Drame, Folie, Polar, Psychologie, Violence

Adieu

de Jacques Expert
Poche – 27 mars 2013
Éditeur : Sonatine éditions

2001, Châtenay-Malabry. Une mère, son fils et sa fille sont retrouvés assassinés à leur domicile. Le père est porté disparu. Est-il lui aussi victime ou bien coupable ? Les recherches s’organisent, sous la direction du commissaire Langelier. Un mois plus tard jour pour jour, c’est au tour d’une seconde famille, tout aussi ordinaire, d’être abattue dans des circonstances identiques. Là aussi le père est introuvable. Presse, politiques, police, les avis sont unanimes, un tueur en série est à l’œuvre. Seul Langelier s’entête à concentrer tous ses efforts sur la piste des pères, qu’il soupçonne d’être à l’origine des massacres. Devant son obstination et son manque de résultats, son supérieur, le commissaire Ferracci, est obligé de lui retirer l’affaire. Commence alors entre les deux hommes une guerre froide, chacun s’efforçant de démontrer sa propre vérité, qui ne prendra fin que dix ans plus tard avec la révélation d’une incroyable réalité.

J’ai lu Adieu de Jacques Expert d’une traite, en une seule soirée. Impossible de le lâcher. Les pages se tournaient d’elles-mêmes, portées par un suspense qui me tenait en haleine jusqu’au bout, jusqu’à un dénouement que je n’avais absolument pas vu venir.

Tout commence en 2001. Une famille est retrouvée massacrée. Le père, lui, a disparu. Un mois plus tard, jour pour jour, une autre famille subit le même sort. Cette fois encore, le père s’évapore. Le commissaire Hervé Langelier est dépêché sur l’affaire. Très vite, il s’accroche à une hypothèse, et si ce carnage portait la signature des pères eux-mêmes ? Mais son supérieur et ami, le commissaire Ferracci, le met en garde, le pousse à abandonner cette piste jugée absurde.

24 mars 2011. Le jour de son départ à la retraite, Langelier prend la parole. Au lieu d’un discours classique, il décide de revenir sur “son” enquête, celle qui a brisé sa carrière, celle qui l’a isolé et discrédité, mais qu’il n’a jamais pu abandonner. Dix ans d’obsession, dix ans de lutte, seul contre tous. Car pour lui, il n’y avait pas de doute, la vérité se cachait forcément derrière cette hypothèse dérangeante.

À mesure que je lisais, l’ambiance devenait de plus en plus lourde, presque suffocante. Des femmes, des enfants, des familles entières disparaissaient dans un climat d’horreur insoutenable. Quant à Langelier, je l’ai trouvé froid, dur, antipathique même… et pourtant, il était le seul à ne rien lâcher, le seul à oser affronter ce dossier maudit. Je n’avais pas le choix, il fallait que je le suive.

Jacques Expert orchestre cette intrigue d’une main de maître. Chaque fois que je croyais anticiper, il me prenait de vitesse. Chaque certitude volait en éclats. Et cette fin… quelle claque ! Brutale, inattendue, glaçante. Même si le récit comporte quelques longueurs, il s’impose largement au-dessus de la moyenne des polars que j’ai lus.

Avec Adieu, Jacques Expert m’a montré à quel point l’obsession d’un homme, sa folie ou peut-être son génie, pouvait le mener au bout du possible. Et moi, lecteur, je suis resté scotché, jusqu’au dernier mot.

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Extraits :

« Je n’aime pas beaucoup parler de moi, aussi je serai bref. En toute franchise, si, à cette heure, je me penchais sur mon cas (ce que je répugne à faire), je dirais que ma vie est très facile à résumer : flic, divorcé, comme beaucoup d’entre nous, et la retraite comme avenir immédiat.
Je m’appelle Hervé Langelier. Je suis né le 3 mars 1956 à Caen. Mes parents, René Langelier, serrurier, et Raymonde Génier, sans emploi, sont tous deux décédés.
J’ai un frère aîné, Michel, dont je suis sans nouvelles depuis longtemps.
Mon ex-femme s’appelle Stéphanie. Nous sommes séparés depuis huit ans et c’est beaucoup mieux comme cela. J’ai trois enfants. Ils sont grands, maintenant. Je ne les vois plus. »

« Les dossiers importants, ceux qui m’occupent depuis plus de dix ans, je ne tenais pas à les garder au commissariat: Je les conserve à l’abri de la curiosité des autres dans mon appartement du Plessis-Robinson.
Seul le chat noir se promène librement parmi eux. »

« Jamais autant qu’en ce 19 mai 2001 la tension n’a été aussi palpable dans les commissariats des Hauts-de-Seine. À lui seul, Jean-Louis Ferracci a mis une telle pression que la nervosité a fini par gagner tout le monde. Même les plus aguerris ont été touchés. »

Jacques Expert est un écrivain et journaliste français.
Il débute sa carrière professionnelle sur les ondes, à France Info et France Inter, stations pour lesquelles il couvre, pendant près de quinze ans, de nombreux faits divers qui vont inspirer l’écriture de ses premiers ouvrages.
Publié en 2007, La Femme du monstre résulte d’une longue enquête de terrain et lui vaudra d’être rapidement remarqué par la presse. Parallèlement il poursuit une carrière dans les médias, en occupant successivement les postes de directeur des magazines M6 puis de directeur des programmes de la chaîne Paris Première avant de prendre la direction des programmes de RTL en 2013.
Son roman, Ce soir je vais tuer l’assassin de mon fils, est adapté en téléfilm sur TF1 par Pierre Aknine en 2014. D’abord publiés aux éditions Anne Carrière, les romans de Jacques Expert paraissent chez Sonatine depuis Adieu (2012).

Amour, Émotion, Conte, Magique, Psychologie

Notre part féroce

de Sophie Pointurier
Broché – 21 août 2025
Éditeur : PHEBUS

Pour certains, l’enfance est un paradis perdu. Pour Anne, c’est une terre aride. Fuir, briser sa chaîne, vivre sa vie, c’est tout ce qu’elle espérait. Devenue mère, la voilà rattrapée par son histoire. Et une obsession : comprendre la femme qui l’a élevée seule.

Anne est journaliste. Son dernier article, écrit en réaction au procès d’un chasseur jugé pour avoir tué une louve, la plonge dans une tempête médiatique. Mise en retrait des sujets sensibles, elle s’offre une parenthèse estivale et embarque avec elle sa fille, sa mère et sa vieille amie. Mais dès leur arrivée, l’étrange s’invite dans leur quotidien : événements inexpliqués, coïncidences, déjà-vu… Les détracteurs de Anne auraient-ils décidé de ne plus la laisser en paix ? Ou est-ce autre chose, de plus ancien et de plus sauvage, qui s’éveille autour d’elle ?

Odyssée de femmes, fable contemporaine, voyage palpitant au cœur d’une mélancolie familiale, roman sur les mythologies et la violence qui nous peuplent, Notre part féroce pose une question : jusqu’où peut-on aller pour réparer notre enfance ?

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Merci à toute l’équipe de Babelio pour cette excellente soirée, où Sophie Pointurier a su trouver les mots qui nous ont tous touchés…

J’ai découvert Sophie Pointurier avec Notre part féroce, un roman surprenant, audacieux et une écriture vive qui m’a accroché dès les premières pages. Je ne savais pas où j’allais, et c’est sûrement ce qui m’a le plus séduit, cette impression de me laisser entraîner dans un récit qui m’échappait sans cesse, qui changeait de peau à mesure que je tournais les pages. J’ai rarement lu un roman qui se transformait ainsi entre le début et sa fin, lentement, mais résolument !

Au départ, tout semble familier, presque banal. Je lis tranquillement, confortablement installé sur mon canapé, et je me dis que je tiens entre mes mains une histoire de famille comme tant d’autres. Mais peu à peu, les choses basculent, se bousculent. Les premiers signes étranges apparaissent, les questionnements autour du paranormal s’invitent, les mythes surgissent, puis les fissurent de la réalité. J’ai senti l’ambiance se charger, mon confort s’évaporer, et j’ai adoré ça.

Le roman se déploie alors dans une dimension à la frontière du réel et du fantastique, assumant une normalité déroutante où les loups-garous et les dames blanches semblent avoir droit de cité.
Trois femmes, trois générations, trois forces de caractère qui s’entrechoquent, Anne, journaliste, sa mère Scarlett, abîmée par la vie, et Rose, sa fille, témoin d’un monde qui lui échappe encore. Leurs personnalités fortes, parfois borderline, se heurtent, s’entremêlent, et rendent ce récit aussi intime que troublant. Elle seront rejoint par une voisine de Scarlett, une femme alcoolique devenue son amie, qui aura aussi son importance.
Sophie assume son histoire à la limite du fantastique avec beaucoup d’aisance, avec une normalité assumée même, elle nous livre non pas une aventure féminine, mais trois qui s’entrechoquent avec leurs trois personnalités puissante et borderline, trois générations bien distinctes.

Ce que j’ai trouvé fascinant, c’est la manière dont Sophie s’appuie sur les mythes pour raconter la famille, ses fractures, ses silences, ses blessures invisibles. J’ai aimé ce double niveau de lecture, une histoire de femmes, mais aussi un miroir tendu à nos ombres, à ce que nous portons de sauvage et d’incontrôlable. À travers Anne, écartée de son travail après un article polémique sur les loups, j’ai suivi leur voyage à Palavas-les-Flots, censé être une parenthèse, mais qui vire à l’inattendu et se transformera en quête identitaire, en confrontation avec l’Histoire familiale, voire même une plongée dans l’inexpliqué.

Notre part féroce est un roman qui m’a happé par ses mystères et ses résonances, mais pas que. C’est une lecture originale et envoûtante, où la petite histoire se mêle à la grande, et où chaque page semble nous rappeler que nos mythes intimes, eux aussi, ont toujours faim.

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Extraits :

« Ce qui se passe la nuit n’est jamais entièrement vrai, ce qui se passe le jour non plus. Cette nuit, j’ai rêvé que je prenais un médicament qui devait m’aider à mourir. Dans ce rêve, quelqu’un me tendait un cachet blanc ; je l’avalais et puis j’attendais. On me disait: ton cœur va s’arrêter dans quelques minutes. Je sentais mon cœur ralentir, il battait de plus en plus faiblement, mais ne s’arrêtait pas. J’avais mal, les heures passaient, des inconnus allaient et venaient dans la pièce. Ils discutaient comme si je n’étais pas là, inquiets, et moi je ne mourais toujours pas. »

« D’aussi loin que je me souvienne, maman avait toujours eu mal. « J’ai mal dormi » était la première phrase que j’entendais le matin au réveil. La tête, le ventre, le dos, elle avait mal partout et s’en plaignait généralement tout le temps. Je partais à l’école en sachant que je la retrouverais à 16 heures à l’endroit exact où je l’avais quittée, et qu’un compte rendu exhaustif de sa condition m’attendait pour le goûter. »

« Je crois que je rêve, ou je rêve que je me réveille. Je suis dans mon lit, j’entends des voix. Quelqu’un marche autour de moi, je perçois le bruit de ses pas sans pouvoir bouger. Mon corps ne répond pas, je veux crier mais aucun son ne sort de ma bouche et ça me tétanise. Je me vois d’en haut, allongée, le corps distinct de mon esprit.
Quelqu’un m’observe, il y a une présence, forte, presque inquiétante. Peut-être que c’est moi qui marche autour de moi, sinon, qui d’autre me ferait peur comme ça ? »

« J’ai ramené maman à la maison en me demandant comment elle avait bien pu se retrouver sur cette route en pleine nuit. Elle avait parcouru plusieurs kilomètres de La Grande-Motte jusqu’ici dans un état second et j’envisageais toutes les raisons possibles: un mélange de somnifères et d’anxiolytiques, un début d’Alzheimer, une amnésie dissociative. Aucune de ces perspectives n’était rassurante. Je lui répétais qu’elle me fichait la trouille à jouer avec sa santé, mais elle n’entendait pas.
– Tu es venue en stop, tu as pris le bus ? Qu’est-ce que tu fais ici ?
Elle ne se souvenait de rien.
– J’ai marché…
– Mais tu as souvent des crises de somnambulisme ? Je vais en parler avec Rose. Ça va pas du tout là… »

Sophie Pointurier est enseignante-chercheuse et directrice de la section Interprétation en langue des signes à l’École supérieure d’interprètes et de traducteurs (ESIT) – université Sorbonne-Nouvelle. Son deuxième roman, Femme portant un fusil, a conquis les libraires et les lecteurs.

Publications :
– Théories et pratiques de l’interprétation de service public
– La femme périphérique
– Femme portant un fusil
– Le Déni lesbien, celles que la société met à la marge
– Notre part féroce

Émotion, Drame, Dystopie

Tyrannie

de Richard Malka
Poche – 21 août 2025
Éditeur : MON POCHE

Aux portes de l’Occident, un dictateur opprime son peuple au nom de la pureté. Les enfants ont le visage masqué et les citoyens récitent en masse un petit livre dont l’idéologie venimeuse contamine le monde. À Paris, dans une cour d’assises scrutée par la presse internationale, un homme ayant fui ce pays après avoir échappé à un massacre tente de justifier le crime qu’il a commis de sang-froid. Son avocat, intense et secret, doit obtenir l’impossible : l’acquittement d’un meurtrier qui revendique un acte destiné à réveiller les consciences. À ses côtés, la nuit, le jour, une réfugiée politique à laquelle il se lie de passion trouble : qui manipule qui ? Journalistes, témoins, avocats, juges et intellectuels de notre temps se retrouvent dans ce procès pour l’Histoire.

Lire Tyrannie, le premier roman de Richard Malka, a été pour moi une expérience troublante, presque dérangeante par moments, tant la fiction qu’il déploie fait écho à notre propre réalité. L’auteur imagine une société, l’Astracie, qui sombre peu à peu dans une dictature où les libertés fondamentales disparaissent, grignotées au nom de la transparence et de la pureté. Derrière cette façade idéologique, j’ai reconnu le miroir de tous ces régimes qui manipulent et asservissent un peuple au nom d’un idéal mensonger, pendant que les élites artistiques, intellectuelles ou politiques ferment les yeux, prêtes à toutes les compromissions.

Au cœur de cette noirceur se dresse un homme, Oscar Rimah. Pédiatre respecté, il va se dresser contre cette tyrannie et commet un geste radical, l’assassinat d’un dignitaire, Satine Sa Cher, le secrétaire de l’ambassadeur d’Aztracie en France. Non par folie ou par haine, mais pour tenter de réveiller les consciences. À ses côtés, un avocat, Raphaël Constant, homme intègre et tourmenté, qui va livrer le combat de sa vie. Défendre l’indéfendable, plaider l’acquittement d’un meurtrier qui revendique son acte. J’ai suivi ce procès comme si j’y étais, haletant, bouleversé par la force des arguments, par l’intensité des débats, par la tension qui monte à chaque page.

C’est justement cette partie juridique, concrète et passionnante qui m’a d’abord emportée et tenue en haleine jusqu’à l’issue du procès, avec son dénouement inattendu, dévoilant parfois le fonctionnement du système judiciaire français. Richard Malka est avocat et cela se sent. Il met toute son expérience au service de cette histoire. Cela se ressent, les plaidoiries, les joutes verbales, les hésitations du jury… tout sonne vrai, brûlant, presque tangible. Je me suis laissé happer par cette immersion dans les coulisses d’une justice qui doute, s’affronte, se cherche.

Mais Tyrannie n’est pas seulement un thriller judiciaire brillant, il raconte quelque chose de beaucoup plus important comme une parabole politique et humaine. J’y ai retrouvé les échos de 1984 ou du Meilleur des mondes. Comme eux, ce roman m’a interpellé, m’a secoué, en me rappelant combien nos libertés sont fragiles et combien il est essentiel de ne jamais abdiquer notre esprit critique.

La plume de Richard énonce le long de son récit des vérités que beaucoup d’entre nous refuseront de voir, elle est sans concession, directe, mais jamais moralisatrice. Elle frappe juste, en plein cœur. Ce roman n’a pas seulement occupé mes pensées pendant ma lecture, il continue de résonner en moi.

Un récit fort, dense, profondément marquant. Une lecture qui m’a laissé à la fois admiratif et inquiet, mais surtout conscient de l’urgence de rester vigilant.
On suit intensément les interventions de chacun, on se laisse convaincre par telle plaidoirie, tel discours d’expert, on est invité à se poser les questions de responsabilité, intentionnalité, culpabilité, et de la portée universelle que peuvent revêtir le procès d’un individu et le verdict du jugement…

Un très grand merci à Virginie des éditions “de Borée/MonPoche” pour cette lecture poignante…

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Extraits :

« OSCAR RIMAH était incarcéré à la maison d’arrêt de Fresnes, en division sud, à l’isolement, régime assez inhumain hérité des quartiers de haute sécurité. Sa célébrité imposait qu’on le protège des autres, ceux qui voulaient le sauver et ceux rêvant de l’abattre. Cette mesure compliquait la tâche de son avocat, contraint à de longs et tatillons contrôles pour parvenir jusqu’à lui. Surtout, il y avait ce que Raphaël considérait être un chef-d’œuvre de perversité pénitentiaire. »

« OSCAR RIMAH était né pauvre mais à force d’étude et de travail, il devint pédiatre, puis chef de service dans le plus grand hôpital du pays.
Unanimement respecté dans son domaine, il se maria avec Ezra, infirmière anesthésiste qui lui donna deux beaux enfants, Ethal et Fine. Comme tous ses collègues, Oscar travaillait quinze heures par jour afin de pallier le manque de ressources du secteur hospitalier. Il avait quarante-cinq ans, les cheveux déjà gris, les yeux très noirs, la taille haute et le sourire bienveillant. »

« Le père d’Oscar avait quatre-vingt-cinq ans lorsqu’une voiture le percuta. La première année du pouvoir aztride fut marquée par une explosion du nombre d’accidents de la circulation. Les opposants au régime semblaient être distraits en traversant. »

« – À nouveau, je n’ai rien dit. Le climat du pays s’était dégradé et les disparitions se multipliaient.
La peur ne me quittait plus. En fait, la population de mon pays était divisée entre ceux qui avaient peur et ceux qui faisaient peur. »

« – Un jour, la Garde prophétique est venue chercher une petite fille de sept ans. J’ai demandé au nouveau directeur d’école des explications. Il m’a répondu que ce n’était pas de mon ressort et que je ne devrais pas poser de telles questions si je voulais éviter des ennuis. »

Richard Malka est né en 1968 à Paris, dans le 11e arrondissement, de parents juifs marocains. Il obtient son baccalauréat en 1986 et poursuit des études de sciences et de commerce avant de se tourner vers le droit. En 1992, il devient avocat et commence sa carrière dans le cabinet de Georges Kiejman. En 1999, il fonde son propre cabinet d’avocats. Il défend des clients célèbres comme Charlie Hebdo, Clearstream et Dominique Strauss-Kahn. Il est également connu pour ses interventions dans des procès emblématiques liés à la liberté d’expression et à la laïcité. En parallèle de sa carrière juridique, il se lance dans l’écriture de bandes dessinées et de romans.

En 2006, il co-écrit La Face karchée de Sarkozy avec le journaliste Philippe Cohen et le dessinateur Riss. Ce livre, qui critique la politique de Nicolas Sarkozy, rencontre un grand succès avec plus de 200 000 exemplaires vendus. En 2018, il publie Le droit d’emmerder Dieu, un essai qui défend la liberté d’expression et la laïcité. Cet ouvrage lui vaut le Prix du livre politique en 2022. En 2021, il écrit Traité sur l’intolérance, un livre qui met en garde contre les dangers de l’extrémisme religieux et qui est salué par la critique.

Après Dieu publié en 2025, est un dialogue imaginaire entre l’auteur et Voltaire, où ils discutent de la place des religions dans la société moderne et de la quête de nouvelles formes de transcendance.

C’est un auteur prolifique et engagé, dont les œuvres reflètent son combat pour la liberté d’expression et la défense des droits fondamentaux.

Émotion, Polar, Psychologie, Thriller, Violence

Quand ils viendront

de René Manzor
Broché – 3 septembre 2025
Éditeur : Calmann-Lévy

« QUAND ILS VIENDRONT, TU DEVRAS ÊTRE PRÊT. »

Peter a 11 ans. Son père a quitté sa famille pour vivre seul dans un lieu qu’il tient secret. Pour toute explication, il a dit à sa femme que leur sécurité à tous les trois en dépendait. Mais, une nuit de tempête, il surgit chez eux, blessé, et les embarque dans un minivan, direction la Pennsylvanie.

Confusément, Peter a toujours su que ce jour arriverait. Chaque weekend depuis deux ans, son père l’entraîne au tir sur cible, à l’endurance, au combat à mains nues… Et entre deux exercices physiques, il l’initie aux échecs, lui fait apprendre par cœur des stratégies, des numéros de téléphone, des codes…

Menacé par des ennemis dont Peter ignore tout, son père a prévu jusqu’au moindre détail de leur exil. Malheureusement, le destin s’en mêle sous la forme d’un terrible accident. Peter et sa mère se retrouvent seuls pour affronter l’avenir, isolés dans une ferme en plein territoire amish, un monde hors de toute modernité.

Dans cette région inconnue, dans cette maison inconnue, Peter ne sait qu’une chose : « Ils viendront », comme lui a dit son père. Mais qui ? Quand et pourquoi ? Et que peut faire un garçon de 11 ans pour protéger sa mère ?
Un thriller émouvant et féroce

Vous l’avez déjà lu ce roman qui vous prend à la tête et aux tripes ?
Celui qui vous fait tourner les pages de plus en plus vite ?
Celui qui fait « tic-tac, tic-tac » dans la tête, sans cesse, qui vous empêche de prendre une pause, qui vous incite à lire le chapitre suivant et le suivant, et le suivant encore. Je me suis retrouvé piégé dans un engrenage infernal, obsédant, qui m’empêchait de poser mon livre. Et quand enfin j’ai vu apparaître ce mot tant redouté : FIN.
Il était 3 h 39 du matin et je l’ai détesté. Les heures à réfléchir à ce que je venais de lire en regardant mon plafond m’ont paru bien longues…

Il y a des romans qui vous happent dès la première page et qui ne vous lâchent plus, pas même au cœur de la nuit. Quand ils viendront, de René Manzor, fait partie de ceux-là.

L’histoire m’a immédiatement pris à la gorge. Secrets, révélations, tensions… tout s’accélère, tout devient étouffant, et l’envie irrépressible de tourner les pages prend le dessus. René sait parfaitement manier le suspense, mais ici il frappe encore plus fort, il nous met face au mal absolu. Ce mal, ce n’est pas un monstre venu d’ailleurs, mais le pouvoir. Ce pouvoir froid, implacable, qui broie sans état d’âme et qui ne laisse derrière lui que des ruines.

Et face à cette machine infernale, il y a Peter, un garçon de onze ans bouleversant, qui m’a profondément marqué. Avec son innocence et sa force mêlées, il choisit de ne pas baisser les yeux, de ne pas céder. En mémoire de son père qui l’aimait plus que tout, il se dresse contre l’injustice, contre la peur, contre le pire. Son courage m’a serré le cœur.

René m’a entraîné dans un récit où s’entremêlent action, tension, émotions et une troublante résonance avec notre actualité. Chaque page transpire l’urgence, chaque mot semble forgé dans la colère et la passion. J’imaginais l’auteur jubilant derrière sa plume, conscient de la bombe qu’il tenait entre les mains, impatient de la livrer à ses lecteurs.

Dans cette histoire, une mère, Emma, et son fils affrontent un combat impossible, contre un État tout-puissant, contre la CIA, contre une vérité qu’on veut réduire au silence à tout prix. Mais il y a aussi Patty, Cameron, Franc, le tonton et bien d’autres. Ils doivent fuir, résister, survivre. Et moi, lecteur, je courais avec eux, le souffle court, les tripes nouées.

Quand ils viendront est un thriller brillant, haletant, bouleversant, qui m’a laissé groggy mais admiratif.
Un véritable coup de cœur que je vous recommande sans la moindre hésitation.
Merci aussi René, pour cette “ouverture” sur le monde des amish particulièrement agréable. Au revoir Peter, au revoir Lovina et profitez de la vie, vous le méritez amplement !

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Extraits :

« La pluie tombait à verse. Elle tambourinait sans relâche sur les pentes abruptes et rocheuses de la forêt. L’humidité et la chaleur engourdissaient la course de l’enfant. L’eau aveuglante lui dégoulinait dans les yeux, mais il s’efforçait de garder le rythme pour ne pas se laisser distancer.
Devant lui, son père semblait survoler le terrain, sans donner le moindre signe de fatigue.
Poussé par l’amour-propre de ses onze ans, Peter mobilisa ses dernières réserves pour le rattraper.
Mais, à force d’allonger les foulées, il glissa. Ses mains tentèrent désespérément de s’agripper à quelque chose…
en vain.
Il s’affaissa dans le fossé boueux. »

« Deux semaines s’étaient écoulées depuis cette horrible catastrophe, mais c’était comme si le temps s’était arrêté.
En hommage aux victimes, les parades de Columbus Day du 13 octobre avaient été annulées. D’après les experts, la destruction du pont était due à une micro-tempête.
Son énergie s’était transférée à la structure et les oscillations avaient provoqué la rupture des câbles. Les hommes parlaient de reconstruire le pont Benjamin-Franklin, mais personne ne pourrait jamais rebâtir la famille Lee. »

« — Tu sais pas ce que j’ai appris, guapo ? Le terme « complotiste » a été inventé par la CIA en 67 pour décrédibiliser ceux qui contestaient les conclusions de l’enquête sur l’assassinat de Kennedy. Les mêmes qui pourraient très bien être responsables de l’explosion du pont.
Peter haussa les épaules en souriant, ce que sa copine
ne pouvait voir.
— Y a pas eu « explosion », Lupe. J’étais sur place, je te rappelle. »

« Emma ne sait rien, Teddy. Et, en ce moment, elle risque sa vie et celle de son fils pour rien. D’où mon engagement à leurs côtés.
Le problème, par rapport à cet « engagement », c’est que l’Agence a quinze milliards de budget à sa disposition pour faire de ta vie un enfer et toi, tu as quoi ?
La vérité.
Certaines vérités sont trop vraies pour être dites, ma belle.
« Trop vraies pour être dites » ? s’insurgea-t-elle. »
Depuis quand tu penses comme ça, Teddy ?
»

Né avec le goût de construire des histoires, René Manzor a d’abord donné corps à cette envie au cinéma. Ses deux premiers films, Le Passage et 3615 Code Père Noël, le font remarquer par Steven Spielberg qui l’invite à Hollywood. Voilà le jeune Français lancé à Los Angeles, scénariste et réalisateur, ghost writer pour les grandes productions. Dans les années 2000, René Manzor quitte les États-Unis et renoue avec le cinéma français (Dédales).
En 2012, son premier roman, Les Âmes rivales, a révélé une plume au rythme vif et un univers mystérieux.

En cinq romans seulement, il s’est imposé comme une des références du thriller français.

Pour Celui dont le nom n’est plus il a reçu le Prix Cognac du polar Francophone.
https://leressentidejeanpaul.com/2020/07/15/celui-dont-le-nom-nest-plus/

Pour Apocryphe, le Prix Polar Les Petits Mots des Libraires,
https://leressentidejeanpaul.com/2018/10/31/apocryphe-de-rene-manzor/

Pour À Vif, le Grand Prix Iris Noir Bruxelles 2021 et le Prix de l’Embouchure 2022.

Du fond des âges
https://leressentidejeanpaul.com/2022/11/16/du-fond-des-ages/

L’ombre des innocents
https://leressentidejeanpaul.com/2024/04/29/lombre-des-innocents/

En 2020, quand le covid frappe et que les tournages s’arrêtent, il a une idée folle : donner vie à ce prof d’écriture qu’il cherchait désespérément étant môme, quelqu’un qui vous apprendrait les secrets de l’écriture comme un prof de guitare vous montre les accords.
Grâce à son « coaching », des débutants de tous âges donnent vie à leur histoire.
SEPT d’entre elles sont publiées dans ce recueil.
Elles révèlent SEPT nouveaux talents…

SEPT
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/01/sept/

SEPT SAISON 2
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/18/sept-saison-2/

Drame, Historique, Psychologie, Thriller ésotérique

La crypte du Diable

Les mystères de Burdigala
de Dominique Faget
Broché – 13 mai 2016
Éditeur : Soleil Noir

Quel lien y a-t-il entre :
Le tableau d’une Madone peint durant l’épidémie de peste de 1628 et dissimulé dans l’église Saint-Pierre ?
Des cadavres repêchés dans la Garonne avec des symboles religieux fichés dans les chairs ?
Une crypte inexplorée qui plonge sous le quartier Saint-Pierre ?
Une longue et difficile enquête commence pour la P.J. de Bordeaux qui se retrouve face à l’incompréhensible.

Il y a quelques jours, Dominique Faget, est entrée en contact avec moi, pour me proposer de découvrir son roman La crypte du diable. J’ai accepté sans hésiter, et aujourd’hui, je peux dire que je n’ai pas regretté une seule seconde ce choix.

Dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par cette double intrigue qui navigue entre deux époques : Bordeaux en 1628, en pleine peste noire, et notre monde contemporain. Deux récits qui semblent éloignés, mais qui se rejoignent autour de thèmes universels, la religion, l’amour, la mort, la sorcellerie, et même un mystérieux tableau disparu.

Dans le présent, j’ai suivi l’enquête haletante de Mathieu et Camil, deux policiers chargés de comprendre pourquoi des cadavres atrocement mutilés sont retrouvés dans la Garonne, ornés d’objets religieux. Dans le passé, j’ai plongé au cœur d’une ville rongée par la peur, où les femmes étaient la proie des accusations de sorcellerie, soumises à la toute-puissance des prêtres et des hommes. Les passages consacrés à ces chasses aux sorcières sont durs, mais terriblement réalistes, et m’ont glacé le sang.

Ce qui m’a le plus marqué, c’est la manière dont Dominique Faget redonne vie au Bordeaux du XVIIe siècle. Elle excelle. Son vocabulaire précis, ses dialogues crédibles, ses citations latines et bibliques, tout concourt à rendre le récit vibrant et authentique. J’imaginais sans peine les ruelles, les églises, les cris et la peur qui parcouraient la ville. Mon côté passionné d’histoire a trouvé là un immense plaisir de lecture.

Et puis, retour brutal au présent. Un thriller contemporain, dur, crédible, mené tambour battant. J’ai adoré ce contraste. La plume alterne sans relâche entre passé et présent, maintenant le suspense jusqu’au bout. À mesure que les fils se tissent, les deux intrigues finissent par se rejoindre, révélant une vengeance patiemment construite et redoutablement efficace.

La crypte du diable est un roman sans fioritures, dense et captivant. Je l’ai lu presque d’une traite, incapable de poser le livre tant je voulais connaître le dénouement. Dominique Faget a réussi le pari de mêler polar historique et thriller contemporain avec brio, et elle nous offre en prime une réflexion sur la condition des femmes, hier comme aujourd’hui.

Un polar historique et contemporain qui m’a captivé d’un bout à l’autre, un récit sombre et passionnant, que je ne peux que recommander à tous ceux qui aiment les voyages dans le temps, les énigmes bien ficelées et l’Histoire servie par une plume inspirée.

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Extraits :

« Les cheveux défaits et les yeux exorbités de terreur, la fille était tiraillée de toutes parts. Son pauvre corps meurtri passait de mains en mains. La foule vindicative hurlait et attirait d’autres paroissiens en colère qui prenaient la relève pour la rosser énergiquement.
Elle avait eu la mauvaise idée de vouloir sortir de la maison en empruntant une brèche, derrière la niche du chien, un passage qui avait été obstrué pour que l’animal ne puisse plus s’échapper. Elle avait enlevé les moellons à mains nues pour dégager la trouée. Avec force contorsions, elle s’y était faufilée et avait réussi à s’enfuir dans le but de rejoindre l’église. »

« La jeune fille gardait les yeux baissés. Fabrice eut le souffle coupé. C’était là le modèle dont il avait rêvé depuis si longtemps. Un teint nacré de porcelaine, de longs cils recourbés, un nez fin, une bouche rose et gourmande, et une silhouette qui aurait pu être enfantine si elle n’avait possédé de jolis seins qui pointaient sous le tissu fin de son corsage en satin. Quand elle releva les yeux vers les siens, Fabrizzio eut l’impression que le sol se dérobait sous ses pieds. Le bleu de ses iris était indicible. Il se sentit transpercé jusqu’au fond de son âme. »

« Janus se sentit gêné d’avoir surpris la nudité de son invitée.
Il posa rapidement le récipient sur le coin de la table et se retourna en cherchant ce qu’il pouvait trouver pour l’envelopper. Il attrapa un manteau accroché à la patère.
S’approchant de Marie, il en recouvrit son impudeur.
Quand il l’entoura de ses bras, il put sentir les mouvements de son corps fébrile et fut honteux d’en être perturbé.
– Voyons, Marie, tu vas attraper la mort. Ce n’est pas sérieux, va t’habiller de suite.
– Il y a longtemps que je suis morte, mon Père, lui répondit-elle en se dégageant pour se diriger vers la salle de bain. »

« Élise Chantecaille enroulait soigneusement autour de ses doigts les boucles blondes de la chevelure soyeuse de sa fille pour former des anglaises qui encadreraient son joli visage. Catherine, assise devant sa coiffeuse, semblait regarder au loin dans le miroir à facettes. Son esprit ne pouvait se défaire de la pensée du jeune peintre. Elle ne pensait plus qu’à ces heures prochaines, quand elle le rejoindrait à nouveau dans le sous-sol de l’église en fin de journée et qu’il entreprendrait des caresses de plus en plus audacieuses. Elle savait qu’elle commettait un péché et risquait l’enfer en enfreignant un tabou, mais son corps ne pouvait plus se passer de ces interdits. »

Dominique Faget est une écrivaine. Après avoir passé son enfance en Afrique, elle a été diplômée à l’École de Management de Bordeaux. Elle est titulaire d’un DESS de Commerce International et d’un DECPF comptable. Outre l’écriture, elle s’adonne aussi à la peinture.
Elle est membre de l’A.E.G. (Association d’Égyptologie de l’Université de Bordeaux 3).
Elle écrit également sous le pseudonyme de Nicky d’Yvrea

Passionnée d’Histoire et de civilisations anciennes, Dominique est allée à la rencontre d’autres cultures lors de ses nombreux séjours à l’étranger.
Elle a reçu le prix VSD du polar en 2014 et le prix Leclerc Obscur en 2018.

Bibliographie :

  • Celui qui ne meurt jamais, Prisma 2014.
  • La crypte du diable, Vents salés 2016.
  • Les sanglots de pierre, City Hachette, 2018.
  • Hier est pour demain, BOD 2020.
  • La femme sans visage, Cairn 2023.
  • Joyeux Noël Alice, Cairn 2024.
  • Le secret de la maison Lanaverre, Cairn 2025.
Émotion, Conte, Drame, Fantasy, Magique

La Prophétie des pierres

de Flavia Bujor
Broché – 27 août 2002
Éditeur : Anne Carrière

Trois jeunes filles, Jade, Ambre et Opale, issues de milieux différents, découvrent le jour de leur quatorzième anniversaire qu’elles ont été adoptées. L’écho d’une ancienne prophétie les oblige à quitter leur famille pour accomplir leur mission dans un lointain Royaume. Chacune se voit alors remettre, pour seule arme, une pierre magique correspondant à son prénom. Bien que tout les oppose, elles devront apprendre à se faire mutuellement confiance pour échapper aux dangers qui les guettent. Elles entament un long voyage jusqu’à Oonagh, l’oracle mystérieux qui deviendra leur guide. Leur quête les conduira à livrer bataille aux forces du mal.
De nos jours, dans un hôpital parisien, une jeune fille de quatorze ans lutte contre la mort. Joa ne parle plus, ne se bat plus, mais elle rêve, et ses songes l’emportent dans un monde féerique où trois héroïnes mènent un combat épique. Au bout de leurs aventures réside un secret qui pourrait lui redonner une raison de vivre.
Œuvre d’imagination et roman initiatique, La Prophétie des pierres, qui comblera les lecteurs avides d’évasion, révèle le talent d’une toute jeune auteure.

Cela faisait des années que j’entendais parler de La Prophétie des pierres, qui m’intriguais et ce pour une seule et belle raison. Son auteure, Flavia Bujor, n’avait que 13 ans lorsqu’elle l’a écrit.
13 ans… ce simple chiffre suffisait à éveiller ma curiosité.
Puis le temps a passé, et j’avais oublié ce roman, jusqu’à ce qu’il me tende les bras, la semaine dernière, dans un arbre à livres. Impossible de résister, j’ai plongé littéralement.

Dès les premières pages, j’ai senti une simplicité désarmante dans l’écriture. Des dialogues parfois naïfs, des personnages pas toujours fouillés… mais qu’importe ! Derrière cette fragilité perce une énergie brute, une fraîcheur qui n’appartient qu’aux débuts, aux premiers romans. Le récit s’ouvre de nos jours, sur Joa, une jeune fille hospitalisée, luttant contre la mort. Par ses rêves, elle se relie à l’épopée de Jade, Ambre et Opale, trois adolescentes découvrant le jour de leur quatorzième anniversaire qu’elles ont été adoptées et qu’elles sont liées par une prophétie et par des pierres magiques. Leur quête, dans un lointain Royaume, le pays du Conte de Fées, guidée par l’oracle Oonagh, qui deviendra leur guide, va les entraîner dans un combat contre les forces du mal.

J’ai été touché par ce double niveau de lecture, l’hôpital, si proche, si concret, et le monde féérique, immense et initiatique. Je devine très vite que l’un nourrit l’autre, que l’espoir naît au cœur même du désespoir. La plume de Flavia Bujor, malgré ses maladresses, déploie une sincérité qui me fait oublier ses imperfections et je suis emporté.

Alors oui, ce roman s’adresse surtout aux jeunes lecteurs, mais le vieux lecteur que je suis y a trouvé son compte et a pris énormément de plaisir à cette lecture simple, enrobée de magie et de mystère… J’y ai vu une fable sur la vie, sur la force des rêves, sur ce qui nous pousse à tenir debout.
Quel dommage que Flavia n’ait pas poursuivi dans l’écriture, son unique roman résonne pour moi du coup comme un cadeau, un éclat de jeunesse préservé à jamais.

13 ans… Comment a-t-elle fait ?
A-t-elle récupéré les souvenirs de Jade, d’Ambre et d’Opale, afin de nous transmettre leur message perdu ?
Je vous laisse vous faire votre propre avis…

Dans tous les cas, je le recommande avec enthousiasme à tous ceux qui aiment l’aventure, la magie, les émotions pures et la générosité d’une captivante histoire écrite avec le cœur.

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Extraits :

« Le vieillard poussa un long soupir. Il semblait à bout de forces. D’innombrables rides creusaient son visage. Il tenait à peine debout, le dos voûté, les jambes tremblantes. Il se laissa tomber dans un fauteuil et dit faiblement :
– Je ne peux rien y changer. Elle suivra son destin.
Le duc, dont l’angoisse était perceptible, haussa le ton :
– Théodon, tu es sage. Tu as consacré ta vie entière à comprendre La Prophétie. Tu as aidé mon père. Tu m’as aidé. Tu m’as conseillé, tu m’as soutenu. Ne m’abandonne pas maintenant! Il faut qu’elle vive. Il faut qu’elle triomphe, quoi qu’il advienne. »

« Ambre était assise dans l’herbe. Comme à son habitude, elle rêvait et regardait d’un œil distrait les moutons qu’elle devait garder. D’autres images occupaient ses pensées. Elle s’imaginait vivre près du soleil et de sa chaleur bienfaisante, dialoguer avec les nuages, les oiseaux. Le vent l’emportait dans de merveilleux voyages; la nuit, elle était éblouie par l’éclat des étoiles qu’elle pouvait toucher de la main, et… »

« D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, Opale avait toujours vécu avec son arrière-grand-tante Eugénia et la fille de celle-ci, qui portait le même prénom. Pour la différencier de sa mère, on l’appelait Gina. Opale n’avait pas connu d’autre logis que la maison cossue où elles habitaient toutes trois. Sa grand-tante Gina, malgré son âge avancé, restait vigoureuse. Elle s’était toujours occupée de l’entretien de la maison et de l’éducation d’Opale, et lui avait appris tout ce qu’elle savait : les Lettres et l’Histoire. Elle lui avait aussi transmis sa connaissance des plantes et des remèdes.
Opale était une élève réfléchie et appliquée. »

« Depuis qu’elles s’étaient rencontrées, quelques minutes auparavant, elles n’avaient pas prononcé un mot. Elles se détaillaient mutuellement, la même pensée à l’esprit : “Nous sommes ennemies.” Jade scrutait avec dédain les deux filles. La tête haute, le regard fier, elle voulait clairement leur signifier qu’elles n’avaient aucune importance pour elle. “Une paysanne et une petite bourgeoise, ça ne m’impressionne pas”, se dit-elle avec ironie. Mais au fond d’elle-même, la jeune fille éprouvait un profond désarroi, et elle était résolue à n’en rien laisser paraître. Elle observa Ambre, les traits défaits, qui pleurait en silence. “Pauvre fille, tu fais pitié !” pensa-t-elle. »

« – Il ne lui reste plus très longtemps, ajouta-t-il. A mon avis, pas plus de quelques jours. Vous ne vous y êtes pas attachée, j’espère ?
L’infirmière haussa les épaules d’un geste fataliste.
– Non, pas vraiment. Et puis, elle a déjà tellement souffert…
Le docteur observa un moment de silence. Il nettoya minutieusement les verres de ses lunettes avant de lâcher gravement :
– De toute façon, nous ne pouvons plus l’aider. Elle a définitivement renoncé à se battre depuis la mort de ses parents. »

Flavia Bujor (née en 1988) est une écrivaine et critique littéraire française d’origine roumaine. Née le 8 août 1988 à Bucarest, fille d’un sculpteur et d’une psychanalyste, elle est arrivée en France à 2 ans.
À l’âge de 13 ans, elle écrit son premier roman, La Prophétie des Pierres, traduit en 23 langues (dont l’allemand, l’anglais et l’italien).

En 2008, Flavia Bujor entre à l’École normale supérieure (A/L). Elle obtient en 2012 l’agrégation de lettres modernes.

À partir de 2014, elle prépare sous la direction d’Emmanuel Bouju (université Rennes 2) une thèse de doctorat en littérature comparée intitulée Une poétique de l’étrangeté : plasticité des corps et matérialité du pouvoir (Suzette Mayr, Marie NDiaye, Yoko Tawada), qu’elle soutient en novembre 2018.

Elle est ATER à l’université de Bretagne-Sud depuis 2017.

Émotion, Drame, Fantastique, Polar historique, Suspense

Les disparus de Blackmore

de Henri Lœvenbruck
Broché – 23 février 2023
Éditeur : XO

Octobre 1925. À Blackmore, une île coupée du monde au large de Guernesey, meurtres et disparitions sèment la terreur. Alors que la police piétine, Lorraine Chapelle, première femme diplômée de l’Institut de criminologie de Paris, est appelée en renfort. Cette cartésienne irréductible va devoir mener l’enquête aux côtés d’Edward Pierce, un Britannique spécialisé dans les sciences occultes qui se présente comme  » détective de l’étrange « .

Ensemble, ils affrontent les plus sombres secrets de Blackmore : les statues énigmatiques disséminées sur l’île, la rumeur d’un culte maléfique qui sévirait dans l’ombre, et ce vent lancinant, le murmure des brumes, qui ne cesse jamais. Entre mensonges et confidences, ce duo improbable devra démêler le vrai du faux dans une course contre la montre diabolique.

Un thriller palpitant et mystérieux dans la lignée de H.P. Lovecraft et d’Agatha Christie

Voyager avec Henri Lœvenbruck, c’est accepter de se laisser happer par son imaginaire. Avec Les disparus de Blackmore, j’ai embarqué pour les années 1920, sur une île anglo-normande fictive, et j’ai vécu une expérience de lecture à la fois dépaysante, troublante et exaltante.

Dès les premières pages, j’ai été séduit par ce duo improbable. Lorraine Chapelle, jeune parisienne brillante et audacieuse, première femme diplômée de l’Institut de criminologie, et Edward Pierce, détective de l’étrange, érudit, rêveur et ouvert à toutes les énigmes de l’ésotérisme. Leur association m’a semblé évidente et leurs échanges savoureux m’ont souvent arraché des sourires. Leur complicité est un des moteurs les plus réjouissants de ce roman, mais pas que…

Blackmore, c’est bien plus qu’une enquête. C’est une atmosphère. Légendes celtiques, superstitions, religion, peurs enfouies, horreurs à peine dicibles, tout se mêle pour créer une ambiance à la fois inquiétante et fascinante. On y trouve du mystère à chaque page, une tension permanente, et un souffle d’épouvante qui plane jusque dans les détails les plus infimes. Je me suis souvent dit qu’Henri avait pris un plaisir fou à inventer cette histoire. Les décors minutieux, les petites touches d’humour, l’importance donnée à ses passions (ah, ces motos ! 😊), et même le soin de glisser des expressions d’époque pour nous plonger encore plus profondément dans le récit. Comme toujours, j’ai appris, découvert, nourri ma curiosité.

Des disparitions mystérieuses, une île coupée du monde battue par un ven qui ne cesse de souffler, des habitants terrorisés, tout contribue à faire monter une angoisse sourde. Le roman m’a tenue en haleine du début à la fin, avec un suspense qui ne faiblit jamais. Et puis, il y a cette conclusion… Un véritable feu d’artifice, un bouquet final éblouissant, qui m’a fait totalement oublier le monde réel pendant quelques instants.

Henri Lœvenbruck est décidément un magicien, il invente des histoires qui m’enveloppent, des émotions qui me transpercent.
Avec Les disparus de Blackmore, il signe un roman captivant, érudit et profondément envoûtant.

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Extraits :

« C’est en voyant se dessiner, à travers le brouillard, les contours de l’île de Blackmore que, au soir du samedi 24 octobre 1925, Lorraine Chapelle entendit pour la première fois ce son si singulier qui allait la hanter des jours durant. WI-IH-ISH… Les gens d’ici l’appelaient le murmure des brumes. Il résonnait en toute saison dès que le vent se levait de la Manche pour se faufiler entre les blocs de granite de l’île, produisant ce sifflement sinistre, comme autant de plaintes échappées des bouches torturées de mille fantômes. WI-IH-ISH… Lancinant, obsédant, il semblait ne jamais s’éteindre. Il n’y avait guère que le bruit d’un orage pour le faire oublier un instant. »

« Il régnait dans la grande pièce une atmosphère si paisible, si suspendue, qu’il en émanait quelque chose de mystérieux.
On se fût dit dans quelque histoire extraordinaire d’Edgar
Allan Poe, où le silence et le calme précèdent souvent l’irruption de l’étrange. L’écho lointain de la voix de la grande Bessie Smith sur le gramophone, le cliquetis de l’horloge, le clapotis de la pluie contre les carreaux de verre, le crépitement des flammèches qui s’échappaient de la cheminée, ces petites virgules dans le silence, le vacillement des lampes à pétrole, l’odeur du feu, du vieux cuir et des tissus emplis de poussière… »

« — Missionnée ? Mais à quel titre ?
— Celui de détective privée.
— Détective ? Une femme ? s’étonna le connétable avec aplomb, comme si son étonnement eût été légitime.
Le pauvre homme ignorait que cette petite phrase venait de sceller son sort à tout jamais.
— Il n’est pas plus étonnant de voir une femme détective qu’un homme totalement crétin, vous savez ?
— Pardon ?
— Dites à M. le juge que j’aimerais le voir, et allez jouer avec des cubes, s’il vous plaît.
Décontenancé, le connétable se mit à bégayer bêtement en la dévisageant, les yeux écarquillés.
— Mais… je… enfin… des cubes ? Quels cubes ?
Lorraine fit de grands gestes explicites.
— Vous Parker, moi Chapelle. Vous chercher juge.
M. Parker, qui était resté assis jusqu’alors, se dressa d’un bond, l’air fâché et menaçant. »

« Lorraine et Edward échangèrent un regard perplexe. En vérité, cet entretien calamiteux ne leur avait certes apporté aucune réponse, mais il scellait leur collaboration. À cette minute précise, le sort avait fait de ces deux étonnants investigateurs un couple bien plus redoutable que le juge n’eût pu l’imaginer. »

Henri Loevenbruck est né en 1972 à Paris. Fils d’enseignants, il grandit dans le quartier de la Nation et hérite de ses parents d’une passion pour la culture anglo-saxonne. À 25 ans, après des études littéraires, il épouse d’ailleurs une Anglaise et part vivre avec elle en Angleterre puis ils reviennent en banlieue parisienne. Après quelques pas dans le journalisme et la musique, au milieu des années 90, amoureux des littératures de l’imaginaire, il fonde Science-Fiction Magazine avec Alain Névant, un ami d’enfance. Après avoir tenu le poste de rédacteur en chef de ce magazine pendant plusieurs années, il décide ensuite de se consacrer pleinement à l’écriture. Il partage aujourd’hui son temps entre les romans et les scénarios, avouant son penchant pour le thriller investigatif, la Fantasy et le roman d’aventure en général.

J’irai tuer pour vous
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/jirai-tuer-pour-vous-de-henri-loevenbruck/

La Moïra
https://leressentidejeanpaul.com/2020/05/07/la-moira/

Le Loup des Cordeliers
https://leressentidejeanpaul.com/2021/02/09/le-loup-des-cordeliers/

Le Mystère de la Main rouge
https://leressentidejeanpaul.com/2021/02/16/le-mystere-de-la-main-rouge/

Drame, Polar, Thriller

Les Âmes fracassées

de Alfred Lenglet
Broché – 3 septembre 2025
Éditeur : TAURNADA

Jean-Baptiste Meningi, chef de l’orchestre de Lyon, vient d’être assassiné au moyen d’un drone, alors qu’il faisait son footing dans le parc de la Tête-d’Or. Meurtre ciblé ou attaque terroriste ?
Sur place, le commandant de police Nolan Diethelm et son équipe d’enquêteurs sont sur le pied de guerre. Les autorités s’en mêlent et, lorsque l’expertise des débris de l’appareil révèle l’utilisation d’un logiciel de reconnaissance faciale, le doute n’est plus permis : la victime n’a pas été choisie par hasard.
Entre course judiciaire, faux-semblants et pression médiatique, la tension monte.
Très vite, les policiers se retrouvent confrontés à une vérité balayant les évidences.
Une vérité dont personne ne sortira indemne.
Comment se relever et survivre quand notre âme est fracassée ?

Mais non !!! Déjà fini ?
C’est la pensée qui m’a traversé l’esprit en refermant ce roman d’Alfred Lenglet, que je n’ai pas pu lâcher une fois commencé.

Les Âmes fracassées s’inscrit parfaitement dans la tradition du polar français, tout en la dynamisant de trouvailles modernes. Ce qui m’a frappé, c’est la manière dont l’auteur conjugue l’héritage du roman noir avec des enjeux narratifs actuels. L’ancrage lyonnais ne réduit pas l’histoire à un cadre provincial, bien au contraire, il ouvre des perspectives passionnantes en montrant comment la criminalité contemporaine épouse les spécificités diverses en fonction des territoires.
Pour moi le “plus” de ce roman, c’est l’intégration des nouvelles technologies dans le crime… mais aussi dans l’enquête. Voir un meurtre commis grâce à un drone équipé de reconnaissance faciale m’a immédiatement plongé dans une réalité troublante, presque effrayante. Cette modernisation apporte une énergie nouvelle au polar, en confrontant les enquêteurs à des défis inédits. Et ce réalisme, on le doit aussi au métier de l’auteur, lui-même policier, qui distille une crédibilité à chaque page. J’ai aussi aimé que les personnages ne soient pas des caricatures. Ici, pas de flics désabusés noyés dans l’alcool, mais des hommes et des femmes intègres, sensibles, parfois cabossés par la vie… oui, mais profondément humains. On sent qu’ils font de leur mieux, avec les moyens dont ils disposent. J’avais l’impression qu’ils me racontaient leur enquête.

Jean-Baptiste Meningi, chef de l’orchestre à Lyon, vient d’être assassiné au moyen d’un drone équipé de la reconnaissance faciale, alors qu’il faisait son footing dans un parc.
Meurtre ciblé ou attaque terroriste ?
Une enquête troublante, où plusieurs personnes semblent avoir quelque chose à cacher.

Voici le point de départ de ce thriller particulièrement réussi !

L’histoire est rythmée, sans temps mort, et chaque révélation relance le suspense. Entre secrets bien gardés et vérités déformées, l’intrigue se déploie avec intelligence et efficacité.

Un polar attractif, sensible et moderne, une belle réussite.
Merci à Joël des éditions Tauranada pour cette découverte… J’attends déjà avec impatience le prochain projet d’Alfred Lenglet… et pourquoi pas une suite à ce roman si réussi !

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Extraits :

« Nolan ouvrit une application sur son téléphone portable pour compiler ces premiers éléments.
– Je vous donne son identité complète : Meningi est né le 6 février 1969 à Casablanca au Maroc. Il n’a pas d’enfant, est marié. Sa femme est musicienne dans la formation qu’il dirigeait depuis trois ans.
Le commandant nota ces nouvelles informations et releva la tête.
– Patron, vous m’avez intrigué en évoquant une sorte de première nationale…
– Justement, j’y viens. Meningi a été tué à l’aide d’un drone. Inutile de vous dire que cette précision est remontée en flèche jusqu’à Paris, à la Chancellerie place Vendôme et à l’Intérieur place Beauvau, sans doute à l’Élysée aussi. »

« Pétrifiée, Émilie demeura incapable de riposter. Mehdi roula en boule, se cogna la tête contre des bordures en jurant. Gérald Serpolet fit un pas en avant. Son crâne nu et blanc comme un œuf de cane brillait sous le soleil. Le regard fou, il tourna la tête vers la maison et se mit à courir en traînant la jambe. Émilie leva le poing pour tirer. Avant qu’elle ne commette l’irréparable, son partenaire posa une main sur son bras pour l’abaisser. »

« L’engin, fabriqué en Chine, n’avait rien de sophistiqué au niveau de son système de vol. On pouvait le piloter à distance, à plusieurs centaines de mètres de sa cible. Il pouvait également voler en toute autonomie, détecter un mouvement et attaquer si la reconnaissance faciale le lui commandait. Nolan repensa aux images de la vidéoprotection du parc. Jérôme Fuz, le directeur de la sécurité, n’avait décelé aucune ano-malie, rien de significatif dans les airs. Il avait promis de l’appeler s’il découvrait du neuf. »

« Nolan venait juste de stopper sa moto. Il enleva son casque à cause de la chaleur. Il mit ses lunettes de soleil pour ne pas se faire reconnaître. À ce moment-là, il perçut un bruit étrange, comme celui d’un essaim d’abeilles. Il faisait très beau, il y avait bien ici ou là des insectes, mais rien qui ressemble à une nuée de guêpes ou d’abeilles.
Machinalement, il leva les yeux.
Comme dans un film au ralenti, comme s’il avait également la tête sous l’eau, les sons autour de lui s’étouffèrent et les images défilèrent par saccades.
Nolan se mit à hurler, mais il était déjà trop tard : le drone venait de toucher et d’exploser au visage de Xxxxxx Xxxxxx. Son corps s’affaissa. »

Alfred Lenglet a écrit plusieurs romans de terroir à teneur historique avant des romans policiers. Il a ainsi créé le personnage de Léa Ribaucourt, jeune femme policière qu’il qualifie souvent de courageuse et de lumineuse. On s’attache d’ailleurs beaucoup à Léa et à son équipe d’enquêteurs.

Avec l’e-book J’irai pas voter, il aborde un autre domaine, celui de l’humour, tout en évoquant de façon émouvante, la vieillesse, la réalisation de ses rêves, à tout âge, l’amour, l’amitié, la solidarité, la différence et le regard des autres.

Originaire du Nord de la France, Alfred Lenglet est commissaire de police. Il a été en poste à Paris, Lyon, Clermont-Ferrand, Mâcon, le Puy-en-Velay, Thiers. De cet itinéraire, il conserve des amitiés dans de nombreuses régions et puise dans la découverte des cultures locales la matière à nourrir son imagination et ses écrits.

Amour, Émotion, Drame

Il était une femme étrange

de David Lelait-Helo
Broché – 9 janvier 2025
Éditeur : Héloïse d’Ormesson

À la nuit tombée, sous le grand arbre d’Amapolas, Eusebio, le vieux conteur, promet un voyage étourdissant : la fabuleuse histoire de María Dolores Pinta de las Aguas Dulces, le seul être au monde qui eut trois vies et deux sexes ! Mais il ne dira pas comment cette femme le hante depuis que, dans sa jeunesse, il a admiré son corps inerte. Une beauté majuscule et théâtrale, une énigme inouïe à laquelle il a voué son existence.
David Lelait-Helo évoque avec éclat la puissance de l’amour maternel et ses possibles ravages. Comment se construire quand vos sourires d’enfant ont été accueillis par des regards de glace ?
Incandescent et fiévreux, Il était une femme étrange puise dans la folie d’Almodóvar et l’imaginaire foisonnant du réalisme magique.

Hier soir, j’ai eu la chance d’assister à un moment suspendu au Cercle littéraire du Château de l’Hermitage 2025.

Le prix littéraire 2025 a été remis à David Lelait-Helo pour son magnifique roman Il était une femme étrange, paru aux éditions Héloïse d’Ormesson. Et quel bonheur de rencontrer enfin l’homme derrière les mots !
Un auteur profondément humain, drôle, passionné, aussi lumineux et complexe que les personnages qu’il crée.

La soirée a été rythmée par des lectures émouvantes, des échanges à cœur ouvert sur les liens familiaux, l’avenir de la littérature, les mystères de l’écriture, sans oublier des anecdotes savoureuses, où même Nana Mouskouri s’est invitée en filigrane…
Tout cela dans la douce chaleur des chandelles, qui rendaient l’instant encore plus précieux.

Je garde en moi la joie de ces instants partagés.
Merci David pour ton talent et ta présence rayonnante.
Merci à Corinne Tartare, à toutes lectrices passionnées et aux quelques lecteurs qui ont fait de cette soirée un souvenir inoubliable.

Une couverture que je jalouse tant elle est belle, un titre magnifique qui dévoile, tout en finesse, une histoire étrange et fascinante qui marquera les esprits…

Dès les premières pages d’Il était une femme étrange de David Lelait-Helo, j’ai eu la sensation d’entrer dans un conte. Le roman a su toucher ma curiosité, me conduisant au cœur d’Amapolas, où les habitants se réunissent autour d’un arbre pour écouter le récit d’Eusebio, un vieux conteur qui sait captiver l’attention de son auditoire. Sa voix grave et envoûtante, lentement, déroule les fils d’une histoire oubliée, celle de María Dolores Pinta de las Aguas Dulces, une femme au destin hors du commun et plus encore…

Je me suis laissé prendre dès les premières pages par cette atmosphère forte, poétique et mystérieuse, surpris d’être si rapidement subjugué, transporté… Derrière le charme des mots, j’ai perçu la profondeur des thèmes abordés : l’abandon, le manque d’amour, le besoin de reconnaissance, la recherche de l’amour maternel, des thématiques déjà exprimées dans ses romans précédents. David touche à l’intime, avec une sensibilité rare.

María Dolores m’a bouleversé. Son caractère fort, sa détermination à exister malgré les épreuves m’ont profondément marqué. Elle m’est apparue tour à tour fragile et puissante, tragique et lumineuse. À travers elle, j’ai ressenti cette urgence de vivre et d’être reconnu.

J’aime l’écriture de David. Elle allie douceur et violence, richesse et précision. Son vocabulaire, parfois surprenant, m’invite toujours à m’arrêter, être attentif, à savourer les mots. Ici, il fait vibrer les paysages et les traditions de l’Amérique latine, avec une élégance presque aristocratique. Chaque phrase, chaque image, devient une invitation au voyage.

Alors, j’ai écouté Eusebio comme les villageois d’Amapolas, suspendu à ses paroles, impatient de découvrir la suite des révélations de la surprenante défunte. Qui était-elle ? Femme tragique ou lumineuse ? Même María Dolores est là, elle écoute avec nous son propre récit, étonnée que le conteur connaisse les moindres détails de son existence.

Cet ouvrage très beau m’a surpris, ému. Ses mots me bercent, m’emportent. Il m’a fait passer de l’amour à la haine, de l’attendrissement à la douleur. J’arrive à la dernière page, celle que j’attendais… La dernière phrase me tue et je comprends. Ce n’était pas une métamorphose que je venais de lire, mais bien le récit d’une renaissance.

Comme souvent, je referme le livre en silence. Mais l’émotion, elle, ne me quitte pas.
Un livre puissant, que je recommande à tous.

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Extraits :

« LES SIECLES DES SIÈCLES SEMBLAIENT L’ENLACER. La morte reposait. D’une beauté ancienne et effarante. Étendue pareille à une reine et autour d’elle, en corolle, les plis soleil d’une jupe longue couleur de nuit. Un soleil noir et or piqueté des perles rouge sang d’un long chapelet auquel se cramponnaient les doigts noués. Était-elle encore de chair ou déjà de pierre? De fines veines sombres filaient à la surface de ce marbre froid. La dame était un fossile superbe posé au creux de son écrin, un édredon de velours pourpre. »

« Le cercle est suspendu à ses lèvres, le vide danse autour de lui.
Durant d’interminables secondes, le vieil homme laisse filer le silence avant de reprendre son récit par les mots simples et tant espérés. Ces mots qui fondent toute histoire depuis l’aube des temps.
Il était une fois… »

« Quelques mois plus tôt, la Mère s’était arrachée à sa famille et à ses connaissances pour, à l’abri des regards, dans une maison de pierre, donner naissance à un enfant que la bienséance lui interdisait de porter. Et voici que l’irruption d’un second rejeton majorait son indignité. Si la fille lui avait très naturellement inspiré un grand élan d’amour, le fils imprévu lui dictait un désintérêt qu’elle ne songerait pas à s’expliquer – pire, une désaffection. »

« La voix d’Eusebio se fissure légèrement, l’émotion se faufile; n’est-il pas l’ultime survivant de ces temps anciens, quand le grand vacarme des villes n’avait pas encore couvert la petite musique du monde. Un jour prochain, il le sait bien, Amapolas sera à son tour dévoré par la gangrène du progrès et les harpes de jadis se tairont à jamais. L’adage des pères lui revient doucement. Tout sur la Terre est musique, professaient-ils. Le souffle du vent dans les feuillages et les fleurs, le murmure des insectes et le chant des oiseaux, la danse des vagues, le crépitement du feu, le clapotis de la pluie, la fureur de l’orage… et la Terre elle-même qui, en tournant sur son axe, émet une mélodie secrète. La musique des sphères. Dans ce temps-là, on savait l’écouter, et Dieu que le monde chantait juste.
Du bout du pied, le vieil homme continue de frapper une invisible cadence, personne dans le cercle ne soupçonne que résonnent en lui les vibrations du cosmos. »

« Je dialoguais avec les fleurs et les nuages, m’enivrais des senteurs du jardin et de la forêt, j’avalais le vent et goûtais la pluie, je percevais ce que les autres ne soupçonnaient pas. »

David Lelait-Helo est né à Orléans le 3 décembre 1971.

Après des études de littérature et civilisation hispaniques à Montpellier, il enseigne l’espagnol. En janvier 1997, à 25 ans, il publie chez Payot la première d’une longue série de biographies, parmi lesquelles

  • Maria Callas : j’ai vécu d’art, j’ai vécu d’amour (1997),
  • Dalida : d’une rive à l’autre (2004).
    C’est à cette période qu’il délaisse l’enseignement pour se consacrer à une carrière de journaliste. Il a écrit pour de nombreux magazines (Gala, Cosmopolitan, Femmes d’aujourd’hui…), animé des émissions musicales sur la chaîne Pink TV, occupé pendant vingt ans le poste de responsable des pages culture et people au magazine Nous Deux et, depuis 2022, celui de chroniqueur littéraire pour Femme Actuelle et Prima.
    David Lelait-Helo a également écrit des essais, Gay Culture (1998) et Les Impostures de la célébrité (2001), ainsi que des romans, dont :
  • Poussière d’homme (2006),
    https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/04/poussiere-dhomme/
  • Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri (2016),
  • Un oiseau de nuit à Buckingham (2019), aux éditions Anne Carrière,
  • Je suis la maman du bourreau (2022), aux éditions Héloïse d’Ormesson
    https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/09/je-suis-la-maman-du-bourreau/
Amour, Émotion, Conte, Philosophique, Poésie

La boîte en fer rouillée

de Jean-Marc Dhainaut
Nouvelle gratuite – 2017

Un homme cabossé par la vie, une vieille chienne au seuil de son dernier souffle.
Une boîte en fer rouillée, exhumée d’un jardin…
Nicolas se retrouve dépositaire d’un secret trop grand pour lui, où certains messages, venus d’ailleurs, font renaître la promesse d’un Noël inattendu.

Avec La boîte en fer rouillée, Jean-Marc Dhainaut livre, une nouvelle fois, une nouvelle bouleversante, où le surnaturel se mêle à la mémoire, à la douleur et à l’amour inconditionnel.
Nicolas, est un homme meurtri par la vie, accompagné de sa vieille chienne Laya, il découvre dans son jardin une mystérieuse boîte contenant des lettres venues du passé. Ce qu’il croyait être au début une plaisanterie, se transforme en un voyage inattendu entre deux époques, deux destins, deux solitudes qui vont se répondre.

Jean-Marc a vraiment le don d’entrer directement dans mon cœur en quelques lignes. Il excelle à tisser une atmosphère à la fois intime et particulièrement poignante. Ici, la tendresse animale côtoie les fantômes de l’Histoire. L’émotion m’a serré la gorge, la dernière page m’a laissé à la fois meurtris et tellement apaisés… Une “petite” lecture que j’ai pris de plein fouet, dont vous ne sortirez pas indemne, mais comme moi, forcément grandi.

Une lecture gratuite, accessible sur le site de l’auteur :
https://www.jmdhainaut.com/la_boite_en_fer_rouillee.pdf

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Extraits :

« À quiconque trouvera cette lettre, je demande des nouvelles de mon fils, Salomon. Je suis sans nouvelles depuis que l’on nous a séparés. Avant de partir à mon tour, j’ai simplement le temps d’écrire ces quelques mots. Si vous la trouvez, si vous avez des nouvelles de lui, aussi incongrue vous semble cette boîte, écrivez-moi, et déposez-y votre lettre, et je saurai. »

« Laya, 14 ans qu’elle partageait sa vie. Elle était sa compagne de tous les instants, des bons et des mauvais. Toujours présente pour essuyer ses larmes, toujours là pour le réconforter, toujours là ces soirs où il craquait quand son ex-femme le poussait à bout. Souvent, il lui prenait la tête entre les mains en lui disant « Je voudrais que tu ne partes jamais, Laya, ne me laisse jamais ». Mais les jours de Laya étaient comptés, ils le savaient tous les deux. »

« Bonjour. J’ai trouvé votre lettre, mais je n’ai pas de nouvelles de votre fils, Salomon, et j’en suis désolé. J’espère que vous finirez par en avoir et je vous souhaite bonne chance. »

« Monsieur Nicolas. Merci de m’avoir répondu. Je vous supplie de m’aider à retrouver mon fils, ne m’abandonnez pas…
Hélène. »

……………………………

Jean-Marc Dhainaut est né dans le Nord de la France en 1973, au milieu des terrils et des chevalements. L’envie d’écrire ne lui est pas venue par hasard, mais par instinct. Fasciné depuis son enfance par le génie de Rod Serling et sa série La Quatrième Dimension, il chemine naturellement dans l’écriture d’histoires mystérieuses, surprenantes, surnaturelles et chargées d’émotions. Son imagination se perd dans les méandres du temps, de l’Histoire et des légendes. Il vit toujours dans le Nord, loin d’oublier les valeurs que sa famille lui a transmises.

Lauréat du Prix Plume Libre en 2018, il remporte le concours de nouvelles des Géants du Polar en 2019.

Brocélia
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/07/brocelia/

L’Œil du chaos
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/13/loeil-du-chaos/

La maison bleu horizon
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Les prières de sang
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Psylence
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/05/psylence/

Les Galeries hurlantes
https://leressentidejeanpaul.com/2023/12/02/les-galeries-hurlantes/

Mémoire de feu
https://leressentidejeanpaul.com/2024/07/03/memoire-de-feu/

ALAN LAMBIN et l’esprit qui pleurait
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/27/alan-lambin-et-lesprit-qui-pleurait/

Les couloirs démoniaques
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/09/les-couloirs-demoniaques/

ALAN LAMBIN et le fantôme au crayon
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/25/alan-lambin-et-le-fantome-au-crayon/

Comme une fleur sous un orage
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/27/comme-une-fleur-sous-un-orage/

ALAN
https://leressentidejeanpaul.com/2025/09/01/alan/