Drame, Histoire, Polar historique, Suspense

Les Noyés des bords de Marne

Une enquête d’Hippolyte Salvignac******
de Philippe Grandcoing
Broché – 7 mars 2024
Éditions : de Borée

Un avion qui s’écrase et tue le ministre de la Guerre, une crise diplomatique majeure entre la France et l’Allemagne à propos du Maroc, une malle contenant un cadavre sans tête repêchée dans la Marne, un marchand juif qui disparaît mystérieusement : Hippolyte Salvignac et Jules Lerouet n’ont décidément pas le temps de s’ennuyer en ce printemps 1911. Aussi improbable que cela puisse paraître, toutes ces affaires semblent être reliées. Avec ce 6e volume des enquêtes d’Hippolyte Salvignac, l’historien et romancier Philippe Grandcoing, fin connaisseur de la période, poursuit l’exploration de la France des années 1900 et fait découvrir l’incroyable richesse de cette époque.

Printemps 1911. Un avion s’écrase, tuant le ministre de la Guerre. Une malle contenant un cadavre sans tête flotte sur les eaux sombres de la Marne. Un marchand juif disparaît sans laisser de trace. Et dans les coulisses du pouvoir, une crise diplomatique éclate avec l’Allemagne.

Ces événements, que tout semble opposer, finissent par tisser une toile invisible mais implacable. Et lorsque l’antiquaire à la retraite Hippolyte Salvignac, épaulé par le tenace inspecteur Jules Lerouet, commence à tirer sur ce fil, ils mettront à jour des vérités bien plus dangereuses qu’ils ne l’avaient imaginé.

Dans Les Noyés des bords de Marne, sixième enquête d’Hippolyte Salvignac, Philippe Grandcoing confirme tout son talent : celui de mêler le frisson de l’intrigue au souffle de l’Histoire. Grâce à sa plume précise d’historien, il reconstitue avec brio la France de la Belle Époque, ses luttes, ses ombres et ses fulgurances. Les personnages féminins, et en particulier Léopoldine, artiste libre et compagne d’Hippolyte, donnent une force moderne et humaine à cette fresque d’époque.

J’ai été une fois de plus happé par cette nouvelle enquête, aussi haletante qu’érudite. Ici chaque détail historique enrichit l’intrigue sans jamais l’alourdir, chaque description accroît la tension, chaque dialogue dévoile une pièce du puzzle.

Je recommande vivement de lire les tomes précédents avant de se plonger dans celui-ci, afin de savourer pleinement l’évolution des personnages. Mais quel bonheur de retrouver cette ambiance unique, entre mystère et mémoire, prenante jusqu’à la dernière ligne.

Un immense merci à Virginie, des éditions de Borée, pour cette nouvelle aventure passionnante ! 🙏

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Extraits :

« C’était une aquarelle qu’il avait récemment acquise. Elle représentait le port de La Valette sur l’île de Malte. Au premier plan, une goélette, toutes voiles dehors, sortait de la rade cernée par les hautes murailles ocre. Il aimait particulièrement cette vue aux couleurs chaudes, comme une promesse d’Orient, alors que l’île était toujours restée un avant-poste de la chrétienté ancrée en Méditerranée. Jouant sur les contrastes, il avait suspendu deux masques africains de part et d’autre du tableau. »

« On en était là au Maroc, dans un pays qui échappait progressivement à l’autorité du sultan, décrédibilisé du fait de sa trop grande complaisance envers les Infidèles. La France s’était autoproclamée gardienne des intérêts européens. Il en résulterait sûrement pour les Marocains une mise sous tutelle accrue et, pour les Français, une nouvelle page glorieuse de leur mission civilisatrice de l’autre côté de la Méditerranée.
Il replia le journal et le laissa sur la table, se disant qu’il ferait sûrement le bonheur d’un autre client. »

« — Y a pas mal de Blancs à qui ça plaît. C’est un peu comme la chasse. Pan ! Pan ! On tire les nègres comme on tirerait des lapins ou des perdrix. Et puis on est tranquille. Personne pour dire quoi que ce soit. Et surtout pas nos chefs. Mais moi, ça m’ a rendu malade.
Pour de vrai ! J’ai attrapé la malaria. Évacué à Saint-Louis du Sénégal et soigné à la quinine. J’m’en suis pas vraiment remis et on a évité de me renvoyer dans la brousse. J’ai travaillé dans les bureaux, j’ai formé des tirailleurs sénégalais. Et, quand j’ai eu tiré les dix ans de mon engagement, j’ai démissionné. Mais avant de partir, j’ai acheté ces photos. Faut pas croire. Mais ça se vend. Y en a même qui les collectionnent. Moi, je voulais les rapporter en France pour montrer à quoi ça ressemble, la conquête de l’Afrique. On n’y va pas pour libérer des esclaves ou apporter la bonne parole. Non, on tue, on viole, on pille. »

Philippe Grandcoing, né le 6 novembre 1968, à Limoges (Haute-Vienne), est professeur agrégé d’Histoire en classes préparatoires au lycée Gay-Lussac, docteur en histoire contemporaine, spécialiste de l’histoire de la société limousine du XIXe et du XXe siècle. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment huit volumes de la collection des « Grandes affaires criminelles » chez De Borée. La Malédiction de Rocalbes est le cinquième épisode des aventures d’Hippolyte Salvignac.

Publications
Ouvrages historiques et scientifiques

  • Les demeures de la distinction. Châteaux et châtelains au XIXe siècle en Haute-Vienne, éditions PULIM, 1999.
  • La baïonnette et le lancis. Crise urbaine et révolution à Limoges sous la Seconde République, éditions PULIM, 2002.
  • Le siècle d’or des châteaux. Haute-Vienne 1800-1914, Editions Culture & Patrimoine en Limousin, 2002
  • Un Robin des Bois entre Périgord et Limousin : Histoire et légende de Burgou, XIXe – XXe siècles, Éditions Culture & Patrimoine en Limousin (Collection « Patrimoine en poche »), 2006, 158 p. (ISBN 2-911167-49-X).

Romans de la série Salvignac

Ouvrages collectifs

  • 1905, le printemps rouge de Limoges (avec Vincent Brousse et Dominique Danthieux), Culture et Patrimoine en Limousin, 2005.
  • Un siècle militant : Engagement(s), résistance(s) et mémoire(s) au XXe siècle en Limousin (avec Vincent Brousse et Dominique Danthieux), éditions PULIM, 2005.
  • L’Innovation agricole en Pays Limousin du Moyen Âge à nos jours, éditions Les Monédières, 2006.
  • Les grandes affaires criminelles de Haute-Vienne (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, 2008.
  • Les nouvelles affaires criminelles de Haute-Vienne (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, 2009.
  • Ostensions (avec Vincent Brousse), Culture et Patrimoine en Limousin, 2009.
  • Fermes idéales en Limousin, Culture et Patrimoine en Limousin, 2010.
  • Les grandes affaires criminelles du Lot (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, 2010.
  • Paysage et environnement en Limousin, de l’antiquité à nos jours, éditions PULIM, 2010.
  • Les grandes affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, 2010.
  • Les grandes affaires criminelles du Limousin (avec Vincent Brousse, Jean-Marie Chevrier et Jean-Michel Valade), Éditions De Borée, 2010.
  • Les nouvelles affaires criminelles de la Creuse (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, 2011.
  • Les Grandes affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, novembre 2011.
  • Les Nouvelles affaires criminelles du Lot (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, avril 2012.
  • Les Nouvelles affaires criminelles de Corrèze (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, octobre 2013.
  • Les Nouvelles affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, novembre 2013.
  • Limousin sur grand écran, Culture et Patrimoine en Limousin, 2013.
  • Utopies en Limousin (avec Vincent Brousse, Dominique Danthieux et alii.), Les Ardents Éditeurs, 2014
  • Oradour après Oradour (avec Dominique Danthieux), Culture et Patrimoine en Limousin, 2014.
  • Le Front Populaire en Limousin (avec Vincent Brousse, Dominique Danthieux et alii), Les Ardents Éditeurs, 2015.
  • La Belle Époque des pilleurs d’églises. Vols et trafics des émaux médiévaux. (avec Vincent Brousse), Les Ardents Éditeurs, 2017.
  • Sublime Périgord, la fabrique d’un territoire d’exception, (avec Hélène Lafaye-Fouhéty) Les Ardents Éditeurs, 2021.
  • L’affaire Barataud. Une enquête dans le Limoges des années 1920 (avec Vincent Brousse), Geste éditions.

Publications diverses

  • Articles d’histoire dans les revues Les Grandes Affaires de l’Histoire dont il a été conseiller éditorial de 2015 à 2018 et Les Grandes Affaires Criminelles.
Amour, Émotion, Drame, Violence

Fuir l’Eden

de Olivier Dorchamps
Poche – 2 mars 2023
Éditeur : Pocket

L’Eden n’a rien d’un paradis. Il n’y a qu’à voir cette tour de béton insalubre, “chef-d’oeuvre d’architecture brutaliste” inscrit aux monuments historiques, pour le comprendre. C’est là que vit la misère sourde – là que claquent les coups et meurt l’espoir…
Adam, 17 ans, y est né. Et tout l’y retient.
Seulement, ce jour-là, sur le quai de Clapham Junction, le regard d’une fille aux yeux clairs chasse d’un coup son angoisse. Eva a son âge mais vit du bon côté des rails. L’instant d’après, la voilà partie, évaporée. Comment la retrouver ? Comment traverser la voie ? Pour sortir de sa condition, Adam irait jusqu’en enfer…

« Ce deuxième roman confirme un écrivain de toute première force. »
L’Humanité
« Un roman redoutablement habile et subtil, mélancolique et alerte, qui combine le romanesque et le politique avec une remarquable virtuosité d’écriture. »
France Info

Cet ouvrage a reçu le Prix Louis-Guilloux et le Prix des Lecteurs de la Maison du Livre

« En souvenir d’une excellente soirée au château de l’Hermitage… »

Hier soir, dans le cadre de notre Cercle littéraire, j’ai rencontré un auteur d’exception. Un homme dont la bienveillance n’est plus un mot, mais une manière d’être. Il nous écoutait comme on recueille un secret, nous regardait comme on accueille un monde. Sa présence, que j’ai trouvé particulièrement douce et lumineuse, a laissé sur nos échanges une empreinte discrète mais profonde, comme un murmure qui résonnera dans mes oreilles longtemps après le silence…

Adam, 17 ans, vit dans un immeuble délabré de Londres avec son père et sa petite sœur, Lauren. Une existence rythmée par la misère, la violence et l’omniprésence d’un père brisé, incapable d’aimer autrement que dans la rudesse, et d’une mère qui avance au quotidien comme elle peut en évitant les coups. Avec ses amis Ben et Pav, ils essayent de s’en sortir, de trouver un chemin qui pourrait les mener vers d’autres horizons. Puis Adam croise Eva. Il sait dorénavant que son avenir vient de prendre un nouveau tournant.
Mais, un jour, tout bascule…
Adam devra essayer de se réinventer et de protéger coûte que coûte sa sœur, dans cet Eden qui n’a d’idyllique que le nom.

Olivier Dorchamps signe un roman à la fois brut et bouleversant, un texte qui cogne avant d’embrasser. D’abord très dérouté par cette écriture au réalisme presque trop cru pour moi, proche d’une vérité qui me gênais, je me suis laissé peu à peu happer par l’urgence, la douleur et surtout l’amour indéfectible d’Adam envers sa sœur. La plume de l’auteur épouse la rage, l’instinct de survie, puis s’adoucit pour dévoiler une tendresse bien enfouie sous toutes les blessures.
Et la dernière page est arrivée, l’émotion m’a emporté, irrépressible, je n’ai pu la contenir.
Un final d’une puissance rare, qui transforme la fuite en renaissance et m’a laissé sonné, bouleversé.
Énorme coup de cœur que je n’avais pas vu venir !

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Extrait :

« Je vis du côté moche des voies ferrées ; pas le quartier rupin avec ses petits restos, ses boulangeries coquettes, ses boutiques bio et ses cafés qui servent des cappuccinos au lait de soja à des blondes en pantalon de yoga. Non. Tu passes sous le pont ferroviaire, au-delà de la gare routière et son rempart de bus qui crache une ombre vermeille le long du goudron flingué et, un peu plus loin, derrière le bosquet et les capotes usagées, la barre d’immeubles au fond de l’impasse, c’est chez moi. Au bout du monde. C’est ça, juste en face de la vieille bicoque victorienne transformée en mosquée. J’habite au treizième étage avec ma sœur Lauren et l’autre.
Eden Tower ; tout le monde ici dit l’Eden. »

« Voie neuf, une dizaine de voyageurs attendent le train pour Waterloo. Je termine mon Red Bull et balance la canette. Une dame s’énerve toute seule car je n’ai pas utilisé la poubelle de recyclage. Elle meurt d’envie de me faire la réflexion mais lâche l’affaire quand je soutiens son regard. On nous a fait un cours sur l’écologie au lycée l’an dernier. Bien sûr que je connais la Suédoise qui insulte tout ce qui bouge avec sa gueule de fin du monde, c’est juste qu’à l’Eden, on n’est pas nombreux à bouffer bio ou à rouler électrique. »

« Quand l’autre m’a rossé il y a quatre ans, qu’il m’a écrasé sur le carreau au milieu des chips au vinaigre et des débris d’assiette, j’ai songé à ce qu’elle avait subi. Ma douleur et la sienne se sont fait écho et j’ai compris. J’ai compris que, si la soumission est une condition de survie devant la brutalité, courber le dos ne suffit pas pour s’en sortir. Non. Encaisser les coups est une chose – cela permet d’abréger la violence faite au corps -, mais la destruction la plus profonde, celle dont on ne se relève jamais, c’est celle infligée à l’âme. »

« Quand elle s’était aperçue que je prenais goût à la lecture, Claire m’avait mis en garde, « N’oublie pas de vivre au moins autant que tu lis, Adam. Les romans permettent de mieux vivre et la vie, de mieux lire. C’est une question d’équilibre. Le jour où tu auras trouvé le tien, il te propulsera vers ton avenir. Sers-toi des livres pour vivre pleinement ta vie, mais ne vis pas uniquement à travers eux ». Je comprends maintenant ce qu’elle voulait dire. »

Olivier Dorchamps est un auteur franco-britannique. Issu d’une famille cosmopolite, il a grandi à Paris et vit à Londres d’où il a choisi d’écrire en français. Il pratique l’humour, l’amitié et la boxe régulièrement.

  • Ceux que je suis (Finitude, 2019) est son premier roman.

Anticipation, Drame, Science Fiction

Le Passage *

de Justin Cronin
Poche – 7 mars 2013
Éditions : Pocket

Années 2010. Dans le Tennessee, Amy, une enfant abandonnée de six ans est recueillie dans un couvent… Dans la jungle bolivienne, l’armée américaine recherche les membres d’une expédition atteints d’un mystérieux virus… Au Texas, deux agents du FBI persuadent un condamné à mort de contribuer à une expérience scientifique gouvernementale. Lui et les autres condamnés à la peine capitale participant au projet mutent et développent une force physique extraordinaire. Les deux agents du FBI sont alors chargés d’enlever une enfant, Amy. Peu après que le virus a été inoculé à cette dernière, les mutants attaquent le centre de recherches. Près d’un siècle plus tard. Une communauté a survécu à l’apocalypse causée par l’attaque des viruls, ainsi qu’ont été baptisés les mutants. Une adolescente la rejoint bientôt. Une puce électronique implantée sous sa peau révèle qu’il s’agit d’Amy, âgée désormais de plus de cent ans mais qui en paraît à peine quatorze… L’aventure ne fait que commencer.

Justin Cronin m’a entrainé, que dis-je, m’a happé dans sa fresque apocalyptique d’une puissance narrative incroyable. Son écriture immersive, à la croisée du thriller et de la science-fiction, déploie une galerie de personnages inoubliables, des survivants rongés par la peur aux créatures nocturnes hantant un monde dévasté. Le roman m’a un peu fait pensé de part son ambiance à Je suis une légende le film avec Will Smith et à The Road avec Viggo Mortensen, mais il impose surtout, je trouve, sa propre identité en mêlant tragédie intime et survie collective. Chaque page est une montée en tension, chaque chapitre une plongée dans l’inconnu. Un roman monumental de 1280 pages, fascinant et ambitieux à l’atmosphère suffocante, où l’espoir subsiste malgré la nuit qui s’étire et semble éternelle.

Cronin prend le temps de poser son univers et ses personnages, ce qui peut sembler lent au début, mais l’immersion en devient d’autant plus forte. J’ai particulièrement aimé la construction du récit, avec cette alternance entre le passé et le présent, et la montée en tension constante. La seconde partie, plus tournée vers la survie post-apocalyptique, m’a un peu moins captivé que la première, mais l’ensemble reste très agréable à lire.
Les tomes 2 et 3, Les Douze avec ses 960 pages et La Cité des Miroirs et ses 1088 pages sont dans ma PAL 😅 😜 😂!!!

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Extraits :

« Avant de devenir la Fille de nulle part – Celle qui vint en marchant, la Première, la Dernière et la Seule, et qui vécut mille ans -, ce n’était qu’une petite fille appelée Amy. Amy Harper Bellafonte, née dans l’Iowa.
À sa naissance, sa mère, Jeannette, avait dix-neuf ans. Jeannette lui donna le prénom de sa propre mère, Amy, morte quand elle était tout bébé, et pour deuxième prénom Harper, à cause de Harper Lee, la femme qui avait écrit Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, le livre préféré de Jeannette – à vrai dire, le seul livre qu’elle ait lu jusqu’au bout à l’école. Elle aurait pu l’appeler Scout, comme l’héroïne de l’histoire, parce qu’elle aurait voulu que sa petite fille devienne pareille en grandissant, forte et drôle et futée, tout ce qu’elle, Jeannette, n’avait jamais réussi à être. Mais Scout était un nom de garçon, et elle ne voulait pas que sa fille passe sa vie à s’expliquer là-dessus. »

« — Regardez-la ! Cette fille parle aux ours ! fit une voix.
Un murmure incrédule parcourut la foule. Les appareils photo commencèrent à mitrailler. Lacey s’accroupit à côté d’Amy, écarta avec ses doigts les mèches de cheveux noirs de son visage. La fillette avait les joues ruisselantes d’eau et de larmes mêlées. Il se passait quelque chose.
— moi, mon enfant.
— Ils savent, fit Amy, les mains toujours plaquées contre la vitre.
— Les ours ? Qu’est-ce qu’ils savent ?
La petite fille leva la tête vers elle. Lacey n’en revenait pas. Elle n’avait jamais vu une telle expression de tristesse sur le visage d’un enfant, comme si elle avait eu la révélation d’un grand malheur. Et pourtant, dans ses yeux, elle ne lisait aucune crainte. Quoi que Amy ait appris, elle l’acceptait.
— Ce que je suis, répondit-elle. »

« Carl et Martha étaient morts. Ils étaient blottis l’un contre l’autre, comme des cuillères dans un tiroir, dans le lit d’hôpital, Carl serrant sa femme contre lui, un bras passé autour de ses épaules. On aurait dit qu’ils dormaient. Ç’aurait pu être la fumée, mais l’air de la pièce disait à Wolgast qu’ils étaient morts bien avant l’incendie. Sur la table de nuit, il y avait une bouteille de whisky à moitié vide et à côté un journal plié, comme celui qu’il avait vu, d’une minceur inquiétante, avec un énorme gros titre hurlant dont il détourna le regard. II préféra le mettre dans sa poche pour le lire plus tard, et resta un moment debout au pied du lit où les corps étaient allongés. Puis il referma la porte de la chambre et alors seulement, enfin, il pleura. »

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Né en 1962, Justin Cronin a effectué ses études à l’université de Harvard. Il est l’auteur de plusieurs romans dont Huit saisons (Mercure de France, 2003), couronné par le prix Pen-Hemingway. Il vit avec sa femme et ses enfants à Houston, au Texas, où il enseigne l’anglais, à l’université Rice.
Retrouvez la trilogie de l’auteur sur http://enterthepassage.com/

Amour, Émotion, Drame, Histoire vraie

Dix-Neuf Marches

de Millie Bobby Brown
Broché – 25 janvier 2024
Éditions : Robert Laffont

Best-seller du New York Times, le premier roman bouleversant de l’actrice révélée par Stranger Things et Enola Holmes.

Nellie Morris, jeune fille dont la joie de vivre est contagieuse, tente de mener une vie normale dans l’East End de Londres pendant la Seconde Guerre mondiale, tandis que la capitale anglaise reste sous la menace constante des raids aériens allemands. Entourée par ses parents, son frère cadet et sa petite sœur, et bien occupée par son travail d’assistante de la maire du district de Bethnal Green, elle arrive à sortir de temps à autre au pub où elle aime chanter avec sa meilleure amie Barbara et son ami d’enfance Billy qui a toujours eu un faible pour elle.

La rencontre de Nellie avec Ray, un bel aviateur américain, va venir bouleverser ses certitudes et encourager son désir de voir le monde. C’est alors qu’un terrible accident survient à l’abri de la station de métro de Bethnal Green où Nellie et sa famille se réfugient en cas d’alerte. Son courage, sa détermination vont l’aider à surmonter cette épreuve qui touche ses proches en plein cœur.

« Vous ouvrirez peut-être Dix-neuf marches pour le nom de la star,
mais vous le lirez pour l’histoire d’un évènement méconnu
de la Seconde Guerre mondiale. »
New York Times

« Inspiré d’une histoire vraie, ce roman donne les larmes aux yeux,
mais met de l’espoir dans le cœur. »
The Mirror

« Un roman bouleversant. »
Madame Figaro

Dans son premier roman, Dix-Neuf Marches, Millie Bobby Brown m’a amené à Londres en 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale.

Inspiré de faits réels, ce récit dépeint avec authenticité la vie quotidienne des Londoniens sous les bombes, mêlant habilement histoire d’amour, drame familial et contexte historique. Pour un premier roman, Millie offre une œuvre touchante et bien construite et immersive, portée par des personnages profonds et des descriptions saisissantes qui m’ont plongé au cœur du Londres en guerre. À travers les thèmes de l’amour, de la perte et de l’espoir, Dix-Neuf Marches résonne avec une intensité particulière.

Une lecture prenante et agréable que je recommande !

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Extraits :

« C’était un samedi de septembre lumineux qui sentait l’été. Nellie avait eu une grosse semaine à l’hôtel de ville, où elle travaillait comme assistante de la maire, et aujourd’hui, elle aspirait à un peu de normalité, à retrouver, un instant, la saveur de la vie d’avant la guerre, les raids aériens, le rationnement, les bulletins d’information sinistres que diffusait inlassablement la TSF. Elle avait décidé d’emmener Flo, sa petite sœur, pique-niquer au parc. Il faisait chaud. Assez pour se mettre à nourrir l’espoir que le temps tournerait bientôt et que les feuilles commenceraient à tomber des arbres – et pour se reprocher aussitôt de ne pas apprécier cette belle journée à sa juste valeur. »

« Elles s’apprêtaient à rassembler leurs affaires quand le gémissement suraigu de la sirène s’éleva.
— Une attaque en plein jour ? Vraiment ? s’étonna Nellie, son cœur s’emballant dans sa poitrine.
Elle fourra les restes de leur pique-nique dans le panier et saisit la main de Flo.
— Viens, il faut courir !
— Nelliiie! Où on va aller ? Je ne veux pas recevoir une bombe sur la tête ! hurla la fillette terrifiée. »

« Nellie respira l’air froid et regarda autour d’eux alors qu’ils émergeaient de l’abri le lendemain matin.
C’était toujours un soulagement de découvrir que vous aviez encore survécu à une de ces nuits, mais il y avait aussi l’angoisse de ce que vous risquiez de découvrir une fois dehors, et la possibilité que votre maison ne soit plus là. Elle ne vit pas de nouveaux décombres dans le voisinage immédiat du métro. Le nœud d’anxiété qui lui serrait l’estomac commença à se relâcher. Elle vérifia l’heure. Elle avait tout juste le temps de rentrer à la maison, de déposer son ballot, et de faire sa toilette avant d’aller au travail. »

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Millie Bobby Brown est une actrice, mannequin et productrice britannique révélée par la série Stranger Things sur Netflix. Elle incarne ensuite Enola Holmes dans la série du même nom. En 2018, elle devient la plus jeune ambassadrice du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef). Et la même année, elle figure sur la liste des cent personnes les plus influentes dans le monde établie par TIME Magazine. En 2019, elle lance sa marque de cosmétique florence by mills.

  • Dix-Neuf Marches est son premier roman.
Émotion, Drame, Frisson horreur, Suspense, Thriller

Les deux visages du chaos

de Serge Bertrand
Broché – 4 mars 2025
Éditions : Les Presses du Midi

Marseille.
Un climat de plus en plus oppressant règne dans la cité phocéenne. En effet, deux individus sèment la terreur depuis plusieurs jours. Ainsi, un homme vêtu d’un sweat à capuche gris traque les petits délinquants avec une haine farouche. En parallèle, le serial killer autoproclamé « Anubis, dieu des Morts » génère une peur bien légitime après avoir commis plusieurs meurtres. Forcément la pression est grande sur le commissaire Blanchard et sa précieuse adjointe, Mélusine Merle. Il leur faut au plus vite démasquer et mettre hors d’état de nuire les deux psychopathes.
Une enquête sombre, pleine de rebondissements, démarre alors. Chercher leurs mobiles et comprendre leurs modes de fonctionnement n’est bien sûr pas sans risque. La lutte du bien contre le mal reprend de plus belle dans les rues marseillaises.

Lu d’une traite !

Avec Les Deux Visages du Chaos, Serge Bertrand nous plonge dans un récit captivant et haletant où l’ordre et le désordre s’entrelacent avec une intensité saisissante. Ce roman, à la frontière du thriller et de la philosophie, explore les dualités profondes qui gouvernent notre monde : lumière et obscurité, raison et folie, destin et liberté.

L’histoire, qui est la suite de Ils doivent tous mourir mais qui peut se lire indépendamment, suit deux protagonistes en proie à leurs propres démons, pris dans une spirale où chaque choix semble enfoncer davantage leur fragile équilibre dans un chaos grandissant. Entre complots, révélations inattendues et une tension qui monte crescendo, Serge tisse une intrigue où je me suis retrouvé, sans cesse sur le fil du rasoir entre le bien et le mal. Ses personnages, d’une profondeur saisissante, évoluent dans un univers où le réalisme se fond avec l’étrange, brouillant les frontières et créant une immersion totale.

L’écriture est ciselée, addictive, le style percutant, oscillant entre descriptions immersives et dialogues percutants. Chaque page distille une atmosphère singulière, tantôt oppressante, tantôt hypnotique, qui entraîne une réflexion sur le chaos lui-même, mais aussi sur la vie dans toute sa complexité. Ce roman ne s’est pas contenté de me raconter une histoire. Il m’a secoué, dérangé, et a remis en question mes propres perceptions sur le bien et le mal…

Une lecture que je recommande vivement à ceux qui cherchent plus qu’un simple divertissement, une lecture qui, bien après l’avoir refermé, continue de me hanter l’esprit.

Bravo Serge, tu confirmes définitivement, pour moi, ta place dans le monde du polar et du thriller français !

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Extraits :

« Patrick Blanchard, parisien d’origine, a été muté à Marseille à sa demande. Il est grand, beau gosse, avec des cheveux longs noirs jusqu’aux épaules et des yeux d’un bleu lagon envoûtant.
Mélusine Merle, authentique Marseillaise, s’exprime avec un accent à couper au couteau. Elle est petite, pulpeuse, avec des cheveux blonds et une frange ; son regard noisette brille d’une lueur d’intelligence, son sourire est ravageur et son rire communicatif. Le voyage long est éprouvant, mais le décalage horaire s’avère moins pénible au retour qu’à l’aller. A peine arrivés, Blanchard et Merle se rendent directement à l’appartement de Mélusine, en face de la célèbre plage des Catalans, et sombrent dans un sommeil profond et réparateur. »

« — Hé, Ducon, si tu ne veux pas de problèmes, tu nous donnes ton fric, ta montre et ton portable ! Je te conseille de faire vite et surtout de ne pas nous contrarier. Tu vas nous remettre aussi ta carte de crédit et le code. Nous restons trois dans le parking avec toi, notre copain va au distributeur. Si tu fais le con à nous donner un code bidon, c’est tant pis pour toi, réfléchis bien. Tu n’as pas droit à l’erreur. »

« La dame âgée sourit à l’homme à la capuche et lui parle :
– Merci beaucoup, monsieur ! Vous avez fait exactement ce qu’il fallait faire pour ce genre de petites canailles. Peut-être que cela lui permettra de réfléchir pour se comporter différemment, une autre fois. C’est comme avec les bourricots, sans le bâton, ils n’avancent pas. Maintenant, il n’y a plus de règles de conduite, plus de respect. Je me demande où va notre société. »

« Tout autour, d’un élan unanime, les gens applaudissent. Les deux loubards reprendront leur esprit un peu plus tard avec un mal de crâne. La solution reste éphémère, mais pour la journée les passants ne seront plus importunés. L’homme à la capuche poursuit son chemin. Dans son esprit, tout est clair, il s’entraîne pour atteindre son objectif et rien ne pourra le faire renoncer. »

« Un assortiment de photos dévoile toutes sortes de personnalités du monde politique et médiatique. C’est incroyable le nombre de « gros légumes » qui fréquentent ce night-club libertin. On leur donnerait le bon Dieu sans confession, mais ils sont loin d’être de blanches colombes comme ils veulent nous le faire croire. Pour la plupart, hommes et femmes sont mariés et tous ces couples illégitimes viennent assouvir en secret leurs fantasmes sexuels et, bien souvent, leur tendance homosexuelle refoulée. Ils profitent aussi des services de jeunes garçons ou filles qui se vendent. »

Après plusieurs décennies dans des services sanitaires et avoir mené une vie de rocker pendant des années sur les routes et sur les scènes, Serge Bertrand trouve de la motivation en témoignant de cette époque folle avec deux livres autobiographiques sur plusieurs générations à travers le personnage de Paul dont le parcours et les nombreuses péripéties de son aventure musicale sont mis en exergue.

Son premier polar :

Amour, Émotion, Drame, Historique

Le Tout-Paris et lui

de Bénédicte Rousset
Broché – 13 mars 2025
Éditions : LA TRACE

Trois Vies, un siècle : l’épopée d’un homme et deux femmes dans le tumulte de la grande histoire…

1918 : Deux jeunes cousines, Pauline et Clémence, sont de retour de la Grande Guerre, meurtries après leurs engagements au plus près du front. Le pays est dévasté, les tensions sont encore vives, Pauline garde le secret sur les origines allemandes de son fils et entreprend d’aider son père à la cordonnerie. Et si le passé la rattrapait ?
Clémence de son coté, reçoit un accueil glacial de ses proches, son frère resté prisonnier en Allemagne sans nouvelles, ses parents rudes et acariâtres ne la laisseront pas épouser Pierre, son compagnon rencontré au front.
Mais elle est accompagnée d’Émile un jeune garçon déclaré « attardé » et banni par sa famille qui trouve refuge auprès de la jeune femme.
Il s’épanouit, observe et dessine… À l’ère industrielle, son génie singulier ne pourrait il pas tout faire basculer ?

Après l’émouvant Promets-moi, Émile, quel bonheur de retrouver Pauline et Clémence, ces deux cousines marquées par les blessures invisibles de la Première Guerre mondiale et le petit Émile, bien sûr, qui se révèle particulièrement talentueux… Revenues d’un enfer qu’elles n’avaient pas imaginé, elles tentent de reconstruire leur vie dans un monde qui peine à panser ses propres plaies. Cette suite prend une nouvelle envergure, portée par le regard singulier d’Émile, ce garçon à part dont le talent éclot comme une lueur dans l’obscurité. Avec Le Tout-Paris et lui, Bénédicte Rousset réussit un second tome magistral, entre ombre et lumière.

Pauline et Clémence, deux cousines profondément marquées par la Première Guerre mondiale, tentent de se reconstruire dans un pays dévasté.

Bénédicte Rousset dépeint avec sensibilité la résilience de ces deux femmes face aux épreuves de l’époque, de l’amour interdit, de l’acceptation de la différence, ainsi que l’évolution de personnages, profondément humains, qui évoluent dans un contexte historique richement dépeint. Elle signe une nouvelle fois, une fresque émouvante où les destins individuels se mêlent aux soubresauts de la grande Histoire. Un roman enrichissant pour tous ceux qui s’intéressent aux destins de femmes fortes dans cette période historique tumultueuse, dont les parcours résonneront, je pense, encore longtemps après avoir tourné la dernière page.

“Variation picturale.
Autoportrait en pire.
Innombrables éléments, esprit envahi par saint Glinglin”…
lecture sublimée !
J’ai explosé de rire 😂 dans le train !
Sacré Émile…

Vivement le troisième tome !

Un immense merci aux Éditions La Trace et à Bénédicte pour ce merveilleux moment de lecture.

Date nationale de sortie : 13 mars 2025

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Extraits :

« Pierre, le tanneur.
Dans le couloir de l’hôpital, Clémence ralentit et se mordit les lèvres jusqu’à la douleur.
Pierre, le tanneur de boches.
Comme il lui manquait ! Ses camarades l’appelaient comme ça parce qu’en roulant à tombeau ouvert pour ravitailler le front, il avait écrasé un homme et constaté en sautant du camion : “Tiens, une peau !” Il en avait ri avec les autres mais le soir, dans les bras de Clémence, sa voix avait vrillé. Le bruit… Le bruit sous les roues.
S’il avait pu, il l’aurait évité. “Je n’arrive pas à détester cet ennemi qui patauge comme les nôtres dans la boue gluante des boyaux”. »

« Dans une brusque secousse, le train s’arrêta. Un soldat, dans la vigueur de sa jeunesse, tout beau dans son uniforme, monta, envoyant un dernier baiser à sa femme et aux deux enfants qui cherchaient ses bras. Une lassitude l’envahit. Trois ans, qu’on envoyait les hommes à l’abattoir. La machine noire emporterait celui-là aussi. Les roues grincèrent. Un coup de sifflet couvrit à peine leurs cris. Papa! Mais le train fuyait, sans souci des petits êtres qui se tordaient et trépignaient ; sans souci pour la vie humaine. »

« Mais alors… Pierre, Honoré… Clémence laissa les larmes couler. L’humanité retrouvait le contrôle de sa destinée! L’odeur de la poudre laissait place au parfum de la liberté. Un monde finissait, un autre naissait. La roue tournait, l’acte de leur vie au front était terminé. »

Bénédicte Rousset a grandi dans le Vaucluse entre le petit atelier d’imprimerie de son père et une mère institutrice. Professeur de Lettres Modernes, l’écriture lui permet d’explorer des recoins jusqu’alors ignorés d’elle-même, dans une tradition familiale qu’elle découvre à travers les pièces de théâtre, poèmes et romans qu’ont écrit ses aïeux.

https://www.facebook.com/benedicte.rousset.auteur/

« Ecrire, c’est vivre plusieurs vies à la fois. Il y a de moi dans chacun de mes personnages, même les plus noirs : ce sont peut-être eux qui me révèlent en miroir ! Ils sont un moyen d’évacuer les traumatismes vécus dans l’enfance. Deux éléments me semblent essentiels dans mes romans : la quête de l’identité, et celle de la vérité. La première nous concerne tous : qui sommes-nous ? Comment nous comportons-nous face à l’image que nous renvoyons ? Sommes-nous conformes à cette image ? La deuxième entre dans la structure du roman policier : pourquoi tuer ? Comment arrive-t-on à franchir le pas ? Je crois qu’il y a un assassin en chacun de nous, mais, la plupart du temps, il ne rencontre jamais sa victime (heureusement, non ?) »

Amour, Émotion, Drame, Humour, Philosophique

Tout le bonheur du monde (tient dans ta poche)

de Frédéric Mars
Broché – 15 mars 2018
Éditions : French Pulp éditions


Alors qu’il s’apprête à effectuer le grand saut, Fred est sauvé in-extremis
par deux petites mamies aussi muettes qu’adorables.
Chez elles, il va découvrir une communauté de suicidaires drôles et désabusés,
ne cherchant tous qu’une seule chose : retrouver le goût de vivre.

Certains récupèrent les chats, d’autres les suicidés. Alors qu’il s’apprête à effectuer le grand saut, Fred est sauvé in-extremis par deux petites mamies aussi muettes qu’adorables. Chez elles, il va découvrir une communauté de suicidaires drôles et désabusés, ne cherchant tous qu’une seule chose : retrouver le goût de vivre.

En injectant tendresse et légèreté pour parler d’un sujet aussi grave, Tout le bonheur du monde (tient dans ta poche) réussit un tour de force, celui de nous faire redécouvrir les petites merveilles de l’existence à travers les yeux de quelqu’un qui réapprend à vivre. Euphorie assurée.

Cotoyer des sucidaires, le meilleur moyen d’aimer la vie !

Avec Tout le bonheur du monde (tient dans ta poche), Frédéric Mars nous embarque dans une quête lumineuse et profondément humaine. Son roman s’articule autour d’une idée simple mais essentielle : et si notre bonheur tenait dans un objet du quotidien, à portée de main, mais que nous ne savions pas voir ? C’est ce que va découvrir son personnage principal, un homme englué dans la routine et les tracas du quotidien, jusqu’à ce qu’un élément inattendu vienne bouleverser son regard sur la vie.

L’auteur joue habilement avec la finesse psychologique et l’émotion, tissant un récit où introspection et poésie du quotidien se mêlent avec une justesse rare. On suit le cheminement intérieur du protagoniste, ses doutes, ses émerveillements, et surtout, cette prise de conscience progressive qui nous invite nous-mêmes à réfléchir à notre propre rapport au bonheur. Le style de Frédéric Mars, à la fois fluide et percutant, m’a enveloppé dans une bulle de douceur, comme une pause dans le tumulte du monde qui m’entoure.

Ce roman est une ode aux petits riens qui font tout. Il nous rappelle que le bonheur n’est pas forcément là où on l’attend, mais souvent niché dans ces détails que l’on oublie d’observer : un sourire échangé, un souvenir retrouvé, un instant volé au temps.

Frédéric Mars réussit à transmettre une belle leçon de vie sans jamais sombrer dans le moralisme ou la mièvrerie. Il pousse à la réflexion avec délicatesse et nous incite à redécouvrir la magie des choses simples. C’est une lecture réconfortante, parfaite pour ceux qui ont besoin d’un souffle d’optimisme. Il m’a fait du bien, je l’ai trouvé profondément apaisant et très inspirant.

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Extraits :

« Ce matin-là, j’allais mourir, et pourtant il y a longtemps que je ne m’étais pas senti si bien. Grâce au vent sans doute. Et à ces embruns qui fouettaient mon visage. J’avais froid, mais j’aimais plutôt l’idée de quitter ce monde vivifié. Remis à neuf par les éléments. »

« Je sentais bien que plus je parlais, plus je comblais les silences pour deux, et plus ma belle résolution de la nuit précédente s’évaporait. L’effet de l’alcool aussi. On devrait toujours se suicider au moment où notre malheur semble à son comble. Une telle qualité de désespoir, ça ne revient pas si facilement. Ça ne se gâche pas.
– C’est pas sympa, ce que vous faites… Si vous ne m’aidez pas à sauter tout de suite, je vais devoir revenir demain. Et peut-être encore le jour d’après… Vous savez, si on veut se tuer, c’est pour éviter l’agonie. Pas pour que ça dure des plombes et des plombes. »

« Je ne parvenais pas à déterminer si c’était de l’humour noir, ou si elle était sérieuse.
– Pourquoi tu dis ça ?
– Tu sais combien il faut émincer d’oignons pour une tarte complète ?
– Non, combien ?
– Un kilo ! Dix oignons à éplucher. Au bas mot un quart d’heure à pleurer non-stop ! La tarte aux oignons, c’est le plat le plus triste au monde.
– Peut-être, mais moi c’est mon préféré ! s’est exclamée une voix dans mon dos. »

« Les gens qui n’ont jamais eu de pensées suicidaires imaginent toujours qu’on agit par trop-plein… La fameuse goutte de malheur qui ferait déborder le vase de notre endurance. Mais la vérité c’est qu’on ne se supprime pas par excès de malheur… On se tue par excès de rien. On crève d’absence.
– Une absence de quoi ? ai-je demandé d’un filet de voix étranglé, sans douter de sa réponse.
Le gouffre devant moi la connaissait, lui aussi. Il en avait déjà tant accueilli, qui cherchaient la paix en lui, qui avaient jeté leur vacuité dans un autre vide. Espérant tuer le rien par le néant.
– De tout ! On manque de tout ! D’amour, de tolérance, de fric, d’emploi, de santé, de patience, de sagesse, de compassion, de souffle, de tendresse… Je ne sais pas, moi, de tout ce que tu veux. De tifs sur la tête, de neurones encore valides… De sexe !
De tout ! »

Frédéric Mars, de son vrai nom Frédéric Ploton, est un auteur français de romans dans des genres très divers, et scénariste pour la télévision.

Ancien élève de Saint-Nicolas-Passy-Buzenval et du Lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine (classe préparatoire de lettres modernes, 1986-1988), il est titulaire d’une maîtrise en communication sociale et commerciale de l’École des hautes études en sciences de l’information et de la communication (CELSA) (1988-1991).

Après plusieurs années passées dans la presse magazine et diverses rédactions online, Frédéric Mars a quitté le journalisme et la photo pour ne se consacrer qu’à son travail d’auteur de livres.

Il vit entre Paris et Saint-Malo, en Bretagne, entre ses travaux de scénariste et son univers romanesque déjà ébauché avec « Son parfum » (2006), le récit d’un amour impossible rendu à la vie par la magie d’un parfum.

Outre ses romans, il a publié plus d’une quarantaine d’essais, documents et livres illustrés, sous diverses identités.

Il a également publié plusieurs romans érotiques sous divers pseudonymes :

  • Emma Mars, Hôtel – Chambre 1, 2 et 3, (2015),
  • Ania Oz, Femmes secrètes, (2012),
  • Mila Braam, Déshabille-moi, (2013).

Il est également auteur d’un essai humoristique, « Le cat code » (2017), écrit sous le nom de plume de Chat Malo.

Sous le pseudonyme de Mo Malø, il publie une série de polars se situant au Groenland : « Qaanaaq » (2018), « Diskø » (2019), « Nuuk » (2020), « Summit » (2022).

Ses thèmes de prédilection sont l’odorat, le sommeil, les rêves, la sexualité, les différentes facettes d’une même personnalité et les limites de notre conscience.

site officiel : http://www.fredericmars.com/index.html
page Facebook : http://www.fredericmars.com/
Twitter : https://twitter.com/fredericmars

Amour, Émotion, Drame

La plus jolie fin du monde

de Solène Bakowski
Broché – 6 février 2025
Éditions : Éditions Récamier

Méfiez-vous des vieilles histoires.
Certaines ricochent jusqu’à nous.

Quand Gaëlle apprend que sa grand-mère, Yan, vient d’être vistime d’un AVC, elle court la rejoindre sur son île en Bretagne.
À l’hopital, Yan se trompe d’époque, de lieu, voit des choses qui n’existent pas. Dans ses propos décousus auxquels personne ne prête attention, un détail interpelle Gaëlle : un signe, que la vieille femme affirme avoir reçu après 55 ans, 6 mois et 17 jours d’attente. De quoi parle-t-elle ? D’où vient ce décompte si précis ? Gaëlle tente de résoudre le mystère.
Yan semble suspendue entre deux mondes, mais qui sait ? Peut-être n’est-on jamais aussi clairvoyant qu’à l’heure de s’envoler…

En embellissant les derniers instants de celle qui lui a tout donné,
une jeune femme va enfin trouver un sens à sa vie.

Certains romans ont ce pouvoir rare de marquer profondément, et La plus jolie fin du monde de Solène Bakowski en fait indéniablement partie. Dès les premières pages, l’auteure nous entraîne dans une histoire où l’humanité et la résilience occupent une place centrale. On y suit un destin bouleversant, celui d’un personnage en quête d’apaisement et de sens, au milieu d’un monde à la dérive.

Avec une écriture d’une grande sensibilité, Solène tisse une intrigue à la fois intime et universelle, où chaque phrase résonne comme une note suspendue entre douleur et espoir. Elle explore avec finesse les blessures de l’âme, la solitude, mais aussi la force de de l’amour et la puissance des liens familiaux, parfois obscurcis par des secrets enfouis. Son récit, à la fois lumineux et poignant, nous rappelle que même dans les épreuves les plus sombres, il existe toujours une lueur d’espoir.

Ce roman est bien plus qu’un voyage, c’est une traversée des âmes et du temps, une plongée au cœur des non-dits et des émotions les plus profondes. Chapitre après chapitre, il nous pousse à réfléchir sur la condition humaine, sur ces histoires qui se transmettent et ces mémoires qui façonnent nos vies. Loin du mélodrame, La plus jolie fin du monde est une ode à la résilience et à l’acceptation, un texte poignant qui laisse une empreinte durable et ravive des souvenirs bien après avoir tourné la dernière page.

Une fois de plus, je referme un roman de Solène Bakowski bouleversé, emporté par sa plume à la fois sensible et percutante. Elle prouve, avec une grâce inégalable, son talent à saisir l’essence des émotions humaines.
✨ Un véritable coup de cœur pour ce roman magistral, à lire absolument !

Merci Solène.
Grâce à toi, je m’aime, je t’aime et j’aime toutes les autres personnes, un peu plus…

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Extraits :

« Le petit banc de pierre surplombe la grève depuis des lustres. D’aucuns prétendent qu’il était là bien avant qu’on n’érige la maison en granit. D’autres affirment au contraire que c’est la maison qui est arrivée en premier. Laissons-les à leurs hypothèses, tout fout le camp, et la mémoire en particulier. Ce qui est sûr, c’est que ce petit banc de pierre en a enterré un certain nombre et en enterrera beaucoup d’autres. Ce n’est pas gai mais ce n’est pas triste. C’est ainsi, voilà tout. »

« “Tu fais ta crise, ricanait alors sa mère, c’est normal, c’est hormonal.”
Gaëlle criait, tapait dans les murs, des objets volaient à travers la pièce, elle claquait la porte et sortait se calmer dehors tandis que maman se navrait de l’ingratitude de sa progéniture.
Puis, invariablement, la pitié dissipait la colère. Pauvre maman cassée, à l’ouest, bouffie de médicaments et de vodka, condamnée au manque à perpétuité. Sa mère avait raison, Gaëlle n’était qu’une sale gosse égoïste et perturbée.
“Tu peux pas comprendre, répétait sa mère, ta vie à toi est devant.” »

« – Elle m’emmerde, cette punaise-là. Ils veulent me refourguer des antidépresseurs. Mais je ne suis pas déprimée. Je suis vieille et je n’ai pas l’habitude, c’est tout. Ça va me prendre un peu de temps pour m’y faire. J’aimerais les y voir, eux.
Elle regarda tristement le mur. Et Gaëlle tristement Yan.
— T’es belle, Yan. »

« Gaëlle haussa les épaules. Pourquoi, pourquoi… Parce que la vie.
De son index noueux, Yan tapota l’espace entre les seins de sa petite-fille :
– La confiance, c’est là.
De même sur son front.
– Pas là. Quand on a quelque chose ici (elle tapota de nouveau l’endroit du cœur), on n’abandonne pas, même si là (rebelote le front), ça travaille. Si tu l’écoutes (le cœur), elle (la tête) finira par se taire. Et puis l’envie… »

« Je suis en vie. Pour combien de temps? Je ne suis pas sénile, je vois bien que je pars. C’est long. Attendre que ça vienne. Si je pouvais, je débrancherais leur maudit tuyau qu’ils m’enfoncent toutes les semaines dans le robinet. Je lui ai dit, à la doctoresse, que je n’en voulais plus de son machin. La vie m’est pénible, mon corps ne m’écoute plus, j’ai mal au dos à force d’être dans ce lit, je n’arrive même pas à me retourner toute seule, ras le bol qu’on me nettoie.
Qu’on me laisse partir.
La docteure ne veut rien savoir. À l’écouter, ce ne serait pas à moi de décider. À qui, alors? À eux? De quoi ils se mêlent ? »

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Née à Paris en 1981 à Paris, je suis l’auteur de “Parfois on tombe” (éditions Favre, janvier 2014, lauréat du Prix de la Chapelle-Montreuil 2015), “Un sac” (éditions Milady/Bragelonne, 2017), “Chaînes” (auto-édition, juin 2015), “Une bonne intention” (éditions Bragelonne, 2018, prix des Géants du Polar), “Avec elle/sans elle” (en collaboration avec Amélie Antoine, éditions Michel Lafon, 2018), “Miracle” (éditions Cosmopolis, 2019). “Il faut beaucoup aimer les gens” (Plon, 2022) est finaliste du Prix Maison de la Presse 2022.
Rue du Rendez-Vous” (Plon, 2021), est mon sixième roman.

J’aime créer des personnages alambiqués animés d’une « folie douce » à la limite de la normalité et mettre en scène les points de rupture, ces moments qui semblent anodins et au cours desquels, pourtant, tout bascule. Il faut dire que les démons se plaisent à s’immiscer dans notre quotidien sans crier gare. Et ces monstres du commun, je suis persuadée que la littérature peut les attraper.

J’espère que mon univers vous plaira. Je suis évidemment ravie de l’intérêt que vous me portez en naviguant sur cette page et je fais le voeu de vous garder longtemps à mes côtés.

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Au plaisir de vous lire et d’échanger avec vous !

Amour, Émotion, Drame, Histoire vraie

Les victorieuses

de Laétitia Colombani
Poche – 3 juin 2020
Éditeur : Le Livre de Poche

Brillante avocate, Solène tente de se reconstruire après un burn out. Acceptant une mission bénévole d’écrivain public, elle est envoyée au Palais de la Femme, un foyer au cœur de Paris. Les résidentes s’appellent Binta, Sumeya, Cvetana, Salma ou la Renée et viennent du monde entier. Lorsqu’elles voient arriver Solène, elles se montrent méfiantes. Mais Solène est bien décidée à trouver sa place auprès de ces femmes aux destins tourmentés…
Un siècle plus tôt, Blanche Peyron œuvre en faveur des démunis. Elle a voué sa vie à l’Armée du Salut et rêve d’offrir un refuge à toutes les exclues de la société. Le chemin est ardu, mais elle ne renonce jamais.

Laetitia Colombani donne vie à ces victorieuses anonymes, à Blanche l’oubliée,
à toutes celles qui refusent de se résigner.

De magnifiques portraits.
Le Figaro littéraire.

Une ode à la sororité.
Le Parisien week-end.

Des héroïnes puissantes et radieuses.
Causette.

Une lecture à la fois bouleversante et revigorante.
Page des libraires.

Hier soir, j’ai voulu lire quelques lignes avant de m’endormir…
Je n’ai pas choisi le bon livre, Les victorieuses.
Ou peut-être que oui, finalement !

Que d’émotions !
Je suis déchiré entre le plaisir de ma lecture et la souffrance de ces femmes, bien réelles quelque part dans le monde…

Avec Les Victorieuses, Laétitia Colombani nous entraîne dans un récit poignant et rempli de poésie où deux destins de femmes, à un siècle d’intervalle, se croisent autour d’un même lieu : le Palais de la Femme, refuge pour celles que la société a brisées.

L’auteure tisse un roman à la fois engagé et lumineux, porté par une écriture fluide et sensible. À travers ces destins entremêlés, elle rend hommage aux oubliées, aux invisibles, mais aussi à celles qui, par leur courage, changent le cours de l’histoire. Solène et Blanche, chacune à leur manière, incarnent la force et la résilience, la capacité à se relever et à tendre la main aux autres. Ce roman, inspiré de faits réels, est un vibrant plaidoyer pour la solidarité et l’humanité. Il nous rappelle combien les combats pour l’égalité et la dignité sont encore d’actualité.

J’ai trouvé ce roman profondément inspirant. Après avoir lu “La tresse” Laétitia confirme pour moi qu’elle excelle dans l’art de raconter des histoires de femmes qui se battent contre l’adversité. Le parallèle entre Solène et Blanche est habilement construit et nous plonge dans deux époques avec la même intensité. J’ai particulièrement aimé la mise en lumière du Palais de la Femme, un lieu que je ne connaissais pas du tout mais ayant ici un rôle essentiel dans le récit.

Solène, avocate brillante mais à bout de souffle après un burn-out, trouve une nouvelle raison de vivre en devenant écrivain public pour les femmes en détresse. À travers elles, elle découvre des parcours de vie marqués par la violence, l’exil et l’exclusion. Blanche Peyron, héroïne oubliée de l’histoire, qui, au début du XXe siècle, s’est battue pour offrir un toit aux femmes sans abri en fondant ce refuge.
Deux femmes dans un roman intense, magnifique.

Les Victorieuses est un livre nécessaire, une lecture qui fait écho bien après avoir tourné la dernière page, qui fait du bien et qui donne envie d’agir.

Merci, Laétitia, de continuer à nous inspirer et à nous émouvoir.

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Extraits :

« Tout s’est passé en un éclair. Solène sortait de la salle d’audience avec Arthur Saint-Clair. Elle s’apprêtait à lui dire qu’elle ne comprenait pas la décision du juge à son encontre, ni la sévérité dont il venait de témoigner. Elle n’en a pas eu le temps.
Saint-Clair s’est élancé vers le garde-corps en verre et l’a enjambé.
Il a sauté de la coursive du sixième étage du Palais. »

« Le choc a provoqué une déflagration dans sa vie. Solène est tombée, elle aussi. Dans la chambre aux murs blancs, elle passe des jours entiers les rideaux fermés, sans pouvoir se lever. La lumière lui est insupportable. Le moindre mouvement lui paraît surhumain. Elle reçoit des fleurs de son cabinet, des messages de soutien de ses collègues, qu’elle ne parvient pas même à lire. Elle est en panne, telle une voiture sans carburant au bord de la chaussée. En panne, l’année de ses quarante ans. »

« Elle arrive en avance au rendez-vous, comme elle en a l’habitude. Un vieux réflexe datant du cabinet. La ponctualité est la politesse des rois. Elle a toujours respecté le dicton, en élève appliquée. Elle en a assez d’être la petite fille sage et parfaite. Elle aimerait ficher le camp d’ici, ne pas se présenter au foyer, ne pas s’excuser, se montrer une fois dans sa vie grossière et mal élevée. Et s’en moquer. »

« Ces petits, Léonard les a aimés, bercés et élevés comme les siens.
Il a vécu dix ans de bonheur à leurs côtés, avant qu’ils ne lui soient arrachés. C’est un fait, la société ne prévoit rien pour les beaux-pères et belles-mères abandonnés. Ni droit de garde, ni visite. Sans lien de parenté avec l’enfant, on n’a pas de statut. On n’existe plus. On disparaît, on s’efface de leur histoire comme une silhouette qui s’évanouit sur une photo ancienne, comme un visage dont on ne parvient pas à retenir les traits. »

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Cinéaste, scénariste, comédienne et romancière, Laétitia Colombani est l’auteure de La Tresse, vendu à plus de deux millions d’exemplaires dans le monde, traduit en quarante langues et couronné d’une vingtaine de prix littéraires. Elle a elle-même réalisé l’adaptation cinématographique de son roman (sortie le 29 novembre 2023).
Elle est aussi l’auteure des best-sellers Les Victorieuses (Grasset, 2019) et Le Cerf-volant (Grasset, 2021) ainsi que des albums jeunesse La Tresse ou le voyage de Lalita (2018), Les Victorieuses, ou le palais de Blanche (2021), et Le Cerf-volant ou l’école de Lalita (novembre 2023) illustrés par Clémence Pollet.
Elle écrit également pour la scène : sa pièce Le Jour du kiwi avec Gérard Jugnot est un grand succès au théâtre Edouard VII en 2023. En tant que comédienne, elle a tourné au cinéma pour Yvan Attal, Cédric Kahn ou Florent Emilio Siri.

Émotion, Drame, Histoire vraie

Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage

de Maya Angelou
Poche – 30 septembre 2009
Édition, Le Livre de Poche

Dans ce récit, considéré aujourd’hui comme un classique de la littérature américaine, Maya Angelou relate son parcours hors du commun, ses débuts d’écrivain et de militante dans l’Amérique des années 1960 marquée par le racisme anti-Noir, ses combats, ses amours. Son témoignage, dénué de la moindre complaisance, révèle une personnalité exemplaire. À la lire, on mesure – mieux encore – le chemin parcouru par la société américaine en moins d’un demi-siècle…

Après avoir refermé Power de Michaël Mention, je savais qu’un autre livre m’attendait, comme une évidence, car il étaient intimement liés pour moi.
Deux époques, deux récits, mais un même combat. Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage de Maya Angelou et Power de Michaël Mention résonnent comme deux voix puissantes, témoins d’une Amérique gangrenée par le racisme, où la quête de liberté se joue aussi bien dans la littérature que dans la musique.

Maya Angelou, abandonnée par ses parents et élevée par sa grand-mère dans le Sud ségrégationniste, grandit dans un monde qui cherche sans cesse à la réduire au silence. Dans cette autobiographie poignante, elle raconte avec une sincérité bouleversante son enfance marquée par la violence, l’injustice et l’humiliation. Mais face à ce monde hostile, elle trouve refuge dans la littérature et la poésie, façonnant peu à peu une voix qui deviendra l’un des symboles de la lutte pour les droits civiques.

Ce livre n’est pas qu’un simple témoignage, c’est une ode à la survie, à la dignité et à la puissance des mots. À l’image de l’oiseau en cage qui chante malgré les barreaux, Maya Angelou nous rappelle que même dans l’adversité, la voix d’une femme peut s’élever et inspirer des générations entières. Elle nous parle d’identité et de liberté, dans une Amérique où être une femme noire signifie lutter contre l’oppression sous toutes ses formes.

Un texte essentiel, vibrant d’émotion et de vérité, qui continuera de résonner bien au-delà de ma lecture.

Là où Michaël Mention fait résonner la colère et l’énergie des luttes sociales à travers la musique, Maya Angelou transforme sa douleur en espoir à travers la poésie.
Deux œuvres complémentaires, nécessaires, qui rappellent que la liberté ne se donne pas, elle s’arrache. Parfois dans le fracas des slogans, parfois dans le murmure d’un poème. Mais toujours, dans une voix qui doit refuser de se taire !

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Extraits :

« Des années plus tard, je découvris que les États-Unis avaient été sillonnés des milliers de fois par des enfants noirs terrifiés qui rejoignaient dans les cités du Nord leurs parents et une aisance toute neuve, ou bien repartaient dans le Sud chez leur grand-mère quand l’économie du Nord avait refusé de tenir ses promesses. »

« Au cours de ces années à Stamps, je rencontrai William Shakespeare et tombai amoureuse de lui. II fut mon premier amour blanc. Malgré mon attirance et mon respect pour Kipling, Poe, Butler, Thackeray et Henley, je vouais ma jeune et loyale passion à des auteurs noirs tels que Paul Laurence Dunbar, Langston Hugues, James Weldon Johnson et à la Litany at Atlanta de W. E. B. Du Bois. Mais c’était Shakespeare qui disait: “Quand la Fortune et le regard des hommes vous tiennent en disgrâce…” et cet état-là m’était très familier. Je me consolais que Shakespeare fut blanc en me disant qu’après tout il était mort depuis si longtemps que ça n’avait plus d’importance pour personne. »

« Bailey était l’être le plus formidable de ma vie. Et le fait qu’il fût mon frère, mon frère unique, et que je n’eusse aucune sœur pour le partager avec moi, relevait d’une telle chance que j’en conçus l’envie de vivre chrétiennement, simplement pour montrer au Bon Dieu ma reconnaissance. Tandis que j’étais grande, gauche et rugueuse, il était petit, gracieux et lisse. Alors que mes compagnons de jeux me décrivaient couleur caca, ils le louaient pour sa peau de velours noir. Ses cheveux retombaient en boucles brunes cependant que les miens se hérissaient sur ma tête en paille de fer.
Et pourtant, il m’aimait. »

« Un rideau avait été tiré entre la communauté noire et toutes choses blanches, mais on pouvait suffisamment voir au travers pour développer en soi une peur-admiration-mépris à l’égard des « objets » des Blancs – leurs voitures, leurs maisons étincelantes, leurs enfants et leurs femmes. Le plus enviable, c’était cette opulence qui leur permettait le gaspillage. Ils possédaient tant de vêtements qu’ils pouvaient donner des robes parfaitement portables, juste un peu usées sous les bras, à la classe de couture de notre école pour les travaux pratiques des grandes élèves. »

Maya Angelou, de son vrai nom Marguerite Johnson, est une poétesse, écrivain, actrice et militante afro-américaine, le 4 avril 1928. C’est une figure importante du mouvement américain pour les droits civiques. Elle est devenue une figure emblématique de la vie artistique et politique outre-Atlantique. Elle est décédée le morte le 28 mai 2014.

Elle accède à la célébrité avec le premier tome de sa série autobiographique, Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage (1969) qui raconte sa vie jusqu’à l’âge de 17 ans. Il lui a apporté le succès et une renommée internationale, succès confirmé avec la parution en 1971 de son premier recueil de poésie, Just Give Me a Cool Drink of Water ‘Fore I Diiie.

Elle a influencé de nombreuses personnalités afro-américaines et africaines, dont la journaliste Oprah Winfrey, qui fait souvent référence à elle.