Adolescence, Émotion, Drame, Polar, Psychologie

Punk friction

de Jess Kaan
Poche – 3 juillet 2020
Éditeur : Éditions Lajouanie

Auchel, nord de la France. Le corps d’un jeune marginal brûle au petit matin dans le cimetière municipal. Acte gratuit, vengeance, meurtre ? La police ne sait quelle hypothèse privilégier, d’autant qu’on découvre très vite un nouveau cadavre, celui d’une étudiante, sauvagement assassinée. La population aimerait croire que le coupable se cache parmi la bande de punks squattant dans les environs… Le capitaine Demeyer, quadragénaire revenu de tout, et le lieutenant Lisziak, frais émoulu de l’école de police, du SRPJ de Lille sont chargés de cette enquête qui s’annonce particulièrement sordide. Une jeune lieutenant, en poste dans la cité, ne veut pas lâcher l’affaire et s’impose à ce duo pour le moins hétéroclite.

J’ai découvert l’écriture de Jess Kaan en 2002, avec une nouvelle, Kenshiro’s Way, l’année suivante j’ai lu Bloody Venise, puis en 2027, Triangulaire.
J’avais déjà Ressenti un “petit” quelque chose qui se dégageait à travers ses mots…

Fin 2020 j’ai subi une lourde inondation dans mon bureau. Des centaines de livres y sont passés, beaucoup n’avaient même pas encore été lus. Des mois, puis des années ont été nécessaires pour tout réparer, tout reconstruire. Et quand tu retrouves petit petit, en les reposant sur les étagères, des ouvrages que tu pensais avoir définitivement perdus, ça fait du bien à mon petit cœur ! Une seconde chance offerte par le destin.
Punk Friction faisait partie de ces rescapés. J’ai donc décidé de changer l’ordre de mes lectures prévues aléatoirement pendant quelques semaines… Ils m’attendaient.

Et aujourd’hui, enfin, je peux le dire, Punk Friction est un excellent polar… mais pas seulement.
Tout y est.

Auchel, dans le Pas-de-Calais, ancienne ville minière, sert de décor à ce récit sombre et réaliste, où l’on sent les habitants lutter au quotidien pour survivre. Un corps carbonisé est retrouvé dans un cimetière, puis une jeune étudiante est sauvagement assassinée quelques temps plus tard. Très vite, les soupçons se portent sur une bande de punks, accusée par les riverains.

Le capitaine Demeyer et le lieutenant Lisziak héritent de l’enquête. Rapidement, les certitudes vacillent, les pistes se brouillent. Si le cadre régional est remarquablement décrit, le roman dépasse largement ses frontières pour dresser le portrait d’une réalité sociale et économique qui touche les classes populaires de toute la France.

Roman noir, parfois grinçant, ponctué de répliques locales qui m’ont arraché quelques sourires, Punk Friction s’est imposé à moi surtout par son regard social. Derrière l’enquête, j’ai senti un autre récit affleurer. Celui d’une jeunesse désœuvrée, sans repères, confrontée à des adultes fatigués, eux-mêmes désabusés.

J’ai eu l’impression plusieurs fois que Jess utilisait son enquête comme prétexte. L’intrigue, les assassinats, les policiers, les nombreux rebondissements, les fausses pistes… Mais, c’est le message caché derrière, qui m’a vraiment emporté, ou plutôt… ce qui plane au-dessus. Certaines phrases, des mots, que Jess glisse ici ou là, qui petit à petit fendille l’âme de l’auteur, jusqu’à ce quelle soit complètement mise à nue…

Un roman prenant, intelligent, nécessaire.
Un polar qui divertit… et qui, peut-être, ouvrira les yeux.

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Extraits :

« Fred Desmondt avait passé une sale nuit en compagnie de mademoiselle Colo. Mademoiselle Colo, c’était la colopathie, sa maladie à chier comme il aimait la railler.
Cette garce le tenait par les boyaux depuis qu’il avait trente-quatre ans. Deux ans à surveiller son alimentation, à éviter le froid, les courants d’air, à essayer de comprendre pourquoi du jour au lendemain sa vie avait brutalement basculé.
Mademoiselle Colo, c’était de l’intense : le genre liaison sado-maso, nuits entières passées à se tordre sur les WC et malaises vagaux qui survenaient sans prévenir. Comme un succube, la gueuse bouffait son énergie et elle revenait souvent à l’assaut, histoire de se délecter. »

« – Vous dites hier choir? Vous chavez, j’va dormir tôt.
D’facon, ché films ch’est toudis l’même. Des paires eud’ nichons, des culs, des crimes… et après on s’deminde pourquoi eul’monde y tourne po rond. Entre chah et ceusses qu’s in mettent plein les fouilles… Mi, j’a qu’une tiote retraite, chavez, juste eud’ quoi viv’. J’deminde rin a personne, mais…
chi vous saurez… »

« Donovan montra les hématomes sur ses jambes. Ceux-ci redondaient avec son œil au beurre noir. Le père qui pesait son quintal de mauvaise graisse, celle que les multinationales font ingérer aux pauvres, le regard lourd et l’envie d’être ailleurs, s’énerva à son tour :
– Tais-te. Laisse Monsieur parler. T’arrêtes pas d’faire des conneries, et à cause de ti, on nous convoque’t’ chez les flics. Tu crois qu’on a que ça à fout’ de perd’ notre temps au commissariat ? »

« L’enthousiasme des deux lieutenants s’émoussa après l’interrogatoire du bègue Jean-Philippe et d’un Rémi à la compréhension assez limitée. Tous deux corroborèrent tant bien que mal la version de Donovan. »

« Garance approuvait chacun de ces mots tirés de l’expé-ience. Ces gosses n’étaient pas que des dossiers administratifs, des allocs versées par la CAF. Ils constituaient autant de vies, de futurs citoyens démarrant mal leur existence. La faute à une société malade, où le mot famille perdait de son aura sacrée. Où les individus se révélaient dans leur petitesse, leur envie de jouissance immédiate jusqu’à ce qu’elle contamine leur descendance. Des droits, jamais de devoirs. Jamais de frustration. Aller toujours plus vite et heurter le mur. Ces gosses la touchaient. »

Né sur les bords de la mer du Nord, habitant le Pas de Calais, Jess Kaan est un auteur éclectique puisque ses écrits couvrent divers genres (fantasy humoristique, fantastique, thriller et policier historique). Il rédige de nombreux articles sur ces domaines dans la presse et sur différents blogs en France, en Belgique, au Québec ainsi qu’en Pologne, en Espagne et aux États-Unis. Il participe également à de nombreuses publications collectives : recueils de nouvelles, anthologies.
Ses oeuvres se caractérisent par un lien exacerbé entre terroirs et personnages. En effet, il ne conçoit pas ses protagonistes comme de simples individus, mais la résultante d’expériences de vie.

Il a reçu en 2003 le prix merlin pour sa nouvelle L’affaire des elfes Vérolés et en 2005 le prix de l’armée des douze singes, le Prix Masterton 2014.

Depuis 2013, il a basculé vers le genre policier.

Jess Kaan est un pseudonyme. Sous sa véritable identité il est enseignant dans le nord de la France.

Amour, Émotion, Drame, Historique

Du domaine des murmures

de Carole Martinez
Poche – 10 février 2013
Éditions : Folio

En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire « oui ». Contre la décision de son père, le seigneur du domaine des Murmures, elle s’offre à Dieu et exige de vivre emmurée jusqu’à sa mort. Elle ne se doute pas de ce qu’elle entraîne dans sa tombe, ni du voyage que sera sa réclusion… Loin de gagner la solitude, la voici bientôt témoin et actrice de son siècle, inspirant pèlerins et croisés jusqu’en Terre sainte.Aujourd’hui encore, son fantôme murmure son fabuleux destin à qui sait tendre l’oreille.Après Le coeur cousu, Carole Martinez nous offre un conte sensuel et cruel, encensé par la critique et les lecteurs. Elle y dessine l’inoubliable portrait d’une femme insoumise, vivant à la lisière du songe.

Lorsque j’ai ouvert Du domaine des murmures, je ne savais pas encore que Carole Martinez allait, une nouvelle fois, me saisir par la main pour m’entraîner là où je n’aurais jamais pensé aller.
Le XIIᵉ siècle, Dieu, la foi, une jeune mystique emmurée… tout cela, à première vue, aurait pu me rebuter.
Mais j’avais adoré Le cœur cousu, et j’ai choisi de lui faire confiance. J’ai bien fait.

Dès les premières pages, Esclarmonde m’a bouleversé. Cette jeune fille de quinze ans refuse le destin imposé aux femmes de son époque. Un mariage arrangé avec Lothaire, connu pour sa brutalité. Le jour des noces, elle dit non. Un non fou, un non courageux. Elle se coupe une oreille et demande à se consacrer à Dieu. Son père, furieux mais impuissant devant sa détermination, l’emmure dans une minuscule cellule attenante à la chapelle.
Ce qu’Esclarmonde ignore, c’est qu’elle n’entre pas seule dans ce tombeau de pierre…

Enfermée, elle devient pourtant plus libre que jamais.
Son corps est captif, mais son esprit voyage.
Elle suit les pèlerins sur les routes, accompagne son père parti en croisade, sent battre les vies de ceux qu’elle aime. À travers ce recoin d’ombre, c’est tout le Moyen Âge qui murmure, sa foi aveugle, sa brutalité, son ignorance, mais aussi ses élans d’amour, de miracle et de grâce.

Carole parvient à mêler la cruauté du réel à la douceur d’une poésie surnaturelle. Son écriture, fine et lumineuse, transforme chaque scène en vision. Elle fait surgir un monde où les légendes frôlent les pierres, où la voix des femmes, même enfermée derrière des murs épais, continue de traverser les siècles.

J’ai adoré l’originalité de l’histoire, la force de cette héroïne qui s’affirme envers et contre tous, et la manière dont l’autrice rend palpable l’époque sans jamais alourdir le récit. La fin m’a bouleversé.
Ce roman est doux et cruel, sensuel et mystique, d’une beauté rare.
Un livre qui laisse une trace durable, un bruissement dans le cœur.

Je le recommande à tous, mais surtout à celles et ceux qui aiment être emportés, déracinés, chavirés.
Une fois encore, Carole Martinez m’a ensorcelé.

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Extraits :

« On gagne le château des Murmures par le nord.
Il faut connaître le pays pour s’engager dans le chemin qui perce la forêt épaisse depuis le pré de la Dame Verte. Cette plaie entre les arbres, des générations d’hommes l’ont entretenue comme feu, coupant les branches à mesure qu’elles repoussaient, luttant sans cesse pour empêcher que la masse des bois ne se refermât. »

« Je suis Esclarmonde, la sacrifiée, la colombe, la chair offerte à Dieu, sa part.
J’étais belle, tu n’imagines pas, aussi belle qu’une fille peut l’être à quinze ans, si belle et si fine que mon père, ne se lassant pas de me contempler, ne parvenait pas à se décider à me céder à un autre. J’avais hérité de ma mère une lumière sur la peau qui n’était pas commune. Derrière mon visage d’albâtre et mes yeux trop clairs, une flamme semblait vaciller, insaisissable. »

« Lothaire venait souvent en visite aux Murmures pour faire sa cour à la recluse. Il écrivait désormais des poèmes qu’il me récitait à mi-voix, il apprenait même à chanter pour mieux charmer mon oreille.
Je ressentais beaucoup de pitié pour ce méchant garçon qui disait ne plus dormir par ma faute et me quémandait des sourires, comme s’il s’en nourrissait. »

« Durant ce siège d’Acre, famine et maladies se sont révélées bien plus meurtrières que les batailles, et j’ai frémi d’horreur le jour où celui dont je partageais le sang, le nom et le regard a dû, à quelques heures d’intervalle, fermer les yeux de Jean, son deuxième fils, et ceux de Frédéric de Souabe, emportés tous les deux par le même mal. J’ai vu ses doigts maigres se poser sur leurs paupières tièdes avec la même tendresse paternelle. Plus rien ne l’animait que cette tendresse, ce sentiment doux dont il n’avait jamais pris conscience avant cet écroulement final. Sans révolte, sans orgueil et sans force, absolument démuni de ce qu’il avait longtemps cru essentiel à un homme de sa trempe, mon père a compris que son sentiment dernier serait cette tendresse, qu’elle seule avait pu résister à cette horrible guerre qu’on disait sainte, qu’elle seule le tenait encore en vie, alors même qu’il avait passé la plus grande partie de son existence à l’ignorer ou à la combattre. »

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Née en novembre 1966 à Créhange, Carole Martinez est romancière et professeure de français. Elle a notamment signé Le Cœur cousu (2007), auréolé de nombreux prix, et Du domaine des murmures, couronné par le Prix Goncourt des Lycéens en 2011. En 2015, elle publie La terre qui penche (Gallimard). Tentée par la littérature jeunesse – elle est l’auteure de Le Cri du livre, en 1998 – Carole Martinez se lance pour la première fois dans la bande dessinée en scénarisant Bouche d’ombre pour Maud Begon. Deux albums sont parus chez Casterman en 2014 et 2015.

Le Cœur cousu (2007)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/19/le-coeur-cousu/

La Terre qui penche (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/10/la-terre-qui-penche/

Les roses fauves (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/10/13/les-roses-fauves/

Dors ton sommeil de brute (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/14/dors-ton-sommeil-de-brute/

Émotion, Drame, Psychologie, Suspense

J’avais raison d’y croire

de Lucie Delacroix
Broché – 30 juillet 2024
Éditeur : Auto-édition

« Amateurs de rebondissements, jetez-vous sur ce livre ! »

Noces de soie. Cet anniversaire de mariage que Clément souhaitait romantique tourne au drame. Accusé d’homicide, il est condamné et doit purger sa peine à la prison de Vannes.
Maxime, surveillant dans ce centre pénitentiaire, noue une relation extraconjugale au parloir avec une visiteuse. Jusqu’au jour où cette trahison met sa famille en péril.
Alors que l’un tente de prouver son innocence, l’autre surmonte un évènement tragique. Ensemble, ils devront lutter contre mensonges et faux-semblants. Seront-ils finalement amis ou ennemis ?

Un roman à suspense rythmé de rebondissements, où les éléments s’emmêlent et se démêlent, et dans lequel l’amour peut jouer des tours.

Un roman choral porté vers l’espoir en milieu carcéral. Deux pères de famille que tout oppose en apparence. Tout, sauf l’amour qu’ils portent à leurs enfants. Tout, même la fidélité, et ses conséquences parfois dramatiques…
Si vous aimez les émotions et les notes d’humour de Virginie Grimaldi, et les twists surprenants de Michel Bussi, vous allez adorer J’avais raison d’y croire.

J’avais découvert Lucie Delacroix avec Les flammes de l’autre rive, et depuis, quelque chose en moi attendait, patiemment mais avec fébrilité, de lire son premier roman, J’avais raison d’y croire.
Dès les premières lignes, j’ai su… J’étais de retour dans sa lumière.

Sa plume m’a cueilli une nouvelle fois, fluide, sincère, traversée d’humanité.
Ses personnages, eux, ont cette profondeur rare qui fait qu’on les entend respirer sous les phrases. Ils vivent, ils tremblent, ils chutent, ils espèrent. Et ce décor… ce décor si particulier, où le bruit du métal et l’ombre des murs se mêlent à la fragilité de ceux qui tentent de tenir debout.

Lucie nous entraîne dans l’univers carcéral à travers des chapitres très courts, nerveux, portés par deux voix puissantes. Celle d’un surveillant et celle d’un prisonnier. Cette construction en miroir lui permet de semer ses indices avec une précision étonnante, dans un style toujours clair, vivant, et terriblement efficace.

Le jour de son anniversaire de mariage, Clément veut surprendre sa femme, Lucile. Il a décidé d’être un meilleur mari, plus attentif, plus présent pour elle et pour leurs enfants. Mais lorsqu’il rentre chez lui… tout bascule. La soirée tourne au cauchemar et Clément se retrouve mis en examen pour acte de violence.

Maxime, lui, est surveillant de prison. Sportif, bienveillant, soucieux d’aider les nouveaux arrivants, il fait de son mieux pour rester honnête. Un jour pourtant, il cède à la tentation et entame une relation extra-conjugale pendant les parloirs. Très vite, il comprend que cette faute pourrait détruire sa famille et tente d’y mettre fin.
Mais rien ne se déroule comme prévu…

Et pourtant, un drame va les lier plus fort que ce qu’ils croyaient possible.

J’ai lu ce roman d’une traite, captivé du début à la fin.
Entre le coup de cœur et le coup de poing, mon cœur n’a pas tranché.
Les thèmes sont rudes, brûlants, actuels.
Et derrière la violence, il y a cette pulsation d’émotions, ce tremblement fragile qui nous rappelle que personne n’est tout blanc, ni tout noir.
Je vous mets au défi de ne pas verser une larme ou deux.

Lucie signe un thriller qui dépasse les codes du genre, un récit où le suspense n’éteint jamais la part humaine.
Un roman qui m’a touché comme peu savent le faire.

Oui, j’avais raison d’y croire.
Et vous devriez y croire aussi.

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Extraits :

« Papa.
C’est le premier mot qu’elle a prononcé. Alors que sa mère, assurément jalouse, me répétait qu’il s’agissait uniquement de babillements de bébé, moi je jubilais. J’ai toujours rêvé de devenir père, alors entendre ce mot de la bouche de mon enfant me rendait vraiment heureux. »

« Aujourd’hui, nous fêtons notre douzième anniversaire de mariage. Enfin, fêter est un grand mot. Lucille a cessé désormais de me préparer un repas aux chandelles pour célébrer notre amour. Sans doute en a-t-elle eu assez de débarrasser mon assiette après de longues heures d’attente, et de manger froid. Seule.
Alors ce soir, je vais faire ce qu’elle attend depuis douze. ans. La surprendre. »

« En fin d’après-midi, j’accueille un nouveau. Clément Joubier est accusé de tentative d’homicide sur l’amant de sa femme. Il les aurait surpris au lit en rentrant chez lui. Pauvre homme. Je n’ose pas imaginer comment je réagirais si ça devait m’arriver. Aussitôt, je pense à Pauline et à sa réaction si elle apprenait ce que je fais. Me mettrait-elle à la porte ?
Me laisserait-elle une chance ? »

« Des souvenirs douloureux me reviennent en mémoire.
Cet endroit exigu me rappelle le cagibi sous l’escalier dans la maison de mon père, que j’avais en horreur. J’y passais des heures, lorsqu’il considérait que je devais être puni. Au début, je criais, je pleurais, et j’entendais Baptiste de l’autre côté qui me rassurait. Il est parfois arrivé qu’il supplie mon père de me laisser sortir, en vain. Au fur et à mesure, j’ai compris que plus j’étais sage, plus la durée se réduisait.
Surtout, je n’y subissais pas ses coups, lors de ses accès de colère. Je prenais mon mal en patience, mais intérieurement, je hurlais. C’est exactement ce que je ressens depuis que je suis enfermé ici. Cependant, je n’y suis pas pour quelques heures. Je vais devoir être bien plus patient. »

Bretonne de 34 ans, Lucie Delacroix est mariée et maman de trois jeunes enfants. Salariée, elle consacre son temps libre à la lecture et l’écriture. Elle aime les « page-turner », ces romans qu’on ne peut plus refermer sans en connaître le dénouement. Naturellement, elle en écrit aussi, passionnée d’écriture depuis son plus jeune âge.

Plongez dans ses romans, des histoires pleines de rebondissements avec un soupçon de romance.

Les flammes de l’autre rive, fait partie des finalistes du Grand Prix Romanesque 2025 !
https://leressentidejeanpaul.com/2025/11/12/les-flammes-de-lautre-rive/

Amour, Émotion, Histoire

Jerusalem 1099

Les étoiles d’Orion****
de Brice Nadin
Broché – 27 octobre 2025
Éditeur : Leo Éditions

Depuis Constantinople, en 1097, l’armée des barons chrétiens s’avance vers Jérusalem.
De la bataille de Nicée aux murailles d’Antioche, Joachim de Saint-Ange poursuit dans leur sillage une quête obstinée ― découvrir le sens caché de son voyage… et retrouver l’amour qu’il croyait perdu.
Sur les routes d’Orient, entre les intrigues des émirs et l’ombre de la secte des assassins, la présence énigmatique d’un jeune homme au cordon rouge semble guider ses pas. Vision ? Messager ?
À Antioche, il provoque une révélation qui change le cours de la croisade.
Jusqu’où Joachim devra-t-il aller pour accomplir ce qui semble écrit ? Jusqu’à Jérusalem, où se joue le destin des croisés, et à l’hospice Saint-Jean, où s’accomplit le sien ?
Après Cluny 1095, Mare Nostrum et L’Oracle de Constantinople, ce quatrième volume des Étoiles d’Orion entraîne le lecteur dans l’ultime assaut de la première croisade ― la prise de Jérusalem, en juillet 1099, tournant décisif de deux siècles de présence latine en Terre sainte.

Décidément, le hasard n’existe pas.

Fin 2021, Isabelle, la cousine de ma femme, a posé entre mes mains un de ses livres. Les étoiles d’Orion – Cluny, 1095, de Brice Nadin.
J’ai ouvert la première page… et très vite quelque chose s’est passé.
Une voix. Une force. Un souffle ancien.
J’ai lu le roman d’une traite, comme si quelqu’un marchait à mes côtés, me murmurant à l’oreille.

Puis j’ai découvert le deuxième tome. Et là encore, ce même tremblement intime, cette écriture érudite mais limpide, cette manière qu’a Brice de tenir la main du lecteur tout en l’entraînant dans les zones d’ombre de notre passé. Il aime les mots, ça se sent. Il aime la vie, ça se devine.
Même lorsqu’il parle de haine, de croisades, de blessures anciennes qui n’ont jamais vraiment cicatrisé.

Ses personnages, mi-fils de l’Histoire, mi-enfants de l’imaginaire, m’ont mené très loin, dans un lieu où le réel et le surnaturel se frôlent, s’enlacent, s’oublient.
Un endroit où la paix et l’amour deviennent soudain plausibles.
Où les femmes occupent la place qu’elles n’auraient jamais dû perdre.
Et je me suis surpris à penser : Et s’il avait raison ?

Puis j’ai appris que Brice vivait à Saint-Leu-la-Forêt, tout près de chez moi.
Les routes se croisent parfois comme les destins dans ses romans.
Je l’ai contacté. Nous nous sommes rencontrés. Depuis, nos échanges sont devenus ces petits instants suspendus où l’on parle de ce qui nous touche, de ce qui nous construit, de ce qui nous brûle encore.

Aujourd’hui, Jerusalem 1099 vient refermer une tétralogie splendide, et je pèse mes mots.
Je quitte Joachim, Alix, et tous les autres avec un pincement au cœur, comme on quitte des compagnons de route après un long voyage.
Une fois encore, Brice m’a fait vibrer, m’a mis en colère, m’a serré les dents, mais toujours avec ce scintillement discret qui traverse son œuvre, une étincelle d’humanité, fragile mais tenace.

Tout se joue dans Jérusalem, cette ville que je rêve de fouler depuis des années.
Une ville où les prières se heurtent, où les croyances s’entrechoquent, où la lumière survit malgré tout.
Il en restitue les tensions, les fièvres, les lueurs, avec une vérité qui fait frissonner.

Brice est devenu pour moi un auteur essentiel, incontournable.
Et quand il m’a demandé de travailler avec lui sur la couverture de ce dernier tome… comment dire ?
J’ai Ressenti comme une petite lumière dans ma tête… et j’ai souri. Comment ne pas y voir un signe ?
Non, le hasard n’existe pas.

Je vous invite à plonger dans son univers, là où les grandes idées, paix, amour, partage, tiennent tête à la brutalité sans concession de l’Histoire.
Ces idées qui nous rassemblent encore aujourd’hui.

Merci, Brice, pour tes mots, pour ta présence, pour ce que tu nous offres.

Et maintenant, j’attends avec impatience ton prochain voyage littéraire, aux côtés de Mathilde de Toscane, Marie d’Alanie, Anne Comnène, Hildegarde von Bingen… et toutes ces femmes qui ont éclairé l’Histoire. Je sais d’avance que tu emporteras mon cœur…

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Extraits :

« Depuis l’une des innombrables fenêtres du palais impérial, j’aperçus un instant les flots de la mer de Marmara, puis revins vers les bancs où mes élèves, tête penchée, plume grattant, s’appliquaient. Enfin, je me tournai de nouveau vers Anne. Elle ne posait jamais une question sans avoir déjà rassemblé ses pièces. Je songeai aux audiences récentes : l’empereur avait tout orchestré pour impressionner les chefs chrétiens, les envelopper de faste et les contraindre par serment à lui restituer leurs conquêtes. »

« Une question, toute simple et lourde comme une ancre, me traversa : mes frères de Cluny étaient-ils à bord ? Aldebert, Moïse… L’un, grand et blond, armarius venu de Bourgogne, fin diplomate et représentant l’abbé Hugues. L’autre, moine de l’Église d’Antioche, réfugié depuis la chute de sa cité, avait jadis suivi notre maître Odon de Beaulieu jusqu’en Occident. Il parlait syriaque et arabe. J’avais poussé à leurs côtés, et leur absence m’avait pesé plus que je ne voulais me l’avouer.
Je demeurai un instant immobile, à écouter les cris du port, le claquement des rames, les goélands qui tournaient à hauteur d’homme. Puis je pris mon souffle et me lançai dans l’escalier, comme si la réponse m’attendait déjà sur le quai, et qu’il ne restait plus qu’à la rejoindre. »

« Je sentis Aldebert s’arrêter net à ma gauche. Face à de jeunes nymphes aux seins nus, un trouble passager assombrit son regard.
Il détourna ostensiblement les yeux. Sa gêne était palpable, presque douloureuse. Je le comprenais. Moi aussi, lors de ma première visite, ces corps dévoilés m’avaient déstabilisé. J’y voyais maintenant des témoins d’un autre monde où le nu n’était pas offense, mais langage. Leurs formes figées n’invitaient pas à la luxure, mais à l’idéal. Ici, la pierre parlait un autre alphabet que celui de nos églises aux saints ascétiques : un art évoquant les anciens dieux, la mythologie et le dépassement de soi. »

« Il se tut. Puis me demanda, presque à voix basse :
– Avec toutes ces similitudes… pourquoi y a-t-il tant d’incompréhension entre chrétiens et musulmans ?
– Peut-être, répondis-je, parce qu’on a peur de ce qu’on ne connaît pas. »

Brice Nadin est né en 1967 à Saint-Germain-en-Laye. Il vit aujourd’hui en région parisienne où il se consacre à l’écriture. Consultant en nouvelles technologies, entrepreneur et père de trois enfants, il a eu d’autres vies avant de devenir romancier.

Passionné d’histoire et d’ésotérisme, en 2019, il publie son premier ouvrage, Les étoiles d’Orion, Cluny 1095, en auto-édition. Porté par une atmosphère médiévale fidèlement reconstituée, matinée d’un peu de surnaturel, le roman séduit plus de 4 000 lecteurs et se classe plusieurs fois en tête des ventes de romans historiques sur la boutique Kindle. Il est aussi « coup de cœur » dans de nombreuses librairies telles que La Procure ou Lamartine à Paris.

Les étoiles d’Orion* – Cluny, 1095
https://leressentidejeanpaul.com/2022/01/30/les-etoiles-dorion/

Les étoiles d’Orion** – Mare Nostrum, 1096
https://leressentidejeanpaul.com/2022/03/11/mare-nostrum/

Les étoiles d’Orion*** – L’Oracle de Constantinople
https://leressentidejeanpaul.com/2024/04/01/loracle-de-constantinople/

Amour, Émotion, Philosophique

Terre de lumières***

de Joëlle Giraud-Buttez
Broché – 1 novembre 2025
Éditeur : Thot Éditions

Entre Paris et Levanto, Julia se cherche, se découvre, avance doucement dans les traces de ses ancêtres. Après avoir confié le grimoire familial à son impulsif ami parisien, elle reprend le chemin de l’Italie. L’ultime étape de sa quête l’y attend, la levée d’excommunication concernant sa grand-mère. Confrontée à la vraie nature de Fabien ainsi qu’à l’ampleur inattendue de sa mission, elle se verra une fois encore malmenée et ébranlée dans ses convictions, ses repères et ses acquis.
Parviendra-t-elle à libérer l’ensemble des femmes de sa lignée, prisonnières de l’injustice ? Arrivera-t-elle à les mener vers la lumière, à prendre la place qui est la sienne ?

Dans ce dernier volet de cette surprenante trilogie, Joëlle Giraud-Buttez emmène, tout en délicatesse, le lecteur aux confins de l’infini.

À travers Le Réveil des mémoires, L’Arche du passé et maintenant Terre de lumières, qui vient clore cette magnifique trilogie, Joëlle Giraud-Buttez m’a entraîné avec une virtuosité rare dans une saga envoûtante. J’y ai suivi, au fil des pages, une histoire familiale complexe qui traverse les siècles, dévoilant progressivement une réalité imperceptible, à la frontière du tangible et des croyances anciennes. Et dans cet entre-deux fascinant, j’ai vu Julia, l’héroïne, devoir affronter l’étrange héritage de sa lignée. Soutenue par Fabien, Camille, Flavio et son grand-père, elle avance envers et contre tout pour découvrir la vérité sur ses ancêtres, et notamment sur sa grand-mère injustement accusée de sorcellerie.

J’attendais cette suite depuis des années, sans même savoir si elle verrait le jour, mais je l’espérais de toutes mes forces… Et la magie a opéré.
Joëlle est, pour moi, une véritable magicienne. Elle puise son inspiration dans la simplicité des rencontres humaines et écrit des romans dont je redoute toujours la dernière page, tant j’aimerais que l’histoire continue encore et encore… À chaque chapitre, à chaque nouvelle page, elle crée un rebondissement, un souffle nouveau soutenu par les valeurs du cœur, l’amour, la filiation, la force des femmes.
Comment ne pas être bouleversé ?

Entre passé et présent, chaque tome m’a offert un voyage unique. Et dans ce troisième volet, le récit est tout simplement sublime.
L’écriture est d’une grande finesse. J’ai senti que chaque mot avait été soigneusement choisi, parfaitement placé. Joëlle m’a transporté dans un monde tantôt magique, tantôt historique, mais toujours traversé d’émotion.

La fin, quant à elle, est d’une beauté rare.
Une conclusion lumineuse, profondément émouvante. J’ai pleuré, pas de tristesse, mais d’un bonheur immense. Ce roman m’a touché au plus intime. C’est beau, tellement beau… et cela fait tellement de bien.

Un énorme coup de cœur pour le roman, bien sûr, mais aussi pour l’auteure, qui transmet avec franchise et douceur des messages de paix, de bienveillance et d’ouverture d’esprit dont beaucoup devraient s’inspirer.

Et dire que sans mon amie Yolande Legras, je serais passé à côté…

Terre de lumières est une histoire prenante, d’une beauté simple et profonde, qui mérite de toucher le cœur de nombreuses personnes.
À lire absolument !

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Extraits :

« Comment avait-elle pu se montrer à ce point aveugle, ne rien avoir vu venir, offrant ainsi, en toute légèreté, son chat aux affres de l’angoisse? Pauvre bête, assignée depuis la nuit des temps au rang de vigile énergétique! Éponge volontaire ou involontaire, elle hésitait encore entre les deux. Quoi qu’il en soit, un vrai baromètre sur pattes à la douloureuse fonction d’absorber tous les éléments résiduels malintentionnés flottant dans l’atmosphère. »

« Quoi qu’il en soit, il était de retour. Après un examen draconien, il regagna nonchalamment son rocking-chair. Le nez entre les pattes, les yeux mi-clos, il réintégra ce qui semblait un délice : la mémoire océanique de son ancienne vie fœtale. Le bonheur à l’état pur. Le jour et la nuit. Qu’avait-il vécu exactement, lui seul le savait. Le mystère resterait entier. Honnêtement, elle en resterait là. Quant à la sensibilité particulière des chats en présence de l’invisible, le fait, bien qu’inexplicable, était reconnu et validé dans l’univers du supra-sensible.
N’en déplaise aux détracteurs en tous genres. Après s’être renseignée sur le sujet, elle découvrit que certains animaux plus que d’autres percevaient, absorbaient, voyaient au-delà du ressenti humain. Un invisible qu’elle n’était pas encore en mesure d’appréhender dans son intégralité, encore trop novice en la matière. »

« Tout commença le jour où Julia lui fie part d’étranges malaises, d’intuitions spontanées, de rêves de plus en plus types, voire prémonitoires, Des pressentiments qui, pour l’avoir constaté, dépassaient le virtuel pour la matérialisation. Julia savait sans pouvoir se l’expliquer, Tant d’éléments déroutants, elle devait l’admettre. Troubles de la personnalité, suractivée émotionnelle féminine, d’où la distanciation relationnelle et la difficulté de la patiente à s’inscrire dans l’équilibre normé de la société, auraient diagnostiqué ses confrères. »

« L’ère technologique et scientifique des siècles derniers avait malheureusement modifié la relation de l’homme à son environnement. Certains allèrent jusqu’à reléguer toute pratique de soin en lien avec la nature au rang de charlatanisme. D’autres réussirent, en dépit de la pression exercée, à garder et à entretenir le lien avec celle qu’ils vénéraient et respectaient, Terre Mère. »

Joëlle Giraud-Buttez est une auteure discrète et spontanée qui affectionne la simplicité des rencontres humaines comme les voyages aux quatre coins du monde. Après des années de travail en milieu hospitalier, elle a désormais un regard plus holistique sur la santé et, au travers des soins énergétiques qu’elle dispense quotidiennement, elle considère chaque personne dans sa globalité. Au fil de ses romans, Joëlle Giraud-Buttez nous entraîne dans un univers hors des sentiers battus, un monde aux multiples facettes.

Le Réveil des mémoires
https://leressentidejeanpaul.com/2019/11/27/le-reveil-des-memoires/

L’arche du passé
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Émotion, Drame, Polar, Sciences, Suspense, Thriller

Le funeste génie d’Alexandra

de Gérard Papier-Wagner
Broché – 14 avril 2025
Éditeur : Auto-édition

« Les pas de Max, sans qu’il en eût réellement conscience, l’avaient conduit sur le parvis du Sacré-Cœur, tant son esprit s’embrouillait en recherchant moins une issue au malheur, qu’une explication à la mort d’Alexandra la semaine dernière. Lorsqu’il s’agit d’un décès par maladie ou accident, la résignation demeure possible en accusant la fatalité, mais comment ne pas se sentir envahi de rage, lorsqu’une balle au milieu du dos explose le cœur et jette à terre bras en croix un être aimé ? »
Récit des prémisses et conséquences de l’assassinat de Alexandra Andrassy le 16 avril 2012 à 16h30 rue Laffitte à Paris. Celle-ci était en effet trop douée en informatique et intelligence artificielle pour ne pas vivement inquiéter ceux de ses concurrents étrangers visant la suprématie en ce domaine.

Je viens de refermer Le funeste génie d’Alexandra, et je ressens encore cette vibration particulière qu’on éprouve quand un ami vous offre un univers à explorer. Gérard Papier-Wagner a eu la gentillesse de me transmettre la toute dernière version de son roman, et je tiens à le remercier.
Une fois encore, il m’a permis de vivre une aventure littéraire hypnotisante, de celles qui marquent bien après la dernière page tournée.

Dès les premières lignes, j’ai été happé par cette atmosphère sombre, précise, presque clinique, où chaque détail semble compter. L’intrigue s’ouvre sur l’intervention d’une IA dans une enquête criminelle, un choix audacieux qui fonctionne parfaitement. J’ai immédiatement été séduit par cette approche futuriste du polar, portée par des personnages aussi singuliers qu’attachants : Max, Alexandra, Cathy, Gretchen… chacun doté d’une identité forte, d’une épaisseur réelle. Le rythme, soutenu et maîtrisé, m’a gardé en tension constante.

Puis, sans prévenir, le récit opère une bascule que j’ai trouvée fascinante. Le thriller glacé s’efface peu à peu pour laisser place à quelque chose de plus intime, de plus humain. Un voyage sur la mythique Route 66, la relation délicate entre Max et Cathy, la place que prend petit à petit Gretchen dans la vie de Max, les fragilités et les émotions qui affleurent… tout cela m’a profondément touché. C’est un virage audacieux, peut-être déstabilisant pour un lecteur fidèle aux codes du genre, mais pour moi, il représente précisément la richesse de ce roman, cette capacité à glisser du suspense technologique vers une exploration sensible des êtres.

Et au fond, n’est-ce pas ce que nous recherchons tous ? Des histoires qui interrogent, qui déroutent, mais surtout qui nous rapprochent de ce que nous sommes, des êtres traversés par des failles, des désirs, des routes intérieures à parcourir.

Le funeste génie d’Alexandra est ainsi devenu pour moi un livre singulier, vibrant, étonnamment humain.
J’y ai trouvé du plaisir, de la surprise et beaucoup de tendresse… un voyage littéraire…

Merci, Gérard, pour cette nouvelle traversée à travers tes mots.

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Extraits :

« Les pas de Max, sans qu’il en eût réellement conscience, l’avaient conduit sur le parvis du Sacré-Cœur, tant son esprit s’embrouillait en recherchant moins une issue au malheur, qu’une explication à la mort d’Alexandra la semaine dernière. Lorsqu’il s’agit d’un décès par maladie ou accident, la résignation demeure possible en accusant la fatalité, mais comment ne pas se sentir envahi de rage, lorsqu’une balle au milieu du dos explose le cœur et jette à terre bras en croix un être aimé ? Le degré de préparation fit de facto de ce meurtre un assassinat pris en charge par la DGSI’ en sus de la P] à cause du poste éminent occupé par la défunte au CNRS. Une horrible semaine de formalités. Après le départ des proches venus assister aux obsèques, puis celui de son père et de sa sœur habitant New-York et jusqu’à cette fin d’après-midi logés chez lui, Max fut violemment assailli tour à tour par le chagrin et par une révolte qu’attisaient quantité d’interrogations. »

« Alexandra et Max vivaient ensemble depuis quinze ans sans ressentir la nécessité de se marier puisque, selon tous les médecins consultés, jamais ils ne pourraient avoir d’enfant. Leur attachement tenait à une osmose des sentiments et une complémentarité intellectuelle qui spontanément les avaient rapprochés lors des noces d’une relation commune. »

« L’argent, le chantage et l’idéologie pourrissent toutes les consciences, je suis bien placé pour le savoir. Personne en réalité n’est à l’abri d’une faiblesse… »

« Cathy avait reçu, depuis la mort suspecte de Marcel Bontemps, pour consignes de faire en sorte que demeurât secrète la lutte en coulisse devenue politique pour la suprématie informatique, tant les cybertechnologies nourries à l’IA seraient bientôt déterminantes sur un champ de bataille, à l’hôpital et dans les usines. »

Né en 1941 à Paris, diplômé architecte en 1966, Gérard Papier-Wagner a exercé en tant qu’urbaniste-architecte à Pointe-Noire en République du Congo, puis à Batna dans les Aurès en Algérie avant de travailler, en libéral à Rennes, dans sa propre agence d’architecture jusqu’en 2001.

Mona
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LE PARFAIT inconnu
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À cause du Zibaldone
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Le disparu de Monrovia
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La double vie des Jodlere
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Le rendez-vous de Tchimbamba
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Le triptyque
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Dragon qui boite
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L’Autre versant
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Adolescence, Émotion, Drame, Histoire vraie, Poésie

La bouche pleine de mots

de Camilla Gibb
Poche – 1 janvier 2003
Éditeur : Piment

Une petite fille nous parle. Elle se nomme Thelma et a tantôt la voix de Poil de Carotte, tantôt celle d’Alice au Pays des Merveilles. Elle veut nous révéler un secret, pour s’en débarrasser, pour survivre. Mais existe-t-il des mots qui forcent la vérité à rendre gorge? Guérit-on jamais d’une enfance saccagée? Du fond de sa nuit, Thelma appelle au secours. Elle croit que le roi est nu et les grandes personnes capables du pire. Elle accuse, dénonce, pleure mais rit aussi pour conjurer l’angoisse. «Aimez-moi », répète-t-elle, et le lecteur n’y résiste pas.
Gabrielle Rolin (traductrice de l’ouvrage)

En ouvrant La bouche pleine de mots de Camilla Gibb, j’ai compris très vite que ce roman ne me ferait pas seulement suivre une histoire, il allait me faire entrer dans la tête de la petite Thelma, une petite abusée par son père sous le regard silencieux d’une mère qui détourne les yeux. Très vite, je me suis retrouvé prisonnier de ses pensées, comme si son esprit devenait le seul lieu possible pour comprendre ce qu’elle vit, ou plutôt ce qu’elle ressent. Le monde autour d’elle reste flou, presque inaccessible, mais ce n’est pas là que le roman veut nous conduire. C’est en elle que tout se passe, dans ce territoire intérieur où personne n’écoute, personne ne veut voir, sauf moi, lecteur malgré moi devenu confident involontaire.

Thelma se dépeint tour à tour comme un insecte sur un mur, une petite fille perdue, une femme fracturée, presque folle. J’ai suivi ses angoisses, ses doutes, sa douleur qui ne dit pas son nom. Elle porte sur la peau et dans l’âme les traces d’un père destructeur, mais aussi celles de ses propres choix, dictés par la confusion et la survie. Malgré la noirceur, jamais je ne me suis senti étouffé, il y a, dans l’écriture de Camilla Gibb, une délicatesse qui laisse filtrer parfois de minuscules éclats de lumière, de poésie, de ceux qui empêchent le désespoir de tout engloutir.

Ce qui m’a le plus bouleversé, c’est la façon dont l’autrice explore l’instabilité mentale de Thelma. Son esprit se fragmente, se décompose, se recompose autrement pour supporter l’insupportable. Le récit navigue entre époques, perspectives et états d’être, comme si la narration épousait les fissures de sa psyché. Peu à peu, je comprends ce qui l’a menée là, ce lent glissement intérieur. Et pourtant, au cœur de cette déchirure, il subsiste une force improbable, une forme de courage qui m’a serré la gorge.

Mais le roman ne s’arrête pas à la chute. Il raconte aussi la résilience, la lente remontée grâce à ces mains inattendues qui se tendent, ces êtres bienveillants qui l’accompagnent hors du gouffre, doucement, patiemment.

Je me suis demandé régulièrement pendant ma lecture si ce roman n’était pas autobiographique. Trop de subtilités ici ou là qui ont leur importance, beaucoup trop d’importance…
J’ai refermé ce livre, profondément remué par ce récit brutal, mais traversé d’espoir. Un roman qui donne voix à une enfant qu’on n’a jamais voulu entendre…

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Extraits :

« Voilà d’où vient l’homme que nous appelons notre père : il est assis dans une grange avec ses frères Gar-reth et Timothy, par un pluvieux après-midi dans les collines des Costwolds. Garreth, son aîné de deux ans, a regagné le foyer pour les vacances de Pâques après avoir fini son second trimestre au collège de Wheaton.
La mère, surnommée “Houpette” à cause du doux nuage de cheveux gris qui encadre son visage, ne se lasse jamais de faire l’éloge de son grand garçon, “un vrai petit gentleman à présent”… Timothy, le dernier, âgé de cinq ans, est assis, muet, les joues gonflées en permanence de bonbons assortis qu’il stocke dans sa bouche. Quand il ne dort pas, il passe la plupart du temps sans prononcer un mot. »

« Longtemps, j’ai eu l’impression que les gens saisissaient parfaitement ce à quoi je faisais allusion et je m’étonnais de leur obstination à ne pas le montrer.
Plus tard, rentrée chez moi, je battais la campagne, cherchais mon chemin dans un enchevêtrement de fougères et de groseilliers tout en chuchotant dans le noir à mon amant imaginaire. Je lui décrivais ce petit univers parfaitement clos et silencieux réservé aux étrangers. »

« Le matin, j’avais un endroit où aller : ma jolie école. Là, j’avais mon pupitre bien propre et je m’exerçais à écrire dans mon cahier neuf, sous l’œil de la charmante Mrs Kelly. C’est elle qui me donna le carnet intitulé: « Mon autobiographie» dans lequel j’allais révéler qu’à ma naissance j’étais un bébé mort et de couleur violette. Elle manifesta de l’inquiétude mais ce fut la suite qui l’incita à téléphoner à mes parents pour leur demander un entretien. Le deuxième paragraphe lui semblait pire que le premier. “Je m’appelle Thelma et je suis née morte, mon corps saigne, parfois je me transforme en insecte ou en caillou dans la cave, en une brindille, je roule mes yeux dans ma tête pour voir l’intérieur. C’est tout rouge et saignant. Ce que je préfère, c’est me transformer en poney shetland ou aller à l’école.” »

« Quand j’arrivais en retard à la maison, Papa qui m’avait attendue pour m’aider à faire mes devoirs me disait que j’étais une mauvaise élève et m’ordonnait de me coucher pour recevoir un châtiment. A présent, cela m’était égal. Je le laissais jouer à ses jeux dégoûtants et rêvais à Mrs Kelly en pensant : “Bientôt, il ne pourra plus jamais me faire ça.” »

Camilla Gibb est née à Londres en 1961, d’origine canadienne.
Elle a terminé son doctorat en anthropologie sociale à l’Université d’Oxford en 1997, et elle a passé deux ans à l’Université de Toronto à effectuer des recherches postdoctorales avant de devenir écrivaine à temps plein.

Elle est l’auteure de quatre romans, Mouthing the Words (La bouche pleine de mots), The Petty Details of So-and-So’s Life, Sweetness in the Belly et Beauty of Humanity Movement.

Elle a été lauréate du Prix Trillium en 2006 et finaliste pour le Scotiabank Giller Prize en 2005 en plus d’avoir reçu le Book Award de la Ville de Toronto en 2000 et le Prix littéraire CBC (Radio-Canada) de nouvelle en 2001.

Ses livres ont été publiés dans 18 pays et traduits dans 14 langues. Elle a été écrivaine invitée à l’Université de Toronto et à l’Université de l’Alberta et est membre auxiliaire d’enseignement au programme de maîtrise en création littéraire à l’Université de Toronto.

Émotion, Drame, Psychologie, Thriller

Le Testament

de John Grisham
Broché – 6 avril 2000
Éditeur : Robert Laffont

Ce testament, objet de toutes les convoitises, fascine tout le monde, sauf la principale intéressée : l’héritière.
Médecin missionnaire dans la jungle brésilienne, Rachel hérite de onze milliards de dollars, sur un dernier caprice de son père qu’elle connaît à peine. Du jour au lendemain, elle devient l’une des femmes les plus riches du monde. Comment réagira-t-elle quand elle l’apprendra ? Personne ne peut le dire…
Ni l’exécuteur de ce testament, lorsqu’il découvre que son client a déshérité ses six enfants légitimes pour léguer sa fortune à cette fille adultérine…
Ni les héritiers légitimes, bien déterminés à devenir enfin milliardaires…
Ni leurs hommes de loi, qui voient déjà danser des milliers de dollars d’honoraires…
Ni l’avocat alcoolique et suicidaire parti à la recherche de la jeune femme…
Qui serait assez fou – ou assez pur – pour renoncer à une telle fortune ?

En ouvrant Le Testament de John Grisham, je ne m’attendais pas à être entraîné si loin, au sens propre comme au figuré. Très vite, je me suis retrouvé happé par ce thriller dense, plein de rebondissements, dont chaque chapitre semblait m’appeler avec un suspens renouvelé. J’ai particulièrement savouré l’alternance entre les couloirs feutrés de Washington et la jungle brésilienne, cette autre jungle faite de serpents, d’alligators, de moustiques, d’humidité écrasante… et de dangers plus humains encore.

Au cœur du roman trône Troy Phelan, un magnat imbuvable, riche à l’excès, entouré d’ex-femmes cupides et de six enfants d’une avidité presque caricaturale. Tous n’attendent qu’une chose, se partager son immense fortune. Mais Troy leur offre un retour de bâton glacial. Le milliardaire lègue tout à une fille illégitime disparue depuis vingt ans, Rachel Lane, médecin missionnaire au fin fond du Brésil. À partir de là, l’histoire prend une tournure inattendue.

C’est Nate O’Riley, avocat brisé, rescapé de l’alcool, de la drogue et de ses propres démons, que l’on envoie sur les traces de cette héritière improbable. Je l’ai suivi dans son périple chaotique, les cartes imprécises, les rivières mouvantes, un avion qui s’écrase, son bateau qui chavire, les caïmans, les anacondas, les insectes porteurs de maladie… Et surtout cette quête presque impossible d’une femme dont on ne possède même pas la photo. À mesure que Nate avançait dans cette Amazonie immense et capricieuse, je sentais naître une tension nouvelle, un véritable souffle d’aventure qui m’a captivé.

Par contraste, les scènes où l’on revient aux batailles juridiques de la famille m’ont semblé un peu plus longues, mais elles restent essentielles à l’intrigue et montrent le cynisme presque jubilatoire de ces héritiers qui s’entredéchirent.

Ce roman a vu grandir mon intérêt au fil des pages. J’ai aimé sa dimension humaine, sa manière de confronter richesse obscène et dénuement absolu, ambition toxique et foi inébranlable.
Et surtout, j’ai apprécié que rien ne se passe comme prévu… Ni pour les avocats, ni pour Rachel, ni même pour moi, lecteur !

Le Testament m’a offert un voyage dépaysant, vibrant, parfois cruel, mais toujours profondément humain.

Extraits :

« Voici le dernier jour, la dernière heure. Je suis un vieil homme, seul et sans amour, malade, acariâtre, fatigué de vivre. Je suis prêt pour l’au-delà ; ça ne peut pas être pire qu’ici-bas.
Je possède le grand building de verre à l’intérieur duquel je suis assis et quatre-vingt-dix-sept pour cent de la compagnie qui y réside, sous moi; le terrain qui l’entoure sur presque un kilomètre à la ronde, les deux milles personnes qui y travaillent et les vingt mille réparties sur mes autres sites; et je possède le pipeline sous l’écorce terrestre qui apporte au building le gaz de mes houillères du Texas, les lignes électriques qui conduisent l’électricité, et le satellite grâce auquel j’aboyais mes ordres à mon empire planétaire. Mes biens excèdent les onze milliards de dollars. »

« Le problème quand on a de l’argent, c’est que chacun dans votre entourage veut sa part du gâteau. Juste une tranche, une petite lamelle. Qu’est-ce qu’un million de dollars pour un homme qui en a des milliards? Donne-moi un million, mon vieux, et tu ne verras même pas la différence. Fais-moi un petit prêt et on l’oubliera tous les deux. Mets mon nom dans ton testament, il y a de la place. »

« Donc, Rachel vivait dans une hutte ou une case et dormait sur un lit bâti de ses propres mains, cuisinait sur un feu de bois, mangeait le produit de ce qu’elle cultivait ou chassait, et enseignait les histoires de la Bible aux enfants et les Évangiles aux adultes ; et ne savait rien sur les événements, les inquiétudes et les pressions de la civilisation, ou s’en fichait éperdument. Elle était très satisfaite. Sa foi la soutenait.
Il semblait presque cruel d’aller l’ennuyer avec tout ça. »

« – Je ne veux pas de cet argent.
– Ne faites pas l’idiote.
– Je ne fais pas l’idiote. L’argent ne signifie rien pour moi.
– Cela devrait vous paraître évident.
– Vous ne savez même pas combien il y a.
– Ça ne m’intéresse pas. J’ai travaillé aujourd’hui sans penser une seconde à l’argent. Je ferai la même chose demain, et le jour suivant.
– C’est onze milliards, à quelques dollars près.
– C’est censé m’impressionner ?
– Moi, ça a éveillé mon intérêt.
– Mais vous adorez l’argent, Nate. Vous faites partie d’une culture qui l’idolâtre, où tout est mesuré par lui. C’est une religion.
– Exact. Mais le sexe est assez important aussi.
– Ok, l’argent et le sexe. Et quoi d’autre ?
– La célébrité. Tout le monde veut être célèbre. »

……………………………

Né en 1955, John Grisham a commencé sa carrière comme avocat dans une petite ville du Mississippi.
Avec La Firme, parue en 1991, il a rencontré son premier grand succès de romancier. Depuis, il a vendu plus de soixante millions d’exemplaires dans le monde au travers de nombreux romans dont L’Affaire Pélican, Le Maître du jeu, L’Associé, La Loi du plus faible, Le Testament, L’Héritage, Le Dernier Juré, Le Clandestin, L’Accusé, Le Contrat, La Revanche, L’Infiltré et, plus récemment, Chroniques de Ford County, tous publiés chez Robert Laffont.

Émotion, Biographie, Histoire vraie

Dalida

de David Lelait-Helo
Broché – Broché – 5 décembre 2016
Éditeur : Télémaque

Il y a 30 ans, de guerre lasse, Dalida coupait le fil de sa vie. Quelques mots jetés sur une table de nuit : « Pardonnez-moi, la vie m’est insupportable… ». Chanteuse de rengaines latines, voix de Brel, Ferré, Trenet et Lama ou disco-queen pailletée, celle qui fut Miss Egypte aura, en dix langues et dans le monde entier, conquis tous les triomphes mais jamais le bonheur. Loin de la star, une femme blessée, lolanda, n’aura cessé de se débattre, se jetant à corps perdu dans une inépuisable quête de soi qui la mènerait à la découverte de Jung et de Freud et jusqu’en Inde dans un ashram. C’est cette femme fragile et blessée que l’on découvre ici, sous les fards, lorsque les lumières s’éteignent, que la solitude l’emporte sur la gloire.

Lorsque j’ai commencé à lire Dalida de David Lelait-Helo, je ne m’attendais pas à une telle plongée dans l’âme d’une femme que je croyais connaître. Très vite, j’ai compris que cette biographie n’en était pas vraiment une, c’était plutôt un chant, un souffle, un murmure qui traverse le temps pour redonner vie à Yolanda Gigliotti, celle qui se cachait derrière le sourire de Dalida.

Dès les premières pages, j’ai ressenti une fragilité immense. Sous les paillettes et les lumières, j’ai découvert une femme blessée, en quête d’amour comme on cherche l’air, avec une urgence presque douloureuse. Sa vie, incroyable et tumultueuse, est ici dévoilée sans fard. Quand la scène se vide et que les applaudissements meurent, c’est la solitude qui reste, massive, envahissante, et David sait la raconter avec une justesse qui m’a serré le cœur.

J’avoue avoir été surpris au début par cette écriture si poétique pour une biographie. Une plume presque vibrante, habitée. Mais très vite, j’ai compris qu’elle ne pouvait être autrement compte tenu de l’auteur. Cette façon de la raconter épouse parfaitement la sensibilité extrême que Dalida pouvait avoir, ses joies fulgurantes, ses désillusions à répétition, ses colères et sa recherche d’absolu, puis cette lassitude sourde qui finit par l’emporter.

Chaque mot a trouvé en moi une résonance intime. Par moments, j’avais l’impression d’être à ses côtés, de sentir ses doutes, ses espoirs, son besoin infini d’être aimée pour Yolanda, et non pour l’icône. Je me suis revu, enfant puis adolescent, à la regarder dans les émissions qui passaient l’époque, fasciné, je l’avoue par sa présence. Aujourd’hui encore, je l’écoute souvent, et sa voix garde une place précieuse dans mes playlists.

En refermant ce livre, j’ai senti une boule d’émotion me serrer la gorge. Je n’avais pas envie de quitter cette femme que David avait rendu si proche, si humaine. Je recommande vivement cette biographie, car elle est écrite avec le cœur, avec une sensibilité rare, et elle laisse une empreinte qui perdurera dans mon esprit.

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Extraits :

« Trente ans que Dali s’en est allée, c’était hier pourtant, et son souvenir ne m’a pas quittée. Ni même le souvenir de cette première fois où nous nous sommes rencontrées… il y a plus de 60 ans. Avant même qu’elle ne connaisse le succès avec Bambino ! »

« J’avais quinze ans ce dimanche de mai. Lors d’un hommage télévisé, je vous ai découverte de blanc vêtue dans vos atours de star, alanguie sur un divan et chantant Téléphonez-moi. Par-delà la légèreté de la ritournelle affleuraient votre solitude, votre mal de vivre, et dans toute la candeur de ma jeunesse j’enrageais de ne pas avoir eu vent plus tôt de votre tristesse. Je me disais que si j’avais su, moi, je vous aurais téléphoné. Je ne savais pas encore ce qu’était la vie. Vingt-neuf années se sont écoulées et, ne pouvant plus vous téléphoner, je vous écris. »

« Ce nouveau nom est idéal pour celle qui dans Un verre, une cigarette incarne la redoutable séductrice dont quelques battements de cils et déhanchements provocants suffisent à faire chavirer un docteur aussi respectable que marié. Affublée d’une blouse d’infirmière fort suggestive et d’une sorte de cornette censée retenir son épaisse chevelure, elle est quelques scènes plus loin une femme fatale qu’un fourreau noir habille comme une seconde peau. Elle ondule telle une liane entre le piano à queue noir, les convives en habit de soirée et le médecin, objet de ses ardeurs; elle chante en italien Desiderio di un’ora, une incantation amoureuse que son jeu de jambes savamment orchestré ne fait que rendre plus sensuelle encore. L’humiliation est telle pour l’épouse du médecin convoité que s’ensuit dans les toilettes pour dames un pugilat épique au terme duquel Yolanda la séductrice se retrouve à terre et trempée. »

« À vingt-huit ans Dalida n’est pas une femme que l’on met sous cloche, et pas davantage une amante que les tiédeurs du quotidien pourraient contenter, bien qu’elle tente souvent de s’en persuader. Si elle s’efforce de se conformer au modèle de l’épouse et de contenir les révoltes qui l’animent, elle n’en aspire pas moins à de plus grandes réjouissances et à des sentiments exaltés. Une tyrannique exigence la contraint sans cesse à s’élever, à découvrir, à apprendre. »

David Lelait-Helo est né à Orléans le 3 décembre 1971.

Après des études de littérature et civilisation hispaniques à Montpellier, il enseigne l’espagnol. En janvier 1997, à 25 ans, il publie chez Payot la première d’une longue série de biographies, parmi lesquelles

Maria Callas : j’ai vécu d’art, j’ai vécu d’amour (1997),

Dalida : d’une rive à l’autre (2004).

C’est à cette période qu’il délaisse l’enseignement pour se consacrer à une carrière de journaliste. Il a écrit pour de nombreux magazines (Gala, Cosmopolitan, Femmes d’aujourd’hui…), animé des émissions musicales sur la chaîne Pink TV, occupé pendant vingt ans le poste de responsable des pages culture et people au magazine Nous Deux et, depuis 2022, celui de chroniqueur littéraire pour Femme Actuelle et Prima.
David Lelait-Helo a également écrit des essais, Gay Culture (1998) et Les Impostures de la célébrité (2001), ainsi que des romans, dont :

Poussière d’homme (2006),
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/04/poussiere-dhomme/

Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri (2016),

Un oiseau de nuit à Buckingham (2019), aux éditions Anne Carrière,

Je suis la maman du bourreau (2022), aux éditions Héloïse d’Ormesson
https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/09/je-suis-la-maman-du-bourreau/

Il était une femme étrange (2025), aux éditions Héloïse d’Ormesson
https://leressentidejeanpaul.com/2025/09/04/il-etait-une-femme-etrange/

Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Humour, Psychologie

Les flammes de l’autre rive

de Lucie Delacroix
Broché – 3 octobre 2025
Éditeur : Auto-édition

Et si la vérité vous attendait de l’autre côté de l’océan ?

Laura s’envole pour le Québec afin d’animer une colonie de vacances, le cœur lourd et les nerfs à vif. Chez elle, ses parents lui dissimulent un secret. Mais à peine arrivée sur le sol canadien, un courrier inattendu bouleverse ses repères : une lettre signée d’une personne liée à cette vérité qu’elle cherche depuis des mois.

Portée par les veillées au coin du feu, les confidences nocturnes et la complicité naissante entre les animateurs, Laura s’engage dans une quête aussi intime que lointaine. À travers les paysages grandioses de la Belle Province, c’est tout un pan de son histoire qui se révèle — et peut-être, au détour d’un regard ou d’une chanson, une rencontre qui changera tout.

Un roman lumineux sur la quête de soi, les secrets de famille
et l’amour qui naît là où on ne l’attend pas.

Dès les premières pages, j’ai été porté par la plume de Lucie Delacroix et par l’histoire de Laura. Entre les paysages grandioses, les expressions savoureuses et les soirées autour du feu de camp, je me suis laissé happer par ce roman vibrant d’émotions. On y parle d’amitié, de solitude, d’addiction, mais surtout de la quête des origines, ces racines invisibles qui nous façonnent et nous appellent, même à des milliers de kilomètres.

Laura est une jeune femme en colère, blessée par les secrets et les silences qui ont fissuré son enfance. Un jour, elle décide de tout quitter pour partir au Québec avec sa meilleure amie. Là-bas, au milieu des lacs et des forêts, elle espère souffler, se retrouver… Mais le destin lui réserve bien plus qu’une simple parenthèse. Une mystérieuse lettre déposée sur son oreiller dès son arrivée va tout bouleverser.
Qui lui écrit ? Et surtout, pourquoi maintenant ?

J’ai suivi Laura dans ce voyage initiatique avec le cœur serré. Elle découvre l’amitié sincère, l’amour naissant, la bienveillance d’une équipe d’animateurs, et cette nature généreuse qui soigne mieux que bien des mots. J’ai aimé ces moments simples, la musique des Cowboys Fringants, le sirop d’érable, les accents à travers les expressions québécoises… toute une atmosphère qui sent bon la vie.

Lucie a cette faculté de faire vibrer chaque émotion. Sa plume, fluide et sensible, capte le moindre frémissement d’un regard ou d’un silence. On rit, on espère, on pleure aussi. Car ce roman est une véritable montagne russe émotionnelle. On s’y brûle, mais il réchauffe aussi, car l faut savoir pardonner.
Et derrière l’histoire de Laura, il y a un message fort. Parfois, pour avancer, il faut accepter de regarder la vérité en face, même si elle fait mal.

La fin m’a bouleversé, tout simplement.
J’ai refermé le livre le cœur serré, mais le sourire aux lèvres. Les flammes de l’autre rive est un roman qui touche l’âme, c’est une ode à la résilience, à l’amour et à la vie sous toutes ses formes.

Et comme un joli clin d’œil, je remercie Lucie aussi pour la bande-son de ma lecture et plus encore, depuis, les Cowboys Fringants m’accompagnent à chaque promenade en promenant mon chien, j’adore !
Pas après pas, j’ai la banane !!!
Une très belle découverte…

Ce roman m’a touché bien au-delà des mots… il m’a fait du bien.

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Extraits :

« “Toute l’équipe d’Air Canada vous souhaite une excellente année ! Qu’elle vous apporte une belle blonde ou un bon chum et une belle job’. Enjoy !”
Alors que s’entrechoquent les coupes de champagne offertes par la compagnie aérienne, Florence déambule dans les allées les bras chargés de bouteilles vides. Elle se nourrit des sourires qui éclairent les visages des passagers. L’ambiance qui règne dans l’avion est presque magique. Français, Canadiens et autres nationalités trinquent et rient de bon cœur, se souhaitant le meilleur pour cette nouvelle année à venir. »

« Blessée par leur attitude, mais aussi infiniment triste que leur soutien sans faille ait finalement des limites. J’aurais aimé que ma mère soit là ce soir, qu’elle me prenne la main et me raconte enfin tout ce que je cherche depuis des mois. Tout ce qu’elle n’a jamais voulu me dire. »

« Mes parents sont passionnés par votre pays, je commence, y compris de ses chanteurs. Maman ne loupe pas une occasion de nous faire écouter ses CD rapportés de leurs divers voyages ici. L’autoradio de sa voiture ne doit pas savoir jouer autre chose, d’ailleurs. Mon enfance a été bercée par les titres de Lynda Lemay. »

« À la nuit tombée, la foule s’agglutine devant la scène dès la fin du concert précédent. Le groupe suivant semble très attendu et c’est également pour eux que nous sommes venus. Johan trépigne d’impatience. Il nous fraie un chemin sur le côté afin de parvenir à deux rangs des barrières, au pied du décor. Ainsi, nous serons aux premières loges pour admirer ces artistes québécois.
Dès que les quatre pionniers du groupe débarquent sur scène, les festivaliers sont en transe. Ils sont accueillis par un tonnerre d’applaudissements, la foule crie leurs noms un à un. Je reconnais les premières notes, qui débutent un spectacle grandiose. Les titres s’enchaînent et la connexion avec le public est extraordinaire. Les chansons engagées se succèdent, défendant avec ferveur des valeurs fortes, telles que la solidarité et l’environnement. »

Bretonne de 34 ans, Lucie Delacroix est mariée et maman de trois jeunes enfants. Salariée, elle consacre son temps libre à la lecture et l’écriture. Elle aime les « page-turner », ces romans qu’on ne peut plus refermer sans en connaître le dénouement. Naturellement, elle en écrit aussi, passionnée d’écriture depuis son plus jeune âge.

Plongez dans ses romans, des histoires pleines de rebondissements avec un soupçon de romance.

Les flammes de l’autre rive, fait partie des finalistes du Grand Prix Romanesque 2025 !