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Adolescence, Émotion, Drame, Violence

Fauves

de Mélissa Da Costa
Broché – 7 janvier 2026
Éditeur : Albin Michel

« Je veux jouer avec le feu, trembler,
sentir la morsure de la mort. Défier les instincts
les plus brutaux, les plus sauvages, et les dépasser. »

Comment s’échapper de sa cage ? C’est l’obsession des fauves mais aussi celle de Tony, dix-sept ans, lorsqu’il rejoint un cirque itinérant après avoir fui la violence de son père. Faire face aux bêtes, affronter ses propres démons…

Le nouveau roman de Mélissa Da Costa nous propulse au coeur de l’arène, où l’ivresse du danger fait oublier la mort. Une fresque magistrale, portée par une écriture tendue et charnelle.

À ce jour, j’ai lu tous les romans de Mélissa Da Costa, et chacun m’a touché à sa manière. Avec Tenir debout, elle avait déjà amorcé un virage vers une littérature plus sombre, plus frontale, qui m’avait agréablement surpris. Avec Fauves, elle va encore plus loin. Elle livre ici un texte dur, immersif, psychologiquement violent et sans concession, porté par une écriture très visuelle…

J’ai suivi Tony, dix-sept ans, adolescent en fuite après avoir enfin osé s’opposer à André, un père alcoolique et brutal. Un coup porté, une porte claquée, et le voilà seul dans la nuit, sans plan, sans refuge. C’est alors qu’il croise un convoi de cirque, des roulottes, des camions, un chapiteau démonté. En quelques mots, presque par hasard, il entre dans cet univers fascinant et inquiétant à la fois, attiré par les fauves, hypnotisé par ce monde clos qui l’accueille sans jamais vraiment l’intégrer. Car Tony restera un gadjo, un étranger au sein de cette communauté tzigane… une famille.

Au fil de ma lecture, j’ai croisé des personnages cabossés mais profondément humains, parfois même touchants par leur finesse et leur fragilité. Mais la violence, qu’elle s’inscrive dans un héritage familial ou qu’elle naisse ailleurs, traverse l’ensemble du roman comme un fil tendu. La tension ne faiblit jamais, installant une atmosphère à la fois oppressante et magnétique, jusqu’à un final d’une intensité explosive. Mélissa fouille avec justesse les cicatrices laissées par l’emprise paternelle, cette virilité dévoyée qui se transmet et contamine tout sur son passage. Elle dresse également un portrait du cirque débarrassé de ses paillettes, révélant un univers très masculin où les femmes peinent à exister, souvent reléguées dans l’ombre, oubliées, parfois même méprisées.

Ce qui m’a particulièrement touché, c’est la manière dont l’autrice met en lumière les rapports de force entre dominants et dominés, dans la famille, le couple, l’amitié, mais aussi dans la relation aux fauves, magnifiquement développée. À travers elles, elle rappelle combien la confiance et la patience sont essentielles, et combien elles restent fragiles face à la peur, aux blessures et aux héritages invisibles que l’on porte en soi.

Mélissa a ce don rare de me plonger, à chaque roman, dans un univers totalement différent, et c’est sans doute l’une de ses plus grandes forces. Les dernières pages m’ont marqué, prolongeant l’intensité du récit, même si certains éléments sont restés pour moi en suspens. Quelques pages supplémentaires n’auraient pas été de trop…

Fauves reste un roman sombre et bouleversant, traversé par la rage, la colère, mais aussi une forme de douceur inattendue.
Un livre à découvrir, quoi qu’il en soit.

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Extraits :

« La porte du bar s’ouvre à la volée. Un instant, la nuit se trouble, déchirée par les voix d’hommes, un morceau de Pink Floyd – « Pigs » -, et par la lumière orangée du pub, une lueur faiblarde, étouffée par la fumée opaque des cigarettes. La silhouette qui surgit est mince, déliée, titubante. Elle s’arrête et semble se demander ce qu’elle fait là. Le jeune garçon, puisque c’est un garçon, et pas encore un homme, sweat à capuche gris au col déchiré, manches tachées d’auréoles sombres, visage tuméfié et baskets dénouées, crache au sol. Il y met toute sa rage. Une fois, deux fois. Puis il remonte sur son épaule un sac lourd au tissu usé. »

« Il dort par intermittence, est réveillé par un soubresaut du camion ou le hennissement d’un cheval effrayé. À chaque réveil, il a besoin de quelques secondes pour se rappeler où il se trouve, ce qui l’a conduit dans ce semi-remorque. La douleur dans son corps le prend, ainsi que la soit. Une soif terrible causée par la cuite qu’il s’est offerte bêtement. Il ne sait pas quelle heure il est, si le convoi a déjà parcouru la moitié du chemin. Il pose les mains sur ses paupières, les presse fort. Les images de la soirée lui reviennent avec violence. Les émotions aussi : incrédulité, effroi. Son poing envoyé à une vitesse vertigineuse dans la tempe du paternel. La brutalité avec laquelle le corps a été projeté en arrière, s’est écrasé au sol. Le bruit sourd du crâne contre le carrelage. Terrifiant. »

« Tony observe les fauves et se demande ce qui retient ces cinq tueurs en puissance d’attaquer leur dresseur. De l’éventrer. Le traîner au sol. Qu’est-ce qui entrave leur instinct ? Il ne peut s’agir seulement de la crainte du fouet ni du morceau de viande qui les attend en récompense à la fin de l’entraînement. Qu’est-ce que les fauves lisent dans le regard de Chavo ? Qu’est-ce qu’ils perçoivent dans sa voix ? Ils pourraient le mettre à mort mais ils ne le font pas. Chavo les conserve sous son emprise. Cet homme soumet les fauves à sa volonté et, en le faisant, c’est comme s’il leur volait leur puissance. »

« Tony ne répond rien. Il pense aux mots lancés comme une invitation l’autre jour. Tu n’as qu’à revenir me voir quand tu voudras. Me tenir compagnie. Chavo est occupé en permanence. Il revoit la bretelle de la nuisette violette qui tombait constamment, dévoilant une épaule, cette nudité que Sabrina ne cherchait pas à cacher. »

« Peur… Je ne crois pas… Entrer dans l’arène ça me tait un truc puissant. Un truc qui me propulse tout là-haut. Un shot d’adrénaline. Un putain de feu d’artifice dans les veines. C’est une drogue dont tu ne peux plus te passer. »


Mélissa Da Costa est une romancière française.

Après des études d’économie et de gestion à l’Institut d’administration des entreprises de Lyon (IAE) (2008-2011), elle est chargée de communication dans le domaine de l’énergie et du climat.
Elle suit également des formations en aromathérapie, naturopathie et sophrologie.

Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade (2017),
sorti en librairie sous le Tout le bleu du ciel (2019), est son premier roman.
Salué par la presse, il a reçu le prix du jeune romancier au salon du Touquet Paris Plage.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/09/17/tout-le-bleu-du-ciel/

Je revenais des autres (2017), et Les Lendemains (2020),
sont portés par les libraires et salués par la presse, ils ont conquis plus d’un million de lecteurs.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/04/je-revenais-des-autres/
https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/18/les-lendemains/

Les douleurs fantômes (2022)
est lauréat du Prix Babelio – littérature française 2022.
https://leressentidejeanpaul.com/2022/08/25/les-douleurs-fantomes/

La Faiseuse d’étoiles (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/17/la-faiseuse-detoiles/

Les Femmes du bout du monde (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/31/les-femmes-du-bout-du-monde/

Tenir debout (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/11/05/tenir-debout/

Elle figure au palmarès du Figaro des auteurs français ayant le plus vendus de livres.

Sciences, Thriller ésotérique, Thriller psychologique

Le secret des secrets

de Dan Brown
Broché – 9 septembre 2025
Éditeur : JC Lattès

date, Katherine Solomon. La scientifique est sur le point de publier un ouvrage révolutionnaire sur la nature de la conscience humaine.
Un meurtre sauvage va soudain précipiter leur séjour dans le chaos. Katherine disparaît, et son manuscrit est piraté sur le serveur de son éditeur. Commence alors une course contre la montre dans Prague et ses mystères. Langdon se retrouve pourchassé par une étrange créature mythologique et devient la cible d’une organisation dont le projet pourrait changer à jamais notre conception de l’esprit humain.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Dominique Defert et Carole Delporte

Dan Brown fait partie de ces auteurs vers lesquels je reviens toujours avec le même plaisir. À ce jour, j’ai lu tous ses romans, et avec Le secret des secrets, il choisit de s’éloigner de ses terrains de jeu habituels, les mystères religieux et les sociétés secrètes, pour ancrer son intrigue au cœur d’une agence gouvernementale américaine redoutablement puissante : la CIA. À travers ce cadre, il interroge le pouvoir immense que certains individus peuvent exercer, parfois sans réel contrôle, et j’ai trouvé cette orientation particulièrement pertinente et glaçante.

Et quel plaisir de retrouver Robert Langdon, mon héros fétiche, une fois encore entraîné dans une succession de situations aussi improbables que dangereuses. À ses côtés, Katherine Solomon, spécialiste reconnue de noétique, s’apprête à donner une conférence à Prague. J’avoue que ce terme fut ma première recherche internet… et certainement pas la dernière. Comme souvent chez Dan Brown, le roman ouvre une porte vers des domaines scientifiques méconnus, complexes et passionnants.

Robert et Katherine, amis de longue date, vivent enfin une relation intime empreinte de respect mutuel et de profonde affection. Robert décide de l’accompagner à Prague, où Katherine s’apprête aussi à publier un ouvrage révolutionnaire sur la nature de la conscience humaine. Mais au moment où son éditeur s’apprête à découvrir le manuscrit tant attendu, tout bascule. Les éditions sont piratées et toutes les copies du livre disparaissent. Dès lors, les deux amoureux se retrouvent pris dans une spirale de mystères, de crimes et de dangers, au cœur d’une Prague fascinante et inquiétante.

Comme toujours, j’ai été happé par ce roman érudit, dense et riche en suspense. J’y ai appris énormément de choses, tant sur l’histoire et l’architecture de Prague que sur les ponts vertigineux… Mais pas seulement ! Dans ce récit j’ai plongé entre sciences, croyances et philosophie… Fidèle à sa signature, Dan Brown précise d’ailleurs avant de commencer le roman : “Toutes les œuvres, tous les objets, les symboles et les documents cités dans ce roman sont réels. Toutes les expériences, les technologies, tous les résultats d’expériences sont rigoureusement authentiques. Toutes les organisations mentionnées existent”. Wahou !!!
Une affirmation qui donne le vertige et m’a poussé irrésistiblement à creuser les références évoquées le long de ma lecture.

Malgré ses plus de six cents pages, il m’a été très difficile de lâcher ce livre, heureusement rythmé par des chapitres courts et efficaces. Entre action haletante et réflexions stimulantes sur l’évolution de la compréhension humaine, j’ai littéralement dévoré ce thriller scientifique.

Le secret des secrets est, à mes yeux, un véritable bijou pour les amateurs de thrillers intelligents et curieux des sciences.

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Extraits :

« Je devrais être morte, pensa la femme.
Elle flottait très haut au-dessus des tours de la vieille ville. Plus bas, les flèches de la cathédrale Saint-Guy brillaient au milieu d’une mer de points scintillants. Du regard – même si elle n’avait plus d’yeux -, elle contempla le château qui se dressait sur la colline, puis le labyrinthe de ruelles enneigées menant au cœur de la capitale de la Bohême. »

« Le Golem claudiquait dans la rue Kaprova, les pans de sa longue cape traînant dans la neige fondue. Sous son manteau, ses chaussures à grosses semelles compensées étaient si lourdes qu’il avait un mal fou à lever les pieds. Sur son visage et son crâne, la couche de glaise se durcissait dans l’air froid
Il faut que je rentre à la maison.
L’éther approche. »

« C’était terrifiant, Robert… Une silhouette se tenait au pied du lit. Une femme. Tout en noir. Elle avait une couronne hérissée de pointes sur la tête et elle tenait une lance argentée. Et il y avait cette odeur putride, l’odeur de la mort. Je t’ai appelé, mais tu n’étais pas là ! La femme me disait : « Robert ne peut pas te sauver. Tu vas mourir ! » Et puis il y a eu un bruit assourdissant et un grand flash de lumière. L’hôtel a explosé, il est devenu une grosse boule de feu. Et je me suis mise à brûler… j’ai senti les flammes me dévorer… »

« Mais pour être tout à fait honnête, il faut reconnaître que nombre de découvertes scientifiques ont paru absurdes au début – l’héliocentrisme, la rotondité de la Terre, la radioactivité, l’expansion de l’univers, la théorie microbienne, l’épigénétique, et j’en passe. Historiquement, la plupart des vérités scientifiques ont été considérées comme des aberrations, des choses impossibles. Ce n’est pas parce qu’une chose heurte notre entendement qu’elle n’est pas vraie et observable. Les Grecs de l’Antiquité ont soutenu que la Terre était ronde pendant deux mille ans avant que Newton puisse expliquer comment les océans restent en place grâce à la gravité. »

Dan Brown est l’auteur de l’un des plus grands phénomènes éditoriaux de tous les temps, le Da Vinci Code, mettant en scène le professeur de symbologie de Harvard, Robert Langdon, ainsi que des romans Forteresse digitale, Déception Point, Anges & démons, Déception Point, Inferno et Origine, publiés dans 56 langues et vendus à plus de 250 millions d’exemplaires.

Drame, Suspense, Thriller psychologique

Obsessions

de Émilie Chani
Broché – 15 janvier 2026
Éditeur : Éditions Taurnada

Et si traquer la vérité réveillait nos propres démons ?

1995. Un corps est retrouvé, soigneusement mis en scène. Rien d’un crime ordinaire.
D’autres morts suivent, toutes marquées par des détails troublants.
Pour le commandant Victor Dufresne, l’affaire devient obsessionnelle. Derrière chaque indice, il devine un fil invisible, une histoire ancienne qui remonte à la surface.
Mais à mesure qu’il approche de la vérité, il se heurte à ses propres failles…

Ce roman explore les cicatrices invisibles, les liens d’emprise et la frontière fragile entre victime et coupable.

Découvrir une nouvelle plume est toujours pour moi un vrai bonheur. Mais tomber, dès un premier roman, sur une telle maîtrise narrative, une construction aussi fine, des personnages aussi profondément travaillés et un final aussi éblouissant… là, je dis simplement : chapeau bas. Obsessions d’Émilie Chani m’a littéralement scotché, du début à la fin.

Comme une araignée patiente et redoutable, l’auteure tisse sa toile avec une précision impressionnante. L’enquête policière, pourtant menée avec brio, s’est rapidement retrouvée pour moi au second plan, tant la dimension psychologique et humaine du récit s’imposait avec force. Nous sommes dans les années 80. Nina est une enfant meurtrie. Son père, ravagé par l’alcool, devient violent, jusqu’à commettre l’irréparable. Condamné à la prison ferme, il laisse derrière lui une fillette brisée, recueillie par des grands-parents incapables de lui offrir l’amour dont elle a tant besoin, pour une simple et bonne raison, ils ne l’aiment pas.

À l’école, Nina est montrée du doigt, rejetée, stigmatisée comme “la fille du prisonnier”. Même Thomas, qui s’était timidement rapproché d’elle, finit par s’éloigner par peur d’être humilié à son tour. Nina est seule, perdue, enfermée dans sa souffrance. Quelques années plus tard, sa rencontre avec Valentine lui offrira peut-être une chance de se reconstruire… ou du moins de respirer à nouveau…

En parallèle, en 1995, le commandant Victor Dufresne se voit confier une enquête sur plusieurs meurtres troublants. Sa hiérarchie, lassée de son obsession du détail, veut classer l’affaire rapidement. Le coupable est déjà trouvé. Mais Victor doute. Et ce doute va l’engloutir, l’obséder, jusqu’à mettre sa propre vie en danger.

Émilie Chani m’a emmené dans son univers avec une intelligence redoutable.
J’ai aimé me faire manipuler, croire deviner la trame, pour être sans cesse surpris par un rebondissement, un détail, un changement de perspective. Tragique, précis, nostalgique, psychologiquement violent, intimiste et terriblement efficace, ce roman m’a forcément marqué.

Obsessions est pour moi un grand coup de cœur, mon premier de 2026.
Émilie, une auteure à suivre de très près. Je n’en manquerai pas sa prochaine parution.

Un grand merci aux Éditions Taurnada.
Décidément, concentrer autant de talents sous une même bannière relève presque de l’obsession… et j’adore ça !

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Extraits :

« Faites que ça s’arrête…
Je vous en prie, faites qu’il parte, qu’il s’endorme, qu’il oublie qu’on existe…
Je veux disparaître. Je veux qu’on m’emmène loin d’ici.
Les prières silencieuses de Nina se perdaient dans le vide. Chaque soir, elle suppliait une force invisible : un dieu, un ange, n’importe quoi qui pourrait la sortir de là. Mais il n’y avait jamais de réponse. Seulement les disputes qui fendaient les murs jaunis, les objets lancés, les jurons crachés comme des coups. »

« La mère de Nina était une femme douce, mais meurtrie. Elle avançait dans la vie comme une funambule sur un fil trop mince, vacillant entre espoir et résignation, entre l’amour qu’elle portait à sa fille et l’impuissance qui l’enchaînait à un homme qu’elle ne parvenait pas à quitter.
Nina l’observait depuis toujours. Petite, elle s’accrochait à sa tendresse comme à un phare dans la nuit, guettant ses rares éclats de bonheur, ces moments volés où Marie semblait redevenir légère. Parfois, en cuisinant, elle chantonnait une vieille chanson de Barbara ou de Reggiani. Pendant ces instants suspendus, Nina croyait que tout allait bien. »

« Son regard s’orienta sur la pile de dossiers entassés à sa droite. Ce meurtre lui avait semblé anodin jusqu’à présent, mais ce détail le troublait. Il devait vérifier s’il existait un lien. Il écarta les papiers superflus d’un geste nerveux, cherchant le dossier correspondant.
L’urgence de la découverte lui mettait les nerfs à vif.
Il lui fallut moins d’une minute pour le trouver. Il l’ouvrit. Et s’arrêta net.
Le défunt a été retrouvé allongé sur le dos, la main droite posée sur le cœur. »

« Il y avait toujours un moment, juste avant de franchir la porte d’une scène de crime, où tout basculait.
L’air semblait plus lourd. Le silence plus pesant. Victor le savait. Il en avait connu des dizaines, mais ce soir-là, une étrange sensation le traversait : celle d’être déjà venu ici.
C’était absurde. Il n’avait jamais mis les pieds dans cet immeuble, jamais enquêté dans ce quartier. Pourtant, une impression fugace mais insistante lui serrait la poitrine. Dans l’air, quelque chose d’invisible rôdait, comme un avertissement silencieux. »

Émilie Chani est enseignante. Passionnée de littérature, elle explore les zones d’ombre, les liens ambigus, les silences qui en disent long.

Son premier roman Obsessions sort en janvier 2026.

Adolescence, Amour, Émotion, Conte

La Chasse au Trésor

de Claudine Laurent Rousselle
Broché – 26 novembre 2025
Éditions : Auto-édition

Sylvie et Mathieu âgés de douze ans, sont cousin, cousine. »
Lors des vacances scolaires, ils se retrouvent chez leurs grands-parents. Ils sont heureux de vivre deux mois avec eux car ils les adorent.
Un matin, le grand-père leur demande un petit coup de main pour nettoyer le grenier où sont entreposés des meubles, des coffres et de nombreux objets hétéroclites, depuis plusieurs générations. Les deux enfants jubilent, pour eux,
l’occasion est trop belle pour faire des découvertes.
Ces découvertes les mèneront à une chasse au trésor.

Une nouvelle fois, Claudine Laurent Rousselle m’a emporté avec l’un de ses petits romans, de ceux qui font du bien et laissent une trace discrète mais précieuse. La Chasse au Trésor s’adresse aux enfants de 7 à 13 ans, mais aussi, et peut-être surtout, aux adultes qui aiment encore raconter des histoires, transmettre, partager des moments hors du temps. C’est un conte simple, délicat, sincère, pensé pour éveiller le goût de la lecture et, plus encore, l’envie de rêver loin des écrans omniprésents.

Dès les premières pages, j’ai retrouvé cette bienveillance qui caractérise si bien la plume de Claudine. Elle nous propose ici une belle histoire de famille, où des grands-parents embarquent leurs petits-enfants dans une aventure ludique, pleine de surprises et de rebondissements. Une chasse au trésor comme on les aime, faite d’indices, de complicité et de rires partagés. Tout au long de ma lecture, je me suis surpris à sourire, porté par cette écriture douce et apaisante qui invite à la sérénité.

Ce récit m’a également ramené vers mes propres souvenirs d’enfance. À plusieurs reprises, des images se sont imposées à moi, simples et lumineuses, comme une parenthèse enchantée dans mon quotidien. J’ai apprécié cette capacité qu’a l’autrice à créer un univers rassurant, où l’imaginaire a toute sa place et où l’on prend le temps d’être ensemble.

La Chasse au Trésor est, à mes yeux, une histoire “cadeau”. Un livre à lire, à offrir, à partager, qui fera sans aucun doute plaisir aux plus jeunes… et ravivera chez les adultes une douce nostalgie. Pour ma part, je sais déjà qu’il trouvera naturellement sa place entre les mains de mes petits-enfants.

Merci, Claudine, pour ta confiance renouvelée et pour ce moment de lecture empreint de douceur et de tendresse.

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Extraits :

« Sylvie et Mathieu âgés de douze ans, sont cousin, cousine. »
Lors des vacances scolaires, ils se retrouvent chez leurs grands-parents. Ils sont heureux de vivre deux mois avec eux car ils les adorent.
Un matin, le grand-père leur demande un petit coup de main pour nettoyer le grenier où sont entreposés des meubles, des coffres et de nombreux objets hétéroclites, depuis plusieurs générations.
Les deux enfants jubilent, pour eux, l’occasion est trop belle pour faire des découvertes. »

« – Ça fait plaisir de les voir heureux, tu ne trouves pas ? Demande le grand-père.
– S’ils le sont, c’est grâce à toi ! Depuis tout petits, tu les emmènes dans la nature, à la pêche, aux champignons, faire de la marche dans les chemins forestiers, tu leur a appris à faire du vélo, à reconnaître les arbres, les fleurs… »

« Les jours suivants furent idylliques pour le clan des quatre, camping, pêche, rigolades et recherches le long du cours d’eau, celles-ci infructueuses, mais de très bons moments emmagasinés dans les mémoires.
Les grands-parents décident de faire une halte dans le village le plus proche pour faire le ravitaillement et poursuivre l’aventure.
Celle-ci risque de durer plus longtemps que prévu pour le plaisir de tous.
Ils ont deux mois devant eux, pour trouver le trésor, avant la rentrée des Classes. »

Née à Reims, Claudine Laurent Rousselle a vécu à “La Neuvillette” durant sa jeunesse et son adolescence, depuis elle vie en Haute-Savoie. Dans sa jeunesse, elle a participé à plusieurs concours de poésies.
Depuis quelques années le rêve d’écrire des contes lui vient à l’esprit. Elle se lance, et sort son premier roman “Un merveilleux cadeau” en 2022.
D’autres romans sont d’ores et déjà en attente…

Neige – La petite fille des Montagnes (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/07/neige-la-petite-fille-des-montagnes/

Un merveilleux cadeau (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/12/un-merveilleux-cadeau/

Max et le monde imaginaire (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/02/03/max-et-le-monde-imaginaire/

FLIPP LE PETIT FANTÔME (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/09/flipp-le-petit-fantome/

Amour, Émotion, Drame, Historique

Sous le regard de l’aigle

UNE HISTOIRE DE COURAGE AU TEMPS DES KIOWAS
de Jacquie Béal
Broché – 29 octobre 2025
Éditions : Éditions complicités

Première moitié du XIXe siècle, au cœur des Grandes Plaines d’Amérique. Petite Plume, une jeune fille de la nation kiowa, est capturée lors d’un raid tribal. Arrachée à sa culture d’origine, elle est recueillie par une famille cheyenne et confrontée à un monde régi par d’autres rites, d’autres codes, d’autres douleurs.

Entre apprentissage de la survie, éveil à l’amour et transmission des traditions amérindiennes, elle forge peu à peu sa propre voie, portée par la sagesse des anciens et les visions qui jalonnent la piste rouge de son destin.

Roman historique et initiatique, Sous le regard de l’aigle explore avec justesse et sensibilité la quête d’identité d’une héroïne en lutte entre deux cultures, deux mémoires, deux peuples.

Je viens de refermer Sous le regard de l’aigle, le dernier roman de Jacquie Béal, une auteure que j’ai découvert avec De sang et d’encre en 2024, puis à travers La dame d’Aquitaine, Le temps de l’insoumise et L’incroyable destin d’Aubeline de Lambersac. À chaque lecture, je retrouve cette plume fluide, précise, terriblement addictive, qui sait mêler histoire, émotion et personnages féminins puissants.

Avec ce nouveau roman, j’ai pourtant été surpris. Très vite, j’ai compris que j’entrais dans un univers différent, tant par les lieux que par les images qu’il a fait naître en moi. Une fois encore, Jacquie m’a happé, m’emmenant loin, très loin, au cœur d’un monde rude, magnifique et profondément humain.

Petite Plume est une héroïne stupéfiante. Une femme dans un monde d’hommes, forgée par la violence et la perte, mais jamais brisée. Élevée enfant parmi les Kiowas, elle voit sa famille exterminée par les Osages avant d’être capturée par les Cheyennes. Dès lors, elle doit apprendre à survivre autrement, à comprendre une nouvelle culture, à respecter des traditions qui ne sont pas les siennes, tout en restant fidèle à ses racines. J’ai été profondément touché par sa force, sa fougue, sa capacité à se reconstruire sans renier ce qu’elle est.

Au fil des pages, j’ai suivi son apprentissage, sa vie au sein de sa nouvelle famille, ses doutes, ses joies, ses peines, ses élans amoureux aussi. Petite Plume grandit, devient Femme-Plume, et se retrouve face à une question essentielle, à quel peuple appartient-elle désormais ? Kiowa ou Cheyenne ? Cette quête d’identité, intime et universelle, donne au récit une puissance émotionnelle remarquable.

Jacquie signe ici un magnifique roman historique et initiatique. La reconstitution du monde des Kiowas et des Cheyennes est précise, documentée, vibrante. Les rites, les coutumes, la sagesse des anciens, les visions mystérieuses donnent au récit une profondeur rare. J’ai refermé ce livre marqué, le cœur encore habité par ces peuples amérindiens et leur histoire douloureuse.

Un roman passionnant, prenant, écrit avec respect et sensibilité. À lire sans hésitation.

Merci Jacquie, pour ta confiance renouvelée, pour ce voyage intense au cœur de l’Histoire et pour ce bel hommage à des peuples qui ont tant souffert…

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Extraits :

« Femme-Plume naquit dans la « Lune de l’herbe qui reverdit », quand le soleil réchauffe la terre, et c’est certainement ce qui la sauva, car elle naquit beaucoup plus tôt que prévu. Elle était si petite qu’on l’appela ”Petite Plume“ et sa grand-mère, la mère de Feuille de Saule, a toujours pensé que si elle avait résisté, c’était parce qu’elle avait choisi de naître pendant cette lune que les Hommes Blancs appellent ”Printemps“, quand il fait déjà assez chaud dans la prairie, mais ni trop chaud ni trop froid. En effet, les Kiowas n’ont jamais vu survivre un de ces enfants nés avant leur terme, et qui naissent pendant le plein hiver, quand la neige paralyse tout le pays, ou au cœur de l’été, quand la chaleur étouffe et que l’air ne rafraîchit plus rien. »

« Les légendes annonçaient la venue d’un grand chef qui aiderait les Kiowas à lutter contre un ennemi terrible. Ourson et Petite Hache, comme tous les garçons de la tribu, rêvaient de devenir ce chef. Ce que Petite Plume n’osa jamais leur avouer, pour ne pas les voir éclater de rire, c’est qu’elle espérait bien, elle aussi, incarner un jour ce grand guerrier ! »

« Ce qui attendait Petite Plume derrière ces rochers ne sortira jamais de sa mémoire. L’horreur est entrée dans sa vie le jour où elle a dû découvrir la frayeur insoutenable qui déformait le visage de Feuille de Saule. Elle n’oubliera jamais les yeux grands ouverts de sa mère et ses doigts crispés sur sa tunique ! »

« Petite Plume comprit qu’elle devait partir et marcher dans la direction du ciel flamboyant. Des chants de guerre et de victoire emplirent sa poitrine. En suivant la piste du Soleil, elle trouverait les Osages, tueurs d’enfants, elle ramènerait le Tai-Me dans son village! Alors, le Vrai Peuple ferait résonner les tambours, le crieur ferait le tour du camp pour annoncer le retour de Petite Plume – la fille de Loup qui Boite ! Tous chanteraient ses louanges et l’appelleraient ”Fille Chef“ ou ”Fille-Guerrier“ ! »

Agrégée de Lettres et enseignante, Jacquie Béal se consacre à l’écriture. Elle vit en Périgord où se situe l’action de ses romans, notamment La dame d’Aquitaine et Le Temps de l’insoumise. Amoureuse du langage et de l’Histoire, grande et petite, elle fait vivre ses personnages dans l’atmosphère des siècles passés.

Facebook: @jacquiebeal

Le temps de l’insoumise (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/07/le-temps-de-linsoumise/

De sang et d’encre (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/08/05/de-sang-et-dencre/

La dame d’Aquitaine (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/18/la-dame-daquitaine/

L’incroyable destin d’Aubeline de Lambersac (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/05/lincroyable-destin-daubeline-de-lambersac/

Adolescence, Émotion, Histoire

Les Promesses orphelines

de Gilles Marchand
Broché – Grand livre, 22 août 2025
Éditions : AUX FORGES DE VULCAIN

On racontait qu’on allait marcher sur la Lune, on disait qu’en l’an 2000 on se déplacerait en voiture volante. On parlait d’un Aérotrain capable de battre tous les records de vitesse.

Mais comment participer à tout ça quand on vit, comme Gino, au fin fond d’un village de l’Orléanais, quand le bulletin scolaire est en berne, quand on se demande comment séduire Roxane, la fille entrevue au bal du village des années plus tôt ?

Gilles Marchand, fidèle à ses personnages toujours en décalage, nous offre une traversée poétique des Trente glorieuses par un jeune idéaliste, la tête pleine de rêves plus grands que lui, acteur à sa manière d’un monde en accélération où le bonheur pour tous semblait à portée de main.

J’ai refermé Les Promesses orphelines avec un sentiment doux-amer, celui que laissent les romans qui ne bouleversent pas totalement, mais qui savent toucher juste, par éclats. Gilles Marchand raconte ici une vie ordinaire, mais il le fait avec une voix singulière, presque poétique, toujours empreinte de délicatesse. Ce n’est pas un roman qui emporte d’un seul souffle, plutôt un texte qui se révèle par fragments, par moments suspendus, par phrases qui s’attardaient en moi.

Gino est jeune, Gino rêve. Peut-être trop. Il vit dans un village de l’Orléanais, loin de Paris, loin des astres et des promesses qu’ils incarnent. Trop loin du monde pour lui, mais jamais trop loin de l’espoir. Il regarde le ciel, le progrès, les machines, les fusées, l’Aérotrain, et tout ce qui annonce un avenir possible, presque magique. Entre promesses de progrès et rêves démesurés, Gino va s’accrocher à son rêve ou malgré les grandes tristesses et les bonheurs lumineux, il va petit à petit tracer une voie vers sa destinée.

Nous sommes dans les années 50, au sortir de la guerre, dans cette période étrange où la bienveillance côtoie l’accélération du monde. Les Trente Glorieuses défilent, la musique change, les corps s’émancipent, la mode, les coiffures aussi. Tout semble soudain possible et promet un nouveau bonheur pour tous. Gino traverse cette époque sans être un héros, mais avec une humanité touchante. Puis il y a Roxane. Le premier amour. L’évidence, l’innocence, l’idée d’une vie entière à deux. Et comme souvent, la réalité frappe, sans prévenir. Les rêves se fissurent, la vie le heurte de plein fouet et tout ne se déroulera pas comme prévu.

J’ai aimé la beauté des mots, Gilles comme dans ses autres romans conserve un style très personnel qui enveloppe ses personnages. C’est un beau roman, mais il y a ici, une propension à voir le bien, le beau, plutôt que le réel… Il m’a manqué un pas de plus, une aspérité, une faille plus franche. Et parfois, une gêne aussi, quand certaines réclames s’invitent brutalement dans le récit, comme une coupure publicitaire en plein film, me freinant dans mon élan de lecture.
Dommage…

J’attendrai avec impatience ton prochain ouvrage…

Merci pour cette belle soirée passée en ta compagnie au Cercle Littéraire du Château de l’Hermitage !

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Extraits :

« Qu’est-ce qui fait une vie réussie ? Succès professionnel ? Succès amoureux ? Succès familial ?
Amical ? Social ? Moral ?
J’ai longtemps cru que c’était une espèce de combinaison de tout cela. Une belle vie professionnelle et une famille aimante et souriante. Des pâtes dans l’assiette et un enfant dans le landau.
À l’adolescence, je me suis dit qu’une vie réussie était une vie qui changeait le monde ou, du moins, qui participait au progrès. C’était au siècle dernier, c’était après les guerres mondiales. Dans ces années où on priait le ciel pour que ça reste de l’histoire ancienne et où on lisait les journaux pour vérifier si la guerre froide n’avait pas pris quelques degrés. »

« C’est là que j’ai entendu pour la première fois sa voix. Elle n’était pas assortie à son regard. Ni même à son attitude. C’était presque une voix d’adulte avec un drôle d’accent venu d’un endroit inconnu. C’était comme s’il avait mis plein de vieux dans sa gorge et qu’il les laissait parler à sa place. Il a commencé à me raconter avec son drôle de débit, comme s’il reprenait sa respiration à chaque tronçon de phrase, comme s’il avait peur que la fin lui échappe. »

« La Vieille tante avait toujours été là, dans les parages. Ils pouvaient ne pas la voir pendant des semaines, et un soir elle apparaissait, une bouteille de vin sous le bras et un livre qu’il fallait absolument lire dans la main. Elle était toujours de bonne humeur. “‘Ma foi, je n’ai jamais eu goût à imposer ma mauvaise humeur à qui que ce soit.” »

« “Encore dans la lune, Gino ?”
Je ne l’avais pas entendue arriver. Ma mère s’est assise sur mon lit. Elle me répétait que j’étais son petit rêveur. Exactement ce que l’on me reprochait au collège, sauf qu’elle le disait avec un sourire.
Je n’osais pas lui expliquer que je n’étais pas dans la lune mais plutôt dans les nuages. Et que papa l’embrassait. »

Gilles Marchand est né en 1976 à Bordeaux. Il a notamment écrit Dans l’attente d’une réponse favorable (24 lettres de motivation) et coécrit Le Roman de Bolaño avec Éric Bonnargent. Son premier roman solo, Une bouche sans personne en 2016, attire l’attention des libraires (il est notamment sélectionné parmi les “Talents à suivre” par les libraires de Cultura, finaliste du prix Hors Concours, et remporte le prix des libraires indépendants “Libr’à Nous” en 2017) et de la presse, en proposant le curieux récit, le soir dans un café, d’un comptable le jour expliquant à ses amis pourquoi il porte en permanence une écharpe pour cacher une certaine cicatrice.

Il a été batteur dans plusieurs groupes de rock et a écrit des paroles de chansons.

Des mirages plein les poches
https://leressentidejeanpaul.com/2019/01/05/des-mirages-plein-les-poches-de-gilles-marchand/

Un funambule sur le sable
https://leressentidejeanpaul.com/2019/01/14/un-funambule-sur-le-sable-de-gilles-marchand/

Une bouche sans personne
https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/26/une-bouche-sans-personne/

Le soldat désaccordé
https://leressentidejeanpaul.com/2022/12/12/le-soldat-desaccorde/

Requiem pour une apache
https://leressentidejeanpaul.com/2023/09/02/requiem-pour-une-apache/

Émotion, Drame, Folie, Polar, Terroir, Violence

La loi des oubliés

Chasse ouverte dans le bassin minier
de Éric Dupuis
Broché – 4 septembre 2025
Éditeur : Aubane éditions

En 1986, après 18 ans de carrière à Paris, l’inspecteur de police Pierre Sénéchal revient dans le Pas-de-Calais, sa région natale. Sa première mission consiste à escorter Carrel, l’écorcheur du bassin minier, un criminel condamné en 1970 qui vient d’obtenir une libération conditionnelle. Cette décision judiciaire suscite l’émoi des familles car, parmi les victimes, deux jeunes filles du coron sont toujours considérées disparues. Connaissant l’une d’elles, sœur de son premier amour, Pierre décide de réétudier le dossier dans l’espoir de faire rouvrir l’enquête. À cet instant, l’inspecteur est propulsé dans un engrenage infernal, vengeance, trahison, et misère sociale vont peupler son quotidien. Confronté à l’omerta et aux exactions d’une bande de jeunes loubards qui ralentissent ses investigations, Sénéchal réalise que ces oubliés du coron ne répondent qu’à une seule loi, la leur…

Dès les premières pages de « La loi des oubliés » d’Éric Dupuis, j’ai été happé, littéralement. Ce roman m’a tenu en haleine du début à la fin, au point de m’être souvent surpris à repousser le moment de le refermer. Le suspense est redoutablement efficace, porté jusqu’à un dénouement que je n’ai absolument pas vu venir. Mais au-delà de l’enquête, c’est surtout l’atmosphère qui m’a marqué. Ce climat lourd, âpre, profondément ancré dans un territoire, comme je les aime tant.

Éric possède ce talent rare de faire vivre une région. Ici, le Pas-de-Calais des années 80, ses corons, ses gueules noires, la misère sociale, les mines qui ferment les unes après les autres et laissent derrière elles des vies brisées. Tout respire le réel. On sent la pauvreté, la résignation, les rancœurs accumulées, les silences trop lourds. Le décor est sombre, aussi noir que le charbon, et sert à merveille une intrigue faite de mensonges, de trahisons, de vengeance et de meurtres. J’ai adoré cette immersion totale, viscérale, écrite avec les tripes autant qu’avec les mots.

L’histoire suit Pierre Sénéchal, inspecteur revenu dans sa région natale après dix-huit ans de carrière parisienne. Un retour aux sources qui n’a rien de paisible. Il est hanté par son passé, par des disparitions de jeunes filles jamais élucidées, par des souvenirs douloureux qui resurgissent à chaque coin de rue. Ce retour agit comme une quête de vérité, peut-être aussi comme une tentative de rédemption. Et les révélations qui émergent sont fracassantes, cruelles, n’épargnant personne… pas même lui.

J’ai été rapidement pris par le rythme du récit. Les dialogues sont percutants, les scènes s’enchaînent avec une fluidité qui m’a souvent donné l’impression de regarder une série noire particulièrement réussie. Les personnages sont profondément humains, attachants dans leurs failles, et l’expérience policière d’Éric apporte un réalisme saisissant aux investigations, tout en brouillant sans cesse les pistes.

La loi des oubliés est pour moi une réussite totale. Ce roman réunit tout ce que j’aime, un terroir fort, une intrigue solide, des personnages incarnés et une charge émotionnelle puissante. Peut-être même, oserai-je le dire, le meilleur roman de l’auteur.
Un livre marquant à lire absolument…

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Extraits :

« La grande silhouette du numéro 8923 réintégra sa cellule. Georges Carrel n’était plus que l’ombre de lui-même. Lui, charpenté comme une armoire à glace lors de son arrivée, flottait dans ses vêtements. Son visage émacié, diaphane et les sillons de ses joues creusées laissaient à penser que sa dernière heure était arrivée. Une fois la porte fermée et le bruit sinistre de la serrure entendu, il s’allongea sur le lit, glissa ses mains croisées sous sa nuque et fixa le ciel azur partiellement masqué par les barreaux de la fenêtre. Une belle journée s’annonçait, Georges était aux anges. Soulagé d’avoir appris la bonne nouvelle : la commission venait d’accepter sa demande de libération conditionnelle. »

« Il ne regrettait rien, absolument rien. Aucun de ses actes abominables… bien au contraire. À chaque fois que l’un d’eux lui revenait en mémoire, il en éprouvait une satisfaction personnelle, un plaisir immense. D’ailleurs il avait conservé un bijou de chacune de ses victimes. Le fait de les ressortir, de les toucher, lui procurait une sensation inextricable, une jouissance extrême… »

« L’heure du bilan avait sonné après ses seize années passées au placard. Une épreuve si terrible que Carrel comptait profiter un maximum de sa liberté recouvrée dès le 13 septembre prochain. Et malgré les recommandations explicites de son psychiatre, il savait d’ores et déjà qu’il recommencerait ses actes criminels. Ce besoin était viscéral, ancré au plus profond de son être. Il gardait en mémoire ses erreurs de débutant l’ayant conduit en taule, à commencer par son empressement et l’émulation de ses premières agressions qui lui en avaient fait oublier les fondamentaux. Le manque de préparation, l’absence de gants, l’agitation et le pire de tout, la perte de son arme… »

Né dans les années 1960 à Courrières dans le Pas-de-Calais, Éric Dupuis poursuit ses études secondaires à Lens avant d’incorporer le premier contingent de policiers auxiliaires en octobre 1986, puis de devenir gardien de la paix en 1987. Après plusieurs années sur la voie publique et trente ans de carrière dans la police nationale en région parisienne, il devient major-instructeur. En tant que formateur en sécurité intérieure, il enseigne aujourd’hui activités physiques et professionnelles : tir, auto-défense et techniques de sécurité en intervention. Il est également passionné par les arts martiaux et notamment par le krav maga, une discipline d’auto-défense qu’il pratique et enseigne en tant que 4e dan. Dans le cadre de son travail d’acteur et de conseiller technique pour le cinéma et les séries télévisées, il se lance dans l’écriture et propose ses récits. Après Aussi noir que le charbon, il publie un autre polar se déroulant dans le bassin minier : Devoir de mémoire. Un retour aux sources, en quelque sorte…

Aussi noir que le charbon
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/19/aussi-noir-que-le-charbon-de-eric-dupuis/

Devoir de mémoire
https://leressentidejeanpaul.com/2021/07/27/devoir-de-memoire/

La Catalane
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/07/la-catalane/

Polar, Suspense, Thriller historique

La conspiration Hoover

de Steve Berry,
Broché – 11 octobre 2018
Éditeur : Cherche Midi

De conspirations occultes en révélations explosives :
Cotton Malone défie l’histoire officielle !

2000. Officier de marine, Cotton Malone est recruté par le ministère de la Justice pour récupérer au fond des mers une pièce de collection extrêmement rare. Celle-ci doit servir de monnaie d’échange pour obtenir d’un ancien opérationnel de la CIA des dossiers secrets relatifs aux agissements occultes du FBI dans les années 1960.

    Alors que se dessine l’implication d’une branche clandestine du FBI dans un assassinat qui, en 1968, a bouleversé l’histoire, Malone est engagé dans une quête périlleuse, semée d’intrigues et de complots. Au centre de la toile, la figure d’Edgar J. Hoover, dont les secrets sont aussi nombreux qu’inavouables.

    Dans cette douzième aventure, Cotton Malone se remémore la création de la division Magellan, branche secrète du ministère de la Justice, et sa première enquête au sein de celle-ci. Les nombreux fans de Steve Berry ne seront pas déçus !

    Avec La Conspiration Hoover, Steve Berry, une fois encore, a réussi à m’embarquer dans une intrigue aussi dense que captivante.
    Dès les premières pages, je me suis laissé happer par ce récit où l’Histoire réelle sert de socle à une mécanique romanesque redoutablement efficace.

    L’auteur s’appuie ici sur un événement majeur et tragique. L’assassinat du leader noir pacifiste, Martin Luther King, survenu il y a un peu plus de cinquante ans aux États-Unis. Un fait historique lourd de sens, encore aujourd’hui chargé d’ombres et de questions. L’auteur s’en empare avec intelligence pour bâtir un thriller solide, nerveux, au rythme soutenu, où les scènes s’enchaînent avec une fluidité presque cinématographique.

    Ce roman marque aussi une différence notable avec les précédents. La narration se concentre sur un Cotton Malone à ses débuts, bien avant les missions que nous lui connaissons. On le découvre intégré, le temps d’une opération, aux rangs de la CIA, tandis que se dessine en filigrane la genèse de l’unité Magellan. Le FBI, Hoover, la lutte pour les droits civiques… tout converge vers une toile complexe faite de secrets, de manipulations et de zones grises.

    Steve Berry raconte cette histoire comme une conspiration, qui retient l’attention et questionne, au sens le plus troublant du terme. Et le doute s’installe. Où s’arrête la réalité ? Où commence la fiction ? Les notes finales de l’auteur, d’une grande honnêteté intellectuelle, m’ont permis d’apprendre plusieurs choses historiques fort intéressantes permettant d’y voir plus clair, sans jamais briser le plaisir de la lecture.

    Les chapitres courts imposent un tempo effréné. On court, on tire, on fuit, on complote, on explose, puis on recommence. Steve Berry maîtrise parfaitement les codes du thriller, et il les exploite avec une efficacité redoutable.

    Pour ma part, je reste totalement accro à ses romans, toujours à la frontière du réel et de l’imaginaire. J’ai particulièrement apprécié le travail de recherche autour des dossiers secrets du FBI et de ses pratiques parfois très éloignées de toute éthique.

    Une nouvelle aventure de Cotton Malone, haletante et troublante, que j’ai refermée avec l’envie immédiate d’y revenir.

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    Extraits :

    « Quelle ironie si cette histoire commencée par une mort violente devait se conclure par une autre mort, comme cela paraît désormais vraisemblable. »

    « Tout en tirant sur mes bras pour descendre vers la mallette noire, je fis appel à mon fameux don pour «garder l’esprit clair en toutes circonstances» et décidai de nouer l’amarre autour de l’objet plutôt que de faire supporter par sa poignée son poids surprenant, qui demeurait un mystère. Faire mon travail sans maîtriser tous les paramètres n’était pas une nouveauté pour moi. Peu d’accusés se confiaient en effet sans réserve à leur avocat dans une cour martiale, surtout quand celui-ci était lui-même officier. J’avais par conséquent l’habitude de me contenter de demi-vérités, voire de mensonges purs et simples. Mais la vérité finissait toujours par s’imposer, et je partais du principe que ce serait aussi le cas cette fois-ci.
    Ce qui était bien naïf de ma part. »

    « Je rouvris les yeux.
    Je n’avais pas reçu un tel coup depuis un match de foot qui avait dégénéré, deux étés plus tôt. J’avais un mal de tête carabiné. Où étais-je ? Dans un bateau, sans doute, à en juger par le grondement de moteur et le balancement familier.
    Les supputations se bousculaient dans mon cerveau embrumé. Comme je l’avais pensé avant de me faire estourbir dans l’eau, les gens qui s’en étaient pris à moi n’avaient pas l’intention de me tuer.
    Du moins pour le moment. »

    « “Mon travail consiste à garder des secrets, dit-il. Le pays a toujours eu besoin de gens comme moi pour cacher ce qui doit l’être. Vous êtes bien conscients, je suppose, que toute cette affaire est classée ultra-confidentielle.
    – Comment ces documents ont-ils pu être classés secrets ? objectai-je. Ils proviennent de Cuba.
    – Ils ont été élaborés lors d’une opération du FBI connue sous le nom de Pion du Fou, qui faisait partie du programme
    COINTELPRO.”
    Pion du Fou. COINTELPRO… Toujours les mêmes mots qui revenaient.
    “Hoover tenait à ce que tout soit consigné par écrit. Et quand je dis tout, c’est absolument tout.” »

    Steve Berry étudie le droit à l’Université de Mercer à Macon. Il est ensuite avocat et plaide pendant une trentaine d’années avant d’occuper de hautes fonctions dans la magistrature pour 14 ans. Il est un membre fondateur de l’International Thriller Writers, une association de plus de 2600 auteurs de romans policiers de partout dans le monde, dont il est co-président pendant trois ans.

    En 1990, il se lance dans l’écriture. En 2000 et 2001, il remporte le prix Georgia State Bar Fiction Writing Contest. En 2003, son premier roman, Le Musée perdu (The Amber Room), paraît chez l’éditeur Ballantine Books. Depuis, il a publié plusieurs thrillers, qui sont devenus autant de best-sellers.

    À partir de 2006, il amorce la série des aventures de Cotton Malone.

    La Quatorzième Colonie
    https://leressentidejeanpaul.com/2018/12/18/la-quatorzieme-colonie-de-steve-berry/

    Le Manuscrit cathare (2021)
    https://leressentidejeanpaul.com/2025/04/20/le-manuscrit-cathare/

    Le Musée secret (2022)
    https://leressentidejeanpaul.com/2025/04/21/le-musee-secret/

    Amour, Anticipation, Émotion, Drame, Dystopie, Fantastique

    Nouvelle Vie™

    de Pierre Bordage
    Poche – 26 mai 2004
    Éditeur : ATALANTE

    Bienvenue dans ces mondes qui seront peut-être bientôt le nôtre. Tout s’y vend, tout s’y achète, jusqu’au patrimoine génétique et l’être humain qui le contient. Faites confiance au marché comme à ceux qui le gouvernent. D’ailleurs ils se sont emparés des technologies nouvelles. Tous les clonages sont possibles, la nature humaine et la vie dérivent… Qu’importe si les sociétés se délitent, si des territoires d’exclus s’étendent d’où la violence remonte, si le pouvoir des groupes financiers convoque des armées d’adolescents pour son profit ? Il y a encore moyen de survivre dans un monde virtuel ou de prendre racine… dans un potager. Bon séjour dans une humanité en déroute. Mais s’il reste  » l’amour qui meut le soleil et les autres étoiles « , un monde bien ordonné commencerait-il par soi-même ? Douze nouvelles et un préambule : le premier recueil de Pierre Bordage.

    Mon dernier Ressenti de 2025 ne pouvait être qu’un hommage.
    Un hommage à Pierre Bordage, un écrivain que j’ai découvert il y a plus de vingt-cinq ans avec Les Fables de l’Humpur. Un choc à l’époque. Un monde fantastico-médiéval sombre, peuplé de créatures hybrides, dans lequel j’avais déjà senti cette angoisse sourde face à un monde en perdition.
    Pour moi, Pierre était un grand. Un très grand écrivain. Parti bien trop tôt.

    Ses romans m’ont toujours embarqué ailleurs, souvent dans des futurs peu réjouissants, mais jamais gratuits. À travers l’anticipation et la science-fiction, il questionnait notre rapport au progrès, à la biotechnologie, à l’argent, au pouvoir. Des sociétés dominées par la rentabilité, parfois totalitaires, souvent inhumaines. Des mondes qui faisaient froid dans le dos parce qu’ils semblaient terriblement plausibles.

    Nouvelle Vie™ est un recueil de douze nouvelles, ciselées avec une précision redoutable. On y retrouve tous les thèmes qui lui sont chers. La manipulation génétique, le clonage, la quête d’une humanité dite « parfaite », l’aliénation technologique, la marchandisation du vivant.
    Au fil des pages, j’ai traversé des univers tantôt intimistes, tantôt désespérés, toujours marqués par l’oppression d’individus écrasés par des entités devenues aveugles à toute notion d’éthique. Ici, l’homme devient artificiel pour frôler l’immortalité. Là, il est surveillé, pucé, contrôlé. Ailleurs, il se perd dans des mondes virtuels ou se dissout dans des sociétés ultra-industrialisées.
    Une question revient sans cesse : l’homme est-il encore libre ?

    La nouvelle n’était pas le format de prédilection de Pierre, lui qui excellait dans les grandes sagas, mais son talent de conteur opère pleinement.

    Ces textes font réfléchir, dérangent, inquiètent. Ils nous tendent un miroir peu flatteur de notre avenir possible. Fiction ? Peut-être. Avertissement ? Sûrement.
    Il nous invite à ne pas détourner le regard, à rester maîtres de notre destin, à lutter sans accepter la facilité de nos sociétés consuméristes et numérisées.
    La lecture de ces nouvelles pourra vous donner froid dans le dos et un certain pessimisme envers notre espèce, ses textes vous mettront forcément face à notre propre réalité.
    Mais derrière la froideur des systèmes, il y a toujours l’humain. Ses failles, ses peurs, mais aussi l’amour, qui résiste encore…

    Merci Pierre, pour ces mondes, pour ces alertes, pour ces histoires profondément humaines.
    Je ne suis pas prêt de t’oublier. J’ai encore une dizaine de tes romans dans ma PAL et me connaissant il ne serait pas surprenant que j’en ajoute d’autres encore…
    Je ne sais pas exactement où tu es parti, mais j’espère vraiment que tu profites de tes nouveaux acquis !
    On reste en contact…

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    Extraits :

    « Ils se présentèrent à cinq heures du matin. Un homme et une femme vêtus d’uniformes gris perle. Des envoyés du Nouvel Éden, sans doute. Il ne parvint pas à leur donner un âge – difficile, d’ailleurs, de donner un âge aux habitants du Nouvel Éden, originaires pour la plupart des régions de l’Amérique du Nord, de l’Europe et de l’Australie; ils ne quittaient que rarement les cités flottantes dans lesquelles ils s’étaient retirés des dizaines d’années plus tôt. »

    « La femme sonna de nouveau puis sortit d’une poche de son uniforme un passe, une clef électronique qui décodait et forçait n’importe quelle serrure. Un petit bijou de technologie réservé aux keufs et autres cerbères assermentés du bas-pays. Il s’agissait donc d’une visite domiciliaire officielle. Il valait mieux leur ouvrir plutôt que les laisser flinguer en toute légalité la serrure octopussy – deux mille euros le système de sécurité, huit serrures, huit codes, huit barrières pour le visiteur indélicat. Il activa le micro extérieur. »

    « “Vous êtes en train de me dire que… que votre compagnie a breveté le génome de mes parents ?”
    La femme lui retourna une moue d’encouragement, la moue décernée par un professeur à un élève sur le point de résoudre une équation difficile.
    “Mais… on n’a pas le droit d’acheter les êtres humains…”
    En même temps qu’il prononçait ces mots, la vérité s’imposa à lui, terrible, inconcevable.
    “Tout est à vendre, monsieur Quint. Depuis l’affaire Erkhan, en 2023, les Nations unies ont admis le principe du brevet du génome humain. À condition que ce même génome présente une particularité remarquable et concoure au progrès de l’humanité.” »

    « Des larmes roulaient sur ses joues. À l’idée de ne plus la revoir, de ne plus la serrer dans ses bras, de ne plus se repaître de ses mots, de ses sourires, de ses bouderies, il faillit s’écrouler sur son lit. Il éteignit comme il le put une nouvelle flambée de rage. Il n’avait pas le droit de se révolter. Ce foutu contrat et ses clauses de pénalité. Il s’habilla avec des gestes maladroits, dépecé déjà par les regrets, sortit de la chambre, s’avança d’une allure chancelante vers les deux employés de la Vie™.
    “Je suis prêt…” »

    Pierre Bordage est né en janvier 1955 à la Réorthe, en Vendée. Après une scolarité sans histoire, neuf ans de karaté et quelques cours de banjo, il s’inscrit en lettres modernes à la faculté de Nantes et découvre l’écriture lors d’un atelier en 1975. Il n’a encore jamais lu de SF, lorsqu’il est amené à lire pour une dissertation Les chroniques martiennes de Ray Bradbury, qui est une véritable révélation. Découvrant à Paris un ouvrage d’Orson Scott Card édité par l’Atalante, il propose Les guerriers du silence à l’éditeur qui l’accepte. Il a publié depuis de nombreux ouvrages, qui bénéficient de la reconnaissance des amateurs et des professionnels de la science-fiction à travers notamment le Grand Prix de l’Imaginaire ou le prix Bob Morane.

    Les fables de l’Humpur
    https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/24/les-fables-de-lhumpur/

    Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Violence

    Inexorable

    de Claire Favan
    Broché – 11 octobre 2018
    Éditeur : Robert Laffont

    Vous ne rentrez pas dans le moule ? Ils sauront vous broyer.

    Inexorables,
    les conséquences des mauvais choix d’un père.
    Inexorable,
    le combat d’une mère pour protéger son fils.
    Inexorable,
    le soupçon qui vous désigne comme l’éternel coupable.
    Inexorable,
    la volonté de briser enfin l’engrenage…
    Ils graissent les rouages de la société avec les larmes de nos enfants.

     » Claire Favan franchit un cap avec cette histoire qui touchera inexorablement votre âme. « 
    Yvan Fauth, blog EmOtionS.
     » À l’enfant qui est en vous, ce livre peut raviver des douleurs. À l’adulte que vous êtes devenu, il vous bousculera dans vos certitudes. « 
    Caroline Vallat, libraire Fnac Rosny 2

    Inexorable fait parti de ces romans qui ne vous laissent aucun répit.
    Je l’ai commencé en début de soirée… et je ne l’ai pas lâché. Chapitre après chapitre, page après page, jusqu’à cette image finale bouleversante. Alexandra serrant la tête de Milo contre son ventre, dans ce geste universel d’une mère qui aime son enfant plus que tout…

    Alexandra et Victor sont les parents de Milo, qui a quatre ans. Leur quotidien bascule le jour où Victor est arrêté. Il a tout quitté pour devenir braqueur, pour des raisons qui lui appartiennent. Mais c’est Milo qui en paiera le prix.
    L’enfant change brutalement. Il se renferme, devient violent, ingérable. À l’école, on se moque de lui, on l’isole. Sa colère déborde. Son mal-être se transforme en mots blessants, en gestes incontrôlables.

    Les années passent. Entre 2004 et 2019, Milo grandit sous nos yeux. Son adolescence est tout aussi chaotique, et la relation mère-fils se détériore peu à peu. Le dialogue se rompt.
    Puis vient l’irréparable. Milo est arrêté pour un double meurtre. Après son mari, c’est son fils que la machine judiciaire broie. Alexandra bascule dans un cauchemar éveillé. Milo clame son innocence, enfermé dans une prison où tous les regards se posent sur lui, lui qui n’a jamais réclamé que l’amour de ses parents.

    Comment croire à sa culpabilité ?
    Comment le sortir de là ?

    Claire Favan nous offre ici un thriller psychologique d’une rare intensité, construit sur l’évolution des personnages et le passage du temps. J’ai vécu chaque page dans l’angoisse, partagé la détresse de cette mère, attendu la chute… avant de recevoir le coup de poing final.

    Il est question de traumatismes, de blessures profondes, de vies fracassées par des événements violents. Certains passages m’ont percuté de plein fouet, réveillant des souvenirs enfouis.
    Claire ne caresse pas, elle frappe. Sans concession, très différents de ses précédents romans. Le cœur serré, l’estomac noué, je me suis attaché à cette mère démunie, déchirée, prête à tout pour protéger son fils.

    Inexorable est une histoire familiale déchirante, une déclaration d’amour maternel face à l’impensable.
    Un immense coup de cœur.
    Malgré le poids qu’elle porte sur ses épaules et dans son cœur, Alexandra a toujours été là, elle a tout essayé, réussi parfois, échoué trop souvent à son goût, mais elle a toujours aimé son fils et pris les choix qu’elle estimait juste…
    Un roman qui parle de “mamans” à lire absolument, qui m’a marqué profondément !

    Bravo Claire, et merci pour ces mots qui vont droit au cœur.

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    Extraits :

    « – Maître, je ne comprends pas ce qui a pu arriver. Il ne peut s’agir que d’une erreur… Victor… est… un homme bien…
    Ses sanglots font trembler sa voix.
    À l’autre bout du fil, l’avocat soupire. Ce n’est pas à lui de briser les illusions de cette pauvre fille, n’est-ce pas ?
    Il comprend que le choc soit rude après avoir vu des flics armés jusqu’aux dents débouler chez elle en force pour arrêter son mari qu’elle prenait pour un agneau. Doit-il éclairer sa lanterne et lui annoncer que Victor Léman n’a rien d’un saint, bien au contraire ? »

    « MILO NE COMPREND PAS. Il fait tout ce qu’on lui demande, pourtant ! Il dit ce qu’il ressent à Mme Marloux et elle lui donne des pistes pour mieux réagir. Il pensait qu’après avoir fait la paix avec sa mère et recommencé à parler de papa, tout s’arrangerait.
    Les mots qu’il gardait pour lui coulent à présent. Et avec eux, les larmes. Il dort d’ailleurs mieux depuis qu’il évacue son chagrin. Il fait moins de cauchemars. Il se sent moins en colère aussi.
    Alors pourquoi est-il toujours à l’écart à l’école? Pourquoi les adultes le surveillent-ils en permanence ?
    Pendant toutes les récréations, il doit rester assis, seul, pendant que les autres s’amusent. Milo aimerait se joindre à eux. Il voudrait pouvoir recommencer à être un simple petit garçon. »

    « LA DERNIÈRE ANNÉE de maternelle de Milo s’écoule péniblement. Il voit toujours sa psychologue, pourtant
    Alexandra ne vit plus qu’au rythme des sentences de l’équipe éducative.
    Son esprit est focalisé sur la terreur de ce qui l’attend chaque soir quand elle le récupère.
    Dès qu’elle descend du bus et qu’elle s’approche de l’école, son ventre se serre et son cœur se met à battre plus vite. Les bons jours se comptent sur les doigts d’une main, quand les mauvais s’accumulent. »

    « EN SE REGARDANT DANS LE MIROIR ce matin-là, Victor ressent le sentiment de dégoût envers lui-même qui ne le quitte pas beaucoup ces derniers temps. Non seulement il ment à sa famille et prend des risques qui pourraient le renvoyer en prison, mais en plus il apprécie cette partie de sa vie à laquelle il croyait avoir définitivement tourné le dos. »

    Née à Paris en 1976, Claire Favan travaille dans la finance et écrit sur son temps libre. Son premier thriller, Le Tueur intime, a reçu le Prix VSD du Polar 2010, le Prix Sang pour Sang Polar en 2011 et la Plume d’or 2014 catégorie nouvelle plume sur le site Plume Libre. Son second volet, Le Tueur de l’ombre, clôt ce diptyque désormais culte centré sur le tueur en série Will Edwards. Après les succès remarqués d’Apnée noire et de Miettes de sang, Claire Favan a durablement marqué les esprits avec Serre-moi fort, Prix Griffe noire du meilleur polar français 2016, et Dompteur d’anges. Son dernier roman, Inexorable, marque un tournant plus intimiste, en mettant en scène un enfant broyé par la société.