Émotion, Drame, Histoire, Roman de terroir

L’incroyable destin d’Aubeline de Lambersac

de Jacquie Béal
Broché – 18 novembre 2024
Éditions : Terre de l’ouest

Aubeline est la petite fille du marquis De Lambersac. Si après les événements de 1789, les campagnes conservent une relative tranquillité, la famine de 1792 incite bon nombre de paysans à prendre les armes contre leurs anciens maîtres. Les De Lambersac ne font pas exception.
Lorsque les « Républicains » investissent le château de Saint-Crépin pour tout piller, le vieux marquis De Lambersac meurt, foudroyé par une crise cardiaque. Il laisse Aubeline sans protection et la contraint à l’exil.
Cette Révolution, qui a bouleversé l’ordre établi, oblige la jeune femme à s’adapter et à se fondre dans la masse. Elle doit apprendre à survivre dans ce monde ravagé par la famine, les maladies, les dénonciations… La Terreur.

Bien que ce roman se déroule durant l’une des périodes les plus terribles de l’Histoire de France, l’auteure nous régale en sublimant les relations humaines. Servi par une écriture limpide et fluide, ce texte nous emporte comme les lacis d’un torrent, tortueux et espiègle. Ces épreuves qui jalonnent le quotidien de l’héroïne vont contribuer à forger le caractère impétueux, mais rationnel, d’Aubeline De Lambersac.

Il ne m’aura fallu que de quelques lignes pour être projeté plusieurs siècles en arrière.

Révolution française.
1er Vendémiaire, en l’an 1.
La Bastille a été prise, les campagnes ont pris feu, Louis XVI a été amené devant la Convention pour son jugement, il sera bientôt exécuté. Le monde s’enlise davantage dans le malheur. Le peuple a grondé beaucoup trop longtemps, aujourd’hui il a faim. Les dénonciations se multiplient partout en France, tuant les nobles et, dans ce contexte chaotique, Aubeline peine à se protéger. Le désespoir frappe autant les citoyens, les drôles, les grisettes, les mendiants, au même titre que les ci-devants qui sont obligés de se dissimuler pour survivre. Tout le monde a le ventre vide, tout le monde a peur du lendemain. Seuls quelques renégats encore semblent encore profiter de la situation, mais cela ne sera que de courte durée.
Mais finalement, cette nouvelle situation, à qui profite-t-elle réellement ?

L’histoire du roman est structurée en trois parties qui se déroulent d’abord à Périgueux, puis à Paris, pour se conclure en Vendée. Avec une évolution flagrante de notre héroïne principale, attachante, intelligente mais surtout déterminée, Aubeline, petite-fille du marquis de Lambersac, a dû quitter le château de Saint-Crépin occupé par les Républicains, après le décès de celui-ce.
Contrainte par le cours de l’Histoire, elle sera livrée à elle-même pour assurer sa survie. Aubeline ne sera pas la seule figure féminine de ce récit. Léonie, Marie, Adélaïde et bien d’autres femmes de caractère, ou à la langue bien aiguisée, m’ont accompagné le long de ma lecture, tantôt pour aider, tantôt pour détruire la jeune-fille courageuse et volontaire.

Je me suis particulièrement attaché à Aubeline à sa simplicité à son intelligence, elle dégage énormément de choses…
Au fil de sa pérégrination, elle prendra progressivement conscience des souffrances infligées à un peuple que l’on s’efforce d’assujettir entièrement.

Un ouvrage d’une véracité saisissante que j’ai dévoré en quelques heures, où la vérité s’impose sans réserve, extrêmement enrichissant et captivant, il met en lumière toute la félonie et la cruauté des hommes qui ne recherchent uniquement que le pouvoir et la richesse, là où d’autres aspirent simplement à survivre.
Après diverses vérifications, Danton, Robespierre et bien d’autres sujets abordés… Je constate une fois de plus que les livres d’Histoire ont négligé de nombreux détails !
Pourquoi ne suis-je pas surpris…

Au revoir Aubeline, je te souhaite une longue et heureuse vie…

Décidément, Jacquie Béal a vraiment l’art et la manière de me plonger dans ses univers à chacun de ses romans, toujours passionnés, ancrés dans l’histoire. C’est le quatrième que je lis en l’espace de quelques mois, et c’est un nouveau coup de cœur ! C’est une auteure de grand talent, dont la diffusion n’est, à mon avis, pas suffisante du tout.
Ne manquez pas de la lire, de la découvrir, elle le vaut vraiment !

Un immense merci à toi Jacquie, pour ce merveilleux voyage dans le cœur de l’Histoire.

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Extraits :

« — Le mauvais sort n’a rien à voir avec tes croyances d’un autre âge. Le malheur vient de la folie des hommes, pas de la magie des sorciers !
— Je veux pas vous contredire, notre maître, mais le chant du coucou, lui, il trompe jamais. C’est prouvé que le malheur frappe si on l’entend au sortir du sommeil, quand on a le ventre vide !
— Il avait chanté ton coucou quand ils ont pris la Bastille ? »

« En août 1789, je venais d’avoir treize ans. Les événements ne m’avaient pas perturbée outre mesure, bien au contraire. Quand les paysans étaient partis après avoir volé les papiers, ils s’étaient aussi emparés des livres et des feuillets qui servaient à mon instruction. Je détestais les leçons que m’imposait le vieux curé moralisateur choisi par mon grand-père et ne plus subir son enseignement me réjouissait. Peu de temps après, comme pour rendre mon bonheur plus complet, ce fut le curé qui disparut. »

« Mon grand-père se leurrait en affirmant que le monde était devenu fou, car ce n’était pas la folie qui avait détruit l’ordre qu’il avait toujours connu, c’était l’injustice : trop de misère d’un côté et d’opulence de l’autre. Le vieux monde s’était avachi plus qu’il n’avait explosé. Il s’était comme ratatiné. »

« Fière d’avoir de jolies robes et des souliers brodés, je ne réalisais pas que les autres petites filles, celles des métairies, m’observaient avec envie. Je prenais leur attitude pour une admiration qui m’était due, sans prendre conscience que c’était la misère dans laquelle ma famille les maintenait qui faisait d’elles ces êtres sales et rebutants. Incitée par l’exemple de mes grands-parents et les conseils de Léonie, j’aurais persisté à regarder de haut les plus démunis si mon oncle ne nous avait pas ruinés et si la révolution n’avait pas tout bouleversé. »

Agrégée de Lettres et enseignante, Jacquie Béal se consacre à l’écriture. Elle vit en Périgord où se situe l’action de ses romans, notamment La dame d’Aquitaine et Le Temps de l’insoumise. Amoureuse du langage et de l’Histoire, grande et petite, elle fait vivre ses personnages dans l’atmosphère des siècles passés.

Facebook: @jacquiebeal

Amour, Émotion, Drame, Suspense

Ainsi gèlent les billes de savon

de Marie Vareille
Poche – 17 mai 2024
Éditeur : CHARLESTON

« Certains choix nous définissent à tout jamais, celui-ci en fait partie. À partir d’aujourd’hui, je peux bien écrire la neuvième symphonie, sauver le monde d’une troisième guerre mondiale ou inventer le vaccin contre le sida, on ne retiendra de moi que cet acte innommable. Puisses-tu un jour me pardonner. »

De Paris aux volcans ensoleillés d’Indonésie en passant par un petit campus américain à la frontière canadienne, de vibrants portraits de femmes aux destins entrecroisés se dessinent. Quel secret les unit ? Quelle est leur véritable histoire ?

De sa plume délicate et addictive, Marie Vareille nous offre une merveilleuse histoire d’amour, d’espoir et de résilience.

« Un beau cheminement, sensible et lumineux… émaillé de suspense ! »
Maxi

« Un véritable ascenseur émotionnel. Un régal ! »
20 Minutes

PRIX CHARLESTON POCHE 2022

J’ai englouti ce livre en quelques heures.
Une fin magnifique. Un bel hommage à la maternité, mais pas uniquement !

Marie Vareille a indéniablement un grand talent. Elle a conçu son roman comme un thriller, truffé de secrets, mais également empreint de tendresse et de délicatesse. Un récit à plusieurs voix qui s’entrecroisent constamment, n’hésitant pas à nous égarer si on baisse notre vigilance ne serait-ce qu’un instant, jusqu’à une conclusion éclatante.

Un ouvrage qui met en avant toutes les femmes sans exception et à coup sûr, devrait susciter un sentiment de honte chez tous les hommes ! Ça a été mon cas. Comment pourrait-on, à l’issue de cette lecture, pouvoir envisager être l’égal de nos conjointes ?
J’ai d’abord été étonné par le ton plus sombre comparé à ses autres ouvrages. C’est émouvant, parfois brutal, tout en étant empreint de beauté et de vérité. Marie a su trouver des mots justes, et la magie a nouveau opéré. D’ailleurs, au fur et à mesure de ma lecture, « Ainsi gèlent les bulles de savon » a peut-être fini par s’imposer comme son meilleur ouvrage. Étant en apnée pendant quasiment toute ma lecture, Marie libère à la fin une énorme explosion d’oxygène !

Une jeune femme a abandonné tout ce qu’elle avait. Elle est anéantie, totalement désorientée, épuisée. Elle a emporté quelques objets, abandonnant son enfant, son domicile, son époux, tout ce qu’elle avait… Cependant, et c’est tout à fait compréhensible, elle ne peut s’empêcher de penser à son enfant. Sans cesse.
Trois femmes.
Une jeune femme enceinte pour la première fois, une jeune étudiante qui vit seule avec son père, professeur de littérature, et une jeune maman qui vient d’abandonner son nourrisson. À priori il ne semble pas y avoir de lien entre. Mais au final, elles partagent toutes un point commun : la littérature !

Marie, je te remercie pour ce roman poignant et fort, qui, malgré une certaine amertume, se distingue par une plume sensible et brillante.
Un ouvrage que je recommande vivement…

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Extraits :

« Je vais être Maman. Moi, Claire Perrin, fille unique qui ai passé la plus grande partie de mon enfance seule avec ma mère, à m’inventer des frères et sœurs imaginaires avec qui partager mon goûter, je vais fonder la famille dont je rêve depuis ma première poupée. Je ris à travers mes larmes. Je pose les mains sur mon ventre. Tu es là. Tout va changer.
Tout a déjà changé. Je replace le capuchon sur le test et sors des toilettes. »

« Mon enfance a été faite d’étranges allers-retours entre instants de douceur et moments de terreur. J’ai ainsi appris à être nostalgique du présent, à regarder, impuissante, le bonheur glisser entre mes doigts, trop consciente qu’il était éphémère, et désespérée de le retenir sans jamais y arriver. Voilà d’où vient ce qu’ils appelaient ma mélancolie : je vivais dans l’attente que le monde s’effondre et il s’effondrait tous les soirs, quand mon père rentrait du travail. »

« J’ai gardé des dizaines de carnets noircis de citations, d’extraits de livres qui m’ont marquée. Je rentrais en courant de l’école pour avoir un peu plus de temps pour lire. Je lisais à table, le soir et le matin, dans mon bain, sous la table en classe et en marchant dans la rue. Rien d’autre ne m’intéressait. »

« Je suis doté d’une sensibilité absurde, ce qui érafle les autres me déchire. » Je suis hypersensible et je me suis reconnue dans la citation, votre personnage et votre histoire… »

« — Tout ce que tu ressens, c’est un don. Il est à l’origine du requiem de Mozart, des pyramides d’Égypte et du plafond de la chapelle Sixtine. Ce sont les gens comme toi qui voient la vérité du monde, pas ceux qui te disent de contrôler tes émotions. »

Marie Vareille est née en Bourgogne en 1985 et vit aux Pays-Bas avec son mari et ses deux filles. Elle est l’autrice de plusieurs best-sellers totalisant près d’un million de ventes dans le monde. Son roman Désenchantées, paru en 2022 aux éditions Charleston et en 2023 au Livre de Poche, a remporté le Prix des lecteurs Système U, ainsi que le Prix des lecteurs de la librairie Lamartine. La Vie rêvée des chaussettes orphelines a reçu le Prix Charleston poche 2020 et le Prix des Petits mots des libraires 2021. Ses livres sont traduits dans plus de dix pays.

Elle est également l’autrice, aux éditions Charleston, de Je peux très bien me passer de toi (Prix Confidentielles), Ainsi gèlent les bulles de savon et Désenchantées.

Elle a reçu de nombreux Prix en littérature jeunesse pour sa trilogie « Elia la Passeuse d’âmes » et son roman Young Adult « Le syndrome du spaghetti » a été récompensé du Prix Babelio en 2021 et figure dans la sélection du Prix des Incorruptibles 2022-2023, organisé tous les ans en partenariat avec le Ministère de la culture et l’Éducation Nationale.

Émotion, Cercle littéraire, Roman, Suspense

Les vérités parallèles

de Marie Mangez
Broché – 23 août 2024
Éditions : Finitude Éditions

Arnaud Daguerre est Grand Reporter au Miroir, un hebdo d’investigation. Ses reportages passionnants lui valent les éloges des lecteurs autant que de la profession, qui n’hésite pas à lui décerner le prestigieux prix Albert Londres. Et pourtant. Sa série sur les banlieues ? Il n’a osé interviewer personne. Son reportage en Grèce ? Il n’a pas quitté son hôtel. Son portrait de Julian Assange ? Il ne l’a jamais contacté. Bien trop timide. Et ce depuis toujours, depuis cette enfance rêveuse, quand il parcourait le monde sans quitter sa chambre.

Pour ficeler un bon reportage, eh bien c’est pareil : il suffit d’inventer, de broder avec quelques lambeaux de réel. C’est si facile.

Mais il y a un prix à payer : la peur d’être démasqué à chaque parution, chaque semaine, cette peur qui vous ronge les entrailles sans répit. D’autant qu’à la rédaction, on s’interroge sur la facilité avec laquelle ce jeune collègue trouve toujours le bon témoin, la bonne histoire…

Dans le cadre de l’un de nos dîners du Cercle littéraire du Château de l’Hermitage,
nous avons eu hier soir le très grand plaisir de recevoir Marie Mangez.
Un moment plaisant où les conversations ont pris un certain tournant,

où les discussions se sont un peu envolées…,
mais c’est aussi ça, une soirée de discussions !

Arnaud, âgé de sept ans, est un enfant timide et rêveur qui se laisse souvent emporter par son imagination. Un jour, lors d’un cours, suite à une erreur sur un contrôle, il mélange le nombre 69 avec 96. Malgré un raisonnement juste, sa maîtresse lui met la note de 1/10. Trouvant cela injuste, il imitera son écriture et transformera le 1 en 10. Ce n’était pas la première fois qu’il transformait la réalité, mais ce jour-là fut décisif.
Malgré l’opposition de ses parents distants et très stricts, Arnaud, qui a connu une enfance difficile et complexe, envisage sa carrière dans le journalisme. Décision a priori étonnante pour ce jeune homme timide et effacé. Son premier reportage en tant qu’adolescent se déroulera à La Courneuve. Une fois sur les lieux, c’est le désastre. Tout se brouille dans son esprit. Il est dans une impasse et n’ose pas poser des questions à gens qui l’entourent et pourraient le renseigner. Comment va-t-il s’y prendre ? Il est impératif qu’il restitue cet article comme prévu !
Heureusement, son imagination lui permettra de rapidement trouver une autre solution.

Ce sera une réussite !
Progressivement, les opportunités se présentent à lui et il obtient le poste de journaliste attitré au journal “Le Miroir”. Estimé par ses pairs et ses supérieurs, apprécié de son public, tous ses reportages se construiront uniquement dans sa tête sans sans qu’il ait à se déplacer. Commencera alors pour lui une vie pleine de gloire qui lui renvoie sans cesse un sentiment de culpabilité et la peur constante d’être découvert…

Dans son roman, Marie Mangez aborde un thème original et bien développé, malgré un début que j’ai trouvé un peu long et qui a failli me perdre. Mais, petit à petit, j’ai trouvé ça et là certains repères qui me parlaient résonnaient en moi, qui m’ont captivé, avec même parfois une certaine poésie qui m’a accompagné tout au long de ma lecture que j’ai finalement trouvée un peu ”trop brève“. Marie a réussi à trouver des mots justes, simples, qui m’ont permis d’entrer dans la tête, déjà surchargée de notre héros, dans ses pensées complexes qui débordent d’imaginations et résonnent de malhonnêteté où il s’enlisera chaque jour un peu plus.

Un récit intéressant et original qui incite à réfléchir sur l’univers du journalisme et ses divers aspects où la pression et l’aspiration à la réussite pourraient, compte tenu des ressources actuelles, influencer les idées, voire générer des “fakenews” en fonction des désirs des journalistes, qui pourraient ne plus être en quête de vérité.

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Extraits :

« Le jour où Arnaud est devenu faussaire, il avait sept ans. L’âge de raison. Affirmer, toutefois, qu’il s’agit de son premier fait d’armes serait mentir. En réalité, ce jour d’octobre 1988, le terrain est déjà préparé depuis longtemps. Mais à ce moment-là, Arnaud ne le sait pas, ou bien de façon confuse. Il ne sait pas qu’il pousse, depuis sa naissance, dans le terreau fertile des choses non dites, dans la poussière invisible des squelettes du placard. »

« Faire les choses bien. Ne pas se tromper, jamais.
Arnaud a appris, depuis sa plus tendre enfance. Appris à ne pas décevoir, à deviner les attentes pour s’y glisser comme dans un étui de protection. »

« C’est bien. Dans la bouche avare de son père, ces quelques mots ont le poids et l’éclat d’un lingot d’or. Jusqu’alors, les parents Daguerre ont suivi le parcours de leur rejeton d’un œil qui, sans être désapprobateur, ne rayonnait pas franchement d’enthousiasme. Ils auraient préféré qu’Arnaud, après Sciences Po, embrasse une carrière administrative : du stable, du solide, une valeur sûre. Mais le stable et le solide n’ont, hélas, jamais intéressé le rejeton en question, resté cramponné à sa lubie enfantine, attiré vers le mouvant, le changeant, l’éphémère, et vers une profession chaque jour plus précaire. »

« Arnaud ne s’ennuyait jamais, dans sa solitude peuplée de journaux, de livres et de rêveries. Mais il lui semblait, parfois, que son cœur sonnait vide; alors il redoublait d’efforts pour le remplir, tout seul, faute de mieux, le remplir de Léonards, de contrées lointaines et d’aventuriers sans peur. »

Doctorante en anthropologie à l’Université de Paris, Marie Mangez voyage régulièrement entre la France et la Turquie afin de conduire des recherches sur les minorités religieuses. À côté de sa thèse, elle publie en 2021 son premier roman, Le Parfum des cendres, dans lequel Sylvain, thanatopracteur, et Alice, étudiante en stage, devront essayer de cohabiter dans un climat inexpliqué de tension.

Marie Mangez découvre le sujet de la thanatopraxie par le biais de ses études et décide d’en faire le métier de son personnage principal, dans un roman qui mêlera mystère et sensibilité. Par le biais de ce roman, elle nous plonge dans un univers mélancolique et énigmatique, dans lequel nous devrons découvrir le secret bien gardé de l’impénétrable personnage principal, en décryptant les indices disséminés par l’autrice dès les premières pages. Finalement, entre le mystérieux embaumeur qui sent les morts, et la jeune étudiante déterminée, l’harmonie est difficile, mais pas impossible…

Émotion, Drame, Histoire, Témoignage

La nuit

de Élie Wiesel
Poche – 11 janvier 2007
Éditions : Les Éditions de Minuit

Né en 1928 à Sighet en Transylvanie, Elie Wiesel était adolescent lorsqu’en 1944 il fut déporté avec sa famille à Auschwitz puis à Birkenau. La Nuit est le récit de ses souvenirs : la séparation d’avec sa mère et sa petite sœur qu’il ne reverra plus jamais, le camp où avec son père il partage la faim, le froid, les coups, les tortures… et la honte de perdre sa dignité d’homme quand il ne répondra pas à son père mourant. « La Nuit, écrivait Elie Wiesel en 1983, est un récit, un écrit à part, mais il est la source de tout ce que j’ai écrit par la suite. Le véritable thème de La Nuit est celui du sacrifice d’Isaac, le thème fondateur de l’histoire juive. Abraham veut tuer Isaac, le père veut tuer son fils, et selon une tradition légendaire le père tue en effet son fils. L’expérience de notre génération est, à l’inverse, celle du fils qui tue le père, ou plutôt qui survit au père. La Nuit est l’histoire de cette expérience. » Publié en 1958 aux Éditions de Minuit, La Nuit est le premier ouvrage d’Elie Wiesel qui est, depuis, l’auteur de plus de quarante œuvres de fiction et de non-fiction. Aux États-Unis, une nouvelle traduction, avec une préface d’Elie Wiesel, connaît depuis janvier 2006 un succès considérable. C’est cette nouvelle édition que nous faisons paraître.

Parfois l’écriture de certains Ressentis est plus complexe que d’autres.

Celui-ci ne sera jamais arrivé jusqu’au bout.
Elie Wiesel a déjà tout dit, je ne trouve pas de mots à ajouter.
Ou peut-être simplement une phrase.

“Ne jamais oublier…”

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Extraits :

« Jamais je n’oublierai cette nuit, la première nuit de camp qui a fait de ma vie une nuit longue et sept fois ver-rouillée.
Jamais je n’oublierai cette fumée.
Jamais je n’oublierai les petits visages des enfants dont j’avais vu les corps se transformer en volutes sous un azur muet.
Jamais je n’oublierai ces flammes qui consumèrent pour toujours ma foi.
Jamais je n’oublierai ce silence nocturne qui m’a privé pour l’éternité du désir de vivre.
Jamais je n’oublierai ces instants qui assassinèrent mon Dieu et mon âme, et mes rêves qui prirent le visage du désert.
Jamais je n’oublierai cela, même si j’étais condamné à vivre aussi longtemps que Dieu lui-même.
Jamais. »

« Le vieillard murmura encore quelque chose, poussa un râle et mourut, dans l’indifférence générale. Son fils le fouilla, prit le morceau de pain et commença à le dévorer. »

« – Pourquoi pleures-tu en priant ? me demanda-t-il, comme s’il me connaissait depuis longtemps.
– Je n’en sais rien, répondis-je, fort troublé.
La question ne s’était jamais présentée à mon esprit. Je pleurais parce que… parce que quelque chose en moi éprouvait le besoin de pleurer. Je ne savais rien de plus. »

« Lorsque les trois jours furent passés, nouveau décret : chaque Juif devrait porter l’étoile jaune.
Des notables de la communauté vinrent voir mon père – qui avait des relations dans les hautes sphères de la police hongroise – pour lui demander ce qu’il pensait de la situation. Mon père ne la voyait pas trop noire – ou bien il ne voulait pas décourager les autres, mettre du sel sur leurs blessures :
– L’étoile jaune ? Eh bien, quoi ? On n’en meurt pas… »

« Je les vis s’éloigner ; ma mère caressait les cheveux blonds de ma sœur, comme pour la protéger et moi, je continuais à marcher avec mon père, avec les hommes. Et je ne savais point qu’en ce lieu, en cet instant, je quittais ma mère et Tzipora pour toujours. »

« Tant d’événements étaient arrivés en quelques heures que j’avais complètement perdu la notion du temps. Quand avions-nous quitté nos maisons ? Et le ghetto ? Et le train ? Une semaine seulement ? Une nuit – une seule nuit ?
Depuis combien de temps nous tenions-nous ainsi dans le vent glacé ? Une heure ? Une simple heure ? Soixante minutes ?
C’était sûrement un rêve. »

« Qu’es-Tu, mon Dieu, pensais-je avec colère, comparé à cette masse endolorie qui vient Te crier sa foi, sa colère, sa révolte ? Que signifie Ta grandeur, maître de l’Univers, en face de toute cette faiblesse, en face de cette décomposition et de cette pourriture ?
Pourquoi encore troubler leurs esprits malades, leurs corps infirmes ? »

« Ils avaient inscrit son numéro sans qu’il s’en aperçût.
– Que va-t-on faire ? dis-je angoissé.
Mais c’est lui qui voulait me rassurer :
– Ce n’est pas encore certain. Il y a encore des chances d’y échapper. Ils vont faire aujourd’hui une seconde sélection… une sélection décisive…
Je me taisais.
Il sentait le temps lui manquer. Il parlait vite : il aurait voulu me dire tant de choses. Il s’embrouillait dans ses mots, sa voix s’étranglait. Il savait qu’il me faudrait partir dans quelques instants. Il allait rester seul, si seul… »

« Un jour je pus me lever, après avoir rassemblé toutes mes forces. Je voulais me voir dans le miroir qui était suspendu au mur d’en face. Je ne m’étais plus vu depuis le ghetto.
Du fond du miroir, un cadavre me contemplait.
Son regard dans mes yeux ne me quitte plus. »

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Elie Wiesel était un écrivain et un penseur prolifique. Après La Nuit, il écrivit plus de 40 livres récompensés par de nombreux prix littéraires, notamment :

  • le Prix Médicis pour Le Mendiant de Jérusalem (1968),
  • le Prix du Livre Inter pour Le Testament (1980),
  • le Grand Prix de Littérature de la ville de Paris pour Le cinquième fils (1983)

Il rédigea également ses mémoires. Le premier volume est intitulé Tous les fleuves vont à la mer (1995). Le second s’appelle Et la mer n’est pas remplie (1999).

En 1978, le président américain Jimmy Carter nomma Elie Wiesel directeur de la Commission présidentielle sur l’Holocauste. Celui-ci en rédigea le rapport, qui recommandait que le gouvernement américain établisse un musée-mémorial de la Shoah à Washington, DC.

En 1980, Elie Wiesel devint le président fondateur du Conseil du mémorial américain de l’Holocauste (United States Holocaust Memorial Council), chargé de mettre en œuvre les recommandations de la commission. Elie Wiesel pensait que le musée commémoratif américain l’Holocauste devait servir d’« espace commémoratif vivant » et encourager les générations présentes et futures à lutter contre la haine, prévenir les génocides, et défendre la dignité humaine.

En 1992, Elie Wiesel devint le président fondateur de l’Académie universelle des cultures à Paris, une organisation de défense des droits de l’homme.

Pour ses efforts en faveur des droits de l’homme et de la paix dans le monde, Wiesel reçut la médaille présidentielle de la liberté, la médaille d’or du Congrès et la médaille de la liberté des États-Unis, ainsi que, en France, le rang de grand-croix de la Légion d’honneur. Il reçut également plus d’une centaine de diplômes honoraires d’établissements d’enseignement supérieur.

En 1986, Elie Wiesel reçut le prix Nobel de la paix.

Émotion, Philosophique, Poésie

Il y a quelque chose encore, devant

Je ne sais pas ce que c’est, mais nous devons y aller
de Alain Cadéo
Broché – 30 septembre 2024
Éditions : Les cahiers de l’Égaré

Je me demande bien où s’éparpilleront mes billets du matin lorsque depuis longtemps je ne serai plus là. Sans doute un rat câlin y aura fait son nid et un enfant ou deux en feront leur levain. Il y aura bien aussi quelques vieux centenaires mâchouillant leurs grumeaux qui, tout tremblants, bredouilleront trois phrases venues de leur mémoire en disant « ça, c’est y pas du Cadéo ? »

Alain Cadéo nous a laissés en juin 2024. Il fera définitivement partie des auteurs qui ont laissé une empreinte dans mon esprit et dans mon sang. Et grâce à ce qu’il aimait appeler “ses billets”, il demeurera proche de nous. Martine, son épouse, poursuivra leur édition aussi longtemps qu’elle le pourra…

J’ai eu la chance de découvrir la très belle plume d’Alain en février 2020 à travers son œuvre “Mayacumbra”.
Ensuite, il y eut “Confessions” (ou les spams d’une âme en peine), “Arsenic et Eczéma”, “L’Homme qui veille dans la pierre”, “M”, “Billets de contrebande” et “Le ciel au ventre”. Régulièrement, j’ai été touche et à chaque fois j’ai ressenti le plaisir de partager, de donner, de jouer avec les mots, de cet amoureux de l’écriture… Chacun de ses écrits est une œuvre qui mérite d’être lue et relue.

J’ai perçu “Il y a quelque chose encore, devant…” comme un cadeau précieux, un cadeau riche en poésie, en belles images et pleinénergie… Le rythme authentique de la vie.
Vingt-six billets qui m’ont offert une nouvelle opportunité de parcourir le monde à ses côtés, de déchiffrer ses lignes, d’explorer son univers, ses mots, sa famille aussi et ses amis. Quelques-uns de ses billets ont été rédigés alors qu’il était déjà malade, ils en sont d’autant plus brillants et captivants… en faisant un ouvrage qui incite à la réflexion au-delà des « simples » mots.

Merci Alain…
Merci d’avoir partagé avec nous ton univers chargé de poésie.

Je tiens aussi, bien entendu, à te remercier chaleureusement Martine, ainsi que les éditions “Les Cahiers de l’Égaré”

Extraits :

« Tant que j’aurai un brin de vie, je frapperai aux portes des secrets. C’est ma fonction bélier d’irréductible égaré. Si personne ne m’ouvre, j’enjamberai les douves, ferai cent fois le tour des hautes murailles de cette silencieuse forteresse, sans la moindre lueur et comme inhabitée. Faut-il être bête, têtu, halluciné, pour s’obstiner ainsi au pied d’un fantôme de pierres noyé dans les brouillards de la pensée. »

« Ma vie ne tient qu’au fil ténu des mots, timides ou fracassants, vibrants, fragiles, sincères et vivants. Ce sont les miens, les vôtres, écrits, parlés, sous-entendus, nourris à la douceur, à la colère aussi c’est bien, lorsqu’elle est nécessaire… et au baba au rhum des cœurs. »

« Les Mots ? Je leur dois tout. Ils ont forgé ma voie. Ils m’ont appris le Temps, l’espace et la patience. Ils m’ont appris à mettre un nom sur chaque situation. Aimant l’Humain de toutes mes forces convergentes, ils m’ont obligé à chercher et trouver ce que certains ne savaient dire mais qu’ils portaient au fond de leurs regards, étranges labyrinthes aux accès condamnés. »

« Éclairer, illuminer, ne pas être radin, chiche, avec toute espèce de clarté, c’est un don.
Assombrir, enténébrer, sépiatiser, noircir, je pense ici aux lavis et encres de Victor Hugo, est un autre don : celui d’envisager le terrible passage entre vie et trépas.
Dans tous les cas, ombre et lumière cohabitent et ne font qu’un pour tout humain tendant les mains, courbant la tête, envahi de questions. »

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Alain Cadéo est l’auteur de nombreux ouvrages (nouvelles, romans, textes, pièces de théâtre), dont « Stanislas » (1983), premier prix Marcel Pagnol 1983 ou encore Macadam Epitaphe (1986), Plume d’Or Antibes et Prix Gilbert Dupé.

Il est avant tout un passionné des autres, des humbles, ceux qui lisent les mots, les portent et les défendent… Ses textes sont toujours exigeants, en perpétuelle recherche de chemins différents, à l’image de l’homme, singulier, sincère et altruiste, mais aussi inclassable, comme sa littérature.

Après avoir été notamment publié par Mercure de France, il est depuis 2018 publié par les Éditions La Trace.

Il vit à Évenos, en Provence.

Sa bibliographie complète est la suivante :

Émotion, Drame, Folie

Deux sœurs

de David Foenkinos
Poche – 4 juin 2020
Éditeur : Folio

“L’amour passionnel vous pousse à emmitoufler le moindre de vos gestes, à anticiper de manière excessive les réactions de l’autre, à vous perdre finalement dans le dédale de l’anarchie du coeur.”
Du jour au lendemain, Étienne annonce à Mathilde qu’il la quitte. L’univers de la jeune femme s’effondre. Dévastée, elle est recueillie par sa soeur Agathe, qui lui ouvre les portes du petit appartement qu’elle occupe avec son mari et leur fille. Dans ce huis clos familial étouffant, Mathilde révèle peu à peu une nouvelle personnalité, inattendue et glaçante. Il suffirait d’un rien pour que tout bascule…

C’était l’histoire de Mathilde, professeur de français, et d’Étienne qui vivaient ensemble depuis cinq ans. Ils s’aimaient, envisageaient de se marier et même de fonder une famille. Puis, du jour au lendemain, Mathilde se retrouve face à la solitude. Étienne l’a quittée pour une autre, il est parti avec Iris, son ex-compagne.
Pour Mathilde, commence alors une véritable descente aux enfers. N’importe quelle femme, mais pas Iris !
Elle est submergée par la jalousie. Comment ne pas sombrer ?
Comment faire pour retrouver goût à la vie ?
Où s’arrêtera la spirale infernale, souffrance, rejet, douleur, qui est devenu son quotidien ?
Elle perdra finalement le contrôle un jour en pleine classe, devant tous ses élèves.

Heureusement, Agathe, sa sœur, lui offrira de s’installer chez elle. Son époux est d’accord, elle pourra occuper la chambre de leur fille, le temps qu’elle se “reconstruise” (1)…

Jusqu’où peut-on aller lorsqu’on ressent une telle trahison ?
On assiste au drame vécu par cette femme délaissée par son époux, au point de perdre le sens de la vie.

David Foenkinos, qui m’avait habitué à des romans plus lumineux, change complètement de registre et s’aventure dans dans une tonalité bien plus sombre. Il dépeint d’une manière très simple le portrait d’une femme prise dans les tourments de son abandon, créant un tableau glaçant. Après ma première surprise passée, je me suis laissé porter. Ici, pas de commentaires inutiles, des faits concrets, de la psychologie aussi, et même ce “petit quelque chose” assez original qui fera la différence, je dois l’admettre.

Un roman plaisant et captivant, bien que pour moi ce ne soit pas son meilleur, mais avec une fin particulièrement réussie !

(1) Mathilde pensa que c’était enfin un mot juste. “Je dois me reconstruire, oui, car je suis détruite.”

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Extraits :

« Au tout départ, Mathilde perçut quelque chose d’étrange sur le visage d’Étienne. C’est ainsi que l’histoire commença d’une manière presque anodine ; n’est-ce pas le fait de toutes les tragédies ? »

« Le silence d’Étienne lui pesait terriblement. Elle lui écrivait qu’elle avait besoin de lui parler. Il ne répondait pas. Certains jours étaient insoutenables. Elle en était réduite à s’enfermer pour pleurer dans les toilettes du lycée entre les cours. »

« La première fois qu’Étienne vit Mathilde, il la trouva franchement charmante. Quand on lui demandait quel était son type de femme, il était incapable de répondre ; il estimait n’avoir aucun goût précis. Toute femme pouvait potentiellement lui plaire ou lui déplaire. Mais Mathilde lui plut aussitôt et même : instinctivement. »

« En se dirigeant vers la cuisine, elle repéra une enveloppe sous la porte d’entrée. C’était peut-être Étienne ; il était passé dans la nuit ; il regrettait tout. Elle se jeta sur l’enveloppe, pour y découvrir le nom de Namouzian. À l’intérieur, une ordonnance de Lexomil et des antidépresseurs, un arrêt de travail d’une semaine, et un petit mot sur lequel était inscrit : “Non, votre histoire n’est pas banale. Chaque souffrance est unique. Bon courage. Je suis là, si vous avez besoin de moi. Sophie.” »

Romancier, scénariste et musicien, David Foenkinos est né en 1974. Auteur de treize romans traduits en quarante langues, il a notamment publié aux Éditions Gallimard Le potentiel érotique de ma femme, Nos séparations, La délicatesse, Les souvenirs et Je vais mieux. En 2011, il a adapté au cinéma avec son frère son livre La délicatesse, avec Audrey Tautou et François Damiens.

Émotion, Drame, Frisson horreur, Roman, Suspense

LUX

de Maud Mayeras
Poche – 12 octobre 2017
Éditions : Pocket

2016. Antoine Harelde débarque à Ceduna, une petite ville perdue au ciel rose et à la poussière collante, dans les terres arides du sud de l’Australie, pour des vacances chez sa mère. Vingt ans auparavant, il y a passé un été inoubliable, un été au cours duquel il a connu la joie, l’amitié, l’amour, mais aussi l’horreur.
Aujourd’hui, il est un homme. Il n’a pas oublié, il n’a rien pardonné. Son but ? Se venger. Mais Antoine est frappé de plein fouet par la dure réalité. La justice prend d’étranges et inquiétantes couleurs à la lumière de l’apocalypse…

“Avec Lux, Maud Mayeras s’empare de nos peurs les plus terribles,
comme celle de la fin du monde, propos au cœur du livre, et bien dans l’air du temps.”

Franck PetitFrance 3 Limousin

J’avais déjà lu ce livre en novembre 2018.
Il y a quelques jours, j’ai ressenti l’envie de le relire…
J’avais oublié à quel point il était puissant… À quel point je l’avais apprécié, il m’avait bouleversé… m’avait laissé une empreinte !

Lux est unique, tourmenté, je dirais même hors du commun par son aspect « sensoriel » et émotionnel. Maud nous guide à travers des régions isolées, inhospitalières et arides peuplées de personnages terrifiants et particulièrement troublants.

1996. Ceduna, en Australie.
Antoine, un jeune français, semble perdu dans ce pays éloigné. Mais ce n’est pas le cas, il y a déjà vécu. Il est revenu pour une bonne raison. Il attendait depuis 1996, mais aujourd’hui il est enfin prêt. Il est revenu pour se venger. Une vengeance qui se veut implacable, mais tout ne se déroulera pas comme escompté.

2016. Ceduna, en Australie.
Un ami, Hunter, garçon de son âge, et sa petite sœur Lark, un aborigène, géant, monstrueux qui l’effraie chaque jour lorsqu’il passe devant sa porte. Depuis qu’Antoine a emménagé avec sa mère au bout du monde, voilà ses uniques voisins. Progressivement, il s’adapte à ce nouveau style de vie. Solitude. Plus d’école, une liberté toute relative qui n’existe qu’autour de chez lui et uniquement en cachette. Puis un jour, Hunter est assassiné, bouleversant la vie d’Antoine à tout jamais…

Maud nous offre un récit enchanteur, sombre, impitoyable et admirablement orchestré, ponctué de chapitres très brefs alternant entre 2016 et 1996 jusqu’à la fin du livre. Le dénouement, époustouflant, m’a redonné les frissons que j’avais déjà eu à ma première lecture !

Maud Mayeras… Je suis un grand fan !!!

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Extraits :

« Florence Harelde avait décidé de quitter la France le jour des quatorze ans de son fils. En pleine nuit, elle avait éveillé le garçon d’un doux baiser sur son front chaud. Elle lui avait parlé en anglais. Elle ne lui parlait jamais qu’anglais, le français lui ayant toujours paru une langue difficile, ennuyeuse, superflue. Elle avait évoqué cette plage sur laquelle elle avait grandi mais, l’esprit encore embrumé de sommeil, Antoine n’avait rien compris. »

« Deux cadavres, c’est tout ce qui restera.
Il les emportera loin d’ici, au fond de ce terrain en friche, ce champ recouvert chaque jour de l’année par des tonnes de feuilles sèches, tremblantes sous la brise légère ou collant à vos semelles. Au fond de ce terrain, il y a un trou, un trou dans lequel il pourra entreposer les deux cadavres. Il cachera leurs chairs et leur puanteur à l’abri des regards. Il attendra patiemment que les corps pourrissent et, quand il ne restera plus que des os cassants, il y mettra le feu. »

« Hunter avait resserré son étreinte et Antoine avait grimacé. L’autre lui faisait mal, mais il éveillait aussi en lui cette chose inexplicable qui le rendait furieux et l’excitait férocement. Hunter s’en était rendu compte et n’avait pas reculé.
Antoine s’était laissé faire, il avait entendu Hunter soupirer, avait senti les lèvres effleurer sa nuque et sa peau prendre feu. Les yeux clos, malgré son cœur qui cognait, malgré le bruit du vent qui s’engouffrait dans la pièce, il avait distinctement entendu le ronronnement du moteur dans l’allée.
“Merde, Hunter, tes parents.”
La glace avait éteint le feu. Et tout s’était déroulé à une vitesse folle. »

Maud Mayeras est une autrice française de romans noirs et de thrillers psychologiques.

Sa plume sensitive et animale nous mène toujours plus loin vers l’indicible, et avec délicatesse et précision, elle écorche à chaque page les entrailles et le cœur du lecteur. Ses récits mettent souvent en lumière les violences faites aux femmes et aux enfants, mais ils abordent également la complexité des liens filiaux et leurs conséquences féroces. Bercée par les films d’horreur, par le rock, le punk, et les romans de Stephen King, Maud Mayeras écrit son premier roman à 23 ans.

  • Hématome, éditions Calmann-Lévy en 2006. Il a reçu le prix des Limbes Pourpres et a été finaliste du prix Polar SNCF en 2006.
  • Reflex (2013), traduit dans plusieurs pays.
    https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/06/reflex/
  • Lux (2016), tous deux parus aux éditions Anne Carrière, puis repris chez Pocket.
  • Les monstres (2020)

Elle vit aujourd’hui à Limoges avec sa famille.

Émotion, Drame, Folie, Histoire vraie, Témoignage

Le Manuscrit de Birkenau

de José Rodrigues dos Santos
Poche – 6 octobre 2022
Éditions : Pocket

Pour des milliers et des milliers de déportés à travers toute l’Europe, c’est la dernière impasse, l’étape finale. Entre miradors et barbelés : Auschwitz-Birkenau… Mais pour Herbert Levin, le magicien célèbre, et Francisco Latino, le SS infiltré, c’est aussi la croisée des chemins…
Comment survivre dans cet enfer ? Comment sauver les siens ? Intégré dans les Sonderkommandos – ces prisonniers chargés de mener les condamnés au four crématoire -, Levin attend son heure. Octobre 1944 : les Russes approchent, les soldats sont nerveux et la révolte gronde. C’est le moment où jamais, pour le Grand Nivelli, de mettre sur pied une ultime illusion…

« J.R. dos Santos trouve les mots pour décrire l’horreur absolue. »
Ouest France

« Un récit basé sur des faits réels issus de manuscrits
enfouis par des déportés près du camp allemand en Pologne. Salutaire. »

La Voix du Nord

Après avoir terminé Le Magicien d’Auschwitz et sachant qu’il y avait une suite, je me suis précipité chez ma libraire favorite. J’ai immédiatement enchaîné.

“Le Magicien d’Auschwitz” avait déjà été une lecture éprouvante, mais là… C’est encore plus intense, plus agressif, aucune concession. Ce livre m’a totalement bouleversé. Et même si le livre est magnifique pour ce qu’il incarne, à un moment j’ai pensé que je n’arriverais pas au bout. Je me sentais pétrifié, anéanti, le livre en main, incapable de tourner les pages. Mais par respect pour le thème abordé et malgré des larmes qui ont continuellement coulé jusqu’à la dernière page, j’ai néanmoins terminé ma lecture. La nuit dans mon lit, certaines scènes insupportables, certains mots hurlés dans le camp revenaient dans mon esprit.
À ce jour, je suis contraint de reconnaître que c’est le livre le plus dur psychologiquement qu’il m’ait été donné de lire, et d’ailleurs, je le déconseillerai exceptionnellement à toutes les personnes sensibles.
Ce récit repose une fois de plus sur la réalité, mettant en scène plusieurs personnages qui ont véritablement existé et ont laissé différentes empreintes de leur passage sur les lieux. Certains testaments ont même été retrouvé caché dans les camps. L’auteur a effectué un travail de recherche et de documentation rigoureux, qui confirme tout le respect que j’avais déjà pour José Rodrigues dos Santos.
Et comme il le dit lui-même : “Les morts ne parlent pas, ne témoignent pas. Ils sont silencieux pour l’éternité.” Ce récit le poursuivait déjà depuis de nombreuses années. Il en a fait un magnifique hommage…

Cette suite met en scène Herbert Levin, le magicien, prisonnier juif à Auschwitz, sa femme, son fils, ainsi que Francisco Latino, gardien SS portugais et sonderkommando, qui recherche partout Tanusha.
Ensemble, ils mettront tout en œuvre pour sauver ceux qu’ils aiment, de la faim, du froid, et surtout de l’horreur des chambres à gaz.
Au sein du camp, tout est bien structuré, ordonné, orchestré, et malheur à celui ou celle qui oserait désobéir. Les Sonderkommandos, constitués de prisonniers juifs, étaient eux-mêmes contraints de participer au génocide de leur propre peuple. Ils étaient chargés d’accueillir d’accueillir les hommes, les femmes et les enfants, en mentant et en rassurant pour les diriger vers les “douches”… Ensuite attendre. Enfin, ils doivent récupérer les cadavres, prendre leurs bijoux, arracher leurs dents, si elles étaient en or, et finalement les transporter jusqu’aux fours crématoires, où ils partent « en fumée »… Et cela, chaque jour…

Une lecture “choc”, d’utilité publique, pour ne jamais oublier…

Extrait :

« Levin avait déjà constaté que la situation difficile dans laquelle ils se trouvaient avait transformé beaucoup d’hommes. Certains, comme Alfred Hirsch, avaient montré le meilleur d’eux-mêmes en devenant solidaires, coopératifs, engagés. D’autres, comme Václav, révélaient ce qu’il y avait de pire en eux, leur côté égoïste, agressif et hostile. Le magicien avait déjà vu ce genre de comportement dans les Arbeitskommandos et même dans ce baraquement, où certains offraient une petite partie de leur ration à ceux qui étaient en difficulté tandis que d’autres la volaient sans aucune hésitation. Il avait même vu un fils prendre la nourriture de son père. »

« Le spectacle était terrible. Les détenues de ce camp avaient déjà l’air misérable, mais celles qui se trouvaient là étaient les pires des pires. La plupart d’entre elles étaient des mortes-vivantes qui tenaient à peine debout. Certaines étaient prostrées par terre, indifférentes à ce qui pourrait leur arriver, tandis que d’autres se balançaient, prêtes à s’effondrer à tout moment. »

« Des cris lointains de femmes glacèrent tous ceux qui étaient restés dans le baraquement. En regardant à travers les fissures, Levin vit des projecteurs qui éclairaient d’une lumière intense le camp de quarantaine. Une foule s’y entassait, cinq mille personnes environ. Plusieurs dizaines de SS circulaient autour, la plupart avec des chiens tenus en laisse. »

« La porte était verrouillée et il n’existait aucune issue. On pouvait voir aussi des personnes s’embrassant ou se tenant la main, de toute évidence des familles, des couples, des mères serrant leur bébé ou agrippant leurs enfants, ultimes gestes d’amour avant la mort. »

« Ne laissez pas les nazis vous retirer l’étincelle de la vie qui brille dans cette nuit immense et vous écraser avec leurs ténèbres. Survivez. Survivez pour les contrer. Survivez pour vous venger. Survivez pour témoigner. »

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Journaliste, reporter de guerre, présentateur vedette du journal de 20 h au Portugal, José Rodrigues dos Santos est l’un des plus grands auteurs européens de thrillers scientifiques.
La saga Tomás Noronha, traduite en 18 langues, s’est fait connaître en France avec « La Formule de Dieu », vendue à près de 500 000 exemplaires (2 millions dans le monde) et dont les droits d’adaptation au cinéma ont été acquis par Belga Films.
Avec « Immortel », il signe le 8e roman de la saga en France.
Les romans de J.R. dos Santos et de son héros Tomás Noronha rencontrent un grand succès à travers le monde.
Thrillers érudits, ils traitent des sujets de science, de religion ou d’histoire avec toujours un incroyable travail de recherche. Car le sujet central de tous les romans de J.R. dos Santos reste le même : la vérité.
En tant que journaliste-reporter de guerre et en tant qu’auteur, cette question ne l’a jamais quitté. Et ce qui rend la série des Tomás Noronha unique, c’est justement ce défi systématiquement relevé de remettre en cause une vérité pré-établie pour en rétablir une nouvelle, difficile à accepter peut-être, mais bien plus limpide.

Ses romans sont tous publiés aux Éditions Hervé Chopin :

  • La Formule de Dieu (2012), traduit dans plus de 17 langues,
  • L’Ultime Secret du Christ (2013),
  • La Clé de Salomon (2014) – suite de La Formule de Dieu –,
  • Codex 632 (2015),
  • Furie divine (2016),
  • Vaticanum (2017),
  • Signe de vie (2018),
  • Immortel – Le premier être humain immortel est déjà né (2020),
    https://leressentidejeanpaul.com/2021/03/24/immortel-le-premier-etre-humain-immortel-est-deja-ne/
  • Âmes animales (2022),
  • La Femme au dragon rouge (2023), un diptyque composé de L’Homme de Constantinople (2019) et Un millionnaire à Lisbonne (2020).
    L’année suivante il aborde l’un des secrets les plus douloureux de l’histoire contemporaine avec :
  • Le Magicien d’Auschwitz
    https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/19/le-magicien-dauschwitz/
  • Le Manuscrit de Birkenau.
  • Spinoza : l’homme qui a tué Dieu (2023)
  • Oubliés (A Filha do Capitão, en portugais), son premier roman enfin traduit (2024).

José Rodrigues dos Santos vit à Lisbonne.

Émotion, Drame, Histoire, Poésie, Roman

Madelaine avant l’aube

de Sandrine Collette
Broché – 21 août 2024
Éditions : JC Lattès

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C’est un endroit à l’abri du temps. Ce minuscule hameau, qu’on appelle Les Montées, est un pays à lui seul pour les jumelles Ambre et Aelis, et la vieille Rose.
Ici, l’existence n’a jamais été douce. Les familles travaillent une terre avare qui appartient à d’autres, endurent en serrant les dents l’injustice. Mais c’est ainsi depuis toujours.
Jusqu’au jour où surgit Madelaine. Une fillette affamée et sauvage, sortie des forêts. Adoptée par Les Montées, Madelaine les ravit, passionnée, courageuse, si vivante. Pourtant, il reste dans ses yeux cette petite flamme pas tout à fait droite. Une petite flamme qui fera un jour brûler le monde.

Avec Madelaine avant l’aube, Sandrine Collette questionne l’ordre des choses, sonde l’instinct de révolte, et nous offre, servie par une écriture éblouissante, une ode aux liens familiaux.

« Sandrine Collette s’élève au sommet de son art. »
Le Parisien

« Tout simplement impressionnant »
Lire Magazine littéraire

« Un roman intense et terrible »
Femme Actuelle

« La romancière est au sommet de son art. »
Version Femina

« Éblouissant »
Point de Vue

« Artisane d’une écriture mêlant tournures incantatoires et mots rugueux, sensations précises comme des coupures, images vives, nature puissante, Sandrine Collette fait tourbillonner les éléments du décor et les pantins qui l’habitent en un ballet macabre, captivant, tandis que les planètes s’alignent pour précipiter ce petit monde dans le chaos. »
Le Point

« Un génial tour de force »
La Vie

« Ce texte déborde de vie »
Télérama

« Une écriture magnifique »
Madame Figaro

« Notre Goncourt à nous. »
Le Parisien

« Une grande réussite »
Le Monde des Livres

« Un talent hors pair de raconteuse d’histoires »
L’OBS

« Un roman magistral »
Version Fémina

 

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C’est le septième roman de Sandrine Collette qui passe entre mes mains.
Sandrine, pour moi fait partie des autrices qui ont su s’affranchir d’une certaine bienveillance pour aller vers une prose personnelle, parfois choquante, parfois très poétique. Je ferme mon livre en me disant qu’encore une fois, elle nous offre une sacrée évasion littéraire…

Ce roman est un peu comme une ode. Une ode à la puissance de la nature, une ode à la famille, à l’histoire des paysans et tout simplement à la vie, dans un monde où les hommes et les femmes vivent courbés face à leurs maîtres. Ici, le droit de cuissage n’est pas une “légende”, il est la peur que ressentent toutes les femmes et toutes les jeunes filles. La vie est très dure, et les intempéries qui pourrissent les cultures n’arrangent rien à la faim qui est leur quotidien dans le hameau où ils vivent, que l’on ne peut situer ni dans le temps, ni dans les lieux. Tout ce que l’on sait, c’est que la vie est dure, très dure…
Et un jour, Madelaine, petite fille abandonnée, apparaît dans le hameau. Elle sera accueillie avec beaucoup de bienveillance par deux sœurs jumelles, Ambre et Aelis. Bran, le narrateur du récit, et personnage emblématique, voit tout de suite en Madelaine, une fille différente qui n’a peur de rien et est capable de s’imposer malgré son jeune âge face aux hommes. Bran l’aime et lui sera fidèle jusqu’au bout…

L’histoire est magnifique, et à un moment de ma lecture, je me suis rendu compte que Sandrine, par une ponctuation particulière, des phrases sans verbe, ou “presque” incomplètes, nous obligeait à créer une sorte de liens, de trouver nos propres mots pour avancer dans le récit !
Rien que pour ça, ce livre mérite votre attention, on est obligé d’entrer ainsi dans les pensées de l’autrice…

Récit prenant jusqu’aux entrailles, récit coup de poing et bouleversant qui sort des lieux communs et qui a élargi mon horizon… Encore une fois Sandrine frappe là où je ne l’attendais pas, mais quel plaisir…
Coup de cœur pour Madelaine, même si je ne sais toujours pas si elle m’a mené vers la lumière ou la noirceur, vers une suite… peut-être ?

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Extraits :

« La terre frémit sous leur pas lourd. Ils se hâtent, de cette lenteur presque hypnotique des grands corps épuisés après une journée de labeur – interrompue bien avant l’heure, quand l’enfant est venu. Ils vont côte à côte l’homme et le cheval, puant l’un et l’autre la sueur séchée sur leur peau rugueuse, le premier essuie la poussière qui fait du gris sur son front et l’autre secoue la tête pour se débarrasser des mouches. L’enfant marche devant, se retourne pour les attendre. Il ne dit rien, mais tout dans son attitude trahit son impatience. »

« Nous vivons au bout du monde. Le fleuve Basilic serpente sur toute la frontière de notre région, la coupant du reste de l’univers. De notre côté de la rivière, il y a quelques marais et puis en retrait, le village et derrière le village des fermes éparses comme celle de Rose, qui fait partie de cet ensemble de trois maisons qu’on appelle les Montées. Il y a des forêts et il y a des champs, et encore loin après, tout cela s’étiole et se termine par une montagne de lave presque verticale que personne ne s’est jamais aventuré à gravir. »

« Aelis et Ambre ont été inséparables, enfants. Elles n’avaient pas les mots pour parler d’âme-sœur pourtant il n’y en avait pas d’autre, deux petites filles n’en faisant qu’une tant leur communion d’esprit était forte, deux petites filles qui se suivaient telles des ombres, reproduisant exactement les gestes l’une de l’autre sans s’être copiées ni concertées, jusqu’au son de leur voix que leur mère ne différenciait pas. À elles deux, elles avaient créé un monde. Elles se suffisaient à elles-mêmes, ignorantes des regards qu’on leur jetait soit parce que leur ressemblance sidérait, soit parce que leur beauté fascinait. Elles inventaient des histoires qu’elles étaient seules à comprendre et qui ne faisaient rire qu’elles. Leur enfance fut un temps de partage et de bonheur. »

« L’hiver est passé sur le chagrin de Madelaine. Comme pour les hommes, la mort du chien est devenue invisible. On n’a plus le temps, ni la force. De plus en plus, les pensées sont obnubilées par la nécessité de se mettre quelque chose d’infime sous la dent chaque jour, cela a l’aigreur et l’acuité des poignards fouaillant les corps, la sensation est physique, terriblement réelle, tellement que lorsque les hommes ont crevé, on les a à peine pleurés. »

 

Sandrine Collette, née en 1970 à Paris, est une romancière française.
Elle aime la campagne profonde, la forêt, la montagne, les vignes. Tout naturellement, elle aime situer ses intrigues dans un univers rural, même si son petit polar Une brume si légère, est exceptionnellement urbain. La romancière part toujours d’une image qui lui permettra de dérouler le fil de sa fiction.
Devenue l’un des grands noms du thriller français, une fois encore, elle montre son savoir-faire imparable dans Six fourmis blanches (2015).

Il reste la poussière (2016) obtient le Prix Landerneau du polar.
En 2017 paraît Les larmes noires sur la terre.

Son huitième roman, Et toujours les forêts, une fiction post-apocalyptique, a été récompensé, en 2020, par le prix de La Closerie des Lilas, le prix Amerigo Vespucci 2020 et le grand prix RTL-Lire.

Elle partage son temps entre la région parisienne et son élevage de chevaux dans le Morvan.

Animal
https://leressentidejeanpaul.com/2021/01/19/animal/

Juste après la vague
https://leressentidejeanpaul.com/2019/10/10/juste-apres-la-vague-de-sandrine-collette/

Et toujours les Forêts
https://leressentidejeanpaul.com/2022/12/08/et-toujours-les-forets/

Émotion, Drame, Frisson horreur, Thriller psychologique

L’Alpha & l’Oméga

Estelle Tharreau
Broché – 7 novembre 2024
Éditions : Taurnada Éditions

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Cédric est l’enfant non désiré de Nadège Solignac, tueuse en série.
Au fil du temps, il découvre son passé familial et tente de grandir sous l’ombre meurtrière de sa mère.
Mais un tel monstre peut-il aimer ? Peut-on seulement lui survivre ?

Un roman psychologique noir dans lequel le lien filial oscille dangereusement entre amour et haine.

 

• Couv_2024-103_Tharreau Estelle - L'Alpha et l'Oméga

 

Un mélange de violence et de poésie à l’équilibre parfait !

C’est LA sortie du jour.
Bientôt cinquante ans que je lis. D’abord régulièrement, puis très vite tous les jours. Ce sont plus de 3 500 livres qui sont passés ainsi sous mes yeux… et lorsque je tombe sur un livre comme celui d’Estelle, c’est le bonheur !

Tout d’abord, L’Alpha & l’Oméga est une suite de Mon ombre assassine où figurait déjà Nadège Solignac.
En commençant mon récit, je ne savais pas du tout que les deux romans étaient liés, et très honnêtement “L’Alpha & l’Oméga” est tellement riche de tout, qu’il peut très bien se lire sans avoir lu le précédent.

Dès le début de ma lecture, je me suis retrouvé comme plaqué contre un mur avec violence, avoir l’impression de dévaler un escalier sans fin et de me cogner à chaque marche, ce thriller psychologiquement très violent et très sombre m’a fait passé par des émotions dingues et diamétralement opposées. J’en ai eu le souffle coupé !
Une violence rarement aussi aboutie dans un récit, avec un final où…

Je te supplie Estelle, je veux une suite !!!

Roman choral à la première personne du singulier pour les trois voix du roman. Celle de Nadège, personnage complexe qui n’a aucune empathie envers personne, jamais… de son frère Cédric, et enfin de son fils Julien qui aime sa mère, même s’il a découvert très jeune, que c’est une meurtrière, mais elle est tellement protectrice envers lui.
Dès le début, le ton est donné. Une ambiance qui oscille régulièrement entre amour et haine, en quelques lignes, c’est un récit morbide, sordide, voire choquant ! Les amoureux du genre seront comblés, mais ce n’est pas tout. Estelle nous tient par son écriture fine, directe sans aucune fioriture et malgré tout ça, j’y ai vu énormément de poésie. Il se passe quelque chose durant la lecture, entre les regards, les silences et une tension constante qui explose littéralement à la fin du roman. J’étais à la fois dans la tête de Julien, de Cédric et de Nadège, c’était complètement fou !

Décidément, c’est un vrai plaisir de retrouver Estelle Tharreau à chacun de ses romans, elle arrive, tout en maintenant “un cap”, à se renouveler à chaque fois… Son grand “plus” pour moi dans celui-ci… Une maîtrise parfaite de ses personnages…

Un très grand merci à Joël des Éditions Taurnada pour sa confiance renouvelée.
Un bon conseil, foncez…
Ce roman-là, il ne faudrait surtout pas passer à côté !

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Extraits :

« Une institutrice mise en examen pour “homicide involontaire”
La guerre des profils
Légitime défense ?
… un policier harceleur et un mari adultère.
Nadège Solignac, “La tueuse des salles de classe”
L’hécatombe dans l’entourage de Nadège Solignac
Huit semaines après le dénouement de l’affaire Bianchi, Nadège Solignac retrouve enfin le chemin de l’école
Elle sollicite ce qu’elle a appelé elle-même, “le droit à l’oubli” »

« Mon frère a profité de moi quand sa vie personnelle s’est effondrée malgré le legs confortable de “papa”. Des mâles. Des nuisibles.
Je suis allongée dans la salle de bains pour ne pas souiller ma demeure. Les douleurs sont à leur paroxysme.
Ça ne va plus être long. Mon rythme cardiaque s’accélère. Dans quelques instants, je vais arracher à mon propre corps ce qui va survivre ou mourir. »

« – Je veux déclarer sa naissance.
– Vous avez accouché chez vous ?
– Je n’ai plus confiance dans les hôpitaux depuis la pandémie.
“Confiance” et “pandémie”, les deux mots magiques qui changent tout, qui excusent tout, qui la rendent compréhensive et me font passer de voleuse d’enfant à mère prudente et méritante.
– Vous avez donc accouché seule ?
– Oui. »

« Je suis sidérée : il est en rage, lui, si apathique depuis sa naissance. Je suis admirative : il m’a fait mal. Il me ressemble peut-être ; tout aussi transparent qu’enragé quand son existence en dépend. C’est peut-être le seul être qui sera assez fort pour me comprendre et me survivre… à condition qu’il ne soit pas perverti par ce monde extérieur, cette fabrique matérialiste et individualiste à enfants rois, futurs adultes névrosés et ingrats. »
……………………………

Passionnée de littérature depuis l’adolescence, Estelle Tharreau parcourt les genres, les époques et les pays au fil des auteurs qu’elle rencontre. De cet amour de la littérature est née l’envie d’écrire. Elle vit actuellement en Franche-Comté où elle partage son temps entre sa famille et l’écriture.

– La peine du Bourreau
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/01/la-peine-du-bourreau/

– Les Eaux noires
https://leressentidejeanpaul.com/2021/10/05/les-eaux-noires/

– Digital Way of Life
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/14/digital-way-of-life/

– Il était une fois la guerre
https://leressentidejeanpaul.com/2022/11/01/il-etait-une-fois-la-guerre/

– Le Dernier festin des vaincus
https://leressentidejeanpaul.com/2023/11/01/le-dernier-festin-des-vaincus/