Émotion, Drame, Histoire

Power

de Michaël Mention
Broché – 4 avril 2018
Édition, STEPHANE MARSAN

1965. Enlisés au Vietnam, les États-Unis traversent une crise sans précédent : manifestations, émeutes, explosion des violences policières. Vingt millions d’Afro-Américains sont chaque jour livrés à eux-mêmes, discriminés, harcelés. Après l’assassinat de Malcolm X, la communauté noire se déchire entre la haine et la non-violence prônée par Martin Luther King, quand surgit le Black Panther Party : l’organisation défie l’Amérique raciste, armant ses milliers de militants et subvenant aux besoins des ghettos. Une véritable révolution se profile. Le gouvernement déclare alors la guerre aux Black Panthers, une guerre impitoyable qui va bouleverser les vies de Charlene, jeune militante, Neil, officier de police, et Tyrone, infiltré par le FBI. Personne ne sera épargné, à l’image du pays, happé par le chaos des sixties.

Un roman puissant et viscéral, plus que jamais d’actualité.

Avec Power, Michaël Mention nous plonge dans l’Amérique des années 1960-1970, une époque marquée par les luttes pour les droits civiques et la montée du Black Power. À travers ce récit captivant et minutieusement documenté, il retrace l’ascension et la chute de nombreux groupes mythiques de la soul, du Rn’B, les décès de chanteurs ou musiciens de rock, tout en explorant le climat politique et social qui a façonné cette période charnière.

Ce roman, à mi-chemin entre la fiction et le documentaire, résonne comme une fresque musicale et engagée où la soul et le funk ne sont pas seulement des genres musicaux, mais de véritables armes d’émancipation, des manifestes de liberté qui m’ont suivi durant toute ma lecture. Michaël Mention dresse un portrait brut et sans concession d’une Amérique gangrénée par le racisme, où la musique devient un cri de révolte et d’espoir.

Avec une plume rythmée et immersive, l’auteur capte l’essence d’une époque en mêlant habilement faits historiques, intrigues politiques et le parcours individuel de trois personnes, Charlene, Neil et Tyrone. Power est une œuvre vibrante, brûlante d’énergie et d’une rage contenue, qui interroge sur la place de la musique dans les luttes sociales et sur l’héritage du combat des Black Panthers.

Un roman puissant et particulièrement envoûtant, que j’ai dévoré en écoutant la bande-son suggérée par Michaël à la fin du livre. Celle-ci m’a accompagné en toile de fond durant deux ou trois jours, même en dehors de ma lecture, me permettant d’en ressentir toute l’intensité. Des morceaux qui ont marqué mon enfance et qui ici prennent désormais une toute autre dimension…

Un sacré voyage dans le passé !

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Ça a foiré à cause de nous. Pas à cause du FBI, de la came, des gangs. Ils nous ont pourri la vie mais, le vrai problème, c’était nous. Trop pressés. Des siècles qu’on avait rien, alors on voulait tout et on a foncé. On était sur tous les fronts, tellement impliqués qu’on a rien vu venir.
L’envie, c’est ce qui nous a tués.
Pourtant, le pouvoir, on l’a eu. Ça a duré cinq ans. Ça peut paraître court, mais cinq ans tous les jours, toutes les nuits, c’est pas rien. On était si puissants que le pays a tremblé comme jamais auparavant. Les gens nous craignaient, alors que tout ce qu’on voulait, c’était l’égalité. La paix, enfin.
C’est pour ça qu’on s’est unis. Organisés. On avait nos codes, notre langage, notre journal, notre musique, notre cinéma, notre look, nos penseurs, nos écoles, nos cliniques, notre capitale, notre président, nos ministres, notre indépendance.
On était noirs.
On était libres.
On était les Black Panthers. »

« Notre but est de combattre les maux d’une société qui n’a pas réussi à étendre la fraternité à tous ses membres! Ce qui ne veut pas dire que nous sommes contre le blanc, le bleu, le vert ou le jaune !
Nous sommes contre le mal ! Nous sommes contre la discrimination, contre la ségrégation ! »

« Je sais que vous vous demandez aujourd’hui « Combien de temps faudra-t-il encore ? » Je viens vous le dire ce soir ! Pour difficile que soit le moment, pour décevante que soit l’heure, ce ne sera pas long car la vérité, si elle est abattue, se relèvera toujours ! »

« Nous croyons que ce gouvernement raciste nous a volés et nous demandons ce qui nous est dû, quarante acres et deux mules. Ce que l’on nous a promis, il y a cent ans, en réparation pour le travail des esclaves et l’acharnement meurtrier contre le peuple noir. Nous accepterons un paiement en argent, qui sera distribué à nos nombreuses communautés. Les Allemands aident aujourd’hui les Juifs en Israël. Les Allemands ont assassiné six millions de Juifs. L’Amérique a pris part à l’assassinat de plus de cinquante millions de Noirs, c’est donc une modeste requête que nous faisons. »

Michaël Mention, né le 13 novembre 1979 à Marseille. Enfant, il se passionne pour le dessin. Adolescent, il réalise plusieurs bandes dessinées. Étudiant, il intègre un atelier d’écriture et rédige de nombreuses chroniques satiriques, avant d’écrire son premier roman qui paraît en 2008.
Passionné de rock, de cinéma et d’histoire, sa trilogie policière consacrée à l’Angleterre a été récompensée par le Grand Prix du roman noir français en 2013 au Festival International du Film Policier de Beaune (Sale temps pour le pays), le Prix du polar lycéen d’Aubusson en 2014 (Sale temps pour le pays) et le Prix Transfuge Meilleur Espoir Polar 2015 (… Et justice pour tous).

Depuis, il varie les univers, de la fresque sportive au survival en passant par le polar historique. Power est son dixième roman.

Émotion, Drame, Folie

Moro-sphinx

de Julie Estève
Broché – 20 avril 2016
Éditeur : Stock

Lola est une trentenaire parisienne, comme les autres. Enfin pas tout à fait. Jamais la phrase dite par Charles Denner dans L’homme qui aimait les femmes de François Truffaut n’a été si bien appliquée : les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le monde en tous sens. Lola arpente la ville, amazone, chaque fois que son envie devient plus forte que la raison, l’homme succombe, chasseur devenant proie, même le plus repoussant. À la fin de l’acte, clac, elle lui coupe un ongle. Lola, c’est M la maudite, aux pulsions guerrières. Elle semble sortie d’un manga, bouche rouge et grands yeux.
Jusqu’à ce que Lola tombe amoureuse. Mais est-elle vraiment faite pour l’amour ? Et si la passion, c’était la fin du rêve ?

J’ai découvert Julie Estève en décembre 2018 avec Simple que j’avais aimé. Puis, en février 2022, j’ai lu Presque le silence. Magnifique ! Un coup de cœur…

Dans Moro-sphinx, son premier roman qu’elle a publié en 2016, Julie dresse le portrait intense et troublant de Lola, une trentenaire parisienne en quête d’elle-même. Marquée par la perte de sa mère durant son enfance et une rupture amoureuse dévastatrice, Lola tente de combler le vide qui la ronge en multipliant les aventures sans lendemain. Chaque rencontre est ponctuée d’un rituel singulier : Chaque rencontre s’accompagne d’un rituel étrange : elle prélève un ongle de ses amants, qu’elle conserve comme autant de trophées, symbolisant ses conquêtes éphémères et sa fuite en avant.

Le titre du roman fait référence au moro-sphinx, un papillon également surnommé « sphinx colibri », connu pour sa rapidité et son comportement insaisissable. À l’image de cet insecte, Lola butine d’une relation à l’autre, disparaissant aussi vite qu’elle est apparue, dans une quête effrénée de sensations qui ne suffisent jamais à apaiser son désarroi.

La plume de Julie est incisive, percutante, chargée d’une intensité brute. Elle capte avec justesse la descente aux enfers de son héroïne, cette femme complexe, à la fois provocante et vulnérable, dont les excès masquent une détresse profonde. Son parcours chaotique interroge sur les mécanismes de l’autodestruction et la difficulté de se reconstruire après les traumatismes de la vie.

Moro-sphinx est un roman aussi dérangeant que fascinant, une plongée vertigineuse dans les méandres de l’âme humaine avec une lucidité implacable. Julie signe ici une œuvre marquante, offrant une réflexion profonde sur la solitude, le désir et la quête d’identité dans une société où les repères se font de plus en plus flous. Un récit où les émotions explosent en mille éclats de couleurs : des roses et des jaunes puissants, des rouges vibrants et une infinité de bleus… avant de s’effacer dans l’ombre.
J’ai eu mal pour Lola…

Moro-sphinx est un premier roman remarquable, qui laissait déjà entrevoir tout le talent de son autrice. Une lecture que je vous recommande vivement !

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Les draps glissent. Ils sont bleu nuit et c’est le matin. C’est du coton égyptien. Ils sont doux et il dort nu sous le tissu. Les yeux sont gonflés, la bouche est molle, de travers. Elle le regarde. Elle ne fait que ça, le regarder, épier les gestes, elle a retenu toutes les phrases, de la première à celle d’hier après l’amour, un peu bâclée la baise d’ailleurs, il a dit : « Dors bien mon cœur. » Mon cœur, foutaise. Elle a horreur des simagrées et les « mamour », les « puce » et puis les « douce » : très peu pour elle. Elle trouve qu’ils ne sont pas à la hauteur ces noms-là, pas au niveau. Maintenant il ronfle. »

« Thierry, pendant quelques minutes, devient quelqu’un. Une bombe, une convoitise. Les mères de famille retrouvent dans leurs pupilles un éclat. Une montée. Elles matent, elles sont prises.
Piégées. Les maris tentent l’esquive, saisis par une jalousie mijaurée.
“J’ai faim, on va chercher une crêpe ?
– Attends, tu vois bien que je regarde !”
Thierry ne peut perdre dans pareil décorum. Grâce à lui, ses groupies accuseront peut-être, dans leur culotte, quelques traces de plaisir. Le forain a pris le micro et gueule dedans. “Attention, dernier tour ! Encouragez le champion !” »

« Lola ne mange plus, elle devient squelette. Elle est un arbre en hiver. Elle n’appartient plus à rien, à personne. Elle se terre dans le lit où elle sauve ses souvenirs, pas sa peau. Elle se sépare en deux, en trois et puis en dix. Elle coupe, tout, à la hache, les bras, le ventre, le sexe, la tête et le reste. Elle laisse la beauté à l’amour et s’éprend de laideur et de solitude. »

« La salope ! La garce ! Il tourne fou. Elle vient plus. Elle en a trouvé un autre ? Qui ? Ça serait si facile pourtant, il lui donnerait tout, elle ne manquerait de rien. Elle serait en main. Son désir est une liane. Une liane comme dans la jungle, increvable. N’empêche, ça fait mal. L’estomac se tord et fabrique de l’acide. Elle le hante, elle le ronge. Elle cogne contre son crâne. Il n’a plus une minute à lui, elle occupe ses heures, ses jours, ses nuits. Pourquoi elle vient plus ? Y’en a un autre ? Mais qui ? Salope ! Il la maudit. Non, non, il hait l’absence, le trou qu’elle laisse. »

Julie Estève est née en 1979 à Paris. Elle est titulaire d’une licence de droit et d’un DEA d’Histoire de l’Art à l’Université Paris IV-Sorbonne et est une journaliste spécialiste d’art contemporain.
Moro-sphinx, son premier roman (Stock, 2016), a été très remarqué par la presse.

Amour, Émotion, Drame, Histoire vraie

L’enfant réparé

de Grégoire Delacourt
Poche – 8 mars 2023
Éditions : Le Livre de Poche

« Le jour où j’ai appris que j’avais été une victime, je me suis senti vivant. »


On a souvent dit de ses ouvrages qu’ils faisaient du bien. Lui-même a toujours su qu’il écrivait « parce que cela répare ». Que réparait Grégoire Delacourt ? Qui était son père, de plus en plus absent ? Et sa mère, qui l’éloignait chaque jour davantage ?…
Histoire d’une famille où l’on porte le déni comme une armure, L’Enfant réparé offre un éclairage unique sur le parcours d’un grand romancier. Où l’écriture est la seule échappatoire, permettant d’abord de fuir puis de dessiner, pas à pas, un chemin vers la faille originelle.

Au plus juste des mots, l’auteur nous offre un récit littéraire d’une lucidité exceptionnelle.

POSTFACE INÉDITE.

Grégoire Delacourt se livre avec pudeur, avec puissance,
et ne laisse pas de répit au lecteur.
Libération.

Un roman d’une violence tripale. Comme une colère sourde qu’il lui fallait hurler.
Ouest-France.

Une plongée en apnée.
Le Monde des livres.

Il ne va pas être facile de rédiger mon “Ressenti” mes yeux remplis de larmes. Je peux à peine voir mon écran, mes larmes trempent mes doigts ainsi que les touches de mon clavier.
Encore une fois, je pleure.
Lorsque je lis un livre, j’endosse souvent le rôle de l’autre, le héros, celui qui porte le récit. Alors, ce livre me faisait peur depuis qu’il était dans ma bibliothèque. Il était là, m’attendant, tandis que moi, je me cachais.
Je savais que je devais le lire, mais j’avais peur de ce que je pourrais y trouver. Vendredi soir, j’ai commencé.
La claque est arrivée très vite, j’étouffais et en même temps j’avais froid tout seul dans la chambre du haut. Je savais que je devais le lire seul, au calme. Dehors, il fait nuit depuis longtemps, mon téléphone affiche 2 h 33 lorsque je suis enfin en mesure de reprendre ma lecture. Je replonge dans mon enfance, ce récit est un peu le miroir de ma vie. Les noms sont différents, les rues et les villes aussi, mais il raconte la même histoire.
L’histoire de mon enfance.

Combien sommes-nous dans ce cas ? Combien d’enfants ont-ils souffert pour essayer de se construire du mieux qu’ils le pouvaient en devenant souvent des adultes défaillants ?
Car, hélas, tous ne seront pas réparés…

Grégoire Delacourt évoque son enfance et ces instants terrifiants qui ont modelé l’homme qu’il est aujourd’hui, avec beaucoup de pudeur. Le récit est fort, poignant et plein de courage. Il n’est pas évident de se révéler et de décrire certaines expériences qui ont souvent été « gommées » de notre mémoire pour pouvoir continuer à progresser. En remontant le fil de sa vie, Grégoire Delacourt se dévoile, en toute simplicité et objectivité, sans porter de jugement. Aujourd’hui, ses souvenirs profondément enfouis remontent à la surface, lui permettant de comprendre sa propre incapacité à aimer.
J’avais déjà lu certains de ses romans et, parfois, j’entrevoyais comme une faille.
Je m’étais trompé ! C’était un gouffre. Un gouffre au bord duquel il s’est accroché, a lutté, pour puiser la force nécessaire à l’acceptation de ses lâchetés et de ses traumatismes profondément enracinés dans son esprit. Être capable de les surmonter et peut-être enfin délivrés.

Un ouvrage très puissant qui, je l’espère, viendra en aide à d’autres “enfants” qui ont besoin encore et toujours d’être réparés…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Je regarde mon corps. Cette chair vieille de soixante ans.
La peau plus fine autour des yeux. Les relâchements, dans le cou. Les veines qui affleurent. S’entortillent comme un lierre autour de la jambe. Les griffures. L’ancienne trace du ciseau à l’intérieur de mon avant-bras droit a laissé une cicatrice claire. On dirait un long cheveu blanc. Les autres blessures, sans doute moins profondes, se sont estompées au fil des années. »

« Le principal dommage collatéral de ce qui a été pris à mon corps d’enfant est d’avoir fait de moi un adulte handicapé de l’amour – ce mot girouette. »

« J’ai commencé à l’écrire le jour où il a été question de commencer à guérir parce que ma souffrance devenait contagieuse. Le jour même où j’ai vu ce psy qui porte le nom d’un oiseau. Les mots que je lâchais sur le divan se télescopaient avec ceux de mon livre, parfois s’y cognaient ; le livre se disait, la parole s’écrivait. »

« Mon corps ne porte que les traces du temps. Celles des coups résident à l’intérieur, tout comme ma douleur et ma colère. »

« J’ai souffert sans raison presque l’intervalle d’une vie.
Le médecin de famille ne soupçonnait rien. Énergie bouillonnante, bafouillait-il toujours. Alors un premier psy, alors le nitrazépam et le diazépam – substances chimiques qui peuvent “provoquer une idéation paranoïde ou suicidaire et altérer la mémoire, la faculté de jugement et la coordination”.
J’avais onze ans quand j’ai commencé. Un demi-cachet de chaque. Au début. »

« Aujourd’hui, alors que s’est achevé cet opéra ténébreux, je ne suis pas en colère qu’il n’ait pas souffert, qu’il se soit juste endormi, confortablement, face à son petit mur jaune, sans que son corps convulse, résiste ou se batte, qu’il ait simplement levé les bras, rendu les armes, baissé la tête, car les lâches n’auront jamais aucune gloire. »

Grégoire Delacourt a publié onze romans dont L’Écrivain de la famille (Lattès, 2011, Prix Marcel Pagnol 2011, Prix Carrefour du Premier Roman 2011, Prix Coeur de France 2011), La liste de mes envies (Lattès, 2012, traduit en 35 langues, adapté au cinéma par Didier Le Pêcheur en 2014), ou encore L’enfant réparé (Grasset, 2021).

Drame, Folie, Frisson horreur, Thriller psychologique

Le Seuil

Tom Clearlake
Broché – 16 février 2024
Éditeur : Moonlight

D’un côté, il y a Bruno Loubet, capitaine à la criminelle de Lyon.
De l’autre, sa fille, Léa, qui a disparu.
Entre eux, cette frontière qui sépare le monde réel
des profondeurs les plus sombres d’Internet,
Pour la retrouver, Bruno va franchir le seuil,
et découvrir que l’enfer existe.
Il suffit de s’y connecter.

Après Sans retour, Avides, et Signatures,
plongez dans le dernier thriller policier de Tom Clearlake.
Êtes-vous prêts à passer de l’autre côté ?

Chaque ouvrage de Tom Clearlake est un véritable coup de poing psychologique… “Le Seuil” ne déroge pas à la règle, et c’est une bonne chose !

Dès les premiers mots, la magie opère : j’ai de nouveau été littéralement absorbé par le récit grâce à sa plume puissante et très visuelle. L’angoisse et le stress de Bruno Loubet ainsi que d’Alice, son épouse, vont progressivement s’intensifier. Ils n’ont pas de nouvelles de leur fille depuis plusieurs jours maintenant… Je suis plongé dans une lecture intense…
Et tout à coup, je me suis retrouvé à la page 87, “DE l’AUTRE CÔTÉ”, c’est à ce moment-là que tout a basculé !

Bienvenus en enfer… Jusqu’à quel degré de perversité l’homme peut-il aller ?
Quelle angoisse ! Il m’a été impossible de refermer mon livre, – assez tard, je dois l’avouer, il compte plus de 500 pages – sans savoir comment il allait se terminer.
Les personnages sont remarquablement construits, présentant à la fois leurs forces et leurs faiblesses, chacun possédant une personnalité psychologique clairement définie, offrant un éventail plutôt exhaustif et réaliste de notre société contemporaine.

J’ai découvert, Tom, en 2018, grâce à son remarquable L’Essence des ténèbres. Ensuite, j’ai enchaîné avec ses autres romans. D’ailleurs, en préparant mon Ressenti, je viens de réaliser qu’il a publié un roman en 2022, Signatures, que je n’ai pas encore eu l’occasion de lire !
Tom. Comment vous dire, c’est “LE PRO” des atmosphères oppressantes, du suspense, des situations anxiogènes où les rebondissements sont omniprésents. Ne cherchez surtout pas à anticiper la fin de ses romans. C’est tout simplement impossible !
Ignorer son existence, c’est quelque part, passer à côté d’une valeur sûre dans son domaine littéraire, et ce n’est pas parce qu’il a un couteau sur ma gorge que je vous dis ça ! ! ! 😀 😀 😀

Bruno Loubet, qui dirige la section criminelle à Lyon, est surtout un père. Léa, sa fille âgée de 22 ans, a disparu. En raison d’une faute professionnelle, il sera écarté de ses fonctions. Qu’à cela ne tienne. Il fera tout son possible pour la retrouver, quitte à dépasser la ligne rouge et franchir les limites de la légalité si nécessaire. Il n’a qu’un objectif : sauver Léa. Il réalisera rapidement que d’autres adolescents ont disparu le même jour que sa fille. Dès lors, il va se retrouver face à une machination sordide aux ramifications auxquelles il ne s’attendait pas du tout.

Puis, j’arrive la page 265. À partir de là, c’est l’horreur…
Cependant le pire restait encore à venir après la page 530 !
Et si tout cela existait vraiment ?
Lorsque le Darknet s’infiltre dans notre vie quotidienne…

Tom frappe vraiment très fort avec ce nouveau polar/thriller coup de cœur, à découvrir de toute urgence !

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Le jour peinait à se lever sur la ville, retenu dans le linceul d’une nuit possessive. En plein centre du quartier des affaires, un ballet de lueurs bleues se jouait au pied d’une tour de verre. Deux véhicules de patrouille venaient de stopper devant l’entrée. Les agents en uniforme s’étaient déployés au pas de course autour du bâtiment, leur chef y était entré, accompagné d’un de ses hommes. Un moment plus tard, le gyrophare d’une berline noire vint ajouter sa touche de saphir sur le miroir du building. À son bord, deux officiers de la criminelle tirés de leur lit après l’appel du commissariat central. »

« Il resta immobile, et respira jusqu’à parvenir à se stabiliser. L’image du sourire de Léa persistait. Ses doigts qui voletaient tels des papillons sur le palissandre des cases de sa guitare. Ses longs cheveux noirs, son visage d’ange au teint diaphane, ses yeux rieurs perdus dans ses rêves. Il serra les dents et donna un violent coup de poing dans le volant, déclenchant un bref et inutile coup de klaxon.
– Bordel de merde ! »

« Léa. Sa seule source de lumière dans l’obscurité des basfonds d’une humanité corrompue par le crime, le vice, la folie. Léa. La chair de sa chair. Son unique fille. Son diamant. Elle n’avait pas sa place dans ce monde. Trop innocente. Trop pure. Trop fragile. Comme sa mère.
Elles se ressemblaient tellement toutes les deux. »

« Non, madame, mon état mental n’est, en effet, pas compatible avec l’exercice de mes fonctions de capitaine de police. Mais putain, il est compatible avec ma fonction de père. Je vais retrouver ma fille, vous pouvez me croire. Et je vais la retrouver vivante. Parce que s’il lui est arrivé quelque chose… Si quelqu’un lui a fait du mal… »

« Lorsque Homo sapiens a forgé ses premiers outils, il l’a fait pour sa survie : se nourrir, c’est craindre de mourir de faim, avant tout. Les plaisirs gustatifs sont venus longtemps après, quand l’humanité n’a eu plus rien d’autre à faire qu’amasser de l’argent. Mais ici encore, notez que c’est la peur d’être pauvre qui force le destin de l’homme riche. La peur est la substance même de l’évolution. À l’échelle du vivant, il n’est rien qui s’accomplisse sans elle. »

Tom Clearlake est un auteur franco-canadien né au Canada le 19 octobre 1973.

Il commence à lire avec Edgar Allan Poe, H.G. Wells, Jack London, Jules Verne, Agatha Christie, Jack Kerouak, Edgar Rice Burroughs, Lovecraft, Dean Koontz, Stephen King, Clive Barker, Umberto Eco…

Sa passion pour les littératures de l’imaginaire le pousse à expérimenter l’écriture dans des univers très différents, mais c’est dans le thriller qu’il préfère exercer.

« Je pense que le Thriller est le maître de tous les genres littéraires. Il permet de jouer avec les sensations et les émotions du lecteur comme aucun autre genre le peut. Il y a dans le thriller cette possibilité de créer l’intensité, et de la pousser à son paroxysme. Et l’on dispose d’une infinité de moyens pour y parvenir. »

Drame, Polar, Psychologie

La vallée des égarés

de Céline Servat
Broché – 13 février 2025
Éditions : Taurnada

Le Comminges. Dans ce coin tranquille, au pied des Pyrénées, la présence incongrue d’un corps mutilé va mobiliser les gendarmes de Salies-du-Salat, associés pour l’occasion à la section de recherche de Toulouse.
Marco Minelli, comptable sans histoires, se retrouve mêlé bien malgré lui à une enquête angoissante qui va le plonger dans les affres du doute, tiraillé entre la raison et la folie.
Ces petites bourgades aux ruelles paisibles abritent-elles la tanière d’un tueur sanguinaire ?
Qui sera la prochaine victime ?

Marco Minelli travaille comme comptable dans une petite entreprise établie dans le sud de la France, plus précisément dans les Comminges, au flanc des Pyrénées. C’est un solitaire, mais grâce à son don inné, il vient fréquemment en aide à ceux qui pourraient nécessiter ses compétences. En effet, Marco “soigne le feu”.
Un soir, suite à un appel téléphonique, il se déplace chez un individu pour qui il avait récemment prodigué des soins. Marco découvre son corps horriblement mutilé. Il est saisi de peur, s’enfuit et n’ose pas alerter les autorités. De retour chez lui, il se confie à Manue, sa voisine qu’il estime beaucoup. Elle lui recommande vivement de contacter les forces de l’ordre et de leur dire la vérité. Bien malgré lui, il les contacte, mais en utilisant un numéro masqué !

Très vite, la police identifie une nouvelle victime, également liée à Marco. La posistion de Marco est mise à mal suite à certaines informations le concernant, le plongeant dans un océan de doutes, tiraillé entre la rationalité et la folie.
Quel rôle Marco joue-t-il réellement dans cette affaire ?
Manue, sa voisine, est fermement convaincue de son innocence et se donne pour mission de tout mettre en œuvre pour le soutenir. Toutefois, Marco a agi de manière étrange ces derniers jours, de multiples visions perturbent son esprit et semblent mettre en péril sa routine quotidienne.
Qui est-il véritablement ?

Ce livre m’a permis de découvrir Céline Cervat, et j’ai passé un moment de lecture captivant et agréable. L’histoire est habilement élaborée et les personnages ont vite réussi à me séduire, voire à m’émouvoir.
Céline, assistante sociale, dans la vie, elle-même, aborde et défend une question particulièrement sérieuse et délicate, relative aux problèmes rencontrés par les enfants placés dans des foyers d’accueil.

Un polar saisissant, ponctué de descriptions parfois crues, qui évolue dans un univers obscur mais malheureusement réaliste, affectant les enfants abandonnés ou négligés par leurs parents, ou pas dont l’innocence a été volée, voire maltraitée, qui vivent en détresse et sont en danger.
En tant que lecteur, j’ai une fois de plus été confronté aux dures réalités du monde… Toutefois, le talent de l’écrivaine et son style d’écriture m’ont permis d’apprécier pleinement le roman… D’ailleurs j’ai hâte de la redécouvrir à travers ses précédents ouvrages !

Pour répondre à sa question posée dans les remerciements, oui, j’aimerais beaucoup “revoir” ses personnages dans de futures péripéties.

Un grand merci à Joël Maïssa, de Taurnada Editions.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« File d’attente à la boulangerie, j’attends patiemment mon tour. D’abord la dame aux cheveux gris et au serre-tête, puis l’électricien de la rue d’à côté. Ensuite, je demanderai ma baguette pas trop cuite. J’aime cette routine. Je me délecte des moments anodins où je passe inaperçu. J’ai toujours voulu être comme tout le monde et j’y arrive, la plupart du temps. »

« Le soleil déclinait, rasant les toits commingeois. Il s’accrochait aux rétines, l’espace d’un instant, au point d’aveugler quiconque le défiait. La rivière, large, impressionnante en cet endroit, caracolait à une vitesse folle, tel un cheval au galop. Elle emportait tout sur son passage : les branches, les détritus – échoués là par la paresse ou l’inconscience de certains – et même la motivation sportive de Marco Minelli, qui contemplait les flots depuis le pont. »

« Marco avait toujours eu peur de l’occulte, tout en se sentant attiré par les expériences que des camarades plus hardis lui contaient. En fin de collège, il lui était arrivé de participer à une séquence d’écriture automatique, ou à plusieurs soirées consacrées à l’utilisation d’une planche de ouija. Ils « faisaient le verre », comme disaient ses camarades. Le frisson de l’inconnu avait cédé la place à de gros doutes. Marco, déstabilisé, ne voulait pas savoir si l’au-delà existait.
La réponse l’inquiétait trop. Il avait cherché une explication lui permettant de rationaliser ce à quoi il avait assisté. Ses nuits s’étaient peuplées de terreurs nocturnes, des visages lui étaient apparus dans l’obscurité, même une fois éveillé. Était-il devenu fou ? »

Céline Servat est une Autrice de thrillers, polars et romans noirs.

Son premier roman Internato, le premier d’une trilogie sur les dictatures et les secrets de famille, est édité par M+ éditions en 2020. En 2021, sort le deuxième tome, Norillag, et en 2022, la trilogie se conclue avec Alambre.
Elle est aussi co-autrice de deux recueils de nouvelles, Au-delà de nos oripeaux, avec G. Coquery, et Une plongée dans le noir avec son frère, le musicien Tomas Jimenez.
En 2024, les éditions cairn publient Le bœuf n’a plus la cote, un polar gourmand sur le thème ovalie et gastronomie, conformément à leur collection du même nom.
Mariée et mère de deux enfants, elle vit à Encausse-les-Thermes dans les Pyrénées Hautes-Garonnaises où elle travaille comme assistante sociale auprès d’enfants qui ont des troubles du comportement.
Céline est organisatrice du salon du polar T(h)ermes noirs. Elle est membre du collectif les louves du polar.

Émotion, Drame, Folie, Noir, Polar

VICES Épisode 03 : Butterfly

de Gipsy Paladini
Broché – 19 octobre 2018
Éditions : Auto-éditions

« Et la voiture n’a pas dérapé, elle a accéléré, ça aussi, elle le jurait. Et les hommes à l’intérieur… ils ont ri. Oui, quand les os de mon petit gars se sont brisés entre la tôle et le mur, elle est certaine de les avoir vus rigoler… »

A la BJV, on traite les affaires qui concernent les mineurs et jeunes adultes. Ces derniers temps pourtant, Zolan n’a pas la tête au travail. Fou amoureux, il n’a qu’une obsession : épouser sa collègue Marie. Or les plans carriéristes de celle-ci ne s’alignent pas sur cet objectif. D’autant qu’elle le soupçonne de lui mentir et de la surprotéger. Frustrée de ne pas être prise au sérieux, elle décide de faire bande à part, aussi quand une jeune fille est kidnappée et que les premiers indices impliquent des néo nazis, elle mène sa propre enquête. Or l’affaire s’avère avoir plusieurs visages… A la Brigade aussi les façades se craquèlent et les cicatrices apparaissent. Il semblerait que Marie ne soit pas la seule à couver un secret…

VICES est une série littéraire de 8 “épisodes” dont les deux premiers ont été réunis en un ouvrage édité aux éditions Fleuve Noir. On y suit les destins mêlés des membres de la brigade des jeunes victimes confrontés aux maux de notre société moderne.
VICES c’est aussi l’histoire de Marie et de Zolan, deux êtres tourmentés que tout oppose, dont l’amour naissant est sans cesse menacé.

Troisième tome des “aventures” de la BJV et une nouvelle enquête singulière pour Marie Lafontaine et ses collaborateurs.
Comme je l’avais déjà indiqué lors de mon précédent Ressenti, chaque tome met en scène les mêmes personnages, ce qui nous offre la possibilité d’observer leurs évolutions et les rapports qui les lient. Toutefois, chaque tome peut se lire indépendamment.

Ce que j’avais déjà trouvé captivant dans les ouvrages antérieurs et qui est également présent ici, ce sont les interrogations fondamentales entre la loi et l’humanité, les relations parfois tendues entre les collaborateurs de la BJV, mais surtout les mystères qui entourent chaque personnage au sein de chaque enquête.
Chaque opus gagne en intensité, et l’on observe de plus en plus l’apparition de fêlures et les problèmes quotidiens que chacun rencontre. La force de Marie qui, pourtant, semble traîner un passé mystérieux, Zolan personnage ambigu qui roule les nuits seul sur sa moto dans la nuit, Bia constamment “ailleurs”, le commandant Tala qui semble toujours en souffrance, etc… Gipsy Paladini nous entraîne dans leur vie, dans leurs pensées, ils paraissent tous si vulnérables et on a l’impression qu’ils pourraient imploser à tout moment, et pourtant… Chaque jour, ils demeurent présents et volontaires, en dépit d’une violence qui les entoure constamment. Tiendront-ils sans s’effondrer ? L’auteure réussit à susciter en nous des images percutantes qui m’ont parfois perturbé, me questionnant sur la façon dont j’aurais réagi, qu’aurais-je donc fait si j’étais à leur place ?

Au-delà d’un simple roman policier, Gipsy nous dévoile le drame humain de leur existence qui s’immisce au travers de chaque enquête, vers des territoires particulièrement dangereux psychologiquement. Les personnages deviennent d’autant plus attachants. Je les visualise, je les entends et les comprends même parfois…
Comment parviennent-ils à avancer sur cette ligne invisible qui oscille entre un sentiment de sanction et celui du devoir, qui frôle beaucoup trop souvent la folie, et qui risque de les conduire vers une chute irréversible ?

Le don de Gipsy est d’éviter la violence inutile et le voyeurisme. Elle révèle les blessures et les soucis de chaque individu, c’est à nous de les accueillir, de tenter de les saisir, voire même de les accepter…
J’apprécie ses phrases “crues”, tout en étant subtiles, riches en poésie, à la fois violentes et empreintes de tendresse. Une lecture qui ne s’adresse peut-être pas à tout le monde, mais où les émotions se glissent et sont présentes entre chaque mot.
Je ne regrette vraiment pas d’avoir fait sa découverte… Avec elle, les choses ne sont jamais aussi simples qu’elles le semblent !

À suivre…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Coincé dans la cabine, Marcus soupire avec un tel désespoir que toute sa carcasse en vibre. Il ne comprend pas cette nouvelle génération de flics qui s’imagine pouvoir nettoyer la lie de la société tout en gardant les mains propres. Avoir une vie familiale et sociable stable. Être confronté aux pires abominations de l’humanité, mais seulement durant les 35h contractuelles… »

« Marie sèche ses larmes, prend une profonde inspiration puis lisse la page de son cahier, déjà à moitié couverte d’annotations. En gros, elle écrit : RECONNAISSANCE.
D’après les témoignages de ses collègues dépressifs, c’est ce manque qui les fait dérailler, le dédain de la population, l’absence de soutien de leur hiérarchie, les trahisons de l’État…
au fil des ans, le gouffre ne fait que se creuser. »

« C’est beau une identité ! Mais un peuple identitaire est difficile à manipuler. C’est pour ça qu’on nous assomme à coup de pensée unique et de mondialisation. Ce qu’ils ne comprennent pas c’est qu’une identité est un repère, et un homme sans repère n’a plus de racines ; il devient une proie pour les extrémistes religieux. »

« — C’est dans la nature de l’homme de se chercher des ennemis. Vous vous débarrasserez des musulmans, vous trouverez de nouvelles entités à exécrer : les insulaires, les gens du Nord, les fonctionnaires, les femmes, les rouquins… l’absurdité de la condition humaine n’a aucune limite. »

÷÷÷÷÷÷÷

Née dans l’est de la France, Gipsy Paladini rêve très tôt d’aventures.

Elle commence dès seize ans à découvrir le monde et voyage de l’Autriche à l’Italie en passant par la Turquie ou encore l’ex-Yougoslavie. Enfin, elle se rend à San Francisco où elle séjourne pendant plusieurs mois dans une auberge de jeunesse miteuse, au milieu de dealers et de toxicomanes.

À dix-neuf ans, elle part en Autriche où elle partage pendant deux ans la vie de la population immigrée yougoslave. Puis elle s’installe à Los Angeles où elle rencontre son mari, un ancien membre des forces brésiliennes. Elle n’a de cesse, ensuite, de parcourir le monde à la rencontre des populations défavorisées. Elle est depuis peu revenue habiter à Paris, avec époux et enfant. Jeune, dynamique, polyglotte (elle parle 6 langues dont 4 couramment), Gipsy Paladini a déjà publié le remarqué « Sang pour sang » en 2010 aux éditions Transit. Elle souhaite faire du flic Al Seriani un personnage récurrent.

Émotion, Drame, Histoire, Roman de terroir

L’incroyable destin d’Aubeline de Lambersac

de Jacquie Béal
Broché – 18 novembre 2024
Éditions : Terre de l’ouest

Aubeline est la petite fille du marquis De Lambersac. Si après les événements de 1789, les campagnes conservent une relative tranquillité, la famine de 1792 incite bon nombre de paysans à prendre les armes contre leurs anciens maîtres. Les De Lambersac ne font pas exception.
Lorsque les « Républicains » investissent le château de Saint-Crépin pour tout piller, le vieux marquis De Lambersac meurt, foudroyé par une crise cardiaque. Il laisse Aubeline sans protection et la contraint à l’exil.
Cette Révolution, qui a bouleversé l’ordre établi, oblige la jeune femme à s’adapter et à se fondre dans la masse. Elle doit apprendre à survivre dans ce monde ravagé par la famine, les maladies, les dénonciations… La Terreur.

Bien que ce roman se déroule durant l’une des périodes les plus terribles de l’Histoire de France, l’auteure nous régale en sublimant les relations humaines. Servi par une écriture limpide et fluide, ce texte nous emporte comme les lacis d’un torrent, tortueux et espiègle. Ces épreuves qui jalonnent le quotidien de l’héroïne vont contribuer à forger le caractère impétueux, mais rationnel, d’Aubeline De Lambersac.

Il ne m’aura fallu que de quelques lignes pour être projeté plusieurs siècles en arrière.

Révolution française.
1er Vendémiaire, en l’an 1.
La Bastille a été prise, les campagnes ont pris feu, Louis XVI a été amené devant la Convention pour son jugement, il sera bientôt exécuté. Le monde s’enlise davantage dans le malheur. Le peuple a grondé beaucoup trop longtemps, aujourd’hui il a faim. Les dénonciations se multiplient partout en France, tuant les nobles et, dans ce contexte chaotique, Aubeline peine à se protéger. Le désespoir frappe autant les citoyens, les drôles, les grisettes, les mendiants, au même titre que les ci-devants qui sont obligés de se dissimuler pour survivre. Tout le monde a le ventre vide, tout le monde a peur du lendemain. Seuls quelques renégats encore semblent encore profiter de la situation, mais cela ne sera que de courte durée.
Mais finalement, cette nouvelle situation, à qui profite-t-elle réellement ?

L’histoire du roman est structurée en trois parties qui se déroulent d’abord à Périgueux, puis à Paris, pour se conclure en Vendée. Avec une évolution flagrante de notre héroïne principale, attachante, intelligente mais surtout déterminée, Aubeline, petite-fille du marquis de Lambersac, a dû quitter le château de Saint-Crépin occupé par les Républicains, après le décès de celui-ce.
Contrainte par le cours de l’Histoire, elle sera livrée à elle-même pour assurer sa survie. Aubeline ne sera pas la seule figure féminine de ce récit. Léonie, Marie, Adélaïde et bien d’autres femmes de caractère, ou à la langue bien aiguisée, m’ont accompagné le long de ma lecture, tantôt pour aider, tantôt pour détruire la jeune-fille courageuse et volontaire.

Je me suis particulièrement attaché à Aubeline à sa simplicité à son intelligence, elle dégage énormément de choses…
Au fil de sa pérégrination, elle prendra progressivement conscience des souffrances infligées à un peuple que l’on s’efforce d’assujettir entièrement.

Un ouvrage d’une véracité saisissante que j’ai dévoré en quelques heures, où la vérité s’impose sans réserve, extrêmement enrichissant et captivant, il met en lumière toute la félonie et la cruauté des hommes qui ne recherchent uniquement que le pouvoir et la richesse, là où d’autres aspirent simplement à survivre.
Après diverses vérifications, Danton, Robespierre et bien d’autres sujets abordés… Je constate une fois de plus que les livres d’Histoire ont négligé de nombreux détails !
Pourquoi ne suis-je pas surpris…

Au revoir Aubeline, je te souhaite une longue et heureuse vie…

Décidément, Jacquie Béal a vraiment l’art et la manière de me plonger dans ses univers à chacun de ses romans, toujours passionnés, ancrés dans l’histoire. C’est le quatrième que je lis en l’espace de quelques mois, et c’est un nouveau coup de cœur ! C’est une auteure de grand talent, dont la diffusion n’est, à mon avis, pas suffisante du tout.
Ne manquez pas de la lire, de la découvrir, elle le vaut vraiment !

Un immense merci à toi Jacquie, pour ce merveilleux voyage dans le cœur de l’Histoire.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« — Le mauvais sort n’a rien à voir avec tes croyances d’un autre âge. Le malheur vient de la folie des hommes, pas de la magie des sorciers !
— Je veux pas vous contredire, notre maître, mais le chant du coucou, lui, il trompe jamais. C’est prouvé que le malheur frappe si on l’entend au sortir du sommeil, quand on a le ventre vide !
— Il avait chanté ton coucou quand ils ont pris la Bastille ? »

« En août 1789, je venais d’avoir treize ans. Les événements ne m’avaient pas perturbée outre mesure, bien au contraire. Quand les paysans étaient partis après avoir volé les papiers, ils s’étaient aussi emparés des livres et des feuillets qui servaient à mon instruction. Je détestais les leçons que m’imposait le vieux curé moralisateur choisi par mon grand-père et ne plus subir son enseignement me réjouissait. Peu de temps après, comme pour rendre mon bonheur plus complet, ce fut le curé qui disparut. »

« Mon grand-père se leurrait en affirmant que le monde était devenu fou, car ce n’était pas la folie qui avait détruit l’ordre qu’il avait toujours connu, c’était l’injustice : trop de misère d’un côté et d’opulence de l’autre. Le vieux monde s’était avachi plus qu’il n’avait explosé. Il s’était comme ratatiné. »

« Fière d’avoir de jolies robes et des souliers brodés, je ne réalisais pas que les autres petites filles, celles des métairies, m’observaient avec envie. Je prenais leur attitude pour une admiration qui m’était due, sans prendre conscience que c’était la misère dans laquelle ma famille les maintenait qui faisait d’elles ces êtres sales et rebutants. Incitée par l’exemple de mes grands-parents et les conseils de Léonie, j’aurais persisté à regarder de haut les plus démunis si mon oncle ne nous avait pas ruinés et si la révolution n’avait pas tout bouleversé. »

Agrégée de Lettres et enseignante, Jacquie Béal se consacre à l’écriture. Elle vit en Périgord où se situe l’action de ses romans, notamment La dame d’Aquitaine et Le Temps de l’insoumise. Amoureuse du langage et de l’Histoire, grande et petite, elle fait vivre ses personnages dans l’atmosphère des siècles passés.

Facebook: @jacquiebeal

Amour, Émotion, Drame, Suspense

Ainsi gèlent les billes de savon

de Marie Vareille
Poche – 17 mai 2024
Éditeur : CHARLESTON

« Certains choix nous définissent à tout jamais, celui-ci en fait partie. À partir d’aujourd’hui, je peux bien écrire la neuvième symphonie, sauver le monde d’une troisième guerre mondiale ou inventer le vaccin contre le sida, on ne retiendra de moi que cet acte innommable. Puisses-tu un jour me pardonner. »

De Paris aux volcans ensoleillés d’Indonésie en passant par un petit campus américain à la frontière canadienne, de vibrants portraits de femmes aux destins entrecroisés se dessinent. Quel secret les unit ? Quelle est leur véritable histoire ?

De sa plume délicate et addictive, Marie Vareille nous offre une merveilleuse histoire d’amour, d’espoir et de résilience.

« Un beau cheminement, sensible et lumineux… émaillé de suspense ! »
Maxi

« Un véritable ascenseur émotionnel. Un régal ! »
20 Minutes

PRIX CHARLESTON POCHE 2022

J’ai englouti ce livre en quelques heures.
Une fin magnifique. Un bel hommage à la maternité, mais pas uniquement !

Marie Vareille a indéniablement un grand talent. Elle a conçu son roman comme un thriller, truffé de secrets, mais également empreint de tendresse et de délicatesse. Un récit à plusieurs voix qui s’entrecroisent constamment, n’hésitant pas à nous égarer si on baisse notre vigilance ne serait-ce qu’un instant, jusqu’à une conclusion éclatante.

Un ouvrage qui met en avant toutes les femmes sans exception et à coup sûr, devrait susciter un sentiment de honte chez tous les hommes ! Ça a été mon cas. Comment pourrait-on, à l’issue de cette lecture, pouvoir envisager être l’égal de nos conjointes ?
J’ai d’abord été étonné par le ton plus sombre comparé à ses autres ouvrages. C’est émouvant, parfois brutal, tout en étant empreint de beauté et de vérité. Marie a su trouver des mots justes, et la magie a nouveau opéré. D’ailleurs, au fur et à mesure de ma lecture, « Ainsi gèlent les bulles de savon » a peut-être fini par s’imposer comme son meilleur ouvrage. Étant en apnée pendant quasiment toute ma lecture, Marie libère à la fin une énorme explosion d’oxygène !

Une jeune femme a abandonné tout ce qu’elle avait. Elle est anéantie, totalement désorientée, épuisée. Elle a emporté quelques objets, abandonnant son enfant, son domicile, son époux, tout ce qu’elle avait… Cependant, et c’est tout à fait compréhensible, elle ne peut s’empêcher de penser à son enfant. Sans cesse.
Trois femmes.
Une jeune femme enceinte pour la première fois, une jeune étudiante qui vit seule avec son père, professeur de littérature, et une jeune maman qui vient d’abandonner son nourrisson. À priori il ne semble pas y avoir de lien entre. Mais au final, elles partagent toutes un point commun : la littérature !

Marie, je te remercie pour ce roman poignant et fort, qui, malgré une certaine amertume, se distingue par une plume sensible et brillante.
Un ouvrage que je recommande vivement…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Je vais être Maman. Moi, Claire Perrin, fille unique qui ai passé la plus grande partie de mon enfance seule avec ma mère, à m’inventer des frères et sœurs imaginaires avec qui partager mon goûter, je vais fonder la famille dont je rêve depuis ma première poupée. Je ris à travers mes larmes. Je pose les mains sur mon ventre. Tu es là. Tout va changer.
Tout a déjà changé. Je replace le capuchon sur le test et sors des toilettes. »

« Mon enfance a été faite d’étranges allers-retours entre instants de douceur et moments de terreur. J’ai ainsi appris à être nostalgique du présent, à regarder, impuissante, le bonheur glisser entre mes doigts, trop consciente qu’il était éphémère, et désespérée de le retenir sans jamais y arriver. Voilà d’où vient ce qu’ils appelaient ma mélancolie : je vivais dans l’attente que le monde s’effondre et il s’effondrait tous les soirs, quand mon père rentrait du travail. »

« J’ai gardé des dizaines de carnets noircis de citations, d’extraits de livres qui m’ont marquée. Je rentrais en courant de l’école pour avoir un peu plus de temps pour lire. Je lisais à table, le soir et le matin, dans mon bain, sous la table en classe et en marchant dans la rue. Rien d’autre ne m’intéressait. »

« Je suis doté d’une sensibilité absurde, ce qui érafle les autres me déchire. » Je suis hypersensible et je me suis reconnue dans la citation, votre personnage et votre histoire… »

« — Tout ce que tu ressens, c’est un don. Il est à l’origine du requiem de Mozart, des pyramides d’Égypte et du plafond de la chapelle Sixtine. Ce sont les gens comme toi qui voient la vérité du monde, pas ceux qui te disent de contrôler tes émotions. »

Marie Vareille est née en Bourgogne en 1985 et vit aux Pays-Bas avec son mari et ses deux filles. Elle est l’autrice de plusieurs best-sellers totalisant près d’un million de ventes dans le monde. Son roman Désenchantées, paru en 2022 aux éditions Charleston et en 2023 au Livre de Poche, a remporté le Prix des lecteurs Système U, ainsi que le Prix des lecteurs de la librairie Lamartine. La Vie rêvée des chaussettes orphelines a reçu le Prix Charleston poche 2020 et le Prix des Petits mots des libraires 2021. Ses livres sont traduits dans plus de dix pays.

Elle est également l’autrice, aux éditions Charleston, de Je peux très bien me passer de toi (Prix Confidentielles), Ainsi gèlent les bulles de savon et Désenchantées.

Elle a reçu de nombreux Prix en littérature jeunesse pour sa trilogie « Elia la Passeuse d’âmes » et son roman Young Adult « Le syndrome du spaghetti » a été récompensé du Prix Babelio en 2021 et figure dans la sélection du Prix des Incorruptibles 2022-2023, organisé tous les ans en partenariat avec le Ministère de la culture et l’Éducation Nationale.

Émotion, Drame, Histoire, Témoignage

La nuit

de Élie Wiesel
Poche – 11 janvier 2007
Éditions : Les Éditions de Minuit

Né en 1928 à Sighet en Transylvanie, Elie Wiesel était adolescent lorsqu’en 1944 il fut déporté avec sa famille à Auschwitz puis à Birkenau. La Nuit est le récit de ses souvenirs : la séparation d’avec sa mère et sa petite sœur qu’il ne reverra plus jamais, le camp où avec son père il partage la faim, le froid, les coups, les tortures… et la honte de perdre sa dignité d’homme quand il ne répondra pas à son père mourant. « La Nuit, écrivait Elie Wiesel en 1983, est un récit, un écrit à part, mais il est la source de tout ce que j’ai écrit par la suite. Le véritable thème de La Nuit est celui du sacrifice d’Isaac, le thème fondateur de l’histoire juive. Abraham veut tuer Isaac, le père veut tuer son fils, et selon une tradition légendaire le père tue en effet son fils. L’expérience de notre génération est, à l’inverse, celle du fils qui tue le père, ou plutôt qui survit au père. La Nuit est l’histoire de cette expérience. » Publié en 1958 aux Éditions de Minuit, La Nuit est le premier ouvrage d’Elie Wiesel qui est, depuis, l’auteur de plus de quarante œuvres de fiction et de non-fiction. Aux États-Unis, une nouvelle traduction, avec une préface d’Elie Wiesel, connaît depuis janvier 2006 un succès considérable. C’est cette nouvelle édition que nous faisons paraître.

Parfois l’écriture de certains Ressentis est plus complexe que d’autres.

Celui-ci ne sera jamais arrivé jusqu’au bout.
Elie Wiesel a déjà tout dit, je ne trouve pas de mots à ajouter.
Ou peut-être simplement une phrase.

“Ne jamais oublier…”

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Jamais je n’oublierai cette nuit, la première nuit de camp qui a fait de ma vie une nuit longue et sept fois ver-rouillée.
Jamais je n’oublierai cette fumée.
Jamais je n’oublierai les petits visages des enfants dont j’avais vu les corps se transformer en volutes sous un azur muet.
Jamais je n’oublierai ces flammes qui consumèrent pour toujours ma foi.
Jamais je n’oublierai ce silence nocturne qui m’a privé pour l’éternité du désir de vivre.
Jamais je n’oublierai ces instants qui assassinèrent mon Dieu et mon âme, et mes rêves qui prirent le visage du désert.
Jamais je n’oublierai cela, même si j’étais condamné à vivre aussi longtemps que Dieu lui-même.
Jamais. »

« Le vieillard murmura encore quelque chose, poussa un râle et mourut, dans l’indifférence générale. Son fils le fouilla, prit le morceau de pain et commença à le dévorer. »

« – Pourquoi pleures-tu en priant ? me demanda-t-il, comme s’il me connaissait depuis longtemps.
– Je n’en sais rien, répondis-je, fort troublé.
La question ne s’était jamais présentée à mon esprit. Je pleurais parce que… parce que quelque chose en moi éprouvait le besoin de pleurer. Je ne savais rien de plus. »

« Lorsque les trois jours furent passés, nouveau décret : chaque Juif devrait porter l’étoile jaune.
Des notables de la communauté vinrent voir mon père – qui avait des relations dans les hautes sphères de la police hongroise – pour lui demander ce qu’il pensait de la situation. Mon père ne la voyait pas trop noire – ou bien il ne voulait pas décourager les autres, mettre du sel sur leurs blessures :
– L’étoile jaune ? Eh bien, quoi ? On n’en meurt pas… »

« Je les vis s’éloigner ; ma mère caressait les cheveux blonds de ma sœur, comme pour la protéger et moi, je continuais à marcher avec mon père, avec les hommes. Et je ne savais point qu’en ce lieu, en cet instant, je quittais ma mère et Tzipora pour toujours. »

« Tant d’événements étaient arrivés en quelques heures que j’avais complètement perdu la notion du temps. Quand avions-nous quitté nos maisons ? Et le ghetto ? Et le train ? Une semaine seulement ? Une nuit – une seule nuit ?
Depuis combien de temps nous tenions-nous ainsi dans le vent glacé ? Une heure ? Une simple heure ? Soixante minutes ?
C’était sûrement un rêve. »

« Qu’es-Tu, mon Dieu, pensais-je avec colère, comparé à cette masse endolorie qui vient Te crier sa foi, sa colère, sa révolte ? Que signifie Ta grandeur, maître de l’Univers, en face de toute cette faiblesse, en face de cette décomposition et de cette pourriture ?
Pourquoi encore troubler leurs esprits malades, leurs corps infirmes ? »

« Ils avaient inscrit son numéro sans qu’il s’en aperçût.
– Que va-t-on faire ? dis-je angoissé.
Mais c’est lui qui voulait me rassurer :
– Ce n’est pas encore certain. Il y a encore des chances d’y échapper. Ils vont faire aujourd’hui une seconde sélection… une sélection décisive…
Je me taisais.
Il sentait le temps lui manquer. Il parlait vite : il aurait voulu me dire tant de choses. Il s’embrouillait dans ses mots, sa voix s’étranglait. Il savait qu’il me faudrait partir dans quelques instants. Il allait rester seul, si seul… »

« Un jour je pus me lever, après avoir rassemblé toutes mes forces. Je voulais me voir dans le miroir qui était suspendu au mur d’en face. Je ne m’étais plus vu depuis le ghetto.
Du fond du miroir, un cadavre me contemplait.
Son regard dans mes yeux ne me quitte plus. »

÷÷÷÷÷÷÷

Elie Wiesel était un écrivain et un penseur prolifique. Après La Nuit, il écrivit plus de 40 livres récompensés par de nombreux prix littéraires, notamment :

  • le Prix Médicis pour Le Mendiant de Jérusalem (1968),
  • le Prix du Livre Inter pour Le Testament (1980),
  • le Grand Prix de Littérature de la ville de Paris pour Le cinquième fils (1983)

Il rédigea également ses mémoires. Le premier volume est intitulé Tous les fleuves vont à la mer (1995). Le second s’appelle Et la mer n’est pas remplie (1999).

En 1978, le président américain Jimmy Carter nomma Elie Wiesel directeur de la Commission présidentielle sur l’Holocauste. Celui-ci en rédigea le rapport, qui recommandait que le gouvernement américain établisse un musée-mémorial de la Shoah à Washington, DC.

En 1980, Elie Wiesel devint le président fondateur du Conseil du mémorial américain de l’Holocauste (United States Holocaust Memorial Council), chargé de mettre en œuvre les recommandations de la commission. Elie Wiesel pensait que le musée commémoratif américain l’Holocauste devait servir d’« espace commémoratif vivant » et encourager les générations présentes et futures à lutter contre la haine, prévenir les génocides, et défendre la dignité humaine.

En 1992, Elie Wiesel devint le président fondateur de l’Académie universelle des cultures à Paris, une organisation de défense des droits de l’homme.

Pour ses efforts en faveur des droits de l’homme et de la paix dans le monde, Wiesel reçut la médaille présidentielle de la liberté, la médaille d’or du Congrès et la médaille de la liberté des États-Unis, ainsi que, en France, le rang de grand-croix de la Légion d’honneur. Il reçut également plus d’une centaine de diplômes honoraires d’établissements d’enseignement supérieur.

En 1986, Elie Wiesel reçut le prix Nobel de la paix.

Émotion, Drame, Folie

Deux sœurs

de David Foenkinos
Poche – 4 juin 2020
Éditeur : Folio

“L’amour passionnel vous pousse à emmitoufler le moindre de vos gestes, à anticiper de manière excessive les réactions de l’autre, à vous perdre finalement dans le dédale de l’anarchie du coeur.”
Du jour au lendemain, Étienne annonce à Mathilde qu’il la quitte. L’univers de la jeune femme s’effondre. Dévastée, elle est recueillie par sa soeur Agathe, qui lui ouvre les portes du petit appartement qu’elle occupe avec son mari et leur fille. Dans ce huis clos familial étouffant, Mathilde révèle peu à peu une nouvelle personnalité, inattendue et glaçante. Il suffirait d’un rien pour que tout bascule…

C’était l’histoire de Mathilde, professeur de français, et d’Étienne qui vivaient ensemble depuis cinq ans. Ils s’aimaient, envisageaient de se marier et même de fonder une famille. Puis, du jour au lendemain, Mathilde se retrouve face à la solitude. Étienne l’a quittée pour une autre, il est parti avec Iris, son ex-compagne.
Pour Mathilde, commence alors une véritable descente aux enfers. N’importe quelle femme, mais pas Iris !
Elle est submergée par la jalousie. Comment ne pas sombrer ?
Comment faire pour retrouver goût à la vie ?
Où s’arrêtera la spirale infernale, souffrance, rejet, douleur, qui est devenu son quotidien ?
Elle perdra finalement le contrôle un jour en pleine classe, devant tous ses élèves.

Heureusement, Agathe, sa sœur, lui offrira de s’installer chez elle. Son époux est d’accord, elle pourra occuper la chambre de leur fille, le temps qu’elle se “reconstruise” (1)…

Jusqu’où peut-on aller lorsqu’on ressent une telle trahison ?
On assiste au drame vécu par cette femme délaissée par son époux, au point de perdre le sens de la vie.

David Foenkinos, qui m’avait habitué à des romans plus lumineux, change complètement de registre et s’aventure dans dans une tonalité bien plus sombre. Il dépeint d’une manière très simple le portrait d’une femme prise dans les tourments de son abandon, créant un tableau glaçant. Après ma première surprise passée, je me suis laissé porter. Ici, pas de commentaires inutiles, des faits concrets, de la psychologie aussi, et même ce “petit quelque chose” assez original qui fera la différence, je dois l’admettre.

Un roman plaisant et captivant, bien que pour moi ce ne soit pas son meilleur, mais avec une fin particulièrement réussie !

(1) Mathilde pensa que c’était enfin un mot juste. “Je dois me reconstruire, oui, car je suis détruite.”

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Au tout départ, Mathilde perçut quelque chose d’étrange sur le visage d’Étienne. C’est ainsi que l’histoire commença d’une manière presque anodine ; n’est-ce pas le fait de toutes les tragédies ? »

« Le silence d’Étienne lui pesait terriblement. Elle lui écrivait qu’elle avait besoin de lui parler. Il ne répondait pas. Certains jours étaient insoutenables. Elle en était réduite à s’enfermer pour pleurer dans les toilettes du lycée entre les cours. »

« La première fois qu’Étienne vit Mathilde, il la trouva franchement charmante. Quand on lui demandait quel était son type de femme, il était incapable de répondre ; il estimait n’avoir aucun goût précis. Toute femme pouvait potentiellement lui plaire ou lui déplaire. Mais Mathilde lui plut aussitôt et même : instinctivement. »

« En se dirigeant vers la cuisine, elle repéra une enveloppe sous la porte d’entrée. C’était peut-être Étienne ; il était passé dans la nuit ; il regrettait tout. Elle se jeta sur l’enveloppe, pour y découvrir le nom de Namouzian. À l’intérieur, une ordonnance de Lexomil et des antidépresseurs, un arrêt de travail d’une semaine, et un petit mot sur lequel était inscrit : “Non, votre histoire n’est pas banale. Chaque souffrance est unique. Bon courage. Je suis là, si vous avez besoin de moi. Sophie.” »

Romancier, scénariste et musicien, David Foenkinos est né en 1974. Auteur de treize romans traduits en quarante langues, il a notamment publié aux Éditions Gallimard Le potentiel érotique de ma femme, Nos séparations, La délicatesse, Les souvenirs et Je vais mieux. En 2011, il a adapté au cinéma avec son frère son livre La délicatesse, avec Audrey Tautou et François Damiens.