Émotion, Biographie, Histoire vraie

Maria Montessori

Femmes d’exception, Volume 10.
de Ariadna Castellarnau et Mercedes Castro
Broché – 26 février 2020
Éditions : RBA

À une époque où les portes de l’université étaient fermées aux femmes, Maria Montessori dut, pour réaliser sa vocation, lutter âprement contre les préjugés de son temps. En tant que médecin, elle ne cessa de lutter contre les souffrances dont elle était témoin. Comme pédagogue, elle fut la conceptrice d’une méthode qui renouvela en profondeur et de manière irréversible l’enseignement des enfants de toutes classes et de toutes conditions. Mais sa contribution alla bien au-delà, car l’éducation était pour elle le moyen d’instaurer une paix durable dans le monde.

Je croyais en savoir un peu sur Maria Montessori, mais au fil de ma lecture, j’ai découvert le parcours remarquable de cette femme hors du commun !

« J’eu l’intuition que le problème de ces déficients était moins d’ordre médical que pédagogique… »

Maria Montessori est pour moi, une figure incontournable de l’éducation moderne. Dans ce dixième volume de la collection Femmes d’exception, Castro Mercedes et Ariadna Castellarnau retracent avec justesse le parcours fascinant de cette femme visionnaire, dont les idées ont révolutionné l’apprentissage des enfants à travers le monde entier.

Dès les premières pages, j’ai découvert une Maria Montessori déterminée à s’imposer dans un monde dominé par les hommes. Première femme médecin en Italie, elle se passionne pour la pédagogie et consacre sa vie à l’éducation des enfants, notamment ceux en difficulté. Convaincue que chaque enfant possède un potentiel immense, elle développera une méthode fondée sur l’autonomie, l’expérimentation et le respect du rythme individuel. Son approche, en rupture avec l’enseignement traditionnel, prône un apprentissage sensoriel et ludique, basé sur la manipulation d’objets conçus pour stimuler l’intelligence, mais surtout la curiosité.

« Dans sa vie, je réfléchis à la société et à la manière dont, avec une enfance éduquée dans la paix, nous aurons un avenir sans guerres. »

Au fil des chapitres, l’ouvrage met en lumière les obstacles qu’elle a dû affronter, son engagement pour les droits des enfants et l’essor international de la pédagogie Montessori, aujourd’hui adoptée dans de nombreuses écoles. Le livre ne se contente pas d’être un récit biographique ; il s’agit aussi d’un hommage à une femme inspirante qui a transformé la manière dont nous envisageons l’éducation.

Une lecture que j’ai trouvé très enrichissante, que je recommande à tous ceux qui s’intéressent à l’éducation et à l’émancipation des esprits.

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Extraits :

« Maria Montessori désapprouvait les méthodes d’enseignement utilisées en Europe ; elle les trouvait rigides, voire cruelles. Elle pensait que l’enfant ne devait être ni façonné, ni dirigé – et encore moins puni -, mais qu’il devait acquérir progressivement ses connaissances, en toute liberté, d’une manière qui respecterait son propre développement. Elle mit alors au point une pédagogie visionnaire, basée sur le développement de la créativité, l’apprentissage par l’expérimentation et l’autonomie de l’élève. »

« Il était plus de neuf heures du soir, elle était fatiguée et les vapeurs de formol lui donnaient des nausées. Comme à chaque fois qu’elle pénétrait dans la salle de dissection de la faculté de médecine de La Sapienza, elle avait cru défaillir, pas à cause du contact avec la mort, mais par l’odeur qui émanait du formol. À une époque, afin de pallier cet inconvénient, elle avait engagé un homme pour fumer à ses côtés pendant qu’elle travaillait ; l’odeur de la cigarette réussissait un tant soit peu à atténuer ses nausées. Cela ne convertissait pas pour autant la dissection en une tâche aisée.
Plus tard, elle se mit d’ailleurs à fumer elle-même. »

« Il convient de rappeler que la médecine du XIXe siècle était chargée de préjugés contre le sexe féminin. Il était fréquent d’entendre, par exemple, que lorsqu’un couple donnait naissance à une fille, c’était une conséquence de l’état de fatigue du mari ; en d’autres termes, la femme était considérée comme un être imparfait, de seconde catégorie. »

« Je demande à tous mes chers enfants, qui ont tant de pouvoir, de s’unir à moi afin de construire la paix entre les hommes, dans le monde entier. » Les enfants, c’est à eux maintenant qu’il revient de prendre le flambeau et bâtir, de leurs jolies mains, un monde nouveau. »

Ariadna Castellarnau est diplômée en philologie hispanique et en théorie de la littérature et des littératures comparées. Elle a écrit dans les revues Anfibia (Argentine) et Label Negra (Pérou), ainsi que dans les suppléments culturels Radar et Diario Perfil. Ses récits ont été publiés dans diverses anthologies : Interzona (Panorama interzona) et Extrema Ficción (Antologías Traviesa n° 4). En 2015, il a remporté le prix international Las Américas du meilleur roman latino-américain avec son livre Quema.

Mercedes Díaz est diplômé en droit de l’Université autonome de Madrid et travaille comme éditeur de livres. Elle est l’auteur, entre autres romans, de la période Y punto. (2008, Alfaguara), œuvre distinguée comme meilleur premier long métrage en langue espagnole par le Festival du premier roman de Chambéry (France), et Mantis (2010, Alfaguara).

Émotion, Drame, Frisson horreur, Suspense, Thriller

Les deux visages du chaos

de Serge Bertrand
Broché – 4 mars 2025
Éditions : Les Presses du Midi

Marseille.
Un climat de plus en plus oppressant règne dans la cité phocéenne. En effet, deux individus sèment la terreur depuis plusieurs jours. Ainsi, un homme vêtu d’un sweat à capuche gris traque les petits délinquants avec une haine farouche. En parallèle, le serial killer autoproclamé « Anubis, dieu des Morts » génère une peur bien légitime après avoir commis plusieurs meurtres. Forcément la pression est grande sur le commissaire Blanchard et sa précieuse adjointe, Mélusine Merle. Il leur faut au plus vite démasquer et mettre hors d’état de nuire les deux psychopathes.
Une enquête sombre, pleine de rebondissements, démarre alors. Chercher leurs mobiles et comprendre leurs modes de fonctionnement n’est bien sûr pas sans risque. La lutte du bien contre le mal reprend de plus belle dans les rues marseillaises.

Lu d’une traite !

Avec Les Deux Visages du Chaos, Serge Bertrand nous plonge dans un récit captivant et haletant où l’ordre et le désordre s’entrelacent avec une intensité saisissante. Ce roman, à la frontière du thriller et de la philosophie, explore les dualités profondes qui gouvernent notre monde : lumière et obscurité, raison et folie, destin et liberté.

L’histoire, qui est la suite de Ils doivent tous mourir mais qui peut se lire indépendamment, suit deux protagonistes en proie à leurs propres démons, pris dans une spirale où chaque choix semble enfoncer davantage leur fragile équilibre dans un chaos grandissant. Entre complots, révélations inattendues et une tension qui monte crescendo, Serge tisse une intrigue où je me suis retrouvé, sans cesse sur le fil du rasoir entre le bien et le mal. Ses personnages, d’une profondeur saisissante, évoluent dans un univers où le réalisme se fond avec l’étrange, brouillant les frontières et créant une immersion totale.

L’écriture est ciselée, addictive, le style percutant, oscillant entre descriptions immersives et dialogues percutants. Chaque page distille une atmosphère singulière, tantôt oppressante, tantôt hypnotique, qui entraîne une réflexion sur le chaos lui-même, mais aussi sur la vie dans toute sa complexité. Ce roman ne s’est pas contenté de me raconter une histoire. Il m’a secoué, dérangé, et a remis en question mes propres perceptions sur le bien et le mal…

Une lecture que je recommande vivement à ceux qui cherchent plus qu’un simple divertissement, une lecture qui, bien après l’avoir refermé, continue de me hanter l’esprit.

Bravo Serge, tu confirmes définitivement, pour moi, ta place dans le monde du polar et du thriller français !

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Extraits :

« Patrick Blanchard, parisien d’origine, a été muté à Marseille à sa demande. Il est grand, beau gosse, avec des cheveux longs noirs jusqu’aux épaules et des yeux d’un bleu lagon envoûtant.
Mélusine Merle, authentique Marseillaise, s’exprime avec un accent à couper au couteau. Elle est petite, pulpeuse, avec des cheveux blonds et une frange ; son regard noisette brille d’une lueur d’intelligence, son sourire est ravageur et son rire communicatif. Le voyage long est éprouvant, mais le décalage horaire s’avère moins pénible au retour qu’à l’aller. A peine arrivés, Blanchard et Merle se rendent directement à l’appartement de Mélusine, en face de la célèbre plage des Catalans, et sombrent dans un sommeil profond et réparateur. »

« — Hé, Ducon, si tu ne veux pas de problèmes, tu nous donnes ton fric, ta montre et ton portable ! Je te conseille de faire vite et surtout de ne pas nous contrarier. Tu vas nous remettre aussi ta carte de crédit et le code. Nous restons trois dans le parking avec toi, notre copain va au distributeur. Si tu fais le con à nous donner un code bidon, c’est tant pis pour toi, réfléchis bien. Tu n’as pas droit à l’erreur. »

« La dame âgée sourit à l’homme à la capuche et lui parle :
– Merci beaucoup, monsieur ! Vous avez fait exactement ce qu’il fallait faire pour ce genre de petites canailles. Peut-être que cela lui permettra de réfléchir pour se comporter différemment, une autre fois. C’est comme avec les bourricots, sans le bâton, ils n’avancent pas. Maintenant, il n’y a plus de règles de conduite, plus de respect. Je me demande où va notre société. »

« Tout autour, d’un élan unanime, les gens applaudissent. Les deux loubards reprendront leur esprit un peu plus tard avec un mal de crâne. La solution reste éphémère, mais pour la journée les passants ne seront plus importunés. L’homme à la capuche poursuit son chemin. Dans son esprit, tout est clair, il s’entraîne pour atteindre son objectif et rien ne pourra le faire renoncer. »

« Un assortiment de photos dévoile toutes sortes de personnalités du monde politique et médiatique. C’est incroyable le nombre de « gros légumes » qui fréquentent ce night-club libertin. On leur donnerait le bon Dieu sans confession, mais ils sont loin d’être de blanches colombes comme ils veulent nous le faire croire. Pour la plupart, hommes et femmes sont mariés et tous ces couples illégitimes viennent assouvir en secret leurs fantasmes sexuels et, bien souvent, leur tendance homosexuelle refoulée. Ils profitent aussi des services de jeunes garçons ou filles qui se vendent. »

Après plusieurs décennies dans des services sanitaires et avoir mené une vie de rocker pendant des années sur les routes et sur les scènes, Serge Bertrand trouve de la motivation en témoignant de cette époque folle avec deux livres autobiographiques sur plusieurs générations à travers le personnage de Paul dont le parcours et les nombreuses péripéties de son aventure musicale sont mis en exergue.

Son premier polar :

Frisson horreur, Suspense, Thriller, Thriller psychologique

Signatures

de Tom Clearlake
Broché – 19 janvier 2022
Éditeur : Moonlight éditions.

Margot Bellanger, psychocriminologue, se voit confier le dossier du meurtre sordide d’une femme, en région parisienne. Quelques jours plus tard, une autre victime est retrouvée morte dans la forêt de Sénart. Comme la première, son corps a été l’objet d’une mise en scène macabre.
Pour Margot et son équipe, le lien entre ces deux dossiers est évident. Il s’agit bien d’un même tueur. Et ce dernier semblerait s’attacher à faire de chacun de ses assassinats une œuvre d’art.
Les choses se compliquent quand le tueur entre en contact avec un journaliste pour l’envoyer sur le lieu de sa troisième composition.

Découvrez aussi « Sans retour », « Le Seuil », « Signatures » et d’autres thrillers terrifiants signés Tom Clearlake !

Tom Clearlake, depuis ma première lecture, fait partie de ces auteurs dont j’aime particulièrement la plume, sombre et envoûtante. Avec Signatures, il m’a entraîné dans un thriller particulièrement oppressant, où l’art et la mort s’entrelacent de façon glaçante.

Margot Bellanger, psychocriminologue, se retrouve confrontée à une affaire terrifiante : une femme assassinée dans des conditions effroyables, suivie d’un second crime qui laisse présager l’œuvre d’un tueur en série. Chaque victime est mise en scène comme une macabre composition artistique, révélant un meurtrier à l’ego démesuré.

Bernard Coutier, lui est un écrivain populaire connaissant le syndrome de la page blanche et en quête d’inspiration. Il décide de plonger dans l’univers du criminel et d’écrire un “true crime”, sans se douter qu’il va devenir une pièce maîtresse du jeu dangereux orchestré par l’assassin, qui le contactera en retour, lui offrant l’exclusivité de sa prochaine “création”. L’histoire prend alors une tournure vertigineuse, explorant les méandres de l’horreur et de la fascination morbide.

Tom maîtrise l’art du suspense avec brio. Chaque scène est décrite avec une intensité redoutable et un style percutant. Les personnages sont profonds, torturés, et le portrait du tueur est si glaçant qu’il en devient presque hypnotique, et au milieu de toute cette noirceur, il y a quand même beaucoup d’émotion et de sensibilité. Je me suis demandé plusieurs fois, où il allait chercher toutes ses idées et plusieurs fois j’ai eu l’impression de regarder un film complètement déjanté !
Signatures est un thriller psychologique d’une rare noirceur, un véritable page-turner qui a happé le lecteur que je suis, du début à la fin et qui m’a laissé une empreinte indélébile. Impossible de lâcher cette lecture aussi captivante… qui sera sûrement impossible à oublier !

Je vous recommande vivement son livre, c’est un véritable coup de cœur.

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Extrait :

« La sonnerie du téléphone fixe déchira le silence feutré de l’appartement. Claire Lensac sursauta. La tasse qu’elle tenait entre ses doigts parfaitement manucurés lui échappa. Son contenu, un thé vert bio de Ceylan, se répandit sur le marbre blanc de la cuisine. Les éclats de porcelaine filèrent sous les meubles pour se cacher, ne pas déranger l’ordre irréprochable que Mlle Lensac entretenait dans son trois-pièces. Ce téléphone n’avait dû sonner qu’une dizaine de fois depuis qu’elle avait emménagé ici – un modèle datant des années quatre-vingt qu’elle avait dégoté chez un antiquaire. Troublée, elle traversa le salon et décrocha le combiné en bakélite. »

« Un vent glacial venait caresser ses joues figées, froides maintenant, comme cette brise. Ses joues qu’aucun sourire ne viendrait plus animer.
Il l’avait amenée jusqu’ici, car c’était ici qu’il fallait qu’elle soit retrouvée. Dans cette maison. Dans la véranda délabrée, sur le carrelage de marbre blanc jonché d’éclats de verre, il avait disposé la toile qu’il avait peinte avec son sang sur un chevalet. »

« Dix autres minutes, au moins, s’étaient écoulées. Il était encore là, immobile, dans sa robe à fleurs jaunes, réalisant peu à peu qu’il était libre, qu’il n’aurait plus à redescendre dans cette cave humide et froide. Que sa geôlière, ce dragon déguisé en mère, avait été terrassée. Jerry n’avait pas bougé, lui non plus, reproduisant ses gestes dans un mimétisme parfait. Ensuite l’atmosphère était devenue lourde, le ciel s’était assombri, jusqu’à devenir un amas noir de fureur. La foudre s’était mise à gronder au loin. Et Jerry avait souri. »

« – Le consumérisme est donc la source du mal.
– Oui. Nous fabriquons et achetons toutes ces choses dont nous n’avons pas réellement besoin. Voilà le cœur du problème actuel, à l’échelle planétaire.
– Nous sommes en plein paradoxe, dit Busnel.
– En effet. »

« Ma seule activité a été de raconter les vies d’autres personnes, des personnes que j’aurais peut-être aimé avoir eues comme amies ou comme proches. Des personnes que j’aurais aimé protéger, garder sous mon aile… Pourquoi les auteurs doivent-ils être si désespérément seuls ? »

Tom Clearlake est un auteur franco-canadien né au Canada le 19 octobre 1973.

Il commence à lire avec Edgar Allan Poe, H.G. Wells, Jack London, Jules Verne, Agatha Christie, Jack Kerouak, Edgar Rice Burroughs, Lovecraft, Dean Koontz, Stephen King, Clive Barker, Umberto Eco…

Sa passion pour les littératures de l’imaginaire le pousse à expérimenter l’écriture dans des univers très différents, mais c’est dans le thriller qu’il préfère exercer.

« Je pense que le Thriller est le maître de tous les genres littéraires. Il permet de jouer avec les sensations et les émotions du lecteur comme aucun autre genre le peut. Il y a dans le thriller cette possibilité de créer l’intensité, et de la pousser à son paroxysme. Et l’on dispose d’une infinité de moyens pour y parvenir. »

Amour, Émotion, Fantastique, Histoire, Magique

La stèle sacrée

de Florence Jouniaux
Broché – 13 février 2020
Éditeur : M+ éditions

Soudain, il se souvint. L’inscription ! !
Au même moment, un grand gaillard roux, vêtu d’une tunique courte, se pencha sur lui, l’air anxieux.
Quomodo vales 1? prononça-t-il en latin.
Ces mots confirmèrent ses pires craintes. Il avait beau se dire que c’était impossible, mais à moins d’être dans un peplum, il avait devant lui un authentique gaulois et se trouvait encore sur le forum, mais celui de l’antiquité ! Pas de doute ! Il avait traversé l’espace-temps !

Antoine, futur doctorant en lettres classiques, est en visite à Rome, avec la belle Chiara. Il ne s’attendait pas à côtoyer les celtes et les romains du premier siècle après Jésus-Christ pour répondre à une question cruciale ! Ses connaissances historiques vont influer sur le sort du peuple voltinien, situé dans la région des Allobroges, dans la Gaule Narbonnaise de l’époque.
Une autre question se pose à lui : comment va-t-il revenir dans le présent et retrouver la belle Chiara qui lui sert de guide ?

1 “Comment te sens-tu ?”

Une plongée au cœur d’un autre temps…

Cette lecture a été un véritable plaisir. Elle m’a replongé dans mes jeunes années, lorsque j’étais étudiant et que j’explorais sans arrêt les origines de mon pays en alternant avec joie entre le français, le grec et le latin !

Florence Jouniaux m’a entraîné dans son voyage, une odyssée où le passé ressurgit, révélant les mystères d’un artefact aux pouvoirs insoupçonnés. Dès les premières pages, j’ai été happé par cette intrigue où l’histoire et l’ésotérisme s’entremêlent avec une fluidité remarquable. L’autrice nous offre un récit richement documenté, où chaque détail semble sculpté dans la pierre du temps.

Tout commence lorsqu’un archéologue met au jour une stèle ancienne portant l’inscription Tempus fugit, sed veritas manet – Le temps s’enfuit, mais la vérité demeure. Rapidement, cette trouvaille nous entraîne dans une quête haletante où le destin des civilisations semble suspendu à une simple pierre gravée.

À travers une plume immersive et très érudite, Florence Jouniaux nous fait traverser les âges, explorant cette soif insatiable de savoir qui anime toute l’humanité.
Scientia potentia est, Le savoir est un pouvoir, mais il peut aussi se révéler une malédiction…
Dès lors, est-il une lumière ou devient-il un fardeau ?

Entre mystères ancestraux, quête de vérité et tensions croissantes, La Stèle sacrée captive autant qu’elle interroge. Un roman fascinant, où les vestiges du passé chuchotent encore à l’oreille des vivants. Une lecture passionnante et magnifiquement construite que les amateurs d’histoire et de mystère apprécieront sans aucun doute.

À découvrir sans hésitation !

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Extraits :

« Après plusieurs occasions manquées, lui, l’étudiant en histoire ancienne et histoire de l’art, pourrait voir de ses yeux tout ce qu’il avait imaginé lors de ses cours ! Il venait de terminer son master, soutenant un mémoire qui portait sur « Le rapport entre les peuples italiques et la capitale romaine au premier siècle après Jésus Christ » et avait obtenu mention Très Bien. Il avait donc amplement mérité ces vacances ! Et commencer par trois semaines à Rome était inestimable, surtout que son professeur d’histoire latine lui avait donné l’adresse d’un monastère au centre de Rome, où des religieuses hébergeaient les touristes pour une somme raisonnable. »

« À peine avait-il eu le temps d’en terminer la lecture qu’il ressentit un froid intense, avec l’impression d’être plongé dans le noir et d’avoir le corps tiraillé. Pour finir, il lui sembla que des milliers d’aiguilles le transperçaient. Une terrible nausée l’envahit, accompagnée de tremblements incoercibles. Il perdit connaissance. »

« Aeddan prononça alors doucement :
– Crois-tu encore au pouvoir des devins ?
– Oui, puisqu’ils communiquent avec les dieux.
– En effet et j’ai eu la chance d’être éclairé par la lumière divine : ils m’ont montré, dans une vision, un jeune homme du futur, qui s’intéresse aux civilisations du passé, et à celle des romains en particulier. J’ai réussi à faire apparaître une inscription sur un des monuments du forum romain, et les dieux l’ont rendue opérante : il a traversé le temps et Quintus l’a ramené ici, depuis Rome.
– Vraiment ? ! s’exclama-t-il, sidéré. C’est absolument extraordinaire !
– Tu peux le dire ! Et je remercie les dieux chaque jour de m’avoir inspiré.
– J’ai vraiment hâte de l’entendre ! »

Florence Jouniaux est née en Savoie, à Chambéry et a suivi des études de lettres classiques. Mère de trois enfants, elle est professeure par vocation et enseigne la littérature avec passion au lycée de la Versoie à Thonon-les-Bains.

Un soir, une muse lui a soufflé le début d’un roman et c’est ainsi que l’écriture a surgi dans sa vie, nourrie de ses lectures en tous genres, notamment la fantasy et l’histoire. Ses maîtres sont aussi bien Tolkien, Robin Hobb, Dan Simmons, Bernard Simmonay que Zola ou Maupassant. Amoureuse des langues, elle aime en inventer dans ses romans fantasy où son imagination ne connaît pas de limites. Ainsi a-t-elle écrit deux trilogies de ce genre, dont l’une est à paraître. Chaque nouveau roman est une aventure qu’elle partage avec ses héros, des héros très humains qui aiment les plaisirs de la vie, tout comme elle. Aussi ne vous étonnez pas pas de trouver quelques menus gastronomiques au fil des pages…

    Adolescence, Amour, Autobiographie, Émotion

    Les Rêveurs

    de Isabelle Carré
    Poche – 30 janvier 2019
    Éditeur : Le Livre de Poche

    « On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieuse encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance… »

    Quand l’enfance a pour décor les années 70, tout semble possible. Mais pour cette famille de rêveurs un peu déglinguée, formidablement touchante, le chemin de la liberté est périlleux. Isabelle Carré dit les couleurs acidulées du moment, la découverte du monde compliqué des adultes, leurs douloureuses métamorphoses, la force et la fragilité d’une jeune fille que le théâtre va révéler à elle-même. Une rare grâce d’écriture.

    Une parfaite unité de ton, une grande justesse d’observation.
    La Croix.

    Une plume aussi délicate qu’experte,
    qui virevolte d’une scène à une autre, d’un sentiment à un autre.
    L’Express.

    L’auteure a su créer un objet passionnant, dont chaque détail sonne juste.
    Elle.

    Avec Les Rêveurs” son premier roman, Isabelle Carré nous ouvre les portes de son passé, un récit intime et sensible où réalité et fiction s’entrelacent avec une douceur mélancolique. À travers une écriture délicate et lumineuse, elle remonte le fil de son enfance marquée par la singularité et les silences, une famille éclatée, des parents en quête d’un bonheur insaisissable, et une petite fille qui observe, tente de comprendre, d’aimer malgré tout.

    Dans ce roman, l’auteure évoque les non-dits, ces blessures discrètes qui façonnent un être, mais aussi les échappées belles, les instants de grâce qui illuminent l’existence. Elle décrit un père rêveur, une mère éprise de liberté, un monde où l’enfance se construit entre l’émerveillement et l’incompréhension des adultes. Loin d’un simple récit autobiographique, Les Rêveurs est un roman d’apprentissage où chaque souvenir semble suspendu dans une bulle de douceur, parfois teintée de tristesse.

    Je me suis laissé porter en douceur par son écriture intime, poétique, tendre et mélancolique, où chaque mot semble pesé avec soin pour en révéler toute la justesse, où chacun pourra, je le pense, retrouver un fragment de sa propre histoire.

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    Extraits :

    « Elle n’a pas senti ma main lui échapper, elle n’était que de l’eau ou du vent dans la sienne. J’ai six ou sept ans, et ce rêve revient de plus en plus sou-vent. Je sais bien que ce n’est qu’un cauchemar, mais il semble contenir une vérité que je ne saurais ignorer : ma mère ne me voit pas, elle ne me sauvera d’aucun danger, elle n’est pas vraiment là, elle ne fait que passer, elle est déjà passée. Elle s’en va. »

    « Tu vas aller vivre là-bas, ton frère te donnera un peu d’argent, tu éviteras absolument de voir tes amis, et surtout tu n’iras pas dans Paris, à aucun moment, tu entends ! Il ne faut pas qu’on te voie… La clinique qu’on t’a trouvée pourra t’accueillir jusqu’au terme, tu n’auras qu’un papier à signer. Un papier, c’est tout. »

    « Mais l’enfant qui n’a pas possédé ce trésor ne le récupérera jamais. Il restera pour toujours démuni, lésé, comme tous ceux qui ont grandi sans tendresse, et se sont rassurés seuls dans leur chambre, les genoux repliés dans des bras gelés.
    Se raconter des histoires, se frotter la joue avec un mouchoir, chanter à voix basse…
    Aucun adulte ne la félicite jamais pour ces efforts, ils passent inaperçus. On prend vite l’habitude de ne compter que sur soi-même. »

    « Dès le lendemain de sa naissance, ils sont revenus.
    Son père et ses sœurs sont restés un long moment silencieux, son frère a tout de même fait l’effort de quelques paroles de circonstance. Puis ils sont repar-tis, la laissant seule avec son enfant.
    Elle comprend à leur façon de dire au revoir qu’ils ne reviendront plus.
    Tout ce qui vient d’eux lui est égal désormais. Et tout ce qui ne viendra jamais. »

    Isabelle Carré est une actrice et écrivaine française.

    Au théâtre comme au cinéma, elle est l’une des plus grandes comédiennes françaises.
    Elle a obtenu le César de la meilleure actrice en 2003 pour son rôle dans Se souvenir des belles choses ainsi que le Molière de la comédienne à deux reprises (en 1999 : Molière pour Mademoiselle Else et en 2004 pour L’Hiver sous la table).

    Elle se lance dans l’écriture en 2018 avec un premier roman très remarqué, Les rêveurs, qui remporte un extraordinaire succès et est couronné, entre autres, du Grand Prix RTL-Lire, du Prix des lecteurs L’Express-BFMTV et du Grand prix de l’héroïne Madame Figaro, et Du côté des Indiens, en 2020.

    Amour, Émotion, Drame, Historique

    Le Tout-Paris et lui

    de Bénédicte Rousset
    Broché – 13 mars 2025
    Éditions : LA TRACE

    Trois Vies, un siècle : l’épopée d’un homme et deux femmes dans le tumulte de la grande histoire…

    1918 : Deux jeunes cousines, Pauline et Clémence, sont de retour de la Grande Guerre, meurtries après leurs engagements au plus près du front. Le pays est dévasté, les tensions sont encore vives, Pauline garde le secret sur les origines allemandes de son fils et entreprend d’aider son père à la cordonnerie. Et si le passé la rattrapait ?
    Clémence de son coté, reçoit un accueil glacial de ses proches, son frère resté prisonnier en Allemagne sans nouvelles, ses parents rudes et acariâtres ne la laisseront pas épouser Pierre, son compagnon rencontré au front.
    Mais elle est accompagnée d’Émile un jeune garçon déclaré « attardé » et banni par sa famille qui trouve refuge auprès de la jeune femme.
    Il s’épanouit, observe et dessine… À l’ère industrielle, son génie singulier ne pourrait il pas tout faire basculer ?

    Après l’émouvant Promets-moi, Émile, quel bonheur de retrouver Pauline et Clémence, ces deux cousines marquées par les blessures invisibles de la Première Guerre mondiale et le petit Émile, bien sûr, qui se révèle particulièrement talentueux… Revenues d’un enfer qu’elles n’avaient pas imaginé, elles tentent de reconstruire leur vie dans un monde qui peine à panser ses propres plaies. Cette suite prend une nouvelle envergure, portée par le regard singulier d’Émile, ce garçon à part dont le talent éclot comme une lueur dans l’obscurité. Avec Le Tout-Paris et lui, Bénédicte Rousset réussit un second tome magistral, entre ombre et lumière.

    Pauline et Clémence, deux cousines profondément marquées par la Première Guerre mondiale, tentent de se reconstruire dans un pays dévasté.

    Bénédicte Rousset dépeint avec sensibilité la résilience de ces deux femmes face aux épreuves de l’époque, de l’amour interdit, de l’acceptation de la différence, ainsi que l’évolution de personnages, profondément humains, qui évoluent dans un contexte historique richement dépeint. Elle signe une nouvelle fois, une fresque émouvante où les destins individuels se mêlent aux soubresauts de la grande Histoire. Un roman enrichissant pour tous ceux qui s’intéressent aux destins de femmes fortes dans cette période historique tumultueuse, dont les parcours résonneront, je pense, encore longtemps après avoir tourné la dernière page.

    “Variation picturale.
    Autoportrait en pire.
    Innombrables éléments, esprit envahi par saint Glinglin”…
    lecture sublimée !
    J’ai explosé de rire 😂 dans le train !
    Sacré Émile…

    Vivement le troisième tome !

    Un immense merci aux Éditions La Trace et à Bénédicte pour ce merveilleux moment de lecture.

    Date nationale de sortie : 13 mars 2025

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    Extraits :

    « Pierre, le tanneur.
    Dans le couloir de l’hôpital, Clémence ralentit et se mordit les lèvres jusqu’à la douleur.
    Pierre, le tanneur de boches.
    Comme il lui manquait ! Ses camarades l’appelaient comme ça parce qu’en roulant à tombeau ouvert pour ravitailler le front, il avait écrasé un homme et constaté en sautant du camion : “Tiens, une peau !” Il en avait ri avec les autres mais le soir, dans les bras de Clémence, sa voix avait vrillé. Le bruit… Le bruit sous les roues.
    S’il avait pu, il l’aurait évité. “Je n’arrive pas à détester cet ennemi qui patauge comme les nôtres dans la boue gluante des boyaux”. »

    « Dans une brusque secousse, le train s’arrêta. Un soldat, dans la vigueur de sa jeunesse, tout beau dans son uniforme, monta, envoyant un dernier baiser à sa femme et aux deux enfants qui cherchaient ses bras. Une lassitude l’envahit. Trois ans, qu’on envoyait les hommes à l’abattoir. La machine noire emporterait celui-là aussi. Les roues grincèrent. Un coup de sifflet couvrit à peine leurs cris. Papa! Mais le train fuyait, sans souci des petits êtres qui se tordaient et trépignaient ; sans souci pour la vie humaine. »

    « Mais alors… Pierre, Honoré… Clémence laissa les larmes couler. L’humanité retrouvait le contrôle de sa destinée! L’odeur de la poudre laissait place au parfum de la liberté. Un monde finissait, un autre naissait. La roue tournait, l’acte de leur vie au front était terminé. »

    Bénédicte Rousset a grandi dans le Vaucluse entre le petit atelier d’imprimerie de son père et une mère institutrice. Professeur de Lettres Modernes, l’écriture lui permet d’explorer des recoins jusqu’alors ignorés d’elle-même, dans une tradition familiale qu’elle découvre à travers les pièces de théâtre, poèmes et romans qu’ont écrit ses aïeux.

    https://www.facebook.com/benedicte.rousset.auteur/

    « Ecrire, c’est vivre plusieurs vies à la fois. Il y a de moi dans chacun de mes personnages, même les plus noirs : ce sont peut-être eux qui me révèlent en miroir ! Ils sont un moyen d’évacuer les traumatismes vécus dans l’enfance. Deux éléments me semblent essentiels dans mes romans : la quête de l’identité, et celle de la vérité. La première nous concerne tous : qui sommes-nous ? Comment nous comportons-nous face à l’image que nous renvoyons ? Sommes-nous conformes à cette image ? La deuxième entre dans la structure du roman policier : pourquoi tuer ? Comment arrive-t-on à franchir le pas ? Je crois qu’il y a un assassin en chacun de nous, mais, la plupart du temps, il ne rencontre jamais sa victime (heureusement, non ?) »

    Celles qui se taisent
    https://leressentidejeanpaul.com/2021/09/03/celles-qui-se-taisent/

    À toutes celles que tu es
    https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/24/a-toutes-celles-que-tu-es/

    Le portrait d’Humphrey Back
    https://leressentidejeanpaul.com/2023/06/13/le-portrait-dhumphrey-back/

    Promets moi, Émile
    https://leressentidejeanpaul.com/2024/05/23/promets-moi-emile/

    Amour, Émotion, Historique, Magique, Roman de terroir

    Les Mains d’argile

    de Michel Lacombe
    Broché – 6 février 2025
    Éditions : de Borée

    Début du XXe siècle. Louise, jeune femme très indépendante et fille d’un riche bourgeois propriétaire d’une fabrique de vases à Anduze, se passionne pour la sculpture. Très talentueuse, elle parvient peu à peu à vivre correctement de son art, et partage volontiers ses gains avec les ouvriers de l’usine de son père. Mais ses parents, qui n’ont d’autre projet pour elle que celui de la marier à un fils de bonne famille, voient cette activité d’un très mauvais oeil. Lorsqu’elle rencontre Marcelin, fondeur de cloches à Lodève, c’est secrètement qu’ils décident de s’aimer. Louise parviendra-t-elle à imposer le jeune artisan à sa famille ?

    J’ai plongé avec fascination dans l’univers de Michel Lacombe et découvert sa plume envoûtante à travers Les Mains d’argile, un roman qui m’a véritablement transporté au cœur du sud de la France, au début du XXᵉ siècle, dans la ville d’Anduze. Le destin de Louise, une jeune femme libre et passionnée de sculpture, fille unique d’un riche industriel, propriétaire d’une fabrique de vases, qui développe un talent artistique remarquable et parvient à vivre de son art, tout en partageant généreusement ses revenus avec les ouvriers de l’usine familiale.

    Mais ses aspirations artistiques se heurtent aux attentes rigides de ses parents, qui la destinent à un mariage convenable er surtout dans une “bonne famille”. Louise, portée par son désir d’indépendance, défie leur volonté en s’éprenant de Marcelin, un fondeur de cloches à Lodève, un homme simple et profondément amoureux. Leur relation clandestine illustre les tensions entre aspirations personnelles et pressions sociales, soulevant avec finesse la question du choix et de la liberté que les femmes ont eut de tout temps.

    Ce roman m’a plongé avec intensité dans une époque où les conventions dictaient le destin des femmes. À travers le parcours de Louise, Michel Lacombe brosse un portrait puissant de l’émancipation féminine et de la lutte contre les préjugés. Son écriture délicate rend un vibrant hommage à l’art de la sculpture, tout en explorant avec sensibilité les combats d’une femme qui refuse de renoncer à ses rêves. Une lecture envoûtante qui invite à réfléchir sur la quête d’identité et de liberté qui résonne encore aujourd’hui.

    Au fil des pages, cette lecture, qui m’a profondément ému, s’est révélée être un véritable coup de cœur. Une œuvre que je conseille sans hésitation à tous les amoureux de l’art et de la littérature.

    Ma rencontre avec les éditions de Borée a transformé ma façon de lire. J’y ai découvert des auteurs mettant en lumière les beautés des régions françaises, mais surtout des récits empreints de bonté, d’amour et de personnages féminins forts, inspirants et inoubliables. Ces romans occupent désormais une place privilégiée dans ma bibliothèque déjà bien fournie. Ils me font un bien fou, nourrissent ma curiosité littéraire et linguistique, et portent des valeurs profondément humaines et authentiques.
    Un grand merci à toi Virginie…

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    Extraits :

    « leur ventre noir la crête des collines crépues hérissées de garrigue. Peu à peu, une nuit précoce étendait son emprise sur un paysage immobile qui paraissait retenir son souffle. Dans le silence subitement incongru, l’air lui-même se faisait plus lourd à respirer. Au fil des minutes, l’ombre avalait la vallée, crue d’obscurité qui se répandait en larges vagues, jusqu’à engloutir le village blotti entre les versants abrupts au creux desquels il se nichait. La terre elle-même semblait exhaler son angoisse larvée, avec cette odeur indéfinissable qui précède les orages d’été. »

    « Une fois de nouveau dans la tranquillité de sa chambre, la jeune fille se livra à une de ses distractions favorites, le dessin… À force de s’y entraîner, elle s’estimait chaque jour plus satisfaite de ce que sa mère ne considérait avec mépris que comme des gribouillages de gamine. Gribouillages ? Certes pas ! En se référant à ses premiers croquis, elle voyait bien la différence : les proportions plus justes, la perspective maîtrisée, le trait de crayon plus sûr, les gommages de plus en plus rares. Et, surtout, c’était le seul exercice qui la détendait vraiment. »

    « — Ce que je sais, c’est que personne ne me comprendra, à Anduze ou ailleurs, si j’arrive un jour à parler latin ! Je préférerais apprendre le patois des paysans de chez nous, l’occitan, ce qui me permettrait sans aucun doute de mieux connaître notre région…
    — Le patois! J’aurai tout entendu! Le parler du bas peuple…
    — Un bas peuple qui travaille quand même pour vous, Père, et qui assure l’opulence de notre famille, non ?
    Exactement le genre de propos qui avaient l’art d’exaspérer Armand.
    – Mais qui te permet, à ton âge, de juger ainsi de choses dont tu ignores tout ? Nous ne sommes pas de la même classe, c’est tout ! Il ne faut pas confondre les chiffons avec les serviettes de table… »

    « – Non, je ne me rendrai plus ni au temple ni à l’église ! avait-elle déclaré un dimanche matin.
    – Comment ? s’étaient indignés tant son père que sa mère. Mais pourquoi ?
    – Pourquoi ? Parce que je ne sais plus où j’en suis, à vous suivre à ces cérémonies hebdomadaires! À admettre l’autorité du pape d’un côté et à ne reconnaître que celle de la Bible de l’autre… Vouer un culte à Marie d’un côté, le réfuter de l’autre… Considérer que tous les chrétiens sont des prêtres dans la religion réformée, mais pas chez les catholiques… Prier les saints à l’église et les ignorer au temple… Sans compter les différences de sacrement et de célibat ! Vous avez voulu me partager en deux, mais je ne suis qu’une, sans savoir quelle foi adopter. Raison pour laquelle je préfère m’abstenir !
    — Mais tu vas passer pour une païenne ! avait protesté sa mère. Que va-t-on penser de nous, au village ? »

    Michel Lacombe est né en 1952 à Saint-Etienne dans la Loire.
    Il a toujours écrit, et le succès lui vient dès son premier roman, Le Retour au mas, couronné par le prix des Automnales en 2004. Depuis, ce passionné d’histoire, de nature et de sciences a publié plus d’une cinquantaine de livres. Ces « romans de vie », comme il les appelle, où il s’attache à faire ressentir au plus près ce que vivent ses personnages, lui ont valu la reconnaissance d’un lectorat fidèle. Ambiance régionale, paysages et sa­veurs de la nature vraie, personnages attachants et intrigues rurales, émaillent ses récits dans une œuvre de plus en plus étoffée. Michel Lacombe vit en Ardèche (07).

    Amour, Émotion, Drame, Humour, Philosophique

    Tout le bonheur du monde (tient dans ta poche)

    de Frédéric Mars
    Broché – 15 mars 2018
    Éditions : French Pulp éditions


    Alors qu’il s’apprête à effectuer le grand saut, Fred est sauvé in-extremis
    par deux petites mamies aussi muettes qu’adorables.
    Chez elles, il va découvrir une communauté de suicidaires drôles et désabusés,
    ne cherchant tous qu’une seule chose : retrouver le goût de vivre.

    Certains récupèrent les chats, d’autres les suicidés. Alors qu’il s’apprête à effectuer le grand saut, Fred est sauvé in-extremis par deux petites mamies aussi muettes qu’adorables. Chez elles, il va découvrir une communauté de suicidaires drôles et désabusés, ne cherchant tous qu’une seule chose : retrouver le goût de vivre.

    En injectant tendresse et légèreté pour parler d’un sujet aussi grave, Tout le bonheur du monde (tient dans ta poche) réussit un tour de force, celui de nous faire redécouvrir les petites merveilles de l’existence à travers les yeux de quelqu’un qui réapprend à vivre. Euphorie assurée.

    Cotoyer des sucidaires, le meilleur moyen d’aimer la vie !

    Avec Tout le bonheur du monde (tient dans ta poche), Frédéric Mars nous embarque dans une quête lumineuse et profondément humaine. Son roman s’articule autour d’une idée simple mais essentielle : et si notre bonheur tenait dans un objet du quotidien, à portée de main, mais que nous ne savions pas voir ? C’est ce que va découvrir son personnage principal, un homme englué dans la routine et les tracas du quotidien, jusqu’à ce qu’un élément inattendu vienne bouleverser son regard sur la vie.

    L’auteur joue habilement avec la finesse psychologique et l’émotion, tissant un récit où introspection et poésie du quotidien se mêlent avec une justesse rare. On suit le cheminement intérieur du protagoniste, ses doutes, ses émerveillements, et surtout, cette prise de conscience progressive qui nous invite nous-mêmes à réfléchir à notre propre rapport au bonheur. Le style de Frédéric Mars, à la fois fluide et percutant, m’a enveloppé dans une bulle de douceur, comme une pause dans le tumulte du monde qui m’entoure.

    Ce roman est une ode aux petits riens qui font tout. Il nous rappelle que le bonheur n’est pas forcément là où on l’attend, mais souvent niché dans ces détails que l’on oublie d’observer : un sourire échangé, un souvenir retrouvé, un instant volé au temps.

    Frédéric Mars réussit à transmettre une belle leçon de vie sans jamais sombrer dans le moralisme ou la mièvrerie. Il pousse à la réflexion avec délicatesse et nous incite à redécouvrir la magie des choses simples. C’est une lecture réconfortante, parfaite pour ceux qui ont besoin d’un souffle d’optimisme. Il m’a fait du bien, je l’ai trouvé profondément apaisant et très inspirant.

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    Extraits :

    « Ce matin-là, j’allais mourir, et pourtant il y a longtemps que je ne m’étais pas senti si bien. Grâce au vent sans doute. Et à ces embruns qui fouettaient mon visage. J’avais froid, mais j’aimais plutôt l’idée de quitter ce monde vivifié. Remis à neuf par les éléments. »

    « Je sentais bien que plus je parlais, plus je comblais les silences pour deux, et plus ma belle résolution de la nuit précédente s’évaporait. L’effet de l’alcool aussi. On devrait toujours se suicider au moment où notre malheur semble à son comble. Une telle qualité de désespoir, ça ne revient pas si facilement. Ça ne se gâche pas.
    – C’est pas sympa, ce que vous faites… Si vous ne m’aidez pas à sauter tout de suite, je vais devoir revenir demain. Et peut-être encore le jour d’après… Vous savez, si on veut se tuer, c’est pour éviter l’agonie. Pas pour que ça dure des plombes et des plombes. »

    « Je ne parvenais pas à déterminer si c’était de l’humour noir, ou si elle était sérieuse.
    – Pourquoi tu dis ça ?
    – Tu sais combien il faut émincer d’oignons pour une tarte complète ?
    – Non, combien ?
    – Un kilo ! Dix oignons à éplucher. Au bas mot un quart d’heure à pleurer non-stop ! La tarte aux oignons, c’est le plat le plus triste au monde.
    – Peut-être, mais moi c’est mon préféré ! s’est exclamée une voix dans mon dos. »

    « Les gens qui n’ont jamais eu de pensées suicidaires imaginent toujours qu’on agit par trop-plein… La fameuse goutte de malheur qui ferait déborder le vase de notre endurance. Mais la vérité c’est qu’on ne se supprime pas par excès de malheur… On se tue par excès de rien. On crève d’absence.
    – Une absence de quoi ? ai-je demandé d’un filet de voix étranglé, sans douter de sa réponse.
    Le gouffre devant moi la connaissait, lui aussi. Il en avait déjà tant accueilli, qui cherchaient la paix en lui, qui avaient jeté leur vacuité dans un autre vide. Espérant tuer le rien par le néant.
    – De tout ! On manque de tout ! D’amour, de tolérance, de fric, d’emploi, de santé, de patience, de sagesse, de compassion, de souffle, de tendresse… Je ne sais pas, moi, de tout ce que tu veux. De tifs sur la tête, de neurones encore valides… De sexe !
    De tout ! »

    Frédéric Mars, de son vrai nom Frédéric Ploton, est un auteur français de romans dans des genres très divers, et scénariste pour la télévision.

    Ancien élève de Saint-Nicolas-Passy-Buzenval et du Lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine (classe préparatoire de lettres modernes, 1986-1988), il est titulaire d’une maîtrise en communication sociale et commerciale de l’École des hautes études en sciences de l’information et de la communication (CELSA) (1988-1991).

    Après plusieurs années passées dans la presse magazine et diverses rédactions online, Frédéric Mars a quitté le journalisme et la photo pour ne se consacrer qu’à son travail d’auteur de livres.

    Il vit entre Paris et Saint-Malo, en Bretagne, entre ses travaux de scénariste et son univers romanesque déjà ébauché avec « Son parfum » (2006), le récit d’un amour impossible rendu à la vie par la magie d’un parfum.

    Outre ses romans, il a publié plus d’une quarantaine d’essais, documents et livres illustrés, sous diverses identités.

    Il a également publié plusieurs romans érotiques sous divers pseudonymes :

    • Emma Mars, Hôtel – Chambre 1, 2 et 3, (2015),
    • Ania Oz, Femmes secrètes, (2012),
    • Mila Braam, Déshabille-moi, (2013).

    Il est également auteur d’un essai humoristique, « Le cat code » (2017), écrit sous le nom de plume de Chat Malo.

    Sous le pseudonyme de Mo Malø, il publie une série de polars se situant au Groenland : « Qaanaaq » (2018), « Diskø » (2019), « Nuuk » (2020), « Summit » (2022).

    Ses thèmes de prédilection sont l’odorat, le sommeil, les rêves, la sexualité, les différentes facettes d’une même personnalité et les limites de notre conscience.

    site officiel : http://www.fredericmars.com/index.html
    page Facebook : http://www.fredericmars.com/
    Twitter : https://twitter.com/fredericmars

    Amour, Émotion

    Rosa Candida

    de Audur Ava Ólafsdóttir
    Poche – 7 mai 2015
    Éditions : Points

    Dans le monde d’Arnljótur, vingt-deux ans, il est question de boutures, de graminées et surtout de sa fierté, les roses à huit pétales, les Rosa candida. Sa passion dans la vie : le jardin et les fleurs. Une nuit, dans une serre, Arnljótur et Anna s’aiment. Ils se connaissent à peine, pourtant leurs existences en seront chamboulées à jamais car, en Islande, les filles naissent bien dans les roses…

    Avec Rosa Candida, Audur Ava Ólafsdóttir nous offre un roman délicat et lumineux, une invitation au voyage aussi bien intérieur que géographique. L’histoire suit Arnljótur, un jeune Islandais passionné de botanique, qui décide de quitter son pays natal pour rejoindre un monastère inconnu et y cultiver une roseraie légendaire. Ce périple, né du besoin d’échapper au deuil de sa mère et de trouver sa propre voie, prend une tournure inattendue lorsqu’il se retrouve confronté à son passé : la naissance de sa fille, fruit d’une aventure éphémère.

    Tout au long de ce récit, l’auteur dépeint avec une grande délicatesse le cheminement d’Arnljótur vers l’acceptation et la responsabilité, à travers une prose douce et épurée. Son rapport aux plantes, à la beauté et au temps qui passe devient une métaphore subtile du cycle de la vie, où chaque fleur symbolise une renaissance, une possibilité d’amour et d’épanouissement.

    Ce roman, tout en retenue et en poésie, évoque la fragilité des liens humains et la manière dont les rencontres les plus inattendues façonnent nos destinées. Il n’y a ni grands bouleversements ni effusions dramatiques, juste la beauté des choses simples, la tendresse des instants partagés et la lente transformation d’un homme qui apprend à aimer et à se laisser aimer.

    Un livre touchant par sa sobriété et son humanité. Rosa Candida est une ode à la transmission et à la délicatesse des sentiments, porté par une écriture qui caresse plutôt qu’elle ne secoue. Une lecture apaisante, qui laissera une empreinte douce et durable.

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    Extraits :

    « Papa ne croit pas aux coïncidences, du moins pas quand il s’agit des événements primordiaux de l’existence, comme la naissance et la mort ; la vie ne s’allume pas, ni ne s’éteint comme ça, par hasard, dit-il. Il ne peut pas comprendre que la conception puisse résulter d’une rencontre fortuite, que l’occasion de coucher avec une femme puisse se présenter à l’improviste, pas plus qu’il ne peut comprendre que la mort puisse résulter d’une flaque d’eau ou de gravillons dans un virage, quand on peut se référer à autre chose: aux chiffres et aux calculs arithmétiques. »

    « Après avoir vécu en l’espace de trois jours la mort et la résurrection ainsi que des échanges avec trois infirmières aux yeux marron, je suis renvoyé dans mes foyers muni d’une boîte contenant quatre cachets roses anti-douleur. »

    « Si ce n’avait été l’odeur et le contact de ce corps tendre de bébé, j’aurais trouvé tout cela complètement irréel, comme si j’avais regardé un film. Je m’efforçai de manifester du soutien à la mère de mon enfant et lui tapotai l’épaule. Elle avait les yeux brûlants, comme si elle avait traversé une épreuve que je ne pourrais jamais comprendre. L’enfant – je m’essayais aux mots ma fille – était incroyablement menue et jolie, comme une poupée de porcelaine. »

    « Tu avais commencé à marcher à dix mois, alors que Jósef dormait toujours.
    — Ta mère était beaucoup avec toi. Moi, j’étais plus avec ton frère. Nous nous partagions la tâche.
    Ta maman et toi, vous parliez beaucoup ensemble tandis que Jósef et moi, nous nous taisions ensemble. Ça marchait très bien comme ça. »

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    Auður Ava Ólafsdóttir est une romancière islandaise.

    Elle fait ses études en histoire de l’art à la Sorbonne à Paris et a longtemps été maître-assistante d’histoire de l’art à l’Université d’Islande.

    Directrice du Musée de l’Université d’Islande, elle est très active dans la promotion de l’art. À ce titre, elle a donné de nombreuses conférences et organisé plusieurs expositions d’artistes.

    Rosa candida (« Afleggjarinn », 2007) est son troisième roman après Le rouge vif de la rhubarbe (« Upphækkuð jörð », 1998) et L’Embellie (« Rigning í nóvember », 2004) qui a été couronné par le Prix de Littérature de la Ville de Reykjavík.

    Rosa candida a reçu deux prix littéraires: le Prix culturel DV de littérature 2008 et le Prix littéraire des femmes (Fjöruverðlaun). Ce roman a été traduit en anglais, danois, allemand, néerlandais, espagnol. Il a également obtenu le Prix des libraires du Québec 2011.

    Le Théâtre national islandais a produit sa première pièce de théâtre Les enfants d’Adam à l’automne 2011.

    Elle reçoit en 2016 le Prix littéraire des jeunes Européens pour son roman L’exception (« Undantekningin », 2012) et en 2019, le Prix Médicis étranger pour son roman Miss Islande.

    Audur Ava Ólafsdóttir vit à Reykjavík avec ses deux filles.

    Amour, Émotion, Drame

    La plus jolie fin du monde

    de Solène Bakowski
    Broché – 6 février 2025
    Éditions : Éditions Récamier

    Méfiez-vous des vieilles histoires.
    Certaines ricochent jusqu’à nous.

    Quand Gaëlle apprend que sa grand-mère, Yan, vient d’être vistime d’un AVC, elle court la rejoindre sur son île en Bretagne.
    À l’hopital, Yan se trompe d’époque, de lieu, voit des choses qui n’existent pas. Dans ses propos décousus auxquels personne ne prête attention, un détail interpelle Gaëlle : un signe, que la vieille femme affirme avoir reçu après 55 ans, 6 mois et 17 jours d’attente. De quoi parle-t-elle ? D’où vient ce décompte si précis ? Gaëlle tente de résoudre le mystère.
    Yan semble suspendue entre deux mondes, mais qui sait ? Peut-être n’est-on jamais aussi clairvoyant qu’à l’heure de s’envoler…

    En embellissant les derniers instants de celle qui lui a tout donné,
    une jeune femme va enfin trouver un sens à sa vie.

    Certains romans ont ce pouvoir rare de marquer profondément, et La plus jolie fin du monde de Solène Bakowski en fait indéniablement partie. Dès les premières pages, l’auteure nous entraîne dans une histoire où l’humanité et la résilience occupent une place centrale. On y suit un destin bouleversant, celui d’un personnage en quête d’apaisement et de sens, au milieu d’un monde à la dérive.

    Avec une écriture d’une grande sensibilité, Solène tisse une intrigue à la fois intime et universelle, où chaque phrase résonne comme une note suspendue entre douleur et espoir. Elle explore avec finesse les blessures de l’âme, la solitude, mais aussi la force de de l’amour et la puissance des liens familiaux, parfois obscurcis par des secrets enfouis. Son récit, à la fois lumineux et poignant, nous rappelle que même dans les épreuves les plus sombres, il existe toujours une lueur d’espoir.

    Ce roman est bien plus qu’un voyage, c’est une traversée des âmes et du temps, une plongée au cœur des non-dits et des émotions les plus profondes. Chapitre après chapitre, il nous pousse à réfléchir sur la condition humaine, sur ces histoires qui se transmettent et ces mémoires qui façonnent nos vies. Loin du mélodrame, La plus jolie fin du monde est une ode à la résilience et à l’acceptation, un texte poignant qui laisse une empreinte durable et ravive des souvenirs bien après avoir tourné la dernière page.

    Une fois de plus, je referme un roman de Solène Bakowski bouleversé, emporté par sa plume à la fois sensible et percutante. Elle prouve, avec une grâce inégalable, son talent à saisir l’essence des émotions humaines.
    ✨ Un véritable coup de cœur pour ce roman magistral, à lire absolument !

    Merci Solène.
    Grâce à toi, je m’aime, je t’aime et j’aime toutes les autres personnes, un peu plus…

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    Extraits :

    « Le petit banc de pierre surplombe la grève depuis des lustres. D’aucuns prétendent qu’il était là bien avant qu’on n’érige la maison en granit. D’autres affirment au contraire que c’est la maison qui est arrivée en premier. Laissons-les à leurs hypothèses, tout fout le camp, et la mémoire en particulier. Ce qui est sûr, c’est que ce petit banc de pierre en a enterré un certain nombre et en enterrera beaucoup d’autres. Ce n’est pas gai mais ce n’est pas triste. C’est ainsi, voilà tout. »

    « “Tu fais ta crise, ricanait alors sa mère, c’est normal, c’est hormonal.”
    Gaëlle criait, tapait dans les murs, des objets volaient à travers la pièce, elle claquait la porte et sortait se calmer dehors tandis que maman se navrait de l’ingratitude de sa progéniture.
    Puis, invariablement, la pitié dissipait la colère. Pauvre maman cassée, à l’ouest, bouffie de médicaments et de vodka, condamnée au manque à perpétuité. Sa mère avait raison, Gaëlle n’était qu’une sale gosse égoïste et perturbée.
    “Tu peux pas comprendre, répétait sa mère, ta vie à toi est devant.” »

    « – Elle m’emmerde, cette punaise-là. Ils veulent me refourguer des antidépresseurs. Mais je ne suis pas déprimée. Je suis vieille et je n’ai pas l’habitude, c’est tout. Ça va me prendre un peu de temps pour m’y faire. J’aimerais les y voir, eux.
    Elle regarda tristement le mur. Et Gaëlle tristement Yan.
    — T’es belle, Yan. »

    « Gaëlle haussa les épaules. Pourquoi, pourquoi… Parce que la vie.
    De son index noueux, Yan tapota l’espace entre les seins de sa petite-fille :
    – La confiance, c’est là.
    De même sur son front.
    – Pas là. Quand on a quelque chose ici (elle tapota de nouveau l’endroit du cœur), on n’abandonne pas, même si là (rebelote le front), ça travaille. Si tu l’écoutes (le cœur), elle (la tête) finira par se taire. Et puis l’envie… »

    « Je suis en vie. Pour combien de temps? Je ne suis pas sénile, je vois bien que je pars. C’est long. Attendre que ça vienne. Si je pouvais, je débrancherais leur maudit tuyau qu’ils m’enfoncent toutes les semaines dans le robinet. Je lui ai dit, à la doctoresse, que je n’en voulais plus de son machin. La vie m’est pénible, mon corps ne m’écoute plus, j’ai mal au dos à force d’être dans ce lit, je n’arrive même pas à me retourner toute seule, ras le bol qu’on me nettoie.
    Qu’on me laisse partir.
    La docteure ne veut rien savoir. À l’écouter, ce ne serait pas à moi de décider. À qui, alors? À eux? De quoi ils se mêlent ? »

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    Née à Paris en 1981 à Paris, je suis l’auteur de “Parfois on tombe” (éditions Favre, janvier 2014, lauréat du Prix de la Chapelle-Montreuil 2015), “Un sac” (éditions Milady/Bragelonne, 2017), “Chaînes” (auto-édition, juin 2015), “Une bonne intention” (éditions Bragelonne, 2018, prix des Géants du Polar), “Avec elle/sans elle” (en collaboration avec Amélie Antoine, éditions Michel Lafon, 2018), “Miracle” (éditions Cosmopolis, 2019). “Il faut beaucoup aimer les gens” (Plon, 2022) est finaliste du Prix Maison de la Presse 2022.
    Rue du Rendez-Vous” (Plon, 2021), est mon sixième roman.

    J’aime créer des personnages alambiqués animés d’une « folie douce » à la limite de la normalité et mettre en scène les points de rupture, ces moments qui semblent anodins et au cours desquels, pourtant, tout bascule. Il faut dire que les démons se plaisent à s’immiscer dans notre quotidien sans crier gare. Et ces monstres du commun, je suis persuadée que la littérature peut les attraper.

    J’espère que mon univers vous plaira. Je suis évidemment ravie de l’intérêt que vous me portez en naviguant sur cette page et je fais le voeu de vous garder longtemps à mes côtés.

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