Émotion, Psychologie, Suspense, Thriller psychologique

Je suis un monstre

de Christine Adamo
Broché – 5 mars 2026
Éditeur : TAURNADA

Moi, c’est Tom. J’ai 7 ans, un cerveau trop fort, une maman trop horrible, un papa et un chien trop gentils que je veux rejoindre dans les Ardennes.
Mais entre un double pas sympa dans ma tête et des gens qui sont morts partout sans prévenir, c’est pas gagné.

Une histoire drôle, noire et bizarre, comme la vie. Mais en pire.

Tom a sept ans.
Tom est un enfant surdoué.
Et très vite, je comprends qu’il n’est pas tout à fait seul dans sa tête.

Dès les premières pages de “Je suis un monstre”, un mot s’impose à moi. Troublant. Puis viennent terrifiant, fascinant, déroutant… et même amusant. Une avalanche de mots en “ant”, comme un clin d’œil involontaire à cette lecture et à son style totalement… captivant.

Tom pense vite. Trop vite. Ses idées s’entrechoquent, ses raisonnements fusent, ses émotions débordent. Et dans ce tourbillon mental, il y a “l’autre”. Le deuxième Tom. Celui qui murmure, qui pousse, qui dérange, prend de plus en plus de place. Celui qui n’est pas gentil du tout… Alors Tom lutte. Il tente de reprendre le contrôle, d’étouffer cette présence qui prend de plus en plus de place.

Je me suis laissé happer par cette voix d’enfant à la fois drôle, lucide et terriblement inquiétante. Car sous ses remarques naïves se cache une noirceur déconcertante. Tom observe le monde avec une logique implacable, presque clinique. Et moi, lecteur, je me suis retrouvé enfermé dans sa tête, prisonnier de ses pensées, balloté entre sourire et malaise.

Le récit est sombre, cynique, parfois cruel. Il bouscule les repères. Où est l’innocence ? Où commence le mal ? Et pourtant… j’ai ri. Oui, ri. Parce que Christine Adamo manie l’humour avec une audace folle, glissant de la légèreté là où je ne l’attendais pas.

Rarement un style m’aura autant marqué. Du premier mot jusqu’au point final, l’auteure assume une écriture singulière, presque dérangeante. Un style qui aurait pu me fatiguer… mais qui m’a au contraire ébloui. Elle ne transige pas. Elle va au bout de son parti pris, et c’est précisément ce qui rend le roman si puissant.

Je suis un monstre est un texte qui interroge profondément les notions de bien et de mal. Il dérange, il amuse, il inquiète. Et contre toute attente, je me suis attaché à ce petit monstre en culotte courte.
Et si finalement Tom était tout seul dans sa tête ?

Un roman audacieux, brillant, impossible à lâcher.

Un immense merci à Joël et aux éditions Taurnada pour ce nouveau service de presse qui, une fois encore, frappe très fort.

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Extraits :

« Moi, c’est Tom. Et ça veut dire que Tom, c’est mon prénom. Et « c’est le plus important », que dit papa, surtout maintenant que maman a été divorcée, et qu’en plus de plus habiter avec lui, elle veut plus qu’on porte son nom, ni moi, ni elle. Donc, il faut que je trouve une solution pour aller le retrouver, et c’est pour ça que j’écris, vu que les virgules et les points, ça oblige mes idées à se mettre dans le bon ordre. »

« Maman dit : « Ça ne sert à rien ! Tu deviendras un bavard inutile comme ton père ! » N’empêche que moi, papa, je le trouve méga-plus marrant qu’elle.
Rien qu’à la regarder, maman, je m’ennuie. Elle est grande et maigre comme une jambe de girafe, ses cheveux sont noirs, courts et raides comme le poil d’un ours. La différence, c’est que sa figure est beaucoup moins gentille que celle d’une girafe ou d’un ours.
Une girafe, ça fait pouet quand c’est une Sophie en jouet, un ours, ça console quand c’est un Paddington en peluche. Dans ma chambre à moi, il y a pas de peluches ni de jouets, vu que « on ne sait jamais, tu pourrais faire une allergie ». En plus que maman a aussi une petite bouche méga aplatie avec plein de poils dessus. »

« Je me souviens qu’au début, quand je voyais maman gonfler du ventre, j’avais peur qu’elle éclate et en mette partout. En plus, comme elle était déjà super-maigre, ça faisait comme une grosse cloque sur le doigt quand on se brûle avec la poêle-à-pommes-de-terre-rôties.
Le père-de-maman était méga-furieux. « Marie-Céline ! Tu es folle ! Comment vas-tu faire pour t’occuper de moi si tu as un autre enfant ? Je vais devoir prendre une infirmière à domicile et ça va me coûter une fortune ! De nos jours, les locataires sont de tels feignants que j’ai dû faire des travaux dans les appartements et je n’ai plus un sou devant moi ! Tu ne veux pas que je te déshérite, n’est-ce pas ? »

« Le décorticage d’idées, c’est peut-être ce qui a fait qu’après l’enterrement du père-de-maman, j’ai fait un cauchemar. Sauf que, ce cauchemar, il en était pas vraiment un.
J’explique.
Un cauchemar, c’est juste un rêve qui fait peur. Ça se passe dans la tête pendant qu’on dort. Et ça donne l’impression du pour-de-vrai, même si ça peut pas l’être (à cause que, dedans, il y a quelque chose de bizarre, genre, un renard avec une brosse à dents).
Le souci, c’est quand le cauchemar sort de la tête et vient dans la vraie vie. Comme ce soir-là, après l’enterrement. »

Écrivain française, Christine Adamo est issue du monde de la recherche comme l’est aussi Fred Vargas.

Enseignant-chercheur spécialisée dans l’information scientifique, sa passion pour la recherche environnementale et sa rencontre avec le cœlacanthe, l’ont amenées à participer à l’élaboration d’un parc naturel aux Comores pour la sauvegarde de ce fameux « chaînon manquant ».

Ses diverses activités professionnelles lui ont permis de voyager de par le monde, pour enseigner, participer à des conférences ou des colloques et écrire des articles scientifiques, pour finalement se mettre au roman.

Amour, Émotion, Drame, Suspense, Thriller psychologique

Un peu, beaucoup… jusqu’à la mort

Angélina Delcroix
Broché – 15 août 2019
Éditeur : Nouvelles Plumes

Depuis le décès tragique de l’un des leurs, l’équipe de Joy Morel peine à se remettre sur pied. Pour l’adjudante, le défi est d’autant plus grand qu’il lui faut aussi trouver l’équilibre entre sa carrière et sa vie de jeune maman. Mais quand une étrange affaire se présente, Joy retrouve son intuition et ses réflexes d’enquêtrice.
Un homme a été retrouvé mort à son domicile après un coma éthylique ; à ses côtés le cadavre de son épouse, ligotée et mutilée. Simple crime conjugal ? L’homme, un ancien alcoolique, n’avait pourtant pas bu une goutte d’alcool depuis des années.
Alors que d’autres couples sont retrouvés assassinés dans les mêmes conditions, une jeune femme déroule dans une série de lettres adressées à son père, le fil de leurs souvenirs…

« Attention, chef d’œuvre !
Si vous aimez les thrillers parfaitement construits, à la mécanique bien huilée,
avec des cliffhangers, retournements de situations et surprises en tout genre,
attachez vos ceintures, parce que là, ça dépote ! »
Philippe (Haut-Rhin)

« Un excellent thriller psychologique ! »
Nadège (Nièvre)

Avec “Un peu, beaucoup… jusqu’à la mort”, je referme la trilogie d’Angélina Delcroix avec le sentiment d’avoir traversé quelque chose de dense, de brutal, de profondément marquant. Ce dernier opus vient clore avec force tout ce qui restait en suspens, et je dois avouer que les frissons ressentis dans le tome précédent n’étaient qu’un prélude. Pour apprécier pleinement l’ampleur de ce final, je recommande vraiment de lire les deux premiers volumes, chaque événement prend ici une résonance particulière. Personne n’est épargné. Ni les personnages, ni moi, lecteur.

J’ai lu ce roman en apnée.
Impossible de lever la tête.
Impossible de ralentir.

Chaque page apporte son lot de rebondissements, de violences, de manipulations psychologiques. Des images se sont imprimées en moi, parfois difficiles à chasser. Les coups pleuvent, sans relâche, et je me suis laissé emporter dans ce rythme tendu, constant, sans véritable répit. Angélina prouve une fois encore qu’elle sait où elle va. Elle construit, elle resserre, elle frappe juste. Son intrigue est maîtrisée de bout en bout.

Au cœur de ce thriller, j’ai retrouvé des thèmes sombres et profondément humains : l’alcoolisme, la rédemption, l’enfance abîmée, la quête d’amour, les esprits en marge. Tout s’entrelace dans une enquête qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Plus j’avançais, plus je doutais. Les certitudes s’effritaient. Je ne savais plus qui croire, ni qui était réellement coupable.

Et puis vient l’explosion finale.
Un dénouement que j’ai vu se dessiner sans jamais pouvoir l’anticiper pleinement.

Je ressors de cette lecture secoué, conquis, impressionné par la puissance du récit et par sa cohérence. Angélina m’a tenu du début à la fin, sans me lâcher.

Un thriller intense, éprouvant, terriblement efficace.
À lire absolument !

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Extraits :

« Quand la dernière flamme se transforme en fumée odorante et que les mains cessent de féliciter bruyamment, l’organisateur de la soirée prend la parole :
— Félicitations, Jacques! Cinq années! Quel beau chemin. Je suis heureux que nous puissions, ce soir, évoquer ton parcours puisque nous accueillons un nouveau membre, et ton expérience est une fabuleuse entrée en matière. »

« — Je préfère ne pas vous dire mon prénom, il me semble que le mot « anonyme » sur votre porte me le permet. Je suis là, comme vous tous, pour un problème lié à l’alcool, mais je ne suis pas alcoolique, et je ne l’ai jamais été.
Les visages se figent sous l’effet de la surprise.
— Pourtant, vous pouvez être fiers de moi puisque ça fait, aujourd’hui, exactement dix jours que je n’ai pas tué. »

« Ton amour. Tu m’as dit que le jour où je suis née, tu as ressenti un amour incroyable, d’une force que tu n’aurais jamais cru possible. Tu me répétais souvent que j’étais la plus belle de toutes les princesses, et surtout, que j’étais la tienne. Que rien ne nous séparerait jamais.
Que tu serais toujours là pour moi. Que notre amour était incassable. Je buvais tes paroles à m’en rendre saoule.
Aujourd’hui, j’ai encore envie de m’attacher à cet espoir, malgré ce qui s’est passé. »

« Donelli reste silencieux. Il repense aux horreurs vécues par les enfants dans ce genre de réseau, au maillage énorme qui regroupe des personnes de tous milieux, même des plus hauts et surtout de ceux touchant aux enfants. Est-il possible de réajuster ses œillères après avoir vu le pire de l’espèce humaine ? Le « faire comme si ça n’existait pas » est juste rayé de la carte. Parfois, on voudrait que le déni s’installe pour rendre la vie plus légère. Mais l’inconscient est seul maître à bord. Lui seul décide de ce qu’il envoie aux oubliettes ou non. Et quand on devient parent alors qu’on a les pieds dans l’atrocité perpétrée par certains êtres abjects, l’instinct de protection et de survie interdit à l’oubli de s’installer. »

« Ce que je veux vous faire comprendre, c’est que sans le lieutenant Barrère, je serais en ce moment même en train de subir d’horribles sévices, ou pire encore, en train d’en infliger à des enfants. J’aurais préféré mourir plutôt que de devenir un monstre, mais ce sont eux qui contrôlent tout et qui décident si vous vivez ou si vous mourez, si on vous viole ou si vous violez, si on vous frappe ou si vous frappez, si vous tuez ou si vous vous arrêtez juste avant, quand la douleur de l’autre est à son paroxysme.
Ben porte la main devant sa bouche, et sa gorge s’obstrue à l’écoute de tant d’atrocités. Il prend conscience que c’est une jeune fille de 16 ans qui lui déballe tout cela. Un sentiment d’injustice se répand en lui. La vie ne peut pas imposer tant d’horreurs à une enfant et la faire grandir en enfer jusqu’à pourrir chaque cellule innocente de son corps, jusqu’à travestir son âme pure. »

Angelina Delcroix est née en 1978, à Luçon. Elle envisage de faire l’École de Gendarmerie pour travailler dans la police scientifique, mais après une Licence de Génétique et des études en Psychothérapie, et en criminologie à l’école de gendarmerie. Elle exerce comme psycho-praticienne en Vendée et consacre son temps libre à sa passion, l’écriture. Forte de ses diplômes, elle choisit le genre thriller psychologique.

Un premier roman, Ne la réveillez pas paraît en 2017 aux Éditions Nouvelles Plumes, dans lequel l’auteure crée le personnage de Joy Morel, adjudante, suivi par Si je serai grande en 2018, deux romans qui rencontrent le succès.
En 2019, sort son 3è roman, Un peu, beaucoup… jusqu’à la mort.
Angelina Delcroix se consacre désormais entièrement à l’écriture.

Ne la réveillez pas (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/02/17/un-peu-beaucoup-jusqua-la-mort/

Si je serai grande (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/08/si-je-serais-grande/

Drame, Psychologie, Suspense, Thriller psychologique

Le Refuge des affligés

de Céline Servat
Poche – 12 février 2026
Éditions : Taurnada

Alors que Gabrielle, gendarme à la brigade de recherches de Muret, enquête sur le meurtre atypique d’un SDF, Marco et son amie Manue participent à une retraite spirituelle.
Mais rien ne se passe comme prévu dans ce coin perdu des Pyrénées, et le besoin de se ressourcer est compromis par le meurtre de l’un des occupants des lieux…

Le danger guette
et personne n’est à l’abri.

Avec Le Refuge des affligés, Céline Servat est la suite de La Vallée des égarés. Pourtant, je peux affirmer qu’il se lit parfaitement de manière indépendante…

Dès la première page, je retrouve Marco dans une situation critique. Céline frappe fort, sans détour. Très vite, je suis happé par une construction narrative nerveuse, presque addictive. Aucun temps mort, aucune respiration inutile. Les chapitres s’enchaînent, différents, tendus, et me tiennent en alerte constante. Manipulations psychologiques, violences sourdes, dérives spirituelles… tout se mêle dans ce thriller intelligent qui explore avec finesse la frontière fragile entre quête de bien-être, spiritualité et emprise.

Marco Minelli, comptable et coupeur de feu, part dans un coin reculé des Pyrénées avec sa voisine et amie Manue. Il espère y affronter ses peurs lors d’une retraite spirituelle. En parallèle, une brigade de police à Muret enquête sur le meurtre d’un sans-abri. Deux fils narratifs qui finissent par se répondre, et qui renforcent l’impression d’un piège qui se referme.

Ce que j’ai particulièrement ressenti, c’est l’isolement. Céline maîtrise son décor avec précision. Un refuge de pierre, épais, presque hermétique, qui promet guérison et apaisement à sept âmes tourmentées. Peu à peu, une atmosphère étrange s’installe. Je perçois que quelque chose ne tourne pas rond, sans pouvoir l’identifier clairement. L’isolement géographique devient une menace. Les personnages, venus chercher la paix, se retrouvent coupés de tout, fragiles, exposés à des forces qu’ils n’avaient pas anticipées.

J’ai avancé dans ce roman comme dans un tunnel. L’écriture est immersive, la tension monte, l’angoisse s’infiltre. Je me suis laissé perdre à plusieurs reprises, preuve de la maîtrise de l’autrice. Et ce dénouement… je ne l’ai absolument pas vu venir.

Une lecture prenante, dérangeante parfois, mais redoutablement efficace.
Bravo Céline !

Et un grand merci à Joël Maïssa et aux éditions Taurnada pour cette découverte.

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Extraits :

« Marco Minelli revenait à lui peu à peu. Il ne savait pas vraiment où il se trouvait. Il s’appuya contre le mur avant de s’écarter vivement lorsqu’une douleur aiguë explosa dans son crâne. Dans le même temps, une myriade de couleurs envahit sa vision, alors même qu’il était dans une semi-obscurité.
Marco ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il voulut porter les mains à ses tempes pour calmer la douleur, quand il constata avec effroi que l’une d’elles était entravée.
Un bruit de chaîne confirma cette sensation.
Où était-il ? »

« Plus elle approchait de son but, et plus la dynamique quinquagénaire se demandait comment elle allait annoncer à son compagnon de route leur véritable destination. Sur le moment, son plan lui avait semblé simple mais, une fois concrétisé, les défaillances lui sautaient aux yeux. Sa principale source d’angoisse résidait dans la réaction de son ami. Comment allait-il appréhender son mensonge ? »

« Manue était institutrice. Plutôt que de s’installer dans la routine d’une école et d’une classe, elle avait choisi de faire des remplacements, découvrant des gamins, des collègues et des organisations variés au gré de ses affectations. Mère de trois enfants qu’elle avait pratiquement élevés seule, elle était une jeune grand-mère, énergique et fonceuse. Elle n’aimait pas tergiverser et l’humour était son principal mode de communication, notamment pour désamorcer des situations critiques. Marco avait petit à petit appris à décoder son cynisme. »

« Je m’appelle Ève. Je porte le prénom de la première femme dans l’interprétation biblique, même si je m’en remets plutôt à l’univers. Je serai votre guide pendant cette magnifique semaine. N’hésitez pas à me solliciter, je suis là pour vous. »

« Dans ma tête, quelque chose ne va pas. Certains détails me rendent hyper nostalgique: si j’entends une musique que j’écoutais beaucoup à 20 ans, l’âge où j’imaginais des possibles, où je me faisais des films, les larmes me montent aux yeux, je me sens oppressé. Si je rencontre quelqu’un qui a appartenu à mon passé, que j’ai perdu de vue, je me questionne sans fin sur ce qui se serait passé si j’avais pris d’autres décisions. »

Céline Servat est une Autrice de thrillers, polars et romans noirs.

Son premier roman Internato, le premier d’une trilogie sur les dictatures et les secrets de famille, est édité par M+ éditions en 2020. En 2021, sort le deuxième tome, Norillag, et en 2022, la trilogie se conclue avec Alambre.
Elle est aussi co-autrice de deux recueils de nouvelles, Au-delà de nos oripeaux, avec G Coquery, et Une plongée dans le noir avec son frère, le musicien Tomas Jimenez.
En 2024, les éditions cairn publient Le bœuf n’a plus la cote, un polar gourmand sur le thème ovalie et gastronomie, conformément à leur collection du même nom.
Mariée et mère de deux enfants, elle vit à Encausse-les-Thermes dans les Pyrénées Hautes-Garonnaises où elle travaille comme assistante sociale auprès d’enfants qui ont des troubles du comportement.
Céline est organisatrice du salon du polar T(h)ermes noirs. Elle est membre du collectif les louves du polar.

La vallée des égarés (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/12/la-vallee-des-egares/

Émotion, Drame, Sciences, Suspense, Thriller psychologique

Chaîne de crimes

de Chris Costantini
Broché – Grand livre, 22 janvier 2026
Éditeur : Istya & Cie

À New York, un meurtre réveille les ombres d’un crime jamais élucidé, et entraîne un détective hanté dans un face-à-face vertigineux avec la mémoire, le pouvoir et la science.

New York, 10 juillet. Samantha, meilleure amie de Thelonious Avogaddro, ex-détective du NYPD, est retrouvée assassinée. Le modus operandi et l’arme rappellent étrangement le meurtre de Laura, la sœur de Thelonius, survenu exactement cinquante ans plus tôt, le même jour.​

Décidé à ne pas laisser l’affaire lui échapper, Thelonious choisit de “doubler” l’équipe officielle du NYPD, trop exposée face à la notoriété de Samantha, figure respectée du monde politique et social new-yorkais. Il rouvre alors le cold case de sa sœur, mobilisant d’anciens indics, quelques journalistes spécialisés et son expérience d’enquêteur.​

Peu à peu, l’investigation le replonge dans un New York qu’il connaît trop bien : ingérences mafieuses, entrepreneurs immobiliers sans scrupules, luttes de pouvoir locales, mais aussi passé trouble et activisme féministe de sa sœur.​

À la frontière entre tradition et modernité, Thelonious s’ouvre aux outils d’intelligence artificielle, sans jamais renier son instinct et sa connaissance intime des ressorts de l’âme humaine. Jusqu’à ce qu’il découvre le “microchimérisme”, phénomène biologique alors confidentiel, qui remet en cause la fiabilité absolue de l’ADN et bouleverse la quête de vérité.

Je découvre un nouvel auteur avec Chaîne de crimes de Chris Costantini, un polar qui m’a immédiatement happé par une intrigue vraiment singulière. Dès les premières pages, je me suis retrouvé plongé dans une enquête où la police scientifique ne se limite plus à l’ADN. Comportementalisme, intelligence artificielle et même chimérisme viennent bousculer les certitudes. Autant dire que ma curiosité a été piquée très vite.

Tout commence par un assassinat à New York. Rapidement, l’affaire prend une tournure intime pour Thelonius Avvogado, ancien enquêteur du NYPD, lorsqu’un lien apparaît avec le meurtre non résolu de sa propre sœur, survenu des décennies plus tôt. J’ai particulièrement aimé la construction du récit, qui navigue entre deux époques et fait dialoguer passé et présent avec beaucoup d’efficacité.

Au fil des pages, j’ai eu l’impression de traverser une ville pleine de contrastes. New York se dévoile dans ses zones d’ombre, entre coulisses du pouvoir, arrangements douteux et argent qui circule dans les marges. Thelonius n’est pas un héros au sens classique. C’est un homme lucide, marqué par ses blessures, dont la sensibilité et l’acuité donnent une vraie profondeur à l’histoire. Sa manière d’observer, de ressentir avant d’agir m’a touché. Et puis il y a le jazz, omniprésent, presque comme une bande-son intérieure qui a accompagné ma lecture et donné au récit une atmosphère particulière.

Ce qui m’a le plus surpris reste la dimension scientifique du roman. Elle est très présente, parfois déroutante, et m’a amené à remettre en question des certitudes que je pensais solides. J’ai découvert des notions que je ne connaissais pas du tout et je me suis même retrouvé à faire des recherches en parallèle de ma lecture. À partir de là, impossible de décrocher, la fiction semblait rejoindre la réalité.

Chris va droit au but, en maintenant une tension constante, distillant des rebondissements efficaces jusqu’au dénouement. Les personnages sont travaillés, la psychologie fine, et l’ensemble s’inscrit clairement dans la tradition du polar américain tout en l’actualisant avec intelligence. Il explore avec justesse les thèmes de l’obsession, de la mémoire et des zones grises de chacun.

Une lecture que je recommande sans hésiter.
Et un grand merci à Annelyse Geneix pour cette belle proposition de découverte.

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Extraits :

« Ce devait être un magnifique 10 juillet aux dires des météorologistes. Pourtant des nuages menaçants s’amoncelaient au-dessus de Manhattan. C’était souvent le cas lorsqu’un vent frais venu des Appalaches se fracassait sur les courants plus chauds en provenance du golfe du Mexique. »

« – C’est devenu une affaire personnelle tu comprends.
Il ne dit rien mais il me connaissait par cœur. Il savait ce qui allait suivre : que je pèserais mes mots, les martèlerais même comme une promesse que je me faisais à moi-même, qui m’engagerait jusqu’à la fin de l’enquête et même au-delà. »

« – Il s’agirait d’une arme blanche, de coups de couteau, précisa Alex. Le premier a été fatal selon le légiste. Elle… elle n’a pas souffert. Nous avons cherché et vérifié tous les instruments tranchants, l’arme est introuvable.
Le corps de Samantha était désormais caché dans une housse noire zippée, sanglé à deux endroits, prêt à être embarqué pour l’autopsie. »

« Nous nous croisions aux repas et je mesurais à chaque fois l’abysse qui séparait nos deux générations. Une tectonique en mouvement. Il n’était plus question d’hommes et de femmes qui venaient de Mars ou de Vénus, mais bien de deux générations qui habitaient deux univers interstellaires très éloignés. »

Christophe Bourgois-Costantini, qui écrit également sous le nom de Chris Costantini, est né le 14 juin 1960 à Libreville, au Gabon. Il passe son enfance en Afrique entre le Mali et le Niger, fait ses études secondaires au collège Stanislas à Paris.
Père de quatre enfants, il est écrivain, entrepreneur, et conférencier.

Il est l’auteur de plusieurs romans policiers.
2009 : La Note noire,
2011 : À pas comptés,
2013 : Lames de fond,
2014 : Il n’est jamais trop tard,
2021 : Vazco,
2026 : Chaîne de crimes, qui poursuit la saga de Thelonious Avogaddro. Avec son héros, il partage sa passion de New York, du jazz, et sa connaissance des sciences comportementales, dans des intrigues à rebondissements et qui lui ont valu le surnom de « Bashung du Polar » par Le Point.

Il obtient le prix du premier roman du Festival international du film policier de Beaune pour La Note noire, le prix du Centaure noir pour Lames de fond, deux places de finaliste au prix du Polar francophone pour La Note noire et Lames de fond et une place de finaliste au prix de la Plume de cristal pour À pas comptés.

Sciences, Thriller ésotérique, Thriller psychologique

Le secret des secrets

de Dan Brown
Broché – 9 septembre 2025
Éditeur : JC Lattès

date, Katherine Solomon. La scientifique est sur le point de publier un ouvrage révolutionnaire sur la nature de la conscience humaine.
Un meurtre sauvage va soudain précipiter leur séjour dans le chaos. Katherine disparaît, et son manuscrit est piraté sur le serveur de son éditeur. Commence alors une course contre la montre dans Prague et ses mystères. Langdon se retrouve pourchassé par une étrange créature mythologique et devient la cible d’une organisation dont le projet pourrait changer à jamais notre conception de l’esprit humain.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Dominique Defert et Carole Delporte

Dan Brown fait partie de ces auteurs vers lesquels je reviens toujours avec le même plaisir. À ce jour, j’ai lu tous ses romans, et avec Le secret des secrets, il choisit de s’éloigner de ses terrains de jeu habituels, les mystères religieux et les sociétés secrètes, pour ancrer son intrigue au cœur d’une agence gouvernementale américaine redoutablement puissante : la CIA. À travers ce cadre, il interroge le pouvoir immense que certains individus peuvent exercer, parfois sans réel contrôle, et j’ai trouvé cette orientation particulièrement pertinente et glaçante.

Et quel plaisir de retrouver Robert Langdon, mon héros fétiche, une fois encore entraîné dans une succession de situations aussi improbables que dangereuses. À ses côtés, Katherine Solomon, spécialiste reconnue de noétique, s’apprête à donner une conférence à Prague. J’avoue que ce terme fut ma première recherche internet… et certainement pas la dernière. Comme souvent chez Dan Brown, le roman ouvre une porte vers des domaines scientifiques méconnus, complexes et passionnants.

Robert et Katherine, amis de longue date, vivent enfin une relation intime empreinte de respect mutuel et de profonde affection. Robert décide de l’accompagner à Prague, où Katherine s’apprête aussi à publier un ouvrage révolutionnaire sur la nature de la conscience humaine. Mais au moment où son éditeur s’apprête à découvrir le manuscrit tant attendu, tout bascule. Les éditions sont piratées et toutes les copies du livre disparaissent. Dès lors, les deux amoureux se retrouvent pris dans une spirale de mystères, de crimes et de dangers, au cœur d’une Prague fascinante et inquiétante.

Comme toujours, j’ai été happé par ce roman érudit, dense et riche en suspense. J’y ai appris énormément de choses, tant sur l’histoire et l’architecture de Prague que sur les ponts vertigineux… Mais pas seulement ! Dans ce récit j’ai plongé entre sciences, croyances et philosophie… Fidèle à sa signature, Dan Brown précise d’ailleurs avant de commencer le roman : “Toutes les œuvres, tous les objets, les symboles et les documents cités dans ce roman sont réels. Toutes les expériences, les technologies, tous les résultats d’expériences sont rigoureusement authentiques. Toutes les organisations mentionnées existent”. Wahou !!!
Une affirmation qui donne le vertige et m’a poussé irrésistiblement à creuser les références évoquées le long de ma lecture.

Malgré ses plus de six cents pages, il m’a été très difficile de lâcher ce livre, heureusement rythmé par des chapitres courts et efficaces. Entre action haletante et réflexions stimulantes sur l’évolution de la compréhension humaine, j’ai littéralement dévoré ce thriller scientifique.

Le secret des secrets est, à mes yeux, un véritable bijou pour les amateurs de thrillers intelligents et curieux des sciences.

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Extraits :

« Je devrais être morte, pensa la femme.
Elle flottait très haut au-dessus des tours de la vieille ville. Plus bas, les flèches de la cathédrale Saint-Guy brillaient au milieu d’une mer de points scintillants. Du regard – même si elle n’avait plus d’yeux -, elle contempla le château qui se dressait sur la colline, puis le labyrinthe de ruelles enneigées menant au cœur de la capitale de la Bohême. »

« Le Golem claudiquait dans la rue Kaprova, les pans de sa longue cape traînant dans la neige fondue. Sous son manteau, ses chaussures à grosses semelles compensées étaient si lourdes qu’il avait un mal fou à lever les pieds. Sur son visage et son crâne, la couche de glaise se durcissait dans l’air froid
Il faut que je rentre à la maison.
L’éther approche. »

« C’était terrifiant, Robert… Une silhouette se tenait au pied du lit. Une femme. Tout en noir. Elle avait une couronne hérissée de pointes sur la tête et elle tenait une lance argentée. Et il y avait cette odeur putride, l’odeur de la mort. Je t’ai appelé, mais tu n’étais pas là ! La femme me disait : « Robert ne peut pas te sauver. Tu vas mourir ! » Et puis il y a eu un bruit assourdissant et un grand flash de lumière. L’hôtel a explosé, il est devenu une grosse boule de feu. Et je me suis mise à brûler… j’ai senti les flammes me dévorer… »

« Mais pour être tout à fait honnête, il faut reconnaître que nombre de découvertes scientifiques ont paru absurdes au début – l’héliocentrisme, la rotondité de la Terre, la radioactivité, l’expansion de l’univers, la théorie microbienne, l’épigénétique, et j’en passe. Historiquement, la plupart des vérités scientifiques ont été considérées comme des aberrations, des choses impossibles. Ce n’est pas parce qu’une chose heurte notre entendement qu’elle n’est pas vraie et observable. Les Grecs de l’Antiquité ont soutenu que la Terre était ronde pendant deux mille ans avant que Newton puisse expliquer comment les océans restent en place grâce à la gravité. »

Dan Brown est l’auteur de l’un des plus grands phénomènes éditoriaux de tous les temps, le Da Vinci Code, mettant en scène le professeur de symbologie de Harvard, Robert Langdon, ainsi que des romans Forteresse digitale, Déception Point, Anges & démons, Déception Point, Inferno et Origine, publiés dans 56 langues et vendus à plus de 250 millions d’exemplaires.

Drame, Suspense, Thriller psychologique

Obsessions

de Émilie Chani
Broché – 15 janvier 2026
Éditeur : Éditions Taurnada

Et si traquer la vérité réveillait nos propres démons ?

1995. Un corps est retrouvé, soigneusement mis en scène. Rien d’un crime ordinaire.
D’autres morts suivent, toutes marquées par des détails troublants.
Pour le commandant Victor Dufresne, l’affaire devient obsessionnelle. Derrière chaque indice, il devine un fil invisible, une histoire ancienne qui remonte à la surface.
Mais à mesure qu’il approche de la vérité, il se heurte à ses propres failles…

Ce roman explore les cicatrices invisibles, les liens d’emprise et la frontière fragile entre victime et coupable.

Découvrir une nouvelle plume est toujours pour moi un vrai bonheur. Mais tomber, dès un premier roman, sur une telle maîtrise narrative, une construction aussi fine, des personnages aussi profondément travaillés et un final aussi éblouissant… là, je dis simplement : chapeau bas. Obsessions d’Émilie Chani m’a littéralement scotché, du début à la fin.

Comme une araignée patiente et redoutable, l’auteure tisse sa toile avec une précision impressionnante. L’enquête policière, pourtant menée avec brio, s’est rapidement retrouvée pour moi au second plan, tant la dimension psychologique et humaine du récit s’imposait avec force. Nous sommes dans les années 80. Nina est une enfant meurtrie. Son père, ravagé par l’alcool, devient violent, jusqu’à commettre l’irréparable. Condamné à la prison ferme, il laisse derrière lui une fillette brisée, recueillie par des grands-parents incapables de lui offrir l’amour dont elle a tant besoin, pour une simple et bonne raison, ils ne l’aiment pas.

À l’école, Nina est montrée du doigt, rejetée, stigmatisée comme “la fille du prisonnier”. Même Thomas, qui s’était timidement rapproché d’elle, finit par s’éloigner par peur d’être humilié à son tour. Nina est seule, perdue, enfermée dans sa souffrance. Quelques années plus tard, sa rencontre avec Valentine lui offrira peut-être une chance de se reconstruire… ou du moins de respirer à nouveau…

En parallèle, en 1995, le commandant Victor Dufresne se voit confier une enquête sur plusieurs meurtres troublants. Sa hiérarchie, lassée de son obsession du détail, veut classer l’affaire rapidement. Le coupable est déjà trouvé. Mais Victor doute. Et ce doute va l’engloutir, l’obséder, jusqu’à mettre sa propre vie en danger.

Émilie Chani m’a emmené dans son univers avec une intelligence redoutable.
J’ai aimé me faire manipuler, croire deviner la trame, pour être sans cesse surpris par un rebondissement, un détail, un changement de perspective. Tragique, précis, nostalgique, psychologiquement violent, intimiste et terriblement efficace, ce roman m’a forcément marqué.

Obsessions est pour moi un grand coup de cœur, mon premier de 2026.
Émilie, une auteure à suivre de très près. Je n’en manquerai pas sa prochaine parution.

Un grand merci aux Éditions Taurnada.
Décidément, concentrer autant de talents sous une même bannière relève presque de l’obsession… et j’adore ça !

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Extraits :

« Faites que ça s’arrête…
Je vous en prie, faites qu’il parte, qu’il s’endorme, qu’il oublie qu’on existe…
Je veux disparaître. Je veux qu’on m’emmène loin d’ici.
Les prières silencieuses de Nina se perdaient dans le vide. Chaque soir, elle suppliait une force invisible : un dieu, un ange, n’importe quoi qui pourrait la sortir de là. Mais il n’y avait jamais de réponse. Seulement les disputes qui fendaient les murs jaunis, les objets lancés, les jurons crachés comme des coups. »

« La mère de Nina était une femme douce, mais meurtrie. Elle avançait dans la vie comme une funambule sur un fil trop mince, vacillant entre espoir et résignation, entre l’amour qu’elle portait à sa fille et l’impuissance qui l’enchaînait à un homme qu’elle ne parvenait pas à quitter.
Nina l’observait depuis toujours. Petite, elle s’accrochait à sa tendresse comme à un phare dans la nuit, guettant ses rares éclats de bonheur, ces moments volés où Marie semblait redevenir légère. Parfois, en cuisinant, elle chantonnait une vieille chanson de Barbara ou de Reggiani. Pendant ces instants suspendus, Nina croyait que tout allait bien. »

« Son regard s’orienta sur la pile de dossiers entassés à sa droite. Ce meurtre lui avait semblé anodin jusqu’à présent, mais ce détail le troublait. Il devait vérifier s’il existait un lien. Il écarta les papiers superflus d’un geste nerveux, cherchant le dossier correspondant.
L’urgence de la découverte lui mettait les nerfs à vif.
Il lui fallut moins d’une minute pour le trouver. Il l’ouvrit. Et s’arrêta net.
Le défunt a été retrouvé allongé sur le dos, la main droite posée sur le cœur. »

« Il y avait toujours un moment, juste avant de franchir la porte d’une scène de crime, où tout basculait.
L’air semblait plus lourd. Le silence plus pesant. Victor le savait. Il en avait connu des dizaines, mais ce soir-là, une étrange sensation le traversait : celle d’être déjà venu ici.
C’était absurde. Il n’avait jamais mis les pieds dans cet immeuble, jamais enquêté dans ce quartier. Pourtant, une impression fugace mais insistante lui serrait la poitrine. Dans l’air, quelque chose d’invisible rôdait, comme un avertissement silencieux. »

Émilie Chani est enseignante. Passionnée de littérature, elle explore les zones d’ombre, les liens ambigus, les silences qui en disent long.

Son premier roman Obsessions sort en janvier 2026.

Amour, Émotion, Drame, Folie, Thriller psychologique

Point de fuite

Estelle Tharreau
Broché – 6 novembre 2025
Éditions : Taurnada Éditions

Alors qu’une tempête se déchaîne, un criminel tente d’échapper à la police et à son complice. Une réceptionniste dépose une étrange valise dans une chambre d’hôtel où un petit garçon est enfermé. Une femme guette l’arrivée du père de son enfant, et un steward désespéré attend d’embarquer pour un vol ultime.
Tous approchent du point de non-retour qui fera basculer leur existence.

Un huis clos labyrinthique où l’amour et la mort se livrent une course-poursuite infernale dans les entrailles d’un aéroport pris dans un déluge de neige et de glace.

J’ai retrouvé avec un immense plaisir la plume d’Estelle Tharreau dans son dernier roman, Point de fuite. À chaque nouveau livre, elle me surprend, m’emmène ailleurs, me bouscule un peu plus. Ici, elle m’a emmené dans un huis clos comme je les aime. Glacé, tendu et terriblement humain.

Dès les premières pages, la tempête fait rage. Petit à petit les acteurs du roman approchent d’un point de non-retour, celui qui fait basculer une vie. L’aéroport devient alors bien plus qu’un simple décor. Sous la plume d’Estelle, il se transforme en monstre d’acier et de verre, une sorte de labyrinthe oppressant où la neige et la peur se mêlent, puis finalement en prison. J’ai adoré cette sensation d’étouffement, ce froid qui s’infiltre jusque dans les pages. On ressent chaque vibration, chaque silence.

J’ai lu ce roman, il y a quelques jours, un soir de grand vent, bien au chaud dans mon lit, et je me suis laissé happer par cette atmosphère glaciale. Je voyais presque les flocons tourbillonner derrière les vitres, j’entendais le grondement des avions. Et cette femme avec sa poussette dans l’aéroport… elle m’a bouleversé.

Ce que j’aime chez Estelle, c’est sa capacité à sonder l’âme humaine, à explorer les failles de chacun. Ses personnages sont toujours sur le fil, entre la peur et le courage, entre la fuite et la rédemption. Ici, ils se débattent dans la tempête, pris dans un engrenage implacable où chaque décision compte.

Le suspense est constant, la tension monte à chaque chapitre, et l’auteure maîtrise son intrigue d’une main de fer. Tout est millimétré, pensé, calibré pour que le lecteur ne puisse plus lâcher prise. C’est un thriller court, mais d’une intensité rare, où l’émotion et la peur se sont livrés une véritable bataille, même dans ma tête…

Point de fuite est un roman noir, nerveux, mais profondément humain.
Il questionne sur la survie, l’amour, la culpabilité, et ce qu’on est prêt à faire pour s’en sortir.
Elle prouve définitivement pour moi qu’elle n’a pas son pareil pour explorer toutes les zones d’ombre de l’âme humaine.

Un grand merci à Joël des Éditions Taurnada pour cette lecture qui m’a glacé le sang autant qu’elle m’a captivé

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Extraits :

« Comme une flèche étincelante tirée dans la nuit, la navette était propulsée à travers les tunnels ralliant l’aéroport. Lors de son déplacement, son souffle puissant s’accompagnait d’un grincement pénible. Le tumulte extérieur des wagons tranchait avec l’inertie intérieure dans laquelle les passagers étaient plongés. »

« Avant de pénétrer dans son gigantesque hangar, le responsable technique, au gilet orange à bandes réfléchissantes, ne put s’empêcher de contempler le ciel. Il savait que les dieux de la tour de contrôle auraient besoin de lui si le monstre météorologique ne déviait pas sa trajectoire et venait s’abattre sur l’aéroport. »

« Dans les halls de l’aérogare, dans les salles réservées au personnel navigant ou d’escale, à la réception, des hôtels, tout individu portant un uniforme s’affairait avec une sérénité étonnante. Dans ces lieux stratégiques, l’alerte avait également été transmise. Tout devait être prêt pour parer l’impact des bourrasques, des congères, du gel, mais surtout, des avions cloués au sol et de la déferlante de voyageurs harassés, anxieux, perdus, furieux qui constituerait, pour tous ces agents, une réplique tellurique de la secousse provoquée par la tempête. Malgré leur propre fatigue et inquiétude, c’est avec calme et diplomatie qu’ils devraient gérer cette submersion humaine. »

« Attends-moi le 13 décembre au terminal C. Je serai sur le vol ALB423. Je t’envoie ce billet pour que nous partions ensemble en espérant que le cessez-le-feu se poursuive et que les négociations de paix aboutissent. Si ce n’est pas le cas, je ne peux t’offrir qu’un pays en guerre, que je n’abandonnerai pas. Si tu ne souhaites pas courir ce risque, dis-le-moi par courrier. C’est le seul moyen de communication encore à peu près fiable. Je t’en prie, fais vite que je sache si je dois venir vous récupérer ou non. Si tu maintiens ta décision de me suivre, prépare-toi à tout quitter, à tout perdre jusqu’à la vie ou celle du bébé. »

Passionnée de littérature depuis l’adolescence, Estelle Tharreau parcourt les genres, les époques et les pays au fil des auteurs qu’elle rencontre. De cet amour de la littérature est née l’envie d’écrire. Elle vit actuellement en Franche-Comté où elle partage son temps entre sa famille et l’écriture.

La peine du Bourreau
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/01/la-peine-du-bourreau/

Les Eaux noires
https://leressentidejeanpaul.com/2021/10/05/les-eaux-noires/

Digital Way of Life
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/14/digital-way-of-life/

Il était une fois la guerre
https://leressentidejeanpaul.com/2022/11/01/il-etait-une-fois-la-guerre/

Le Dernier festin des vaincus
https://leressentidejeanpaul.com/2023/11/01/le-dernier-festin-des-vaincus/

L’Alpha & l’Oméga
https://leressentidejeanpaul.com/2024/11/07/lalpha-lomega/

Anticipation, Émotion, Drame, Thriller psychologique

Transylvania

de Nicolas Beuglet
Broché – 18 septembre 2025
Éditeur : XO

Il était une fois…

Encore aujourd’hui, on prétend que le château de Bran, en Transylvanie, était la propriété du comte Dracula. Rares sont ceux qui s’arrêtent dans cet hôtel reculé, cerné par la neige et la glace. L’endroit paraît habité par des fantômes depuis la nuit des temps.

C’est là que la jeune inspectrice Mina Dragan est envoyée pour enquêter sur un meurtre étrange. Un cadavre gît dans une chambre. Celui de l’unique client de l’établissement. À ses côtés traîne une vieille malle verrouillée. Avant de disparaître, l’assassin a inscrit un tatouage énigmatique sur la main de sa victime.

Mina Dragan ne le sait pas mais c’est pour elle le début d’un jeu de piste terrifiant qui lui fera découvrir la face cachée et peut-être pas si imaginaire des contes de fées de notre enfance.

Et si la clé de tous ces mystères se trouvait dans un seul livre ?
Un livre fondateur. Il était une fois Transylvania…

Dans ce thriller qui plonge dans les profondeurs de notre subconscient, Nicolas Beuglet explore, une fois de plus, les ombres du passé pour éclairer l’avenir. Haletant. Vertigineux. Passionnant.

Avec Transylvania, son huitième roman, Nicolas Beuglet nous entraîne dans un thriller aussi fascinant qu’inquiétant, fidèle à sa manière d’offrir plusieurs niveaux de lecture. Dès les premières pages, j’ai été happé par cette atmosphère glaciale, dans le château du comte Dracula, perdu au milieu des montagnes enneigées. Un meurtre, un tatouage mystérieux, un magnat de la finance assassiné, et la presse mondiale qui s’enflamme… Tout est en place.

Au cœur de cette tempête, Mina Dragan, jeune policière roumaine, mène sa première enquête. Fragile et forte à la fois, elle se retrouve bientôt manipulée par une main invisible, guidée vers un univers où les contes des frères Grimm se mêlent à la noirceur du réel. J’ai adoré cette dualité, le polar moderne qui épouse les codes du gothique, la raison qui lutte contre l’étrangeté.

Très vite, j’ai compris que la véritable enquête ne se limitait pas au meurtre. Elle se cache entre les lignes, dans les symboles, dans les illusions. Comme Mina, j’ai douté, j’ai suivi les fausses pistes, cherché la vérité derrière les apparences. Et à la page 188, tout bascule. Nicolas ralentit le rythme, une nouvelle angoisse s’installe, et LA QUESTION surgit : Et si le mal n’était pas là où on le croit ?

L’écriture est fluide, précise, parfois cinématographique. Les décors sont somptueux, l’atmosphère oppressante, les réflexions terriblement actuelles. l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux, la surveillance, et cette place de plus en plus fragile qu’occupe aujourd’hui la lecture dans nos vies connectées.

J’ai été surpris, ébranlé, puis captivé.
Transylvania m’a tenu éveillé durant ma lecture et cela risque de continuer bien au-delà de la dernière page. Un roman total, à la fois thriller, miroir du monde et fable moderne.
Un excellent moment de lecture, un véritable coup de cœur et une fin qui, à priori, n’est qu’un commencement…
La dernière ligne laisse présager une suite !!!

Extraits :

« Mina pila, tira le frein à main et coupa le contact. Après avoir pris une profonde inspiration, elle tourna la tête vers son coéquipier assis sur le siège passager. Coiffé de sa casquette d’agent de police, il regardait droit devant lui, l’air rageur. Du sang coulait de sa joue gauche et sa peau commençait à se teinter du bleuté de l’hématome. »

« Mina s’étira un peu pour essayer de voir ce que l’écran de son téléphone affichait de si captivant. Et distingua que la jeune femme ne tenait pas un smartphone entre ses mains, mais un livre.
Elle l’observa longuement, vivant par procuration le plaisir que devait éprouver cette lectrice. Malgré son abandon précoce de l’école, Mina avait toujours entretenu un rapport intime avec les livres, notamment grâce à sa mère bibliothécaire. Les livres qui, elle ne l’avait pas précisé au commissaire, lui avaient permis de s’évader lorsque la vie devenait trop dure à bord du bateau de pêche. Les livres qui l’aidaient par moments à combattre son complexe d’avoir redoublé sa classe de troisième et finalement quitté l’école avant le lycée. »

« Même si elle avait fait face à différentes situations qu’une femme de son âge ne connaîtrait jamais, à cet instant elle doutait de sa force, de ses capacités à affronter un défi qui lui avait paru moins intimidant lorsqu’elle l’avait accepté dans le bureau du commissaire. Ses mains tremblèrent et elle sut que bientôt ses jambes allaient flageoler, sa respiration deviendrait difficile, la nausée lui monterait aux lèvres. »

« – Au moins, à mon époque, on aidait les enfants à être responsables, aujourd’hui, on les protège tellement qu’ils ne savent plus rien faire. »

« – Je suis le dernier descendant de Wilhelm Grimm, très chère madame… Dragan. Mina Dragan ! Quel nom, mes amis, quel nom ! s’enthousiasma le dénommé Alphonse en frappant les planches de la scène d’un coup de canne. Vous avez tellement le profil pour être une héroïne ! »

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Après avoir écrit des scénarios pour la télévision, Nicolas Beuglet a choisi de se consacrer pleinement à l’écriture de romans. Salué par la presse, il est devenu en six ans et autant de romans l’une des plus grandes plumes du thriller français. Il est l’auteur chez XO Editions de deux trilogies : la première a pour héroïne Sarah Geringën (Le Cri, Complot, L’Île du Diable) et la deuxième Grace Campbell (Le Dernier Message, Le Passager sans visage et L’Archipel des oubliés).
Le mot de l’éditeur: “En huit ans et presque autant de romans, Nicolas Beuglet est devenu un géant du thriller français. Après L’Archipel des oubliés, il y a deux ans, Nicolas Beuglet confirme avec brio l’originalité et la densité de son univers littéraire dans ce roman policier”.

Il vit à Boulogne-Billancourt avec sa famille.

Le Cri (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/10/09/le-cri-de-nicolas-beuglet/

Complot (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/07/31/complot/

L’île du Diable (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/04/lile-du-diable/

Le dernier message (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/21/le-dernier-message/

Le passager sans visage (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/12/10/le-passager-sans-visage/

L’Archipel des oubliés (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/12/31/larchipel-des-oublies/

L’ultime avertissement (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/01/lultime-avertissement/

Drame, Noir, Psychologie, Thriller psychologique

L’homme qui voulait vivre sa vie

de Douglas Kennedy
Poche – 21 octobre 2010
Éditeur : Pocket

Un poste important, une vaste maison, une femme élégante, un bébé : pour tout le monde, Ben Bradford a réussi.
Pourtant à ses yeux, rien n’est moins sûr : de son rêve d’enfant – être photographe – il ne reste plus rien. S’il possède les appareils photo les plus perfectionnés, les occasions de s’en servir sont rares. Et le sentiment d’être un imposteur dans sa propre existence est de plus en plus fort…

« Douglas Kennedy bouillonne de talent, sa narration est haletante,
sa construction sans faille. »

Martine Laval – Télérama

Je découvre Douglas Kennedy avec “L’homme qui voulait vivre sa vie”, et je dois dire que cette lecture m’a profondément marqué. Dès les premières pages, j’ai été happé par ce récit puissant, aussi troublant que lucide, où l’auteur nous entraîne dans la vie bien réglée — trop bien réglée — de Ben Bradford, un homme que tout le monde pourrait envier. Avocat brillant, marié, père de famille, installé dans une belle maison… Il coche toutes les cases de la réussite. Et pourtant, il suffoque.

Ce roman m’a frappé par sa précision, par la manière dont l’auteur dissèque sans complaisance une société américaine obsédée par l’argent, l’image et le qu’en-dira-t-on. Tout est apparence, performance, domination. Et Ben, prisonnier de ce système, rêve en silence d’une autre existence, plus vraie, plus libre. Jusqu’au jour où tout bascule. Quand sa femme le trompe, son monde s’écroule. Alors il agit, dans un geste insensé, irréversible. À partir de là, tout devient vertigineux.

Douglas Kennedy ne se contente pas de raconter une fuite, il explore le besoin viscéral de vivre une vie choisie, et non subie. Ce que j’ai aimé, c’est cette tension permanente entre la peur et le désir, la fuite et la reconstruction, l’ombre et la lumière. Il y a dans ce livre une réflexion profonde sur l’identité, la liberté, la photographie aussi — cet art de figer un instant pour mieux saisir l’essence du monde.

J’ai trouvé l’écriture efficace, presque cinématographique, malgré une traduction parfois maladroite qui m’a un peu freiné. Et même si la fin m’a semblé un peu rapide, elle laisse un goût doux-amer, comme un écho à nos propres questionnements.

Ce roman m’a rappelé que vivre, c’est risquer. Que parfois, il faut tout perdre pour se retrouver.
Et qu’au fond, la vraie réussite n’est peut-être pas celle que les autres voient, mais celle que l’on ressent.

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Extraits :

« Alors qu’Adam a été un bébé de gravure de mode, le genre d’adorable bambin qui sourit dans la lumière irisée d’une pub pour couches-culottes, Josh, lui, est une petite brutasse. Une tête trop grosse, un nez de boxeur et un tempérament de pitbull. Bien sûr, je l’aime, mais je me demande si je l’aime bien. Il me met mal à l’aise, et pas seulement parce qu’il hurle tout le temps: parce qu’il n’a pas l’air heureux d’être venu au monde. J’ai l’impression que cela doit aussi tenir au fait qu’il représente pour moi, tout comme la maison elle-même, un boulet domestique parmi beaucoup d’autres. Un de mes amis a une formule très imagée pour décrire cette situation: au premier gosse, dit-il, on croit encore avoir de la marge, on ne veut pas admettre qu’on est enferré jusqu’au cou dans la vie à crédit et les traites au banquier. Au second, on doit admettre qu’on est devenu un père de famille sérieux, qu’on a des obligations jusque-là. »

« Moins de quinze jours après notre arrivée, elle avait déjà décroché un job au bureau parisien de Newsweek.
Trois mois plus tard, son français étant devenu très convenable, elle devenait assistante de production chez CBS News. Et cinq mois après, elle était rentrée un soir en m’annonçant que notre histoire était terminée : elle allait vivre avec son patron, le chef du bureau de CBS à Paris. »

« “Réussir, réussir, réussir.” A posteriori, cette crise de déprime de mes vingt ans et quelques me laisse perplexe : pourquoi étais-je si crispé, pourquoi en étais-je arrivé à perdre toute confiance en moi et en mes chances de vivre de mes photos ? J’aurais pu, j’aurais dû me dire qu’au moins j’aimais regarder le monde à travers un objectif, qu’on ne s’improvisait pas photo-graphe, qu’il me fallait parfaire ma technique au lieu d’angoisser hystériquement en désespérant de ne pas encore me voir au faîte de la profession. »

Douglas Kennedy est né à New York en 1955, et vit entre les États-Unis, le Canada et la France.
Auteur de trois récits de voyage remarqués :
Au pays de Dieu (2004),
Au-delà des pyramides (2010)
et Combien ? (2012)

Il s’est imposé avec :
Piège nuptial (1997), porté à l’écran par Stephen Elliot,
L’homme qui voulait vivre sa vie (1998), adapté au cinéma par Éric Lartigau en 2010, avec Romain Duris et Catherine Deneuve,
Les Désarrois de Ned Allen (1999).

Ont suivi La Poursuite du bonheur (2001),
Rien ne va plus (2002), (Prix littéraire du Festival du cinéma américain de Deauville 2003),
Une relation dangereuse (2003),
Les Charmes discrets de la vie conjugale (2005),
La Femme du Ve (2007), adapté au cinéma en 2011 par Pawel Pawlikowski, avec Kristin Scott Thomas et Ethan Hawke,
Quitter le monde (2009),
Cet instant-là (2011),
Cinq jours (2013),
Murmurer à l’oreille des femmes (2014),
Mirage (2015),
Toutes ces grandes questions sans réponse (2016),
La Symphonie du hasard (2017-2018),
Isabelle, l’après-midi (2020),
Les hommes ont peur de la lumière (2022),
Et c’est ainsi que nous vivrons (2023
Ailleurs, chez moi (2024).

Tous ses ouvrages ont paru chez Belfond et sont repris chez Pocket.
Douglas Kennedy a également publié une série de livres jeunesse illustrés par Joann Sfar, Les Fabuleuses Aventures d’Aurore, aux éditions PKJ.

Conte, Drame, Fantastique, Frisson horreur, Thriller psychologique

De fièvre et de sang

de Cédric Sire
Broché – 1 janvier 2010
Éditeur : Le Pré aux Clercs

Ils semblent se nourrir de sang. Leurs victimes sont retrouvées exsangues. Eva Svärta et le commandant Vauvert viennent enfin de mettre un terme aux agissements des frères Salaville. Mais les meurtres continuent, défiant toute logique. Les talents d’Eva, policière albinos dotée d’un instinct hors normes, vont la conduire aux frontières de la rationalité. Là où, à tout instant, les ténèbres menacent de s’ouvrir sous vos pieds, où votre propre reflet dans le miroir pourrait vous engloutir, où la part d’ombre qu’Eva porte en elle causera sa perte ou lui sauvera la vie…

Dès les premières pages, j’ai su que je ne refermerais pas ce livre avant d’en avoir arraché la dernière ligne. De fièvre et de sang m’a happé comme une bête dans l’ombre, m’a entraîné là où l’horreur côtoie le sacré, là où les monstres ont parfois un uniforme et les anges, un masque de porcelaine.

Tout commence dans une ferme isolée, au cœur de l’horreur. Une jeune fille, ligotée sur un matelas souillé, des miroirs brisés comme autant de reflets de folie, et deux frères dégénérés, plus fangeux que humains. Mais l’odeur de souffre va bien au-delà du simple fait divers, le surnaturel rôde. Et il a des crocs. Dans cette atmosphère saturée de peur et d’énigmes, deux figures se dressent, le commandant Vauvert, brute bourrue au cœur cabossé, et Eva Svärta, profileuse albinos, aussi fascinante qu’énigmatique, marquée dans sa chair et son esprit par un passé indicible. Le duo fonctionne à merveille, entre tension, ironie et complémentarité troublante.

Cédric Sire nous livre ici un thriller qui flirte avec le gothique et le fantastique (j’adore !!!), tout en gardant les pieds dans une enquête policière solide. L’écriture est vive, dense, parfois baroque, souvent cruelle. Elle convoque les ombres de Poe, des idées de Baudelaire, les cauchemars de Clive Barker. On sent les influences, mais la voix est bien celle de Cédric, brute, directe et très envoûtante.

Plus j’avançais, plus le roman m’entraînait vers l’abîme, un personnage étrange, un masque figé, des jeunes filles saignées, et cette question obsédante. “Et si la légende de la comtesse Erzsébet Báthory, n’en était pas une ?”

Le récit m’a glacé, et pourtant, j’en redemandais. Addictif, terrifiant, viscéral. C’est un roman qui vous attrape à la gorge, vous secoue, vous trouble, vous hypnotise… m’a hypnotisé…
Et quand vient la chute, magistrale, brutale, inattendue… j’ai refermé le livre, le souffle court, désarçonné…

Cédric Sire signe ici un chef-d’œuvre de noirceur et de tension. Une pépite pour ceux qui aiment les histoires qui saignent et les vérités qui dérangent.

Extraits :

« Quand ils l’avaient traînée de force ici, sans qu’elle ne puisse rien faire pour se défendre, quand ils lui avaient arraché ses vêtements un par un, jusqu’à ce qu’elle soit entièrement nue, et qu’ils l’avaient attachée à des sangles, solidement serrées autour de ses poignets et de ses chevilles, sur un matelas poisseux, elle avait encore cru qu’ils ne voulaient que la violer – et cette pensée était déjà insupportable -, mais au fond d’elle, là où l’âme ne se ment pas, elle le savait. Ses tripes le savaient. Ce qu’ils allaient lui faire quand ils reviendraient serait bien pire qu’un viol. »

« Aucun des deux frères ne se releva de la table d’autopsie. Cela n’empêcha pas la presse de leur trouver le surnom de “vampires de la montagne Noire” et de diffuser toute une cascade de descriptions, plus ou moins discutables, au sujet de la folie meurtrière qui s’était emparée de ces deux hommes.
Après tout, ils avaient tué plus de vingt jeunes femmes de manière particulièrement atroce, sur une période d’une année entière, et cela en toute impunité. Le mystère autour de ce qu’ils avaient bien pu faire de tout ce sang – et de la peau des visages, qu’on n’avait pas retrouvée – demeurait une source de spéculations quasi inépuisable. Une manne, pour les médias, de tous genres et de tous bords confondus. »

« Le soleil avait disparu depuis longtemps quand, derrière la baie vitrée, un éclair illumina le ciel. Les premières gouttes de pluie commencèrent à tinter contre les vitres, presque avec timidité. Puis le tintement devint rafale. La pluie se changea en orage, où il n’y avait plus aucune timidité. Juste la volonté de s’abattre, de frapper, avec une rage sans cesse accrue. »

« Le sang.
Tout ce sang.
Jailli de ce corps-là, désarticulé en travers de la table.
Le sang a éclaboussé les murs, la moquette, les fauteuils en cuir. Les projections ont atteint jusqu’à la baie vitrée. À la lueur des éclairs, il s’écoule, douce-ment, imitant la pluie au-dehors.
Tout ce sang merveilleux.
Cette éternelle source de pouvoir. »

……………………………

Sire Cedric, né le 24 octobre 1974 à Saint-Gaudens, est un écrivain français auteur de thriller.
Après des études d’anglais, il travaille quelques années dans le milieu de l’édition, du journalisme et de la traduction, tout en publiant dans les pages de magazines des nouvelles fantastiques et policières, fortement inspirées par des auteurs tels que Stephen King, Clive Barker ou encore Edgar Allan Poe.

Depuis 2005, il se consacre entièrement au métier d’écrivain, publiant des thrillers souvent teintés de surnaturel.

Il a reçu le prix Masterton pour son roman L’Enfant des cimetières et le prix Polar (festival de Cognac) pour son thriller De fièvre et de sang. En 2014, il reçoit le prix Littéraire Histoires de Romans pour son thriller fantastique, La Mort en tête.

Ses livres sont traduits en anglais, en polonais et en turc.

Il a également été vocaliste du groupe de death metal Angelizer.

Aujourd’hui, Sire Cedric vit et écrit à Toulouse.