Adolescence, Émotion, Histoire

L’Arpenteur de rêves

de Philippe Lemaire
Broché – 4 novembre 2021
Éditions : de Borée

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Une équipe de tournage dirigée par un des plus grands cinéastes des années 50 s’installe à Attigny dans les Ardennes pour réaliser en extérieur quelques-unes des séquences les plus importantes d’un film, L’Arpenteur de rêves, qui évoque la jeunesse de Rimbaud et ses amours tumultueuses avec Verlaine. Toute la vie du bourg, rythmée à la fois par les campagnes sucrières et le passage des péniches qui franchissent son écluse, va en être bouleversée comme le sera la vie monotone et solitaire de la jeune Clémence.

 

• Couv_2023-012_Lemaire Philippe - L'arpenteur de rêves

 

L’Arpenteur de rêves, se déroule dans les Ardennes…

Clémence, jeune fille attachante de dix-sept ans, rêve d’amour et d’une vie meilleure, en effet, jusqu’à présent elle n’a pas eu une vie franchement facile. Très tôt abandonnée par son père qu’elle n’a jamais revu, une mère qui agit comme si elle n’existait pas, elle vit son quotidien comme un jour sans fin. Elle trouve un travail comme serveuse au village, au “Bar de l’Écluse”, et là encore les rapports avec sa patronne, Léonie Franquin, sont difficiles et conflictuels, mais elle s’accroche à ce poste sans intérêt qui lui donne quand même un soupçon de liberté.
Un jour, sa patronne l’informe qu’elle va devoir partir quelques jours voir sa sœur, et qu’elle la laisse le soin de tenir le bar durant son absence. Mais quelle fut sa surprise en voyant arriver le lendemain, Julieta, qu’elle connaît de vue et qui n’est pas vraiment son amie, qui lui explique qu’elles vont travailler ensemble, pendant l’absence de Franquin !
Encore une fois, son rêve de liberté s’évanouit…
Mais, petit à petit, la roue de la vie semble tourner, avec “Rimbaud” et “Verlaine”, elle en oubliera même la monotonie de sa vie !

Encore une fois, l’écriture fluide et réaliste de Philippe Lemaire fonctionne. On remonte le temps avec une telle évidence, j’ai tout de suite été immergé dans ce petit village durant les années 50 qui se remet à peine de la dernière Guerre. L’atmosphère est fort bien ressentie, la vie difficile des habitants, les commérages, la médisance, un climat dur où rares sont les distractions.
Mais la magie du cinéma arrive bientôt…

Après avoir lu, La forêt des violons et Le miroir aux mirages, même si j’ai aimé L’Arpenteur de rêves, je l’ai quand trouvé, en dessous des deux autres, mais cela reste un avis personnel et je continuerai à lire ses autres romans avec plaisir…

Merci à Virginie pour cette lecture…

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Extraits :

« La jolie Clémence Fourquet avait des rêves plein les mollets. Chaque coup de pédale la grisait en la propulsant dans une liberté imaginaire. La même chanson se répétait chaque matin. L’idée même de liberté est un alcool qui enivre quand on a tout juste dix-sept ans. Son rêve ? Un truc tout simple. Un matin, elle se lèverait, rassemblerait tout son fourbi dans une valise, y compris sa trousse de maquillage qui avait rendu sa mère furieuse, et salut la compagnie ! »

« Les péniches, qui s’arrêtaient transportaient aussi dans leurs cales, outre le charbon, le sable ou le blé, des paysages lointains qui provoquaient en elle une envie irrésistible d’évasion. C’étaient autant de cerfs-volants colorés qui se mettaient à tournoyer dans sa tête. Elle fut presque jalouse du nourrisson qui continuait de téter et qui les découvrirait bientôt sans se rendre compte de sa chance. Il allait traverser de grandes villes, s’arrêter dans d’autres ports, connaître d’autres gens, tandis qu’elle, elle resterait enfermée entre les quatre murs de son horizon, de champs, de bois et d’abreuvoirs à vaches. »

« Clémence aurait aimé éprouver davantage d’émotion en apprenant la mort de cet inconnu qui était son père. Cette page de sa vie qui se tournait la laissait indifférente, un peu comme si cette mort de la concernait que de loin. Pourtant, combien de fois avait-elle espéré le voir apparaître souriant et volubile avec, comme une fleur accrochée à la boutonnière, le récit d’un voyage lointain ? Ou d’un exploit qui aurait sidéré le monde. »

 

Philippe Lemaire a longtemps été journaliste, présentateur du journal télévisé de France 3 Rhône-Alpes Auvergne.

Auteur de chansons et réalisateur de films documentaires, il se fait remarquer dès son premier livre Les Vendanges de Lison (2003).

Il se consacre aujourd’hui à l’écriture. Il a notamment publié La Mélancolie du renard (2015), son son neuvième roman, L’Enfant des silences (2013) et Rue de la côte-chaude (2011). Il prouve une fois de plus son talent dans La Forêt des violons, son seizième roman.

Ardennais, Il vit en Rhône-Alpes depuis de longues années.

Les racines de Philippe Lemaire, justement, ce sont les Ardennes.
« Quand je reviens à Saint-Laurent, je ressens les choses différemment, je me sens heureux, simplement. C’est difficile à expliquer, c’est un peu comme si j’avais les ombres de mes grands-parents à mes côtés. »

Le cheval de bataille de l’écrivain, c’est aussi d’essayer de convaincre que la lecture, c’est indispensable. « Lire, c’est fondamental, explique-t-il. Cela permet de s’évader, de réfléchir, de structurer sa vie. »
Philippe Lemaire s’est mis à la lecture lorsqu’il avait six ans. « Ma grand-mère lisait des romans photos, ça a été mon premier vrai contact avec les livres. Et puis j’ai rencontré un professeur de Français en quatrième, qui écrivait des pièces de théâtre, et les choses se sont enchaînées. »
L’auteur ardennais met aussi, et surtout, de sa vie dans ses romans. « L’écriture traduit une émotion. Si j’angoisse, le lecteur s’en rendra compte. Si je suis tendu, heureux, cela se verra. Toute ma vie j’ai écris, je serais incapable de m’arrêter. Je pourrais même écrire s’il le fallait des modes d’emploi. C’est mon métier, c’est comme si j’étais artisan ou même employé, c’est comme ça. »
Et Philippe Lemaire a choisi son style. « J’écris des romans aux personnages simples. Je n’aime pas les romans “coffre-fort” où les lecteurs doivent chercher des combinaisons compliquées », précise-t-il.

Histoire, Suspense

Le Miroir aux mirages

de Philippe Lemaire
Broché – 10 novembre 2022
Éditions : de Borée

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Afin que Louis XIV puisse se refléter dans des miroirs qui seraient enfin français, François est envoyé à Venise sur ordre de Colbert qui entend créer la Manufacture royale des glaces de miroir. Sa mission ? Dérober aux Vénitiens les secrets de fabrication des grands miroirs qu’ignoraient alors les artisans français. Mais ce n’est pas tout ! Il lui faut aussi convaincre quelques grands maîtres verriers de venir à Paris pour y transmettre leur savoir. Le pont d’or qu’il est prêt à leur faire sera-t-il suffisant ?

 

• Couv_106_Lemaire Philippe - Le miroir aux mirages

 

C’est le second roman de Philippe Lemaire, après “La forêt des violons”, que je lis.
J’ai toujours beaucoup aimé les romans historiques, mais quand l’auteur y apporte une part de poésie, de beauté et un sens artistique, quasi-omniprésent, alors là, j’adore…

La première partie du roman se déroule à Venise XVIIe siècle.
François Guilbert de Soulac a été mandaté par Colbert, pour dérober aux Vénitiens de l’île de Murano, les secrets de fabrication des miroirs, voire plus encore, inciter des maître verriers qui ont été sélectionnés à quitter leur pays, pour la France afin qu’ils partagent leurs connaissances pour créer une Manufacture Royale des glaces et des miroirs à Versailles, suivant la demande de Louis XIV.
François Guilbert, va se rendre compte très vite que cette mission sera non seulement délicate, mais de plus, très dangereuse… Sera-t-il prêt à braver les dangers ? Le regard et la voix de la belle Lucia, ne risquent-ils pas de l’entraîner vers des lieux qu’il n’imaginait même pas ?

J’ai voyagé dans le temps et dans les ruelles sombres de Venise, Philippe Lemaire nous conte avec passion la vie et le travail des maîtres verriers… C’est superbe et très addictif. Les canaux, les soirées richissimes dans cette ville incroyable où tout est axé sur la beauté et surtout les plaisirs…
Un texte très fluide, bien écrit, du suspense avec une intrigue fort bien menée, une histoire d’amour qui n’a rien pour déplaire et un travail de recherche assez incroyable de la part de l’auteur.

J’ai passé un très bon moment de lecture…
Philippe Lemaire, fait dorénavant partie des conteurs que je suivrai avec plaisir !

Un grand merci à Virginie des Éditions de Borée pour ce SP qui m’a fait rêver.

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Extraits :

« Il remonta le col de son manteau de lourde laine afin d’affronter le vent qui venait de la mer. Celui-ci s’engouffrait dans les ruelles de Murano, avec des sifflements aigus et rageurs. En dépit du vent, il avait cru entendre un bruit de pas derrière lui. Comme si on le suivait. Quand il se retourna, il ne vit personne. Sans être rassuré pour autant, il marqua son inquiétude d’un froncement de sourcils. Il n’avait aucune raison de craindre les voleurs. Sa bourse ne contenait qu’un ou deux sequins, grandement insuffisants pour tenter le diable. »

« Le Castello était un quartier tranquille à l’écart des grandes ruées de voyageurs et d’aventuriers de toutes espèces qui débarquaient dans la Sérénissime en quête de fortunes rapides ou d’aventures galantes. La réputation de certains lieux de grandes polissonneries, les attirait, comme la lumière attire les papillons de nuit. Dans ces endroits, tenus plus ou moins secrets, des femmes languissantes est parfumées à demi nues, faisaient promesse d’assouvir leurs sens dans le murmure, d’épopées amoureuses bien coûteuses. En choisissant ce quartier, François Guilbert n’avait fait qu’obéir à M. Courtin, un des hommes, de confiance de Jean-Baptiste, Colbert, qui lui avait recommandé la plus grande discrétion, en lui remettant la bourse contenant plusieurs centaines de livres pour ses frais de route et de séjour, ainsi que des lettres à vue nécessaires, à la réussite de sa mission. »

« Comme une déesse du silence, Calisto entra sur scène. L’air égarée, la poitrine palpitante, elle s’abandonna à l’attente amoureuse qui s’était emparée d’elle comme une terrible fièvre. François Guilbert reconnut Adèle Cantalli malgré le masque qui lui couvrait le haut du visage. Puis un chant de séduction s’éleva depuis les coulisses. Envoûtant. Qui aurait été capable de lui résister ? À l’entrée du castrat, un murmure d’adulation parcourut la salle. Le madrigal soutenu par les cordes commença. Persuasion. Assurance. Ruse d’un côté. Pudeur. Charmante dérobade de l’autre. Les voix s’égarèrent dans les arabesques de la passion. Elles ensorcelaient à tour de rôle. »

« La taille ceinturée d’un tablier de cuir, Bartolomeo Guardi, s’empara de sa plus longue canne avant de la plonger dans la gueule incandescente du four. Fruit de l’expérience acquise auprès de son père qui l’avait entraîné dans l’atelier de verrerie alors qu’il n’avait pas dix ans, un seul coup d’œil lui avait suffit pour savoir qu’il était à la bonne température. Il commença à tourner doucement la canne, entre ses doigts pour cueillir dans le creuset une boule de verre en fusion, sous le regard attentif de ses aides. Un silence quasi-religieux, régnait dans l’atelier, où l’on entendait plus que le bourdonnement du feu. »

Philippe Lemaire a longtemps été journaliste, présentateur du journal télévisé de France 3 Rhône-Alpes Auvergne.

Auteur de chansons et réalisateur de films documentaires, il se fait remarquer dès son premier livre Les Vendanges de Lison (2003).

Il se consacre aujourd’hui à l’écriture. Il a notamment publié La Mélancolie du renard (2015), son son neuvième roman, L’Enfant des silences (2013) et Rue de la côte-chaude (2011). Il prouve une fois de plus son talent dans La Forêt des violons, son seizième roman.

Ardennais, Il vit en Rhône-Alpes depuis de longues années.

Les racines de Philippe Lemaire, justement, ce sont les Ardennes. « Quand je reviens à Saint-Laurent, je ressens les choses différemment, je me sens heureux, simplement. C’est difficile à expliquer, c’est un peu comme si j’avais les ombres de mes grands-parents à mes côtés. »
Le cheval de bataille de l’écrivain, c’est aussi d’essayer de convaincre que la lecture, c’est indispensable. « Lire, c’est fondamental, explique-t-il. Cela permet de s’évader, de réfléchir, de structurer sa vie. »
Philippe Lemaire s’est mis à la lecture lorsqu’il avait six ans. « Ma grand-mère lisait des romans photos, ça a été mon premier vrai contact avec les livres. Et puis j’ai rencontré un professeur de Français en quatrième, qui écrivait des pièces de théâtre, et les choses se sont enchaînées. »
L’auteur ardennais met aussi, et surtout, de sa vie dans ses romans. « L’écriture traduit une émotion. Si j’angoisse, le lecteur s’en rendra compte. Si je suis tendu, heureux, cela se verra. Toute ma vie j’ai écris, je serais incapable de m’arrêter. Je pourrais même écrire s’il le fallait des modes d’emploi. C’est mon métier, c’est comme si j’étais artisan ou même employé, c’est comme ça. »
Et Philippe Lemaire a choisi son style. « J’écris des romans aux personnages simples. Je n’aime pas les romans “coffre-fort” où les lecteurs doivent chercher des combinaisons compliquées », précise-t-il.

Émotion, Drame, Histoire, Suspense

Le soldat désaccordé

de Gilles Marchand
Broché – 19 août 2022
Éditions : Aux Forges de Vulcain

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Paris, années 20, un ancien combattant est chargé de retrouver un soldat disparu en 1917. Arpentant les champs de bataille, interrogeant témoins et soldats, il va découvrir, au milieu de mille histoires plus incroyables les unes que les autres, la folle histoire d’amour que le jeune homme a vécue au milieu de l’Enfer. Alors que l’enquête progresse, la France se rapproche d’une nouvelle guerre et notre héros se jette à corps perdu dans cette mission désespérée, devenue sa seule source d’espoir dans un monde qui s’effondre.

 

• Couv_105_Marchand Gilles - Le soldat désaccordé

 

La guerre, et peut-être même la 1ère Guerre Mondiale, a été une des plus dures pour les soldats, celle qui de nouveau à faire prendre conscience aux Français et aux autre pays d’Europe que de nouveau nul n’était à l’abri.

Rien n’est beau dans une guerre… Les champs de bataille, les explosions, les tranchées, des corps mutilés, les massacres, le sang, les cris et les pleurs, la boue, la peur… Mais au milieu de tout cela, il y a aussi des histoires de cœurs et d’amitié.

Avec beaucoup de pudeur et de la délicatesse aussi, Gilles Marchand, nous raconte la guerre, “sa” guerre, à la première personne, avec des mot choisis, des mots pensés, il ne contourne pas les horreurs, il ne triche pas, ça sonne vrai et c’est ce qui m’a emporté, car malgré les images qui se dégagent de son récit, Gilles d’une main de maître m’a projeté dans ce qui vers se transformer petit à petit au fur et à mesure de ma lecture en un conte empreint d’une certaine beauté et de poésie… Après avoir lu déjà plusieurs de ses romans, j’attendais ce retournement, mais dans ici, ce n’est plus un retournement, c’est une transformation magique et bouleversante !

À la fin de la 1ère Guerre Mondiale, après l’armistice, alors que le pays se relève comme il peut, un ancien combattant français, qui a perdu une main lors combat et dont nous ne connaîtrons jamais le nom, ni le prénom, se donne comme mission de chercher et retrouver les soldats dont on a perdu la trace pendant et après le conflit meurtrier. Parmi toutes ses recherches, une va lui tenir particulièrement à cœur. Celle du soldat Émile Joplain. Mandaté par sa mère, une riche veuve, il se lance sur sa piste et va très vite découvrir une histoire hors du commun. Cette histoire incroyable, je la découvre aussi avec le héros, et le récit se magnifie de chapitre en chapitre, de page en page jusqu’au chapitre 25 qui pour moi atteint des sommets rarement égalés. Ce n’est plus un récit de guerre, c’est une magnifique histoire d’amour impossible entre Émile, soldat, jeune bourgeois, poète et écrivain, et Lucie, une jeune paysanne Alsacienne, “la fille de la lune”, sa muse, sa lumière… qu’il avait juré d’épouser après la guerre.
Gilles parvient à me faire oublier les ténèbres et la mort, les frontières entre les classes sociales, je ne voyais plus que l’espoir, ne voyais plus que des yeux brillants, des mains tendues. Une histoire hors du commun.

Gilles, « armé de simples mots” rend un hommage magnifique à ces générations d’hommes et de femmes aussi, qui ont souffert dans leur corps, dans leur tête et dans leur âme, suite à cette boucherie organisée par des “bien-pensants” qui ont déchiré, voisins, amis et familles.

Coup de cœur pour ce récit bouleversant et indispensable contre l’oubli.

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Extraits :

« Je n’étais pas parti la fleur au fusil. Je ne connais d’ailleurs personne qui l’ait vécu ainsi. L’image était certes jolie, mais elle ne reflétait pas la réalité. On n’imaginait pas que le conflit allait s’éterniser, évidemment. Personne ne pouvait le prévoir. On croyait passer l’été sous les drapeaux et revenir pour l’automne avec l’Alsace et la Lorraine en bandoulière. À temps pour les moissons, les vendanges ou de nouveaux tours de vis à l’usine. Pour tout dire, ça emmerdait pas mal de monde cette histoire. On avait mieux à faire qu’aller taper sur nos voisins. »

« Ils étaient gamins quand ils s’étaient rencontrés.
Elle était née près de Strasbourg, à Molsheim, à la fin du siècle. Ses parents, Elsa et Lorenz Himmel, étaient français. Enfin, plus sur le papier évidemment. Français de cœur. Ça ne se disait pas trop. À la maison, ça parlait aussi alsacien. Ce n’était pas une famille riche, c’était le moins qu’on puisse dire. Louis, louait ses bras à des fermiers locaux, des vignerons pour les vendanges, des agriculteurs le reste de l’année ; elle, briquait les sols dans les salons bourgeois, servante ici, puis là. Lucie est arrivée alors que le couple avait déjà du mal à nourrir deux bouches. »

« Je me suis toujours impliqué dans les affaires sur lesquelles j’enquêtais. Néanmoins, je dois bien admettre que celle de la disparition d’Émile Joplain a rapidement pris une importance sans commune mesure.
En 1925, la France fêtait sa victoire depuis sept ans. Ça swinguait, ça jazzait, ça cinématographiait, ça électroménageait, ça mistinguait. L’art déco flamboyait, Paris s’amusait et s’insouciait. Coco Chanélait, André Bretonnait, Maurice Chevaliait. »

 

 

Gilles Marchand est né en 1976 à Bordeaux. Il a notamment écrit Dans l’attente d’une réponse favorable (24 lettres de motivation) et coécrit Le Roman de Bolaño avec Éric Bonnargent. Son premier roman solo, Une bouche sans personne en 2016, attire l’attention des libraires (il est notamment sélectionné parmi les “Talents à suivre” par les libraires de Cultura, finaliste du prix Hors Concours, et remporte le prix des libraires indépendants “Libr’à Nous” en 2017) et de la presse, en proposant le curieux récit, le soir dans un café, d’un comptable le jour expliquant à ses amis pourquoi il porte en permanence une écharpe pour cacher une certaine cicatrice.

Il a été batteur dans plusieurs groupes de rock et a écrit des paroles de chansons.

Émotion, Drame, Histoire, Suspense

Aux quatre vents

de Amélie Antoine
Broché – 13 octobre 2022
Éditions : XO

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On dit que chaque famille a ses secrets. C’est encore plus vrai en temps de guerre…

1985, Sabran-sur-la-Lys. Un paisible petit village du nord de la France où tout le monde se connaît, depuis toujours. Un petit village où tout se sait. Et où, surtout, rien ne s’oublie.

Après avoir fait l’acquisition du château, un mystérieux personnage achète maison sur maison. De lui, on ne connaît que le nom : Clément de Clercq. Un matin, les villageois découvrent avec effroi que les portes et les fenêtres de toutes ces demeures ont été retirées. Les habitations sont ouvertes aux quatre vents, abandonnées, défigurées.

Bouleversée, une jeune femme, Léa, décide de tout faire pour sauver le village de son enfance. Il lui faudra alors fouiller dans les mémoires jusqu’à plonger au cœur d’un passé qu’aucun habitant n’a envie de revivre…

Aux quatre vents est l’histoire fascinante d’un homme qui, sans même en avoir conscience, se lance dans une quête éperdue d’identité. Car qui est-on quand on ignore d’où l’on vient ?

 

• Couv_099_Antoine Amélie - Aux quatre vents

 

– J’ai fait un vœu, maman, tu crois qu’il va se réaliser ?
– Si tu as réussi à souffler, tout ton pissenlit d’un seul coup, je pense que oui, Charlotte…
– Alors, ça veut dire que j’aurai bientôt un chien !
– Ah ça, je ne sais pas… Ton père ne sera jamais d’accord…
– Mais, un vœu, c’est un vœu, non ? Je voudrais tellement, tellement avoir un chien, je sais déjà à quoi il ressemblerait : il serait grand, noir, avec des poils doux, comme de la soie et un regard malicieux… J’ai soufflé tout le pissenlit, regarde, il ne reste plus que la tige !
– Dans ce cas, tu as sans doute raison d’y croire, ma chérie. Tu as sans doute raison d’y croire…

Voilà.
J’ai terminé ma lecture. L’un des plus beaux et des plus tristes romans qu’il m’ait été donné de lire cette année. Chacun des nouveaux romans d’Amélie Antoine est une véritable découverte. Celui-ci, plus encore… Une histoire très émouvante qui nous ramène au cours de la Seconde Guerre mondiale à Sabran-sur-la-Lys, petit village du nord de la France et qui se poursuit jusqu’au début des années 80.

Tout le roman se déroule ainsi une cette double temporalité, à travers la vie de deux familles aux destins tragiques.
Je ne sais pas par où commencer sans vous ôter le plaisir de la découverte, chaque idée, chaque détail est tellement fort et intense.

En tant que lecteur, ce roman est magnifique. Tout est là.
La violence, la guerre, les rapports familiaux compliqués, l’amour, les naissances, la haine, la mort, la vengeance et j’en passe… Mais c’est aussi LE LIVRE que j’aurais aimé écrire si j’étais auteur. La justesse des mots, la sensibilité omniprésente. J’ai vécu le roman, parfois en apnée, parfois en colère, souvent très ému. Amélie est une auteure qui ne cesse de m’étonner au fur et à mesure de ses écrits ! Un roman que je relirais sûrement, que je n’oublierai jamais !

Si nous pouvions, prendre suffisamment de recul, prendre nos décisions après une juste réflexion, au lieu de laisser monter en nous la haine, la lâcheté et la violence…

Amélie voit juste… Nous sommes imparfaits. “Aux quatre vents” est plus qu’un roman !
Énorme coup de cœur pour moi.
Je suis, et reste un lecteur heureux…

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Extraits :
« Il n’y a encore pas si longtemps, c’était un vrai, petit village de carte postale.
Un petit village d’environ quatre cents âmes en bordure de la rivière Lys, dans le Pas-de-Calais, en Flandre française. Pour y accéder, un pont en pierre de taille voûté composé de trois grandes arches, qui enjambe la rivière depuis longtemps, domestiquée en canal. »

« Ils sont une vingtaine à être entassés les uns contre les autres, à se regarder d’un air effrayé, à se demander où ils vont être emmenés. Isaac passe son bras autour des épaules de Ludmilla, tente de garder la tête froide malgré la peur qui s’insinue aussi sournoisement qu’un serpent. »

« Soudain, elle entend un pas de bottes lourdes sur sa gauche. Quelques instants plus tard, deux soldats allemands, vêtus de leurs uniformes, et calots vert-de-gris, tournent au coin de la rue et remontent dans sa direction. Quand ils passent devant elle, ils lui adressent un petit signe de tête poli, auquel, par principe, elle ne répond pas. À Sabran-sur-la-Lys, tous les villageois, agissent de même, sans jamais s’être vraiment concertés. Tous se refusent à leur attribuer la moindre humanité, et même si le geste peut paraître futile, il n’en reste pas moins symbolique. »

« Aujourd’hui, Charlotte est bien placée pour savoir que la gentillesse ne suffit pas. Ce n’est pas la gentillesse d’un homme qui transforme le bas-ventre d’une femme en un brasier. Ce n’est pas la gentillesse d’un homme qui donne envie à une femme de bouleverser toute sa vie, au mépris du danger, de la bienséance, du qu’en-dira-t-on. Ce n’est pas la gentillesse qui rend folle d’amour, au point de ne même plus savoir ce qu’était la vie, avant lui.
Oh que non. »

 

 

Amélie Antoine est née en 1984. Elle vit à Lille avec sa famille.

“J’aimerais vous dire que j’ai toujours voulu être écrivain, mais ce ne serait pas vrai.
J’aimerais vous dire qu’il n’y a pas un jour sans que j’écrive, mais ça non plus, ce ne serait pas vrai.
J’aimerais vous dire que, quand je m’installe à mon ordinateur, c’est un plaisir, un vrai bonheur de me mettre à taper des mots, former des phrases jusqu’à ce qu’elles deviennent des chapitres de mon histoire. Mais ce ne serait pas vrai.

Alors je vais vous dire que, depuis toute petite, j’ai toujours pensé que l’écriture était le meilleur moyen de communiquer. Je ne l’ai pas choisi, c’était comme ça (Et nul doute qu’un psychologue aurait sans doute beaucoup de conclusions à tirer !).
Je n’étais pas timide ni renfermée, mais j’ai toujours préféré écrire quand j’avais quelque chose à partager. Des petits mots à mes parents pour leur annoncer des choses importantes que je n’aurais pas su formuler à l’oral, pour leur demander la permission de faire telle ou telle chose, pour m’excuser d’erreurs que j’avais pu commettre, parfois.
Écrire, c’est pour moi une manière de poser ma pensée. De peser et choisir chaque mot afin d’être sûre de moi. D’entendre la musique en ayant pris le temps de la composer. De parler sans être interrompue.

Je vais vous dire que s’il peut se passer des semaines sans que j’écrive la moindre ligne, il ne se passe pourtant pas un jour sans que je réfléchisse à une histoire, sans que je façonne un personnage, sans que je note des idées à la volée sur le premier papier venu (souvent perdu par la suite, d’ailleurs !), sans que je mémorise des anecdotes qu’on me raconte parce qu’elles résonnent en moi d’une manière particulière.
Je vais vous dire à quel point ce que j’aime, c’est inventer des histoires. Nouer des intrigues, trouver des rebondissements, manier toutes la palette des émotions qu’on peut ressentir.
Et, surtout, donner vie à des personnages auxquels je m’attache aussi fort que s’il existaient vraiment, auxquels je voudrais que vous vous attachiez aussi fort que s’ils faisaient partie de votre famille, de vos amis.

Je vais vous dire que, si je n’ai jamais rêvé depuis l’enfance d’être un jour écrivain, ce n’est pourtant que depuis que j’écris des romans que j’ai l’impression d’être à ma place. De ne plus être en décalage constant avec le reste du monde.
De ne plus être en décalage constant avec le reste du monde.
D’avoir trouvé mon chemin, d’avoir trouvé un sens.
De savoir qui je suis et où je dois aller”.

http://www.amelie-antoine.com
Page Facebook : https://www.facebook.com/AmelieAtn/

Émotion, Histoire, Suspense

La Sorcière, le forgeron et les cathédrales

de Aurore Dandoy
Broché – Livre grand format, 15 septembre 2022
Éditions : de Borée Éditions

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Janvier 1286, Kirian, compagnon forgeron, assiste au sacre du roi Philippe IV à Reims. Parti de Vaufleury six plus tôt, son village natal où femme et enfants l’attendent, il fait appel aux chevaliers Templiers pour transporter son pécule sur les dangereuses routes de France. A Vaufleury, Isabeau, veuve, vit seule dans sa ferme. Guérisseuse, elle se complait dans cette vie libre et autonome jusqu’à ce jour d’octobre 1286 où Kirian, blessé, traqué et désabusé s’écroule sur le pas de sa chaumine. Sa vie devient alors une route sinueuse dont chaque péripétie semble la conduire au bûcher ou à la fuite.

 

• Couv_094_Dandoy Aurore - La sorcière, le Forgeron et les Cathédrales

 

Nous sommes en 1286.
Philippe le Bel vient d’être élu roi de France. Les Templiers qui tiennent encore une place prépondérante, sont de moins en moins tolérés suite à des factions internes et aussi à cause de leur richesse, de leur pouvoir qui font de nombreux jaloux au sein de la nouvelle royauté.
Mais, nous sommes aussi en pleine période de construction des cathédrales dans tout le pays, à Paris, à Reims, et à Strasbourg… L’auteure nous fait voyager dans le monde des guildes artisanales, des artisans et des compagnons à travers des chantiers gigantesques, qui s’étaleront sur plusieurs dizaines d’années…

Isabeau, femme cultivée et indépendante, est guérisseuse dans son village, Vaufleury, se situant près de Laval. Elle prépare onguents et infusions et intervient dès que possible pour aider son entourage. Elle est veuve, et contre la bienséance, elle décide de vivre seule à cette époque bien compliquée, où l’Église condamne toute liberté chez les femmes. Elle va finir par soulever bien des soupçons à son égard et susciter de la jalousie, jusqu’à être accusée de sorcellerie et de pratiquer la magie…
Kirian est forgeron. Rejeté par son père, il décide de parcourir le pays accumulant les chantiers afin de subvenir aux besoins de sa femme et de ses enfants, jusqu’au moment, où il est renvoyé chez lui pour un motif mensonger. Blessé durant son retour, il décide d’aller directement chez Isabeau, son ancienne maîtresse…

Sur fond d’un amour impossible, Aurore nous propose un premier roman passionnant, construit comme un thriller historique, très riche en détails, en événements et en rebondissements. Les personnages secondaires sont attachants et les chapitres courts rendent le récit très vivant et rythmé. La plume d’Aurore est agréable, et même si le roman se penche plus sur “l’Humain” que sur cette période de l’Histoire, qu’elle maîtrise d’ailleurs parfaitement. Le décor posé, je n’avais plus qu’à me laisser porter par son récit, par sa vision du moyen-âge et des divers conflits entre les Guildes et les Chevaliers du Temple. Une lecture vraiment très agréable que je vous recommande.
Aurore Dandoy… Une auteure à suivre !

Merci, aux Éditions de Borée pour cette étonnante découverte, en attendant, je l’espère un nouveau roman à venir…
Une suite peut-être ?

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Extraits :

« Sa main remonta le long de sa cuisse avec une douceur équivoque. La jeune femme cambra son dos tandis qu’il embrassait son cou en partie découvert. Leur souffle s’accélérait, entre deux baisers enflammés, leurs doigts s’entremêlèrent vigoureusement. La natte, bien attachée le matin même, était défaite en une cascade de cheveux bouclés couleur caramel. Dans un soupir contrit, il remonta la manche qui découvrait l’épaule dénudée, pour la remettre en place. Elle rouvrit les yeux de surprise et de déception. Il prit alors son visage en coupe et, les yeux dans les yeux, lui déclara :
– Je t’aime, Isabeau. Je t’aime et rien ne pourra changer cela. »

« Elle avait été séparée de sa famille très jeune et elle avait très vite compris que l’interprétation des principes religieux dépendait surtout de qui elle rencontrait. Par exemple, à ses huit ans, un prêtre, vivant en concubinage avec une femme et ses cinq enfants, avait tenté de lui apprendre “les choses de la vie”. »

« Les jours qui suivirent la visite à La Sorbonne ramenèrent Kirian à sa réalité : son maître forgeron Everny l’envoya de l’autre côté du chantier, travailler en renfort sur une porte avec du fer forgé, qui venait de perdre deux de ses artisans : un forgeron que Kirian avait aperçu une fois ou deux, et un apprenti charpentier. Ce n’était pas sans raviver de mauvais souvenirs liés au portail de Notre-Dame de Strasbourg. »

« – Elle semble tellement forte et fragile à la fois.
– C’est une femme ! N’oublie pas que ce sont les femmes qui portent les enfants dans ce monde.
– Tu as raison… »

« Pour ne pas céder aux idées noires qui menaçaient de la submerger, Isabeau décida de partir à la découverte de la ville. Elle s’aventura dans les ruelles malodorantes, évitant comme elle pouvait les marchands pressés et les mains baladeuses des orphelins qui apprenaient à voler en même temps qu’à marcher. Elle se retrouva rapidement face au parvis de la grande cathédrale. La grandeur symbolique, tout autant que la grandeur physique déjà achevée, coupait le souffle et imposait un silencieux pieux, qui contrastait avec le capharnaüm des artisans et des marchands des alentours. D’abord intimidée, Isabeau se tint à distance respectable de l’immense bâtiment. Elle prit le temps d’embrasser la vision entière de la cathédrale. »

 

 

Aurore Dandoy écrit depuis l’âge de 8 ans. Avec son frère, elle imaginait des mondes et des personnages qui prenaient vie sur le papier. En grandissant, elle a noirci des milliers de pages, de journaux intimes aux scénarios de films. En 2019, elle débute un travail de recherche sur les Templiers, la grande passion de son père qu’elle sait malade. Il deviendra son premier roman historique.

Histoire, Suspense, Thriller

L’archéologue*

Épaves en mer d’Oman
de Philippe Ehly
Broché – 1 octobre 2022
Éditions : Éditions Encre Rouge

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Officiellement mort depuis dix-neuf ans, un assassin sans nom et sans visage exécute impitoyablement les volontés d’un petit groupe fanatique dirigé par celui que les agences de renseignement occidentales ont surnommé l’Ombre. Leur ambitieux projet vise à transformer par la terreur le Moyen-Orient en un khalifat unique et éternel.

Brillant ingénieur et archéologue passionné, solitaire et rigoureux, Marc Miller voit sa vie basculer le jour où le prince Turki, neveu du Sultan d’Oman, le charge d’explorer l’espace maritime de son pays pour lui rendre son histoire égarée dans les méandres du temps.

De découverte en découverte, entouré d’une équipe aussi compétente que fidèle, encouragé par le sultan en personne, Marc Miller se forge une place dans un pays ancré dans ses traditions qui cherche à s’ouvrir au monde.

Cependant, le danger guette. Car, tapi dans son repaire, l’Ombre prépare un plan machiavélique…

 

• Couv_090_Ehly Philippe - L'archéologue*

 

Philippe Ehly est un auteur que je ne connaissais pas à la lecture de son roman.

Le tome 1 de “L’archéologue” est un thriller, mais cela a été pour moi surtout un sacré roman d’aventures qui se déroule au fond des mers…

Marc Miller à 14 ans est devenu ingénieur sans même savoir que le terme existait !
Il a acheté un détecteur de métaux et très vite, il se rend compte que l’outil ne correspond pas du tout à ses demandes. Il le démonte, regarde le fonctionnement et y “ajoute” de nouvelles fonctions qui feront de cet outil, celui le plus utilisé au monde pour les recherches. Vous l’avez compris, Marc est quelqu’un de très brillant…

Sollicité par le neveu du sultan, il va explorer les côtes d’Oman à la recherche d’épaves, entouré d’une équipe qu’il aura lui-même choisie, des jeunes passionnés.
Très vite, la chance lui sourit, il trouve un premier bateau et va aller de découverte en découverte qui changeront les acquis de l’Histoire…

Philippe, grâce à son écriture m’a complètement transporté. On ressent très vite son amour pour l’Histoire et l’archéologie, mais pas seulement… Plus que de raconter une histoire, il nous propose une réelle immersion, pleine de précisions techniques, sans que cela ne nuise à la fluidité du récit, et les promenades aussi qu’il nous propose à travers ce pays où évolutions dans le temps et traditions figées dans l’Histoire ont beaucoup de mal à cohabiter.

Un premier tome très maîtrisé qui m’a vraiment intéressé, mais…
J’aurai aimé une “présence” de l’ombre plus marquée dans le récit. Peut-être les tomes suivants vont-ils répondre à toutes les questions que je me suis posées, là où, j’attendais des réponses peut-être précipitées ?

Philippe Ehly, une belle découverte, avec ce roman qui m’a tenu en haleine jusqu’au point final !
Passionnés de romans historiques, ce roman devrait vous intéresser…

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Extraits :

« L’homme n’était ni grand, ni petit. Ni gros, ni maigre. Un visage anonyme, aussitôt aperçu, aussitôt oublié. Quant à ses vêtements, un simple pantalon de toile et une chemisette, ils étaient aussi ceux des centaines d’hommes qui parcouraient les rues de Valence à l’heure de l’apéritif du soir.
Pourtant, l’anonyme noyé dans la foule de la fin d’après-midi, était tout sauf un promeneur ordinaire. C’était un des terroristes les plus habiles du Moyen-Orient. Mais même cette compétence exceptionnelle était aussi peu connue que son physique n’était remarquable. »

« La mer était absolument vide sur 360°, comme le montrèrent d’un coup d’œil à l’écran radar et un balayage à la jumelle, néanmoins l’enseigne tourna la proue vers le nord-est et la pleine mer tout en poussant doucement vers l’avant la double manette des gaz. Miller gardait les yeux fixés sur certains cadrans du tableau de bord : le loch, le compte-tours et les deux cadrans de température. »

« On a plein d’interdits religieux et sociétaux qui nous sont entrés dans le dans la tête dès l’enfance et on a sacrément intérêt à s’y conformer. Chez les Saoudiens, c’est pire et les histoires de crimes d’honneurs au Pakistan, c’est tout sauf une légende. Quand ton frère ou ton cousin te raconte qu’une fille a été lapidée par sa famille parce qu’elle avait parlé, rien que parlé, avec un garçon ou qu’une autre a été défigurée à l’acide par son père ou son oncle pour s’être montrée le visage non couvert sur la terrasse de la maison et qu’on pouvait la voir de la rue, je t’assure que ça calme la libido. »

« Les mots “exceptionnel découverte archéologique” prononcés par le journaliste à la télévision attirèrent l’attention de Danièle. L’écran montrait la reconstitution d’un navire antique, puis présenta une salle de conférence et un orateur qui s’exprimait en anglais, mais dont le commentaire du journaliste couvrait la voix. La caméra s’attarda trois secondes sur le conférencier et Danièle poussa un cri en reconnaissant son fils, portant une veste bleu marine et une cravate, ce qui pour lui constituait un exploit. »

 

 

Philippe Ehly, conseiller juridique et financier, a longuement voyagé en Asie, tant professionnellement que pour satisfaire sa passion pour l’histoire et l’archéologie.

Histoire, Suspense

La Quête

de Robert Lyndon
Broché – Poche – 21 août 2014
Éditions : Pocket

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Fin du XIe siècle, à la veille de la Première Croisade.
Ce jour-là, Vallon, chevalier et mercenaire franc, croise le chemin d’Hero aux portes de l’Italie. Cet étudiant est porteur d’une demande de rançon pour un seigneur, dont le fils et prisonnier des musulmans. Le prix de sa libération : quatre faucons blancs, d’une espèce rare, qu’il faut aller chercher en Norvège.
Vallon et Hero embarquent alors pour un long périple, du Groenland à Constantinople, en passant par la Russie, à travers des continents dévastés par la guerre. Une quête de rédemption pour le chevalier, doublée d’une quête secrète pour Hero, qui recherche bien plus que de simples faucons…

“Un coup de maître… Une quête impressionnante.”
Le Monde des Livres

“Si vous ne devez lire qu’un roman d’aventures dans l’année, c’est celui-ci.”
Le Courrier de l’Ouest

 

• Couv_082_Lyndon Robert - La Quête

 

“La Quête” est un roman passionnant.
On y traverse de nombreux pays, et on fait la connaissance de nombreux personnages attachants.

Cette aventure initiatique, dans une époque médiévale cosmopolite, est construite comme un vrai roman d’aventures. Malgré ses plus de mille cent pages, cette quête se lit sans aucun temps morts. J’ai été emporté par le récit, par son rythme et les multiples tribulations des héros qui frôlent le désastre régulièrement, mais toujours pour mieux rebondir tout le long de leur périple incroyable.

Nous sommes en 1072. L’Émir d’Anatolie a fait emprisonner un Anglais qui détient un document très secret. Pour sa libération, l’Émir demande des gerfauts blancs en guise de rançon. Commence alors une épopée maritime qui va nous faire voyager de l’Angleterre à l’Islande, du Groenland au Cap Nord, en traversant toute l’ancienne Russie, de la Baltique à la Mer Noire.

Fauconnier lui-même, l’auteur utilise son savoir et nous donne envie d’en connaître plus.
Un premier roman remarquablement construit et très érudit, dont il se dégage beaucoup de poésie, c’est très visuel et très bien construit. Je tenais à signaler aussi le travail exceptionnel de la traductrice Élodie Leplat qui utilise un vocabulaire très riche, très souvent inusité, mais fort adapté à ce type de roman historique !

Robert Lyndon est un homme qui aime son métier, qui aime la nature, qui aime la vie… et ça se ressent !
Les faucons blancs… j’ai vraiment eu l’impression de les voir voler…

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Extraits :

« Ce matin-là, une patrouille de la cavalerie normande avait capturé un jeune Anglais qui fourrageait dans les bois au-dessus du fleuve Tyne. Après interrogatoire, il fut considéré comme insurgé et pendu au sommet d’une haute colline en guise d’avertissement pour les habitants de la vallée. Transis de froid, les soldats attendirent que les spasmes de leur victime, cessent, puis s’éloignèrent sur leurs montures. On les apercevait encore quand les charognards qui décrivaient des cercles dans le ciel fondirent sur le cadavre, où ils s’amassèrent telle une nuée de chauves-souris infernales. »

« La solitude le submergea. Pour la première fois depuis des années, il se languissait de la compagnie des hommes. Il songea aux fugitifs. S’ils avaient suivi ses directives, ils devaient camper à quelques lieues en amont de la rivière. Se servant de son arc comme d’une béquille, il se mit debout et baissa la tête.

Très chers parents, très cher grand-père, mon cher frère, mes chères sœurs, pardonnez-moi. Je dois partir. J’ignore où me conduiront mes pas, mais je doute qu’ils me ramènent ici. Jamais je ne vous oublierai. Où que j’aille, je chérirai votre souvenir. »

« “Es-tu en train de dire que la Terre est ronde ?

– Évidemment. C’est pour ça que l’horizon décrit une courbe quand on voit la mer de haut.
– Je n’ai vu la mer qu’une fois, quand on a rallié l’Angleterre depuis la Normandie. J’ai été malade pendant toute la traversée”.
Richard fronça les sourcils.
“- Si la Terre est ronde, alors on vit sur le dessus. Sinon on tomberait.
– Les guêpes marchent bien autour des pommes sans tomber.
– Elles ont plus de pâtes que nous. Elles sont capables de marcher à l’envers au plafond.
– Il doit exister une force qui nous maintient au sol, concéda Hero. La même, peut-être, que celle qui fait pointer l’aiguille de ma boussole vers le sud et vers le nord.” »

« J’y ai réfléchi. Les fleuves n’ont aucun mystère. Ils naissent dans les montagnes, où ils sortent d’un ruisseau comme un nouveau-né émerge du ventre de sa mère. Ils ont un début de vie tumultueux, jaillissent en tous sens avec une énergie intarissable mais sans aucun but. Petit à petit, ils gagnent en profondeur, se calment. Ils deviennent vastes, majestueux et fiers. Puis ils se font paresseux, l’hésitation les gagne et ils s’égarent parfois dans des bras morts. Enfin, ils perdent leurs forces et se coulent dans la mer. »

 

 

Robert Lyndon est fauconnier.
La Quête est son premier roman. Il a été traduit dans plus de vingt langues.

Histoire

Les Mots immigrés

de Erik Orsenna et Bernard Cerquiglini
Broché – Illustré, 2 février 2022
Éditions : Stock

À l’heure où revient le débat sur l’identité, avec des opinons opposées de plus en en plus violentes, Erik Orsenna a voulu, par la voie du conte commencée avec sa Grammaire est une chanson douce, raconter l’histoire de la langue française. Pour une telle ambition, le savoir lui manquait. Bernard Cerquiglini, l’un de nos plus grands linguistes et son ami de longue date, a bien voulu lui apporter ses lumières aussi incontestées que malicieuses.
Et nous voilà partis, deux millénaires en arrière, chez nos ancêtres les Gaulois dont les mots sont bientôt mêlés de latin, puis de germain. Avant l’arrivée de mots arabes, italiens, anglais… Un métissage permanent où chaque langue s’enrichit d’apports mutuels.
Jusqu’à ce que déferle une vague de vocables dominateurs nés de la mondialisation économique et inventés pour son service. Ce globish aura-t-il raison de la diversité linguistique, aussi nécessaire à nos vies que cette biodiversité dont nous avons appris à reconnaître l’importance capitale, et la fragilité ?
Et si les mots immigrés, c’est à dire la quasi-totalité des mots de notre langue, s’ils décidaient de se mettre un beau jour en grève ? Ce jour-là, les apôtres de cette illusoire pureté nationale deviendraient muets. Il n’est pas interdit d’en rêver…

 

 

Une amie m’a prêté ce livre/dictionnaire/conte???, sur la langue française.
J’ai adoré…

C’est exactement le type de livres où je me sens bien. Un livre avec des mots !
Je vous fais sourire ?
Vous allez comprendre…

Erik Orsenna et Bernard Cerquiglini nous instruisent à l’aide d’un scénario complètement fou et original sur l’origine de celle qui est pour moi la plus belle langue au monde (peut-être d’ailleurs, parce que c’est la mienne ?) !
Quoi qu’il en soit, les deux auteurs nous emmènent à travers une histoire dingue, vers l’origine de la langue française telle que nous la connaissons aujourd’hui, même si chaque jour, elle change un peu !

Nous sommes au second tour des élections.
Tous les Français sont penchés devant leur écran de télévision et se demandent lequel des deux finalistes l’emportera ! Ils attendent de savoir à quelle sauce ils vont être mangés !
Ce soir pour les candidats, il s’agît de trouver les mots justes, les mots qui feront pencher la balance du bon côté.
Et dans ce genre de duel à mort, on a beau croire à l’intelligence des idées, ce sont les mots qui comptent, la force et la simplicité des mots. À ce jeu-là, la “blonde” candidate de la droite extrême est une experte. Face à elle, son adversaire baisse un peu la tête, il écoute, il attend son tour. En dépit de son jeune âge, lui aussi connaît la vie. Il a l’envie du pouvoir et veut régner sur son pays ! Il ne se laissera pas faire… Surtout depuis la gifle qu’il a reçu en public la semaine précédente. Il attend patiemment l’arrivée de l’estocade finale, pour la balayer d’un revers bien lancé… Au moment où elle s’enivrait déjà du goût du sang, au moment où il se tenait prêt à lancer son ultime et décisive attaque… elle stoppe net, comme paralysée, la bouche entrouverte et les yeux hagard qui ne reflètent qu’une extrême surprise !
Et soudain, c’est le silence.
Dès lors, plus un mots ne sortira de sa bouche, et ce, jusqu’à nouvel ordre…

Ainsi l’a décidé Indigo.
Il n’en pouvait plus de ce verbiage, véritable pugilat verbal qui insultait toutes les personnes venues d’ailleurs et toutes celles ayant un minimum d’esprit…
C’est à ce moment-là que les mots immigrés ont décidé de se révolter.
Mais qui est donc Indigo ?

Comment ne pas s’incliner devant cette histoire incroyable et loufoque. J’ai pris énormément de plaisir à sa lecture, et j’aurais tellement aimé le lire plus tôt ! Que de surprises au fur et à mesure où je tournais les pages… Ma curiosité concernant l’apport de mots étrangers dans “MA” langue, plus qu’intriguée, a été titillée et m’a donnée vraiment l’envie de me replonger, dès que possible vers l’origine d’une langue qui finalement n’est pas si « française » que ça !

Attention ! Ce n’est pas un livre à proprement parler, historique, ni linguistique.
C’est un ouvrage très plaisant, qui pourrait donner envie à de nombreux lecteurs de se poser, comme moi, des questions sur l’évolution des langues, quelles qu’elles soient… D’ailleurs, un minimum d’humour est même recommandé !
Car oui. On peut tout à fait mélanger plaisir, humour et érudition.

Un grand merci à Erik Orsenna et Bernard Cerquiglini, pour cette nouvelle porte ouverte…

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Extraits :

« Quelle catastrophe avait donc frappé notre France ? Ce soir-là, le pays était vide.
Sans prévenir, une bombe était-elle tombée, de celles qu’on appelle “à neutrons” parce qu’elles tuent les êtres humains, mais laissent debout les villes ? Une pandémie brutale nous avait-elle frappés ? Mais alors, où étaient passés les cadavres ?
Plus personne dans les champs.
Plus personne dans les rues.
Pas même une voiture de police ou un couple d’amoureux. »

« La procédure électorale était gelée pour deux semaines (en d’autres termes plus clairs, on retardait d’autant le vote).
Les jours ainsi libérés allaient permettre de rendre hommage aux vagues successives de mots immigrés qui avaient contribué à bâtir ce chef-d’œuvre qui a pour nom “langue française”. »

« Mes chères téléspectatrices, mes chers téléspectateurs, au XVIe siècle la langue française s’était joyeusement italianisée, nous l’avons vu hier ; au XVIIe, elle s’est… francisée. Comme si, après avoir avalé beaucoup de mots étrangers, il lui fallait digérer. Au lieu d’emprunter, on se préoccupa de purifier la langue. »

« – Alors pourquoi, mais pourquoi, vous, Français , ne parlez-vous plus français ? Pourquoi renoncer à vos mots ? Vous savez que vous êtes ridicules ? “L’équipe de direction, qui travaille en espace ouvert, a confié la légende de l’entreprise à un laboratoire d’idée.” C’est clair non ? Tout le monde comprend. Alors pourquoi ce galimatias : le Staff du manager, qui coworke en open space, a confié le storytelling à un think tank ? »

 

 

Erik Orsenna est l’auteur de L’Exposition coloniale (prix Goncourt 1988), de Longtemps, de Madame Bâ et de Mali, ô Mali. Il a aussi écrit des petits précis de mondialisation, dont Cochons. Voyage aux pays du Vivant (2020), et des biographies, dont La Fontaine, une école buissonnière (2017), Beaumarchais, un aventurier de la liberté (2019) et La Passion de la fraternité, Beethoven (2021). On lui doit également cinq contes célébrant la langue française dont La grammaire est une chanson douce (2001).

Linguiste et membre de l’Oulipo, Bernard Cerquiglini a exercé de nombreuses fonctions au ministère de l’Éducation nationale et au Conseil supérieur de la langue française. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, dont Le Ministre est enceinte ou la grande querelle de la féminisation des noms (Seuil, 2018) ou Un participe qui ne passe pas (Seuil, 2021).

Drame, Histoire

Les Amazones***

de Jim Fergus
Poche – 3 septembre 2020
Éditions : Pocket

Elles étaient mille femmes blanches, troquées jadis par le chef Little Wolf contre autant de chevaux. Après la bataille de Little Big Horn, quelques survivantes décident de prendre les armes contre l’État américain, accapareur de terres et massacreur d’une culture séculaire. Cette tribu fantôme d’amazones, guerrières indomptables, insoumises et rebelles, va passer dans la clandestinité pour livrer une bataille implacable, qui se poursuivra de génération en génération…

 

 

Voilà, c’est fini pour la suite et fin de cette trilogie passionnante chez les Indiens d’Amérique du Nord.

C’est triste, c’est beau et passionnant à la fois.
Alors, oui, ce tome est peut-être moins “riche” que les deux précédents, mais personnellement, l’apport de la “magie” dans ce dernier volet m’a beaucoup plu… Encore une fois, j’ai aimé voyager dans ces contrées sauvages et encore vierges de toute civilisation, avant l’arrivée de l’Homme blanc et de sa main mise sur tout !

Jon, nouveau propriétaire et rédacteur en chef de “Chitown », un magazine de Chicago, récupère de nouveaux carnets qui ont été transmis sur plusieurs générations de mères en filles, et ce, jusqu’à nos jours.
Témoignage bouleversant d’une époque révolue, où la lutte était continuelle. Les “Cœur vaillant”, mélange de femmes, blanches et d’Indiennes sont les nouvelles amazones. Des femmes guerrières qui pour le bien du Peuple, ont décidé de se faire justice, n’hésitant pas à tuer pour se venger si nécessaire… à travers les générations…

Jim Fergus clôt sa trilogie.
Il a rendu un superbe hommage à la culture et au mode de vie des Indiens d’Amérique et surtout à toutes ces femmes conquérantes et libres…
May, Molly, Phemie et toutes les autres, allez me manquer.
Mais je sais qu’elles ne sont pas loin.
Elles sont là, elles veillent sur leurs descendants, de leur “monde”, où elles vivent désormais à jamais en paix…

Une magnifique trilogie !

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Extraits :

« – J’aimerais connaître la fin de l’histoire pour la publier intégralement.
– Je crains que cela ne soit pas possible, Jon, pour l’instant.
– Pourquoi ?
– Parce que la suite contient des secrets tribaux, qui sont sacrés, et parce que vous être blanc. Chaque fois que les vôtres ont touché une chose qui nous appartenait, ils l’ont volée ou détruite, alors nous devons protéger ce qui reste. »

« Jadis, bien sûr, les tribus avaient toutes différents noms pour s’appeler elles-mêmes et entre elles – des noms qui ont évolué au fil du temps. Nous autres Cheyennes étions des Tsistsistas, ce qui, dans notre langue, signifie les humains, à distinguer des ours, des bisons, des oiseaux, des poissons, des chevaux, etc. Un nom humble et sans prétention qui sous-entend que nous faisons partie du monde animal, sans pour autant nous estimer meilleurs ni supérieurs – juste différents. »

« Toutes les religions semblent être organisées au bénéfice du sexe masculin, avec pour conséquence que les femmes sont reléguées au second plan : elles accouchent, élèvent les enfants, s’occupent des corvées. Voilà pourquoi je me méfie des religions, celles des Indiens y compris. En outre, ai-je fait remarquer à l’aumônier, aussi chrétien et admirable soit le refus de la violence dont il est partisan, cette attitude s’accorde mal aux réalités de notre existence ici. »

« Ton peuple a massacré les bisons des plaines. Nous entions réduits à manger nos chevaux et le bœuf que l’État expédiait dans les réserves. Bien souvent de la viande pourrie, d’ailleurs. C’est à cette époque que nous avons commencé à tomber malades, physiquement et mentalement. Nous avions coexisté avec les bisons pendant plus d’un millénaire. Nous dépendions d’eux pour tout, c’était un véritable mode de vie. Nous les considérions comme nos frères. Pas seulement des frères : nos frères. Ils faisaient partie de la famille. »

 

 

Né à Chicago en 1950, d’une mère française (aristocrate originaire de Bourgogne) et d’un père américain, Jim Fergus est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Passionné par l’histoire des Indiens d’Amérique, il avait depuis toujours le projet d’écrire une biographie de Little Wolf. Afin de trouver matière à son livre, il s’est beaucoup documenté et a sillonné le Middle West, de l’Oklahoma au Montana, seul pendant plusieurs mois, sur les pistes des Cheyennes. À partir d’un fait authentique, Jim Fergus a imaginé le journal d’une des femmes qui ont été données en mariage aux Indiens en 1875. Mille femmes blanches (2000), qui est son premier roman, a obtenu le prix du premier roman étranger.

Mille femmes blanches – Tome 1
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/29/mille-femmes-blanches/

La vengeance des mères – Tome 2
https://leressentidejeanpaul.com/2022/08/03/la-vengeance-des-meres/

Émotion, Drame, Histoire

La vengeance des mères**

de Jim Fergus
Poche – 21 septembre 2017
Éditions : Pocket

 

En dépit de tous les traités, la tribu du chef cheyenne Little Wolf, qui avait échangé mille chevaux contre mille femmes blanches pour les marier à ses guerriers, ne tarde pas à être exterminée par l’armée américaine. Quelques femmes blanches seulement échappent à ce massacre. Parmi elles, deux sœurs, Margaret et Susan Kelly. Prêtes à tout pour venger la mort de leurs enfants, elles décident de prendre le parti du peuple indien et vont se lancer à corps perdu dans une lutte désespérée pour leur survie…

“Jim Fergus compose une épopée grandiose mais surtout émouvante et charnelle à travers ces sacrées héroïnes, courageuses et magiciennes.”
LiRE

“Deux voix, mais une seule écriture, légère, énergique, à la fois enjouée et grave, et de sublimes portraits de femmes. On a bien fait de patienter.”
L’Expres

 

 

Ayant été entraîné par le magnifique premier volet, j’ai enchaîné de suite avec le second.

Dès le début, malgré une narration différente et une traduction un peu moins convaincante peut-être, l’histoire m’a quand même vraiment emporté.
J’ai retrouvé avec plaisir certains personnages “racés” qui avaient fait vivre le récit, malgré le final “apocalyptique” dans le village de Little Wolf, à la fin du premier volet, où l’auteur, nous avait malheureusement volé beaucoup trop tôt, des personnages qui méritaient une plus longue vie !

“La vengeance des mères” est un enchaînement à deux voix, d’extraits de journaux “intimes”, écrit par Molly et Margaret qui s’alternent à chaque chapitre.
On suit ainsi la misère de ces pauvres hères… Indiens, Indiennes, femmes blanches qui ont, au final tous perdu quelque chose…
Elles doivent se reconstruire. Volontaires, attendrissantes et courageuses… nous apprenons à mieux les connaître en entrant un peu plus dans leur intimité. Certaines mêmes iront jusqu’à se dévoiler aux autres…
Les sœurs Kelly, jumelles irlandaises, sont claires.
Elles ont décidé de se venger, en tuant un maximum de soldats américains !

Rejoint très vite par de nouveaux arrivants, qui ont eux-mêmes leur groupe de femmes blanches “volontaires”… ils vont ensemble, essayer de survivre à l’extermination des tribus indiennes qui se rapproche doucement, inexorablement.
C’est alors que les sœurs Kelly aidées d’autres survivantes décident de créer leur “propre armée”, en acceptant et en entraînant toutes celles qui seraient volontaires, afin de les aider dans leur vengeance…

Récit aussi dur, aussi envoûtant que le tome 1.
Impossible de ne pas poursuivre ses sublimes portraits de femmes, directement avec le 3e et dernier tome, “Les amazones” !!!

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Extraits :

« Cette fois, tout est vraiment fini. Dès les premières lueurs du jour, telle la main vengeresse du Tout-Puissant, les soldats ont fondu sur nous. J’ai reçu un coup de feu, j’ai peur de mourir vite, le village est détruit, incendié, le peuple nu est part se réfugier en courant dans les collines et se tapir sur la roche comme des animaux. Je ne sais où sont la plupart d’entre nous, certaines sont mortes, d’autres encore vivantes. Je me suis réfugiée dans une petite grotte avec Feather on Head, Quiet One et Martha. Nous sommes blotties les unes contre les autres avec nos enfants, tandis que le village brûle en contrebas, semblable à un immense bûcher funéraire. »

« Les Cheyennes croient que tout ce qui s’est passé quelque part continue d’exister dans la terre… depuis les premiers cris des bébés qui ont ouvert les yeux jusqu’aux derniers chants de mort des mourants… Toutes les joies et les peines de la vie et de la mort, tout le sang versé dans le sol pendant des générations, la terre est imprégnée de la longue histoire du Peuple. »

« Seano, ça veut dire le pays du bonheur, et pour y aller, les esprits doivent suivre la Voie Lactée, que les sauvages appelle la route suspendue dans le ciel. Là-bas, le Peuple recommence à vivre comme ici sur terre, avec ceux qui sont partis avant. À Seano, ils chassent, ils jouent, ils dansent, ils tiennent leurs cérémonies, ils font des repas et des fêtes comme ici. »

« Inévitablement, la tribu compte des hommes moins doués, moins courageux, ou qui ont simplement moins de chance et mènent avec leur famille une existence plus modeste. C’est un modèle de société finalement pas si différent du nôtre. Il est simplement beaucoup plus primitif.
Cependant, les plus riches prennent soin des moins favorisés. Ils accueillent ou soutiennent les familles des guerriers morts au combat, entretiennent des vieillards et les infirmes. »

 

 

Né à Chicago en 1950, d’une mère française (aristocrate originaire de Bourgogne) et d’un père américain, Jim Fergus est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Passionné par l’histoire des Indiens d’Amérique, il avait depuis toujours le projet d’écrire une biographie de Little Wolf. Afin de trouver matière à son livre, il s’est beaucoup documenté et a sillonné le Middle West, de l’Oklahoma au Montana, seul pendant plusieurs mois, sur les pistes des Cheyennes. À partir d’un fait authentique, Jim Fergus a imaginé le journal d’une des femmes qui ont été données en mariage aux Indiens en 1875. Mille femmes blanches (2000), qui est son premier roman, a obtenu le prix du premier roman étranger.

Mille femmes blanches – Tome 1
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/29/mille-femmes-blanches/