Émotion, Drame, Roman

Tenir debout

de Mélissa Da Costa
Broché – 14 août 2024
Éditeur : Albin Michel

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Jusqu’où peut-on aimer ? Jusqu’à s’oublier…

Le nouveau roman de Mélissa Da Costa nous plonge au cœur de l’intimité d’un couple en miettes et affronte, avec une force inouïe, la réalité de l’amour, du désespoir, et la soif de vivre, malgré les épreuves.

« Elle a conquis ses lectrices avec Tout le bleu de ciel, les a désarçonnées
avec La Doublure et enthousiasmées avec Les Femmes du bout du monde. »

Olivia de Lamberterie, Elle

« Un succès complètement mérité. »
Augustin Trapenard, La Grande Librairie

« Mélissa da Costa, la jeune romancière qui chamboule tout ».
Mohammed Aïssaoui, Le Figaro littéraire

« Cette intrigue bouleversante nous tient en haleine
au fil de rebondissements imprevisibles. »

Pelerin

 

• Couv_2024-102_Da Costa Melissa - Tenir debout

 

Je pourrais résumer ce magnifique roman en un mot : bouleversant !

En quelques romans Mélissa Da Costa à su toucher de nombreux lecteurs, et comme je les comprends, j’ai plongé avec plaisir moi aussi dans chacun de ses ouvrages.

Je sentais “Tenir debout” très différents de ses autres romans. Je ne me suis pas trompé.
Mélissa entre pour moi définitivement dans la cour des “grands”, et je continuerai de la suivre…

Tristesse, perdition, violence, haine, amour, sincérité, Mélissa aborde tous les sentiments vécus par tous les couples. Ce récit parle de la vie, avec ses hauts et ses bas. Comment ne pas être captivé, déconcerté… touché par le vécu de François et d’Éléonore… couple fusionnel confronté à l’une des épreuves les plus compliquées à surmonter, le handicap physique dans la vie d’un couple. Le récit oscille constamment entre amour et colère, entre angoisse et espoir. Difficile de ne pas verser quelques larmes durant ma lecture où je me suis senti rempli d’empathie pour l’un ou l’autre en sachant tout au fond de moi qu’ils avaient tantôt raison et tort à la fois.

Alors, c’est un livre qui forcément fait réfléchir, et au fur et à mesure de ma lecture, je devais accepter les choix de l’autrice dans son roman coup de poing, acquérir une autre vision, sur nos aptitudes à changer lorsque le besoin est là, comment s’adapter, afin que la vie puisse triompher avant qu’elle ne prenne une tournure allant définitivement vers l’irréparable.

L’autrice nous évoque ainsi que le handicap n’annule aucun de nos rêves. Il les transforme, mais ils sont bien là, toujours présents et n’attendent que d’être à nouveau révélés.
C’est dur, c’est éprouvant et tellement beau pourtant !
Une lecture captivante, pleine de réalisme, que je vous conseille.

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Extraits :

« J’ai mal. C’est à peu près la seule réalité dont j’ai conscience. J’ai mal. Atrocement. C’est diffus. Comme un halo qui irradie en continu dans mon dos jusqu’à ma nuque et mes mâchoires. Chaque inspiration, chaque expiration, comme si mes côtes avaient été écartelées, puis broyées minutieusement jusqu’à ce qu’il ne reste que des miettes. Je souffre, mais je serre les dents. Si j’ouvre la bouche, si je parviens à produire un grognement, ils me demanderont : « Tout va bien, monsieur Louvier ? Vous avez mal ? »

« Le petit gobelet de café a refroidi. Je n’y ai pas touché non plus. Cinq heures que je suis plongée dans ce drôle d’état second, calme et apaisé. Les pas et le roulement des chariots dans le couloir me bercent. Les bips des machines de François me rassurent. Si je reste ici, ça ira. Je me répète cette phrase en boucle. J’appréhende le moment où on me mettra dehors, où je retrouverai le vent glacial de la fin octobre, les gens, le bruit, l’agitation.
“Vous voulez mettre la télévision ? a demandé l’infirmière qui est passée plus tôt.
– Non.” »

« Tout se mélange dans ma tête. L’angoisse, la peur, la surprise et l’incompréhensions. Je fixe la porte de la chambre avec crainte tandis que François soulève la laine de mon chandail, pose son nez entre mes seins, dans la chaleur de ma peau, au plus près des battements de mon cœur.
“François…”
Alors il se met à pleurer, ici, contre ma poitrine. Je passe mes mains dans ses cheveux. Des mains tremblantes. Je murmure : “Ça va aller, mon amour. Je ne partirai pas.”
Je ne crois pas qu’aucun mot le réconforte. Mais là, contre mon corps, il se sent à l’abri. Protégé.
“Ça va aller, tu verras…” »

« “Je crois que j’aimerais parler de l’immeuble tout entier. De la société tout entière. Ce monsieur qui s’abrutit avec la télévision, cette famille bridée par le caractère tyrannique du père, ce couple dont les téléphones portables ont pris toute la place … /… nous sommes tous enfermés dans notre quotidien, nous sommes tous dans ces carrés de lumière jaune sur la façade d’en face, à quelques mètres les uns des autres, et pourtant éminemment seuls. Mais si nous nous regardions, nous découvririons tous ces alter ego aussi seuls que nous, aussi désœuvrés, angoissés, optimistes, peureux, amoureux, emplis d’espoirs, de rêves, de craintes. Le message pourrait être alors : ouvrons grand les fenêtres et rencontrons-nous ! Un message d’humanité… Tu vois ?”
Je vois. Parfaitement. »

 

Mélissa Da Costa est une romancière française.

Après des études d’économie et de gestion à l’Institut d’administration des entreprises de Lyon (IAE) (2008-2011), elle est chargée de communication dans le domaine de l’énergie et du climat. Elle suit également des formations en aromathérapie, naturopathie et sophrologie.

Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade (2017), sorti en librairie sous le Tout le bleu du ciel (2019), est son premier roman.
Salué par la presse, il a reçu le prix du jeune romancier au salon du Touquet Paris Plage.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/09/17/tout-le-bleu-du-ciel/

Je revenais des autres (2017), et Les Lendemains (2020), sont portés par les libraires et salués par la presse, ils ont conquis plus d’un million de lecteurs.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/04/je-revenais-des-autres/
https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/18/les-lendemains/

Les douleurs fantômes (2022) est lauréat du Prix Babelio – littérature française 2022.
https://leressentidejeanpaul.com/2022/08/25/les-douleurs-fantomes/

La Faiseuse d’étoiles
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/17/la-faiseuse-detoiles/

Les Femmes du bout du monde
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/31/les-femmes-du-bout-du-monde/

Elle figure au palmarès du Figaro des auteurs français ayant le plus vendus de livres.

Émotion, Drame, Philosophique, Roman

Peindre la pluie en couleurs

de Aurélie Tramier
Poche – 2 février 2022
Éditions : Le Livre de Poche

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Morgane est une directrice de crèche solitaire et revêche qui ne supporte plus les enfants. À trente-cinq ans, elle vit dans le rêve de racheter une pension pour chiens. Tout vole en éclats lorsque sa sœur meurt dans un accident de voiture, lui laissant ses deux enfants en héritage. L’arrivée d’Eliott, dix ans, et de Léa, six ans, bouscule son quotidien maniaque et fait ressurgir un passé douloureusement enfoui.

Les voix de Morgane et d’Eliott alternent dans ce roman pour nous tracer la reconstruction d’une femme blessée qui découvre la force de l’amour maternel.

“Un roman attachant et touchant.”
Isabelle Theillet, Page des libraires.

“C’est un très joli livre, plein d’émotion, de tendresse.”
Gérard Collard, Le Magazine de la santé, France 5.

 

• Couv_2024-099_Tramier Aurélie - Peindre la pluie en couleur

 

“Peindre la pluie en couleurs” commence comme un tunnel sombre. Puis apparaît une petite étincelle…
L’étincelle se diffuse devient de plus en plus puissante, elle se rapproche, doucement tout doucement. Elle se nomme Eliott, Léa, elle se nomme aussi Linh, Viviane, Snoopy, Laura, Tiago, Jean-Michel, Alice et sa mère Valérie, et elle se nomme aussi Lancelot…

L’étincelle brille de plus en plus, puis se transforme en lumière, et finalement, le tunnel disparaît. Morgane aperçoit l’horizon, là, juste devant, devant aux yeux. Le soleil finira-t-il par briller enfin pour elle ?
Détrompez-vous ce n’est pas un conte de fées, c’est une simple histoire, une histoire de tous les jours, un peu la mienne, la vôtre aussi peut-être…

Aurélie, avec des mots tendres et beaucoup d’émotion, nous raconte les épreuves vécues par Morgane durant toute sa vie. Il aura fallu le décès de celle qu’elle aimait le plus au monde, sa “petite” sœur qui lui confiera ses deux enfants, avant son dernier souffle, pour qu’enfin l’envie de se battre émerge au fin fond d’elle-même…
Commencera alors pour elle, une nouvelle vie, pour laquelle elle ne s’était pas préparée du tout !

Un magnifique roman qui donne envie de lutter, pour vivre…

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Extraits :

« Je tombe.
C’est sans fin.
Comme Alice quand elle saute dans le terrier du lapin.
Léa est en train de décrocher la lune. Je touche le fond de la piscine, je vais me noyer, c’est sûr.
— Viens, Eliott ! Pourquoi tu te balances pas ?
crie Léa.
Je suffoque. Je jette par terre la médaille dont le cordon m’étrangle. Une main se pose sur mon épaule.
Je sursaute. C’est Morgane, sans son sourire. »

« C’est ici que je dis au revoir à ma petite sœur, mon amie, ma confidente. Celle qui me poussait, m’aimait sans condition. La seule à qui j’aurais pu tout dire et qui pourtant ignorait tout. Celle que j’aimais, qui savait se taire et simplement écouter.
Ma petite mère. Je ne m’en remettrai jamais. »

« Émilie, mais pourquoi es-tu partie ?
En vrai, je m’en fous de ces livres, mais toi, pourquoi m’as-tu abandonnée ? Je n’avais que toi… Et pourquoi m’as-tu choisie moi, bon sang ? Tu me voyais meilleure que je ne le suis… Tu as toujours cru en moi. En vrai, je suis nulle, je ne suis qu’une pauvre fille solitaire, je ne sais rien faire avec les enfants, je n’ai jamais réussi.
Il y a tant de choses que je ne t’ai pas dites… Mais j’avais si peur que tu t’éloignes… Je ne pouvais pas risquer de te perdre, tu comprends ? Pardonne-moi…
Pardonne-moi de ne pas t’avoir parlé… Mais jamais, jamais je n’aurais pensé que tout s’arrêterait d’un coup.
Comment aurais-je pu ? Après tout ce que j’ai fait…
Contre un arbre… Je l’aurais scié de mes mains si l’avais su. Un arbre… Même pas beau… »

« J’écrase sur mes joues une ou deux larmes qui auraient pu la réveiller en tombant sur elle. D’autres glissent dans mon cou. Mon cœur bat au rythme du sien qui s’apaise.
Ma petite nièce.
Ma toute petite nièce.
Ma petite fille.
Ma toute petite fille.
Tu me réveilles toutes les nuits depuis trois semaines. Je suis à bout, je n’arrive plus à travailler convenablement, j’ai trop de choses à penser toute la journée. À la crèche, je suis de plus en plus impatiente, les filles le remarquent… »

« Sur le parvis, un rayon sèche mes larmes. Le ciel n’a pas encore fini de pleurer, mais un arc-en-ciel vient peindre la pluie en couleurs. Je reprends lentement le chemin de la crèche. Au fond de ma poche, je trouve tout un tas de petits cailloux collectés par Léa au square le week-end dernier et fourrés dans mon manteau plutôt que dans le sien. J’égrène machinalement les petites pierres une à une jusqu’à la bouche de métro, sans cesser de penser à cette flammèche rouge qui brûle mon chagrin dans le cœur d’une église. »

 

Née à Aix-en-Provence en 1982, Aurélie Tramier a poursuivi des études littéraires à Paris avant de se reconvertir dans le marketing. Mère de trois garçons, elle habite Munich où elle partage son temps entre l’écriture et son métier d consultante. Elle est l’autrice de :
Vous reprendrez bien un petit chou ? (KDP 2017),
Peindre la pluie en couleurs (Belle Étoile 2020, Livre de Poche 2022)
La Flamme et le papillon (Belle Étoile 2022, Livre de Poche 2024)
Bien-Aimée (Belle Étoile 2024).

Chacun de ses romans explore un thème profondément différent, tout en gardant une signature commune : l’émotion.

Bien-Aimée a obtenu le Prix de l’Académie d’Aix en juin 2022 et a été en finale du Prix Maison de la Presse 2022. Il est en sélection pour le Grand Prix Littéraire de Provence et le Prix Mare Nostrum.

La Flamme et le papillon a obtenu le Prix du Roman des Amis de l’Académie d’Aix en juin 2022 et est en sélection du prix Choix des Libraires 2024 (Livre de Poche).

Peindre la pluie en couleurs a été en sélection du prix Choix des Libraires 2022 (Livre de poche) et du grand prix Audiolib 2024.

Ils en parlent:

Virginie Grimaldi : “J’ai adoré, j’y pense depuis que je l’ai lu”.

Gérard Collard : “Un roman historique, une histoire d’amour magnifique, une très très grande écrivaine”.

Isabelle Theillet : “Un roman attachant et touchant.”

Émotion, Drame, Roman

Jardin(s) – La Femme trouée

de Francis Denis
Broché – 1 avril 2020
Éditions : La Route de la Soie Éditions

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Comment résumer les écrits de Francis Denis ?
Comment narrer les vies de ses personnages ? Nous faut-il une musique ? Une couleur ? Une odeur ?
C’est Alain Cadéo qui en parle le mieux.
Il écrit « Préfacer, postfacer, nous préférons passer, glisser, nous “effacer”, comme les personnages si attachants et tristement oubliés de Francis Denis. Rêveurs et acharnés, pitoyables démons venant gratter les portes de nos cerveaux-greniers. Tant de tendresse inaboutie ! Combien de crimes n’avons-nous pas commis au nom d’impossibles amours ? Combien de rêves avons-nous faits brouillant les cartes du réel ? Vagabonds de l’esprit ? »

 

• Couv_2024-098_Denis Francis - Jardins(s) - La femme trouée

 

Préfacé par notre regretté, Alain Cadéo, je termine à l’instant, jardin(s), un roman de Francis Denis, que je découvre…

Une lecture agréable qui nous raconte la vie de René, avec un peu humour parfois. Un homme un peu perdu, un homme qui se cherche. Il a besoin d’être reconnu, aimé, ou peut-être tout simplement qu’on le remarque…
Alors il a une idée, une belle idée même et ça marche, petit à petit les voisins lui parlent, lui rendent visite, il est enfin heureux. Mais la vie ne fait pas de cadeau, jamais…
Survient alors “LE dérapage” qui pourrait remettre sa nouvelle vie en question.

Je continue tranquillement ma lecture et “surprise”, un autre texte plus court La femme trouée, suit le premier roman, et là…

Je suis resté bouche bée !
On change de registre. Cette fois-ci, c’est une femme ou plutôt deux femmes qui sont nos héroïnes. Marguerite et Marthe.
Marguerite est la fille de Marthe, elle ne veut pas grandir pour ne pas souffrir. Elle sait que la vie des adultes est compliquée, sans répit. Elle ne veut pas abandonner ses poupées et une certaine insouciance, mais Marguerite à cinquante-trois ans, Marthe est très inquiète…

Cette seconde histoire bouleversante, je pèse mes mots, je ne l’ai pas vue arriver du tout !
La première m’avait titillée, la seconde m’a subjuguée !
Beaucoup d’émotions et une maîtrise toute particulière de ce que nous sommes et de ce que nous voulons être. Des hommes, des femmes essayant de vivre, voire de survivre, dans un monde où les rapports humains et les sentiments tendent à disparaître…
Cinquante-trois pages qui m’ont complètement retourné la tête.

Mais qui donc est Francis Denis, pourquoi n’est-il pas plus connu ?

Francis Denis est né le 30 janvier 1954 à Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, il n’en est pas à son premier ouvrage, d’ailleurs, il écrit aussi des poésies, mais c’est surtout par la peinture qu’il s’est fait connaître et comme il le dit très bien lui-même : « Je ne peins pas pour faire beau, mais pour faire vrai. »
Je vous invite à aller sur divers sites et à découvrir ses différentes toiles.
Et plus encore si vous êtes curieux, ce premier livre coche pour moi de nombreuses cases.
C’est une très belle surprise qui m’a donné envie de suivre ce “nouvel” auteur, qui en quelques lignes seulement a su parler à mon cœur…

Je pense que Francis est un artiste, un vrai, dans tous les sens du terme, tout simplement…

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Extraits :
« Nous habitons rue des Galets, dans un quartier relativement calme bien qu’il ne soit pas résidentiel.
Les maisons sont toutes mitoyennes, mais l’ensemble ne ressemble heureusement pas à cet alignement de façades toutes identiques que l’on peut trouver dans les corons, ce qui y rend sans doute la vie bien monotone. »

« Il fallait s’y attendre. La police a débarqué chez moi ce matin.
Ils ont épluché les factures, vérifié les dates de chaque intervention, m’ont interrogé longuement sur l’état de santé morale et psychique de Théodore. Ils ont inspecté de fond en comble le jardin et n’ont rien trouvé.
Qui pourrait penser un instant qu’un cadavre puisse reposer à plusieurs mètres de profondeur sous les rires de quelques enfants jouant dans une minuscule pataugeoire ? »

« Marthe se demande si Marguerite est également en mesure de replonger dans ses souvenirs, tout au moins ceux qui auraient pu la rendre heureuse pour le reste de son existence.
Les souvenirs, ça se cultive. Comme les légumes dans le potager, il faut en prendre soin, leur parler, apaiser leur soif, leur murmurer des mots gentils ou encore chantonner tout en remuant la terre tout autour pour qu’ils puissent respirer et s’épanouir en toute tranquillité. »

« Marguerite repose le stylo sur le cahier aux pages couvertes d’écritures. Elle aurait pu se servir de l’ordinateur, mais elle préfère laisser couler l’encre sur le papier.
Elle se sent apaisée et observe le paysage avec émotion à travers la baie vitrée.
Au loin, des navires sillonnent la page grise de l’océan…
Pour elle, ce sont autant de bouteilles à la mer, de messages d’espoir, d’appels à l’aide, autant de mots en partance abandonnés au bon vouloir des vents et des courants. »

 

Francis Denis est né en 1954. Auteur et artiste peintre autodidacte, il réside à Longuenesse, dans le Pas-de-Calais, près de Saint-Omer, en France. Il a été éducateur de 1973 à 2014. Il fut le co-fondateur de la revue poétique Lieux-d’Être avec le poète Régis LOUCHAËRT puis co-organisateur du festival d’art sacré contemporain « Les Regardeurs de Lumière » en la cathédrale de Saint-Omer de 2008 à 2013.

La Route de la Soie – Éditions est une maison indépendante dont le but est de faire émerger des passerelles d’humanités, des résistances poétiques.

Amour, Émotion, Drame, Histoire

La dame d’Aquitaine

Le destin d’une femme de caractère dans un siècle d’hommes
de Jacquie Béal
Broché – 21 février 2024
Éditions : Terres de l’Ouest

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Aquitaine, 1637.
Altaïre de Claviérac est élevée dans une grande liberté, bien loin des règles de bienséance de la noblesse. Indépendante et farouche, elle monte à cheval comme un garçon, jure comme un homme d’armes, chante comme un troubadour et rêve d’épopées comme un chevalier…
Mais l’Histoire est en marche. Les violences de la Fronde vont tout bouleverser et, à la mort de ses parents, Altaïre est forcée de quitter le monde de l’enfance pour se soumettre aux règles strictes qui régissent l’éducation des jeunes filles du siècle. Sous la tutelle d’un oncle auquel elle ne veut pas se soumettre, elle est envoyée au couvent. Mais bien vite, on nourrit d’autres ambitions pour elle… Son destin paraît scellé, mais Altaïre ne renonce jamais : la liberté et le bonheur doivent se conquérir…

 

• Couv_2024-095_Béal Jacquie - La dame d'Aquitaine

 

Après ma lecture de De sang et d’encre, j’avais hâte de retrouver la prose élégante de Jacquie Béal.
Avec La Dame d’Aquitaine, on ressent très vite l’amour qu’elle a pour ses divers personnages, mais aussi pour l’Histoire avec un très grand H !

L’autrice m’a emmené sans aucune difficulté, au gré des pages aussi éducatives que divertissantes à travers la vie compliquée d’une jeune fille, Altaïre de Claviérac, issue d’un amour passionnel, orpheline de mère, un père éperdu de chagrin complètement “absent”, qui vis en Aquitaine en 1637. Dernièrement, mes lectures sont très axées vers les femmes dans l’histoire, leurs rôles, leurs droits… J’ai pris beaucoup de plaisir à croiser son chemin.
Altaïre a du caractère et à du mal à se soumettre dans un quotidien qui va lui priver de liberté, seuls les hommes décident du sort des femmes ! Mais qui est-elle pour vouloir changer tout ça ?
Elle vivra ainsi de nombreuses épreuves, qui vont la rendre à chaque jour un peu plus forte, mais à chaque fois, elle retombe bien bas lorsqu’on lui fait comprendre qu’elle n’est qu’une femme. Même son époux, alors qu’ils s’aiment éperdument, s’oppose à elle, à ses envies, à ses passions régulièrement, pour lui aussi rien n’sera facile…

Mais le temps joue pour elle, elle se transforme doucement en une belle grande dame, très attachante, aimée par tout son entourage. Ce récit passionnant aux dialogues superbes est aussi une romance historique très forte entre deux êtres qui se sont trouvés, malgré leurs différences, et les obligation de la bien séance.

Impossible de ne pas se prendre d’affection pour Altaïre, dans ce roman extrêmement bien documenté, où l’autrice pousse aussi le plaisir des mots par l’utilisation du langage régional de l’époque. J’ai craqué !
Comment ne pas le recommander vivement aux passionnés de l’histoire, à celles et ceux qui s’intéressent aux femmes qui n’ont peur de rien !

Quel sera le futur de la petite sauvageonne ?
Arrivera-t-elle à s’intégrer dans le peu de place qui lui est réservé ?
Acceptera-t-elle de se soumettre comme tant d’autres autour d’elle, sans jamais montrer ses réelles émotions ?

Je pense qu’Altaïre a dû en faire voir de toutes les couleurs à Jacquie, avant qu’elle ne puisse nous proposer ce roman qui vous tend grandement les bras !
Mais heureusement, c’est pour notre plaisir…

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Extraits :

« Leur passion était de celles qui travestissent la réalité. Abélard avait vu en Héloïse une étoile, et, contre l’avis de leurs deux familles, il l’avait enlevée, épousée et emportée dans son château !
Abélard, vicomte de Claviérac. Son prénom parlait pour lui, et Héloïse de Tormintal avait vraiment cru que le sort la favorisait quand elle l’avait rencontré. Il ne pouvait qu’être cet amant parfait dont parlent les romans courtois. Le hasard fait toujours bien les choses, tout le monde le sait, et c’est le hasard qui avait réuni ces deux-là.
Héloïse et Abélard. Une promesse de bonheur, en somme. »

« – Méfie-toi des curés, petite, ce sont tous des graines de Satan !
Il faut dire que de son aventure avec le curé de sa paroisse d’origine, Augustine avait déduit que les hommes en général, et les prêtres en particulier, étaient des êtres dangereux et pervers qui profitent de vous et vous chassent de leur vie dès que bon leur semble. »

« Depuis plusieurs semaines, elle s’était pliée à toutes les consignes. Elle avait dû apprendre à monter, à chevaucher et à descendre de sa monture sans relever ses jupes, et voilà qu’elle devait se rendre aux écuries à l’heure du repas, alors qu’elle avait réalisé une prestation digne d’éloges ! Quand la laisserait-on en paix ? Pourquoi inventait-on toujours de nouvelles exigences ? »

« – Je sais que si le choix de mon père s’est arrêté sur elle, c’est qu’elle vient d’une noble lignée, qu’elle est de bonne race.
– De bonne race ? Vous ne parleriez pas autrement d’une chienne de chasse ou d’une jument poulinière !
Elle était furieuse. La conversation qu’elle venait d’avoir avec son oncle et son parrain la rendait folle de rage, malade d’angoisse. Quel était ce monde où l’on mariait les jeunes gens sans tenir compte de leur avis ? »

 

Agrégée de Lettres et enseignante, Jacquie Béal se consacre à l’écriture. Elle vit en Périgord où se situe l’action de ses romans, notamment La dame d’Aquitaine et Le Temps de l’insoumise. Amoureuse du langage et de l’Histoire, grande et petite, elle fait vivre ses personnages dans l’atmosphère des siècles passés.

Facebook: @jacquiebeal

De sang et d’encre (2019, Terres de l’Ouest)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/08/05/de-sang-et-dencre/

Anticipation, Émotion, Drame, Dystopie, Frisson horreur, Suspense

9 MILLIARDS

de Muriel L. Mazoëlys
Broché – 15 juin 2024
Éditions : auto-édition

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LE COMPTE À REBOURS A COMMENCÉ

2038
Élevée par sa mère, Camille, quinze ans, emménage à contre-cœur chez son père. Pour Thomas, l’arrivée de cette adolescente hypersensible et éco-anxieuse représente un véritable défi. La cohabitation débute, nourrie de non-dits, de rancœurs et de secrets.
Un équilibre précaire s’installe jusqu’au jour où le meilleur ami de Thomas meurt dans des circonstances étranges. Bientôt, d’autres victimes succombent.
Emportés dans une spirale de violences sur fond de crise écologique, père et fille parviendront-ils à concilier leurs désaccords pour survivre ?

Sur une planète en sursis, l’heure du choix a sonné.

 

• Couv_2024-094_Mazoëlys Muriel L. - 9 Milliards

 

Après avoir lu l’excellente trilogie “Francs Mensonges”, dès que j’ai su que “9 MILLIARDS” était sorti, je n’ai pu résister, rien que part son nom !

Dès le début du roman, Muriel L. Mazoëlys, on se trouve dans un récit à l’ambiance terriblement anxiogène. Pas le temps de se préparer, on plonge directement dans un sujet avec lequel, impossible de ne pas faire de lien avec l’actualité que nous vivons ces dernières années.
Nous sommes dans un monde en pleine crise écologique, en plein dérèglement climatique, vient ensuite une alerte mondiale, lancée après la plus grande catastrophe aérienne de tous les temps. Plus de dix mille avions civils se sont crashés au même moment dans le monde entier, faisant au moins cinq millions de morts. La société qui gère la maintenance du groupe mondial est mise en cause. Dès lors la population est en alerte.
Il y a-t-il un lien entre tous les événements qui se déroulent sur terre ?
Si oui, quelle organisation serait-elle assez puissante et diabolique pour tout contrôler ?

Bienvenue dans un “autre” monde…

Suite au départ précipité de sa femme, pour l’Asie, alors qu’il ne la voyait plus depuis plusieurs années, Thomas récupère Camille sa fille. La mise en place va être très compliquée, le père manquant de confiance, et n’ayant aucun code d’éducation envers la jeune fille, et en plus, elle le déteste…
Pourquoi les a-t-il abandonnées dès sa naissance ?
Thomas décide de prendre sa chance en main et de s’occuper d’elle au mieux. Quelques jours plus tard, il apprend le décès de son meilleur ami. Très vite, il décide d’aller chez lui afin de comprendre cette mort. Avec sa fille, ils trouveront des documents qu’ils auraient bien aimé ne jamais avoir trouvés !
Pourtant, ils vont devoir affronter la réalité.

Bravo, Muriel pour ce récit “alerte”, qui n’arrête pas un instant. J’ai eu du mal à faire des pauses tellement les rebondissements étaient captivants. Le ton général est agressif et les personnages, tous très réalistes, souvent se perdent se trouvant dos au mur et n’ayant d’autres choix que de réagir sans réelle préparation à toutes les attaques qu’ils subissent, et encore une fois une chute incroyable.

Un thriller que vous devez lire absolument si vous aimez l’écologie et les dystopies, si vous vous posez des questions sur notre avenir, si vous voulez connaître la vérité et pourquoi pas, peut-être anticiper ?
Le 21 juillet 2024, le World Population Prospects 2024, rédigé par la Division de la population de l’ONU, a estimé que la planète comptait déjà 8,2 milliards d’habitants.

Muriel L. Mazoelys fait fort avec ce livre, c’est une autrice vraiment à découvrir !!!
Que nous réservera-t-elle dans son prochain roman ?
J’ai déjà peur… mais j’ai tellement hâte !

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Extraits :

« Quel que soit l’angle sous lequel les médias l’abordaient – biodiversité, dérèglement, surpopulation – le changement climatique et ses conséquences marquaient tous les esprits.
Pour ce que ça sert de nous en rebattre les oreilles… Encore un coup des industries pharmaceutiques pour booster les ventes d’anxiolytiques !
Thomas n’était pas dupe. Cette nouvelle enfièvrerait les débats durant trois jours, puis serait noyée sous le prochain scandale. Bientôt, un élément perturbateur détournerait ses semblables de la préoccupation environnementale.
Ainsi allait la vie depuis des dizaines d’années ; il ne voyait pas ce qui pourrait changer la donne. »

« – On pompe les ressources de la Terre. Un jour, elle se vengera en nous concoctant une jolie hécatombe. La – Joyeuse perspective… marmonna Thomas.
– Et pourtant la seule qui soit viable. Si la population retombe à moins de 6 milliards, la planète les assumera sans souci… Au-dessus, on frôle l’effondrement…
Il piqua à nouveau dans sa viande avec un sourire. Thomas secoua la tête, mi-amusé, mi-choqué :
– Merde, P.A., comment tu fais pour évoquer l’éradication d’une personne sur trois en t’empiffrant ?
Carpe Diem, mon ami. Mange tant que tu le peux. Vis tant que tu respires. Le reste, tu n’y peux pas grand-chose… »

« — Comme s’ils n’avaient aucune conscience de leur impact. Ils consomment chaque jour un peu plus de nos ressources avec pour seul but de profiter de leur retraite. La proportion de seniors dans les vols de loisirs est effarante… Et je ne parle même pas de la problématique de l’acharnement thérapeutique… On évolue vers une espèce centenaire, hybride humaine-machine, où ces légumes survivent reliés à un respirateur… »

« Elle n’aurait jamais dû lire le dernier pamphlet de Terra Force. Sonnée, elle avait immédiatement rejoint l’appartement avant de s’écrouler sur son lit. Les récents événements la terrifiaient. Même respirer un air sain relevait de la gageure. Dans quel monde survivait-elle ?
Ses convictions s’effondraient les unes après les autres. Elle ne comprenait pas pourquoi sa mère avait choisi de la faire naître dans cette société où les intérêts individuels primaient sur le bien commun. Elle étouffait sous la pression. Comment pouvait-elle construire sa vie alors que celle-ci allait connaître une fin précoce ? »

 

Ingénieure, docteure en sciences, maman et grande amatrice de chocolat, Muriel MAZOELYS puise son inspiration dans les découvertes scientifiques et technologiques qui rythment notre quotidien ainsi que dans les grands défis que nous devons relever.

Portée par ses activités de recherche, elle développe dans ses romans l’ambiguïté sous-jacente à toute découverte : là où certains s’extasient d’un progrès phénoménal, d’autres y voient une menace ou pire, une opportunité d’instrumentalisation.

Elle aime tisser des intrigues complexes et mêler suspense, sciences et secrets dans ses romans. Quatre mots-clés résument son inspiration : la famille, la science, les secrets et l’amitié. Si ces thèmes vous interpellent, foncez découvrir sa plume !

ET LA SUITE ?

Les projets fourmillent dans son esprit et ont déjà commencé à prendre vie ! Pour en être averti, n’hésitez pas à la suivre sur les réseaux sociaux, elle y est très active et répondra à vos messages avec plaisir !

Vous pouvez la retrouver sur :
Facebook : Muriel Mazoelys
Instagram : murielmazoelys_auteur

– Invisibles et Fatals – Francs Mensonges*
https://leressentidejeanpaul.com/2024/07/19/invisibles-fatales/

– Carnets Noirs – Francs Mensonges**
https://leressentidejeanpaul.com/2024/07/27/carnets-noirs/

– RIPostes – Francs Mensonges***
https://leressentidejeanpaul.com/2024/08/01/ripostes/

Émotion, Drame, Fantastique, Suspense

Dors ton sommeil de brute

de Carole Martinez
Broché – Grand livre, 15 août 2024
Éditions : GALLIMARD

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“Un long hurlement, celui d’une foule d’enfants, secoue la planète. Dans les villes, le Cri passe à travers les murs, se faufile dans les canalisations, jaillit sous les planchers, court dans les couloirs des tours où les familles dorment les unes au-dessus des autres, le Cri se répand dans les rues.”
Un rêve collectif court à la vitesse de la rotation terrestre. Il touche tous les enfants du monde à mesure que la nuit avance.
Les nuits de la planète seront désormais marquées par l’apparition de désordres nouveaux, comme si les esprits de la nature tentaient de communiquer avec l’humanité à travers les songes des enfants.
Eva a fui son mari et s’est coupée du monde. Dans l’espace sauvage où elle s’est réfugiée avec sa fille Lucie, elle est déterminée à se battre contre ce qui menace son enfant durant son sommeil sur une Terre qui semble basculer.
Comment lutter contre la nuit et les cauchemars d’une fillette ?

 

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Il s’est passé quelque chose de “magique” avec Dors ton sommeil de brute !

Les Éditions Babélio, m’ont contacté il y a quelques semaines pour me proposer cette lecture en service de presse, je ne savais pas quel était le sujet en détail, mais j’ai tout de suite accepté.
Puis, est arrivé le jour, où je me suis dit, qu’il fallait que je le commence afin de pouvoir en parler avec l’autrice le soir de notre rencontre.
Je commence donc ma lecture et…

Très vite, dès les premières lignes même, j’ai été troublé par une sensation particulière et très étonnante parfois, comme si le récit vivait déjà en moi au fur et à mesure de ma lecture. Une sorte d’écho qui n’a jamais cessé jusqu’à la fin du livre. Je n’avais jamais Ressenti cela, de tenir entre les mains un livre “vivant” et tellement en accord avec tout ce qu’à quoi je crois, avec un mélange de rêve et de réalité sans savoir vraiment à quel moment l’un prend le pas sur l’autre. Toute cette violence qui émane de la vie, de la nature, d’un couple qui se déchire, d’un autre qui fusionne, le récit est captivant, les chapitres sont courts, on entre littéralement dans l’esprit des personnages. Je n’ai cessé de recevoir une multitude de vibrations pages après pages…

Eva prend sa fille Lucie et quitte Pierre son mari, pour un endroit complètement isolé en Camargue. Elle a besoin de faire le point, de se ressourcer, redéfinir ses priorités.
Un jour en se promenant dans la nature, Lucie croise un “voisin”, Serge, un géant qui vit derrière, un peu plus loin, lui aussi dans une maison qui paraît abandonnée. Sa première rencontre avec Eva met tout de suite un froid entre eux malgré l’incompréhension de la fillette… Cette rencontre improbable entre ces trois personnages déchirés au plus profond de leur âme, sera le début d’un monde ou vérités et symboles ne cesseront de s’entrecroiser.

Un conte plus qu’un roman, qui en surprendra plus d’un.
Un récit déroutant qui m’a percuté, dans le sens le plus noble qui soit.
Une plume singulière qui emporte toutes les idées reçues.
Une fin de lecture qui m’a donné l’impression d’être saoul, d’avoir la tête qui tourne.
Ai-je vraiment cru que le livre avait été écrit pour moi ?

“Dors ton sommeil de brute” est un bijou. Carole Martinez est une enchanteresse. Elle distille d’une façon incroyable des émotions qui secouent les tripes, s’adressent directement à notre cœur, mettant en avant des problèmes actuels qui nous touchent tous, quels qu’ils soient. Religions, relations de couple, rapports avec nos enfants, respect de la nature et des animaux, réchauffement climatique, elle nous montre une Terre qui se meurt et bien d’autres drames, par sa prose simple et directe.

Énorme coup de cœur pour Carole et son interprétation des rêves oniriques qui touchent tous les enfants du monde et par extension toute la population de la Terre.
Carole, sublime néanmoins tous les drames et les mystères de son récit bouleversant…
J’ai encore plein d’images incroyables dans les yeux !

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Extraits :

« J’ai d’abord oublié mon état.
C’était comme une guerre à l’autre bout du monde dont j’étais le territoire occupé. Mais depuis quelques mois la créature bouge, me déforme l’abdomen, se tourne et se retourne, fait des bosses sous ma peau tendue à se rompre, elle est devenue trop présente pour que je parvienne à l’enterrer. Cet être m’obsède et me tient éveillée. Bientôt, mon ventre se videra et je dormirai de nouveau. »

« Elle a collé sa joue fraîche contre la mienne et, dans son souffle, j’ai mieux entendu les oiseaux. Je suis restée un moment ainsi, à respirer l’haleine blanche de mon enfant, à partager son regard. Ma fille m’entraînait dans sa contemplation, elle m’offrait ses sensations, et nous nous sommes envolées toutes les deux vers ces oies qui passaient au-dessus de nos têtes. »

« Tu n’as jamais cherché la compagnie des hommes, tu t’en fous. Tu n’aimes pas les gens en général et plus vraiment les gens en particulier, encore moins ceux qui parlent trop fort, les exubérants, avides d’existence, les incapables de silence, ceux qui prennent trop de place en se gonflant de mots inutiles comme la grenouille de la fable. »

« Pour palier les manque d’eau dus au réchauffement climatique, les opérations d’ensemencement de nuages se multiplient et engendrent des tensions entre les nations. Beaucoup considèrent cette pratique comme un détournement de l’humidité atmosphérique au détriment des pays voisins. Sans que l’efficacité de ces techniques soit démontrée, elles exacerbent les conflits.
Depuis trente ans, les Émirats arabes unis allouent des sommes énormes aux chercheurs pour trouver un moyen de renforcer et d’ensemencer les nuages grâce aux nanotechnologies. Des particules de sel recouvertes d’une fine couche de dioxyde de titane envoyées dans les airs engendreraient des précipitations. Aucune réglementation n’existe sur l’emploi de l’iodure d’argent ou du dioxyde de titane dans le cadre de cette guerre des nuages. »

 

Née en novembre 1966 à Créhange, Carole Martinez est romancière et professeure de français. Elle a notamment signé Le Cœur cousu (2007), auréolé de nombreux prix, et Du domaine des murmures, couronné par le Prix Goncourt des Lycéens en 2011. En 2015, elle publie La terre qui penche (Gallimard). Tentée par la littérature jeunesse – elle est l’auteure de Le Cri du livre, en 1998 – Carole Martinez se lance pour la première fois dans la bande dessinée en scénarisant Bouche d’ombre pour Maud Begon. Deux albums sont parus chez Casterman en 2014 et 2015.

Émotion, Drame, Essai, Histoire vraie, Roman

À pied d’œuvre

de Franck Courtès
Broché – 24 août 2023
Éditions : Gallimard

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“Entre mon métier d’écrivain et celui de manœuvre, je ne suis socialement plus rien de précis. Je suis à la misère ce que cinq heures du soir en hiver sont à l’obscurité : il fait noir mais ce n’est pas encore la nuit.”
Voici l’histoire vraie d’un photographe à succès qui abandonne tout pour se consacrer à l’écriture, et découvre la pauvreté. Récit radical où se mêlent lucidité et autodérision, À pied d’œuvre est le livre d’un homme prêt à payer sa liberté au prix fort.

 

• Couv_2024-088_Courtès Franck - À pied d'œuvre

 

Je termine à l’instant ce roman, qui n’est est pas un !
“À pied d’œuvre”, n’est pas une fiction, c’est l’histoire d’une vie, l’histoire d’un choix.

Franck Courtès, décide un jour de claquer la porte d’un monde qui lui a permis de vivre pendant vingt ans, mais surtout d’un monde où il ne se reconnaît plus. Il était photographe, croisant dans son quotidien artistes, sportifs et hommes d’affaires connus. Il a stoppé sa carrière par choix, et s’ouvrir vers une autre direction artistique, l’écriture.
Mais tout ne sera pas si simple…

J’ai suivi ainsi le parcours difficile d’un écrivain qui accepte tous type de “petits” boulots, manœuvre, livreur, jardinier ou encore serveur quand il n’est pas cuistot pour subsister. Le ton du récit est rythmé, drôle parfois, mais je n’ai pu m’empêcher d’entendre la lutte constante dans l’esprit de l’auteur, de toutes les difficultés qu’il doit balayer afin d’affronter le présent. Franck Courtès ne tombe jamais dans le pathos. Il est là, tout simplement, il survit en nous offrant sa voix et son regard sur un monde qui évolue, où le paraître est devenu plus important que l’être, où les sentiments passent en arrière plan, mais il ne juge pas, jamais. Il avance et chaque jour est un nouveau jour. Aujourd’hui 10 €, demain 35 € et peut-être un peu plus d’ici la fin de la semaine, il ne le vit pas comme une victime, mais comme un homme qui se bat.

Ce livre nous montre de quoi nous sommes capables, lorsque nous avons défini les priorités qui nous importent. Pour Franck, la décision sera définitive malgré les diverses discussions qu’il a pu avoir avec sa famille. Il ne reviendra plus en arrière, et tel un combattant se voue à sa nouvelle passion. Il veut écrire, surtout donner et partager…

Une lecture que j’ai trouvée très intéressante et “enrichissante” sur la misère due à la mondialisation, à la non-réglementation face au travail “de la rue”, son côté bon marché, l’exploitation de ceux qui la subissent, et la difficulté de ces travaux régulièrement très physiques.

Livre lu d’une traite !
Un sujet grave, intelligent, écrit avec finesse poésie et beaucoup d’humanité.
Un autre regard sur un monde injuste à la précarité sans limite, et pour moi aussi, hypocrite…

Hier soir, a eu lieu notre dîner mensuel du Cercle littéraire du Château de l’Hermitage, j’ai passé une excellente soirée, peut-être même l’une des meilleures à ce jour pour moi.
J’ai rencontré et pu discuter avec Franck.
J’ai tout de suite reconnu l’homme que j’avais deviné à travers ses lignes. Un homme simple et bon, un homme qui va simplement là où il doit aller…

“À pied d’œuvre”, la vie d’un homme que je vous recommande tout particulièrement !

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Extraits :

« Pour le dire en deux mots : j’ai cessé mon activité de photographe pour devenir écrivain. Rester écrivain a été une autre histoire.
Mon premier livre m’a valu un petit succès, puis, alors même que je me sentais progresser, j’ai vu autour de moi s’émousser l’enthousiasme. »

« J’aurais aimé avoir un père écrivain, justement, au lieu du mien, cet homme frustré, empêché huit heures par jour, attaché au bureau puis au canapé du salon, silencieux, résigné. Un père qui m’achetait nombre de jouets et de jeux auxquels nous ne jouions jamais ensemble, faute de temps. »

« Après une année sans revenus fixes, les objets autour de moi se sont naturellement détériorés sans que je sois en mesure de les remplacer. Les épisodes de désespoir sont rares mais douloureux. Je me sens chassé d’un confort dont je ne mesurais pas le bonheur. Une simple balade en forêt, pourtant gratuite, devient une expérience différente par le fait que mes chaussures usées prennent l’eau et que je ne peux en acheter des neuves. Le monde autour de moi semble avoir changé. J’erre dans un autre pays, une autre civilisation. »

« L’arrivée du numérique n’avait fait que précipiter mon désamour de l’utilisation de la photographie. Toute modernité n’est pas un progrès.
Je m’y étais pourtant mis, au numérique, parce que, nous disait-on, c’était ça ou disparaître. J’avais suivi une formation au logiciel Photoshop, offerte par mon agence, où je m’étais davantage senti gavé, comme les oies de maïs trans, de mots anglais, cette langue des vainqueurs et du grand marché mondial, qu’enrichi par de véritables connaissances. En argentique, les outils demandaient à être dominés et les échecs construisaient en moi des stratégies, des forces qui me rendaient chaque fois plus puissant. En découvrant peu à peu comment vaincre les résistances que le matériel argentique mettait sur ma route, plus que le photographe, c’était l’homme que j’améliorais. L’univers photographique numérique, facilité par l’intelligence artificielle, démocratisé par les fabricants, amenuisait la force, la gloire d’un bon résultat. Une fois de plus, Henri m’avait mis en garde. J’allais tout perdre. Je ne le croyais pas. Avec le numérique, je n’ai perdu qu’une chose, mais elle était de taille : le plaisir. »

 

Franck Courtès fut photographe pendant vingt ans. Vingt années de voyages autour du monde, de rencontres (des Daft Punk à Michel Legrand, de Franck Ribery à Patrick Modiano) dans lesquelles il puise pour raconter. Il a brutalement stoppé sa carrière pour ouvrir une autre recherche artistique et s’adonner à l’écriture.

Bibliographie
Autorisation de pratiquer la course à pied et autres échappées, J-C Lattès, 2013
Toute ressemblance avec le père, J-C Lattès, 2014
Sur une majeure partie de la France, J-C Lattès, 2016
La Dernière photo, J-C Lattès, 2018
Les Liens sacré du mariage, Gallimard, 2022
À pied d’œuvre, Gallimard, 2023

Émotion, Drame, Polar, Suspense

La Noyée de Carnac

de Christophe Ferré
Broché – 10 octobre 2024
Éditions : L’Archipel

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Après le succès de La Petite Fille du phare et de La Disparue de Belle-Île, Christophe Ferré signe un nouveau suspense.

Par une nuit de tempête, un voilier se fracasse sur des rochers non loin d’une plage de Carnac.
Au petit matin, on découvre sur le sable le corps sans vie de Sophie Millet, jeune chercheuse en histoire venue dans la région étudier les menhirs et les sépultures celtiques.
Les rescapés du naufrage affirment ne pas la connaître. Elle portait pourtant le même gilet de sauvetage qu’eux…
L’enquête conclut à une noyade accidentelle. Une théorie à laquelle Baptiste, le père de Sophie, ne croit pas. Trois ans après le drame, il débarque à Carnac pour tenter de percer le mystère…

 

• Couv_2024-092_Ferré Christophe - La Noyée de Carnac

 

Mars 2021, une jeune femme est retrouvée morte sur une plage de Carnac coincée entre deux pierres au lendemain d’une grosse tempête. Elle portait un gilet de sauvetage.
La veille à quelques mètres de là, un bateau, s’est écrasé sur des rochers. Trois amis avaient décidé de faire la fête et ont été surpris par le mauvais temps. Ils nieront connaître la jeune fille retrouvée le lendemain.
Les enquêteurs concluent à une noyade, alors qu’elle était une excellente nageuse.

Qui a-t-il de pire pour un homme que la perte de sa fille, surtout lorsqu’on reste persuadé que son décès est un meurtre alors que la police a classé l’affaire ?

Il aura fallu trois ans à Baptiste, pour retrousser ses manches, et aller à Carnac pour mener “son” enquête en mémoire de Sophie…

Le nouveau roman de Christophe Ferré nous emmène encore une fois sur les côtes bretonnes, région riche en légendes diverses. Et je ne m’en lasserai jamais !
Le récit se déroule dans les environ de Carnac, région célèbre pour ses sites mégalithiques, sépultures celtes, menhirs, alignements de pierre, dolmens, tumulus, et bien d’autres. On sent vraiment la passion de Christophe envers la magie qui entoure ces lieux.

Christophe, chapitres après chapitres nous “balade” dans les mystères celtiques à travers de nombreux rebondissements dans cette enquête “gigogne” où toutes les personnes que Baptiste pense être coupables ont un lien avec Sophie ou l’ont fréquenté. Il ira même jusqu’à accuser son gendre !
L’enquête n’est pas simple, mais il ne baissera pas les bras.

Récit prenant avec beaucoup de suspense, lu d’une traite, très agréable à lire et encore une fois une fin qui m’a pris à contre-pied.
Bravo Christophe !

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Extraits :

« Sophie, une jeune femme aux yeux émeraude, n’aurait jamais dû mourir.

À Carnac, les pompiers la retrouvèrent sur une plage, à la lisière des vagues. La tempête s’était calmée juste avant l’aube, des pans d’écume festonnaient le sable. Le jour se levait, frais et triste. Une pluie fine tombait à la façon des larmes. Aucun soleil. Des nuages bas et gris emplissaient le ciel jusqu’à l’horizon, comme s’ils avaient voulu se mettre au diapason. »

« Pourquoi Sophie était-elle morte ? Et comment ? Avait-elle été assassinée ?
L’enquête sur les causes de son décès s’était bientôt enlisée dans les sables du mystère. Pendant des mois, les gendarmes avaient interrogé séparément, à plusieurs reprises, les passagers du bateau, trois jeunes hommes. Ceux-ci avaient dit exactement la même chose : le voilier avait quitté le port de La Trinité-sur-Mer quelques heures avant le naufrage. L’obscurité venue, après avoir affalé les voiles, l’un d’eux l’avait amarré à une bouée à une centaine de mètres du rivage, dans l’idée de passer la nuit à bord. Ils s’étaient couchés, chacun dans une cabine. Au début, ce n’était pas une vraie tempête, juste un petit coup de tabac. Ils avaient trouvé “planant” d’être secoués, mais le vent de sud avait grossi brusquement, ce qui n’avait pas été annoncé par la météo. »

« Pendant des mois, avant de venir à Carnac, Baptiste, tel un enquêteur, avait réalisé des fiches sur chacun des suspects. Il avait découvert leurs amis, leurs distractions, leurs voyages, les sports qu’ils pratiquaient. Arno était le plus festif. Il avait un profil Instagram où, en bon narcissique, comme beaucoup d’hommes jeunes de son âge, il publiait d’innombrables photos de lui : au volant d’une décapotable, jouant au tennis, marchant dans la montagne, pratiquant le surf ou la voile, nageant dans la mer, dansant dans les boîtes de nuit branchées.
Jamais en train de travailler, comme si sa vie était un tourbillon permanent de fêtes et de loisirs. »

« Ma chère Sophie,
À Carnac, en ce jour de septembre, alors qu’une lumière estivale caresse le paysage, ton absence m’est insupportable, mais j’espère que tu me vois, que tu lis ces lignes, que tu m’aides à démasquer l’ordure qui t’a tuée. Il rôde autour de moi, il m’espionne, il me piste, il a commis l’erreur de signaler sa présence en déposant un gilet de sauvetage sur mon pare-brise et en me poursuivant à moto, une arme à la main. Il pensait que ça allait m’effrayer, que j’étais un peureux, mais je suis toujours là, debout, prêt à me sacrifier. »

 

Christophe Ferré est romancier et auteur dramatique. Il a obtenu le Prix de la nouvelle de l’Académie française en 2010.
Il est l’auteur de :
– La Chambre d’amour (Arléa, 1995),
– La Septième nuit (Seuil, 2000),
– Paradis Turquoise (Flammarion, 2005).

Son premier suspense,
– La Révélation de Chartres (Salvador, 2015) s’est vendu à plus de 20 000 exemplaires, toutes éditions confondues,
– La Petite Fille du phare (Éditions de l’Archipel, 2018),
https://leressentidejeanpaul.com/2023/03/08/la-petite-fille-du-phare/
– Mortelle Tentation (Éditions de l’Archipel, 2019),
– La Prophétie de la cathédrale (Archipoche, 2020).
– La disparue de Belle-île
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/22/la-disparue-de-belle-ile/

Émotion, Essai, Folie, Histoire vraie

Bienvenue chez les riches

de Lydia Lecher, avec la contribution de Doan Bui
Broché – 25 février 2016
Éditeur : Michel Lafon

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Lydia et son mari découvrent un jour une annonce pour un poste d’intendant et de gouvernante. Ils répondent à l’appel du haut de gamme et des cigales pour s’occuper d’une superbe bastide du sud de la France et servir ses riches propriétaires. Voilà comment Lydia est entrée dans le monde des ultra-riches. Elle connaîtra plusieurs maisons avec des patrons différents mais qui se rejoignent tous dans leurs exigences démesurées : horaires à rallonges, obligation du port de l’uniforme, de répondre à la sonnette, mépris, névroses, surveillance à outrance, injures… Mais que se passe-t-il derrière les murs des châteaux ?La vie d’une gouvernante ressemble aux douze travaux d’Hercule.
Lydia a connu les pièges dits  » du Petit Poucet  » : Madame sème un grain de riz sous un tapis, un noyau de cerise dans un tiroir, un coton-tige au fond du dressing pour accuser la gouvernante. Les dangers sont partout car lorsque Madame n’est pas là, ce sont les autres membres du personnel qui font du zèle en espérant s’attirer les faveurs des maîtres.
Lydia nous dévoile son expérience, elle nous fait partager moult anecdotes, étonnantes, exaspérantes, voire inimaginables. Elle s’exprime aujourd’hui pour dénoncer des pratiques archaïques qui tendent vers un esclavage moderne qu’on ne soupçonne pas.

Un témoignage exclusif dans l’antre des ultra-riches et leurs excès.

 

• Couv_2024-091_Lecher Lydia - Bienvenue chez les riches

 

Bienvenue chez les riches
Dès que j’ai vu ce titre, j’ai tout de suite Ressenti le ton résolument ironique, mais j’étais loin, très loin d’imaginer à quel point j’avais eu raison, à quel point cela allait beaucoup plus loin…

Lorsque j’étais tout petit, ma maman a été pendant plusieurs années femme de ménage “au noir”, avant de trouver plus tard un travail qui convienne plus à ses capacités professionnelles. Elle travaillait tous les jours de nombreuses heures et n’avait pas les moyens de me faire garder. Je conserve, certains souvenirs de cette “primo” enfance…
Surtout ne pas faire de bruit, ne toucher à rien, rester dans mon coin, ne pas bouger.
Lydia Lecher l’explique très bien, il me fallait devenir “invisible”.
Je n’ai pas de souvenirs que ma mère en ait vraiment souffert, mais cela ne me surprendrait pas du tout.

L’autrice nous raconte son parcours familial (elle est avec son mari et son fils), dans un quotidien où il faut savoir, s’incliner, accepter pour conserver son poste.
Le monde des “très riches” est effectivement un monde très fermé, un monde à part, où le paraître à toute son importance. Ne jamais se montrer faible, avoir une autorité constante et absolue, ne pas montrer que l’on vieillit comme le commun des mortels. En logeant chez ses patrons Lydia en perd presque le sens des réalités, heureusement, elle a du caractère !

Un livre intéressant à découvrir, qui aborde le côté très peu connu de ceux qui nous côtoient de leurs résidences de luxe ou de leurs châteaux.
Oui, on le sait maintenant, l’argent qui permet d’accéder au pouvoir peut aussi faire tourner la tête de certaines personnes peu équilibrées, qui perdront très vite le sens des valeurs et des priorités. C’est un phénomène en voie de développement chez tous les nouveaux riches. Ils se transforment très vite… J’en ai vu. J’en connais. Malheureusement très peu ont conservé leur tête sur les épaules !
L’argent rend-il fou ?
Finalement, sont-ils vraiment à envier ?

Lydia, trouve le ton, et les mots justes tout le long de ses “différentes vies”.
Elle n’agresse jamais, n’insulte pas. Elle constate… Elle nous transmet.

« D’un côté, nous, les petits. De l’autre, les heureux du monde. En général, la frontière entre ces deux univers est parfaitement étanche.
Sauf que les nantis ne peuvent pas se débrouiller seuls : ils ont besoin de se faire servir. »

C’est tout à fait ça !
Merci Lydia…

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Extraits :

« La pause ? Nous ne savions pas vraiment ce que c’était, tant nos employeurs avaient l’habitude de nous “sonner” pour un oui pour un non.
Oui, nous avons même connu des maîtres qui en avaient une vraie, de sonnette, de celles qui font dring dans les halls d’hôtels d’époque, un dring qui veut dire “Au pied !”. »

« Les riches… On les voit parfois dans les films, sur les couvertures de magazines, dans des émissions de télé. Mais en le découvrant de l’intérieur, j’ai réalisé à quel point cet univers était finalement très peu connu. Deux sociologues, Monique et Michel Pinson Charlot, ont baptisé ce monde “le ghetto du gotha”.
L’expression est juste. Les ultras privilégiés vivent en vase clos, dans un ghetto, totalement coupés de notre monde à nous, le monde réel, le monde normal où l’on compte ses sous, où l’on calcule pour la fin du mois, où l’on gagne sa vie. »

« D’un côté, nous, les petits. De l’autre, les heureux du monde. En général, la frontière entre ces deux univers est parfaitement étanche.
Sauf que les nantis ne peuvent pas se débrouiller seuls : ils ont besoin de se faire servir. »

« Mon Dieu…
La lumière mordorée de la Provence inondait le domaine, encerclé par un très beau mur en rocaille. Un joli portail en fer forgé fermait la résidence. Nous avons sonné à l’interphone.
Une voix nous a accueillis puis le portail s’est ouvert. Nous sommes remontés en voiture. Et nous avons roulé au pas, regardant, estomaqués, ce qui nous entourait. Tout était si gigantesque ! Devant nous s’étendait une allée qui semblait interminable, l’allée centrale bordée de platanes centenaires majestueux. À droite, d’immenses prés verdoyants, chatoyants sous le soleil. »

« Monsieur Neige, nous l’adorions.

Hélas, M. Neige avait un gros, gros défaut…
son épouse.
Si Monsieur était le patron idéal, généreux, respectueux de votre travail, érudit, Madame, elle… Madame était “Madame” jusqu’à la caricature.
Ah ! Madame…
Avec Madame, j’ai vite compris à qui j’avais affaire. »

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Lydia Lecher a passé 15 ans de sa vie au service des riches, en tant que gouvernante ou gardienne.
Elle a raccroché ses gants blancs sans regret ni rancœur. Domestique au service des ultrariches, elle a connu la vie de château et nous dévoile l’envers d’un décor pas toujours reluisant…
Elle raconte son quotidien dans son livre Bienvenue chez les riches.

Émotion, Histoire, Polar, Suspense

La Conspiration hongroise

Une enquête d’Hippolyte Salvignac****
de Philippe Grandcoing
Broché – 3 mars 2022
Éditions : de Borée

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Paris, printemps 1909. L’inspecteur Lerouet est confronté à un cadavre anonyme retrouvé poignardé en pleine rue, l’obligeant à faire appel à son vieil ami Hippolyte Salvignac et à Léopoldine, sa compagne, artiste peintre à la sensualité débordante. Au fil de leurs investigations, ce trio d’enquêteurs exhume un mystérieux complot politique aux ramifications internationales, alors que se multiplient les assassinats dans la communauté des artistes hongrois exilés en France. Au moment même où Clemenceau perd le pouvoir, réussiront-ils à sauver l’Europe de la catastrophe ? Leurs aventures vont les mener jusqu’à la Vienne de Klimt et de Freud, à la découverte de la capitale de toutes les audaces intellectuelles et artistiques de la Belle Epoque, où se cache la clé de l’énigme.

 

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Quatrième volet des enquêtes d’Hippolyte Salvignac.

Je suis content de retrouver les personnages que je connais maintenant et que j’apprécie. Dans cet opus, la compagne d’Hippolyte, la dessinatrice Léopoldine, belle et ardente est mise en avant et ce n’est pas pour me déplaire. J’aime son caractère fort et franc, féministe jusqu’au bout des ongles qui grâce à ses connaissances en hongrois, et en allemand va aider Hippolyte et son acolyte, l’inspecteur Jules Lerouet dans une enquête qui va nous mener, en ce début du XXe siècle, vers l’empire austro-hongrois tenu par une main de fer par François-Joseph.

Paris, 1909, rue d’Astorg.
Un homme très élégant est retrouvé mort de plusieurs coups de couteau. Impossible de l’identifier, il porte sur lui un message étrange écrit en hongrois. Quelques jours plus tard, ce sont deux autres hongrois qui sont retrouvés assassinés dans les rues.
Les compétences, de Léopoldine, d’origine hongroise vont permettre à notre trio, une enquête qui se doit discrète dans le milieu de l’immigration hongroise de Paris. Elle arrive à entrer dans un groupe “La Hongrie libre”, composé d’artistes, dont elle fait partie, et de nombreux jeunes férus d’une nouvelle politique en pleine ébullition pour leur pays.
Nous avons ici un épisode très riche en rebondissements, mais ce sont surtout les ambiances du Paris de l’époque, de la nouvelle Vienne où les immeubles modernes d’Otto Wagner côtoient les églises baroques, Gustave Klimt, Egon Schiele et bien d’autres qui tentent d’imposer leur nouvelle vision, qui m’ont plu dans ce récit où la situation internationale, fait ressentir les prémisses d’un conflit mondial de plus en plus présent. Les enjeux politiques se remettent en cause, la montée de l’antisémitisme, la domination allemande sur l’est de la France… Clémenceau ressent les légers frémissements de ce changement. Il doit absolument et discrètement faire quelque chose !

Une nouvelle fois, Philippe Grandcoing a porté l’amoureux de l’Histoire que je suis dans ce récit diablement “vivant”, historiquement bien documenté et érudit.
Une enquête captivante et haletante, où Philippe arrive, dès qu’il le peut à glisser des émotions, une vie de couple bien compliquée avec des disputes régulières entre Hippolyte et Léopoldine, qui tient très bien son rôle dans cette histoire, où s’entremêlent milieu artistique, politique et crimes.

Lecture très prenante, qui devrait me mener vers le cinquième opus, “La Malédiction de Rocalbes”, dès que possible !

Un grand merci à Virginie, des éditions de Borée, pour toutes ces aventures dont je ne me lasse pas !

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Extraits :

« Jules Lerouet traversa la petite pièce encombrée, prit le couloir sur sa droite et déboucha dans la salle d’autopsie. Le cadavre découvert en pleine nuit par deux gardiens de la paix effectuant leur ronde routinière reposait sur une table en zinc, entièrement nu et prêt à être autopsié. »

« Accoudé au parapet de pierre du quai de l’Archevêché, Jules Lerouet réfléchissait, indifférent au spectacle de la noria de péniches et de chalands qui descendaient la Seine. Deux possibilités s’offraient à lui. Soit il communiquait immédiatement au chef de la Sûreté les nouveaux indices en sa possession, soit il continuait son enquête en solo jusqu’à être en mesure d’apporter des éléments plus tangibles sur l’identité de la victime et les circonstances de son assassinat. Il était tenté par la seconde option. »

« – Des gens très, très haut placés. Ça ne vous dit peut-être rien, à vous, mais sachez que ces vieux noms de l’aristocratie ont encore le bras long. Les Greffulhe, les d’Arenberg, les Noailles. Tout ce beau monde reçoit, tient salon, fait de la politique. C’est l’élite de l’élite, la crème du Bottin mondain. Autant dire que même le chef de la Sûreté ne pourra pas enquêter chez eux. »

« Ils se caressaient dans un demi-sommeil, trop fatigués pour faire à nouveau l’amour, mais voulant prolonger leurs retrouvailles amoureuses. Salvignac appréciait particulièrement le corps de Léopoldine, ses seins hauts, ses fesses rondes et fermes, sa lourde chevelure odorante qui tombait en longues mèches brunes et bouclées sur ses épaules blanches. Elle n’avait aucune des pudeurs auxquelles ses précédentes conquêtes l’avaient habitué. Il était certain qu’avec elle, s’il osait, il pourrait connaître des émois jusque-là inimaginables. »

« – Tu sais bien comment ça se passe. La valse des ministères ne change rien au fonctionnement de l’administration. »

 

Philippe Grandcoing, né le 6 novembre 1968, à Limoges (Haute-Vienne), est professeur agrégé d’Histoire en classes préparatoires au lycée Gay-Lussac, docteur en histoire contemporaine, spécialiste de l’histoire de la société limousine du XIXe et du XXe siècle. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment huit volumes de la collection des « Grandes affaires criminelles » chez De Borée.

Publications
Ouvrages historiques et scientifiques

Les demeures de la distinction. Châteaux et châtelains au XIXe siècle en Haute-Vienne, éditions PULIM, 1999.
La baïonnette et le lancis. Crise urbaine et révolution à Limoges sous la Seconde République, éditions PULIM, 2002.
Le siècle d’or des châteaux. Haute-Vienne 1800-1914, Editions Culture & Patrimoine en Limousin, 2002
Un Robin des Bois entre Périgord et Limousin : Histoire et légende de Burgou, XIXe – XXe siècles, Éditions Culture & Patrimoine en Limousin (Collection « Patrimoine en poche »), 2006, 158 p. (ISBN 2-911167-49-X).

Romans de la série Salvignac

Le Tigre et les pilleurs de Dieu, éditions De Borée, 2018.
https://leressentidejeanpaul.com/2023/10/07/le-tigre-et-les-pilleurs-de-dieu/
– Le Faubourg des diaboliques, éditions De Borée, 2019.
https://leressentidejeanpaul.com/2023/11/23/le-faubourg-des-diaboliques/
– Tuer est un art, éditions De Borée, 2020.
https://leressentidejeanpaul.com/2024/02/15/tuer-est-un-art/
– La Conspiration hongroise, éditions De Borée, 2021
– La Malédiction de Rocalbes, éditions De Borée, 2022
– Les Noyés du bord de Marne, éditions De Borée, 2023
– Les Démons de l’inspecteur Lerouet, éditions De Borée, 2024

Ouvrages collectifs

1905, le printemps rouge de Limoges (avec Vincent Brousse et Dominique Danthieux), Culture et Patrimoine en Limousin, 2005.
Un siècle militant : Engagement(s), résistance(s) et mémoire(s) au XXe siècle en Limousin (avec Vincent Brousse et Dominique Danthieux), éditions PULIM, 2005.
L’Innovation agricole en Pays Limousin du Moyen Âge à nos jours, éditions Les Monédières, 2006.
Les grandes affaires criminelles de Haute-Vienne (avec Vincent Brousse), éditions De Borée, 2008.
Les nouvelles affaires criminelles de Haute-Vienne (avec Vincent Brousse), éditions De Borée, 2009.
Ostensions (avec Vincent Brousse), Culture et Patrimoine en Limousin, 2009.
Fermes idéales en Limousin, Culture et Patrimoine en Limousin, 2010.
Les grandes affaires criminelles du Lot (avec Vincent Brousse), éditions De Borée, 2010.
Paysage et environnement en Limousin, de l’antiquité à nos jours, éditions PULIM, 2010.
Les grandes affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), Éditions De Borée, 2010.
Les grandes affaires criminelles du Limousin (avec Vincent Brousse, Jean-Marie Chevrier et Jean-Michel Valade), Éditions De Borée, 2010.
Les nouvelles affaires criminelles de la Creuse (avec Vincent Brousse), Editions De Borée, 2011.
Les Grandes affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), De Borée, novembre 2011.
– Les Nouvelles affaires criminelles du Lot (avec Vincent Brousse), De Borée, avril 2012.
– Les Nouvelles affaires criminelles de Corrèze (avec Vincent Brousse), De Borée, octobre 2013.
Les Nouvelles affaires criminelles politiques (avec Vincent Brousse), De Borée, novembre 2013.
Limousin sur grand écran, Culture et Patrimoine en Limousin, 2013.
Utopies en Limousin (avec Vincent Brousse, Dominique Danthieux et alii.), Les Ardents Éditeurs, 2014
Oradour après Oradour (avec Dominique Danthieux), Culture et Patrimoine en Limousin, 2014.
Le Front Populaire en Limousin (avec Vincent Brousse, Dominique Danthieux et alii), Les Ardents Éditeurs, 2015.
La Belle Époque des pilleurs d’églises. Vols et trafics des émaux médiévaux. (avec Vincent Brousse), Les Ardents Éditeurs, 2017.
Sublime Périgord, la fabrique d’un territoire d’exception, (avec Hélène Lafaye-Fouhéty) Les Ardents Éditeurs, 2021.
L’affaire Barataud. Une enquête dans le Limoges des années 1920 (avec Vincent Brousse), Geste éditions, 2022, 267 p. (ISBN 979-10-353-1552-8).

Publications diverses

– Articles d’histoire dans les revues Les Grandes Affaires de l’Histoire dont il a été conseiller éditorial de 2015 à 2018 et Les Grandes Affaires Criminelles.