Spartacus, prince des esclaves, je vais livrer bataille aux dix légions romaines du proconsul Licinius Crassus ! »

« – Soyez libres comme ces flammes sacrées qui brûlent pour Dionysos ! Il est venu en Thrace, il y a allumé ce feu de liberté pour qu’aucun homme, aucune femme de ce pays n’accepte la soumission, la servitude. Soyez fidèles à la volonté de Dionysos! Que jamais aucune chaîne n’enserre vos poignets! Toi, Apollonia, tu es fille d’Apollon, tes cheveux ont la couleur du soleil. Toi, Spartacus, tu as la force des torrents de tes montagnes, tu es fils de roi. »

« Castricus lui avait alors lancé :
– Rentre dans le rang, Thrace ! Et n’oublie jamais qu’un citoyen de Rome a droit de vie ou de mort sur les peuples qu’il a soumis. Un citoyen de Rome ne se bat pas contre un esclave ou un Barbare. Il punit. Il égorge. Mais il sait aussi récompenser.
Puis, se retournant, il avait crié :
– Baisse les yeux, Spartacus, ou je te les fais crever ! »

« Il saisit son glaive, essaya de les désarmer, mais les hommes nus se débattirent et l’écartèrent cependant que la faute hurlait, comme prise de folie. Des femmes s’enfuyaient, d’autres se tordaient les bras, s’abattaient sur le sol. »

« De sa main gauche, il serre la nue de Jaïr, l’oblige à se pencher davantage.
– Quand j’ai vu ce Numide lever sa hache, reprend-il, je me suis jeté en avant, l’épée au poing. Je l’ai enfoncée dans son ventre, jusqu’à la garde. Il a lâché son arme.
Il pose sa main droite sur sa poitrine.
– Son chantait une giclé, m’a recouvert. Son chantait s’est mêlé au mien. C’était mon frère, Jaïr, et je l’ai tué. Je n’ai pas eu le courage de Galvix le Dace.
Il secoue la tête. On pourrait croire qu’il sanglote, mais ses yeux restent secs. »

Max Gallo est un écrivain, historien et homme politique français, membre de l’Académie française depuis le 31 mai 2007.

Fils d’immigrés italiens, son père, originaire du Piémont, a quitté l’école après son certificat d’études, sa mère est originaire de la région de Parme, il vit en famille à Nice. Pendant la seconde guerre mondiale, son père rejoint la résistance. L’occupation et la libération vont marquer Max Gallo et lui donner le goût pour l’Histoire ; cependant son père l’oriente vers des études techniques. Il obtient d’abord un CAP de mécanicien-ajusteur, puis un baccalauréat mathématiques et technique au lycée du Parc-Impérial. À 20 ans, il entre dans la fonction publique comme technicien à la RTF, puis il part à Paris pour suivre des cours afin de devenir contrôleur technique.

En parallèle, il suit des études d’histoire. En 1957, en pleine guerre d’Algérie, il fait son service militaire comme météorologiste au Bourget où, avec Jean-Pierre Coffe, il fonde un journal antimilitariste.

Reçu à Propédeutique lettres, il est maître auxiliaire à Chambéry et après l’agrégation d’histoire, en 1960, professeur au lycée Masséna. Docteur en histoire, il devient maître-assistant à l’université de Nice et en 1968, enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris.

Écrivain à succès fécond, il a publié un grand nombre d’ouvrages, souvent à fort tirage. Ses premiers romans, qu’il qualifie de « politique-fiction », seront publiés sous pseudonyme : Max Laugham. Dans un style littéraire qu’il appelle lui même « romans-Histoire », qui consiste à s’appuyer sur les ressources historiques en y ajoutant son expérience personnelle et son ressenti par rapport aux événements, il fait de l’histoire un roman.

Drame, Folie, Polar, Violence

VICES Épisode 04 : Kuyashii

de Gipsy Paladini
Broché – 14 mars 2019
Éditions : Auto-éditions

« N’avez-vous pas envie de courses-poursuites, de coups de pied dans les burnes, de pétage de rotules et de balles dans la tête ? La barrière entre l’humain et la bête sauvage est mince ; certains prétendent qu’elle est dans la tête. Ce sont les lois et la moralité qui l’ont imposée. Imaginez si vous réalisiez qu’elle n’existe pas. »

Une boîte de Tic-Tac. Un gamin qui tripe en plein cours. Des dessins d’ombres sans tête. Un individu surnommé Candyman. Des écailles de crocodile.Pas facile d’assembler les pièces du puzzle quand son équipe est en phase d’éclatement : Zolan ne se remet pas de la réaction de Marie, Bia part en vrille, le commandant est tourmenté par un garçon affreusement mutilé. Vin le sent : quelque chose ne tourne pas rond à la BJV.Les masques se fissurent.Les démons se réveillent.Le temps semble venu à certaines vérités d’être révélées.

VICES est une série littéraire de 8 « épisodes » dont les deux premiers ont été réunis en un ouvrage édité aux éditions Fleuve Noir. On y suit les destins mêlés des membres de la brigade des jeunes victimes confrontés aux maux de notre société moderne.

Chroniquer ce quatrième épisode de Vices de Gipsy Paladini, Kuyashii, c’est comme sortir d’un cauchemar dont j’ai eu du mal à m’éveiller. J’ai voulu ralentir, savourer… mais rien à faire, j’ai été happé, englouti par cette intrigue noire, viscérale, qui dévore de l’intérieur. Zolan, Marie, Sophie… tous les visages de cette série gagnent encore en intensité. Ils ne sont plus seulement crédibles, ils sont devenus nécessaires.

L’écriture est fluide, plus maîtrisée. Certains passages qui évoquent notre société m’ont frappé par leur justesse froide, presque clinique. Sans moralisation, mais profondément troublants. L’univers est brutal, impitoyable, et pourtant on y revient, encore et encore.

J’ai retrouvé les points forts “Paladini”, les personnages charismatiques, profondément humains, le style dense, littéraire, parfois trop dans les dialogues (mais bon…) et ce monde noir, d’un noir permanent. C’est étrange car même lorsque qu’il fait jour, j’ai toujours cette impression que tout est sombre. J’ignore si c’est dû à la première couverture ou à quelque magie obscure.
L’enquête démarre sur une scène presque banale “un enfant de 8 ans drogué” à base de sucreries modifiées et la toute la BJV qui longe dans les bas-fonds d’un monde parallèle, peuplé d’âmes perdues. Mais ce ne sont pas seulement les criminels qui s’effondrent, c’est l’équipe elle-même qui se fissure. Les silences, les jalousies, plusieurs blessures anciennes remontent à la surface. Ce n’est plus une simple enquête, c’est une descente aux enfers. J’ai fini ma lecture et je ne sais pas encore qui en ressortira vivant…

J’attends la suite avec impatience… et appréhension.

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Extraits :

« Finalement, entre ses jambes flageolantes, tachées de sang et d’excréments, la chose naît. La panique cloue Marie au lit quand elle voit s’agiter un corps potelé de nourrisson, la peau bleue et sans tête. À la place de celle-ci : un sac de toile. »

« — Vous auriez pu grièvement le bénir.
— Mon pote Grey Goose et moi, quand on est en fusion, sur rigole pas.
— Il est en RTT d’une semaine. C’est un manque à gagner.
— Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Il doit bien y avoir une connerie dans la Bible, qui dit : si t’emmerdes ton prochain, attend-toi à ce que ça te retombe sur la gueule. »

« On stimule trop la compétitivité entre les enfants… tout le monde parle de paix, mais personne n’éduque à la paix. Les enfants sont éduqués à la concurrence, et la concurrence est la première étape vers la guerre »

« — C’est à toi ?
Rendez-les-moi ! s’égosille-t-il en lui griffant les Poignets.
Surprise par l’agression, elle perd l’équilibre et se rattrape de justesse au bras de l’adolescent. Une matière rugueuse se matérialise sous sa paume. Elle soulève le pull et découvre sur son avant-bras un trou de la taille d’une pièce de deux centimes entourée d’une épaisse croûte verdâtre formée d’écailles.
— Bon Dieu ! lâche-t-elle. Qu’est-ce qui t’arrive ? »

Née dans l’est de la France, Gipsy Paladini rêve très tôt d’aventures.

Elle commence dès seize ans à découvrir le monde et voyage de l’Autriche à l’Italie en passant par la Turquie ou encore l’ex-Yougoslavie. Enfin, elle se rend à San Francisco où elle séjourne pendant plusieurs mois dans une auberge de jeunesse miteuse, au milieu de dealers et de toxicomanes.

À dix-neuf ans, elle part en Autriche où elle partage pendant deux ans la vie de la population immigrée yougoslave. Puis elle s’installe à Los Angeles où elle rencontre son mari, un ancien membre des forces brésiliennes. Elle n’a de cesse, ensuite, de parcourir le monde à la rencontre des populations défavorisées. Elle est depuis peu revenue habiter à Paris, avec époux et enfant. Jeune, dynamique, polyglotte (elle parle 6 langues dont 4 couramment), Gipsy Paladini a déjà publié le remarqué « Sang pour sang » en 2010 aux éditions Transit. Elle souhaite faire du flic Al Seriani un personnage récurrent.

Drame, Folie, Thriller, Thriller psychologique, Violence

Papillon de nuit

de David Belo
Broché – 15 mai 2025
Éditeur : Éditions Taurnada

Tiffany Malcom, photographe, travaille occasionnellement pour la mairie d’Opatoma. Alors qu’elle couvre la fête annuelle en l’honneur du père fondateur de la ville, Lily, sa fille de 7 ans, disparaît.
Depuis ce jour, inconsolable, c’est une lente agonie pour la jeune femme, entre drogues en tout genre et scarifications…
Lorsque son dealer lui propose une nouvelle substance, Tiffany n’hésite pas longtemps. Durant son trip, elle se retrouve propulsée dans les années 1800, où sévit un redoutable et mystérieux kidnappeur d’enfants… Aussi improbable que cela puisse paraître, la photographe est peu à peu persuadée qu’il s’agit de l’homme qui a enlevé sa fille !
Mais où se trouve la frontière entre hallucination et réalité ? Comment démêler le vrai du faux sans perdre la raison ?…

J’ai découvert l’écriture de David Belo, il y a un an, avec Mon ami Charly. Depuis, quelque chose de son style me poursuit. Une voix singulière, radicalement étrangère à ce que j’avais pu lire jusque-là dans ce registre. Papillon de nuit n’a fait que renforcer cette impression, une claque douce-amère, dérangeante, mais tellement magnétique.

Tiffany Malcom, l’héroïne, une femme brisée qui n’est plus que l’ombre d’elle-même depuis la disparition de sa fille. Elle sombre dans la drogue, elle dérive, se mutile, s’anesthésie, mais s’acharne à survivre. Jusqu’au jour où un dealer lui propose une drogue inédite, et dès la première prise, elle se retrouve projetée dans un autre siècle, quelque part dans les années 1800. Là, elle croise un homme inquiétant affublé d’un chapeau tricorne et… de six doigts. Sa présence seule est un malaise. Puis, c’est le retour brutal à son époque. Ses voyages se répètent. Et peu à peu, une certitude s’impose. Cet homme est forcément lié aux enlèvements d’enfants, dans le passé comme dans le présent. Alors elle tente l’impossible : l’arrêter, peu importe le siècle.

Roman sombre, viscéral, souvent trash, Papillon de nuit n’épargne rien. Il m’a captivé. Ce qui pourrait être insupportable devient une expérience de lecture saisissante grâce à la plume de David, qui manie le chaos avec une précision presque chirurgicale. Il m’a plongé dans les rues angoissantes d’Opatoma, cette ville fictive aux contours concentriques, mi-cauchemar gothique, mi-reflet du réel, quelque part sur la côte Est des États-Unis. Là, le passé et le présent s’entrelacent jusqu’à nous perdre.

Ce que j’ai aimé, au-delà de l’intrigue, c’est cette immersion totale dans l’esprit de Tiffany, avec ses fêlures, ses résistances, sa lucidité vacillante. Et puis cette galerie de personnages… tantôt touchants, tantôt glaçants, souvent les deux à la fois. David a décidément un univers bien à lui. Pour qui aime se perdre dans des récits où le fantastique ronge malheureusement la réalité, voire même l’actualité toute récente, celle que l’on doit regarder bien en face, que l’on doit à tout prix éradiquer. Papillon de nuit est une invitation troublante, un rappel à l’ordre… inoubliable.
Alors, « Adieu ! petit papillon.

Merci aux éditions Taurnada pour ce voyage sans retour garanti.
Un vrai frisson pour tous les amateurs du genre.
Remerciement aussi à mon ami Marc Schaub pour son talent photographique, qui a inspiré le visuel d’introduction de mon Ressenti…

D’ailleurs, je vous invite à jeter un coup d’œil sur sa page : https://www.facebook.com/profile.php?id=100013440751787&sk=photos_by&locale=fr_FR
Vous allez prendre des “rêves” plein la tête !

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Extraits :

« Il m’eut fallu un courage inébranlable pour ouvrir les yeux, affronter et délier ce sac de nœuds. Car il en allait de ma responsabilité, la population avait foi en moi.
La Jouivénile devait être éradiquée… de toute urgence.

Je suis John MacDugall.
Je suis l’alpha et l’oméga.
Je suis la mémoire.
Je suis le Jugement dernier.
Je suis inéluctable.
Je suis OPATOMA.

Extrait du livre rouge. »

« Malgré un visage très amaigri et blanc à faire peur, à cause de la dépression, David était un vrai gentil. Le genre de personne sur qui on pouvait compter, jamais un mot plus haut que l’autre, toujours prêt à rendre service, le gendre idéal en somme… jusqu’à aujourd’hui.
L’annonce de son obsolescence programmée avait éveillé cette noirceur dormant au fond de ses entrailles.
Et la petite voix, « Jiminy », était entrée en scène. »

« Tiffany sortit de la douche à peine vêtue. Sur une musique des Doors, elle l’aguicha avec sensualité, et David ne se fit pas prier. Envoyant valser toutes retenues, il l’enlaça de ses gestes bestiaux et la plaqua contre la verrière.
Fesses nues en contact avec la vitre glacée.
Peaux moites.
Respirations saccadées.
Excitations au paroxysme. »

« Boom / Boom ! Boom !
Éjectée de son propre corps, une projection astrale, détachée de sa chair, de son sang.
Comme aspirée par un trou noir, l’âme de Tiffany fut arrachée à ses entrailles et renvoyée à son époque.
Ne dit-on pas qu’il ne faut jamais réveiller un somnambule, le sortir de sa transe, du cauchemar ?…
L’extirper de sa petite mort ?
Boom ! Boom !
Ça cogne à la porte. »

David Belo est un peintre et décorateur en bâtiments depuis 1997… il est aujourd’hui artisan Spécialiste en décoration, entreprise BeloDeco (ancienne technique décorative : patine, imitation bois, imitation marbre, fresques etc…. )

Il a commencé la peinture sur tableau en janvier 2017. La passion du métier ainsi que ses connaissances lui permettent une bonne évolution dans le domaine de l’art. Peinture et photographie sont naturellement devenues sa façon de penser… vivre… Ses toiles sont réalisées avec des peintures de bâtiment, il joue avec les matières et les transparences de glacis à l’ancienne. (huile de lin – térébentine – pigments en poudre)

Il vit et travaille à Mogneville (France).

Passionné de films d’horreur, thrillers et adepte des livres audio, c’est à son tour d’inviter les lecteurs à frissonner au rythme de ses mots.

  • Auto-édition du recueil photographique des tableaux d’auteurs Portraits & mots d’écrivains (2020).
  • Représentation du tableau “Il était deux fois” de Franck THILLIEZ (2021), publié dans la version poche.
  • Mourir gentiment (2021), novella au format switch, Publié par Hugo Publishing sur Nextory.
  • OPATOMA, le fleuve aux mille morts (2023), aux éditions LBS, diffusion Dilisco, groupe Albin Michel. Parrainé et Bandeau sur couverture par Claire Favan, auteure.
  • Le monde part en vrille (2023), Nouvelle au format numérique aux éditions Taurnada.
    https://leressentidejeanpaul.com/2024/05/17/le-monde-part-en-vrille/
  • MON AMI CHARLY (2024), édition Taurnada.
    https://leressentidejeanpaul.com/2024/05/15/mon-ami-charly/