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Fantastique, Thriller

Feuilles*

de Michael Fenris
Broché – 7 octobre 2021
Éditions : Les Nouveaux Auteurs

À Hope Falls, petite ville américaine isolée au milieu d’une immense forêt, près de la frontière canadienne et des anciens territoires algonquins, tout est régi par Vernon Krueger. Maire, directeur de la plus grosse scierie de la région et propriétaire de la moitié de la ville, cet homme peu scrupuleux n’hésite pas à déforester sans aucune considération pour la nature environnante. Jed, son bras droit, cautionne de moins en moins ses pratiques douteuses, et tente vainement de préserver la forêt. Un phénomène étrange se produit alors : les feuilles des arbres commencent à tomber et, portées par un vent inhabituel, envahissent sans fin la ville, jusqu’à la recouvrir dangereusement. L’inquiétude s’empare peu à peu des habitants coupés du monde par ces murs de feuilles mortes et la tempête, à mesure qu’ils perdent tout contrôle sur des événements de moins en moins naturels. Tandis que l’angoisse grandit et que les habitants de Hope Falls plongent dans un véritable enfer auquel ils vont devoir survivre coûte que coûte, secrets enfouis et véritables caractères se révèlent au plus mauvais moment. Jed prend la tête des équipes de secours, mais bientôt il devra accepter l’incroyable et se résoudre à suivre ses intuitions…

 

 

Cela faisait un moment que “Feuilles”, premier roman de Michael Fenris me narguait. Dans les Fnac, chez ma libraire, sur FaceBook et dernièrement sur divers messages relayés par mon téléphone !

J’avais beau me retenir… je ne suis qu’un humain, et finalement, j’ai craqué !
Il va falloir que j’aie, deux trois mots avec les auteurs.
Si cela continue comme ça, c’est sûr, un déménagement s’impose !!!
Où vais-je continuer à ranger mes livres ?…

J’ai donc effectivement tardé sur cette lecture, mais je n’en apprécie pas moins la qualité. Écriture prenante, fluide et rapide, Michael a du répondant. Les personnages mêmes semblent vivants à travers la lecture. À plusieurs reprises, je me suis demandé si l’auteur était américain, tant les scènes sont justes et découlent naturellement. Mais ouf ! Honneur sauf, Michaël est bien de chez nous !

On ne peut pas s’empêcher de ressentir les influences d’au-delà du pacifique. Dans les décors, dans la mise en place de l’intrigue, un petit coté “Stephen King” aussi, dans la montée de l’intrigue et une “bande son” que je n’ai pu m’empêcher d’écouter pendant ma lecture… J’ai trouvé l’écriture très intelligente aussi ! Quelques petits détails, glissés ici et là, l’air de rien, ni vu ni connu pour ferrer le lecteur. On ne me la fait pas à moi !!!

Imaginez… c’est l’automne. La petite ville canadienne d’Hope Falls perdue au milieu des forêts. Vernon Krueger est un “sale” patron. Tout le monde le hait, personne n’ose le dire. Il a construit sa fortune dans la coupe des arbres et l’industrie du bois. Ses seuls moteurs, l’argent et son Ego. Le plaisir de donner des ordres qui ne seront jamais remis en cause, l’argent qui s’amasse, la population qui le craint et baisse les yeux. Il agit en despote, et ignore délibérément la loi. Il tient “sa” ville entre les mains. La plupart des emplois dépendent de lui. Il règne en maître absolu. Mais s’il n’y avait que ça… Un matin, deux inspecteurs de l’EPA (Environnemental Protection Agency) débarquent en ville pour un contrôle suite aux coupes arboricoles drastiques du ”tyran“. Mais ce qu’ils vont découvrir ira bien au-delà de ce à quoi ils s’attendaient !

Imaginez… une forêt de plus en plus appauvrie, des hectares dévastés… D’étranges événements sont signalés tout autour de la petite ville. Des feuilles d’arbres qui s’éparpillent, se déplacent, se forment en tas de plus en plus gros, créant des murs de plus en plus haut, recouvrant chaque rue, détériorant les installations électriques, puis téléphoniques, très vite la ville est complètement isolée du reste du monde…
La forêt a décidé de se rebeller, de se venger même de tout ce qu’elle a subi…

Imaginez… une nature qui se vengerait et reprendrait ses droits !

Un très bon thriller fantastique, qui vient soudain percuter et presque détrôner l’enquête policière en cours !
Un récit très original, qui m’a tenu éveillé jusqu’à la dernière ligne.
L’homme face à la nature, ou l’homme face à son destin ?
Imaginez… Et si ce cauchemar n’était que le début d’une nouvelle ère ?

Un premier roman qui force le respect. Dynamique et intelligent !
Michael Fenris, un nouvel auteur à suivre…

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Extraits :

« Dans mes souvenirs, pour peu qu’ils fussent encore clairs, tout débuta avec l’arrivée de l’automne, et la mort de l’ancien vétéran Milton Hoggs.
Je n’avais jamais aimé l’automne, je détestais même cette saison. Peut-être pas autant que Milton Hoggs… Mais personne ne pouvait sentir ce type, ses manières brutales vis-à-vis des Indiens de la région, sa façon de tout braconner, sa tendance à la destruction gratuite. »

« – En quoi le fait d’être une femme serait un handicap, demandai-je.
– Réveillez-vous Lafkin !, répondit-elle. Nous vivons dans un monde d’hommes, fait par et pour les hommes. Même à notre siècle des types comme Krueger, Lockwood ou Dolbert pensent encore que les femmes ne seront jamais leurs égales. Vous avez vu l’attitude de votre patron à mon égard ? Et son avocat n’est pas en reste.

Deux ordures, murmurai-je pour moi, mais elle entendit et me fixa d’un air interrogateur. »

« Nous nous assîmes en bordure de terrasse, pour profiter des dernières lumières naturelles de l’après-midi et des reflets de la rivière qui coulait un peu plus loin. Montant de la forêt, la brume s’élevait peu à peu et donnait l’impression que les troncs n’étaient plus solidaires du sol, mais flottaient librement dans l’espace. Dans le silence environnant, à peine troublé par le bruit des voitures dans la rue et celui plus ténu des engins forestiers plus éloignés, on aurait presque pu entendre le murmure de l’eau cheminant entre les galets polis. Tout aurait été parfait sans cette absence de vie animale et cette odeur de renfermé. »

« C’est à ce moment que je la vis. La feuille d’érable rouge sang, comme un avertissement brillant sous le soleil matinal. Un danger ou une interdiction. Elle semblait m’avoir suivie depuis la scierie pour se reposer sur le monticule, étalée devant moi. À travers le pare-brise du GMC, je distinguais sa découpe régulière, son limbe bordé de petites dents, son pétiole recourbé tel un dard de scorpion, ses nervures dont la couleur plus sombre me fit penser à des vaisseaux sanguins. Il émanait d’elle une sorte de vibration intermittente, régulière, qui la secouait à chaque fois que je posais les yeux sur elle. »

 

 

Michael Fenris est né le 03 mai 1968, d’origine lorraine, où il garde de profonds attachements avec la ville de Nancy, et installé professionnellement comme médecin en région parisienne depuis 2002.

Passionné par la lecture et l’écriture, il entasse pendant plus de trente ans des pages manuscrites dans des cartons, mais ce n’est qu’en 2015 qu’il décide de franchir le cap en proposant ses premiers manuscrits aux Éditions Prisma.

Sont respectivement sortis :
– Chez Prisma : Feuilles en 2015, le Syndrome Noah en 2016, Thérianthrope en 2018, L’île en 2019, Déviation en 2020 et Émersion en 2021.
– Chez Evidence : Neige, Whistlers, Horizons Funèbres et le Fétichiste.
– Chez Eaux Troubles : Diamants sur Macchabées (reprise d’un auto édité) et Vengeance sur Pellicule.
– En autoédition : Aaverhelyon, Diamants sur Macchabées 1° version et les 7.

En parallèle il développe les aventures de Don et de Luc Dassaut sous un autre nom, et travaille au scénario de plusieurs BD.

Anticipation, Drame, Dystopie, Sciences

Le dernier homme

de Margaret Atwood
Poche – 4 octobre 2007
Éditions : 10 x 18

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Un monde, le nôtre, dans un futur pas si lointain… Un monde dévasté à la suite d’une catastrophe écologique sans précédent, où se combinent des conditions climatiques aberrantes, des manipulations génétiques délirantes et un virus foudroyant prompt à détruire l’ensemble de l’humanité. Esseulé au cœur de cet enfer aseptisé et visionnaire, digne de 1984 et d’Orange mécanique, un homme, Snowman, est confronté à d’étranges créatures génétiquement modifiées, les Crakers, une nouvelle race d’”humains“ programmés pour n’être sujets ni à la violence, ni au désir sexuel, ni au fanatisme religieux. Tel un Robinson futuriste, il doit lutter pour sa survie et celle de son espèce. Au risque d’y perdre son âme…

Une magnifique histoire d’amour et d’amitié dans un roman d’anticipation qui tient aussi du thriller et de la satire politique. (…) Intelligent, haletant, émouvant.
Daphné de Saint Sauveur, Madame Figaro

 

Couv_069_Atwood Margaret - Le dernier homme

 

Margaret Atwood nous plonge dans un monde contaminé par des virus créés artificiellement par des scientifique fous, un monde où les manipulations génétiques sont devenues une source de revenu mondiale qui régulièrement dépasse toutes les limites de la moralité…
Les virus sont ainsi utilisés dans l’alimentation, pour maigrir, pour grossir, être plus beau, plus intelligent, partout où cela peut rapporter de l’argent. Et, en parallèle, les scientifiques stockent bien précieusement les antidotes qu’ils utiliseront, en cas de défaillance, avec parcimonie afin de pouvoir faire monter les prix.

Bienvenue dans ce qui pourrait devenir notre futur…

J’avoue, malgré la profondeur globale qui se dégage du récit, avoir eu du mal à entrer dedans et à en percevoir toutes les subtilités.
Peut-être parce que “Le Dernier Homme” est un roman qui évolue dans un futur trop proche du notre et qui pourrait finalement devenir notre présent ?

La science propose un monde au confort moderne, plus de pénuries alimentaires (la viande et les légumes sont créés en labo.), les villes sont découpées en quartiers riches, les Compounds et en bidonvilles les Plebezones, et gare à ceux qui cherchent à traverser les frontières sans autorisations, car la police qui est devenue privée veille sur ses bons citoyens.

Mais tout ne se passera pas comme prévu… À force de vouloir se prendre pour Dieu, la science va créer une catastrophe mondiale.

Un récit trop long à démarrer, trop de descriptions n’ayant aucun rapport avec la trame principale, des allusions au sexe beaucoup trop fréquentes pour ce genre de récit, qui pour moi n’amènent rien, pédophilie, pornographie, etc. Pourquoi ? C’est long, ça manque de rythme. Margaret Atwood m’avait habitué à bien mieux !

Premier tome d’une trilogie, “Le dernier homme”, malgré certains passage vraiment très intéressant, ne m’a pas convaincu…
Dommage.

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Extraits :

« Quelques mois avant l’apparition de la disparition de la mère de Jimmy, Crake fit son apparition. Les deux événements se produisirent la même année. Quel était le rapport ? Il n’y en avait aucun, sinon que Crake et sa mère donnaient l’impression de bien s’entendre. Crake faisait partie des rares amis de Jimmy qui plaisaient à sa mère. Dans l’ensemble, elle trouvait que les copains de Jimmy étaient des gamins et ses copines des nunuche ou des salopes. Elle n’utilisait jamais ces termes-là, mais on devinait ce qu’elle pensait.
Crake, lui, était différent. Selon elle, il ressemblait plus à un adulte ; en fait, il était plus adulte que des tas d’adultes. »

« Enveloppé dans son drap en lambeaux, Snowman est assis, le dos voûté, à la lisière des arbres, là où les herbes, les vesces et les sargasses se fondent dans le sable. Maintenant, qu’il fait plus frais, il se sent moins abattu. Et puis il a faim. C’est un truc qui a du bon : ça permet au moins de savoir qu’on est encore vivant. »

« Il est neuf heures du matin, au soleil, quand Snowman quitte le chemin du Poisson pour s’enfoncer dans l’intérieur des terres. Dès l’instant que la brise marine n’arrive plus jusqu’à lui, l’humidité monte en flèche et elle attire un cercle de minuscules mouches vertes, très voraces. Il est pieds nus – voilà un moment que ses chaussures se sont désagrégées et, de toute façon elles étaient trop chaudes et trop humides – mais il n’en a plus besoin, il a la plante des pieds aussi dure que du vieux caoutchouc. Pourtant, il avance prudemment : il pourrait y avoir du verre brisé, du métal coupant. Ou encore des serpents ou tout autre saleté susceptible de lui infliger une méchante morsure et il ne possède aucune arme, à part son bâton. »

« Plus ça allait, moins il se sentait bien dans sa peau. Même le sexe n’était plus ce qu’il avait été, alors qu’il s’y sentait toujours aussi accro. Il avait l’impression que sa bite se baladait, comme si le reste de sa personne ne représentait qu’un pénis insignifiant qui s’y serait trouvé attaché. Peut-être que cette affaire aurait été plus épanouie s’il l’avait laissée vagabonder à sa guise.
Les soirs où pas une seule de ses maîtresses n’avait réussi à mentir suffisamment bien à son mari ou tout comme pour pouvoir passer du temps avec lui, il allait voir un film au centre commercial, juste pour se convaincre qu’il faisait partie d’un groupe. Ou bien, il regardait les nouvelles : toujours plus de fléaux, de famines, d’inondations, d’insectes, de microbes ou de petits mammifères, de sécheresse, de guerres minables menées par des enfants-soldats dans des pays lointains. Pourquoi tout se ressemblait-il tant ? »

Histoire

Les Mots immigrés

de Erik Orsenna et Bernard Cerquiglini
Broché – Illustré, 2 février 2022
Éditions : Stock

À l’heure où revient le débat sur l’identité, avec des opinons opposées de plus en en plus violentes, Erik Orsenna a voulu, par la voie du conte commencée avec sa Grammaire est une chanson douce, raconter l’histoire de la langue française. Pour une telle ambition, le savoir lui manquait. Bernard Cerquiglini, l’un de nos plus grands linguistes et son ami de longue date, a bien voulu lui apporter ses lumières aussi incontestées que malicieuses.
Et nous voilà partis, deux millénaires en arrière, chez nos ancêtres les Gaulois dont les mots sont bientôt mêlés de latin, puis de germain. Avant l’arrivée de mots arabes, italiens, anglais… Un métissage permanent où chaque langue s’enrichit d’apports mutuels.
Jusqu’à ce que déferle une vague de vocables dominateurs nés de la mondialisation économique et inventés pour son service. Ce globish aura-t-il raison de la diversité linguistique, aussi nécessaire à nos vies que cette biodiversité dont nous avons appris à reconnaître l’importance capitale, et la fragilité ?
Et si les mots immigrés, c’est à dire la quasi-totalité des mots de notre langue, s’ils décidaient de se mettre un beau jour en grève ? Ce jour-là, les apôtres de cette illusoire pureté nationale deviendraient muets. Il n’est pas interdit d’en rêver…

 

 

Une amie m’a prêté ce livre/dictionnaire/conte???, sur la langue française.
J’ai adoré…

C’est exactement le type de livres où je me sens bien. Un livre avec des mots !
Je vous fais sourire ?
Vous allez comprendre…

Erik Orsenna et Bernard Cerquiglini nous instruisent à l’aide d’un scénario complètement fou et original sur l’origine de celle qui est pour moi la plus belle langue au monde (peut-être d’ailleurs, parce que c’est la mienne ?) !
Quoi qu’il en soit, les deux auteurs nous emmènent à travers une histoire dingue, vers l’origine de la langue française telle que nous la connaissons aujourd’hui, même si chaque jour, elle change un peu !

Nous sommes au second tour des élections.
Tous les Français sont penchés devant leur écran de télévision et se demandent lequel des deux finalistes l’emportera ! Ils attendent de savoir à quelle sauce ils vont être mangés !
Ce soir pour les candidats, il s’agît de trouver les mots justes, les mots qui feront pencher la balance du bon côté.
Et dans ce genre de duel à mort, on a beau croire à l’intelligence des idées, ce sont les mots qui comptent, la force et la simplicité des mots. À ce jeu-là, la “blonde” candidate de la droite extrême est une experte. Face à elle, son adversaire baisse un peu la tête, il écoute, il attend son tour. En dépit de son jeune âge, lui aussi connaît la vie. Il a l’envie du pouvoir et veut régner sur son pays ! Il ne se laissera pas faire… Surtout depuis la gifle qu’il a reçu en public la semaine précédente. Il attend patiemment l’arrivée de l’estocade finale, pour la balayer d’un revers bien lancé… Au moment où elle s’enivrait déjà du goût du sang, au moment où il se tenait prêt à lancer son ultime et décisive attaque… elle stoppe net, comme paralysée, la bouche entrouverte et les yeux hagard qui ne reflètent qu’une extrême surprise !
Et soudain, c’est le silence.
Dès lors, plus un mots ne sortira de sa bouche, et ce, jusqu’à nouvel ordre…

Ainsi l’a décidé Indigo.
Il n’en pouvait plus de ce verbiage, véritable pugilat verbal qui insultait toutes les personnes venues d’ailleurs et toutes celles ayant un minimum d’esprit…
C’est à ce moment-là que les mots immigrés ont décidé de se révolter.
Mais qui est donc Indigo ?

Comment ne pas s’incliner devant cette histoire incroyable et loufoque. J’ai pris énormément de plaisir à sa lecture, et j’aurais tellement aimé le lire plus tôt ! Que de surprises au fur et à mesure où je tournais les pages… Ma curiosité concernant l’apport de mots étrangers dans “MA” langue, plus qu’intriguée, a été titillée et m’a donnée vraiment l’envie de me replonger, dès que possible vers l’origine d’une langue qui finalement n’est pas si « française » que ça !

Attention ! Ce n’est pas un livre à proprement parler, historique, ni linguistique.
C’est un ouvrage très plaisant, qui pourrait donner envie à de nombreux lecteurs de se poser, comme moi, des questions sur l’évolution des langues, quelles qu’elles soient… D’ailleurs, un minimum d’humour est même recommandé !
Car oui. On peut tout à fait mélanger plaisir, humour et érudition.

Un grand merci à Erik Orsenna et Bernard Cerquiglini, pour cette nouvelle porte ouverte…

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Extraits :

« Quelle catastrophe avait donc frappé notre France ? Ce soir-là, le pays était vide.
Sans prévenir, une bombe était-elle tombée, de celles qu’on appelle “à neutrons” parce qu’elles tuent les êtres humains, mais laissent debout les villes ? Une pandémie brutale nous avait-elle frappés ? Mais alors, où étaient passés les cadavres ?
Plus personne dans les champs.
Plus personne dans les rues.
Pas même une voiture de police ou un couple d’amoureux. »

« La procédure électorale était gelée pour deux semaines (en d’autres termes plus clairs, on retardait d’autant le vote).
Les jours ainsi libérés allaient permettre de rendre hommage aux vagues successives de mots immigrés qui avaient contribué à bâtir ce chef-d’œuvre qui a pour nom “langue française”. »

« Mes chères téléspectatrices, mes chers téléspectateurs, au XVIe siècle la langue française s’était joyeusement italianisée, nous l’avons vu hier ; au XVIIe, elle s’est… francisée. Comme si, après avoir avalé beaucoup de mots étrangers, il lui fallait digérer. Au lieu d’emprunter, on se préoccupa de purifier la langue. »

« – Alors pourquoi, mais pourquoi, vous, Français , ne parlez-vous plus français ? Pourquoi renoncer à vos mots ? Vous savez que vous êtes ridicules ? “L’équipe de direction, qui travaille en espace ouvert, a confié la légende de l’entreprise à un laboratoire d’idée.” C’est clair non ? Tout le monde comprend. Alors pourquoi ce galimatias : le Staff du manager, qui coworke en open space, a confié le storytelling à un think tank ? »

 

 

Erik Orsenna est l’auteur de L’Exposition coloniale (prix Goncourt 1988), de Longtemps, de Madame Bâ et de Mali, ô Mali. Il a aussi écrit des petits précis de mondialisation, dont Cochons. Voyage aux pays du Vivant (2020), et des biographies, dont La Fontaine, une école buissonnière (2017), Beaumarchais, un aventurier de la liberté (2019) et La Passion de la fraternité, Beethoven (2021). On lui doit également cinq contes célébrant la langue française dont La grammaire est une chanson douce (2001).

Linguiste et membre de l’Oulipo, Bernard Cerquiglini a exercé de nombreuses fonctions au ministère de l’Éducation nationale et au Conseil supérieur de la langue française. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, dont Le Ministre est enceinte ou la grande querelle de la féminisation des noms (Seuil, 2018) ou Un participe qui ne passe pas (Seuil, 2021).

Drame, Histoire

Les Amazones***

de Jim Fergus
Poche – 3 septembre 2020
Éditions : Pocket

Elles étaient mille femmes blanches, troquées jadis par le chef Little Wolf contre autant de chevaux. Après la bataille de Little Big Horn, quelques survivantes décident de prendre les armes contre l’État américain, accapareur de terres et massacreur d’une culture séculaire. Cette tribu fantôme d’amazones, guerrières indomptables, insoumises et rebelles, va passer dans la clandestinité pour livrer une bataille implacable, qui se poursuivra de génération en génération…

 

 

Voilà, c’est fini pour la suite et fin de cette trilogie passionnante chez les Indiens d’Amérique du Nord.

C’est triste, c’est beau et passionnant à la fois.
Alors, oui, ce tome est peut-être moins “riche” que les deux précédents, mais personnellement, l’apport de la “magie” dans ce dernier volet m’a beaucoup plu… Encore une fois, j’ai aimé voyager dans ces contrées sauvages et encore vierges de toute civilisation, avant l’arrivée de l’Homme blanc et de sa main mise sur tout !

Jon, nouveau propriétaire et rédacteur en chef de “Chitown », un magazine de Chicago, récupère de nouveaux carnets qui ont été transmis sur plusieurs générations de mères en filles, et ce, jusqu’à nos jours.
Témoignage bouleversant d’une époque révolue, où la lutte était continuelle. Les “Cœur vaillant”, mélange de femmes, blanches et d’Indiennes sont les nouvelles amazones. Des femmes guerrières qui pour le bien du Peuple, ont décidé de se faire justice, n’hésitant pas à tuer pour se venger si nécessaire… à travers les générations…

Jim Fergus clôt sa trilogie.
Il a rendu un superbe hommage à la culture et au mode de vie des Indiens d’Amérique et surtout à toutes ces femmes conquérantes et libres…
May, Molly, Phemie et toutes les autres, allez me manquer.
Mais je sais qu’elles ne sont pas loin.
Elles sont là, elles veillent sur leurs descendants, de leur “monde”, où elles vivent désormais à jamais en paix…

Une magnifique trilogie !

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Extraits :

« – J’aimerais connaître la fin de l’histoire pour la publier intégralement.
Je crains que cela ne soit pas possible, Jon, pour l’instant.
Pourquoi ?
Parce que la suite contient des secrets tribaux, qui sont sacrés, et parce que vous être blanc. Chaque fois que les vôtres ont touché une chose qui nous appartenait, ils l’ont volée ou détruite, alors nous devons protéger ce qui reste. »

« Jadis, bien sûr, les tribus avaient toutes différents noms pour s’appeler elles-mêmes et entre elles – des noms qui ont évolué au fil du temps. Nous autres Cheyennes étions des Tsistsistas, ce qui, dans notre langue, signifie les humains, à distinguer des ours, des bisons, des oiseaux, des poissons, des chevaux, etc. Un nom humble et sans prétention qui sous-entend que nous faisons partie du monde animal, sans pour autant nous estimer meilleurs ni supérieurs – juste différents. »

« Toutes les religions semblent être organisées au bénéfice du sexe masculin, avec pour conséquence que les femmes sont reléguées au second plan : elles accouchent, élèvent les enfants, s’occupent des corvées. Voilà pourquoi je me méfie des religions, celles des Indiens y compris. En outre, ai-je fait remarquer à l’aumônier, aussi chrétien et admirable soit le refus de la violence dont il est partisan, cette attitude s’accorde mal aux réalités de notre existence ici. »

« Ton peuple a massacré les bisons des plaines. Nous entions réduits à manger nos chevaux et le bœuf que l’État expédiait dans les réserves. Bien souvent de la viande pourrie, d’ailleurs. C’est à cette époque que nous avons commencé à tomber malades, physiquement et mentalement. Nous avions coexisté avec les bisons pendant plus d’un millénaire. Nous dépendions d’eux pour tout, c’était un véritable mode de vie. Nous les considérions comme nos frères. Pas seulement des frères : nos frères. Ils faisaient partie de la famille. »

 

 

Né à Chicago en 1950, d’une mère française (aristocrate originaire de Bourgogne) et d’un père américain, Jim Fergus est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Passionné par l’histoire des Indiens d’Amérique, il avait depuis toujours le projet d’écrire une biographie de Little Wolf. Afin de trouver matière à son livre, il s’est beaucoup documenté et a sillonné le Middle West, de l’Oklahoma au Montana, seul pendant plusieurs mois, sur les pistes des Cheyennes. À partir d’un fait authentique, Jim Fergus a imaginé le journal d’une des femmes qui ont été données en mariage aux Indiens en 1875. Mille femmes blanches (2000), qui est son premier roman, a obtenu le prix du premier roman étranger.

Mille femmes blanches – Tome 1
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/29/mille-femmes-blanches/

La vengeance des mères – Tome 2
https://leressentidejeanpaul.com/2022/08/03/la-vengeance-des-meres/

Émotion, Drame, Histoire

La vengeance des mères**

de Jim Fergus
Poche – 21 septembre 2017
Éditions : Pocket

 

En dépit de tous les traités, la tribu du chef cheyenne Little Wolf, qui avait échangé mille chevaux contre mille femmes blanches pour les marier à ses guerriers, ne tarde pas à être exterminée par l’armée américaine. Quelques femmes blanches seulement échappent à ce massacre. Parmi elles, deux sœurs, Margaret et Susan Kelly. Prêtes à tout pour venger la mort de leurs enfants, elles décident de prendre le parti du peuple indien et vont se lancer à corps perdu dans une lutte désespérée pour leur survie…

“Jim Fergus compose une épopée grandiose mais surtout émouvante et charnelle à travers ces sacrées héroïnes, courageuses et magiciennes.”
LiRE

“Deux voix, mais une seule écriture, légère, énergique, à la fois enjouée et grave, et de sublimes portraits de femmes. On a bien fait de patienter.”
L’Expres

 

 

Ayant été entraîné par le magnifique premier volet, j’ai enchaîné de suite avec le second.

Dès le début, malgré une narration différente et une traduction un peu moins convaincante peut-être, l’histoire m’a quand même vraiment emporté.
J’ai retrouvé avec plaisir certains personnages “racés” qui avaient fait vivre le récit, malgré le final “apocalyptique” dans le village de Little Wolf, à la fin du premier volet, où l’auteur, nous avait malheureusement volé beaucoup trop tôt, des personnages qui méritaient une plus longue vie !

“La vengeance des mères” est un enchaînement à deux voix, d’extraits de journaux “intimes”, écrit par Molly et Margaret qui s’alternent à chaque chapitre.
On suit ainsi la misère de ces pauvres hères… Indiens, Indiennes, femmes blanches qui ont, au final tous perdu quelque chose…
Elles doivent se reconstruire. Volontaires, attendrissantes et courageuses… nous apprenons à mieux les connaître en entrant un peu plus dans leur intimité. Certaines mêmes iront jusqu’à se dévoiler aux autres…
Les sœurs Kelly, jumelles irlandaises, sont claires.
Elles ont décidé de se venger, en tuant un maximum de soldats américains !

Rejoint très vite par de nouveaux arrivants, qui ont eux-mêmes leur groupe de femmes blanches “volontaires”… ils vont ensemble, essayer de survivre à l’extermination des tribus indiennes qui se rapproche doucement, inexorablement.
C’est alors que les sœurs Kelly aidées d’autres survivantes décident de créer leur “propre armée”, en acceptant et en entraînant toutes celles qui seraient volontaires, afin de les aider dans leur vengeance…

Récit aussi dur, aussi envoûtant que le tome 1.
Impossible de ne pas poursuivre ses sublimes portraits de femmes, directement avec le 3e et dernier tome, “Les amazones” !!!

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Extraits :

« Cette fois, tout est vraiment fini. Dès les premières lueurs du jour, telle la main vengeresse du Tout-Puissant, les soldats ont fondu sur nous. J’ai reçu un coup de feu, j’ai peur de mourir vite, le village est détruit, incendié, le peuple nu est part se réfugier en courant dans les collines et se tapir sur la roche comme des animaux. Je ne sais où sont la plupart d’entre nous, certaines sont mortes, d’autres encore vivantes. Je me suis réfugiée dans une petite grotte avec Feather on Head, Quiet One et Martha. Nous sommes blotties les unes contre les autres avec nos enfants, tandis que le village brûle en contrebas, semblable à un immense bûcher funéraire. »

« Les Cheyennes croient que tout ce qui s’est passé quelque part continue d’exister dans la terre… depuis les premiers cris des bébés qui ont ouvert les yeux jusqu’aux derniers chants de mort des mourants… Toutes les joies et les peines de la vie et de la mort, tout le sang versé dans le sol pendant des générations, la terre est imprégnée de la longue histoire du Peuple. »

« Seano, ça veut dire le pays du bonheur, et pour y aller, les esprits doivent suivre la Voie Lactée, que les sauvages appelle la route suspendue dans le ciel. Là-bas, le Peuple recommence à vivre comme ici sur terre, avec ceux qui sont partis avant. À Seano, ils chassent, ils jouent, ils dansent, ils tiennent leurs cérémonies, ils font des repas et des fêtes comme ici. »

« Inévitablement, la tribu compte des hommes moins doués, moins courageux, ou qui ont simplement moins de chance et mènent avec leur famille une existence plus modeste. C’est un modèle de société finalement pas si différent du nôtre. Il est simplement beaucoup plus primitif.
Cependant, les plus riches prennent soin des moins favorisés. Ils accueillent ou soutiennent les familles des guerriers morts au combat, entretiennent des vieillards et les infirmes. »

 

 

Né à Chicago en 1950, d’une mère française (aristocrate originaire de Bourgogne) et d’un père américain, Jim Fergus est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Passionné par l’histoire des Indiens d’Amérique, il avait depuis toujours le projet d’écrire une biographie de Little Wolf. Afin de trouver matière à son livre, il s’est beaucoup documenté et a sillonné le Middle West, de l’Oklahoma au Montana, seul pendant plusieurs mois, sur les pistes des Cheyennes. À partir d’un fait authentique, Jim Fergus a imaginé le journal d’une des femmes qui ont été données en mariage aux Indiens en 1875. Mille femmes blanches (2000), qui est son premier roman, a obtenu le prix du premier roman étranger.

Mille femmes blanches – Tome 1
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/29/mille-femmes-blanches/

Émotion, Drame, Histoire

Mille femmes blanches*

de Jim Fergus
Poche – 5 mai 2011
Éditions : Pocket

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En 1874, à Washington, le président Grant accepte la proposition incroyable du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l’intégration du peuple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart viennent en réalité des pénitenciers et des asiles… L’une d’elles, May Dodd, apprend sa nouvelle vie de squaw et les rites des Indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l’alcool. Aux côtés de femmes de toutes origines, elle assiste à l’agonie de son peuple d’adoption…

“Un roman splendide, puissant et engagé.”  Jim Harrison

Cet ouvrage a reçu le prix du Premier roman étranger

 

• Couv_065_Fergus Jim - Mille femmes blanches

 

Cela fait plusieurs années que je désirais lire ce roman…

J’ai une habitude étrange… bonne, mauvaise ?
Lorsque je vais chez des gens, mon regard est régulièrement attiré par des livres quand il y en a, ou mieux vers “la” bibliothèque…
Il y a quelques années, que le temps passe vite, nous sommes allés chez des amis, Bruno et Valérie et dans leur bibliothèque, j’ai rapidement vu la trilogie de Jim Fergus. Je l’ai acheté beaucoup plus tard !
Pourquoi avoir tant attendu ? Et pourquoi avoir encore attendu avant de le lire ?

Ce n’était peut-être pas le bon moment !

En-tout-cas ce premier tome m’a bouleversé.
À la fin de son roman Jim indique : “Ce livre est une œuvre de fiction. Plusieurs événements historiques y trouvent certes leur place, mais ils s’insèrent dans un cadre fictif…”

Mais nous savons tous que ce livre basé sur des faits réels, romancés certes, mais réels quand même !
Ce n’étaient pas les mêmes prairies, les hommes et les femmes portaient sûrement d’autres noms et les tipis dans les villages n’étaient pas organisés de la même façon, mais on ne pourra pas m’enlever le fait que pour moi, c’est une histoire “vraie”.

Les Indiens d’Amérique, encore de grands “oubliés” de l’Histoire.

Dès les premières lignes, j’ai tout de suite été embarqué dans ce monde si différent et tellement proche à la fois…
Le style, fluide. L’histoire, incroyable ! Les paysages, on s’y croirait. Et les personnages… Attachants, de toutes origines, bons, ou détestables.
Quelle aventure pour ces femmes qui ont vu leur destin basculer du jour au lendemain…
Comment ne pas s’immerger totalement dans un monde où respect de l’autre et de la nature compte plus que tout. Où la pédophilie est inconnue.
Où on ne tue que pour manger et se défendre bien sûr, mais jamais pour attaquer. Alors tout n’est pas rose non plus, mais une logique est inscrite dans la vie les Cheyennes, à chacun des actes qu’ils réalisent. Ils pensent groupe. Jamais individu.

May Dodd décrit quasi au jour le jour, sa vie. Les “épreuves” qu’elle subit ou maîtrise dans son quotidien de sa tribu d’accueil. Aucun temps mort, il y a toujours quelque chose qui se passe, triste, drôle, violent, émouvant… C’est “Le livre” du genre que j’attendais depuis un moment. En effet, on a rarement le point de vue féminin dans ce type de roman… et ça change tout. Ce n’est ni la guerre, ni la politique (même si elles sont présentes) qui sont le centre du récit. Ce qui intéresse l’auteur et il nous le rend bien, c’est LA VIE !
Une vie que l’on pourrait résumer en quatre mots. Adaptation, respect, courage et amour… quel qu’il soit.

Je n’en dis pas plus… La fin est excellente !
Vous vous en douterez, j’ai déjà commencé le second volet.
Gros coup de cœur pour cette magnifique introduction de la trilogie qui m’a réchauffé le cœur.

À lire absolument !

Je signale, par ailleurs, qu’un pourcentage est perçu sur les ventes de chacun des tome, au profit d’une école indienne au Montana.
Ça aussi, c’est beau !

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Extraits :

« Je n’ai aucune honte à admettre que j’ai toujours été une femme passionnée, sujette à de vifs désirs charnels. Je ne les renie pas. J’ai été pubère assez tôt et j’ai toujours intimidé les jeunes hommes inhibés du cercle social étriqué que fréquentait ma famille. »

« Quelle étrange procession devions-nous former, chevauchant ainsi en longue file paresseuse, forte d’une centaine de personnes, Indiens et femmes. Notre cheminement paraissait sinueux, indiscipliné, après la rectitude militaire de nos récents convois. S’il nous regardait d’en haut, Dieu pouvait aisément nous comparer à une colonie de fourmis, progressant à travers les collines, gravissant les forêts de sapins pour redescendre ensuite près du lit des rivières et de l’abondante végétation qui les borde. »

« Il n’y a pas de mauvais enfants, n’est-ce pas ? Tous ne sont finalement que des enfants – qu’importe la race ou la culture qui les accueille – ils appartiennent avant tout à la leur. Pour cette raison, je suis impatiente d’apprendre la langue, difficile peut-être, qui est la mienne à ces petits lutins sauvages. Comme j’aime les regarder ! »

« Ce soir, la lune est cachée, le vent a repassé les nuages et la voûte céleste brille au-dessus de moi. Je regarde accroupie, les milliards d’étoiles et de planètes et, curieusement, ma propre insignifiance ne me fait plus peur comme autrefois. Elle me paraît au contraire rassurante, puisque j’ai maintenant le sentiment d’être également un élément, si minuscule soit-il, de l’univers complet et parfait… Quand je mourrai, le vent soufflera toujours et les étoiles continueront de scintiller, car la place que j’occupe sur cette terre est aussi éphémère que mes eaux, absorbées par le sol sablonneux ou aussitôt évaporées par le vent constant de la prairie… »

 

 

Né à Chicago en 1950, d’une mère française (aristocrate originaire de Bourgogne) et d’un père américain, Jim Fergus est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Passionné par l’histoire des Indiens d’Amérique, il avait depuis toujours le projet d’écrire une biographie de Little Wolf. Afin de trouver matière à son livre, il s’est beaucoup documenté et a sillonné le Middle West, de l’Oklahoma au Montana, seul pendant plusieurs mois, sur les pistes des Cheyennes. À partir d’un fait authentique, Jim Fergus a imaginé le journal d’une des femmes qui ont été données en mariage aux Indiens en 1875. “Mille femmes blanches” (2000), qui est son premier roman, a obtenu le prix du premier roman étranger.

Drame, Histoire vraie

La Confrérie des moines volants

de Metin Arditi
Poche – 11 septembre 2014
Éditions : Points

Dans un cimetière abandonné, Nikodime creuse une cache pour y enfouir les richesses de l’Église russe. Rescapé des massacres de religieux commis par Staline en 1937, l’inflexible ermite, hanté par un obscur péché de jeunesse, a formé la confrérie des moines volants. Douze hommes qui éprouvent leur foi lors de périlleuses missions de sauvetage des plus beaux trésors de l’art sacré orthodoxe.

« Metin Arditi nous raconte avec talent l’histoire de cette troupe disparate de religieux errants et les tribulations des œuvres d’art qu’ils essayèrent de sauver au péril de leur vie. »

Le Figaro Magazine

 

 

1937. La Russie de Staline.
Nous sommes au temps des purges et de l’excommunication de l’Église. Le régime totalitaire soviétique est inflexible. Exécutions, assassinats de prêtres et de moines et pillages d’églises n’auront de cesse pendant plusieurs années…

Le récit que nous propose l’auteur est authentique. C’est l’histoire de Nikodime Kirilenko, un moine fanatique, un fou de Dieu, un ermite vivant au monastère de Saint-Eustache qui décida d’entrer en résistance contre le Pouvoir et l’Oppression, à l’aide d’une poignée de moines, des hommes de foi avec leurs failles et leurs faiblesses, “La Confrérie des moines volants”. Vivants cachés en pleine forêt, ils vont se donner une mission, celle de préserver les trésors de l’Église orthodoxe au péril de leur vie. Icônes, art sacré et autres objets précieux. Ils vont les “dérober”, et les cacher dans la forêt, avant que les militaires ne détruisent les lieux sacrés.

Nikodime a un passé trouble. Il est constamment en conflit avec lui-même, cherche systématiquement le pardon de Dieu et essaie en vain de résister aux charmes de la jeune et belle Irina…
Malgré tout, il reste quelqu’un d’entier qui va oser s’opposer au pouvoir de l’État.

Dans la seconde partie du récit, nous nous retrouvons en 2000, en compagnie des descendants de Nikodime… Transition un peu rapide pour moi, je m’attendais à retours vers le passé… et non… Dommage, j’aurais aimé en savoir un peu plus sur la vie de Nikodime Kirilenko et de ce qu’il est devenu.

J’ai découvert une partie de l’histoire soviétique assez méconnue dans une Russie pleine d’ambivalences !
Un très bon roman qui parle de transmission, de patrimoine, des exactions d’un communisme sauvage et d’Histoire avec une écriture rythmée, agréable, qui m’a émue à certains moments.

C’est mon second roman de Netin et j’ai retrouvé le plaisir de ma première lecture !
Un bel ouvrage pour les passionnés d’Histoire…

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Extraits :

« Entre 1918 et 1938, le régime soviétique a détruit, pillé, ou vendu à l’étranger tout ou presque de ce que l’Église russe comptait comme trésors.
Plus de mille monastères furent fermés. Beaucoup, tel celui de Saint-Eustache, situé au bord du lac Ladoga, se virent mis à sac, vidés de leurs occupants et transformés en goulags. Des Églises furent saccagées par dizaines de milliers. Et les milices du NKVD exécutèrent plus de deux cent mille prêtres, moines et moniales.»

« – Ils sont tous morts !
Nikolaï, l’un des novices du monastère, tremblait tant qu’il pouvait. Son frère Serghey le regardait tremblant lui aussi, l’air perdu.
– Qui est mort ?
La voix caverneuse de Nikodime acheva de pétrifier les deux garçons. Déjà qu’ils n’arrivaient pas à retrouver leur souffle… C’était la première fois qu’ils se rendaient chez lui, et bien sûr, ils s’étaient égarés. »

« Chaque jour après les matines, ils partaient à la recherche d’une forêt sans église ni monastère, un lieu où les miliciens auraient eu peu de raisons de s’aventurer. Ils s’installaient sous un mélèze à larges branches et, durant toute la journée, priaient ou disaient la liturgie. Tard dans la nuit, Nikodime se couchait dans son cercueil, les deux garçons s’étendaient à ses côtés, et ils attendaient tous trois que les heures s’écoulent, emportés dans le sommeil par petits bouts. »

« Mais le souvenir de la jeune fille ne le lâchait pas. Il essayait d’imaginer ses seins, lourds sur un torse maigre, ses jambes fines, le duvet de son sexe…
Il chercha à quitter son obsession en repensant au Christ gravissant le Calvaire, mais ce fut peine perdue, et une honte nouvelle l’envahit, immense, d’avoir voulu penser au Sauveur pour se sortir de sa fange.
Maintenant, il se voyait devant Irina, d’abord vêtu de sa robe de moine, puis nu, le sexe tendu. Elle le fixait du même regard calme qu’elle avait eu pour lui lorsqu’ils étaient face à face, et il se demanda comment elle allait l’accueillir dans son corps lorsqu’il la pénétrerait. »

 

Écrivain francophone d’origine turque, Metin Arditi a quitté la Turquie à l’âge de sept ans, et a obtenu la nationalité suisse en 1968. Après onze années passées dans un internat suisse à Lausanne, il étudie à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, où il obtient un diplôme en physique et un diplôme de troisième cycle en génie atomique.
Il est l’auteur de nombreux essais et romans. Il s’est vu maintes fois récompensé, notamment pour son roman “Le Turquetto”, lauréat des prix Jean-Giono et Page des Libraires.

Sciences

Les robots émotionnels

Santé, surveillance, sexualité… et l’éthique dans tout ça ?
de Laurence Devillers
Relié – Livre grand format, 11 mars 2020
Éditions : L’Observatoire

Il faut nous y préparer : demain, robots, agents conversationnels (chatbots) et autres poupées humanoïdes vont détecter nos émotions avec de plus en plus d’acuité. Si nous sommes malheureux, ils nous remonteront le moral ; si nous sommes seuls, en difficulté, ils se feront aidants. Ces “amis artificiels” vont prendre une place grandissante dans la société. Or ils n’ont ni émotions ni sentiments, ni hormones de désir et de plaisir, ni intentions propres. À l’instar de l’avion qui ne bat pas des ailes comme un oiseau pour voler, nous construisons des machines capables d’imiter sans ressentir, de parler sans comprendre et de raisonner sans conscience. Si leur rôle peut être extrêmement positif, notamment dans le domaine de la santé, les risques de manipulation sont par ailleurs réels : dépendance affective, isolement, perte de liberté, amplifi­cation des stéréotypes (80 % de ces artefacts ont des voix, des noms – Alexa, Sofia – et des corps de femmes, qui en font des assistantes serviles ou des robots sexuels)… Seront-ils un prolongement de nous-mêmes ? Jusqu’où irons-nous pour programmer une émergence de conscience artificielle ? Et l’éthique dans tout ça ? Mêlant technologie, philosophie et neurosciences, Laurence Devillers pose les questions centrales de responsabilité sur l’application de ces robots “émotionnels” au sein de la société et les enjeux qu’ils représentent pour notre dignité humaine.

 

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Autant les mathématiques m’ont toujours plu, autant leurs utilisations dans le futur (pas si futur d’ailleurs…), m’inquiète un peu !

Avec “Les robots émotionnels”, un livre qui traite de l’intelligence artificielle et bien d’autres choses, Laurence Devillers nous donne un aperçu exhaustif de notre mode de vie de demain, et nous projette dans le futur.

Pour la plupart, nous utilisons déjà les “IA” sans le savoir, sans même s’en rendre compte, et à ce niveau, je pense qu’il aurait fallu et qu’il faudrait maintenant qu’il y ai plus de communication dans ce sens, pour éviter un affolement qui pourrait être général, quand tous les gens connaîtront réellement l’avancée de tous les programmes qui tendent à “imposer” la “machine” dans notre monde.

Laurence alors, nous donne certaines clés pour anticiper et comprendre les interactions possibles entre nous et les robots et aussi les impacts qu’ils auront sur nos vies.
Son livre a pour but de démystifier tout ça, mais il soulève tout de même de nombreuses questions. Je l’ai lu à mon rythme. En parallèle, je me renseignais sur toutes les applications et théories que l’auteure développe. Elle tend à nous rassurer, mais c’est l’utilisation que “l’Homme” en fera, qui déterminera si oui ou non, nous irons vers des avancées ou vers des menaces. Les chatbots, ou assistants vocaux, sont-ils uniquement actifs sur notre demande, lorsque nous faisons appel à eux, ou sont-ils sur une écoute constante afin que nos “amis” du GAFAMI(NATU…) puissent nous faire tout type de propositions, même celles dont nous n’avons pas besoin ?
Je vous laisse méditer sur cette question… Euh ! Du moins sur la réponse…

Le livre est très intéressant. Oui, il m’a interpellé, il m’a fait voir les choses sur des angles différents, voire des angles nouveaux. L“AI” et les robots “émotionnels” ou pas, ceux qui “travailleront” pour les militaires, ceux qui s’occuperont de nos aînés, de nos enfants aussi sûrement, qui passeront l’aspirateur, qui tondront le gazon, les robots sexuels… font déjà et feront partie de notre quotidien. Reste à espérer que toutes ces applications et ceux qui les dirigent resterons éthiques !

À lire, même si mon p’tit cerveau a été un peu bousculé…

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Extraits :

« Pourquoi cherche-t-on à construire des chatbots (agents conversationnels) ou des robots émotionnels ? Pendant longtemps, philosophes et scientifiques ont opposé raison et émotion. Aujourd’hui, l’évolution des connaissances scientifiques, grâce aux neurosciences, montre que les émotions sont nécessaires au fonctionnement cognitif, à la mémorisation, à l’apprentissage et à l’interaction. Les dimensions affectives et sociales que l’on pouvait penser propres à l’humain envahissent les machines pour mieux simuler des capacités humaines et permettre une interaction plus naturelle mais aussi pour mieux capter notre attention. C’est en tous cas le défi de Google Home ou d’Alexa Amazon. Grâce à nos données personnelles, la machine va comprendre nos comportements affectifs les plus intimes et savoir s’adapter à nous. L’empathie, par exemple, un des piliers des relations et rapports humains, n’est peut-être plus notre apanage. »

« Apprendrons-nous à être prudent, participatifs scientifiques et philosophes ? Le XXIe siècle promet d’être riche en découvertes scientifiques sur les lois de la nature et le mystère de la vie. L’IA est un outil précieux pour faire avancer la médecine, l’écologie et globalement tous nos échanges dans la société. Nous allons comprendre de mieux en mieux ce que nous sommes et comment nous nous adapterons. Nous assisterons peut-être à la symbiose de la biologie avec l’informatique avec l’arrivée de machines hybrides, des bio-robots capable d’apprendre, des organismes artificiels capable de se différencier, selon leur histoire, de leur modèle standard, sorti de l’usine. Auront-elles réellement des émotions et une conscience d’elles-mêmes ? De quelle sorte ? »

« D’après l’idéologie transhumante dont Ray Kurweil, chercheur au MIT, auteur controversé et conseiller entre autre de Google, est le principal théoricien, la singularité technologique prédit une transformation profonde et radicale des sociétés humaines grâce au développement de l’intelligence artificielle. Ray Kurweil nous promet par exemple pour 2037 des machines qui ressentiront des émotions et auront le sens de l’humour. »

 

 

Laurence Devillers est professeur en intelligence artificielle à Sorbonne-Université et chercheur au LIMSI-CNRS. Elle obtient sa thèse en 1992 sur les réseaux de neurones appliqués à la reconnaissance de la parole, puis elle obtient une habilitation à diriger des recherches (HDR) en 2006 sur le traitement automatique des émotions sur machine. Elle a publié plus de 150 articles dans des revues, livres et conférences spécialisées (h-index: 38).

Elle est membre du CNPEN (Comité National Pilote Ethique du Numérique) qui dépend du premier ministre. Elle est en charge du rapport sur les agents conversationnels. Elle a participé à la rédaction du rapport sur l’éthique du chercheur en robotique et a dirigé celui sur l’éthique en apprentissage machine. Elle est impliquée dans “the IEEE Global Initiative for Ethical Considerations in the Design of Autonomous Systems” (depuis 2016), chairman de 2018-20 : working group P7008: Standard for Ethically Driven Nudging for Robotic, Intelligent and Autonomous Systems. Elle est également membre du GPAI : Gloabl Partnership on AI sur le Futur du travail.

En 2017, elle a écrit un premier essai sur “Des robots et des hommes : mythes, fantasmes et réalité”, Editeur Plon.

En 2020, elle a écrit un deuxième essai sur “Des robots émotionnels: et l’éthique dans tout cela ?”, Editions de L’Observatoire

Émotion, Philosophique

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler

de Luis Sepulveda
Poche – 22 janvier 2021
Éditions : Métailié

Zorbas le chat a promis à la mouette qui est venue mourir sur son balcon de couver son dernier œuf, de protéger le poussin et de lui apprendre à voler. À travers leurs aventures, on découvre la solidarité, la tendresse, la nature et la poésie.

 

 

En voilà un joli conte rempli de tendresse, de tolérance et beaucoup de courage !

Cela faisait plusieurs années que je voulais lire du “Sepulveda” !
Beaucoup de gens m’en parlaient, toujours en bien, je vois maintenant pourquoi.

C’est un conte qui peut s’adresser aux grands comme aux petits. C’est drôle, vivant et très actuel. Les personnages à ma grande surprise sont très réalistes, dit celui qui a cinq chats à la maison !!!
C’est un récit qui parle avant tout d’amitié et de tolérance. Zorbas, un bon gros chat noir se prélassait au soleil en ronronnant. Soudain surgissant de nulle part, une mouette engluée de pétrole fonce sur lui à grande vitesse. Il a juste le temps de s’esquiver quand elle s’écrase là où il se trouvait quelques secondes plus tôt ! Il s’approche du volatile et cherche tout de suite à le relever.
Se sentant mourir, la mouette fait jurer à Zorbas, de s’occuper de l’œuf qu’elle va pondre, de s’en occuper jusqu’à la naissance du poussin, puis de lui apprendre à voler…

Luis Sepulveda développe dans son récit une belle notion d’entraide, et il le fait très bien !
Je n’ai pu m’empêcher de vivre plusieurs rôles à la fois. Et qu’aurais-je fait à sa place ? Et pourquoi pas ci, et pourquoi pas ça ?
Il est aussi question de pollution, d’environnement, de compassion pour les plus faibles et d’acceptation des différences.
Le talent et la sensibilité de l’auteur, par les images qu’il nous envoie, nous transmettent une vérité plus simple à comprendre pour les enfants, plus abordable psychologiquement, sans éviter les sujets graves et importants permettant ainsi d’éveiller la conscience écologique au plus tôt.
Luis est un magicien, les chats miaulent plusieurs langues, les singes et les chats se comprennent, les mouettes et les chats aussi. Luis, m’a fait retourner en enfance durant ma lecture.

L’amitié
La transmission
La bienveillance
Mais c’est bien sûr, beaucoup plus que cela !

Une très belle histoire…

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Extraits :

« – J’ai beaucoup de peine de te laisser tout seul, dit l’enfant en caressant le dos du chat grand noir et gros.
…/…
Le chat grand noir et gros le regardait avec attention, assis sur le bord de la fenêtre, son endroit préféré.

J’ai pris mes lunettes pour nager ? Zorbas, t’as pas vu mes lunettes ? Non, tu ne les connais pas, toi, tu n’aimes pas l’eau. Tu ne sais pas ce que tu perds. La natation est un des sports les plus amusants. Des croquettes ? proposa l’enfant en prenant une boîte de croquettes pour chat. »

« – Maman ! Maman ! cria le poussin qui avait quitté son œuf.
Il était blanc comme du lait et des plumes minces, clairsemées et courtes couvraient à moitié son corps. Il essaya de faire quelques pas et s’écroula contre le ventre de Zorbas
.
Maman ! J’ai faim ! piailla-t-il en lui picorant la peau.
Qu’est-ce qu’il allait lui donner à manger ? Jesaitout n’avait rien miaulé à ce sujet. Il savait que les mouettes se nourrissaient de poissons, mais d’où est-ce que, lui, il allait sortir un morceau de poisson ? Zorbas courut à la cuisine et revint en faisant rouler une pomme. »

« Les humains sont imprévisibles ! Souvent, avec les meilleures intentions du monde, ils causent les pires malheurs, déclara Colonello.
C’est bien vrai. Prenons Harry, par exemple, c’est un brave homme, il a bon cœur, mais, comme il a une grande affection pour le chimpanzé et qu’il sait qu’il aime la bière, chaque fois que le singe a soif, il lui en donne une bouteille. Ce pauvre Matias est un alcoolique qui a perdu toute honte, et quand il se soûle, il se met à glapir des chansons terribles. Terribles ! miaula Jesaitout. »

 

 

Luis Sepulveda (1949-2020) est l’auteur, entre autres, du “Vieux qui lisait des romans d’amour”, de “Histoire du chat et de la souris qui devinrent amis” et de “Histoire d’une baleine blanche”. Ses livres sont traduits dans 50 pays.

 

Mathématiques

Le théorème du parapluie

Ou l’art d’observer le monde dans le bon sens
de Mickaël Launay
Poche – Illustré, 13 janvier 2021
Éditions : J’ai lu

Savez-vous que certains fleuves coulent de bas en haut ? Que la Lune tourne en ligne droite ? Qu’en lisant ces quelques lignes vous voyagez à la vitesse de 300000 kilomètres par seconde ? Ces affirmations peuvent vous sembler absurdes, et pourtant elles sont vraies ! Notre perception du monde est parfois trompeuse. Il ne s’agit pas toujours d’être plus intelligent pour répondre aux grandes questions : il faut avant tout être astucieux. Un simple changement de point de vue suffit souvent à éclairer les phénomènes les plus complexes. Les mathématiques nous offrent un outil puissant pour comprendre les rouages de l’Univers. Elles nous apprennent à penser plus large pour comprendre plus loin. C’est ce que nous montre ici Mickaël Launay, dans un voyage passionnant qui commence dans les allées des supermarchés et s’achève dans les profondeurs vertigineuses des trous noirs. Ah, et il reste une dernière question : quel est le rapport entre tout cela et un parapluie ?

 

 

Les mathématiques m’ont toujours intéressé.
Savoir que certains calculs définis par nos ancêtres sont “définitivement” ancrés dans notre quotidien… Cela permet d’avoir une base “certaine” !
Une voisine et amie, nous a prêté ce livre il y a quelque temps…

Je l’ai pris dans mes mains en ce début de week-end et j’ai été d’un seul coup happé par l’auteur que je ne connaissais pas quelques minutes plus tôt.
Mickaël Launay a un don !
Celui de vulgariser les mathématiques. À l’aide de petites illustration et de beaucoup d’humour, il nous ouvre la porte vers des univers que je ne soupçonnais même pas. C’est clair. C’est concis. Du coup, la lecture est très agréable !
Et, je me suis rendu compte que certaines notions, que je croyais figées, ne le sont pas du tout !

Qu’est-ce que le théorème du parapluie ?
Dans ce cas précis, c’est un voyage incroyable, dans les supermarchés, dans l’histoire et la géographie, mais aussi vers des horizons indéfinis et inquantifiables…
Ici, “Vers l’infini et au-delà”, prend tout son sens.

Passionnant, accessible à tous et amusant, je n’ai pas arrêté de faire des calculs, d’être surpris ! De revenir en arrière sans en croire mes yeux…
Mais pourquoi n’enseigne-t-on pas les mathématiques comme Mickaël nous les explique ?
Des choses que je n’avais jamais comprises deviennent soudain évidentes.

E=mc2
E, est égal à l’énergie.
m, est la masse d’un corps
c, représente la vitesse de la lumière dans le vide (ici, au carré).
Ce qui signifie “tout simplement” que dans certains cas, une masse m peut se transformer en énergie E. Casser un atome, quel qu’il soit, dégage infiniment plus d’énergie que briser des liaisons électroniques. La production d’énergie nucléaire est basée sur ce principe.

Du moins, c’est ce que j’ai compris !!!

Dans tous les cas, je me suis éclaté de découvertes en découverte, en partant de problèmes arithmétiques pour arriver vers des notions d’espace-temps et de relativité.
Chaque page donne une “assise” à la suivante… et ainsi de suite.
Le “La loi de Benford” !
C’est fou… Il est tout autour de nous et je n’en avais jamais entendu parler !

Certaines pages donnent carrément le vertige.
Aviez-vous déjà feuilleté un livre avec des pages 177,3 / 177,4 / 177,5…

Si vous êtes curieux, joueur, avec un petit faible pour les maths, c’est le moment de vous y remettre !
J’ai eu l’impression de redevenir un adolescent pendant quelques heures…
C’est ça aussi la relativité !

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Extraits :

« La loi de Benford
Les voyages en mathématiques commencent parfois dans les endroits les plus anodins.
Pour notre départ, je vous propose de nous retrouver au supermarché du coin. Vous en avez un pas loin de chez vous. Celui dans lequel vous avez vos habitudes fera l’affaire. Que ce soit un gigantesque centre commercial ou une supérette de village, peu importe ; pourvu qu’on y trouve raisonnablement de variétés des produits élémentaires dont on a besoin au quotidien. »

« Je me souviens d’une petite phrase anodine prononcée par une amie mathématicienne avec laquelle je travaillais régulièrement il y a quelques années. Alors que nous étions sur le point de nous quitter, nous avions décidé de nous revoir deux semaines plus tard, au même jour et à la même heure. Lorsqu’elle sortit son agenda pour noter le rendez-vous, je l’entendis marmonner, plus pour elle-même que pour moi : “nous sommes le 20 avril, donc dans quatorze jours on sera le 34, ce qui fait 34 – 30, le 4 mai.»

« Le 14 septembre 2007, Jeremy Harper, un États-unien de 31 ans vivant dans l’Alabama, fit son entrée dans le livre Guinness des Records en devenant le premier humain à compter jusqu’à un million. Sa performance, diffusée en direct sur Internet, avait débuté le 18 juin précédent. Pendant quatre-vingt-neuf jours, Harper, enfermé chez lui, tournant en rond dans les quelques mètres carrées de son salon, avait récité inlassablement, presque en chantant, la longue litanie des nombres entiers. »

 

 

Mickaël Launay est mathématicien. Après des études à l’École Normale Supérieure, rue d’Ulm en 2005, il obtient une thèse en probabilités en 2012. Il s’est spécialisé dans la vulgarisation scientifique. Depuis plus de quinze ans, Il participe à de nombreuses actions de diffusion des mathématiques pour les enfants et le grand public. En 2013, il crée la chaîne de vulgarisation “Micmaths” (440 000 abonnés) sur YouTube. Son Grand roman des maths (Flammarion, 2016) a obtenu de nombreux prix et a été traduit en 15 langues. En 2019, il publie Le théorème du parapluie chez Flammarion.