Émotion, Bouffée d'oxygène, Humour

Les Amours tourmentées d’Hortense

de Nathalie Brunal
Broché – 19 août 2024
Éditeur : Auto-édition

Vous souvenez-vous d’Hortense, cette maman solo qui supportait au quotidien son ado en pleine crise, son jeune ouistiti âgé de quatre ans et les idées farfelues de sa tante ?
Nous l’avions quittée alors que le bonheur frappait à sa porte. Nous la retrouvons quelques années plus tard alors que sa vie est sans dessus-dessous. Amour, enfants, crise de la quarantaine… Hortense est confrontée à une nouvelle étape de son existence et y faire face ne se fera pas sans mal. Avec humour et passion, elle s’emploie à agir pour le mieux afin que chacun trouve sa place et s’épanouisse et ce, malgré quelques dérapages.
Et quand Martha, la tata brut de décoffrage ajoute son grain de sel, tout dérape une fois de plus…

En refermant ma précédente lecture, je savais déjà laquelle suivrait, Les amours tourmentées d’Hortense. Normalement, je laisse toujours respirer un peu mes émotions entre deux tomes… mais là, aucune discipline, j’ai replongé avec Hortense sans délai. Oui, j’assume, faiblesse littéraire totale.

Et quel bonheur de retrouver la plume pétillante de Nathalie Brunal !
Le roman est un véritable remontant sans ordonnance.

Quelques années ont passé et je retrouve Hortense promue maman d’une petite Lylia. Pour l’identité du père, motus et bouche cousue, il faudra lire. Oui, je sais, je suis cruel.

En revanche, j’apprends que Madame est divorcée. Encore. Oui, encore.
À ce stade, ce n’est plus une situation matrimoniale, c’est une collection.

Et comme si cela ne suffisait pas, Max, le fils aîné, annonce son mariage avec Margot. Je n’étais déjà pas prêt. Mais en plus, ils attendent un enfant ! J’ai vérifié, je n’avais pourtant rien bu !!!

Je me suis dit, ça y est, on atteint le calme après la tempête.
Grave erreur. Les tribulations continuent, et elles ont visiblement pris des vitamines.
Le mariage ? Une fresque du chaos. Un feu d’artifice de catastrophes. Une performance artistique du désastre. J’ai ri, mais ri, à voix haute. Le genre de rire qui fait lever les yeux de mes voisins dans le train. Tant pis pour eux !

On retrouve toute la joyeuse troupe, la tata toujours aussi déjantée, Bogoss, Joris, Margot, la petite Lylia, et Jocelyne, une belle-mère qui mérite à elle seule un spin-off horrifique.

Alors, ça se dispute, ça s’aime, ça se trompe, ça regrette, ça crie fort et ça mange toujours d’excellents gâteaux. L’équilibre nutritionnel est discutable, mais l’équilibre comique lui, est parfait.

J’ai encore une fois dévoré le roman.
C’est fou, tendre, absurde par moments, mais toujours terriblement humain.
Une véritable bouffée d’oxygène version montagnes russes.

Mon conseil. Commencez par Les Tribulations d’Hortense, sinon vous allez entrer dans la fête sans savoir qui a cassé la sono.

Merci Nathalie…

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Extraits :

« Ma fille se retourne vers moi et m’adresse un signe de la main. Je lui envoie un baiser du bout des doigts en retenant une larme. Marc la tient fermement et elle ne risque pas de s’échapper vers moi. En même temps, c’est la semaine où elle réside chez lui alors je n’ai pas mon mot à dire. Lylia a six ans. Les années ont filé sans nous demander l’autorisation. Joris a onze ans et saute à pieds joints dans la pré-adolescence. Je suppose vu l’éclatement de la cellule familiale qu’il va m’en faire ba-ver. D’ailleurs, il se matérialise à mes côtés en pestant. »

« – Bon, ben quand il faut y aller…
Il me donne l’impression de monter à l’échafaud alors que cette journée sera marquée à jamais dans son esprit. Mon cœur se serre à l’idée qu’il commette la plus grosse bêtise de son existence. Suis-je responsable de sa tristesse ? De toute façon, notre vie a volé en éclats et j’ai mis une sacrée pagaille. »

« Ah, flûte, j’ai encore oublié de me présenter. Certains me connaissent déjà. Mais si, rappelez-vous ! Hortense ! Celle peu douée pour l’amour qui a vécu le meilleur et surtout le pire lorsque sa tante s’est mise en tête de lui trouver le prince charmant. Cela vous revient en mémoire ?
Ah, cette chère Martha… Que ferais-je sans elle ? À l’évidence, ma vie serait un long fleuve tranquille, quoique à moi toute seule, j’ai mis sens dessus dessous ce qui avait été bâti avec amour. »

« Alors que la clochette tintait joyeusement et annonçait l’arrivée d’un client, je me retournai et restai sans voix devant l’homme qui se présentait à moi. Comment vous le décrire afin que vous vous fassiez une idée…? Il était telles les gourmandises que nous vendions c’est-à-dire à croquer et à tomber. Je m’offusquais immédiatement de penser cela. Ce n’était pas dans mes habitudes de reluquer la clientèle et j’étais une femme mariée et fidèle. Enfin, en apparence.
— Bonjour, belle demoiselle ! s’exclama-t-il en me souriant.
Je déglutis, incapable de prononcer le moindre mot. »

« Étienne court dernière les jumeaux qui zigzaguent entre les invités et s’en donnent à cœur joie. Ces vilains garnements n’ont pas changé et ils risquent de nous donner du fil à retordre. Ils t’ont reçu aucune éducation et n’en font qu’à leur tête.
Ce n’est pas leur faute s’ils sont ainsi. Un enfant a besoin d’interdits, de barrières et de règles pour bien granidr Les laisser libres de leur choix si jeunes ne peut que les pousser à commettre des bêtises pour attirer l’attention de leurs parents. D’ailleurs, c’est ce qu’ils font pour que leur greluche de mère s’intéresse à eux. Elle est en pleine conversation avec Jocelyne. Le regard noir qu’elle dirige vers moi me laisse à penser que je suis le sujet de leur conversation. »

Nathalie Brunal a 43 ans quand elle se lance le défi fou d’écrire son premier roman. « Dévoreuse » de livres depuis sa plus tendre enfance, elle est passée de l’autre côté du miroir pour à son tour, faire voyager les lecteurs. Lisant de tout depuis qu’elle sait lire avec une préférence pour les romans qui font découvrir de nouveaux horizons, elle a découvert le « feel-good » tout à fait par hasard. Il l’a inspirée pour l’écriture de son premier roman publié en juin 2017. Une tragique fête des fraises est drôle, frais et rempli d’humour. Son héroïne Anna est une Bridget Jones à la française. Avec son compagnon Roger, ils vont vivre des aventures rocambolesques. Vous pouvez les retrouver dans les autres tomes « Le défile des glaces » « Un bouquet sans mariée» « L’Hydromel Hindou » et « D’une pierre… Deux coups ». Ils sont regroupés dans L’intégrale Anna et Roger.

Deux nouvelles héroïnes vous attendent dans “vacances en terre inconnue« , sourire garanti en leur compagnie.

N’hésitez pas à vous procurer Les tribulations d’Hortense. Douceur, humour et amour s’y mêlent pour un agréable moment de lecture en compagnie d’Hortense et de sa tata  » brut de décoffrage « . D’ailleurs, vous avez tellement aimé ce duo hors du commun que vous avez réclamé d’autres tomes à l’auteur qui s’est pliée à vos exigences avec plaisir. Vous pouvez donc les retrouver dans Les Amours tourmentées d’Hortense et Le Noël explosif d’Hortense. Hortense s’est même offert une scène puisque vous pouvez la retrouver dans un vaudeville saupoudré d’humour, de rires et de quiproquos. Le coup de théâtre d’Hortense vous permettra de vous évader en ces temps difficiles.

« Quand Cupidon s’en est mêlé… » , une romance feelgood où se mêlent amour, surprises et un soupçon d’humour vous entraînera dans les rues de la Butte Montmartre.

Un Noël saupoudré d’espoir (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/12/24/un-noel-saupoudre-despoir/

Le défi d’Apolline (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/06/09/le-defi-dapolline/

Apolline, Un avenir incertain (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/05/20/apolline-un-avenir-incertain/

Les Tribulations d’Hortense (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/01/28/les-tribulations-dhortense/

Retrouvez toute l’actualité de Nathalie Brunal sur :
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Adolescence, Émotion, Humour, Psychologie

Les tribulations d’Hortense

de Nathalie Brunal
Broché – 18 août 2024
Éditeur : Auto-édition

Quand le quotidien d’une maman solo vire au cauchemar…
Hortense, divorcée depuis plusieurs années approche de la quarantaine. Entre les « sautes d’humeur » de son adolescent, les bêtises du petit dernier et sa tante envahissante, elle n’a pas le temps de s’ennuyer !
Elle travaille avec Tata Martha dans le salon de thé que possède celle-ci et subit chaque jour les allusions sur sa vie sentimentale désertique. Assumant pleinement son statut de mère célibataire, elle ignore du mieux qu’elle peut ses propos. Mais quand sa tante prend  » le taureau par les cornes  » et décide de lui trouver le prince charmant, rien ne va plus !

La suite est disponible dans Les amours tourmentées d’Hortense. Retrouvez Hortense et sa tata, brut de décoffrage, quelques années plus tard pour de nouvelles péripéties.

J’ai découvert Nathalie Brunal en 2020 avec Le défi d’Apolline, un roman qui m’avait profondément marqué. Avec Les tribulations d’Hortense, je retrouve la même sensibilité, mais dans un registre totalement différent, plus léger, plus pétillant, et surtout délicieusement drôle.

Dès les premières pages, je me suis laissé embarquer par cette écriture fluide, naturelle, pleine de malice, où l’humour se glisse partout sans jamais forcer. Impossible de ne pas s’attacher à Hortense, maman célibataire de Max et Joris, qui fait de son mieux pour tenir la barre pendant que ses fils grandissent… et que l’adolescence vient gentiment compliquer l’équation. Les scènes du quotidien sont d’un réalisme savoureux, parfois hilarant, parfois très touchant. Je n’ai pas vu le temps passer.

Hortense travaille avec sa tante Martha dans un charmant salon de thé. Une tante aussi aimante qu’envahissante, bien décidée à sauver sa nièce de ce qu’elle juge être une vie sentimentale beaucoup trop calme. Résultat, les prétendants commencent à défiler, situations improbables et quiproquos en série. Marc arrive, puis Philippe… ce qui ne plaît évidemment pas à Marc. Puis l’ex-mari qui surgit avec sa nouvelle “belle” et ses enfants “Truc et Bidule”. Philippe réapparaît quand il ne faut pas (merci Tata), Marc distribue des coups de poing… et Hortense, au milieu de tout ça, qui tente de garder le cap et ne sait plus où donner de la tête.

Elle doute, hésite, se sent parfois seule, mais ne se sent pas prête à se faire remettre la bague au doigt. Surtout elle refuse de se laisser dicter sa vie. Quoique… Marc n’est pas mal après tout… Oui mais, Philippe est… Bref, rien n’est simple, surtout quand on est Hortense.

Sans m’en rendre compte, j’ai lu ce roman d’une traite. C’est frais, pétillant, il y a beaucoup de psychologie et c’est aussi coloré, à l’image des pâtisseries servies au salon de thé. Les passages sur la relation mère-fils, notamment avec Max sont durs, sonnent terriblement juste et sentent le vécu. Heureusement, Nathalie Brunal manie l’humour avec talent, et même en tant qu’homme, j’ai adoré suivre les tribulations de cette héroïne attachante qui ne rêvait que d’une vie calme.

Un roman qui fait un bien fou. Bravo Nathalie, et merci pour ce délicieux moment de lecture.

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Extraits :

« – Joris ! Max ! Allez, on va être en retard !
Je soupire en voyant mon petit dernier descendre l’escalier. Il est débraillé, pieds nus et ses cheveux sont dressés sur sa tête.
– Mais, qu’est-ce que tu as fait ? Pourquoi n’es-tu pas encore prêt ?
Devant son air boudeur, je soupçonne une facétie de son frère. Je monte à l’étage afin d’en savoir plus… Je découvre Max dans la salle de bains. Il m’observe dans le miroir et je remarque dans sa main le tube de gel pour les cheveux.
– Qu’est-ce qu’il y a ? me dit-il avec un air mal aimable. »

« Combien de temps dure l’adolescence ? Je me souviens qu’il n’y a pas si longtemps, il fallait l’amener à sa classe en le tenant par la main. Après un « je t’aime ! » et des bisous, il entrait dans celle-ci attendant patiemment que j’aille le récupérer. Puis est venu le temps où je devais le laisser au coin de la rue et ne surtout pas l’embrasser devant ses camarades. J’en suis arrivée à le déposer presque une rue plus loin…
Quelle sera la prochaine étape ? Le scooter pour y aller seul ou accompagné de sa petite amie ! Mon sang se glace rien que d’y penser… Celle qui me prendra mon fils n’est pas encore née ! Oh, je sais ce que vous vous dites. Il faut bien que jeunesse se fasse… mais mon cœur de mère ne supportera pas de le voir amoureux ! Où est passé mon bébé ? »

« C’est vrai que je ne me suis pas encore présentée. Vous voyez, je n’ai pas une minute à moi. Je m’appelle Hortense et j’ai trente-huit ans. Je suis maman solo depuis cinq ans. Joris n’était encore qu’un bébé lorsque le papa s’est fait la malle. Il est parti, figurez-vous, avec une blonde plantureuse de treize ans ma cadette. Vous voyez le genre… Tout ce qu’il faut là où il faut alors que ma balance affichait quinze kilos de plus ! Je n’y suis pour rien si pendant mes grossesses, j’ai des envies de pâtisseries et de choses grasses pendant que certaines se contentent de fraises ! Ajoutez à tout cela un baby blues qui a engendré chez moi un laisser-aller quasi total ! Je comprends presque qu’il ait eu envie d’aller voir ail-leurs, après avoir trouvé beaucoup mieux que celle que j’étais devenue… Me retrouver seule avec un bébé et un jeune garçon de dix ans n’a rien arrangé à la situation. »

Nathalie Brunal a 43 ans quand elle se lance le défi fou d’écrire son premier roman. « Dévoreuse » de livres depuis sa plus tendre enfance, elle est passée de l’autre côté du miroir pour à son tour, faire voyager les lecteurs. Lisant de tout depuis qu’elle sait lire avec une préférence pour les romans qui font découvrir de nouveaux horizons, elle a découvert le « feel-good » tout à fait par hasard. Il l’a inspirée pour l’écriture de son premier roman publié en juin 2017. Une tragique fête des fraises est drôle, frais et rempli d’humour. Son héroïne Anna est une Bridget Jones à la française. Avec son compagnon Roger, ils vont vivre des aventures rocambolesques. Vous pouvez les retrouver dans les autres tomes « Le défile des glaces » « Un bouquet sans mariée» « L’Hydromel Hindou » et « D’une pierre… Deux coups ». Ils sont regroupés dans L’intégrale Anna et Roger.

Deux nouvelles héroïnes vous attendent dans “vacances en terre inconnue« , sourire garanti en leur compagnie.

N’hésitez pas à vous procurer Les tribulations d’Hortense. Douceur, humour et amour s’y mêlent pour un agréable moment de lecture en compagnie d’Hortense et de sa tata  » brut de décoffrage « . D’ailleurs, vous avez tellement aimé ce duo hors du commun que vous avez réclamé d’autres tomes à l’auteur qui s’est pliée à vos exigences avec plaisir. Vous pouvez donc les retrouver dans Les Amours tourmentées d’Hortense et Le Noël explosif d’Hortense. Hortense s’est même offert une scène puisque vous pouvez la retrouver dans un vaudeville saupoudré d’humour, de rires et de quiproquos. Le coup de théâtre d’Hortense vous permettra de vous évader en ces temps difficiles.

« Quand Cupidon s’en est mêlé… » , une romance feelgood où se mêlent amour, surprises et un soupçon d’humour vous entraînera dans les rues de la Butte Montmartre.

Un Noël saupoudré d’espoir (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/12/24/un-noel-saupoudre-despoir/

Le défi d’Apolline (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/06/09/le-defi-dapolline/

Apolline, Un avenir incertain (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/05/20/apolline-un-avenir-incertain/

Retrouvez toute l’actualité de Nathalie Brunal sur :
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Adolescence, Émotion, Drame, Violence

Fauves

de Mélissa Da Costa
Broché – 7 janvier 2026
Éditeur : Albin Michel

« Je veux jouer avec le feu, trembler,
sentir la morsure de la mort. Défier les instincts
les plus brutaux, les plus sauvages, et les dépasser. »

Comment s’échapper de sa cage ? C’est l’obsession des fauves mais aussi celle de Tony, dix-sept ans, lorsqu’il rejoint un cirque itinérant après avoir fui la violence de son père. Faire face aux bêtes, affronter ses propres démons…

Le nouveau roman de Mélissa Da Costa nous propulse au coeur de l’arène, où l’ivresse du danger fait oublier la mort. Une fresque magistrale, portée par une écriture tendue et charnelle.

À ce jour, j’ai lu tous les romans de Mélissa Da Costa, et chacun m’a touché à sa manière. Avec Tenir debout, elle avait déjà amorcé un virage vers une littérature plus sombre, plus frontale, qui m’avait agréablement surpris. Avec Fauves, elle va encore plus loin. Elle livre ici un texte dur, immersif, psychologiquement violent et sans concession, porté par une écriture très visuelle…

J’ai suivi Tony, dix-sept ans, adolescent en fuite après avoir enfin osé s’opposer à André, un père alcoolique et brutal. Un coup porté, une porte claquée, et le voilà seul dans la nuit, sans plan, sans refuge. C’est alors qu’il croise un convoi de cirque, des roulottes, des camions, un chapiteau démonté. En quelques mots, presque par hasard, il entre dans cet univers fascinant et inquiétant à la fois, attiré par les fauves, hypnotisé par ce monde clos qui l’accueille sans jamais vraiment l’intégrer. Car Tony restera un gadjo, un étranger au sein de cette communauté tzigane… une famille.

Au fil de ma lecture, j’ai croisé des personnages cabossés mais profondément humains, parfois même touchants par leur finesse et leur fragilité. Mais la violence, qu’elle s’inscrive dans un héritage familial ou qu’elle naisse ailleurs, traverse l’ensemble du roman comme un fil tendu. La tension ne faiblit jamais, installant une atmosphère à la fois oppressante et magnétique, jusqu’à un final d’une intensité explosive. Mélissa fouille avec justesse les cicatrices laissées par l’emprise paternelle, cette virilité dévoyée qui se transmet et contamine tout sur son passage. Elle dresse également un portrait du cirque débarrassé de ses paillettes, révélant un univers très masculin où les femmes peinent à exister, souvent reléguées dans l’ombre, oubliées, parfois même méprisées.

Ce qui m’a particulièrement touché, c’est la manière dont l’autrice met en lumière les rapports de force entre dominants et dominés, dans la famille, le couple, l’amitié, mais aussi dans la relation aux fauves, magnifiquement développée. À travers elles, elle rappelle combien la confiance et la patience sont essentielles, et combien elles restent fragiles face à la peur, aux blessures et aux héritages invisibles que l’on porte en soi.

Mélissa a ce don rare de me plonger, à chaque roman, dans un univers totalement différent, et c’est sans doute l’une de ses plus grandes forces. Les dernières pages m’ont marqué, prolongeant l’intensité du récit, même si certains éléments sont restés pour moi en suspens. Quelques pages supplémentaires n’auraient pas été de trop…

Fauves reste un roman sombre et bouleversant, traversé par la rage, la colère, mais aussi une forme de douceur inattendue.
Un livre à découvrir, quoi qu’il en soit.

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Extraits :

« La porte du bar s’ouvre à la volée. Un instant, la nuit se trouble, déchirée par les voix d’hommes, un morceau de Pink Floyd – « Pigs » -, et par la lumière orangée du pub, une lueur faiblarde, étouffée par la fumée opaque des cigarettes. La silhouette qui surgit est mince, déliée, titubante. Elle s’arrête et semble se demander ce qu’elle fait là. Le jeune garçon, puisque c’est un garçon, et pas encore un homme, sweat à capuche gris au col déchiré, manches tachées d’auréoles sombres, visage tuméfié et baskets dénouées, crache au sol. Il y met toute sa rage. Une fois, deux fois. Puis il remonte sur son épaule un sac lourd au tissu usé. »

« Il dort par intermittence, est réveillé par un soubresaut du camion ou le hennissement d’un cheval effrayé. À chaque réveil, il a besoin de quelques secondes pour se rappeler où il se trouve, ce qui l’a conduit dans ce semi-remorque. La douleur dans son corps le prend, ainsi que la soit. Une soif terrible causée par la cuite qu’il s’est offerte bêtement. Il ne sait pas quelle heure il est, si le convoi a déjà parcouru la moitié du chemin. Il pose les mains sur ses paupières, les presse fort. Les images de la soirée lui reviennent avec violence. Les émotions aussi : incrédulité, effroi. Son poing envoyé à une vitesse vertigineuse dans la tempe du paternel. La brutalité avec laquelle le corps a été projeté en arrière, s’est écrasé au sol. Le bruit sourd du crâne contre le carrelage. Terrifiant. »

« Tony observe les fauves et se demande ce qui retient ces cinq tueurs en puissance d’attaquer leur dresseur. De l’éventrer. Le traîner au sol. Qu’est-ce qui entrave leur instinct ? Il ne peut s’agir seulement de la crainte du fouet ni du morceau de viande qui les attend en récompense à la fin de l’entraînement. Qu’est-ce que les fauves lisent dans le regard de Chavo ? Qu’est-ce qu’ils perçoivent dans sa voix ? Ils pourraient le mettre à mort mais ils ne le font pas. Chavo les conserve sous son emprise. Cet homme soumet les fauves à sa volonté et, en le faisant, c’est comme s’il leur volait leur puissance. »

« Tony ne répond rien. Il pense aux mots lancés comme une invitation l’autre jour. Tu n’as qu’à revenir me voir quand tu voudras. Me tenir compagnie. Chavo est occupé en permanence. Il revoit la bretelle de la nuisette violette qui tombait constamment, dévoilant une épaule, cette nudité que Sabrina ne cherchait pas à cacher. »

« Peur… Je ne crois pas… Entrer dans l’arène ça me tait un truc puissant. Un truc qui me propulse tout là-haut. Un shot d’adrénaline. Un putain de feu d’artifice dans les veines. C’est une drogue dont tu ne peux plus te passer. »


Mélissa Da Costa est une romancière française.

Après des études d’économie et de gestion à l’Institut d’administration des entreprises de Lyon (IAE) (2008-2011), elle est chargée de communication dans le domaine de l’énergie et du climat.
Elle suit également des formations en aromathérapie, naturopathie et sophrologie.

Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade (2017),
sorti en librairie sous le Tout le bleu du ciel (2019), est son premier roman.
Salué par la presse, il a reçu le prix du jeune romancier au salon du Touquet Paris Plage.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/09/17/tout-le-bleu-du-ciel/

Je revenais des autres (2017), et Les Lendemains (2020),
sont portés par les libraires et salués par la presse, ils ont conquis plus d’un million de lecteurs.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/04/je-revenais-des-autres/
https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/18/les-lendemains/

Les douleurs fantômes (2022)
est lauréat du Prix Babelio – littérature française 2022.
https://leressentidejeanpaul.com/2022/08/25/les-douleurs-fantomes/

La Faiseuse d’étoiles (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/17/la-faiseuse-detoiles/

Les Femmes du bout du monde (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/31/les-femmes-du-bout-du-monde/

Tenir debout (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/11/05/tenir-debout/

Elle figure au palmarès du Figaro des auteurs français ayant le plus vendus de livres.

Adolescence, Amour, Émotion, Conte

La Chasse au Trésor

de Claudine Laurent Rousselle
Broché – 26 novembre 2025
Éditions : Auto-édition

Sylvie et Mathieu âgés de douze ans, sont cousin, cousine. »
Lors des vacances scolaires, ils se retrouvent chez leurs grands-parents. Ils sont heureux de vivre deux mois avec eux car ils les adorent.
Un matin, le grand-père leur demande un petit coup de main pour nettoyer le grenier où sont entreposés des meubles, des coffres et de nombreux objets hétéroclites, depuis plusieurs générations. Les deux enfants jubilent, pour eux,
l’occasion est trop belle pour faire des découvertes.
Ces découvertes les mèneront à une chasse au trésor.

Une nouvelle fois, Claudine Laurent Rousselle m’a emporté avec l’un de ses petits romans, de ceux qui font du bien et laissent une trace discrète mais précieuse. La Chasse au Trésor s’adresse aux enfants de 7 à 13 ans, mais aussi, et peut-être surtout, aux adultes qui aiment encore raconter des histoires, transmettre, partager des moments hors du temps. C’est un conte simple, délicat, sincère, pensé pour éveiller le goût de la lecture et, plus encore, l’envie de rêver loin des écrans omniprésents.

Dès les premières pages, j’ai retrouvé cette bienveillance qui caractérise si bien la plume de Claudine. Elle nous propose ici une belle histoire de famille, où des grands-parents embarquent leurs petits-enfants dans une aventure ludique, pleine de surprises et de rebondissements. Une chasse au trésor comme on les aime, faite d’indices, de complicité et de rires partagés. Tout au long de ma lecture, je me suis surpris à sourire, porté par cette écriture douce et apaisante qui invite à la sérénité.

Ce récit m’a également ramené vers mes propres souvenirs d’enfance. À plusieurs reprises, des images se sont imposées à moi, simples et lumineuses, comme une parenthèse enchantée dans mon quotidien. J’ai apprécié cette capacité qu’a l’autrice à créer un univers rassurant, où l’imaginaire a toute sa place et où l’on prend le temps d’être ensemble.

La Chasse au Trésor est, à mes yeux, une histoire “cadeau”. Un livre à lire, à offrir, à partager, qui fera sans aucun doute plaisir aux plus jeunes… et ravivera chez les adultes une douce nostalgie. Pour ma part, je sais déjà qu’il trouvera naturellement sa place entre les mains de mes petits-enfants.

Merci, Claudine, pour ta confiance renouvelée et pour ce moment de lecture empreint de douceur et de tendresse.

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Extraits :

« Sylvie et Mathieu âgés de douze ans, sont cousin, cousine. »
Lors des vacances scolaires, ils se retrouvent chez leurs grands-parents. Ils sont heureux de vivre deux mois avec eux car ils les adorent.
Un matin, le grand-père leur demande un petit coup de main pour nettoyer le grenier où sont entreposés des meubles, des coffres et de nombreux objets hétéroclites, depuis plusieurs générations.
Les deux enfants jubilent, pour eux, l’occasion est trop belle pour faire des découvertes. »

« – Ça fait plaisir de les voir heureux, tu ne trouves pas ? Demande le grand-père.
– S’ils le sont, c’est grâce à toi ! Depuis tout petits, tu les emmènes dans la nature, à la pêche, aux champignons, faire de la marche dans les chemins forestiers, tu leur a appris à faire du vélo, à reconnaître les arbres, les fleurs… »

« Les jours suivants furent idylliques pour le clan des quatre, camping, pêche, rigolades et recherches le long du cours d’eau, celles-ci infructueuses, mais de très bons moments emmagasinés dans les mémoires.
Les grands-parents décident de faire une halte dans le village le plus proche pour faire le ravitaillement et poursuivre l’aventure.
Celle-ci risque de durer plus longtemps que prévu pour le plaisir de tous.
Ils ont deux mois devant eux, pour trouver le trésor, avant la rentrée des Classes. »

Née à Reims, Claudine Laurent Rousselle a vécu à “La Neuvillette” durant sa jeunesse et son adolescence, depuis elle vie en Haute-Savoie. Dans sa jeunesse, elle a participé à plusieurs concours de poésies.
Depuis quelques années le rêve d’écrire des contes lui vient à l’esprit. Elle se lance, et sort son premier roman “Un merveilleux cadeau” en 2022.
D’autres romans sont d’ores et déjà en attente…

Neige – La petite fille des Montagnes (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/07/neige-la-petite-fille-des-montagnes/

Un merveilleux cadeau (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/12/un-merveilleux-cadeau/

Max et le monde imaginaire (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/02/03/max-et-le-monde-imaginaire/

FLIPP LE PETIT FANTÔME (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/09/flipp-le-petit-fantome/

Amour, Émotion, Drame, Historique

Sous le regard de l’aigle

UNE HISTOIRE DE COURAGE AU TEMPS DES KIOWAS
de Jacquie Béal
Broché – 29 octobre 2025
Éditions : Éditions complicités

Première moitié du XIXe siècle, au cœur des Grandes Plaines d’Amérique. Petite Plume, une jeune fille de la nation kiowa, est capturée lors d’un raid tribal. Arrachée à sa culture d’origine, elle est recueillie par une famille cheyenne et confrontée à un monde régi par d’autres rites, d’autres codes, d’autres douleurs.

Entre apprentissage de la survie, éveil à l’amour et transmission des traditions amérindiennes, elle forge peu à peu sa propre voie, portée par la sagesse des anciens et les visions qui jalonnent la piste rouge de son destin.

Roman historique et initiatique, Sous le regard de l’aigle explore avec justesse et sensibilité la quête d’identité d’une héroïne en lutte entre deux cultures, deux mémoires, deux peuples.

Je viens de refermer Sous le regard de l’aigle, le dernier roman de Jacquie Béal, une auteure que j’ai découvert avec De sang et d’encre en 2024, puis à travers La dame d’Aquitaine, Le temps de l’insoumise et L’incroyable destin d’Aubeline de Lambersac. À chaque lecture, je retrouve cette plume fluide, précise, terriblement addictive, qui sait mêler histoire, émotion et personnages féminins puissants.

Avec ce nouveau roman, j’ai pourtant été surpris. Très vite, j’ai compris que j’entrais dans un univers différent, tant par les lieux que par les images qu’il a fait naître en moi. Une fois encore, Jacquie m’a happé, m’emmenant loin, très loin, au cœur d’un monde rude, magnifique et profondément humain.

Petite Plume est une héroïne stupéfiante. Une femme dans un monde d’hommes, forgée par la violence et la perte, mais jamais brisée. Élevée enfant parmi les Kiowas, elle voit sa famille exterminée par les Osages avant d’être capturée par les Cheyennes. Dès lors, elle doit apprendre à survivre autrement, à comprendre une nouvelle culture, à respecter des traditions qui ne sont pas les siennes, tout en restant fidèle à ses racines. J’ai été profondément touché par sa force, sa fougue, sa capacité à se reconstruire sans renier ce qu’elle est.

Au fil des pages, j’ai suivi son apprentissage, sa vie au sein de sa nouvelle famille, ses doutes, ses joies, ses peines, ses élans amoureux aussi. Petite Plume grandit, devient Femme-Plume, et se retrouve face à une question essentielle, à quel peuple appartient-elle désormais ? Kiowa ou Cheyenne ? Cette quête d’identité, intime et universelle, donne au récit une puissance émotionnelle remarquable.

Jacquie signe ici un magnifique roman historique et initiatique. La reconstitution du monde des Kiowas et des Cheyennes est précise, documentée, vibrante. Les rites, les coutumes, la sagesse des anciens, les visions mystérieuses donnent au récit une profondeur rare. J’ai refermé ce livre marqué, le cœur encore habité par ces peuples amérindiens et leur histoire douloureuse.

Un roman passionnant, prenant, écrit avec respect et sensibilité. À lire sans hésitation.

Merci Jacquie, pour ta confiance renouvelée, pour ce voyage intense au cœur de l’Histoire et pour ce bel hommage à des peuples qui ont tant souffert…

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Extraits :

« Femme-Plume naquit dans la « Lune de l’herbe qui reverdit », quand le soleil réchauffe la terre, et c’est certainement ce qui la sauva, car elle naquit beaucoup plus tôt que prévu. Elle était si petite qu’on l’appela ”Petite Plume“ et sa grand-mère, la mère de Feuille de Saule, a toujours pensé que si elle avait résisté, c’était parce qu’elle avait choisi de naître pendant cette lune que les Hommes Blancs appellent ”Printemps“, quand il fait déjà assez chaud dans la prairie, mais ni trop chaud ni trop froid. En effet, les Kiowas n’ont jamais vu survivre un de ces enfants nés avant leur terme, et qui naissent pendant le plein hiver, quand la neige paralyse tout le pays, ou au cœur de l’été, quand la chaleur étouffe et que l’air ne rafraîchit plus rien. »

« Les légendes annonçaient la venue d’un grand chef qui aiderait les Kiowas à lutter contre un ennemi terrible. Ourson et Petite Hache, comme tous les garçons de la tribu, rêvaient de devenir ce chef. Ce que Petite Plume n’osa jamais leur avouer, pour ne pas les voir éclater de rire, c’est qu’elle espérait bien, elle aussi, incarner un jour ce grand guerrier ! »

« Ce qui attendait Petite Plume derrière ces rochers ne sortira jamais de sa mémoire. L’horreur est entrée dans sa vie le jour où elle a dû découvrir la frayeur insoutenable qui déformait le visage de Feuille de Saule. Elle n’oubliera jamais les yeux grands ouverts de sa mère et ses doigts crispés sur sa tunique ! »

« Petite Plume comprit qu’elle devait partir et marcher dans la direction du ciel flamboyant. Des chants de guerre et de victoire emplirent sa poitrine. En suivant la piste du Soleil, elle trouverait les Osages, tueurs d’enfants, elle ramènerait le Tai-Me dans son village! Alors, le Vrai Peuple ferait résonner les tambours, le crieur ferait le tour du camp pour annoncer le retour de Petite Plume – la fille de Loup qui Boite ! Tous chanteraient ses louanges et l’appelleraient ”Fille Chef“ ou ”Fille-Guerrier“ ! »

Agrégée de Lettres et enseignante, Jacquie Béal se consacre à l’écriture. Elle vit en Périgord où se situe l’action de ses romans, notamment La dame d’Aquitaine et Le Temps de l’insoumise. Amoureuse du langage et de l’Histoire, grande et petite, elle fait vivre ses personnages dans l’atmosphère des siècles passés.

Facebook: @jacquiebeal

Le temps de l’insoumise (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/07/le-temps-de-linsoumise/

De sang et d’encre (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/08/05/de-sang-et-dencre/

La dame d’Aquitaine (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/18/la-dame-daquitaine/

L’incroyable destin d’Aubeline de Lambersac (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/05/lincroyable-destin-daubeline-de-lambersac/

Adolescence, Émotion, Histoire

Les Promesses orphelines

de Gilles Marchand
Broché – Grand livre, 22 août 2025
Éditions : AUX FORGES DE VULCAIN

On racontait qu’on allait marcher sur la Lune, on disait qu’en l’an 2000 on se déplacerait en voiture volante. On parlait d’un Aérotrain capable de battre tous les records de vitesse.

Mais comment participer à tout ça quand on vit, comme Gino, au fin fond d’un village de l’Orléanais, quand le bulletin scolaire est en berne, quand on se demande comment séduire Roxane, la fille entrevue au bal du village des années plus tôt ?

Gilles Marchand, fidèle à ses personnages toujours en décalage, nous offre une traversée poétique des Trente glorieuses par un jeune idéaliste, la tête pleine de rêves plus grands que lui, acteur à sa manière d’un monde en accélération où le bonheur pour tous semblait à portée de main.

J’ai refermé Les Promesses orphelines avec un sentiment doux-amer, celui que laissent les romans qui ne bouleversent pas totalement, mais qui savent toucher juste, par éclats. Gilles Marchand raconte ici une vie ordinaire, mais il le fait avec une voix singulière, presque poétique, toujours empreinte de délicatesse. Ce n’est pas un roman qui emporte d’un seul souffle, plutôt un texte qui se révèle par fragments, par moments suspendus, par phrases qui s’attardaient en moi.

Gino est jeune, Gino rêve. Peut-être trop. Il vit dans un village de l’Orléanais, loin de Paris, loin des astres et des promesses qu’ils incarnent. Trop loin du monde pour lui, mais jamais trop loin de l’espoir. Il regarde le ciel, le progrès, les machines, les fusées, l’Aérotrain, et tout ce qui annonce un avenir possible, presque magique. Entre promesses de progrès et rêves démesurés, Gino va s’accrocher à son rêve ou malgré les grandes tristesses et les bonheurs lumineux, il va petit à petit tracer une voie vers sa destinée.

Nous sommes dans les années 50, au sortir de la guerre, dans cette période étrange où la bienveillance côtoie l’accélération du monde. Les Trente Glorieuses défilent, la musique change, les corps s’émancipent, la mode, les coiffures aussi. Tout semble soudain possible et promet un nouveau bonheur pour tous. Gino traverse cette époque sans être un héros, mais avec une humanité touchante. Puis il y a Roxane. Le premier amour. L’évidence, l’innocence, l’idée d’une vie entière à deux. Et comme souvent, la réalité frappe, sans prévenir. Les rêves se fissurent, la vie le heurte de plein fouet et tout ne se déroulera pas comme prévu.

J’ai aimé la beauté des mots, Gilles comme dans ses autres romans conserve un style très personnel qui enveloppe ses personnages. C’est un beau roman, mais il y a ici, une propension à voir le bien, le beau, plutôt que le réel… Il m’a manqué un pas de plus, une aspérité, une faille plus franche. Et parfois, une gêne aussi, quand certaines réclames s’invitent brutalement dans le récit, comme une coupure publicitaire en plein film, me freinant dans mon élan de lecture.
Dommage…

J’attendrai avec impatience ton prochain ouvrage…

Merci pour cette belle soirée passée en ta compagnie au Cercle Littéraire du Château de l’Hermitage !

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Extraits :

« Qu’est-ce qui fait une vie réussie ? Succès professionnel ? Succès amoureux ? Succès familial ?
Amical ? Social ? Moral ?
J’ai longtemps cru que c’était une espèce de combinaison de tout cela. Une belle vie professionnelle et une famille aimante et souriante. Des pâtes dans l’assiette et un enfant dans le landau.
À l’adolescence, je me suis dit qu’une vie réussie était une vie qui changeait le monde ou, du moins, qui participait au progrès. C’était au siècle dernier, c’était après les guerres mondiales. Dans ces années où on priait le ciel pour que ça reste de l’histoire ancienne et où on lisait les journaux pour vérifier si la guerre froide n’avait pas pris quelques degrés. »

« C’est là que j’ai entendu pour la première fois sa voix. Elle n’était pas assortie à son regard. Ni même à son attitude. C’était presque une voix d’adulte avec un drôle d’accent venu d’un endroit inconnu. C’était comme s’il avait mis plein de vieux dans sa gorge et qu’il les laissait parler à sa place. Il a commencé à me raconter avec son drôle de débit, comme s’il reprenait sa respiration à chaque tronçon de phrase, comme s’il avait peur que la fin lui échappe. »

« La Vieille tante avait toujours été là, dans les parages. Ils pouvaient ne pas la voir pendant des semaines, et un soir elle apparaissait, une bouteille de vin sous le bras et un livre qu’il fallait absolument lire dans la main. Elle était toujours de bonne humeur. “‘Ma foi, je n’ai jamais eu goût à imposer ma mauvaise humeur à qui que ce soit.” »

« “Encore dans la lune, Gino ?”
Je ne l’avais pas entendue arriver. Ma mère s’est assise sur mon lit. Elle me répétait que j’étais son petit rêveur. Exactement ce que l’on me reprochait au collège, sauf qu’elle le disait avec un sourire.
Je n’osais pas lui expliquer que je n’étais pas dans la lune mais plutôt dans les nuages. Et que papa l’embrassait. »

Gilles Marchand est né en 1976 à Bordeaux. Il a notamment écrit Dans l’attente d’une réponse favorable (24 lettres de motivation) et coécrit Le Roman de Bolaño avec Éric Bonnargent. Son premier roman solo, Une bouche sans personne en 2016, attire l’attention des libraires (il est notamment sélectionné parmi les “Talents à suivre” par les libraires de Cultura, finaliste du prix Hors Concours, et remporte le prix des libraires indépendants “Libr’à Nous” en 2017) et de la presse, en proposant le curieux récit, le soir dans un café, d’un comptable le jour expliquant à ses amis pourquoi il porte en permanence une écharpe pour cacher une certaine cicatrice.

Il a été batteur dans plusieurs groupes de rock et a écrit des paroles de chansons.

Des mirages plein les poches
https://leressentidejeanpaul.com/2019/01/05/des-mirages-plein-les-poches-de-gilles-marchand/

Un funambule sur le sable
https://leressentidejeanpaul.com/2019/01/14/un-funambule-sur-le-sable-de-gilles-marchand/

Une bouche sans personne
https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/26/une-bouche-sans-personne/

Le soldat désaccordé
https://leressentidejeanpaul.com/2022/12/12/le-soldat-desaccorde/

Requiem pour une apache
https://leressentidejeanpaul.com/2023/09/02/requiem-pour-une-apache/

Émotion, Drame, Folie, Polar, Terroir, Violence

La loi des oubliés

Chasse ouverte dans le bassin minier
de Éric Dupuis
Broché – 4 septembre 2025
Éditeur : Aubane éditions

En 1986, après 18 ans de carrière à Paris, l’inspecteur de police Pierre Sénéchal revient dans le Pas-de-Calais, sa région natale. Sa première mission consiste à escorter Carrel, l’écorcheur du bassin minier, un criminel condamné en 1970 qui vient d’obtenir une libération conditionnelle. Cette décision judiciaire suscite l’émoi des familles car, parmi les victimes, deux jeunes filles du coron sont toujours considérées disparues. Connaissant l’une d’elles, sœur de son premier amour, Pierre décide de réétudier le dossier dans l’espoir de faire rouvrir l’enquête. À cet instant, l’inspecteur est propulsé dans un engrenage infernal, vengeance, trahison, et misère sociale vont peupler son quotidien. Confronté à l’omerta et aux exactions d’une bande de jeunes loubards qui ralentissent ses investigations, Sénéchal réalise que ces oubliés du coron ne répondent qu’à une seule loi, la leur…

Dès les premières pages de « La loi des oubliés » d’Éric Dupuis, j’ai été happé, littéralement. Ce roman m’a tenu en haleine du début à la fin, au point de m’être souvent surpris à repousser le moment de le refermer. Le suspense est redoutablement efficace, porté jusqu’à un dénouement que je n’ai absolument pas vu venir. Mais au-delà de l’enquête, c’est surtout l’atmosphère qui m’a marqué. Ce climat lourd, âpre, profondément ancré dans un territoire, comme je les aime tant.

Éric possède ce talent rare de faire vivre une région. Ici, le Pas-de-Calais des années 80, ses corons, ses gueules noires, la misère sociale, les mines qui ferment les unes après les autres et laissent derrière elles des vies brisées. Tout respire le réel. On sent la pauvreté, la résignation, les rancœurs accumulées, les silences trop lourds. Le décor est sombre, aussi noir que le charbon, et sert à merveille une intrigue faite de mensonges, de trahisons, de vengeance et de meurtres. J’ai adoré cette immersion totale, viscérale, écrite avec les tripes autant qu’avec les mots.

L’histoire suit Pierre Sénéchal, inspecteur revenu dans sa région natale après dix-huit ans de carrière parisienne. Un retour aux sources qui n’a rien de paisible. Il est hanté par son passé, par des disparitions de jeunes filles jamais élucidées, par des souvenirs douloureux qui resurgissent à chaque coin de rue. Ce retour agit comme une quête de vérité, peut-être aussi comme une tentative de rédemption. Et les révélations qui émergent sont fracassantes, cruelles, n’épargnant personne… pas même lui.

J’ai été rapidement pris par le rythme du récit. Les dialogues sont percutants, les scènes s’enchaînent avec une fluidité qui m’a souvent donné l’impression de regarder une série noire particulièrement réussie. Les personnages sont profondément humains, attachants dans leurs failles, et l’expérience policière d’Éric apporte un réalisme saisissant aux investigations, tout en brouillant sans cesse les pistes.

La loi des oubliés est pour moi une réussite totale. Ce roman réunit tout ce que j’aime, un terroir fort, une intrigue solide, des personnages incarnés et une charge émotionnelle puissante. Peut-être même, oserai-je le dire, le meilleur roman de l’auteur.
Un livre marquant à lire absolument…

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Extraits :

« La grande silhouette du numéro 8923 réintégra sa cellule. Georges Carrel n’était plus que l’ombre de lui-même. Lui, charpenté comme une armoire à glace lors de son arrivée, flottait dans ses vêtements. Son visage émacié, diaphane et les sillons de ses joues creusées laissaient à penser que sa dernière heure était arrivée. Une fois la porte fermée et le bruit sinistre de la serrure entendu, il s’allongea sur le lit, glissa ses mains croisées sous sa nuque et fixa le ciel azur partiellement masqué par les barreaux de la fenêtre. Une belle journée s’annonçait, Georges était aux anges. Soulagé d’avoir appris la bonne nouvelle : la commission venait d’accepter sa demande de libération conditionnelle. »

« Il ne regrettait rien, absolument rien. Aucun de ses actes abominables… bien au contraire. À chaque fois que l’un d’eux lui revenait en mémoire, il en éprouvait une satisfaction personnelle, un plaisir immense. D’ailleurs il avait conservé un bijou de chacune de ses victimes. Le fait de les ressortir, de les toucher, lui procurait une sensation inextricable, une jouissance extrême… »

« L’heure du bilan avait sonné après ses seize années passées au placard. Une épreuve si terrible que Carrel comptait profiter un maximum de sa liberté recouvrée dès le 13 septembre prochain. Et malgré les recommandations explicites de son psychiatre, il savait d’ores et déjà qu’il recommencerait ses actes criminels. Ce besoin était viscéral, ancré au plus profond de son être. Il gardait en mémoire ses erreurs de débutant l’ayant conduit en taule, à commencer par son empressement et l’émulation de ses premières agressions qui lui en avaient fait oublier les fondamentaux. Le manque de préparation, l’absence de gants, l’agitation et le pire de tout, la perte de son arme… »

Né dans les années 1960 à Courrières dans le Pas-de-Calais, Éric Dupuis poursuit ses études secondaires à Lens avant d’incorporer le premier contingent de policiers auxiliaires en octobre 1986, puis de devenir gardien de la paix en 1987. Après plusieurs années sur la voie publique et trente ans de carrière dans la police nationale en région parisienne, il devient major-instructeur. En tant que formateur en sécurité intérieure, il enseigne aujourd’hui activités physiques et professionnelles : tir, auto-défense et techniques de sécurité en intervention. Il est également passionné par les arts martiaux et notamment par le krav maga, une discipline d’auto-défense qu’il pratique et enseigne en tant que 4e dan. Dans le cadre de son travail d’acteur et de conseiller technique pour le cinéma et les séries télévisées, il se lance dans l’écriture et propose ses récits. Après Aussi noir que le charbon, il publie un autre polar se déroulant dans le bassin minier : Devoir de mémoire. Un retour aux sources, en quelque sorte…

Aussi noir que le charbon
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/19/aussi-noir-que-le-charbon-de-eric-dupuis/

Devoir de mémoire
https://leressentidejeanpaul.com/2021/07/27/devoir-de-memoire/

La Catalane
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/07/la-catalane/

Amour, Anticipation, Émotion, Drame, Dystopie, Fantastique

Nouvelle Vie™

de Pierre Bordage
Poche – 26 mai 2004
Éditeur : ATALANTE

Bienvenue dans ces mondes qui seront peut-être bientôt le nôtre. Tout s’y vend, tout s’y achète, jusqu’au patrimoine génétique et l’être humain qui le contient. Faites confiance au marché comme à ceux qui le gouvernent. D’ailleurs ils se sont emparés des technologies nouvelles. Tous les clonages sont possibles, la nature humaine et la vie dérivent… Qu’importe si les sociétés se délitent, si des territoires d’exclus s’étendent d’où la violence remonte, si le pouvoir des groupes financiers convoque des armées d’adolescents pour son profit ? Il y a encore moyen de survivre dans un monde virtuel ou de prendre racine… dans un potager. Bon séjour dans une humanité en déroute. Mais s’il reste  » l’amour qui meut le soleil et les autres étoiles « , un monde bien ordonné commencerait-il par soi-même ? Douze nouvelles et un préambule : le premier recueil de Pierre Bordage.

Mon dernier Ressenti de 2025 ne pouvait être qu’un hommage.
Un hommage à Pierre Bordage, un écrivain que j’ai découvert il y a plus de vingt-cinq ans avec Les Fables de l’Humpur. Un choc à l’époque. Un monde fantastico-médiéval sombre, peuplé de créatures hybrides, dans lequel j’avais déjà senti cette angoisse sourde face à un monde en perdition.
Pour moi, Pierre était un grand. Un très grand écrivain. Parti bien trop tôt.

Ses romans m’ont toujours embarqué ailleurs, souvent dans des futurs peu réjouissants, mais jamais gratuits. À travers l’anticipation et la science-fiction, il questionnait notre rapport au progrès, à la biotechnologie, à l’argent, au pouvoir. Des sociétés dominées par la rentabilité, parfois totalitaires, souvent inhumaines. Des mondes qui faisaient froid dans le dos parce qu’ils semblaient terriblement plausibles.

Nouvelle Vie™ est un recueil de douze nouvelles, ciselées avec une précision redoutable. On y retrouve tous les thèmes qui lui sont chers. La manipulation génétique, le clonage, la quête d’une humanité dite « parfaite », l’aliénation technologique, la marchandisation du vivant.
Au fil des pages, j’ai traversé des univers tantôt intimistes, tantôt désespérés, toujours marqués par l’oppression d’individus écrasés par des entités devenues aveugles à toute notion d’éthique. Ici, l’homme devient artificiel pour frôler l’immortalité. Là, il est surveillé, pucé, contrôlé. Ailleurs, il se perd dans des mondes virtuels ou se dissout dans des sociétés ultra-industrialisées.
Une question revient sans cesse : l’homme est-il encore libre ?

La nouvelle n’était pas le format de prédilection de Pierre, lui qui excellait dans les grandes sagas, mais son talent de conteur opère pleinement.

Ces textes font réfléchir, dérangent, inquiètent. Ils nous tendent un miroir peu flatteur de notre avenir possible. Fiction ? Peut-être. Avertissement ? Sûrement.
Il nous invite à ne pas détourner le regard, à rester maîtres de notre destin, à lutter sans accepter la facilité de nos sociétés consuméristes et numérisées.
La lecture de ces nouvelles pourra vous donner froid dans le dos et un certain pessimisme envers notre espèce, ses textes vous mettront forcément face à notre propre réalité.
Mais derrière la froideur des systèmes, il y a toujours l’humain. Ses failles, ses peurs, mais aussi l’amour, qui résiste encore…

Merci Pierre, pour ces mondes, pour ces alertes, pour ces histoires profondément humaines.
Je ne suis pas prêt de t’oublier. J’ai encore une dizaine de tes romans dans ma PAL et me connaissant il ne serait pas surprenant que j’en ajoute d’autres encore…
Je ne sais pas exactement où tu es parti, mais j’espère vraiment que tu profites de tes nouveaux acquis !
On reste en contact…

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Extraits :

« Ils se présentèrent à cinq heures du matin. Un homme et une femme vêtus d’uniformes gris perle. Des envoyés du Nouvel Éden, sans doute. Il ne parvint pas à leur donner un âge – difficile, d’ailleurs, de donner un âge aux habitants du Nouvel Éden, originaires pour la plupart des régions de l’Amérique du Nord, de l’Europe et de l’Australie; ils ne quittaient que rarement les cités flottantes dans lesquelles ils s’étaient retirés des dizaines d’années plus tôt. »

« La femme sonna de nouveau puis sortit d’une poche de son uniforme un passe, une clef électronique qui décodait et forçait n’importe quelle serrure. Un petit bijou de technologie réservé aux keufs et autres cerbères assermentés du bas-pays. Il s’agissait donc d’une visite domiciliaire officielle. Il valait mieux leur ouvrir plutôt que les laisser flinguer en toute légalité la serrure octopussy – deux mille euros le système de sécurité, huit serrures, huit codes, huit barrières pour le visiteur indélicat. Il activa le micro extérieur. »

« “Vous êtes en train de me dire que… que votre compagnie a breveté le génome de mes parents ?”
La femme lui retourna une moue d’encouragement, la moue décernée par un professeur à un élève sur le point de résoudre une équation difficile.
“Mais… on n’a pas le droit d’acheter les êtres humains…”
En même temps qu’il prononçait ces mots, la vérité s’imposa à lui, terrible, inconcevable.
“Tout est à vendre, monsieur Quint. Depuis l’affaire Erkhan, en 2023, les Nations unies ont admis le principe du brevet du génome humain. À condition que ce même génome présente une particularité remarquable et concoure au progrès de l’humanité.” »

« Des larmes roulaient sur ses joues. À l’idée de ne plus la revoir, de ne plus la serrer dans ses bras, de ne plus se repaître de ses mots, de ses sourires, de ses bouderies, il faillit s’écrouler sur son lit. Il éteignit comme il le put une nouvelle flambée de rage. Il n’avait pas le droit de se révolter. Ce foutu contrat et ses clauses de pénalité. Il s’habilla avec des gestes maladroits, dépecé déjà par les regrets, sortit de la chambre, s’avança d’une allure chancelante vers les deux employés de la Vie™.
“Je suis prêt…” »

Pierre Bordage est né en janvier 1955 à la Réorthe, en Vendée. Après une scolarité sans histoire, neuf ans de karaté et quelques cours de banjo, il s’inscrit en lettres modernes à la faculté de Nantes et découvre l’écriture lors d’un atelier en 1975. Il n’a encore jamais lu de SF, lorsqu’il est amené à lire pour une dissertation Les chroniques martiennes de Ray Bradbury, qui est une véritable révélation. Découvrant à Paris un ouvrage d’Orson Scott Card édité par l’Atalante, il propose Les guerriers du silence à l’éditeur qui l’accepte. Il a publié depuis de nombreux ouvrages, qui bénéficient de la reconnaissance des amateurs et des professionnels de la science-fiction à travers notamment le Grand Prix de l’Imaginaire ou le prix Bob Morane.

Les fables de l’Humpur
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/24/les-fables-de-lhumpur/

Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Violence

Inexorable

de Claire Favan
Broché – 11 octobre 2018
Éditeur : Robert Laffont

Vous ne rentrez pas dans le moule ? Ils sauront vous broyer.

Inexorables,
les conséquences des mauvais choix d’un père.
Inexorable,
le combat d’une mère pour protéger son fils.
Inexorable,
le soupçon qui vous désigne comme l’éternel coupable.
Inexorable,
la volonté de briser enfin l’engrenage…
Ils graissent les rouages de la société avec les larmes de nos enfants.

 » Claire Favan franchit un cap avec cette histoire qui touchera inexorablement votre âme. « 
Yvan Fauth, blog EmOtionS.
 » À l’enfant qui est en vous, ce livre peut raviver des douleurs. À l’adulte que vous êtes devenu, il vous bousculera dans vos certitudes. « 
Caroline Vallat, libraire Fnac Rosny 2

Inexorable fait parti de ces romans qui ne vous laissent aucun répit.
Je l’ai commencé en début de soirée… et je ne l’ai pas lâché. Chapitre après chapitre, page après page, jusqu’à cette image finale bouleversante. Alexandra serrant la tête de Milo contre son ventre, dans ce geste universel d’une mère qui aime son enfant plus que tout…

Alexandra et Victor sont les parents de Milo, qui a quatre ans. Leur quotidien bascule le jour où Victor est arrêté. Il a tout quitté pour devenir braqueur, pour des raisons qui lui appartiennent. Mais c’est Milo qui en paiera le prix.
L’enfant change brutalement. Il se renferme, devient violent, ingérable. À l’école, on se moque de lui, on l’isole. Sa colère déborde. Son mal-être se transforme en mots blessants, en gestes incontrôlables.

Les années passent. Entre 2004 et 2019, Milo grandit sous nos yeux. Son adolescence est tout aussi chaotique, et la relation mère-fils se détériore peu à peu. Le dialogue se rompt.
Puis vient l’irréparable. Milo est arrêté pour un double meurtre. Après son mari, c’est son fils que la machine judiciaire broie. Alexandra bascule dans un cauchemar éveillé. Milo clame son innocence, enfermé dans une prison où tous les regards se posent sur lui, lui qui n’a jamais réclamé que l’amour de ses parents.

Comment croire à sa culpabilité ?
Comment le sortir de là ?

Claire Favan nous offre ici un thriller psychologique d’une rare intensité, construit sur l’évolution des personnages et le passage du temps. J’ai vécu chaque page dans l’angoisse, partagé la détresse de cette mère, attendu la chute… avant de recevoir le coup de poing final.

Il est question de traumatismes, de blessures profondes, de vies fracassées par des événements violents. Certains passages m’ont percuté de plein fouet, réveillant des souvenirs enfouis.
Claire ne caresse pas, elle frappe. Sans concession, très différents de ses précédents romans. Le cœur serré, l’estomac noué, je me suis attaché à cette mère démunie, déchirée, prête à tout pour protéger son fils.

Inexorable est une histoire familiale déchirante, une déclaration d’amour maternel face à l’impensable.
Un immense coup de cœur.
Malgré le poids qu’elle porte sur ses épaules et dans son cœur, Alexandra a toujours été là, elle a tout essayé, réussi parfois, échoué trop souvent à son goût, mais elle a toujours aimé son fils et pris les choix qu’elle estimait juste…
Un roman qui parle de “mamans” à lire absolument, qui m’a marqué profondément !

Bravo Claire, et merci pour ces mots qui vont droit au cœur.

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Extraits :

« – Maître, je ne comprends pas ce qui a pu arriver. Il ne peut s’agir que d’une erreur… Victor… est… un homme bien…
Ses sanglots font trembler sa voix.
À l’autre bout du fil, l’avocat soupire. Ce n’est pas à lui de briser les illusions de cette pauvre fille, n’est-ce pas ?
Il comprend que le choc soit rude après avoir vu des flics armés jusqu’aux dents débouler chez elle en force pour arrêter son mari qu’elle prenait pour un agneau. Doit-il éclairer sa lanterne et lui annoncer que Victor Léman n’a rien d’un saint, bien au contraire ? »

« MILO NE COMPREND PAS. Il fait tout ce qu’on lui demande, pourtant ! Il dit ce qu’il ressent à Mme Marloux et elle lui donne des pistes pour mieux réagir. Il pensait qu’après avoir fait la paix avec sa mère et recommencé à parler de papa, tout s’arrangerait.
Les mots qu’il gardait pour lui coulent à présent. Et avec eux, les larmes. Il dort d’ailleurs mieux depuis qu’il évacue son chagrin. Il fait moins de cauchemars. Il se sent moins en colère aussi.
Alors pourquoi est-il toujours à l’écart à l’école? Pourquoi les adultes le surveillent-ils en permanence ?
Pendant toutes les récréations, il doit rester assis, seul, pendant que les autres s’amusent. Milo aimerait se joindre à eux. Il voudrait pouvoir recommencer à être un simple petit garçon. »

« LA DERNIÈRE ANNÉE de maternelle de Milo s’écoule péniblement. Il voit toujours sa psychologue, pourtant
Alexandra ne vit plus qu’au rythme des sentences de l’équipe éducative.
Son esprit est focalisé sur la terreur de ce qui l’attend chaque soir quand elle le récupère.
Dès qu’elle descend du bus et qu’elle s’approche de l’école, son ventre se serre et son cœur se met à battre plus vite. Les bons jours se comptent sur les doigts d’une main, quand les mauvais s’accumulent. »

« EN SE REGARDANT DANS LE MIROIR ce matin-là, Victor ressent le sentiment de dégoût envers lui-même qui ne le quitte pas beaucoup ces derniers temps. Non seulement il ment à sa famille et prend des risques qui pourraient le renvoyer en prison, mais en plus il apprécie cette partie de sa vie à laquelle il croyait avoir définitivement tourné le dos. »

Née à Paris en 1976, Claire Favan travaille dans la finance et écrit sur son temps libre. Son premier thriller, Le Tueur intime, a reçu le Prix VSD du Polar 2010, le Prix Sang pour Sang Polar en 2011 et la Plume d’or 2014 catégorie nouvelle plume sur le site Plume Libre. Son second volet, Le Tueur de l’ombre, clôt ce diptyque désormais culte centré sur le tueur en série Will Edwards. Après les succès remarqués d’Apnée noire et de Miettes de sang, Claire Favan a durablement marqué les esprits avec Serre-moi fort, Prix Griffe noire du meilleur polar français 2016, et Dompteur d’anges. Son dernier roman, Inexorable, marque un tournant plus intimiste, en mettant en scène un enfant broyé par la société.

Amour, Émotion, Biographie, Histoire vraie

Indicible

de Elsa Morienval
Relié – 30 octobre 2025
Éditions : Le Pré du Plain

Ma mère cachait son alcoolisme, pensant que personne ne le voyait, comme un chat peut se cacher sous un meuble, alors que sa queue dépasse. C’était à la fois normal et tabou. La communication non verbale était la plus commune entre nous, comme un regard tacite qui signifiait qu’elle avait avalé plus que la moyenne. C’était un langage parfaitement codé qui s’était installé par la force des choses. Il fallait éviter d’en parler, surtout devant elle, pour ne pas la faire exploser de colère. Il ne fallait pas non plus que j’en parle à mon père, que je le verbalise. Cela paraissait absolument impossible, je le sentais. Nous nous contentions d’échanger par les yeux ou par des gestes discrets. C’était indicible… – Comment une fille de mère alcoolique peut-elle se construire dans l’insécurité et le chaos ?
Voici le thème abordé par Elsa Morienval, il s’agit de sa propre expérience, et elle conclut ainsi son témoignage : « Tout est surmontable, et la résilience n’est jamais loin. Je vous le garantis. »

Lorsque j’ai découvert Échappée en Ulster, un mot s’est immédiatement imposé à moi : authentique.
Puis est venu La Dame de Pa Co Ja, où Elsa Morienval tentait de comprendre l’énigme de sa grand-mère, Germaine, femme de silences, de blessures et de faux-semblants. À ce moment-là, je n’imaginais pas encore jusqu’où elle irait, ni ce qu’elle accepterait de nous livrer.

Avec Indicible, Elsa franchit un seuil.
Celui du non-dit absolu, de l’enfance meurtrie, de ce que l’on tait parfois toute une vie pour continuer à avancer.
J’ai compris très vite que cette lecture ne serait pas simple. J’ai même dû faire des pauses, reprendre mon souffle, tant certaines pages sont lourdes de douleur et d’incompréhension.

Ici, l’autrice se met à nu. Complètement.
Elle raconte une enfance qui n’aurait jamais dû exister, marquée par l’absence d’amour, par des comportements parentaux que l’on peine à concevoir, envers elle et ses deux sœurs. En refermant certains chapitres, je me suis souvent demandé comment des adultes peuvent infliger cela à leurs propres enfants.

Le texte est dur, bouleversant, mais jamais complaisant.
Elsa écrit avec pudeur, avec retenue, mais sans détour. Elle ne cherche ni à accuser ni à se justifier. Elle raconte. Elle expose. Elle libère.

Ce troisième volet est le prolongement logique et nécessaire des deux précédents. Après l’évasion, après l’exploration familiale, vient le temps de la vérité intime.
Indicible est un livre qui remue, qui fait écho, qui réveillé parfois certains de mes propres souvenirs enfouis.

Une lecture éprouvante, mais essentielle.
Un témoignage courageux et profondément humain.

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Extraits :

« J’ai rendez-vous avec le Dr Pomey-Rey à l’hôpital Saint-Louis à Paris. Je suis enceinte de trois mois pendant lesquels j’ai vomi toute ma vie, toute mon énergie. Mon père dit toujours : “Une femme est heureuse quand elle est enceinte”. Eh bien, pas moi ! Je suis heureuse d’attendre un enfant, mais ma grossesse est un enfer. Mes nausées et mes vomissements me replongent dans les baffes qui me tombaient dessus chaque fois que je vomissais quand j’étais môme. Me revient aussi le bruit des vomissements quotidiens matinaux de ma mère, dans l’évier de la cuisine, à la suite de ses journées et nuits imprégnées de vin à bon marché. »

« Ce qui reste de mon enfance, c’est l’isolement, les cris, la haine, la solitude, la violence et… un peu d’humour quand même ! Je garde en mémoire ces bâtiments d’Aulnay-sous-Bois recouverts de fausse mosaïque bleue, gris-rose ou blanche ; ces cages à poules qui renferment des humains et qui dissimulent des histoires de famille insoupçonnées. Tous ces granas ensembles qui se ressemblent dans les banlieues. C’est dans CES quartiers que l’on concentre les masses humaines, dans CES immeubles collectifs que l’on amasse ces familles qu’on ne peut loger ailleurs. La définition du dictionnaire ajoute “composés d’une population défavorisée”. »

« Les gens pleurent dans les rues de la cité Ambourget et même au-delà. Je comprends qu’il s’est passé quelque chose de grave. Claude François vient de mourir électrocuté dans sa baignoire, le 11 mars 1978. Là, je ne comprends plus. comment peut-on pleurer pour un chanteur aussi nul, comme s’il était un membre de notre famille? Je trouve ces gens stupides. »

« Un dérèglement de la perception des douleurs a pris possession de mon corps. Un médecin m’a dit un jour : “Résilience ? oui, mais avec des cicatrices, sinon vous ne souffririez pas comme ça.” Une fibromyalgie a été diagnostiquée dans les années 2000, que je gère avec ce que je peux, mes béquilles de toujours : l’anglais et l’écriture. Je suis devenue mère, à mon tour, et espère avoir fait de mon mieux pour ne pas être “une mauvaise mère”. On n’atteint jamais la perfection en ce domaine, tous les parents le savent. On se reproche toujours quelque chose. J’ai réussi à créer une famille. »

Elsa Morienval est née en Seine Saint-Denis, angliciste de formation, intéressée par le monde anglophone, elle est enseignante.

Elle a écrit des nouvelles et a publié dans une revue littéraire.
Elle signe Échappée en Ulster chez Nombre7 en 2020
https://leressentidejeanpaul.com/2021/07/12/echappee-en-ulster/

et sa traduction en anglais My Ulster haven en 2022 chez le même éditeur.

La dame de Pa Co Ja
https://leressentidejeanpaul.com/2023/01/30/la-dame-de-pa-co-ja/