Sciences, Thriller ésotérique, Thriller psychologique

Le secret des secrets

de Dan Brown
Broché – 9 septembre 2025
Éditeur : JC Lattès

date, Katherine Solomon. La scientifique est sur le point de publier un ouvrage révolutionnaire sur la nature de la conscience humaine.
Un meurtre sauvage va soudain précipiter leur séjour dans le chaos. Katherine disparaît, et son manuscrit est piraté sur le serveur de son éditeur. Commence alors une course contre la montre dans Prague et ses mystères. Langdon se retrouve pourchassé par une étrange créature mythologique et devient la cible d’une organisation dont le projet pourrait changer à jamais notre conception de l’esprit humain.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Dominique Defert et Carole Delporte

Dan Brown fait partie de ces auteurs vers lesquels je reviens toujours avec le même plaisir. À ce jour, j’ai lu tous ses romans, et avec Le secret des secrets, il choisit de s’éloigner de ses terrains de jeu habituels, les mystères religieux et les sociétés secrètes, pour ancrer son intrigue au cœur d’une agence gouvernementale américaine redoutablement puissante : la CIA. À travers ce cadre, il interroge le pouvoir immense que certains individus peuvent exercer, parfois sans réel contrôle, et j’ai trouvé cette orientation particulièrement pertinente et glaçante.

Et quel plaisir de retrouver Robert Langdon, mon héros fétiche, une fois encore entraîné dans une succession de situations aussi improbables que dangereuses. À ses côtés, Katherine Solomon, spécialiste reconnue de noétique, s’apprête à donner une conférence à Prague. J’avoue que ce terme fut ma première recherche internet… et certainement pas la dernière. Comme souvent chez Dan Brown, le roman ouvre une porte vers des domaines scientifiques méconnus, complexes et passionnants.

Robert et Katherine, amis de longue date, vivent enfin une relation intime empreinte de respect mutuel et de profonde affection. Robert décide de l’accompagner à Prague, où Katherine s’apprête aussi à publier un ouvrage révolutionnaire sur la nature de la conscience humaine. Mais au moment où son éditeur s’apprête à découvrir le manuscrit tant attendu, tout bascule. Les éditions sont piratées et toutes les copies du livre disparaissent. Dès lors, les deux amoureux se retrouvent pris dans une spirale de mystères, de crimes et de dangers, au cœur d’une Prague fascinante et inquiétante.

Comme toujours, j’ai été happé par ce roman érudit, dense et riche en suspense. J’y ai appris énormément de choses, tant sur l’histoire et l’architecture de Prague que sur les ponts vertigineux… Mais pas seulement ! Dans ce récit j’ai plongé entre sciences, croyances et philosophie… Fidèle à sa signature, Dan Brown précise d’ailleurs avant de commencer le roman : “Toutes les œuvres, tous les objets, les symboles et les documents cités dans ce roman sont réels. Toutes les expériences, les technologies, tous les résultats d’expériences sont rigoureusement authentiques. Toutes les organisations mentionnées existent”. Wahou !!!
Une affirmation qui donne le vertige et m’a poussé irrésistiblement à creuser les références évoquées le long de ma lecture.

Malgré ses plus de six cents pages, il m’a été très difficile de lâcher ce livre, heureusement rythmé par des chapitres courts et efficaces. Entre action haletante et réflexions stimulantes sur l’évolution de la compréhension humaine, j’ai littéralement dévoré ce thriller scientifique.

Le secret des secrets est, à mes yeux, un véritable bijou pour les amateurs de thrillers intelligents et curieux des sciences.

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Extraits :

« Je devrais être morte, pensa la femme.
Elle flottait très haut au-dessus des tours de la vieille ville. Plus bas, les flèches de la cathédrale Saint-Guy brillaient au milieu d’une mer de points scintillants. Du regard – même si elle n’avait plus d’yeux -, elle contempla le château qui se dressait sur la colline, puis le labyrinthe de ruelles enneigées menant au cœur de la capitale de la Bohême. »

« Le Golem claudiquait dans la rue Kaprova, les pans de sa longue cape traînant dans la neige fondue. Sous son manteau, ses chaussures à grosses semelles compensées étaient si lourdes qu’il avait un mal fou à lever les pieds. Sur son visage et son crâne, la couche de glaise se durcissait dans l’air froid
Il faut que je rentre à la maison.
L’éther approche. »

« C’était terrifiant, Robert… Une silhouette se tenait au pied du lit. Une femme. Tout en noir. Elle avait une couronne hérissée de pointes sur la tête et elle tenait une lance argentée. Et il y avait cette odeur putride, l’odeur de la mort. Je t’ai appelé, mais tu n’étais pas là ! La femme me disait : « Robert ne peut pas te sauver. Tu vas mourir ! » Et puis il y a eu un bruit assourdissant et un grand flash de lumière. L’hôtel a explosé, il est devenu une grosse boule de feu. Et je me suis mise à brûler… j’ai senti les flammes me dévorer… »

« Mais pour être tout à fait honnête, il faut reconnaître que nombre de découvertes scientifiques ont paru absurdes au début – l’héliocentrisme, la rotondité de la Terre, la radioactivité, l’expansion de l’univers, la théorie microbienne, l’épigénétique, et j’en passe. Historiquement, la plupart des vérités scientifiques ont été considérées comme des aberrations, des choses impossibles. Ce n’est pas parce qu’une chose heurte notre entendement qu’elle n’est pas vraie et observable. Les Grecs de l’Antiquité ont soutenu que la Terre était ronde pendant deux mille ans avant que Newton puisse expliquer comment les océans restent en place grâce à la gravité. »

Dan Brown est l’auteur de l’un des plus grands phénomènes éditoriaux de tous les temps, le Da Vinci Code, mettant en scène le professeur de symbologie de Harvard, Robert Langdon, ainsi que des romans Forteresse digitale, Déception Point, Anges & démons, Déception Point, Inferno et Origine, publiés dans 56 langues et vendus à plus de 250 millions d’exemplaires.

Drame, Suspense, Thriller psychologique

Obsessions

de Émilie Chani
Broché – 15 janvier 2026
Éditeur : Éditions Taurnada

Et si traquer la vérité réveillait nos propres démons ?

1995. Un corps est retrouvé, soigneusement mis en scène. Rien d’un crime ordinaire.
D’autres morts suivent, toutes marquées par des détails troublants.
Pour le commandant Victor Dufresne, l’affaire devient obsessionnelle. Derrière chaque indice, il devine un fil invisible, une histoire ancienne qui remonte à la surface.
Mais à mesure qu’il approche de la vérité, il se heurte à ses propres failles…

Ce roman explore les cicatrices invisibles, les liens d’emprise et la frontière fragile entre victime et coupable.

Découvrir une nouvelle plume est toujours pour moi un vrai bonheur. Mais tomber, dès un premier roman, sur une telle maîtrise narrative, une construction aussi fine, des personnages aussi profondément travaillés et un final aussi éblouissant… là, je dis simplement : chapeau bas. Obsessions d’Émilie Chani m’a littéralement scotché, du début à la fin.

Comme une araignée patiente et redoutable, l’auteure tisse sa toile avec une précision impressionnante. L’enquête policière, pourtant menée avec brio, s’est rapidement retrouvée pour moi au second plan, tant la dimension psychologique et humaine du récit s’imposait avec force. Nous sommes dans les années 80. Nina est une enfant meurtrie. Son père, ravagé par l’alcool, devient violent, jusqu’à commettre l’irréparable. Condamné à la prison ferme, il laisse derrière lui une fillette brisée, recueillie par des grands-parents incapables de lui offrir l’amour dont elle a tant besoin, pour une simple et bonne raison, ils ne l’aiment pas.

À l’école, Nina est montrée du doigt, rejetée, stigmatisée comme “la fille du prisonnier”. Même Thomas, qui s’était timidement rapproché d’elle, finit par s’éloigner par peur d’être humilié à son tour. Nina est seule, perdue, enfermée dans sa souffrance. Quelques années plus tard, sa rencontre avec Valentine lui offrira peut-être une chance de se reconstruire… ou du moins de respirer à nouveau…

En parallèle, en 1995, le commandant Victor Dufresne se voit confier une enquête sur plusieurs meurtres troublants. Sa hiérarchie, lassée de son obsession du détail, veut classer l’affaire rapidement. Le coupable est déjà trouvé. Mais Victor doute. Et ce doute va l’engloutir, l’obséder, jusqu’à mettre sa propre vie en danger.

Émilie Chani m’a emmené dans son univers avec une intelligence redoutable.
J’ai aimé me faire manipuler, croire deviner la trame, pour être sans cesse surpris par un rebondissement, un détail, un changement de perspective. Tragique, précis, nostalgique, psychologiquement violent, intimiste et terriblement efficace, ce roman m’a forcément marqué.

Obsessions est pour moi un grand coup de cœur, mon premier de 2026.
Émilie, une auteure à suivre de très près. Je n’en manquerai pas sa prochaine parution.

Un grand merci aux Éditions Taurnada.
Décidément, concentrer autant de talents sous une même bannière relève presque de l’obsession… et j’adore ça !

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Extraits :

« Faites que ça s’arrête…
Je vous en prie, faites qu’il parte, qu’il s’endorme, qu’il oublie qu’on existe…
Je veux disparaître. Je veux qu’on m’emmène loin d’ici.
Les prières silencieuses de Nina se perdaient dans le vide. Chaque soir, elle suppliait une force invisible : un dieu, un ange, n’importe quoi qui pourrait la sortir de là. Mais il n’y avait jamais de réponse. Seulement les disputes qui fendaient les murs jaunis, les objets lancés, les jurons crachés comme des coups. »

« La mère de Nina était une femme douce, mais meurtrie. Elle avançait dans la vie comme une funambule sur un fil trop mince, vacillant entre espoir et résignation, entre l’amour qu’elle portait à sa fille et l’impuissance qui l’enchaînait à un homme qu’elle ne parvenait pas à quitter.
Nina l’observait depuis toujours. Petite, elle s’accrochait à sa tendresse comme à un phare dans la nuit, guettant ses rares éclats de bonheur, ces moments volés où Marie semblait redevenir légère. Parfois, en cuisinant, elle chantonnait une vieille chanson de Barbara ou de Reggiani. Pendant ces instants suspendus, Nina croyait que tout allait bien. »

« Son regard s’orienta sur la pile de dossiers entassés à sa droite. Ce meurtre lui avait semblé anodin jusqu’à présent, mais ce détail le troublait. Il devait vérifier s’il existait un lien. Il écarta les papiers superflus d’un geste nerveux, cherchant le dossier correspondant.
L’urgence de la découverte lui mettait les nerfs à vif.
Il lui fallut moins d’une minute pour le trouver. Il l’ouvrit. Et s’arrêta net.
Le défunt a été retrouvé allongé sur le dos, la main droite posée sur le cœur. »

« Il y avait toujours un moment, juste avant de franchir la porte d’une scène de crime, où tout basculait.
L’air semblait plus lourd. Le silence plus pesant. Victor le savait. Il en avait connu des dizaines, mais ce soir-là, une étrange sensation le traversait : celle d’être déjà venu ici.
C’était absurde. Il n’avait jamais mis les pieds dans cet immeuble, jamais enquêté dans ce quartier. Pourtant, une impression fugace mais insistante lui serrait la poitrine. Dans l’air, quelque chose d’invisible rôdait, comme un avertissement silencieux. »

Émilie Chani est enseignante. Passionnée de littérature, elle explore les zones d’ombre, les liens ambigus, les silences qui en disent long.

Son premier roman Obsessions sort en janvier 2026.

Amour, Émotion, Drame, Folie, Thriller psychologique

Point de fuite

Estelle Tharreau
Broché – 6 novembre 2025
Éditions : Taurnada Éditions

Alors qu’une tempête se déchaîne, un criminel tente d’échapper à la police et à son complice. Une réceptionniste dépose une étrange valise dans une chambre d’hôtel où un petit garçon est enfermé. Une femme guette l’arrivée du père de son enfant, et un steward désespéré attend d’embarquer pour un vol ultime.
Tous approchent du point de non-retour qui fera basculer leur existence.

Un huis clos labyrinthique où l’amour et la mort se livrent une course-poursuite infernale dans les entrailles d’un aéroport pris dans un déluge de neige et de glace.

J’ai retrouvé avec un immense plaisir la plume d’Estelle Tharreau dans son dernier roman, Point de fuite. À chaque nouveau livre, elle me surprend, m’emmène ailleurs, me bouscule un peu plus. Ici, elle m’a emmené dans un huis clos comme je les aime. Glacé, tendu et terriblement humain.

Dès les premières pages, la tempête fait rage. Petit à petit les acteurs du roman approchent d’un point de non-retour, celui qui fait basculer une vie. L’aéroport devient alors bien plus qu’un simple décor. Sous la plume d’Estelle, il se transforme en monstre d’acier et de verre, une sorte de labyrinthe oppressant où la neige et la peur se mêlent, puis finalement en prison. J’ai adoré cette sensation d’étouffement, ce froid qui s’infiltre jusque dans les pages. On ressent chaque vibration, chaque silence.

J’ai lu ce roman, il y a quelques jours, un soir de grand vent, bien au chaud dans mon lit, et je me suis laissé happer par cette atmosphère glaciale. Je voyais presque les flocons tourbillonner derrière les vitres, j’entendais le grondement des avions. Et cette femme avec sa poussette dans l’aéroport… elle m’a bouleversé.

Ce que j’aime chez Estelle, c’est sa capacité à sonder l’âme humaine, à explorer les failles de chacun. Ses personnages sont toujours sur le fil, entre la peur et le courage, entre la fuite et la rédemption. Ici, ils se débattent dans la tempête, pris dans un engrenage implacable où chaque décision compte.

Le suspense est constant, la tension monte à chaque chapitre, et l’auteure maîtrise son intrigue d’une main de fer. Tout est millimétré, pensé, calibré pour que le lecteur ne puisse plus lâcher prise. C’est un thriller court, mais d’une intensité rare, où l’émotion et la peur se sont livrés une véritable bataille, même dans ma tête…

Point de fuite est un roman noir, nerveux, mais profondément humain.
Il questionne sur la survie, l’amour, la culpabilité, et ce qu’on est prêt à faire pour s’en sortir.
Elle prouve définitivement pour moi qu’elle n’a pas son pareil pour explorer toutes les zones d’ombre de l’âme humaine.

Un grand merci à Joël des Éditions Taurnada pour cette lecture qui m’a glacé le sang autant qu’elle m’a captivé

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Extraits :

« Comme une flèche étincelante tirée dans la nuit, la navette était propulsée à travers les tunnels ralliant l’aéroport. Lors de son déplacement, son souffle puissant s’accompagnait d’un grincement pénible. Le tumulte extérieur des wagons tranchait avec l’inertie intérieure dans laquelle les passagers étaient plongés. »

« Avant de pénétrer dans son gigantesque hangar, le responsable technique, au gilet orange à bandes réfléchissantes, ne put s’empêcher de contempler le ciel. Il savait que les dieux de la tour de contrôle auraient besoin de lui si le monstre météorologique ne déviait pas sa trajectoire et venait s’abattre sur l’aéroport. »

« Dans les halls de l’aérogare, dans les salles réservées au personnel navigant ou d’escale, à la réception, des hôtels, tout individu portant un uniforme s’affairait avec une sérénité étonnante. Dans ces lieux stratégiques, l’alerte avait également été transmise. Tout devait être prêt pour parer l’impact des bourrasques, des congères, du gel, mais surtout, des avions cloués au sol et de la déferlante de voyageurs harassés, anxieux, perdus, furieux qui constituerait, pour tous ces agents, une réplique tellurique de la secousse provoquée par la tempête. Malgré leur propre fatigue et inquiétude, c’est avec calme et diplomatie qu’ils devraient gérer cette submersion humaine. »

« Attends-moi le 13 décembre au terminal C. Je serai sur le vol ALB423. Je t’envoie ce billet pour que nous partions ensemble en espérant que le cessez-le-feu se poursuive et que les négociations de paix aboutissent. Si ce n’est pas le cas, je ne peux t’offrir qu’un pays en guerre, que je n’abandonnerai pas. Si tu ne souhaites pas courir ce risque, dis-le-moi par courrier. C’est le seul moyen de communication encore à peu près fiable. Je t’en prie, fais vite que je sache si je dois venir vous récupérer ou non. Si tu maintiens ta décision de me suivre, prépare-toi à tout quitter, à tout perdre jusqu’à la vie ou celle du bébé. »

Passionnée de littérature depuis l’adolescence, Estelle Tharreau parcourt les genres, les époques et les pays au fil des auteurs qu’elle rencontre. De cet amour de la littérature est née l’envie d’écrire. Elle vit actuellement en Franche-Comté où elle partage son temps entre sa famille et l’écriture.

La peine du Bourreau
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/01/la-peine-du-bourreau/

Les Eaux noires
https://leressentidejeanpaul.com/2021/10/05/les-eaux-noires/

Digital Way of Life
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/14/digital-way-of-life/

Il était une fois la guerre
https://leressentidejeanpaul.com/2022/11/01/il-etait-une-fois-la-guerre/

Le Dernier festin des vaincus
https://leressentidejeanpaul.com/2023/11/01/le-dernier-festin-des-vaincus/

L’Alpha & l’Oméga
https://leressentidejeanpaul.com/2024/11/07/lalpha-lomega/

Anticipation, Émotion, Drame, Thriller psychologique

Transylvania

de Nicolas Beuglet
Broché – 18 septembre 2025
Éditeur : XO

Il était une fois…

Encore aujourd’hui, on prétend que le château de Bran, en Transylvanie, était la propriété du comte Dracula. Rares sont ceux qui s’arrêtent dans cet hôtel reculé, cerné par la neige et la glace. L’endroit paraît habité par des fantômes depuis la nuit des temps.

C’est là que la jeune inspectrice Mina Dragan est envoyée pour enquêter sur un meurtre étrange. Un cadavre gît dans une chambre. Celui de l’unique client de l’établissement. À ses côtés traîne une vieille malle verrouillée. Avant de disparaître, l’assassin a inscrit un tatouage énigmatique sur la main de sa victime.

Mina Dragan ne le sait pas mais c’est pour elle le début d’un jeu de piste terrifiant qui lui fera découvrir la face cachée et peut-être pas si imaginaire des contes de fées de notre enfance.

Et si la clé de tous ces mystères se trouvait dans un seul livre ?
Un livre fondateur. Il était une fois Transylvania…

Dans ce thriller qui plonge dans les profondeurs de notre subconscient, Nicolas Beuglet explore, une fois de plus, les ombres du passé pour éclairer l’avenir. Haletant. Vertigineux. Passionnant.

Avec Transylvania, son huitième roman, Nicolas Beuglet nous entraîne dans un thriller aussi fascinant qu’inquiétant, fidèle à sa manière d’offrir plusieurs niveaux de lecture. Dès les premières pages, j’ai été happé par cette atmosphère glaciale, dans le château du comte Dracula, perdu au milieu des montagnes enneigées. Un meurtre, un tatouage mystérieux, un magnat de la finance assassiné, et la presse mondiale qui s’enflamme… Tout est en place.

Au cœur de cette tempête, Mina Dragan, jeune policière roumaine, mène sa première enquête. Fragile et forte à la fois, elle se retrouve bientôt manipulée par une main invisible, guidée vers un univers où les contes des frères Grimm se mêlent à la noirceur du réel. J’ai adoré cette dualité, le polar moderne qui épouse les codes du gothique, la raison qui lutte contre l’étrangeté.

Très vite, j’ai compris que la véritable enquête ne se limitait pas au meurtre. Elle se cache entre les lignes, dans les symboles, dans les illusions. Comme Mina, j’ai douté, j’ai suivi les fausses pistes, cherché la vérité derrière les apparences. Et à la page 188, tout bascule. Nicolas ralentit le rythme, une nouvelle angoisse s’installe, et LA QUESTION surgit : Et si le mal n’était pas là où on le croit ?

L’écriture est fluide, précise, parfois cinématographique. Les décors sont somptueux, l’atmosphère oppressante, les réflexions terriblement actuelles. l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux, la surveillance, et cette place de plus en plus fragile qu’occupe aujourd’hui la lecture dans nos vies connectées.

J’ai été surpris, ébranlé, puis captivé.
Transylvania m’a tenu éveillé durant ma lecture et cela risque de continuer bien au-delà de la dernière page. Un roman total, à la fois thriller, miroir du monde et fable moderne.
Un excellent moment de lecture, un véritable coup de cœur et une fin qui, à priori, n’est qu’un commencement…
La dernière ligne laisse présager une suite !!!

Extraits :

« Mina pila, tira le frein à main et coupa le contact. Après avoir pris une profonde inspiration, elle tourna la tête vers son coéquipier assis sur le siège passager. Coiffé de sa casquette d’agent de police, il regardait droit devant lui, l’air rageur. Du sang coulait de sa joue gauche et sa peau commençait à se teinter du bleuté de l’hématome. »

« Mina s’étira un peu pour essayer de voir ce que l’écran de son téléphone affichait de si captivant. Et distingua que la jeune femme ne tenait pas un smartphone entre ses mains, mais un livre.
Elle l’observa longuement, vivant par procuration le plaisir que devait éprouver cette lectrice. Malgré son abandon précoce de l’école, Mina avait toujours entretenu un rapport intime avec les livres, notamment grâce à sa mère bibliothécaire. Les livres qui, elle ne l’avait pas précisé au commissaire, lui avaient permis de s’évader lorsque la vie devenait trop dure à bord du bateau de pêche. Les livres qui l’aidaient par moments à combattre son complexe d’avoir redoublé sa classe de troisième et finalement quitté l’école avant le lycée. »

« Même si elle avait fait face à différentes situations qu’une femme de son âge ne connaîtrait jamais, à cet instant elle doutait de sa force, de ses capacités à affronter un défi qui lui avait paru moins intimidant lorsqu’elle l’avait accepté dans le bureau du commissaire. Ses mains tremblèrent et elle sut que bientôt ses jambes allaient flageoler, sa respiration deviendrait difficile, la nausée lui monterait aux lèvres. »

« – Au moins, à mon époque, on aidait les enfants à être responsables, aujourd’hui, on les protège tellement qu’ils ne savent plus rien faire. »

« – Je suis le dernier descendant de Wilhelm Grimm, très chère madame… Dragan. Mina Dragan ! Quel nom, mes amis, quel nom ! s’enthousiasma le dénommé Alphonse en frappant les planches de la scène d’un coup de canne. Vous avez tellement le profil pour être une héroïne ! »

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Après avoir écrit des scénarios pour la télévision, Nicolas Beuglet a choisi de se consacrer pleinement à l’écriture de romans. Salué par la presse, il est devenu en six ans et autant de romans l’une des plus grandes plumes du thriller français. Il est l’auteur chez XO Editions de deux trilogies : la première a pour héroïne Sarah Geringën (Le Cri, Complot, L’Île du Diable) et la deuxième Grace Campbell (Le Dernier Message, Le Passager sans visage et L’Archipel des oubliés).
Le mot de l’éditeur: “En huit ans et presque autant de romans, Nicolas Beuglet est devenu un géant du thriller français. Après L’Archipel des oubliés, il y a deux ans, Nicolas Beuglet confirme avec brio l’originalité et la densité de son univers littéraire dans ce roman policier”.

Il vit à Boulogne-Billancourt avec sa famille.

Le Cri (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/10/09/le-cri-de-nicolas-beuglet/

Complot (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/07/31/complot/

L’île du Diable (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/04/lile-du-diable/

Le dernier message (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/21/le-dernier-message/

Le passager sans visage (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/12/10/le-passager-sans-visage/

L’Archipel des oubliés (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/12/31/larchipel-des-oublies/

L’ultime avertissement (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/01/lultime-avertissement/

Drame, Noir, Psychologie, Thriller psychologique

L’homme qui voulait vivre sa vie

de Douglas Kennedy
Poche – 21 octobre 2010
Éditeur : Pocket

Un poste important, une vaste maison, une femme élégante, un bébé : pour tout le monde, Ben Bradford a réussi.
Pourtant à ses yeux, rien n’est moins sûr : de son rêve d’enfant – être photographe – il ne reste plus rien. S’il possède les appareils photo les plus perfectionnés, les occasions de s’en servir sont rares. Et le sentiment d’être un imposteur dans sa propre existence est de plus en plus fort…

« Douglas Kennedy bouillonne de talent, sa narration est haletante,
sa construction sans faille. »

Martine Laval – Télérama

Je découvre Douglas Kennedy avec “L’homme qui voulait vivre sa vie”, et je dois dire que cette lecture m’a profondément marqué. Dès les premières pages, j’ai été happé par ce récit puissant, aussi troublant que lucide, où l’auteur nous entraîne dans la vie bien réglée — trop bien réglée — de Ben Bradford, un homme que tout le monde pourrait envier. Avocat brillant, marié, père de famille, installé dans une belle maison… Il coche toutes les cases de la réussite. Et pourtant, il suffoque.

Ce roman m’a frappé par sa précision, par la manière dont l’auteur dissèque sans complaisance une société américaine obsédée par l’argent, l’image et le qu’en-dira-t-on. Tout est apparence, performance, domination. Et Ben, prisonnier de ce système, rêve en silence d’une autre existence, plus vraie, plus libre. Jusqu’au jour où tout bascule. Quand sa femme le trompe, son monde s’écroule. Alors il agit, dans un geste insensé, irréversible. À partir de là, tout devient vertigineux.

Douglas Kennedy ne se contente pas de raconter une fuite, il explore le besoin viscéral de vivre une vie choisie, et non subie. Ce que j’ai aimé, c’est cette tension permanente entre la peur et le désir, la fuite et la reconstruction, l’ombre et la lumière. Il y a dans ce livre une réflexion profonde sur l’identité, la liberté, la photographie aussi — cet art de figer un instant pour mieux saisir l’essence du monde.

J’ai trouvé l’écriture efficace, presque cinématographique, malgré une traduction parfois maladroite qui m’a un peu freiné. Et même si la fin m’a semblé un peu rapide, elle laisse un goût doux-amer, comme un écho à nos propres questionnements.

Ce roman m’a rappelé que vivre, c’est risquer. Que parfois, il faut tout perdre pour se retrouver.
Et qu’au fond, la vraie réussite n’est peut-être pas celle que les autres voient, mais celle que l’on ressent.

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Extraits :

« Alors qu’Adam a été un bébé de gravure de mode, le genre d’adorable bambin qui sourit dans la lumière irisée d’une pub pour couches-culottes, Josh, lui, est une petite brutasse. Une tête trop grosse, un nez de boxeur et un tempérament de pitbull. Bien sûr, je l’aime, mais je me demande si je l’aime bien. Il me met mal à l’aise, et pas seulement parce qu’il hurle tout le temps: parce qu’il n’a pas l’air heureux d’être venu au monde. J’ai l’impression que cela doit aussi tenir au fait qu’il représente pour moi, tout comme la maison elle-même, un boulet domestique parmi beaucoup d’autres. Un de mes amis a une formule très imagée pour décrire cette situation: au premier gosse, dit-il, on croit encore avoir de la marge, on ne veut pas admettre qu’on est enferré jusqu’au cou dans la vie à crédit et les traites au banquier. Au second, on doit admettre qu’on est devenu un père de famille sérieux, qu’on a des obligations jusque-là. »

« Moins de quinze jours après notre arrivée, elle avait déjà décroché un job au bureau parisien de Newsweek.
Trois mois plus tard, son français étant devenu très convenable, elle devenait assistante de production chez CBS News. Et cinq mois après, elle était rentrée un soir en m’annonçant que notre histoire était terminée : elle allait vivre avec son patron, le chef du bureau de CBS à Paris. »

« “Réussir, réussir, réussir.” A posteriori, cette crise de déprime de mes vingt ans et quelques me laisse perplexe : pourquoi étais-je si crispé, pourquoi en étais-je arrivé à perdre toute confiance en moi et en mes chances de vivre de mes photos ? J’aurais pu, j’aurais dû me dire qu’au moins j’aimais regarder le monde à travers un objectif, qu’on ne s’improvisait pas photo-graphe, qu’il me fallait parfaire ma technique au lieu d’angoisser hystériquement en désespérant de ne pas encore me voir au faîte de la profession. »

Douglas Kennedy est né à New York en 1955, et vit entre les États-Unis, le Canada et la France.
Auteur de trois récits de voyage remarqués :
Au pays de Dieu (2004),
Au-delà des pyramides (2010)
et Combien ? (2012)

Il s’est imposé avec :
Piège nuptial (1997), porté à l’écran par Stephen Elliot,
L’homme qui voulait vivre sa vie (1998), adapté au cinéma par Éric Lartigau en 2010, avec Romain Duris et Catherine Deneuve,
Les Désarrois de Ned Allen (1999).

Ont suivi La Poursuite du bonheur (2001),
Rien ne va plus (2002), (Prix littéraire du Festival du cinéma américain de Deauville 2003),
Une relation dangereuse (2003),
Les Charmes discrets de la vie conjugale (2005),
La Femme du Ve (2007), adapté au cinéma en 2011 par Pawel Pawlikowski, avec Kristin Scott Thomas et Ethan Hawke,
Quitter le monde (2009),
Cet instant-là (2011),
Cinq jours (2013),
Murmurer à l’oreille des femmes (2014),
Mirage (2015),
Toutes ces grandes questions sans réponse (2016),
La Symphonie du hasard (2017-2018),
Isabelle, l’après-midi (2020),
Les hommes ont peur de la lumière (2022),
Et c’est ainsi que nous vivrons (2023
Ailleurs, chez moi (2024).

Tous ses ouvrages ont paru chez Belfond et sont repris chez Pocket.
Douglas Kennedy a également publié une série de livres jeunesse illustrés par Joann Sfar, Les Fabuleuses Aventures d’Aurore, aux éditions PKJ.

Conte, Drame, Fantastique, Frisson horreur, Thriller psychologique

De fièvre et de sang

de Cédric Sire
Broché – 1 janvier 2010
Éditeur : Le Pré aux Clercs

Ils semblent se nourrir de sang. Leurs victimes sont retrouvées exsangues. Eva Svärta et le commandant Vauvert viennent enfin de mettre un terme aux agissements des frères Salaville. Mais les meurtres continuent, défiant toute logique. Les talents d’Eva, policière albinos dotée d’un instinct hors normes, vont la conduire aux frontières de la rationalité. Là où, à tout instant, les ténèbres menacent de s’ouvrir sous vos pieds, où votre propre reflet dans le miroir pourrait vous engloutir, où la part d’ombre qu’Eva porte en elle causera sa perte ou lui sauvera la vie…

Dès les premières pages, j’ai su que je ne refermerais pas ce livre avant d’en avoir arraché la dernière ligne. De fièvre et de sang m’a happé comme une bête dans l’ombre, m’a entraîné là où l’horreur côtoie le sacré, là où les monstres ont parfois un uniforme et les anges, un masque de porcelaine.

Tout commence dans une ferme isolée, au cœur de l’horreur. Une jeune fille, ligotée sur un matelas souillé, des miroirs brisés comme autant de reflets de folie, et deux frères dégénérés, plus fangeux que humains. Mais l’odeur de souffre va bien au-delà du simple fait divers, le surnaturel rôde. Et il a des crocs. Dans cette atmosphère saturée de peur et d’énigmes, deux figures se dressent, le commandant Vauvert, brute bourrue au cœur cabossé, et Eva Svärta, profileuse albinos, aussi fascinante qu’énigmatique, marquée dans sa chair et son esprit par un passé indicible. Le duo fonctionne à merveille, entre tension, ironie et complémentarité troublante.

Cédric Sire nous livre ici un thriller qui flirte avec le gothique et le fantastique (j’adore !!!), tout en gardant les pieds dans une enquête policière solide. L’écriture est vive, dense, parfois baroque, souvent cruelle. Elle convoque les ombres de Poe, des idées de Baudelaire, les cauchemars de Clive Barker. On sent les influences, mais la voix est bien celle de Cédric, brute, directe et très envoûtante.

Plus j’avançais, plus le roman m’entraînait vers l’abîme, un personnage étrange, un masque figé, des jeunes filles saignées, et cette question obsédante. “Et si la légende de la comtesse Erzsébet Báthory, n’en était pas une ?”

Le récit m’a glacé, et pourtant, j’en redemandais. Addictif, terrifiant, viscéral. C’est un roman qui vous attrape à la gorge, vous secoue, vous trouble, vous hypnotise… m’a hypnotisé…
Et quand vient la chute, magistrale, brutale, inattendue… j’ai refermé le livre, le souffle court, désarçonné…

Cédric Sire signe ici un chef-d’œuvre de noirceur et de tension. Une pépite pour ceux qui aiment les histoires qui saignent et les vérités qui dérangent.

Extraits :

« Quand ils l’avaient traînée de force ici, sans qu’elle ne puisse rien faire pour se défendre, quand ils lui avaient arraché ses vêtements un par un, jusqu’à ce qu’elle soit entièrement nue, et qu’ils l’avaient attachée à des sangles, solidement serrées autour de ses poignets et de ses chevilles, sur un matelas poisseux, elle avait encore cru qu’ils ne voulaient que la violer – et cette pensée était déjà insupportable -, mais au fond d’elle, là où l’âme ne se ment pas, elle le savait. Ses tripes le savaient. Ce qu’ils allaient lui faire quand ils reviendraient serait bien pire qu’un viol. »

« Aucun des deux frères ne se releva de la table d’autopsie. Cela n’empêcha pas la presse de leur trouver le surnom de “vampires de la montagne Noire” et de diffuser toute une cascade de descriptions, plus ou moins discutables, au sujet de la folie meurtrière qui s’était emparée de ces deux hommes.
Après tout, ils avaient tué plus de vingt jeunes femmes de manière particulièrement atroce, sur une période d’une année entière, et cela en toute impunité. Le mystère autour de ce qu’ils avaient bien pu faire de tout ce sang – et de la peau des visages, qu’on n’avait pas retrouvée – demeurait une source de spéculations quasi inépuisable. Une manne, pour les médias, de tous genres et de tous bords confondus. »

« Le soleil avait disparu depuis longtemps quand, derrière la baie vitrée, un éclair illumina le ciel. Les premières gouttes de pluie commencèrent à tinter contre les vitres, presque avec timidité. Puis le tintement devint rafale. La pluie se changea en orage, où il n’y avait plus aucune timidité. Juste la volonté de s’abattre, de frapper, avec une rage sans cesse accrue. »

« Le sang.
Tout ce sang.
Jailli de ce corps-là, désarticulé en travers de la table.
Le sang a éclaboussé les murs, la moquette, les fauteuils en cuir. Les projections ont atteint jusqu’à la baie vitrée. À la lueur des éclairs, il s’écoule, douce-ment, imitant la pluie au-dehors.
Tout ce sang merveilleux.
Cette éternelle source de pouvoir. »

……………………………

Sire Cedric, né le 24 octobre 1974 à Saint-Gaudens, est un écrivain français auteur de thriller.
Après des études d’anglais, il travaille quelques années dans le milieu de l’édition, du journalisme et de la traduction, tout en publiant dans les pages de magazines des nouvelles fantastiques et policières, fortement inspirées par des auteurs tels que Stephen King, Clive Barker ou encore Edgar Allan Poe.

Depuis 2005, il se consacre entièrement au métier d’écrivain, publiant des thrillers souvent teintés de surnaturel.

Il a reçu le prix Masterton pour son roman L’Enfant des cimetières et le prix Polar (festival de Cognac) pour son thriller De fièvre et de sang. En 2014, il reçoit le prix Littéraire Histoires de Romans pour son thriller fantastique, La Mort en tête.

Ses livres sont traduits en anglais, en polonais et en turc.

Il a également été vocaliste du groupe de death metal Angelizer.

Aujourd’hui, Sire Cedric vit et écrit à Toulouse.

Polar, Psychologie, Thriller psychologique

Je te mens

de Maxime Girardeau
Broché – 7 mars 2024
Éditeur : Istya & Cie


Un corps affreusement défiguré, aucun indice et un suspect muré dans le silence, l’enquête de la commandante Castro se présente mal. Le cadavre a été retrouvé dans l’appartement d’un écrivain célèbre en mal d’inspiration. Pressé par les délais, il aurait fait appel à l’intelligence artificielle pour stimuler sa créativité. Mais on ne danse pas impunément avec le diable.

Un suspense hitchcockien au service d’une intrigue à la Black Mirror.

Maxime Girardeau a travaillé dix ans chez Microsoft et fondé un incubateur de start-ups. Il est l’auteur chez Fayard de deux polars repris par Pocket et traduit en trois langues, Persona (2020) et Ego (2022).

Je viens de refermer Je te mens de Maxime Girardeau, et comment vous dire… Je suis encore sous le choc !
Un thriller étonnant, vertigineux, qui m’a tenu en haleine du début à la fin et plus encore. Je n’arrête pas de me trituré le cerveau à son sujet !

Max Guerarida, écrivain en perte d’inspiration, décide de s’aider de ChatGPT pour retrouver l’élan créatif. Mais pas question de tricher : l’IA devient un personnage à part entière, qu’il baptise Loïe.

Ce qui commence comme un jeu d’écriture bascule vite dans l’étrange. Max s’obsède pour son voisin, Nathan, qu’il espionne et transforme en personnage… jusqu’à ce qu’un cadavre soit retrouvé dans son appartement et que Max disparaisse du jour au lendemain sans laisser de trace. L’enquête est confiée à la commandante Castro et au capitaine Brabant, mais ce n’est qu’une des facettes du récit. L’autre, plus troublante encore, c’est ce lien ambigu entre Max et Loïe. L’écrivain parle avec l’IA comme à une confidente, une muse, voire une amante virtuelle.

Maxime Girardeau joue avec les frontières entre réel et fiction, entre l’humain et la machine. Et il le fait avec une virtuosité qui force mon admiration. L’intrigue est rythmée, les rebondissements nombreux, les personnages fascinants. Même le nom du héros — Max Guerarida — brouille les pistes en miroir avec celui de l’auteur. D’ailleurs comme il le précise au début de son roman il a utilisé lui-même cet artifice de l’IA, durant son écriture, et tout ce que dit “sa Loïe” est reproduit tel quel, sans retouche, en italique dans le texte. Je ne sais pas pour vous, mais je trouve l’idée aussi incroyable que brillante ! Mais surtout, Maxime ne triche pas !

Ce roman m’a aussi fait réfléchir.
Une IA peut-elle vraiment coécrire une œuvre littéraire ? Peut-elle avoir un style, une voix, une âme ? Et que devient la vérité dans tout cela ? Force est de constater que nous sommes entré dans un monde nouveau, qui va vite, très vite. Mais jusqu’où ira-t-il ? Ne risquons-nous pas un jour de perdre notre place d’humain sur Terre ?

Je te mens est un thriller singulier, très maîtrisé, et résolument contemporain.
À mes yeux une réussite totale que je conseille vivement.

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Extraits :

« Le jour se lève.
Dans le monde physique, peu de phénomènes ont un pouvoir plus grand que l’aube. Par sa simple apparition, elle transforme la perception de tout ce qui nous entoure. La pierre, les arbres, l’eau, le ciel, les animaux, tout change à son contact. Même les visages et les corps. L’aube n’a qu’à se lever pour que tout ce qu’on percevait mal vous transperce soudain de sa grâce. »

« “— Tu sais à qui cette voix me fait penser ?” m’a demandé Mathieu.
J’ai senti mon pouce toucher mon annulaire à la recherche du fantôme de mon alliance et j’ai éprouvé le vide de ma poitrine. J’ai serré le poing pour le recouvrir de ma colère. »

« “Qui êtes-vous ? Où est Max ?” demande une voix à la fois artificielle et sensuelle, cuivrée et éraillée, le tout relevé d’un accent italien. »

« Lorsque la commandante Castro et la capitaine Brabant pénètrent dans les bureaux de Cryptax, ils sont surpris de découvrir que ce que les reportages télé montrent des start-up du nouveau monde est exact: il y a bien des jeunes en jeans et baskets, une moyenne d’âge d’à peine trente ans, de la nourriture gratuite, des espaces écologiques, l’éternel baby-foot, des tenues vestimentaires dépareillées et pour les hommes, des moustaches étranges qui rappellent les Village People. »

Maxime Girardeau a passé plus de dix ans à travailler dans le marketing pour Microsoft.
Il partage aujourd’hui son temps entre l’écriture et la direction d’un incubateur de startups.
Il est l’auteur de PERSONA (Fayard, 2020) sélectionné pour le Prix des Nouvelles Voix du Polar et d’EGO (Fayard, 2022), finaliste du Prix Landerneau du Polar.
Les livres de Maxime ont été publiés au Japon, en République tchèque et en Russie.

Drame, Polar, Suspense, Thriller psychologique

L’Affaire Isobel Vine

de Tony Cavanaugh
Poche – 8 mars 2018
Éditions : Points

Et dire qu’il s’était juré de ne plus y remettre les pieds. Quatre ans après avoir quitté la police de Melbourne, Darian Richards s’apprête à réintégrer les rangs de la Criminelle. Quel enquêteur ne rêverait-il pas de résoudre la célèbre affaire Isobel Vine ? Une affaire d’autant plus délicate que quatre jeunes flics participaient à la soirée fatale. Vingt-cinq ans après cette mort suspecte, Richards est bien décidé à faire triompher la vérité. Au risque de voir tomber ses plus proches alliés.

« Pas moyen et aucune envie de décrocher. »
Bernard Poirette, « C’est à lire », RTL

« Un cold case chaud et bien huilé. »
Julie Malaure, Le Point

Très bon polar qui renouvelle le genre. Les personnages sont mystérieux, barrés, mais attachants, avec flics ripoux et ambigus mais surtout une intrigue qui tient la route. L’écriture m’a happée. Précise, acérée, presque sèche, mais incroyablement évocatrice. Une narration qui épouse le rythme des personnages : entre tension et langueur, lucidité brutale et désespoir contenu.

Ce n’est pas l’intrigue en soi qui m’a saisi, même si elle tient la route, c’est cette atmosphère, cette immersion dans les coulisses troubles d’une police où la ligne entre le bien et le mal est constamment floutée. Le meurtre d’Isobel Vine, 25 ans plus tôt, n’est que la porte d’entrée vers un univers où chacun a ses ombres, ses pactes et ses silences.

Le rythme est étrange, hypnotique. j’avançais sans courir, mais je n’ai jamais décroché. J’ai aimé cette tension douce, cette impression d’être dans un polar qui pense autant qu’il cogne.

Et puis il y a l’écriture de Tony Cavanaugh qui m’a m’a bluffé de bout en bout, nerveuse, parfois cynique, mais toujours juste. Sa manière de faire parler les rues, les souvenirs, les blessures aussi. Je pense que la traduction de Fabrice Pointeau n’y est sans doute pas pour rien.

Un vrai polar noir, sans tape-à-l’œil. Dense, humain, implacable… Je referme ce livre avec le sentiment d’avoir vécu une lecture différente.
Une belle découverte.

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Extraits :

« Je coule.
Tout autour de moi, la pression et les remous de l’eau. Au-dessus de moi, une surface chatoyante, l’éclat tacheté du soleil. Je ne peux pas remonter vers lui. Je n’entends rien hormis le rugissement dans mes oreilles. Je coule. Sous moi, je ne vois aucune forme, tout est sombre. Je descends vers le fond de l’océan. Si je l’atteins vivant, j’entendrai probablement un bruit sourd en le heurtant. Mes bras s’agitent, mes jambes se débattent, j’essaie de trouver quelque chose de ferme pour y poser les pieds, pour rebondir dessus vers la surface, mais il n’y a rien, juste l’écrasement de l’eau. »

« Je déteste l’eau. Pas le truc qui coule des robinets – ça, ça va. Je déteste être dedans. Les océans. Les lacs. Les piscines. Les rivières. J’ai failli me noyer à onze ans. Mon père, dans une furieuse crise de je-ne-sais-quoi, après de trop nombreuses bières et voyant mes regards inquiets, m’a soulevé du sol de notre petite embarcation de location et balancé dans la mer. J’ai coulé. Dans ce qui était je suppose un soudain accès de culpabilité, il a plongé à ma suite et m’a attrapé alors que j’étais en train de boire la tasse, puis a remonté mon corps inerte jusqu’à la surface. »

« Mes pieds me faisaient souffrir. C’était la première fois en quatre ans que je portais des chaussures en cuir. Je portais aussi un costume, également pour la première fois en quatre ans. Chemise enfoncée dans le pantalon et cravate serrée autour du cou. J’approchais du QG de St Kilda Road, gravissais les marches et pénétrais dans le hall. C’était mon premier jour de boulot en tant que flic réintégré. »

« J’espérais que si mon enquête révélait une implication des policiers dans la mort d’Isobel, je n’aurais pas à subir les assauts et la pression du syndicat contre moi, car pour ce qui le concernait, ses membres étaient respectables et devaient être défendus coûte que coûte.
J’essaie d’éviter la politique, mais c’est impossible. sElle est là, comme le mal. On peut fermer les yeux, certes, mais les machinations et les pactes en coulisse sont comme une rumeur permanente dans le monde de la police, comme les rouages d’une machine. »

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Tony Cavanaugh est un auteur de romans policiers, scénariste et producteur.

Après des études universitaires dédiées à la littérature anglaise et à l’histoire de l’art, il débute sa carrière dans l’industrie cinématographique où il a travaillé pendant plus de trente ans.

Il est auteur d’une série policière ayant pour héros Darian Richards, ancien policier ayant quitté la brigade des homicides pour une retraite solitaire loin du crime. La promesse (« Promise », 2012) est le premier tome de la série.

L’Affaire Isobel Vine (« Kingdom of the Strong », 2015) est son premier roman publié en France (Sonatine).

Tony Cavanaugh vit à Melbourne.

son site : https://www.tonycavanaugh.com/
page Facebook : https://www.facebook.com/

Drame, Folie, Thriller, Thriller psychologique, Violence

Papillon de nuit

de David Belo
Broché – 15 mai 2025
Éditeur : Éditions Taurnada

Tiffany Malcom, photographe, travaille occasionnellement pour la mairie d’Opatoma. Alors qu’elle couvre la fête annuelle en l’honneur du père fondateur de la ville, Lily, sa fille de 7 ans, disparaît.
Depuis ce jour, inconsolable, c’est une lente agonie pour la jeune femme, entre drogues en tout genre et scarifications…
Lorsque son dealer lui propose une nouvelle substance, Tiffany n’hésite pas longtemps. Durant son trip, elle se retrouve propulsée dans les années 1800, où sévit un redoutable et mystérieux kidnappeur d’enfants… Aussi improbable que cela puisse paraître, la photographe est peu à peu persuadée qu’il s’agit de l’homme qui a enlevé sa fille !
Mais où se trouve la frontière entre hallucination et réalité ? Comment démêler le vrai du faux sans perdre la raison ?…

J’ai découvert l’écriture de David Belo, il y a un an, avec Mon ami Charly. Depuis, quelque chose de son style me poursuit. Une voix singulière, radicalement étrangère à ce que j’avais pu lire jusque-là dans ce registre. Papillon de nuit n’a fait que renforcer cette impression, une claque douce-amère, dérangeante, mais tellement magnétique.

Tiffany Malcom, l’héroïne, une femme brisée qui n’est plus que l’ombre d’elle-même depuis la disparition de sa fille. Elle sombre dans la drogue, elle dérive, se mutile, s’anesthésie, mais s’acharne à survivre. Jusqu’au jour où un dealer lui propose une drogue inédite, et dès la première prise, elle se retrouve projetée dans un autre siècle, quelque part dans les années 1800. Là, elle croise un homme inquiétant affublé d’un chapeau tricorne et… de six doigts. Sa présence seule est un malaise. Puis, c’est le retour brutal à son époque. Ses voyages se répètent. Et peu à peu, une certitude s’impose. Cet homme est forcément lié aux enlèvements d’enfants, dans le passé comme dans le présent. Alors elle tente l’impossible : l’arrêter, peu importe le siècle.

Roman sombre, viscéral, souvent trash, Papillon de nuit n’épargne rien. Il m’a captivé. Ce qui pourrait être insupportable devient une expérience de lecture saisissante grâce à la plume de David, qui manie le chaos avec une précision presque chirurgicale. Il m’a plongé dans les rues angoissantes d’Opatoma, cette ville fictive aux contours concentriques, mi-cauchemar gothique, mi-reflet du réel, quelque part sur la côte Est des États-Unis. Là, le passé et le présent s’entrelacent jusqu’à nous perdre.

Ce que j’ai aimé, au-delà de l’intrigue, c’est cette immersion totale dans l’esprit de Tiffany, avec ses fêlures, ses résistances, sa lucidité vacillante. Et puis cette galerie de personnages… tantôt touchants, tantôt glaçants, souvent les deux à la fois. David a décidément un univers bien à lui. Pour qui aime se perdre dans des récits où le fantastique ronge malheureusement la réalité, voire même l’actualité toute récente, celle que l’on doit regarder bien en face, que l’on doit à tout prix éradiquer. Papillon de nuit est une invitation troublante, un rappel à l’ordre… inoubliable.
Alors, « Adieu ! petit papillon.

Merci aux éditions Taurnada pour ce voyage sans retour garanti.
Un vrai frisson pour tous les amateurs du genre.
Remerciement aussi à mon ami Marc Schaub pour son talent photographique, qui a inspiré le visuel d’introduction de mon Ressenti…

D’ailleurs, je vous invite à jeter un coup d’œil sur sa page : https://www.facebook.com/profile.php?id=100013440751787&sk=photos_by&locale=fr_FR
Vous allez prendre des “rêves” plein la tête !

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Extraits :

« Il m’eut fallu un courage inébranlable pour ouvrir les yeux, affronter et délier ce sac de nœuds. Car il en allait de ma responsabilité, la population avait foi en moi.
La Jouivénile devait être éradiquée… de toute urgence.

Je suis John MacDugall.
Je suis l’alpha et l’oméga.
Je suis la mémoire.
Je suis le Jugement dernier.
Je suis inéluctable.
Je suis OPATOMA.

Extrait du livre rouge. »

« Malgré un visage très amaigri et blanc à faire peur, à cause de la dépression, David était un vrai gentil. Le genre de personne sur qui on pouvait compter, jamais un mot plus haut que l’autre, toujours prêt à rendre service, le gendre idéal en somme… jusqu’à aujourd’hui.
L’annonce de son obsolescence programmée avait éveillé cette noirceur dormant au fond de ses entrailles.
Et la petite voix, « Jiminy », était entrée en scène. »

« Tiffany sortit de la douche à peine vêtue. Sur une musique des Doors, elle l’aguicha avec sensualité, et David ne se fit pas prier. Envoyant valser toutes retenues, il l’enlaça de ses gestes bestiaux et la plaqua contre la verrière.
Fesses nues en contact avec la vitre glacée.
Peaux moites.
Respirations saccadées.
Excitations au paroxysme. »

« Boom / Boom ! Boom !
Éjectée de son propre corps, une projection astrale, détachée de sa chair, de son sang.
Comme aspirée par un trou noir, l’âme de Tiffany fut arrachée à ses entrailles et renvoyée à son époque.
Ne dit-on pas qu’il ne faut jamais réveiller un somnambule, le sortir de sa transe, du cauchemar ?…
L’extirper de sa petite mort ?
Boom ! Boom !
Ça cogne à la porte. »

David Belo est un peintre et décorateur en bâtiments depuis 1997… il est aujourd’hui artisan Spécialiste en décoration, entreprise BeloDeco (ancienne technique décorative : patine, imitation bois, imitation marbre, fresques etc…. )

Il a commencé la peinture sur tableau en janvier 2017. La passion du métier ainsi que ses connaissances lui permettent une bonne évolution dans le domaine de l’art. Peinture et photographie sont naturellement devenues sa façon de penser… vivre… Ses toiles sont réalisées avec des peintures de bâtiment, il joue avec les matières et les transparences de glacis à l’ancienne. (huile de lin – térébentine – pigments en poudre)

Il vit et travaille à Mogneville (France).

Passionné de films d’horreur, thrillers et adepte des livres audio, c’est à son tour d’inviter les lecteurs à frissonner au rythme de ses mots.

  • Auto-édition du recueil photographique des tableaux d’auteurs Portraits & mots d’écrivains (2020).
  • Représentation du tableau “Il était deux fois” de Franck THILLIEZ (2021), publié dans la version poche.
  • Mourir gentiment (2021), novella au format switch, Publié par Hugo Publishing sur Nextory.
  • OPATOMA, le fleuve aux mille morts (2023), aux éditions LBS, diffusion Dilisco, groupe Albin Michel. Parrainé et Bandeau sur couverture par Claire Favan, auteure.
  • Le monde part en vrille (2023), Nouvelle au format numérique aux éditions Taurnada.
    https://leressentidejeanpaul.com/2024/05/17/le-monde-part-en-vrille/
  • MON AMI CHARLY (2024), édition Taurnada.
    https://leressentidejeanpaul.com/2024/05/15/mon-ami-charly/
Drame, Frisson horreur, Thriller psychologique

L’Empathie Tome 2

de Antoine Renand
Broché – 12 octobre 2023
Éditeur : Robert Laffont

Plusieurs années après l’affaire Alpha, c’est dans une unité toujours traumatisée que Margot Tréabol rencontre le commandant Euvrard pour intégrer le 2e district de police judiciaire, la  » brigade du viol « .
Accompagnée de son collègue Théo, Margot mènera l’enquête dans le milieu des discothèques, où un prédateur pique des jeunes femmes avec des seringues remplies de GHB, avant d’abuser d’elles.

Parallèlement à cette traque, Serflex, un violeur en série qui sévissait par cycles depuis vingt-cinq ans, réapparaît. Son mode opératoire : écrire à ses futures victimes pour les prévenir qu’un jour il s’en prendra à elles. Dans un mois ? Un an ? Dix ? Afin de les plonger dans la terreur ; dans une torture psychologique, avant la potentielle torture physique.
Pour les forces de police, ce monstre demeure un mystère. Y compris pour un ancien flic, ayant autrefois travaillé sur ce dossier : Anthony Rauch.

Après Alpha, place à Serflex, un prédateur qui harcèle ses victimes des années avant de frapper. Antoine Renand livre un thriller aussi noir que brillant, porté par des personnages puissants, une enquête haletante et une atmosphère oppressante. Une suite encore plus maîtrisée…

Avec ce deuxième tome de L’Empathie, l’auteur prouve qu’il ne se contente pas de réitérer une formule. Il l’enrichit, l’approfondit, et l’assombrit même. Si Alpha, incarnait un mal brut, Serflex est plus insidieux, plus pervers, instaurant une terreur psychologique aussi intense que la violence physique.

La brigade du viol reprend du service, cette fois sous la houlette d’un duo remanié : Théo, qu’on avait déjà rencontré, et Margot Tréabol, une recrue déterminée, sur une double enquête. Un prédateur utilisant du GHB pour neutraliser ses victimes, et le retour glaçant d’un violeur en série à l’identité troublante. On retrouve bien sûr Anthony Rauch, ancien flic hanté par ses démons, qui n’a pas dit son dernier mot, il revient dans le jeu, apportant profondeur et tension, rattrapé par l’ombre d’Alpha et la noirceur de Serflex.

La psychologie des personnages est toujours aussi fine, l’écriture incisive et acérée est presque cinématographique, les rebondissements nombreux et maîtrisés. L’auteur excelle à dresser des portraits psychologiques complexes, humains, marqués par la douleur. Le rythme est implacable, les scènes marquantes, et le malaise palpable.

Plus qu’un simple thriller, le tome 2 m’a interrogé les mécanismes du mal, la mémoire traumatique, et la frontière parfois floue entre la justice et la vengeance. Une suite plus forte, plus noire, et qui laisse espérer (ou redouter) une nouvelle plongée dans les ténèbres, dans un nouveau tome à venir…

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Extraits :

« Elle ne pouvait cacher que quelque chose chez lui la fascinait. Une intensité particulière ; la combinaison d’une aisance absolue et d’un accablement. Avec une détermination affûtée comme une lame, faisant fi du regard des autres et des dommages collatéraux… dans laquelle Margot, qui n’aimait pas les conventions et dédaignait les compromis, se retrouvait.
Et puis, il y avait son mystère… »

« UN JOUR, JE M’EN PRENDRAI À TOI.
JE PÉNÈTRERAI CHEZ TOI, TE VIOLERAI.
TU NE SAURAS PAS QUAND.
PEU IMPORTE OÙ TU IRAS VIVRE, JE TE RETROUVERAI.
JE T’OBSERVE…
Les espionner demeurait la plus délicieuse étape. Le miel. Les préliminaires. Capter leur réaction, de loin, être témoin de leur détresse. Voir lesquelles devenaient vigilantes ; lesquelles décidaient de vivre normalement, avant tout ! Ces deux profils avaient toujours existé. »

« Elle avait du plaisir à se trouver avec ses collègues masculins, à sentir qu’elle faisait partie de leur équipe. Non qu’elle s’estimât inférieure au contraire, et elle abhorrait le machisme ou qu’elle n’appréciât pas la compagnie des femmes… Mais depuis toujours, les activités considérées – à tort comme celles des mecs la séduisaient. Les sports de contact, de vitesse, le risque… Son père avait longtemps voulu la cantonner à des loisirs, puis à des professions jugés plus féminins. La police était un concentré de tout ce qui l’attirait. »

« Ce n’est que ma part de vérité mais… ce genre de gens sont comme schizophrènes : ils se voudraient altruistes, bienfaiteurs de causes nobles, mais leur espèce est celle des égoïstes, des individualistes… des prédateurs. Leur misanthropie n’est jamais cachée loin derrière leur philanthropie de surface. »

Antoine Renand est un écrivain, scénariste et réalisateur français.
En 2019, il publie son premier roman, L’Empathie, aux éditions Robert Laffont. Très remarqué par la critique et par le public, le livre est lauréat du prix Nouvelles Voix du polar et finaliste du prix Maison de la presse. Ses romans suivants, Fermer les yeux (à nouveau finaliste du prix Maison de la presse) et S’adapter ou mourir, connaissent le même succès. L’Empathie tome 2. La Fille de Jonathan Becker sort aux éditions HarperCollins le 5 mars 2025.