Amour, Émotion

Rosa Candida

de Audur Ava Ólafsdóttir
Poche – 7 mai 2015
Éditions : Points

Dans le monde d’Arnljótur, vingt-deux ans, il est question de boutures, de graminées et surtout de sa fierté, les roses à huit pétales, les Rosa candida. Sa passion dans la vie : le jardin et les fleurs. Une nuit, dans une serre, Arnljótur et Anna s’aiment. Ils se connaissent à peine, pourtant leurs existences en seront chamboulées à jamais car, en Islande, les filles naissent bien dans les roses…

Avec Rosa Candida, Audur Ava Ólafsdóttir nous offre un roman délicat et lumineux, une invitation au voyage aussi bien intérieur que géographique. L’histoire suit Arnljótur, un jeune Islandais passionné de botanique, qui décide de quitter son pays natal pour rejoindre un monastère inconnu et y cultiver une roseraie légendaire. Ce périple, né du besoin d’échapper au deuil de sa mère et de trouver sa propre voie, prend une tournure inattendue lorsqu’il se retrouve confronté à son passé : la naissance de sa fille, fruit d’une aventure éphémère.

Tout au long de ce récit, l’auteur dépeint avec une grande délicatesse le cheminement d’Arnljótur vers l’acceptation et la responsabilité, à travers une prose douce et épurée. Son rapport aux plantes, à la beauté et au temps qui passe devient une métaphore subtile du cycle de la vie, où chaque fleur symbolise une renaissance, une possibilité d’amour et d’épanouissement.

Ce roman, tout en retenue et en poésie, évoque la fragilité des liens humains et la manière dont les rencontres les plus inattendues façonnent nos destinées. Il n’y a ni grands bouleversements ni effusions dramatiques, juste la beauté des choses simples, la tendresse des instants partagés et la lente transformation d’un homme qui apprend à aimer et à se laisser aimer.

Un livre touchant par sa sobriété et son humanité. Rosa Candida est une ode à la transmission et à la délicatesse des sentiments, porté par une écriture qui caresse plutôt qu’elle ne secoue. Une lecture apaisante, qui laissera une empreinte douce et durable.

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Extraits :

« Papa ne croit pas aux coïncidences, du moins pas quand il s’agit des événements primordiaux de l’existence, comme la naissance et la mort ; la vie ne s’allume pas, ni ne s’éteint comme ça, par hasard, dit-il. Il ne peut pas comprendre que la conception puisse résulter d’une rencontre fortuite, que l’occasion de coucher avec une femme puisse se présenter à l’improviste, pas plus qu’il ne peut comprendre que la mort puisse résulter d’une flaque d’eau ou de gravillons dans un virage, quand on peut se référer à autre chose: aux chiffres et aux calculs arithmétiques. »

« Après avoir vécu en l’espace de trois jours la mort et la résurrection ainsi que des échanges avec trois infirmières aux yeux marron, je suis renvoyé dans mes foyers muni d’une boîte contenant quatre cachets roses anti-douleur. »

« Si ce n’avait été l’odeur et le contact de ce corps tendre de bébé, j’aurais trouvé tout cela complètement irréel, comme si j’avais regardé un film. Je m’efforçai de manifester du soutien à la mère de mon enfant et lui tapotai l’épaule. Elle avait les yeux brûlants, comme si elle avait traversé une épreuve que je ne pourrais jamais comprendre. L’enfant – je m’essayais aux mots ma fille – était incroyablement menue et jolie, comme une poupée de porcelaine. »

« Tu avais commencé à marcher à dix mois, alors que Jósef dormait toujours.
— Ta mère était beaucoup avec toi. Moi, j’étais plus avec ton frère. Nous nous partagions la tâche.
Ta maman et toi, vous parliez beaucoup ensemble tandis que Jósef et moi, nous nous taisions ensemble. Ça marchait très bien comme ça. »

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Auður Ava Ólafsdóttir est une romancière islandaise.

Elle fait ses études en histoire de l’art à la Sorbonne à Paris et a longtemps été maître-assistante d’histoire de l’art à l’Université d’Islande.

Directrice du Musée de l’Université d’Islande, elle est très active dans la promotion de l’art. À ce titre, elle a donné de nombreuses conférences et organisé plusieurs expositions d’artistes.

Rosa candida (« Afleggjarinn », 2007) est son troisième roman après Le rouge vif de la rhubarbe (« Upphækkuð jörð », 1998) et L’Embellie (« Rigning í nóvember », 2004) qui a été couronné par le Prix de Littérature de la Ville de Reykjavík.

Rosa candida a reçu deux prix littéraires: le Prix culturel DV de littérature 2008 et le Prix littéraire des femmes (Fjöruverðlaun). Ce roman a été traduit en anglais, danois, allemand, néerlandais, espagnol. Il a également obtenu le Prix des libraires du Québec 2011.

Le Théâtre national islandais a produit sa première pièce de théâtre Les enfants d’Adam à l’automne 2011.

Elle reçoit en 2016 le Prix littéraire des jeunes Européens pour son roman L’exception (« Undantekningin », 2012) et en 2019, le Prix Médicis étranger pour son roman Miss Islande.

Audur Ava Ólafsdóttir vit à Reykjavík avec ses deux filles.

Amour, Émotion, Drame

La plus jolie fin du monde

de Solène Bakowski
Broché – 6 février 2025
Éditions : Éditions Récamier

Méfiez-vous des vieilles histoires.
Certaines ricochent jusqu’à nous.

Quand Gaëlle apprend que sa grand-mère, Yan, vient d’être vistime d’un AVC, elle court la rejoindre sur son île en Bretagne.
À l’hopital, Yan se trompe d’époque, de lieu, voit des choses qui n’existent pas. Dans ses propos décousus auxquels personne ne prête attention, un détail interpelle Gaëlle : un signe, que la vieille femme affirme avoir reçu après 55 ans, 6 mois et 17 jours d’attente. De quoi parle-t-elle ? D’où vient ce décompte si précis ? Gaëlle tente de résoudre le mystère.
Yan semble suspendue entre deux mondes, mais qui sait ? Peut-être n’est-on jamais aussi clairvoyant qu’à l’heure de s’envoler…

En embellissant les derniers instants de celle qui lui a tout donné,
une jeune femme va enfin trouver un sens à sa vie.

Certains romans ont ce pouvoir rare de marquer profondément, et La plus jolie fin du monde de Solène Bakowski en fait indéniablement partie. Dès les premières pages, l’auteure nous entraîne dans une histoire où l’humanité et la résilience occupent une place centrale. On y suit un destin bouleversant, celui d’un personnage en quête d’apaisement et de sens, au milieu d’un monde à la dérive.

Avec une écriture d’une grande sensibilité, Solène tisse une intrigue à la fois intime et universelle, où chaque phrase résonne comme une note suspendue entre douleur et espoir. Elle explore avec finesse les blessures de l’âme, la solitude, mais aussi la force de de l’amour et la puissance des liens familiaux, parfois obscurcis par des secrets enfouis. Son récit, à la fois lumineux et poignant, nous rappelle que même dans les épreuves les plus sombres, il existe toujours une lueur d’espoir.

Ce roman est bien plus qu’un voyage, c’est une traversée des âmes et du temps, une plongée au cœur des non-dits et des émotions les plus profondes. Chapitre après chapitre, il nous pousse à réfléchir sur la condition humaine, sur ces histoires qui se transmettent et ces mémoires qui façonnent nos vies. Loin du mélodrame, La plus jolie fin du monde est une ode à la résilience et à l’acceptation, un texte poignant qui laisse une empreinte durable et ravive des souvenirs bien après avoir tourné la dernière page.

Une fois de plus, je referme un roman de Solène Bakowski bouleversé, emporté par sa plume à la fois sensible et percutante. Elle prouve, avec une grâce inégalable, son talent à saisir l’essence des émotions humaines.
✨ Un véritable coup de cœur pour ce roman magistral, à lire absolument !

Merci Solène.
Grâce à toi, je m’aime, je t’aime et j’aime toutes les autres personnes, un peu plus…

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Extraits :

« Le petit banc de pierre surplombe la grève depuis des lustres. D’aucuns prétendent qu’il était là bien avant qu’on n’érige la maison en granit. D’autres affirment au contraire que c’est la maison qui est arrivée en premier. Laissons-les à leurs hypothèses, tout fout le camp, et la mémoire en particulier. Ce qui est sûr, c’est que ce petit banc de pierre en a enterré un certain nombre et en enterrera beaucoup d’autres. Ce n’est pas gai mais ce n’est pas triste. C’est ainsi, voilà tout. »

« “Tu fais ta crise, ricanait alors sa mère, c’est normal, c’est hormonal.”
Gaëlle criait, tapait dans les murs, des objets volaient à travers la pièce, elle claquait la porte et sortait se calmer dehors tandis que maman se navrait de l’ingratitude de sa progéniture.
Puis, invariablement, la pitié dissipait la colère. Pauvre maman cassée, à l’ouest, bouffie de médicaments et de vodka, condamnée au manque à perpétuité. Sa mère avait raison, Gaëlle n’était qu’une sale gosse égoïste et perturbée.
“Tu peux pas comprendre, répétait sa mère, ta vie à toi est devant.” »

« – Elle m’emmerde, cette punaise-là. Ils veulent me refourguer des antidépresseurs. Mais je ne suis pas déprimée. Je suis vieille et je n’ai pas l’habitude, c’est tout. Ça va me prendre un peu de temps pour m’y faire. J’aimerais les y voir, eux.
Elle regarda tristement le mur. Et Gaëlle tristement Yan.
— T’es belle, Yan. »

« Gaëlle haussa les épaules. Pourquoi, pourquoi… Parce que la vie.
De son index noueux, Yan tapota l’espace entre les seins de sa petite-fille :
– La confiance, c’est là.
De même sur son front.
– Pas là. Quand on a quelque chose ici (elle tapota de nouveau l’endroit du cœur), on n’abandonne pas, même si là (rebelote le front), ça travaille. Si tu l’écoutes (le cœur), elle (la tête) finira par se taire. Et puis l’envie… »

« Je suis en vie. Pour combien de temps? Je ne suis pas sénile, je vois bien que je pars. C’est long. Attendre que ça vienne. Si je pouvais, je débrancherais leur maudit tuyau qu’ils m’enfoncent toutes les semaines dans le robinet. Je lui ai dit, à la doctoresse, que je n’en voulais plus de son machin. La vie m’est pénible, mon corps ne m’écoute plus, j’ai mal au dos à force d’être dans ce lit, je n’arrive même pas à me retourner toute seule, ras le bol qu’on me nettoie.
Qu’on me laisse partir.
La docteure ne veut rien savoir. À l’écouter, ce ne serait pas à moi de décider. À qui, alors? À eux? De quoi ils se mêlent ? »

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Née à Paris en 1981 à Paris, je suis l’auteur de “Parfois on tombe” (éditions Favre, janvier 2014, lauréat du Prix de la Chapelle-Montreuil 2015), “Un sac” (éditions Milady/Bragelonne, 2017), “Chaînes” (auto-édition, juin 2015), “Une bonne intention” (éditions Bragelonne, 2018, prix des Géants du Polar), “Avec elle/sans elle” (en collaboration avec Amélie Antoine, éditions Michel Lafon, 2018), “Miracle” (éditions Cosmopolis, 2019). “Il faut beaucoup aimer les gens” (Plon, 2022) est finaliste du Prix Maison de la Presse 2022.
Rue du Rendez-Vous” (Plon, 2021), est mon sixième roman.

J’aime créer des personnages alambiqués animés d’une « folie douce » à la limite de la normalité et mettre en scène les points de rupture, ces moments qui semblent anodins et au cours desquels, pourtant, tout bascule. Il faut dire que les démons se plaisent à s’immiscer dans notre quotidien sans crier gare. Et ces monstres du commun, je suis persuadée que la littérature peut les attraper.

J’espère que mon univers vous plaira. Je suis évidemment ravie de l’intérêt que vous me portez en naviguant sur cette page et je fais le voeu de vous garder longtemps à mes côtés.

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Au plaisir de vous lire et d’échanger avec vous !

Amour, Émotion, Drame, Histoire vraie

Les victorieuses

de Laétitia Colombani
Poche – 3 juin 2020
Éditeur : Le Livre de Poche

Brillante avocate, Solène tente de se reconstruire après un burn out. Acceptant une mission bénévole d’écrivain public, elle est envoyée au Palais de la Femme, un foyer au cœur de Paris. Les résidentes s’appellent Binta, Sumeya, Cvetana, Salma ou la Renée et viennent du monde entier. Lorsqu’elles voient arriver Solène, elles se montrent méfiantes. Mais Solène est bien décidée à trouver sa place auprès de ces femmes aux destins tourmentés…
Un siècle plus tôt, Blanche Peyron œuvre en faveur des démunis. Elle a voué sa vie à l’Armée du Salut et rêve d’offrir un refuge à toutes les exclues de la société. Le chemin est ardu, mais elle ne renonce jamais.

Laetitia Colombani donne vie à ces victorieuses anonymes, à Blanche l’oubliée,
à toutes celles qui refusent de se résigner.

De magnifiques portraits.
Le Figaro littéraire.

Une ode à la sororité.
Le Parisien week-end.

Des héroïnes puissantes et radieuses.
Causette.

Une lecture à la fois bouleversante et revigorante.
Page des libraires.

Hier soir, j’ai voulu lire quelques lignes avant de m’endormir…
Je n’ai pas choisi le bon livre, Les victorieuses.
Ou peut-être que oui, finalement !

Que d’émotions !
Je suis déchiré entre le plaisir de ma lecture et la souffrance de ces femmes, bien réelles quelque part dans le monde…

Avec Les Victorieuses, Laétitia Colombani nous entraîne dans un récit poignant et rempli de poésie où deux destins de femmes, à un siècle d’intervalle, se croisent autour d’un même lieu : le Palais de la Femme, refuge pour celles que la société a brisées.

L’auteure tisse un roman à la fois engagé et lumineux, porté par une écriture fluide et sensible. À travers ces destins entremêlés, elle rend hommage aux oubliées, aux invisibles, mais aussi à celles qui, par leur courage, changent le cours de l’histoire. Solène et Blanche, chacune à leur manière, incarnent la force et la résilience, la capacité à se relever et à tendre la main aux autres. Ce roman, inspiré de faits réels, est un vibrant plaidoyer pour la solidarité et l’humanité. Il nous rappelle combien les combats pour l’égalité et la dignité sont encore d’actualité.

J’ai trouvé ce roman profondément inspirant. Après avoir lu “La tresse” Laétitia confirme pour moi qu’elle excelle dans l’art de raconter des histoires de femmes qui se battent contre l’adversité. Le parallèle entre Solène et Blanche est habilement construit et nous plonge dans deux époques avec la même intensité. J’ai particulièrement aimé la mise en lumière du Palais de la Femme, un lieu que je ne connaissais pas du tout mais ayant ici un rôle essentiel dans le récit.

Solène, avocate brillante mais à bout de souffle après un burn-out, trouve une nouvelle raison de vivre en devenant écrivain public pour les femmes en détresse. À travers elles, elle découvre des parcours de vie marqués par la violence, l’exil et l’exclusion. Blanche Peyron, héroïne oubliée de l’histoire, qui, au début du XXe siècle, s’est battue pour offrir un toit aux femmes sans abri en fondant ce refuge.
Deux femmes dans un roman intense, magnifique.

Les Victorieuses est un livre nécessaire, une lecture qui fait écho bien après avoir tourné la dernière page, qui fait du bien et qui donne envie d’agir.

Merci, Laétitia, de continuer à nous inspirer et à nous émouvoir.

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Extraits :

« Tout s’est passé en un éclair. Solène sortait de la salle d’audience avec Arthur Saint-Clair. Elle s’apprêtait à lui dire qu’elle ne comprenait pas la décision du juge à son encontre, ni la sévérité dont il venait de témoigner. Elle n’en a pas eu le temps.
Saint-Clair s’est élancé vers le garde-corps en verre et l’a enjambé.
Il a sauté de la coursive du sixième étage du Palais. »

« Le choc a provoqué une déflagration dans sa vie. Solène est tombée, elle aussi. Dans la chambre aux murs blancs, elle passe des jours entiers les rideaux fermés, sans pouvoir se lever. La lumière lui est insupportable. Le moindre mouvement lui paraît surhumain. Elle reçoit des fleurs de son cabinet, des messages de soutien de ses collègues, qu’elle ne parvient pas même à lire. Elle est en panne, telle une voiture sans carburant au bord de la chaussée. En panne, l’année de ses quarante ans. »

« Elle arrive en avance au rendez-vous, comme elle en a l’habitude. Un vieux réflexe datant du cabinet. La ponctualité est la politesse des rois. Elle a toujours respecté le dicton, en élève appliquée. Elle en a assez d’être la petite fille sage et parfaite. Elle aimerait ficher le camp d’ici, ne pas se présenter au foyer, ne pas s’excuser, se montrer une fois dans sa vie grossière et mal élevée. Et s’en moquer. »

« Ces petits, Léonard les a aimés, bercés et élevés comme les siens.
Il a vécu dix ans de bonheur à leurs côtés, avant qu’ils ne lui soient arrachés. C’est un fait, la société ne prévoit rien pour les beaux-pères et belles-mères abandonnés. Ni droit de garde, ni visite. Sans lien de parenté avec l’enfant, on n’a pas de statut. On n’existe plus. On disparaît, on s’efface de leur histoire comme une silhouette qui s’évanouit sur une photo ancienne, comme un visage dont on ne parvient pas à retenir les traits. »

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Cinéaste, scénariste, comédienne et romancière, Laétitia Colombani est l’auteure de La Tresse, vendu à plus de deux millions d’exemplaires dans le monde, traduit en quarante langues et couronné d’une vingtaine de prix littéraires. Elle a elle-même réalisé l’adaptation cinématographique de son roman (sortie le 29 novembre 2023).
Elle est aussi l’auteure des best-sellers Les Victorieuses (Grasset, 2019) et Le Cerf-volant (Grasset, 2021) ainsi que des albums jeunesse La Tresse ou le voyage de Lalita (2018), Les Victorieuses, ou le palais de Blanche (2021), et Le Cerf-volant ou l’école de Lalita (novembre 2023) illustrés par Clémence Pollet.
Elle écrit également pour la scène : sa pièce Le Jour du kiwi avec Gérard Jugnot est un grand succès au théâtre Edouard VII en 2023. En tant que comédienne, elle a tourné au cinéma pour Yvan Attal, Cédric Kahn ou Florent Emilio Siri.

Amour, Émotion, Témoignage

Bahie et Papou, Correspondance

Mai 2022, juillet 2023
de Germaine Raccah et Patricia Raccah
Broché – 8 mai 2024
Éditions : Les Cahiers de l’Egaré

Le dialogue entre deux sœurs est-il possible lorsque la schizophrénie vient brouiller les pistes en opposant deux réalités profondément divergentes ? L’échange de lettres entre Bahie et Papou, au-delà du lien sororal mis en évidence, relève d’un défi, celui d’une possible communication malgré le prisme déformant de la maladie. Cette correspondance, en cela, est une sorte de battle entre deux langages faisant alterner l’ombre et la lumière, la beauté et la douleur. Les deux sœurs Bahie et Papou ont-elles réussi dans l’échange à accéder à une meilleure perception de l’autre ? Laissons le lecteur en juger.


« Le bienfait dans le désarroi est presque équivalent léger ou lourd pour amoindrir une souffrance physique jusqu’au climat où transpire cette bouée de sauvetage que tu m’offres pour ne pas couler. Je suis, petite sœur, dans un profond mal-être en dépit des soins prodigués. Merci Papou de me permettre de bâtir notre lien salvateur et authentique. »
Germaine Raccah

« Vingt mille lieues au centre des cœurs, de la mémoire et du parfum des fleurs. Entre dragons et plantes carnivores, le noir et blanc des souvenirs, ponctuations de la douceur, nous avons aperçu le flou d’une Terre promise : votre inconnu se dévoilant. »
Alain Cadéo.

Bahie et Papou est bien plus qu’une simple correspondance entre deux sœurs, Germaine et Patricia Raccah. C’est un récit intime et bouleversant qui dévoile le lien indéfectible qui les unit, malgré l’épreuve de la schizophrénie. Ce livre explore avec une grande sensibilité la complexité de leur relation, mise à rude épreuve par la maladie.
À travers une correspondance sincère et souvent douloureuse, les deux sœurs nous ouvrent les portes de leur monde, où se mêlent amour, patience et incompréhension.

Chaque lettre est un témoignage vibrant de leur volonté de rester connectées, malgré les silences imposés par la maladie.

Le choix des Cahiers de l’Égaré d’éditer cette œuvre souligne encore une fois leur engagement envers une littérature profondément humaine et engagée.

La préface d’Alain Cadéo apporte une perspective précieuse, invitant le lecteur à méditer sur la fragilité des liens familiaux et sur le pouvoir des mots pour soigner les blessures invisibles.

Ce livre est une véritable ode à l’amour sororal et à la persévérance face aux épreuves. Il résonnera en chacun de ceux qui ont déjà éprouvé la complexité d’aimer dans l’adversité. “Bahie et Papou” va pour moi bien au-delà des mots, c’est un cri de colère et aussi un cri d’amour face à l’indicible.

Merci beaucoup Patricia pour cet ouvrage d’une rare intensité qui m’a profondément touché…

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Extraits :

« Ma chère Bahie,
Tu seras sans doute étonnée de recevoir cette lettre. Mais il fallait bien commencer un jour. Alors pourquoi ne pas choisir un premier mai pour faire le premier pas, celui de la mise en écho de nos vies respectives ?
Cette première lettre, tu l’as sans doute longtemps attendue, mais pour moi, le saut vers toi était difficile. Nos histoires réciproques étaient bien trop fortes.
Peut-être est-il temps de mettre aussi des mots sur ce qui, de toute évidence dépasse le simple lien de sororité. Et de décrypter mot après mot, page après page, la nature de cette complicité qui a su emjamber les épreuves les plus dures, les tiennes, douloureuses, les miennes, déstabilisantes, sans jamais faiblir. »

« Chère Papou,
Merci de ta première lettre qui m’assure de notre complicité et évoque plus encore qu’une adhésion furtive !
Je te trouve jolie et claire et je ne peux t’enfoncer dans mes errances. Mais, aller à l’essentiel, à te le dire, toi qui le sais, te toucherai-je encore par ce dont je n’ai presque jamais eu droit avec mon immense parcours dans la schizophrénie, la chair debout et moi-même envisageant des choses alors aussi dérisoires et dilacérées qu’un naufrage sérieux mouille aux bouquets et violettes saugrenues et vacille de roses qui grossissent, gonflent, dévorent une grosse folie et brins d’herbe dans l’Idée des corps pour une aile d’imbécillité alors qu’en elle, pulsions de flammes brûlantes et filles du feu sont fulgurantes, énormes, sous une feuille si douloureusement tordue dans le bruit épais, pour un animal de trottoir, incarner bien mal mon miroir dans cette muse de moi-même aux reins despotiques.
Je t’embrasse. »

« Ma chère Bahie,
Il est bien difficile de parler du bonheur, celui-là même que tu évoques et qui vient parfois se glisser subrepti-cement, alors que je n’ignore rien de ton combat quotidien pour affronter les démons qui continuent à te tourmenter.
Très innocemment, je crois pourtant qu’une pensée clairement adressée a pouvoir de véhiculer les intentions qu’elle contient. »

« Chère Papou, ma chérie,
Ce lien épistolaire que nous fondons pour nommer nos dires nous rend visibles l’une à l’autre et témoigne de notre authenticité, j’en suis sûre ! »

Patricia Rachat est professeur des écoles spécialisée. Elle s’occupe d’enfants déficients depuis de nombreuses années.

L’écriture, la peinture, la musique, mais aussi la danse, ont toujours occupé une place importante dans sa vie, lui permettant d’utiliser, selon les moments, le mode d’expression le mieux adapté à ce qu’elle cherche à exprimer. Cet intérêt croissant pour les arts, et sa conviction relative à leur nécessité dans la vie de tous, l’ont incitée à suivre une formation en conception et mise en oeuvre de projets culturels (université de Marseille) et un master 2 en art thérapie (université René Descartes à Paris).
Pour elle, peindre représente la magie de la création : il n’y a rien avant, il y a quelque chose après… Entre les deux, c’est une forme de fusion, une alchimie qui m’échappe presque totalement, mais où elle intervient quand même en rendant possible la création du tableau.

Germaine Raccah est une artiste aux multiples talents, ayant consacré sa vie à l’enseignement de la philosophie avant de se tourner vers les arts plastiques et la poésie. Elle est affiliée à l’Artame Gallery, où elle expose régulièrement ses œuvres. Sa pratique artistique englobe diverses techniques, notamment la peinture acrylique, la gouache, le pastel gras et sec, ainsi que l’aquarelle. Parmi ses créations, ses « livres objets » se distinguent, reflétant son univers unique qu’elle nomme son « musée de l’imaginaire ».

En collaboration avec sa sœur Patricia Raccah, Germaine a coécrit Bahie et Papou : Correspondance, un ouvrage publié en 2024 par les éditions Les Cahiers de l’Égaré. Ce livre présente un échange épistolaire entre les deux sœurs, explorant la complexité de leur relation face à la schizophrénie. La couverture de cet ouvrage est ornée d’une illustration à l’encre de Chine réalisée par Patricia Raccah, ajoutant une dimension visuelle à leur collaboration littéraire.

À travers ses diverses expressions artistiques, Germaine Raccah continue de partager sa vision du monde, mêlant réflexion philosophique et créativité artistique.

Amour, Émotion, Drame, Histoire vraie

L’enfant réparé

de Grégoire Delacourt
Poche – 8 mars 2023
Éditions : Le Livre de Poche

« Le jour où j’ai appris que j’avais été une victime, je me suis senti vivant. »


On a souvent dit de ses ouvrages qu’ils faisaient du bien. Lui-même a toujours su qu’il écrivait « parce que cela répare ». Que réparait Grégoire Delacourt ? Qui était son père, de plus en plus absent ? Et sa mère, qui l’éloignait chaque jour davantage ?…
Histoire d’une famille où l’on porte le déni comme une armure, L’Enfant réparé offre un éclairage unique sur le parcours d’un grand romancier. Où l’écriture est la seule échappatoire, permettant d’abord de fuir puis de dessiner, pas à pas, un chemin vers la faille originelle.

Au plus juste des mots, l’auteur nous offre un récit littéraire d’une lucidité exceptionnelle.

POSTFACE INÉDITE.

Grégoire Delacourt se livre avec pudeur, avec puissance,
et ne laisse pas de répit au lecteur.
Libération.

Un roman d’une violence tripale. Comme une colère sourde qu’il lui fallait hurler.
Ouest-France.

Une plongée en apnée.
Le Monde des livres.

Il ne va pas être facile de rédiger mon “Ressenti” mes yeux remplis de larmes. Je peux à peine voir mon écran, mes larmes trempent mes doigts ainsi que les touches de mon clavier.
Encore une fois, je pleure.
Lorsque je lis un livre, j’endosse souvent le rôle de l’autre, le héros, celui qui porte le récit. Alors, ce livre me faisait peur depuis qu’il était dans ma bibliothèque. Il était là, m’attendant, tandis que moi, je me cachais.
Je savais que je devais le lire, mais j’avais peur de ce que je pourrais y trouver. Vendredi soir, j’ai commencé.
La claque est arrivée très vite, j’étouffais et en même temps j’avais froid tout seul dans la chambre du haut. Je savais que je devais le lire seul, au calme. Dehors, il fait nuit depuis longtemps, mon téléphone affiche 2 h 33 lorsque je suis enfin en mesure de reprendre ma lecture. Je replonge dans mon enfance, ce récit est un peu le miroir de ma vie. Les noms sont différents, les rues et les villes aussi, mais il raconte la même histoire.
L’histoire de mon enfance.

Combien sommes-nous dans ce cas ? Combien d’enfants ont-ils souffert pour essayer de se construire du mieux qu’ils le pouvaient en devenant souvent des adultes défaillants ?
Car, hélas, tous ne seront pas réparés…

Grégoire Delacourt évoque son enfance et ces instants terrifiants qui ont modelé l’homme qu’il est aujourd’hui, avec beaucoup de pudeur. Le récit est fort, poignant et plein de courage. Il n’est pas évident de se révéler et de décrire certaines expériences qui ont souvent été « gommées » de notre mémoire pour pouvoir continuer à progresser. En remontant le fil de sa vie, Grégoire Delacourt se dévoile, en toute simplicité et objectivité, sans porter de jugement. Aujourd’hui, ses souvenirs profondément enfouis remontent à la surface, lui permettant de comprendre sa propre incapacité à aimer.
J’avais déjà lu certains de ses romans et, parfois, j’entrevoyais comme une faille.
Je m’étais trompé ! C’était un gouffre. Un gouffre au bord duquel il s’est accroché, a lutté, pour puiser la force nécessaire à l’acceptation de ses lâchetés et de ses traumatismes profondément enracinés dans son esprit. Être capable de les surmonter et peut-être enfin délivrés.

Un ouvrage très puissant qui, je l’espère, viendra en aide à d’autres “enfants” qui ont besoin encore et toujours d’être réparés…

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Extraits :

« Je regarde mon corps. Cette chair vieille de soixante ans.
La peau plus fine autour des yeux. Les relâchements, dans le cou. Les veines qui affleurent. S’entortillent comme un lierre autour de la jambe. Les griffures. L’ancienne trace du ciseau à l’intérieur de mon avant-bras droit a laissé une cicatrice claire. On dirait un long cheveu blanc. Les autres blessures, sans doute moins profondes, se sont estompées au fil des années. »

« Le principal dommage collatéral de ce qui a été pris à mon corps d’enfant est d’avoir fait de moi un adulte handicapé de l’amour – ce mot girouette. »

« J’ai commencé à l’écrire le jour où il a été question de commencer à guérir parce que ma souffrance devenait contagieuse. Le jour même où j’ai vu ce psy qui porte le nom d’un oiseau. Les mots que je lâchais sur le divan se télescopaient avec ceux de mon livre, parfois s’y cognaient ; le livre se disait, la parole s’écrivait. »

« Mon corps ne porte que les traces du temps. Celles des coups résident à l’intérieur, tout comme ma douleur et ma colère. »

« J’ai souffert sans raison presque l’intervalle d’une vie.
Le médecin de famille ne soupçonnait rien. Énergie bouillonnante, bafouillait-il toujours. Alors un premier psy, alors le nitrazépam et le diazépam – substances chimiques qui peuvent “provoquer une idéation paranoïde ou suicidaire et altérer la mémoire, la faculté de jugement et la coordination”.
J’avais onze ans quand j’ai commencé. Un demi-cachet de chaque. Au début. »

« Aujourd’hui, alors que s’est achevé cet opéra ténébreux, je ne suis pas en colère qu’il n’ait pas souffert, qu’il se soit juste endormi, confortablement, face à son petit mur jaune, sans que son corps convulse, résiste ou se batte, qu’il ait simplement levé les bras, rendu les armes, baissé la tête, car les lâches n’auront jamais aucune gloire. »

Grégoire Delacourt a publié onze romans dont L’Écrivain de la famille (Lattès, 2011, Prix Marcel Pagnol 2011, Prix Carrefour du Premier Roman 2011, Prix Coeur de France 2011), La liste de mes envies (Lattès, 2012, traduit en 35 langues, adapté au cinéma par Didier Le Pêcheur en 2014), ou encore L’enfant réparé (Grasset, 2021).

Amour, Émotion, Drame, Suspense

Ainsi gèlent les billes de savon

de Marie Vareille
Poche – 17 mai 2024
Éditeur : CHARLESTON

« Certains choix nous définissent à tout jamais, celui-ci en fait partie. À partir d’aujourd’hui, je peux bien écrire la neuvième symphonie, sauver le monde d’une troisième guerre mondiale ou inventer le vaccin contre le sida, on ne retiendra de moi que cet acte innommable. Puisses-tu un jour me pardonner. »

De Paris aux volcans ensoleillés d’Indonésie en passant par un petit campus américain à la frontière canadienne, de vibrants portraits de femmes aux destins entrecroisés se dessinent. Quel secret les unit ? Quelle est leur véritable histoire ?

De sa plume délicate et addictive, Marie Vareille nous offre une merveilleuse histoire d’amour, d’espoir et de résilience.

« Un beau cheminement, sensible et lumineux… émaillé de suspense ! »
Maxi

« Un véritable ascenseur émotionnel. Un régal ! »
20 Minutes

PRIX CHARLESTON POCHE 2022

J’ai englouti ce livre en quelques heures.
Une fin magnifique. Un bel hommage à la maternité, mais pas uniquement !

Marie Vareille a indéniablement un grand talent. Elle a conçu son roman comme un thriller, truffé de secrets, mais également empreint de tendresse et de délicatesse. Un récit à plusieurs voix qui s’entrecroisent constamment, n’hésitant pas à nous égarer si on baisse notre vigilance ne serait-ce qu’un instant, jusqu’à une conclusion éclatante.

Un ouvrage qui met en avant toutes les femmes sans exception et à coup sûr, devrait susciter un sentiment de honte chez tous les hommes ! Ça a été mon cas. Comment pourrait-on, à l’issue de cette lecture, pouvoir envisager être l’égal de nos conjointes ?
J’ai d’abord été étonné par le ton plus sombre comparé à ses autres ouvrages. C’est émouvant, parfois brutal, tout en étant empreint de beauté et de vérité. Marie a su trouver des mots justes, et la magie a nouveau opéré. D’ailleurs, au fur et à mesure de ma lecture, « Ainsi gèlent les bulles de savon » a peut-être fini par s’imposer comme son meilleur ouvrage. Étant en apnée pendant quasiment toute ma lecture, Marie libère à la fin une énorme explosion d’oxygène !

Une jeune femme a abandonné tout ce qu’elle avait. Elle est anéantie, totalement désorientée, épuisée. Elle a emporté quelques objets, abandonnant son enfant, son domicile, son époux, tout ce qu’elle avait… Cependant, et c’est tout à fait compréhensible, elle ne peut s’empêcher de penser à son enfant. Sans cesse.
Trois femmes.
Une jeune femme enceinte pour la première fois, une jeune étudiante qui vit seule avec son père, professeur de littérature, et une jeune maman qui vient d’abandonner son nourrisson. À priori il ne semble pas y avoir de lien entre. Mais au final, elles partagent toutes un point commun : la littérature !

Marie, je te remercie pour ce roman poignant et fort, qui, malgré une certaine amertume, se distingue par une plume sensible et brillante.
Un ouvrage que je recommande vivement…

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Extraits :

« Je vais être Maman. Moi, Claire Perrin, fille unique qui ai passé la plus grande partie de mon enfance seule avec ma mère, à m’inventer des frères et sœurs imaginaires avec qui partager mon goûter, je vais fonder la famille dont je rêve depuis ma première poupée. Je ris à travers mes larmes. Je pose les mains sur mon ventre. Tu es là. Tout va changer.
Tout a déjà changé. Je replace le capuchon sur le test et sors des toilettes. »

« Mon enfance a été faite d’étranges allers-retours entre instants de douceur et moments de terreur. J’ai ainsi appris à être nostalgique du présent, à regarder, impuissante, le bonheur glisser entre mes doigts, trop consciente qu’il était éphémère, et désespérée de le retenir sans jamais y arriver. Voilà d’où vient ce qu’ils appelaient ma mélancolie : je vivais dans l’attente que le monde s’effondre et il s’effondrait tous les soirs, quand mon père rentrait du travail. »

« J’ai gardé des dizaines de carnets noircis de citations, d’extraits de livres qui m’ont marquée. Je rentrais en courant de l’école pour avoir un peu plus de temps pour lire. Je lisais à table, le soir et le matin, dans mon bain, sous la table en classe et en marchant dans la rue. Rien d’autre ne m’intéressait. »

« Je suis doté d’une sensibilité absurde, ce qui érafle les autres me déchire. » Je suis hypersensible et je me suis reconnue dans la citation, votre personnage et votre histoire… »

« — Tout ce que tu ressens, c’est un don. Il est à l’origine du requiem de Mozart, des pyramides d’Égypte et du plafond de la chapelle Sixtine. Ce sont les gens comme toi qui voient la vérité du monde, pas ceux qui te disent de contrôler tes émotions. »

Marie Vareille est née en Bourgogne en 1985 et vit aux Pays-Bas avec son mari et ses deux filles. Elle est l’autrice de plusieurs best-sellers totalisant près d’un million de ventes dans le monde. Son roman Désenchantées, paru en 2022 aux éditions Charleston et en 2023 au Livre de Poche, a remporté le Prix des lecteurs Système U, ainsi que le Prix des lecteurs de la librairie Lamartine. La Vie rêvée des chaussettes orphelines a reçu le Prix Charleston poche 2020 et le Prix des Petits mots des libraires 2021. Ses livres sont traduits dans plus de dix pays.

Elle est également l’autrice, aux éditions Charleston, de Je peux très bien me passer de toi (Prix Confidentielles), Ainsi gèlent les bulles de savon et Désenchantées.

Elle a reçu de nombreux Prix en littérature jeunesse pour sa trilogie « Elia la Passeuse d’âmes » et son roman Young Adult « Le syndrome du spaghetti » a été récompensé du Prix Babelio en 2021 et figure dans la sélection du Prix des Incorruptibles 2022-2023, organisé tous les ans en partenariat avec le Ministère de la culture et l’Éducation Nationale.

Amour, Émotion, Drame, Histoire

La dame d’Aquitaine

Le destin d’une femme de caractère dans un siècle d’hommes
de Jacquie Béal
Broché – 21 février 2024
Éditions : Terres de l’Ouest

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Aquitaine, 1637.
Altaïre de Claviérac est élevée dans une grande liberté, bien loin des règles de bienséance de la noblesse. Indépendante et farouche, elle monte à cheval comme un garçon, jure comme un homme d’armes, chante comme un troubadour et rêve d’épopées comme un chevalier…
Mais l’Histoire est en marche. Les violences de la Fronde vont tout bouleverser et, à la mort de ses parents, Altaïre est forcée de quitter le monde de l’enfance pour se soumettre aux règles strictes qui régissent l’éducation des jeunes filles du siècle. Sous la tutelle d’un oncle auquel elle ne veut pas se soumettre, elle est envoyée au couvent. Mais bien vite, on nourrit d’autres ambitions pour elle… Son destin paraît scellé, mais Altaïre ne renonce jamais : la liberté et le bonheur doivent se conquérir…

 

• Couv_2024-095_Béal Jacquie - La dame d'Aquitaine

 

Après ma lecture de De sang et d’encre, j’avais hâte de retrouver la prose élégante de Jacquie Béal.
Avec La Dame d’Aquitaine, on ressent très vite l’amour qu’elle a pour ses divers personnages, mais aussi pour l’Histoire avec un très grand H !

L’autrice m’a emmené sans aucune difficulté, au gré des pages aussi éducatives que divertissantes à travers la vie compliquée d’une jeune fille, Altaïre de Claviérac, issue d’un amour passionnel, orpheline de mère, un père éperdu de chagrin complètement “absent”, qui vis en Aquitaine en 1637. Dernièrement, mes lectures sont très axées vers les femmes dans l’histoire, leurs rôles, leurs droits… J’ai pris beaucoup de plaisir à croiser son chemin.
Altaïre a du caractère et à du mal à se soumettre dans un quotidien qui va lui priver de liberté, seuls les hommes décident du sort des femmes ! Mais qui est-elle pour vouloir changer tout ça ?
Elle vivra ainsi de nombreuses épreuves, qui vont la rendre à chaque jour un peu plus forte, mais à chaque fois, elle retombe bien bas lorsqu’on lui fait comprendre qu’elle n’est qu’une femme. Même son époux, alors qu’ils s’aiment éperdument, s’oppose à elle, à ses envies, à ses passions régulièrement, pour lui aussi rien n’sera facile…

Mais le temps joue pour elle, elle se transforme doucement en une belle grande dame, très attachante, aimée par tout son entourage. Ce récit passionnant aux dialogues superbes est aussi une romance historique très forte entre deux êtres qui se sont trouvés, malgré leurs différences, et les obligation de la bien séance.

Impossible de ne pas se prendre d’affection pour Altaïre, dans ce roman extrêmement bien documenté, où l’autrice pousse aussi le plaisir des mots par l’utilisation du langage régional de l’époque. J’ai craqué !
Comment ne pas le recommander vivement aux passionnés de l’histoire, à celles et ceux qui s’intéressent aux femmes qui n’ont peur de rien !

Quel sera le futur de la petite sauvageonne ?
Arrivera-t-elle à s’intégrer dans le peu de place qui lui est réservé ?
Acceptera-t-elle de se soumettre comme tant d’autres autour d’elle, sans jamais montrer ses réelles émotions ?

Je pense qu’Altaïre a dû en faire voir de toutes les couleurs à Jacquie, avant qu’elle ne puisse nous proposer ce roman qui vous tend grandement les bras !
Mais heureusement, c’est pour notre plaisir…

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Extraits :

« Leur passion était de celles qui travestissent la réalité. Abélard avait vu en Héloïse une étoile, et, contre l’avis de leurs deux familles, il l’avait enlevée, épousée et emportée dans son château !
Abélard, vicomte de Claviérac. Son prénom parlait pour lui, et Héloïse de Tormintal avait vraiment cru que le sort la favorisait quand elle l’avait rencontré. Il ne pouvait qu’être cet amant parfait dont parlent les romans courtois. Le hasard fait toujours bien les choses, tout le monde le sait, et c’est le hasard qui avait réuni ces deux-là.
Héloïse et Abélard. Une promesse de bonheur, en somme. »

« – Méfie-toi des curés, petite, ce sont tous des graines de Satan !
Il faut dire que de son aventure avec le curé de sa paroisse d’origine, Augustine avait déduit que les hommes en général, et les prêtres en particulier, étaient des êtres dangereux et pervers qui profitent de vous et vous chassent de leur vie dès que bon leur semble. »

« Depuis plusieurs semaines, elle s’était pliée à toutes les consignes. Elle avait dû apprendre à monter, à chevaucher et à descendre de sa monture sans relever ses jupes, et voilà qu’elle devait se rendre aux écuries à l’heure du repas, alors qu’elle avait réalisé une prestation digne d’éloges ! Quand la laisserait-on en paix ? Pourquoi inventait-on toujours de nouvelles exigences ? »

« – Je sais que si le choix de mon père s’est arrêté sur elle, c’est qu’elle vient d’une noble lignée, qu’elle est de bonne race.
– De bonne race ? Vous ne parleriez pas autrement d’une chienne de chasse ou d’une jument poulinière !
Elle était furieuse. La conversation qu’elle venait d’avoir avec son oncle et son parrain la rendait folle de rage, malade d’angoisse. Quel était ce monde où l’on mariait les jeunes gens sans tenir compte de leur avis ? »

 

Agrégée de Lettres et enseignante, Jacquie Béal se consacre à l’écriture. Elle vit en Périgord où se situe l’action de ses romans, notamment La dame d’Aquitaine et Le Temps de l’insoumise. Amoureuse du langage et de l’Histoire, grande et petite, elle fait vivre ses personnages dans l’atmosphère des siècles passés.

Facebook: @jacquiebeal

De sang et d’encre (2019, Terres de l’Ouest)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/08/05/de-sang-et-dencre/

Amour, Émotion, Drame, Roman

La tresse

de Laetitia Colombani
Poche – 30 mai 2018
Éditeur : Le Livre de Poche

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Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est réservé et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.
Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.

Difficile de ne pas être touché par ce très joli récit. Estelle Lenartowicz, Lire.

Laetitia Colombani maîtrise à l’évidence l’art de la narration. Florence Bouchy, Le Monde des livres.

Un roman dans lequel il y a tout. François Busnel, La Grande Librairie.

Prix Relay des voyageurs.

 

• Couv_2024-084_Colombani Laétitia - La tresse

 

Je vais faire quelque chose que je n’avais encore jamais faite.
Je vais vous dévoiler la dernière ligne du roman.
Pourquoi ?
Car rarement je n’avais ressenti autant d’émotion à la fin d’un récit…
“À cette pensée, elle sourit”.

Trois pays.
Trois destins.
Trois histoires qui s’entrelacent.
Trois femmes que la vie n’épargne pas. Elles ont décidé de se battre, elles ont choisi de ne pas se laisser faire.

C’est un superbe premier roman que nous offre Laetitia Colombani. Cela faisait un moment que je voulais voir le film, mais je voulais absolument lire le livre d’abord.
C’est fait. Je sais ce qui me reste à faire maintenant.

Une magnifique ode aux femmes.
À toutes les femmes.
Nos mères, nos femmes, nos filles où qu’elles vivent.
Avec “La tresse”, vous ferez la connaissance de Smita qui vit en Inde, de Giulia, jeune sicilienne et de Sarah, une brillante avocate au Canada. À priori, rien ne les relie, on pourrait même dire que tout les sépare, et pourtant… elles ne le savent pas encore, mais leurs destins sont liés à jamais.

Laetitia a su dans cette histoire habilement structurée et maîtrisée, sans tomber dans le pathos, me faire voyager dans des contrées peu connues, où malheureusement le “rôle” de la femme est encore à des années-lumière de ce qu’il devrait être.
Vous l’aurez compris, son récit m’a particulièrement touché, il est émouvant et très dur parfois, mais c’est vraiment la force d’esprit qui se dégage de l’ensemble que je retiendrai.

Très gros coup de cœur, que je regrette de ne pas avoir lu plus tôt…
À découvrir absolument !

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Extraits :

« Smita s’éveille avec un sentiment étrange, une urgence douce, un papillon inédit dans le ventre. Aujourd’hui est une journée dont elle se souviendra toute sa vie. Aujourd’hui, sa fille va entrer à l’école.
À l’école, Smita n’y a jamais mis les pieds. Ici, à Badlapur, les gens comme elle n’y vont pas. Smita est une Dalit. Intouchable. De ceux que Gandhi appelait les enfants de Dieu. Hors caste, hors système, hors tout. »

« Giulia saisit la clé et ouvre la porte. D’ordinaire, son père est le premier arrivé. Il tient à accueillir lui-même ses ouvrières – c’est ça, être le padrone, se plaît-il à répéter. Il a toujours un mot pour l’une, une attention pour l’autre, un geste pour chacune. Mais aujourd’hui, il est parti en tournée chez les coiffeurs de Palerme et des environs. Il ne sera pas là avant midi. Ce matin, Giulia est la maîtresse de maison. »

« Montréal, Canada.
L’alarme sonne et le compte à rebours commence. Sarah est en lutte contre le temps, de l’instant où elle se lève à celui où elle se couche. À la seconde où elle ouvre les yeux, son cerveau s’allume comme le processeur d’un ordinateur. »

« Smita, elle, a de la chance : Nagarajan ne l’a jamais battue, jamais insultée. Lorsque Lalita est née, il a même été d’accord pour la garder. Pas loin d’ici, on tue les filles à la naissance. Dans les villages du Rajasthan, on les enterre vivantes, dans une boîte, sous le sable, juste après leur naissance. Les petites filles mettent une nuit à mourir. »

 

Cinéaste, scénariste, comédienne et romancière, Laetitia Colombani est l’auteure de La Tresse, vendu à plus de deux millions d’exemplaires dans le monde, traduit en quarante langues et couronné d’une vingtaine de prix littéraires. Elle a elle-même réalisé l’adaptation cinématographique de son roman (sortie le 29 novembre 2023).
Elle est aussi l’auteure des best-sellers Les Victorieuses (Grasset, 2019) et Le Cerf-volant (Grasset, 2021) ainsi que des albums jeunesse La Tresse ou le voyage de Lalita (2018), Les Victorieuses, ou le palais de Blanche (2021), et Le Cerf-volant ou l’école de Lalita (novembre 2023) illustrés par Clémence Pollet.
Laetitia Colombani écrit également pour la scène : sa pièce Le Jour du kiwi avec Gérard Jugnot est un grand succès au théâtre Edouard VII en 2023. En tant que comédienne, elle a tourné au cinéma pour Yvan Attal, Cédric Kahn ou Florent Emilio Siri.

Amour, Émotion, Drame, Roman

Liv Maria

de Julia Kerninon
Poche – 3 mars 2022
Éditions : Folio

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“D’une certaine façon, la distance n’était plus la question, où qu’elle vive à la surface de la Terre, elle ne pourrait échapper au rayonnement du passé, aux conséquences de ses actes.”
Née sur une petite île bretonne, Liv Maria grandit au milieu des livres. À dix-sept ans, elle est envoyée à Berlin où, le temps d’un été, elle fait une rencontre qui bouleversera le cours de son existence. Éprise de liberté, elle deviendra tour à tour une amoureuse, une aventurière, une libraire, une mère, et connaîtra mille vies. Mais laquelle est véritablement la sienne ?

Julia Kerninon brosse le portrait éblouissant d’une femme qui, malgré un secret inavouable, cherchera sans cesse à réécrire son histoire.

 

• Couv_2024-075_Kerninon Julia - Liv Maria

 

Encore une très belle plume !
Décidément, les femmes prennent de plus en plus de place dans la littérature, et c’est tant mieux !

Enfant libre et solitaire, Liv Maria a 17 ans. Son père est Norvégien et sa mère française. Suite à une tentative d’agression sexuelle sur son île de naissance, ses parents la contraignent à l’exil chez une tante à Berlin le temps d’un été. Elle prendra des cours d’anglais en attendant la rentrée scolaire. Mais la rencontre avec son professeur d’origine irlandaise va bouleverser son existence.

Envoûté par l’héroïne dès les premières pages, forte dans son corps et dans son esprit, j’ai savouré ce récit très bien construit, pages après pages.
La liberté a un prix cher à payer, elle le sait, mais Liv Maria, l’accepte et assume les choix de son destin jusqu’à la dernière page.

Elle voyagera à travers le monde, entrera de plein pieds dans le monde des affaires, exercera plusieurs métiers et vivra plusieurs vies éprouvant sa vie sexuelle comme elle l’entend, sans aucun regret.
Pourtant…
Pourtant, au fond de son cœur, tout au fond, elle cache une blessure secrète qui ne pourra jamais cicatriser.
Partir, revenir, fuir, quitter, recommencer…
Une histoire éprouvante et difficile, mais ô combien émouvante et sensible.

Merci Julia, pour cette vision de femme qui a su me séduire dans un contexte qui m’a agréablement séduit !

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Extraits :

« Mes parents font l’amour et je ne suis pas encore là.
Quand ils escaladent l’escalier de leur chambre, juste après le déjeuner, et qu’ils s’enfouissent sous les duvets de leur lit bateau, je regarde les mouvements de reins de mon père et je m’étonne qu’un homme d’un mètre quatre-vingt-dix et de cent vingt kilos puisse onduler comme ça. Seuls les petits pieds de ma mère dépassent du cadre de bois sculpté. Secrètement, je m’imagine que, la nuit, mes parents retrouvent la même taille, que la nuit, ils sont égaux. »

« Même quand elle était enfant, elle était une enfant Tonnerre et les gens l’avaient respectée. À cause du café, à cause de sa mère, à cause de ses quatre oncles aux mains gigantesques, à cause de son père étranger à l’accent chantant. La richesse du monde l’émerveillait, son monde débordant de collines, d’eau salée et de moutons qui se tordaient le cou pour la regarder passer, à travers le nuage de poussière qui la suivait sans jamais la rattraper. C’était sa vie et elle en était pleinement satisfaite. »

« Non, à l’époque, elle ne savait pas, elle ne savait rien, elle se réveillait le dimanche matin à côté de Fergus et elle le regardait dormir, son corps compact contre lequel elle se lovait en cuillère, et au réveil, sa bonne humeur inattaquable, sa volubilité. Fergus à quarante ans.
Cette personnalité si expansive et si secrète à la fois, impénétrable. Sanguin. Chaleureux.
Tragique. »

« C’est Bettina qui avait pris l’appel, et quand elle avait annoncé la nouvelle à Liv Maria, à travers ses larmes, celle-ci était restée sans voix. Plus de parents. Plus jamais sa mère, plus jamais son père. Plus jamais la vie qu’elle avait connue avec eux. Plus jamais les odeurs familières, la mémoire commune, les doigts osseux de Mado entrelacés aux siens. Plus jamais l’enfance. »

Née en 1987 dans la région nantaise, Julia Kerninon est thésarde en littérature américaine. Son premier roman, Buvard, a reçu de nombreux prix, dont le prix Françoise Sagan. Elle a été lauréate de la bourse Lagardère du jeune écrivain en 2015.
Son deuxième roman, Le dernier amour d’Attila Kiss, a reçu le prix de la Closerie des Lilas en 2016.
En 2017, Julia Kerninon publie une courte autobiographie, intitulée Une activité respectable. Elle y raconte son enfance et sa passion pour l’écriture.
2018 parait Ma dévotion, qui retrace une histoire d’amour du début à la fin. L’auteure reçoit le prix Fénéon.
2020 sort Liv Maria, un portrait de femme qui remportera deux ans plus tard le prix Folio des libraires, organisé en partenariat avec Télérama.
2021, elle publie un essai, Le chaos ne produit pas de chefs-d’œuvre : les écrivains, le travail et la légende, issu de sa thèse et consacré à John Steinbeck, Ernest Hemingway et William Faulkner.
2022, elle publie un court roman autobiographique, Toucher la terre ferme, sur le fait de devenir mère tout en restant soi. Le roman sort en poche en août 2023.
2023, elle co-écrit l’ouvrage Mères sans filtre, publié chez Solar Editions, avec sept autres autrices dont Camille Abbey, Renée Greusard et Claire Tran. Elle y raconte son expérience de la maternité et les difficultés inhérentes.
Le 17 août 2023, elle sort son septième roman intitulé Sauvage. Le roman dresse le portrait d’une femme forte, à l’image de deux de ses précédents romans Liv Maria et Ma Dévotion. Il raconte l’histoire de la mère de famille et cheffe de restaurant Ottavia Selvaggio, dont le nom de famille veut dire sauvage en italien et dont les choix de vie sont remis en cause par le retour d’un ancien amant.

Amour, Émotion, Humour, Poésie

Le ciel au ventre

de Alain Cadéo
Broché – 25 juillet 2024
Éditions : Les cahiers de l’Égaré

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Échographie. Premier cliché de face. Impressionnante silhouette. Dix centimètres, trente cinq grammes, deux mois et demi. Là les yeux, le nez, la bouche, les épaules, les bras, sortes de taches noires, comme un test de Rorschach, vague ressemblance avec une figure Sépik ou peut-être un dessin de la mythologie Eskimo. J’opterais plus volontiers pour une sorte d’amulette indienne. Voilà ce que je vois de toi. C’est aussi impressionnant qu’une esquisse primitive sur la paroi d’une caverne.
Genèse de l’homme. Ta représentation est digne d’un grand peintre sorcier. Chaman sortant du vide, tu te dessines à l’effigie de tous les premiers arts sacrés.

 

• Couv_2024-074_Cadéo Alain - Le ciel au ventre

 

Alain Cadéo fera définitivement partie des auteurs qui auront marqué mon esprit, qui auront marqué mon sang.

Tout d’abord un grand merci à Martine Cadéo ainsi qu’aux Cahiers de l’Égaré pour ce cadeau inestimable…
Alain m’a permis une nouvelle fois, de partir à travers ses lignes, dans ce monde qui était le sien, un monde rempli d’images, un monde vrai, sans concession.

Qu’il y a-t-il de plus fort qu’une déclaration d’amour ?
“Le ciel au ventre”.
Dans cette correspondance qui durera sept mois, Alain s’adresse à son fils emmitouflé bien au chaud dans le ventre de sa mère. Sept mois, à la faveur de la nuit, où les échanges et les silences leur permettront de devenir père et fils. C’est émouvant, c’est touchant…
Cette réédition d’un livre publié il y a 30 ans, Alain y tenait, il est malheureusement parti avant… Mais il nous laisse sa prose toute personnelle à laquelle il avait décidé de ne pas toucher, ”Et c’est très bien ainsi…”.

Les jours, les mois défilent pages après pages, ils sont poésie quand ils ne se transforment pas en musique, parfois même en silence dans la nuit, lorsque “Liouma” est endormie.
Une rencontre avec un petit être, Ludovic, qui grandit doucement, faire sa connaissance alors qu’il est dans le ventre de sa maman, en attendant le terme de son premier voyage.

Un livre au titre magnifique, inclassable où une fois encore, les mots se transforment en sons pour mieux résonner dans notre esprit, nous offrir l’essentiel, faisant ainsi pulser le vrai rythme de la vie.

Merci Alain…

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Extraits :

« Fouetté au sang par la passion des alphabets
je pars vers minuit dans cette délicieuse et tout à fait
inexplicable, envie de bâtir un langage.
Avec toi je veux aller chercher dans une zone claire
les plus beaux mots de l’univers.
À fleur de peau, les ramener afin que nous sentions
ce frisson impalpable de la vie en train de se faire.
Je suis devenu un pêcheur de concepts oubliés.
C’est ainsi que d’énormes poissons d’ombre
issus des fonds d’un lac glaciaire
viennent à la surface de mes pages. »

« Ta mère et toi, vous êtes juste au-dessus de ma tête. C’est un peu comme si je pilotais un sous-marin derrière ma fenêtre. Il est bon de vous savoir tous les deux endormis, rassurés, tandis que je vous fraye un chemin au fond de l’océan. »

« En ce moment, je m’éveille chaque matin avec un large sourire. Je suis heureux d’écrire sans savoir où je vais.
Je suis heureux de vivre pour la même raison. Le tout avance sans effort. »

« André Chouraqui a un mot merveilleux pour tous les défenseurs de causes perdues. Il les appelle les “mendiant de l’impossible”. Lorsqu’on mesure les divergences d’opinions entre une vingtaine d’individus cherchant à former une famille, on comprend mieux l’écrasante tâche que représente la volonté d’unir juifs, musulmans et chrétiens. »

 

Alain Cadéo est l’auteur de nombreux ouvrages (nouvelles, romans, textes, pièces de théâtre), dont Stanislas (1983), premier prix Marcel Pagnol 1983 ou encore Macadam Epitaphe (1986), Plume d’Or Antibes et Prix Gilbert Dupé.

Il est avant tout un passionné des autres, des humbles, ceux qui lisent les mots, les portent et les défendent… Ses textes sont toujours exigeants, en perpétuelle recherche de chemins différents, à l’image de l’homme, singulier, sincère et altruiste, mais aussi inclassable, comme sa littérature.

Après avoir été notamment publié par Mercure de France, il est depuis 2018 publié par les Éditions La Trace.

Il vit à Évenos, en Provence.

Sa bibliographie complète est la suivante :

Les Voix de Brume (1982, nouvelles)
Stanislas (1983, roman)
La Corne de Dieu (1983, roman)
L’Océan vertical (1983, roman)
Le Mangeur de Peur (1984, roman)
Macadam Epitaphe (1986, texte)
Le Ciel au ventre (1993, texte)
Les Anges disparaissent (1998, roman)
Fin (1999, texte)
Et votre éternité sera la somme de vos rêves (2008, roman)
L’Ombre d’un doute (2008, théâtre)
Les Réveillés de l’ombre (2013, théâtre)
Zoé (2013, roman)
Chaque seconde est un murmure (2016, roman)
Des Mots de contrebande (Aux inconnus qui comme moi…) (2018, texte)
Comme un enfant qui joue tout seul (2019, roman)
Mayacumbra (2019, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/26/mayacumbra/
Lettres en Vie (2020, texte illustré)
Confessions (ou les spams d’une âme en peine) (2021, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/06/03/confessions-ou-les-spams-dune-ame-en-peine/
Arsenic et Eczéma (2022, théâtre)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/05/06/arsenic-et-eczema/
L’Homme qui veille dans la pierre (2022, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/09/08/lhomme-qui-veille-dans-la-pierre/
M (2023, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/08/m/
Billets de contrebande (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/03/04/billets-de-contrebande-inedits/