Anticipation, Drame, Fantastique, Philosophique, Suspense

Terrienne

de Jean-Claude Mourlevat
Poche – 12 septembre 2013
Éditions : Gallimard Jeunesse

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Tout commence sur une route de campagne…
Après avoir reçu un message de sa sœur, disparue depuis un an, Anne se lance à sa recherche et… passe de “l’autre côté”. Elle se retrouve dans un monde parallèle, un ailleurs dépourvu d’humanité, mais où elle rencontrera cependant des alliés inoubliables. Pour arracher sa sœur à ce monde terrifiant, Anne ira jusqu’au bout, au péril de sa vie.
Et se découvrira elle-même : Terrienne
Vous ne respirerez plus jamais de la même manière…

PRIX ASTRID LINDGREN 2021

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Cela faisait un moment que je ne lisais plus les quatrièmes de couverture.
Et là, je ne sais pas pourquoi j’ai eu envie de le lire… et j’ai tout de suite été interpellé. Je l’ai pris et j’ai chamboulé dans la foulée l’ordre de ma PAL ! Et quelle bonne idée. Au bout de deux, trois pages et j’étais parti dans un “autre monde”. Étienne Virgil, alors qu’il ne le fait jamais, prend en auto-stop une jeune fille, toute vêtue de noir, sûrement, car elle lui fait penser à sa petite-fille. La jeune fille est très bavarde, ce qui ne déplaît pas à Virgil, au bout de kilomètres elle demande à descendre, en voyant un panneau qui indique la ville de Campagne, elle est arrivée. Ce panneau-là, Virgil ne l’avait jamais vu… Et pour cause !

Un drôle de récit surprenant et atypique, qui m’a tenu en haleine durant toute ma lecture. Je ne m’attendais pas à ça du tout, mais quelle bonne surprise.
Des personnages surprenants, étranges, angoissants même. Anne part à la recherche de sa sœur Gabrielle, disparue depuis un an, dans un monde propre et silencieux qui pourrait inviter au rêve, en ce début d’automne… Un monde où personne ne pleure, ni ne rit, un monde où l’on ne respire, ni ne soupire, un monde où l’on ne fait jamais l’amour. Mais pourquoi ? Puisqu’il suffit d’enlever des Terriennes !
Dans ce monde aseptisé, contrôlé, où tout est programmé, et dépourvu de toute trace humaine, c’est le seul moyen de se reproduire…

Un bon rythme et du suspense.
Je vous recommande cette lecture fantastique, angoissante et pleine de tension, qui m’a beaucoup émue sur les dernières pages…

Merci Jean-Claude Mourlevat de m’avoir amené avec vous “de l’autre côté” !

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Extraits :

« J’ai tenté ma chance auprès de celui qui était le plus proche de moi en âge, un garçon vraiment mignon avec sa coiffure en pétard et sa chemise blanche ouverte sur le torse. Je me rappelle avoir été impressionnée par sa peau parfaite, une peau dorée et satinée, sans marque d’aucune sorte, ni cicatrices, ni taches. Je me rappelle aussi son sourire qui m’a semblé plus naturel que celui des autres, plus vrai. »

« – Je peux ?
Comme je ne savais pas ce qu’elle comptait faire, je n’ai pas réagi. Alors elle a appliqué la paume de sa main droite sur le haut de ma poitrine, le gras de son pouce s’est logé dans la petite cavité de mon cou.
– Allez-y… Respirez…
J’ai inspiré puis expiré quatre ou cinq fois, posément, profondément, comme on fait chez le médecin. Je sentais la pression de sa main sur moi, et mes poumons qui la repoussaient à chaque respiration.
– Encore un peu, s’il vous plaît… »

« – C’est comme… une dépression ?
– Je ne sais pas. Peut-être. Je crois plutôt que c’est l’ennui qui nous submerge.
– L’ennui ?
– Oui. Nous mourons d’ennui. Mais il est interdit d’en parler. C’est un sujet tabou. On dit simplement que telle ou telle personne s’est assise et tout le monde comprend.
– Que fait-on de ces personnes qui… qui s’assoient ?
– La brigade sanitaire vient les chercher et les emporte.
– Elle les emporte où ?
– Dans une autre ville, qui s’appelle Estrellas. »

Jean-Claude Mourlevat est né en 1952 à Ambert en Auvergne, de parents agriculteurs.

Il est le cinquième enfant de six. Il fait des études à Strasbourg, Toulouse, Bonn et Paris et exerce brièvement le métier de professeur d’allemand avant de devenir comédien et metteur en scène de théâtre. À partir de 1997, il se consacre à l’écriture, avec tout d’abord des contes, puis un premier roman, La Balafre.

Depuis, les livres se succèdent avec bonheur, plébiscités par les lecteurs, la critique et les prix littéraires : Le Combat d’hiver, Le Chagrin du roi mort, Terrienne.

Jean-Claude Mourlevat réside près de Saint-Étienne, avec sa femme et leurs deux enfants.

Amour, Émotion, Drame, Philosophique, Roman

La Souffleuse de cœur

de Aurélie Caruso
Broché – 29 novembre 2023
Éditions : Books on Demand

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Romane 40 ans est avocate à l’ONU. Passionnée par son travail à Genève, elle passe ses journées à soutenir la cause des femmes. Mais au cours d’une conférence, elle perd pied. Le diagnostic tombe : burn-out. Entre Genève et le Mexique, en passant par l’éco-village de la Drôme, elle va se laisser embarquer par Rachèle, son amie de toujours, yogi écolo légèrement excentrique, sur les chemins de la reconnexion à soi. Ses rencontres avec le peu conventionnel Dr Bichat et la thérapie assistée par psychédéliques viennent éveiller ses sens. Et si la vie était bien plus large que ce que lui laissait croire son esprit rationnel ? Et si son travail, qu’elle avait mis sur un piedestal, ne comblait plus ses manques ? Et si elle découvrait ses forces intérieures ? Au delà des limitations du mental, elle expérimente le voyage chamanique, bouscule ses croyances et découvre l’énergie du cœur dans des relations puissantes et profondes qui l’emmènent à la rencontre d’elle même.

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J’ai rencontré Aurélie Caruso, il y quelques jours, lors d’une soirée organisée par Babelio qui recevait Laurent Gounelle, pour son dernier roman “Un monde presque parfait”. Arrivés assez tôt, nous avons pu échanger un peu sur nos parcours respectifs, et plus encore. Nous avons bien sûr parlé littérature, et justement Aurélie était venu avec un roman, son premier roman qu’elle avait prévu d’offrir à Laurent Gounelle. J’ai passé une très belle soirée en sa compagnie.

“La Souffleuse de cœur”, est donc un premier roman qui intègre tout ce qui fait la force d’un premier livre. Le style est prenant et tous les personnages attachants dans ce sujet qui me touche tout particulièrement. Alors je me suis laissé emporter… Emporter par les mots, emporter par la force du récit… et je pèse mes mots ! J’ai eu l’impression parfois d’être avec les personnages. D’être là, de les voir et de pouvoir les écouter et ressentir ce tout ce qu’ils vivaient.

À 40 ans, passionnée et fière de son travail, Romane est avocate. Mais un jour va venir et bouleverser son rythme quotidien et ses habitudes de travail. Elle craque. C’est le burn-out dont elle a tant entendu parler ces dernières années. Mais elle refuse de se laisser emporter. Romane veut absolument reprendre le dessus. Elle décide de voyager et elle fera ainsi des rencontres inattendues qui vont l’aider à se reconstruire et à reprendre confiance en elle, qui vont lui permettre d’aller jusqu’au bout d’elle-même…

J’ai beaucoup aimé ce roman particulièrement bienveillant, il a beaucoup résonné en moi grâce à une dimension spirituelle très présente amenant une certaine sagesse au récit.
Bravo et merci Aurélie !
Je le sentais très fort, tout au fond de moi, que tu allais m’emmener dans un très beau voyage. Tu es allé au-delà…

J’ai hâte de lire tes prochains récits…

PS. Aurélie, moi aussi, j’adore Ludovico Einaudi !

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Extraits :

« Le médecin se lève et s’assoit sur le bord du bureau. Il pose une main rassurante sur l’épaule de la jeune femme et la regarde avec compassion :
– Romane, au vu des symptômes que vous présentez et en tenant compte de votre situation professionnelle trop stressante, je me vois dans l’obligation de vous arrêter. Une quinzaine de jours dans un premier temps. C’est un minimum pour récupérer. Mais évidemment, nous ferons le point à ce moment-là et il est fort possible que je vous prolonge l’arrêt, si besoin est. Entre-temps, j’aimerais que vous vous reposiez. Je sais à quel point vous êtes attachée à votre travail, mais je vous assure que le repos physique et mental est essentiel. Je vais vous adresser à l’un de mes confrères, le Dr Bichat. Il est psychiatre. J’ai la conviction qu’il pourrait vraiment vous aider. »

« Arrivée à l’appartement, c’est une Romane épuisée qui s’écroule sur son canapé. Il est midi et elle passera toute l’après-midi là, Poustache à ses pieds, et Rachèle la surveillant du coin de l’œil. Elle a mis sa playlist favorite en fond, les ondes musicales réconfortent les cœurs meurtris. Bach, Vivaldi et Einaudi tenteront de consoler son âme blessée. »

« À cet instant précis, Romane prend conscience du décalage immense entre la réalité de Mathilde et la sienne. Un fossé gigantesque. Une montée de colère parcourt sa gorge et vient enserrer ses mâchoires. “À quoi sert la vie ?”, pense-t-elle. C’est une question à laquelle je ne peux répondre. J’ai eu tellement de mal à vivre cette dernière année… à quoi sert la vie ? Je n’en sais rien ! C’est un luxe de pouvoir se poser cette question…”. »

« Transforme tes peurs en confiance. »

 

Aurélie Caruso est thérapeute holistique à Genève et poursuit des études de psychologie. En 2019, après avoir donné des séances de yoga dans des classes de primaire, elle créé son « jeu de cartes de yoga et méditation » qui rencontre un succès auprès des enfants, des enseignants et professeurs de yoga.

En 2022, elle se met à l’écriture, un rêve qu’elle portait en elle depuis 10 ans.

La Souffleuse de cœur”, son premier roman, est édité fin 2023. Ce roman initiatique aborde les thématiques du burn-out, du droit des femmes, du chamanisme et des thérapies assistées par psychédéliques. L’histoire fait voyager le lecteur entre Genève, la Drôme et le Mexique.

Aurélie est passionnée par les recherches sur la Conscience, la psychologie et le vivant. Elle participe à plusieurs cercles littéraires, aime rencontrer les auteurs et ne rate pas une occasion de pousser la porte d’une librairie.

Émotion, Drame, Philosophique

Oscar et la dame rose

de Éric-Emmanuel Schmitt
Broché – 6 juin 2006
Éditions : Magnard

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Oscar a dix ans et il vit à l’hôpital. Même si personne n’ose le lui dire, il sait qu’il va mourir. La dame rose, qui le visite et « qui croit au ciel », lui propose d’écrire à Dieu pour qu’il se sente moins seul.

À travers cette correspondance originale, le récit aborde, du point de vue de l’enfance, des questions philosophiques et existentielles : la maladie, la souffrance et la mort, la rencontre avec l’autre et avec le mystère… Les nombreux passages de paroles rapportées permettront aux élèves de découvrir ou d’approfondir les techniques du dialogue argumentatif. L’appareil pédagogique est suivi d’une interview exclusive d’Éric-Emmanuel Schmitt.

 

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J’ai trouvé ce livre sur mon lieu de travail il y a quelques jours.
Je me rappelle aussi avoir vu le film et avoir été très ému. Le livre m’a appelé, je n’ai pas été déçu !

En quelques pages, Éric-Emmanuel Schmitt réussit à raconter l’inracontable. L’histoire d’un enfant qui va mourir d’un cancer et qui le sait.
L’auteur, à travers les yeux et les mots d’Oscar, s’adresse à Dieu, abordant des sujets qui le touche en toute simplicité, mais pour nous, elles se transforment en questions philosophiques et existentielles… et malgré tout, avec beaucoup de pudeur et de sobriété. L’histoire est triste, bien sûr, mais Éric-Emmanuel lui donne une dimension que je n’aurais pas imaginée, c’est très émouvant.
Grâce à la dame rose, Oscar va vivre une vie complète. Une vie où il tombera amoureux de Peggy Blue, une vie où chacune de ses journées sera remplie de poésie, d’humour et d’un sentiment de paix. Oscar deviendra un homme et décidera de ne plus aimer Dieu alors qu’il sera âgé de cent-dix ans…

C’est touchant, car finalement pour Oscar sa mort ne sera plus un drame, il a accompli ce qu’il souhaitait réaliser dans sa vie.

J’attendais quelque chose de ce roman, je ne suis pas déçu. Je l’ai obtenu. Oscar s’affranchit de tout, lui permettant ainsi de rejoindre les étoiles…
Un livre dense, un livre riche, qui ne peut faire que du bien !

Merci Éric-Emmanuel, parfois la simplicité est suffisante.

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Extraits :

« – Si tu écrivais à Dieu, Oscar ?
– Ah non, pas vous, Mamie-Rose !
– Quoi, pas moi ?
– Pas vous ! Je croyais que vous n’étiez pas menteuse.
– Mais je ne te mens pas.
– Alors pourquoi vous me parlez de Dieu ? On m’a déjà fait le coup du Père Noël. Une fois suffit ! »

« Cher Dieu,
Je m’appelle Oscar, j’ai dix ans, j’ai foutu le feu au chat, au chien, à la maison (je crois même que j’ai grillé les poissons rouges) et c’est la première lettre que je t’envoie parce que jusqu’ici, à cause de mes études, j’avais pas le temps.
Je te préviens tout de suite : j’ai horreur d’écrire. Faut vraiment que je sois obligé. Parce qu’écrire c’est guirlande, pompon, risette, ruban, et cetera. Écrire, c’est rien qu’un mensonge qui enjolive. Un truc d’adultes. »

« – Je suis venu t’annoncer que, ce soir, et tous les soirs suivants, si tu veux bien, je monterai la garde devant ta chambre pour te protéger des fantômes.
Elle m’a regardé, elle a battu des cils et j’ai eu l’impression que le film passait au ralenti, que l’air devenait plus aérien, le silence plus silencieux, que je marchais comme dans de l’eau et que tout changeait lorsqu’on s’approchait de son lit éclairé par une lumière qui tombait de nulle part. »

« Mamie-Rose m’a tenu la main pour m’empêcher de m’énerver.
– Pourquoi ton Dieu, Mamie-Rose, il permet que ça soit possible, des gens comme Peggy et moi ?
– Heureusement qu’il vous fait, mon petit Oscar, parce que la vie serait moins belle sans vous. »

 

Éric-Emmanuel Schmitt est né à Lyon en 1960, de parents d’origine alsacienne.
Interrogé par un journaliste, il se peint comme un adolescent rebelle, ne supportant pas les idées reçues et parfois victime d’accès de violence. Mais la philosophie, pense-t-il, l’a sauvé en lui apprenant à être lui-même et à se sentir libre. Ses études l’ont mené à l’École normale supérieure, à l’agrégation et au professorat de philosophie, comme maître de conférence.

Sa carrière de dramaturge débute très tôt, vers l’âge de huit ans, lorsque sa mère l’emmène voir une représentation du Cyrano de Bergerac avec Jean Marais. L’enfant est bouleversé jusqu’aux larmes et le théâtre devient sa passion. Il se met à écrire : « À seize ans, j’avais compris – ou décidé – que j’étais écrivain, et j’ai composé, mis en scène et joué mes premières pièces au lycée. » Pour améliorer son style, il se livre avec fougue et ferveur à des exercices de réécriture et de pastiche, en particulier de Molière. La Nuit de Valognes (C&C n°61), œuvre écrite à 29 ans, témoigne encore de ce goût et des réminiscences culturelles emmagasinées par la mémoire. Grâce à l’actrice Edwige Feuillère qui la recommanda à plusieurs metteurs en scène, la pièce fut jouée à la Comédie des Champs-Élysées en 1991. C’est à ce moment-là, alors qu’il est encore professeur de philosophie en Normandie, que le succès de la pièce infléchit sa carrière. D’autres œuvres suivirent, parfois couronnées par des prix littéraires au pouvoir médiatique. Certaines entrèrent dans la carrière audiovisuelle ou cinématographique comme Le Visiteur (C&C n°42), créé en 1993, Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran (C&C n°57), créé en 1999 ou Oscar et la dame rose (C&C n°79), porté au cinéma par Schmitt lui-même en 2009.

En juillet 2001, venant récompenser de nombreuses et riches parutions, l’Académie française lui décerne le Grand Prix du Théâtre pour l’ensemble de son œuvre. En 2002 est joué sur la scène du théâtre des Champs-Elysées Oscar et la dame rose avec, dans le rôle principal, Danielle Darrieux, rôle ensuite repris par Anny Duperey en 2005-2006. L’auteur, mélomane passionné d’art lyrique, a également traduit deux livrets d’opéras de Mozart : Les Noces de Figaro en 1997 et Don Giovanni en 2001. Parallèlement, et de manière plus insistante, Eric-Emmanuel Schmitt s’exerce l’art romanesque. La Secte des égoïstes (1994) lui permet de renouer avec sa formation de philosophe spécialiste du XVIIIe siècle. Un essai, Diderot ou la Philosophie de la séduction, publié en 1997, reprend partiellement le sujet de sa thèse. L’Evangile selon Pilate (2000) et La Part de l’autre (2001) mettent en scène les deux figures les plus emblématiques de l’histoire de l’humanité, le Bien et le Mal absolus, Jésus et Hitler. Éric-Emmanuel Schmitt s’est taillé une belle figure d’écrivain contemporain grâce à une écriture fluide et directe mise au service de thèmes éternels. Comme Michel Tournier, autre écrivain philosophe, il sait donner présence aux figures mythiques les plus populaires: Don Juan, Freud, Dieu, le Christ, Hitler… et enrichir son propos littéraire d’une culture philosophique qui ne manifeste ni cuistrerie ni hermétisme.

Amour, Cercle littéraire, Drame, Philosophique

Les échappés

de Renaud Rodier
Broché – 5 janvier 2024
Éditions : Anne Carrière

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Lauren, étouffée par le silence d’une bourgade du Kansas, part se réfugier à New York après une fusillade meurtrière dont elle est injustement accusée. Aaron, héritier d’un empire mafieux à la mort de son père, peine à mettre ses ressources au service de ses victimes. Émilie, talentueuse interprète aux Nations-Unies, perd la parole à la suite d’une simple erreur de traduction. Nathaniel, star planétaire, décide de disparaître pour fuir ces superproductions qui le consument. Aashakiran, une intouchable née dans un bidonville de Mumbai, cherche son avenir à travers l’oculaire d’un télescope, jusqu’à oublier ses origines.

Leurs histoires se chevauchent. Leurs exils les rapprochent les uns des autres.

Renaud Rodier s’impose, grâce à ce premier roman, comme le formidable cartographe d’une génération en déshérence. Ode à l’audace, à la résilience et à la recherche de soi dans un monde en constante transformation, Les Echappés transcende les frontières et voit dans nos blessures les plus intimes quelque chose d’universel.

 

• Couv_2024-039_Rodier Renaud - Les échappés

 

2024 s’annonçait déjà comme l’année des premiers romans…
En tant que tel, Les échappés m’a complètement retourné.

Il est impossible de résumer ou de classer “Les échappés”.
Certains diront roman à tiroirs, d’autres, roman gigogne, roman choral ou poupées russes. Mais “Les échappés” est tellement plus ! Il a pointé du doigt et remis en cause, plusieurs choses que je concevais comme acquises. Renaud Rodier nous propose un roman complètement nouveau. Il faut s’accrocher, écouter les “acteurs”, éviter les pièges, rester en éveil, attraper les détails et se battre parfois. “Les échappés” est un livre qui se mérite ! Pour moi, le roman le plus abouti depuis la rentrée… et dire que j’ai failli passer à côté !

Une fresque romanesque à travers le monde et le destin de “quelques” personnages en quête d’évasion, où une profonde humanité est présente dans chaque ligne.
Lauren, Aaron, Émilie, Kip, Nathaniel, Nathaniel, Aashakiran. Chacun des personnages a une histoire, son histoire. Mais quand l’auteur décide à la place du destin, de les faire se rencontrer ou se réunir, est-ce pour le meilleur… ou pour le pire ?

J’ai fait tellement d’aller-retours, à travers les pages en quelques jours, que finalement, j’ai bien dû le lire deux fois… un vrai plaisir. De la poésie, de la tristesse, j’avais l’impression de contempler des photos, des tableaux, et à régulièrement, je discernais de nouveaux détails, comme hypnotisé pendant des heures. J’ai rarement été aussi triste à la fin d’un livre, comme pour certains films, certains voyages qui se terminent, certaines vies que l’on quitte à regret.

Renaud maîtrise à la perfection son sujet, et j’en demandais toujours plus. Une fresque romanesque, une ode à la résilience, je vous le disais plus haut, impossible à classer. Chaque mot, chaque phrase est pesés pour nous porter vers l’étincelle la plus lumineuse, vers la terrible noirceur d’une séparation, ou d’un décès. Un récit qui a percuté aussi ma vie. Les migrations, la mondialisation, le terrorisme, les inégalités,… Toutes les voix se mêlent, se complètent, se répondent, se contredisent aussi, car les personnages sont vivants, et s’expriment avec leur cœur et à travers le monde. Héros, anti-héros… Ils sont moi, ils sont vous, ils sont nous…

Un premier roman, pour lequel je suis obligé de m’incliner. Je sais que je le relirai. Je suis forcément passé à côté de nombreuses choses que Renaud a disséminé par-ci, par-là.
J’hésite encore entre coup de cœur et coup de foudre… Je suis complètement sonné.
Il y a de la passion dans la plume de ce nouvel auteur !

Vous souhaitez vivre différemment ?
“Les échappés” sont là pour ça, ils vous tendent leurs mains…

Je sais maintenant, que ce n’est pas un hasard, si Renaud Rodier a été élu Lauréat du Cercle Littéraire du Château de l’Hermitage.

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Extraits :

« Kip était mon aîné de quelques mois, mais avait tellement besoin d’une grande sœur que je me comportais comme telle. Je l’escortais sur le chemin de l’école, partageais mon sandwich avec lui à la cantine lorsque Jack lui volait sa gamelle, l’aidais à faire ses devoirs, lui lisais des contes des frères Grimm pour lui donner du courage. Un soir d’hiver, alors que nous parcourions Hansel et Gretel à la lueur d’une chandelle, ses yeux se sont illuminés. Il m’a implorée d’adapter cette histoire pour lui, pour nous. Je ne m’en croyais pas capable, mais comment trahir cette confiance qui frôlait la foi ? »

« – J’ai réglé le problème. Régler des problèmes, c’est mon métier. »
Quelques jours plus tard, Kip était de retour à l’école, apparemment indemne. J’ai cherché à l’aborder, mais il a réussi à m’éviter en accélérant le pas. Lors d’une récréation, j’ai fini par le coincer au détour d’un couloir. Il m’a lancé un regard d’animal pris au piège. Quand j’ai avancé une main maladroite vers sa joue, il a reculé d’un bond. Je lui ai dit que nous pouvions passer outre l’interdiction de mon père et nous rencontrer en secret, ici, ou mieux encore à Lemon Park, jusqu’à ce que tout revienne à la normale.
“-Je… J’peux pas, a-t-il bégayé.” »

« Lieux a germé de la conjonction de la douleur de Malina et de la splendeur de ce baiser. Mes sujets s’imposent toujours à moi d’un coup, intelligibles, précis, mais aussi extrêmement fragiles et éphémères. Je dois les noter sur un bout de papier aussitôt qu’ils me viennent, au risque de les perdre. Dans le cas de Lieux, j’ai dû me précipiter vers un café pour emprunter un stylo et quelques feuilles. Il m’a fallu moins d’une demi-journée pour écrire son incipit. À ce stade, je n’avais encore aucune garantie que ce texte aurait 

 

 

Renaud Rodier est diplômé de Sciences Po Paris et de l’université Columbia de New York. Il collabore depuis près de vingt ans avec les Nations unies et diverses ONG pour apporter une aide aux réfugiés et aux déplacés. Ses missions l’ont conduit aux quatre coins du monde, souvent dans des zones de conflit.
Les Échappés est son premier roman.

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“Écrire a toujours été, pour moi, un acte de survie. C’est en scrutant la cour d’une prison depuis la fenêtre de ma cuisine que j’ai couché mes premiers mots sur une page. Contempler le va-et-vient des détenus des heures durant offrait une échappatoire à ma réalité quotidienne, mais je préfère garder cette histoire pour une autre occasion. Aux yeux de mon enfance, les reclus étaient autant d’oiseaux en cage. Je leur consacrais des poèmes maladroits, les voyant virevolter dans les cieux délavés d’une ville portuaire. Par respect pour la souffrance, je préférais taire leurs gémissements nocturnes, qui me maintenaient parfois éveillé.

Avec les années, mon style a évolué, mais ma philosophie est demeurée la même. Ma matière première est la douleur. Je modèle sans relâche les traumatismes jusqu’à les voir se transformer en oiseaux dansants. La principale différence avec mes écrits de jeunesse est que je ne passe plus les hurlements sous silence. Ce n’est pas tant une question d’honnêteté ou d’acuité, mais plutôt que j’ai découvert que les cris peuvent être propulseurs.”

Émotion, Babelio, Rencontre littéraire, Philosophique, Suspense

Un monde presque parfait

de Laurent Gounelle
Poche – 2 mai 2024
Éditeur : Mazarine

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Et si le pouvoir de décision était essentiel à notre humanité ?

David Lisner, jeune chercheur ambitieux et cartésien, vit chez « les Réguliers », une société hyper-développée, hyper-connectée qui veille au bien-être des individus.

Non loin de là, une région rebelle s’est coupée du reste du monde : « les Exilés ». Fidèles à une certaine philosophie de vie, ils rejettent radicalement cette société.
David Lisner se voit confier malgré lui une mission de haute sécurité : se rendre dans ce territoire hostile et entrer en contact avec Ève Montoya, la nièce et l’unique héritière de l’éminent sociologue Robert Solo qui vient de décéder. Son objectif : récupérer un rapport explosif pouvant mettre en péril tout l’équilibre de la société des Réguliers.

Mais Ève, une jeune femme à la personnalité libre, n’entend pas se laisser dicter sa conduite. D’ailleurs, pourquoi David fait-il ce qu’on attend de lui ?
Un roman initiatique et original qui donne furieusement envie de retrouver son pouvoir de décision, de jouir de sa liberté, de se réapproprier sa vie.

 

• Couv_2024-035_Gounelle Laurent - Un monde presque parfait

 

Lorsqu’on ouvre un roman de Laurent Gounelle, on sait que l’on va vivre une belle histoire, une histoire avec son sens du positif, sa philosophie et des échanges entre humains…

Dans ce roman, que je n’arrive pas à classer (fiction, dystopie, ou futur proche, tout simplement ?), son message est un peu différent. Mais cela reste une histoire d’humains !
Ceux qui vivent sans s’opposer au régime en place, sont “les Réguliers”. Ils travaillent ou pas, selon leurs volontés et font ce qu’ils veulent de leurs journées. Ils ont l’air heureux et pour cause, ils sont pourvus d’un implant qui régule leurs émotions, et en cas de colère ou de tristesse, les ressentis négatifs sont immédiatement effacés. Du matin au soir, des applications “conseillent” les Réguliers, sur leurs activités quelles qu’elles soient, leurs nourritures, leurs sorties. Restons-nous vraiment humains quand des machines décident à notre place ?

Les autres, ce sont “les Exilés”, ils vivent ensemble sur une île et dépendent d’eux-mêmes. Ils rejettent tout type de technologie qui s’immiscerait dans leur quotidien.

Ce roman aborde pour moi d’une façon claire ce que devient notre quotidien petit à petit. Les réseaux, la façon dont les décisions sont prisent aujourd’hui, la place d’Internet dans notre vie de tous les jours, consciemment ou inconsciemment. Ça fait peur… Nous perdons ainsi petit à petit notre pouvoir de décision.

La mission reçue par David l’oblige à entrer en contact avec “les autres”, les Exilés. Il doit contacter Êve Montoya, suite au décès de son oncle un grand sociologue. David à tout préparé, masque (au cas où…) et dossiers à jour, afin de régler l’affaire le plus vite possible. Mais Eve, est une jeune femme qui refuse qu’on lui dicte les décisions qu’elle doit prendre…

Des personnages touchants, une intrigue très actuelle, qui donne un angle nouveau et une compréhension plus large sur notre société qui pourrait si l’on ne fait pas attention, devenir une technologie dictatoriale ultra contrôlée sous couvert de bonnes intentions… ou pas !

Un roman que je recommande vivement, qui nous montre que le prix de la liberté n’est pas un acquis, mais bien un combat que nous devons mener tous les jours !

Merci Laurent…

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Extraits :

« Au loin, le cœur de la ville insouciante bat paisiblement. Les lumières scintillent à tous les étages des hautes tours. La plupart des gens sont chez eux, sereins et confiants, détendus derrière leurs écrans. D’autres sont sortis, dans les lieux de détente ou de plaisir. Tous sont heureux dans cette société presque parfaite qui a réussi à abolir la tristesse et la souffrance. Une société hyper-développée qui a choisi de mettre ses fantastiques avancées technologiques au service du bien-être de la population. »

« Mais celui qui possédera le premier ordinateur quantique stabilisé pourra casser tous les codes secrets du monde en une poignée de secondes. Et toute la société s’effondrera. Il pourra pirater presque simultanément tous les comptes bancaires, tous les secrets industriels, tous les secrets militaires, mettre à genoux l’informatique de tous les hôpitaux, de tous les services publics, de toutes les compagnies d’assurances… Il pourra bloquer toute la société, et dans tous les pays. Une victoire par K.-O. avant même que la guerre ait commencé… »

« – J’ai essayé de penser à la manière d’annoncer à la jeune femme la mort de son oncle. C’est loin d’être facile pour moi… On m’a parlé d’un truc nouveau qu’on propose aux familles endeuillées : on crée un avatar virtuel du défunt pour qu’elles puissent le voir sur l’écran de leur tablette et dialoguer avec lui, et cela les aide à s’habituer progressivement à sa disparition.
– Oui, mais ça n’a rien de nouveau. Ça a été lancé par une équipe sud-coréenne au début des années 2020. Des gens avaient perdu leur fille de 7 ans d’une maladie incurable, et avec ce système, ils ont pu lui parler de nouveau, échanger avec elle. L’info avait fait le tour du monde. Maintenant, c’est devenu courant. »

 

Ancien spécialiste des sciences humaines, formé en France et aux Etats-Unis, conférencier à l’Université de Clermont-Ferrand, il a pendant de nombreuses années sillonné le monde à la rencontre d’hommes et de femmes qui, chacun à sa manière, apporte des éclairages sur la question fondamentale entre toutes : comment s’épanouir et donner du sens à sa vie.

Il se consacre aujourd’hui à l’écriture.
En neuf romans, Laurent Gounelle est devenu une plume majeure de la littérature. Traduit dans près de quarante langues, il s’est imposé parmi les auteurs français les plus lus au monde, avec des titres incontournables : L’homme qui voulait être heureux, Le jour où j’ai appris à vivre ou encore Et tu trouveras le trésor qui dort en toi.

Dans ce Monde presque parfait, son dixième livre, il touche notre âme et nous invite à redevenir maîtres de notre existence.

Le jour où j’ai appris à vivre
https://leressentidejeanpaul.com/2019/10/07/le-jour-ou-jai-appris-a-vivre/

intuitio
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/22/intuitio/

En savoir plus sur le site de l’auteur : http://www.laurentgounelle.com

Émotion, Drame, Philosophique, Roman

Impasse de l’horizon

de Carole Mijeon
Broché – Grand livre, 13 mars 2024
Éditeur : Éditions Daphnis et Chloé

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Un jour, il est rentré chez ses parents, au 12 impasse de l’horizon, et n’est plus jamais ressorti. C’était il y a huit ans. Depuis, personne ne l’a revu. Il est devenu le reclus du 12, celui dont on parle à voix basse quand on se croise sur le trottoir.

Claudia, pré-retraitée malgré elle, habite seule la maison d’en face. Pour elle aussi le temps s’écoule entre quatre murs mais elle, ne l’a pas choisi. Aux aguets derrière ses fenêtres, elle se dit que seul un drame terrible et inavouable peut conduire un jeune homme plein d’avenir à choisir la claustration plutôt que l’aventure de la vie. Est-il la victime d’une agression insurmontable ? Ou au contraire le coupable d’un crime odieux ?

Entrainant le lecteur dans les méandres de son imagination, Claudia va tout faire pour percer le secret de l’Impasse de l’horizon et rencontrer son jeune voisin.

Qui est-il ? Comment vit-il cet enfermement ? Et surtout, que lui est-il arrivé ?

 

• Couv_2024-021_Mijeon Carole - Impasse de l'horizon

 

J’ai pris beaucoup plaisir à lire “Impasse de l’horizon”. Un roman que je n’aurais sûrement pas lu sans la proposition de Babelio. Je découvre ainsi une nouvelle auteure, et surtout un roman très particulier, je dirai même singulier et rempli d’imagination… Les personnages sont tous très intéressants et attachants.

Carole Mijeon a “construit” son récit en deux parties. Claudia et Maxime

Claudia, a été remerciée par la société pour laquelle elle travaillait. Aujourd’hui, elle s’ennuie et passe toutes ses journées derrière sa fenêtre à attendre qu’il se déroule enfin quelque chose de nouveau dans sa vie. Les jours passent… Elle déprime…
Seules les lumières qui s’allument régulièrement en pleine nuit dans la maison en face de chez elle, font travailler son imagination et lui font envisager les scénarios les plus fous…
Que peut-il bien se passer chez ses voisins ? Elle sait qu’ils ont un fils, mais elle ne l’a jamais vu !

Quel personnage étrange que ce Maxime, un homme qui a préféré “s’effacer”, sortir de la société où il ne trouvait pas sa place. Pourquoi refuse-t-il de sortir ? De quoi a-t-il peur ? Est-ce vraiment de la peur ?
Maxime passe toutes ses journées derrière son ordinateur, plongé dans un monde virtuel dans lequel sa vie lui réussit pleinement. Maxime est un “gamer”, c’est toute sa vie !
Et ses journées se passent ainsi… au grand désespoir de ses parents qui ne savent plus comment l’aider. Au fur et à mesure on va le connaître de plus en plus. Maxime m’a touché à plusieurs reprises, sa solitude, sa peur du regard des autres.

Carole a su me prendre et m’emmener en quelques pages dans un univers étrange et pourtant très réaliste qui a pu me paraître parfois répétitif, mais tellement plein de rebondissements… Carole se dévoile parfois entre les lignes. Est-ce une part d’elle-même qu’elle nous montre ou met-elle tout simplement ses héros en avant ?
Dans tous les cas, j’adhère pleinement aux sujets développés ! Je ne m’attendais pas du tout à ce genre de roman tantôt philosophique, tantôt sociétal. Carole nous montre la solitude, la tristesse, la colère aussi, sans jamais oublier, nos choix de vie et le bonheur qu’ils peuvent nous apporter en fonction des chemins que nous emprunterons.

Un roman très agréable à la plume prometteuse avec lequel j’ai passé un excellent moment de lecture, malgré des sujets difficiles…
Sommes-nous libres de vivre la vie que nous désirons ?

Un grand merci à Babelio et aux Éditions Daphnis et Chloé pour cet envoi plus qu’intéressant.

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Extrait :

« C’est la voisine du 7 qui vient de lâcher le morceau. Les décès délient les langues. Après quelques mots d’apitoiement convenus, la brave dame n’a pas tardé à me révéler que les Triaud avaient un secret. “Un cadavre dans le placard, comme on dit”, a-t-elle ajouté, l’air pincé. »

« Quand on élève un enfant, on doit toujours être inquiète. Qu’il ne prenne pas assez de poids quand il est bébé, qu’il meure subitement pendant la nuit, qu’il attrape froid, qu’il se fasse renverser sur le chemin de l’école, qu’il rate son bac, qu’il tourne mal, qu’il soit malheureux en amour, qu’il… Quel enfer que d’imaginer le pire tout le temps ! »

« Chaque soir, il se mit à visionner des vidéos d’opérations sanguinolentes tout en se tailladant frénétiquement. La moindre parcelle de peau vierge était écorchée, parfois même les plaies à peine cicatrisées étaient de nouveau incisées. Nu dans son fauteuil, il jouissait de voir couler le sang sur l’écran tandis que le sien s’échappait de son corps en d’innombrables filets.
Et puis, un jour, il croisa cette femme dans l’ascenseur. »

« – Votre fils est très agité. Incohérent même. Il m’a semblé à bout de forces.
– Mais qu’est-ce qu’il a ? s’effraya madame Triaud.
– Je crois qu’il fait un burn-out. Il n’a pas arrêté de parler de son travail. De ses collègues surtout…
– C’est grave docteur ? »

« Le passé n’est qu’une fiction que l’on se raconte. Une contrefaçon. Aucun souvenir n’est digne de confiance. Car la mémoire est infidèle. Elle travestit le réel, enlumine la grisaille ou noircit le tableau. Sans but ni raison particulière, juste parce que le cerveau se fait berner. Il confond souvenir et imagination. Dès qu’un reliquat de vie est extirpé des méandres de l’esprit, il se combine aux cogitations, s’entremêle avec les rêves, se fracasse sur les émotions et se noie dans le déni. Le décor se transforme, les dialogues se cisèlent, les personnages se caricaturent et les rôles s’inversent. Contaminée par nos pensées, notre mémoire réécrit en permanence notre autobiographie. »

 

Monteuse de profession, Carole Mijeon a travaillé sur de nombreux reportages et documentaires pour la télévision ainsi que pour des productions indépendantes.
Magazines pour France 3 – France 5 – France Ô
Documentaires pour les Films du Balibari, Point du Jour, Camera Lucida productions – ARTE
Muséographie, court-métrages, captations, mode, corporate…

Auteure de :
Sur la réserve” – éditions Daphnis et Chloé – 2015
Au pied !” – éditions Daphnis et Chloé – 2017
Impasse de l’horizon” aux éditions Daphnis et Chloé est son troisième roman – 2024.

Émotion, Drame, Philosophique, Roman

La mécanique du passé

de Marie-José Aubourg-Iberti
Relié – 24 novembre 2023
Éditions : Nombre 7

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À l’approche de la quarantaine, Garance élève seule ses trois enfants. Suite au décès de son époux, son plus jeune fils développe une maladie qui va l’amener à se diriger vers le cabinet d’Aleksander Lariokoff, guérisseur-médium.

Cet homme, aux méthodes singulières, va la conduire vers son passé, à la recherche de l’histoire de ses ancêtres, et l’entrainer dans une enquête surprenante autour du mystère de la disparition de son mari.

Accompagnée de son amie et associée Emma, Garance va poursuivre une quête qui la guidera vers l’Irlande, où l’attendent des secrets enfouis du passé et des évènements inattendus qui changeront à jamais sa perception de la vie.

 

• Couv_2024-018_Aubourg-Iberti Marie-José - La Mécanique du passé

 

Après avoir lu en avril dernier, Travail, travail quand tu nous tues, de Marie-José Aubourg-Iberti, qui m’avait beaucoup plus, je ne me doutais pas que j’allais recevoir son nouveau roman aussi vite.
Quelle belle surprise !

Le sujet de la psychogénéalogie, m’intéresse énormément depuis que je suis papa. Je connaissais mes racines proches, mais pas au-delà de mes arrières grands-parents, et c’est quelque chose qui me manquait. Je voulais en savoir plus… L’auteure m’a définitivement ouvert les yeux sur certaines évidences.

Le récit de Marie-José est parfaitement structuré, avec une intrigue originale qui m’a emporté jusqu’à la fin du récit, avec un final au dénouement que je n’ai pas vu venir. C’est grâce à ce mystérieux Aleksander Lariokoff et à son amie et associée Emma que Garance part en Irlande pour le bien-être de son fils qui souffre physiquement depuis le décès de son père.

Il y a de la “magie”, de la philosophie et beaucoup de poésie dans cette histoire. J’ai eu l’impression par moment d’être en Irlande respirant l’air des Landes sous un ciel bas et sombre, où la pluie s’invite régulièrement sur les plaines infinies. C’est simple, j’ai lu le livre d’un seul tenant ayant peur de perdre la magie si je devais reprendre ma lecture plus tard…

Bravo Marie-José, et merci à toi d’avoir partagé toutes ces émotions avec tes lecteurs !
Un très beau roman, qui pourrait vous emmener loin…

Décidément, que de belles surprises chez “Nombre 7” !

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Extraits :

« Les premières lueurs de l’aube s’invitaient à travers les persiennes. Yann s’éveilla, dirigea sa main vers la mienne et l’enveloppa tendrement. Dans un bruissement de draps, il s’étira ensuite longuement puis se recroquevilla vers moi. J’ouvris les yeux et l’observai, m’attardant sur l’indiscipline de ses cheveux et le léger plissement des yeux qui soulignait l’ébauche de son sourire. »

« Quelques jours plus tard, tandis qu’Emma prenait la route pour l’Ariège, je me rendis à la consultation d’Aleksander.
Je pénétrai avec légèreté dans cette ruelle qui m’était devenue familière et réalisai à quel point c’était agréable de se sentir dirigée. Emma avait pris les choses en main et je trouvais cela confortable… Confortable, quel drôle de mot ! Moi, qui vivais dans l’hyper-contrôle quasi-névrotique, depuis si longtemps, je réalisais que je parvenais à lâcher prise. Emma ne m’avait pas laissé le choix, c’était peut-être cela, la clef… Pas le choix ! Je m’étais réveillée ce matin tellement plus légère, parce que je n’avais pas le choix ! »

« Dans la soirée, je songeai, confuse, au tutoiement qui m’avait échappé et m’interrogeai à nouveau sur cette relation entre Aleksander et moi. Il m’apparut que notre proximité aurait pu, en effet, autoriser naturellement l’emploi du « tu », mais en réalité, le vouvoiement conférait à notre échange une certaine élégance, une réserve contenue, respectueuse, que le tutoiement aurait réduite à une simple camaraderie. Le « vous » était privilège, il enveloppait nos conversations d’une brume de sensualité et imposait une distance courtoise qui plaçait nos échanges sur un plan supérieur. Il ne souffrait aucune familiarité et induisait une posture que le « tu » n’aurait pas induite. Conserver cette distance avec Aleksander m’ouvrait ces possibilités et je ne souhaitais en aucun cas détériorer notre relation sous prétexte d’un rapprochement illusoire. »

 

Résidant dans le département du Var, Marie-José Aubourg-Iberti s’inspire des histoires de la vie ordinaire qu’elle observe et met en lumière. En publiant Travail, travail quand tu nous tues, elle signe son troisième roman. À travers l’histoire d’Hector et Sophie Juillet, elle s’intéresse aux mécanismes qui conduisent à la perte d’un emploi et à l’impact d’un tel évènement sur le couple, la famille. L’écriture de cette intrigue est née de témoignages et d’expériences qui l’ont conduite à réfléchir plus largement à la question centrale de la place du travail dans notre société.

Travail, travail quand tu nous tues
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/25/travail-travail-quand-tu-nous-tues/

Émotion, Philosophique, Poésie

Billets de contrebande (Inédits)

de Alain Cadéo
Broché – mars 2024
Éditions : Éditions La Trace

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Un Livre qui ne se résume pas !
Un Livre intemporel autour de la la passion des mots.
Un livre de chevet tel un compagnon fidèle…
Ode à la littérature et aux humbles écrivains…

 

• Couv_2024-017_Cadéo Alain - Billets de Contrebande

 

J’ai commencé à lire ce livre il y a quelques semaines déjà et assez vite, je me suis perdu.

Ayant lu d’autres romans, qui m’avaient tous plu, d’Alain Cadéo, je ne comprenais pas. Je reconnaissais bien sa passion pour les mots, mais je restais égaré…

J’ai attendu quelques jours, l’ai repris et l’ai compris.
J’avais abordé Billets de contrebande comme un simple roman, et j’avais fait fausse route !

Billets de contrebande, comme son nom l’indique est composé de billets, suite de pensées, petites notes plus ou moins longues écrites par Alain, aux aléas du temps, des envies et de ses humeurs. Ils sont tous dissociés les uns des autres… mais vont délibérément dans la même direction, celle qui nous remet en question, qui nous fait réfléchir et nous fait du bien !

Je les ai alors lus différemment, à un autre rythme, embarqué enfin dans les pas de l’auteur. Un, le matin au réveil, un autre, un peu plus tard, le suivant, entre deux rendez-vous, et ainsi de suite jusqu’au coucher. Là, seulement j’ai pu retrouver la magie et le “pétillant” lyrique d’Alain, son don redevenu alors évident pour la littérature.

Chaque billet vous emportera partout, là où vous ne vous y attendrez pas !
Comme une aventure fantastique à travers les idées et les mots, tel un bateau navigant vers le grand large…
Un voyage vers les rêves sans aucun doute, tantôt poétique, tantôt philosophique. Un voyage qui invite à l’évasion littéraire…

Mais attention, ces billets ne se donneront pas au premier venu…
Une œuvre écrite par un “amoureux des mots”, pour “amoureux des mots” !

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Extraits :
« Commence toujours par une phrase telle, que toutes celles qui suivront voudront lui ressembler. Redoute plus que tout le remplissage, fignolage sans âme qui au fil des pages te perdra dans un dédale artificiel tout juste bon à créer l’illusion. »

« Je redécouvre ces cahiers oubliés, pages blanches puisque je n’écris plus depuis un an que par machine électronique interposée. J’ai bien envie pourtant de retrouver le bureau de noyer, légèrement ployé en son milieu par le poids de studieuses années. Oui, j’ai bien envie de retrouver stylos à plume, encre, papiers craquants, l’épaisse planche de cyprès me servant d’écritoire, ma Remington portative aux airs noirs de scarabée, ses ailes dorées, avec ses pattes cliquetantes, sa sonnerie de fin de page… »

« Celui qui écrit peint ou compose est parfaitement seul. Nul ne peut imaginer toutes les vies, les ombres qui pourtant l’accompagnent.
C’est dans un bruissement d’âmes errantes qu’il récolte les fruits de cette étrange colonie glissant autour de lui. »

« Apprendre à faire ce que l’on n’a jamais fait. Apprendre à dire ce que l’on n’a jamais dit. Apprendre à voir ce que l’on n’a jamais vu. Apprendre. Mot le plus beau, le plus vif, le plus sage, nous incitant à découvrir l’immensité de nos lacunes. Nous exhortant sans cesse à aller plus avant vers un but impossible à atteindre. Car c’est là que réside la beauté d’une quête : chercher, tout en sachant qu’on ne trouvera pas. »

« S’il me restait trois grammes, six volts d’intensité, je me ferais un beau sentier de lettres inventées me conduisant tout droit vers mon éternité. Le Paradis ressemble à ce que l’on en fait. Et la réalité n’est que l’enfer des imbéciles. »

 

Alain Cadéo est l’auteur de nombreux ouvrages (nouvelles, romans, textes, pièces de théâtre), dont « Stanislas » (1983), premier prix Marcel Pagnol 1983 ou encore Macadam Epitaphe (1986), Plume d’Or Antibes et Prix Gilbert Dupé.

Il est avant tout un passionné des autres, des humbles , ceux qui lisent les mots, les portent et les défendent… Ses textes sont toujours exigeants, en perpétuelle recherche de chemins différents, à l’image de l’homme, singulier, sincère et altruiste, mais aussi inclassable, comme sa littérature.

Après avoir été notamment publié par Mercure de France, il est depuis 2018 publié par les Éditions La Trace.

Il vit à Évenos, en Provence.

Sa bibliographie complète est la suivante :

– Les Voix de Brume (1982, nouvelles)
– Stanislas (1983, roman)
– La Corne de Dieu (1983, roman)
– L’Océan vertical (1983, roman)
– Le Mangeur de Peur (1984, roman)
– Macadam Epitaphe (1986, texte)
– Le Ciel au ventre (1993, texte)
– Les Anges disparaissent (1998, roman)
– Fin (1999, texte)
– Et votre éternité sera la somme de vos rêves (2008, roman)
– L’Ombre d’un doute (2008, théâtre)
– Les Réveillés de l’ombre (2013, théâtre)
– Zoé (2013, roman)
– Chaque seconde est un murmure (2016, roman)
– Des Mots de contrebande (Aux inconnus qui comme moi…) (2018, texte)
– Comme un enfant qui joue tout seul (2019, roman)
– Mayacumbra (2019, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/26/mayacumbra/
– Lettres en Vie (2020, texte illustré)
– Confessions (ou les spams d’une âme en peine) (2021, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/06/03/confessions-ou-les-spams-dune-ame-en-peine/
– Arsenic et Eczéma (2022, théâtre)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/05/06/arsenic-et-eczema/
– L’Homme qui veille dans la pierre (2022, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/09/08/lhomme-qui-veille-dans-la-pierre/
– M (2023, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/08/m/

Adolescence, Émotion, Cercle littéraire, Philosophique, Roman

Tempo

de Martin Dumont
Broché – 3 janvier 20248
Éditions : Les Avrils

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À trente ans, la vie de Félix, c’est Belleville, sa compagne et leur bébé. C’est, le soir, jouer de la guitare dans des bars avec l’espoir tenace de voir sa carrière solo démarrer. Car la gloire, Félix l’a déjà frôlée. Tous les quatre, ils avaient le talent, l’audace, l’osmose. Il y avait la fièvre, l’excitation et l’insouciance. Leur groupe a décollé, puis tout s’est effondré. Alors, arrivé en ce point précis où l’existence l’exige, Félix doit faire un choix : poursuivre encore le rêve ou changer de regard sur sa réalité.

 

• Couv_2024-015_Dumont Martin - Tempo

 

Avec Tempo, Martin Dumont nous propose un récit tout en douceur, avec une double temporalité.

– Félix est un jeune père de famille qui essaie de percer dans la musique sans vraiment y parvenir. Marié à Anna, infirmière et papa d’un petit garçon de deux mois, ils ont du mal à joindre les deux bouts, dès lors, leur vie se complique doucement…
– Félix vit les moments d’une gloire passée, alors il avait un groupe avec des amis lorsqu’ils étaient adolescents. Un groupe qui avait connu des moments de gloire, avec un album et de nombreux concerts.

Livre autobiographique ?

Martin nous fait vivre la vie de Félix, musicien dans l’âme, de la création de son groupe à leur zénith, puis malheureusement à leur déchéance. Il refuse d’abandonner et croit toujours en ses rêves et se produisant dans des bars où désormais personne ne l’écoute. Félix est attachant, un peu égoïste ? Peut-être. Il porte des blessures, qui seraient sûrement les nôtres si nous avions eu le même vécu. L’auteur nous montre combien nos rêves de jeunesse, une fois dans la vie réelle, sont difficiles à réaliser. Mais ce sont ces moments difficiles qui finalement nous construisent et nous permettent d’affronter le quotidien d’une vie.

J’ai beaucoup aimé l’émotion se dégageant de ce récit plein de nostalgie, mais rempli d’espoir. Rapidement, je me suis identifié à Félix, sachant qu’il est plus facile de vivre dans le passé que de tourner la page et d’affronter une dure réalité. Je n’ai pu m’empêcher de me demander ce qu’il me restait de mes rêves d’enfant…
Sûrement l’une des raisons pour laquelle ce roman m’a autant touché.
La prose de Martin pourrait paraître simple et sobre, mais au contraire, je trouve qu’il trouve un bon équilibre entre une certaine la pudeur et un éventail de sentiments très expressifs, mais toujours avec beaucoup de délicatesse.

Un beau moment de lecture…

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Merci beaucoup Martin, pour cette belle soirée au Château de l’Hermitage.
J’avais un peu “entrevu” l’auteur entre les lignes, durant toute ma lecture.
Hier soir je t’ai découvert, Homme, chanteur et musicien…

À très bientôt, je l’espère !

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Extraits :

« Il n’y a pas d’applaudissements. Les conversations reprennent, je bois une gorgée de bière avant de me réaccorder. J’égraine doucement les cordes. De haut en bas, des graves jusqu’aux aiguës. Les notes s’élèvent et flottent au-dessus de la salle. À mes pieds, la diode de l’accordeur clignote. Je tourne à peine les mécaniques. Un quart de ton, pas plus. Des réglages fins pour parfaire l’équilibre. »

« Le jour où j’ai rencontré Louis, il s’est cassé la gueule. C’était un matin de septembre, on entrait en seconde. Je venais de déménager et je ne connaissais personne. Après une enfance en Savoie, le jeu des mutations avait envoyé mes parents profs poursuivre leur carrière à Paris. En pénétrant dans le lycée, j’ai maudit l’Éducation nationale, mon père, ma mère et plus ou moins la Terre entière. J’ai rejoint la petite foule massée devant le tableau. Je me suis dressé sur la pointe des pieds. Il y avait une dizaine de classes et des centaines de noms. Il m’a fallu un bon moment avant de dénicher le mien. »

« Je reviens à mon fils. Blotti sous sa couverture, il dort profondément. Il change tellement vite. Ses cheveux ont poussé, ses sourires sont plus francs et il s’est épaissi. Il n’a plus rien du nouveau-né que j’ai soulevé en tremblant à la maternité. La première fois que je l’ai vu, je crois qu’il m’a fait peur. J’ai eu le sentiment que je ne serais jamais à la hauteur. Quand la sage-femme l’a placé contre moi, j’ai eu un mouvement de recul. Ça n’avait rien de l’évidence que j’avais imaginée. Anna a souri quand je lui en ai parlé quelques semaines plus tard. Elle m’a dit de ne pas m’en faire, qu’elle avait ressenti la même chose. Elle avait culpabilisé avant de se rendre compte qu’elle aimait son fils chaque jour un peu plus. »

« J’aime à penser que cette chanson leur plaît. Elle parle des amours d’un soir qui marquent pour une vie entière, des regards à la dérobée qui s’impriment trop profondément. Du goût au bord des lèvres qu’on n’oubliera jamais et des fantômes qui dansent au fond des souvenirs. Je joue sans m’arrêter, surtout sans réfléchir. Le bruit autour n’existe plus. Ou bien, il m’accompagne. Oui, c’est ça. Moi qui n’ai plus de groupe, plus un seul musicien, j’ai la clameur des bars. Le brouhaha des salles indifférentes. Les rires, les cris et les anniversaires. Le son des retrouvailles et des joies éphémères, le tintement des verres qui trinquent au bonheur de l’instant. J’ai le fracas de la vie qui s’efforce d’être heureuse. »

 

Martin Dumont est né en 1988, il est ingénieur pour l’éolien en mer et vit à Nantes.

Après Le Chien de Schrödinger et Tant qu’il reste des îles (Prix France bleu / Page des libraires, sélections Prix des libraires, Prix Relay), il revient avec Tempo ; roman du passage à l’âge adulte, dans lequel il confirme son talent ; celui de sonder avec pudeur et délicatesse le cœur des hommes.

Amour, Philosophique, Poésie, Roman

Les Gens sont beaux

de Baptiste Beaulieu, illustration de Qin Leng
Relié – Illustré, 13 octobre 2022
Éditions : Les Arènes

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Découvrez une ode à la beauté et à l’acceptation de soi à travers le premier album jeunesse du médecin et écrivain Baptiste Beaulieu, numéro un des ventes jeunesse en décembre 2022.

« Je vais te confier un secret : un être humain, c’est une histoire. Et quand tu connais cette histoire, ça change tout. »

Papou est médecin généraliste à la retraite. Un beau matin, il raconte à son petit-fils pourquoi les gens sont beaux. Pour Papou, c’est important de le répéter : le corps humain n’a pas vocation à être façonnée par la société, il n’a pas de modèle parfait. Derrière les imperfections se cachent toujours des histoires ou des traces de vie.

 

• Couv_2024-16_Beaulieu Baptiste - Les gens sont beaux

 

Voilà un beau livre, magnifiquement écrit et illustré, que je m’empresserai de lire à mon petit-fils dès qu’il sera en âge.

Un superbe support pour parler de nos différences, des blessures et des cicatrices qu’elles nous laissent.
Cette histoire pour tous, est à lire absolument. J’ai ouvert le livre, dès la première page, j’ai été emporté, ému même. C’est tendre, émouvant, ça sonne juste et a parlé très vite à l’enfant à l’intérieur de moi.

J’aurais aimé que l’album soit plus long afin de continuer à voyager à travers le texte et les très belles illustrations de Qin Leng.

Chacun d’entre nous porte une histoire et on l’oublie souvent. Le jugement est plus facile que de s’intéresser aux gens qui nous entourent. Baptiste nous tend sa main, nous invite, avec bienveillance et respect de l’autre, à écouter et à regarder les gens, à les voir tels qu’ils sont et non tels qu’ils paraissent être.

Un livre magnifique comme un pansement sur notre société qui s’est perdue au cours du temps…
Un livre, comme une très belle leçon de philosophie !

Baptiste Beaulieu et l’illustrateur Qin Leng ont reçu Le Prix Landerneau Album Jeunesse pour « Les Gens sont beaux ».

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Extraits :

« J’en ai vu tellement des Maryline au cours de ma carrière. Elles finissent toujours par aller mieux un jour.
Je vais te confier un secret : Un être humain, c’est comme une histoire. Et quand tu connais cette histoire, ça change tout. »

« Elle s’appelle Rebecca, m’a dit Papou. Des garçons l’ont embêtée quand elle était jeune. Alors elle s’est mise à manger pour mettre plusieurs épaisseurs entre elle et eux, pour les tenir à distance. Je te dis ça, mais elle aurait pu être grosse sans raison. Ça ne justifie pas qu’on se moque de son poids. Gros ou maigre, tout le monde est beau.
Tout le monde. La beauté est partout chez les gens. »

« Et toutes les histoires peuvent se finir bien : il faut du temps, de l’amour, et se poser UNE question.
Laquelle ?
Ce qui est arrivé est arrivé, c’est bon ou mauvais, mais c’est arrivé, on ne peut rien changer au passé.
Alors, qu’est-ce que j’en fais MAINTENANT ? »

 

Baptiste Beaulieu exerce la médecine générale dans un cabinet de groupe en périphérie de Toulouse, romancier à succès et poète. Il a débuté en lançant son blog Alors voilà en 2012, qui attire 8 millions de lecteurs. Il y raconte avec humour, ironie et humanité son quotidien de médecin, celui de ses collègues aux urgences et plus généralement les relations entre les soignants et les soignés. Depuis septembre 2018, il tient une chronique chaque lundi dans l’émission Grand bien vous fasse ! sur France Inter.
Les Gens sont beaux est son premier album jeunesse.

“Depuis la sortie de mon livre, je reçois chaque jour des témoignages de lectrices et de lecteurs. Des parents me racontent que le regard de leur enfant sur son corps a changé. Une mère m’écrit que sa fille ne voit plus de la même manière les cicatrices liées à sa maladie. Un lecteur repense à celui qu’il était enfant et au courage dont il a fait preuve pour s’aimer au-delà du regard des autres. Je vous lis. Je vous vois. Et chaque fois, je me dis qu’être humain, vivre, aimer, pleurer, espérer, ressentir…quoi qu’on en dise, c’est être héroïque.”

Toutes les histoires d’amour du monde
https://leressentidejeanpaul.com/2020/07/29/toutes-les-histoires-damour-du-monde/