Émotion, Drame, Noir, Polar, Suspense

La joggeuse

Une enquête de Lola Duval
de Chris Loseus
Broché – 22 août 2023
Éditeur : Autoédition

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Deux meurtres le même jour à 1200 km de distance. L’un à Nice, l’autre au Mont-Saint-Michel. Deux joggeuses portant des stigmates identiques à ceux retrouvés sur une première victime trois ans plus tôt.
Qui est la prochaine victime ?
Qui est l’assassin ?
Lola dispose de quatre jours pour déjouer un plan machiavélique.

 

• Couv_2023-098_Loseus Chris - LA JOGGEUSE

 

Lola Duval, jeune maman et capitaine de police, s’apprête à fêter son dixième anniversaire de mariage. Malheureusement, sa soirée va être complètement bouleversée par une sonnerie de téléphone. Un appel de son supérieur, qui lui somme de le rejoindre sur le lieu d’un nouveau crime en forêt près de Nice. Le cadavre d’une joggeuse qui les ramène étrangement vers une enquête non élucidée datant de trois ans. Quelques heures plus tard, elle apprend qu’un crime absolument identique a eu lieu à quelques heures d’intervalle. C’est encore une joggeuse, à plus de mille deux cents kilomètres du premier meurtre, en Bretagne, avec les mêmes signatures très particulières… Le meurtrier se permet même de contacter la police, pour leur indiquer un nouveau meurtre qu’il a l’intention de commettre quatre jours plus tard, très exactement…

Commence alors, pour Lola et son équipe, une course contre la montre effroyable !

J’avais déjà lu des romans de Chris Loseus et à chaque fois, c’est pareil, c’est très rythmé, pas de temps mort, un bon suspense, et il arrive très vite à m’entraîner dans ses aventures palpitantes. Mais ce coup-ci le sujet est différent, l’émotion prime sur le récit en lui-même et ses personnages sont attachants quels qu’ils soient. D’ailleurs, même Lola est très différente de “La Femme Flic” à laquelle nous pourrions être habitué.

J’ai beaucoup aimé le sujet de l’intrigue, et la façon dont elle est menée, l’écriture est percutante et très visuelle… Et le bonus, c’est de savoir que nous allons retrouver Lola dans de nouvelles enquêtes !!!

Un excellent roman à vous procurer au plus vite…
Bravo Chris !

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Extraits :

« Soudain, elle entendit le souffle d’un joggeur évoluant dans la même draille du maquis. Une sente sinueuse tracée autrefois à travers un inextricable fouillis végétal.
Il sembla mettre ses pas dans les siens. Elle imagina qu’il s’agissait d’un coureur expérimenté. Un sportif aguerri, capable de canaliser son énergie pour optimiser ses mouvements et son allure. Cette pensée la troubla.
Il respirait rapidement, mais profondément, produisant une mélodie sourde qui montait jusqu’à Lucie, comme un leitmotiv lancinant. »

« Le martèlement des pas rapides gagnait en intensité derrière elle.
Une petite voix intérieure lui cria d’accélérer ! Elle allongea nerveusement sa foulée et parvint à distancer le Souffle. »

« C’était entre nous. Nous ne voulions pas subir de pression. Éviter les conseils… Plus vous en parlez autour de vous, plus vous stressez. C’est un cercle vicieux.
Lola tendait l’oreille. Des « suggestions » comme celles faites par ses parents lorsqu’ils essayaient, Pierre et elle, d’avoir leur premier bébé. Des remèdes à la poudre de perlimpinpin, des remarques sur l’environnement de travail de Pierre. Un bureau surchauffé. « Ce n’est pas bon pour la fertilité, tu sais ? Des études ont été faites… Tu devrais le lui dire ! » Ou encore : « Tu devrais perdre du poids. L’embonpoint ce n’est pas bon pour une grossesse…»
Elle voyait, oui. Les « il faudrait que… J’ai lu quelque part que… Si j’ai un conseil à te donner… »

« Lola catégorisait les hommes. Il y avait les insouciants, les irresponsables, les égoïstes (et ils étaient nombreux) et les piliers. Ces êtres capables de braver les tempêtes à vos côtés quoiqu’il arrive. »

« Lola détestait les hôpitaux. Le sol qui feutrait les pas et collait à vos semelles comme de la glue. Les odeurs de bouffe cuite à l’eau mélangées à celles des produits désinfectants. Les murmures dans les couloirs. Les yeux rougis par les larmes. »

« Les technologies modernes nous éloignent des vraies valeurs, du goût de l’effort, de la concentration, de la remise en question… Les médias, les réseaux sociaux… Devant les arrêts de bus, dans les salles d’attente… Les gens passent leur temps les yeux rivés sur un écran. »

 

Chris Loseus est un auteur français.

Amoureux des grands espaces il vit dans les Alpes avec sa femme et ses enfants. Il se rend régulièrement aux états-unis pour être au plus proche de ses intrigues.

Il est l’auteur, notamment, de :
– Nouvelle ère (2014),
– 3600 Prospect avenue (2015),
– Chatsworth Creek (2016),
– Résurrection (2017),
– Phobia (collectif 2018)
– Bill dangereuse innocence (2019)
– Le voyage de Madison (2019)
– Les parapluies noirs (2020)…

Dans son nouveau roman, il nous entraine au cœur d’une enquête aux côtés de Lola Duval, une jeune mère de famille capitaine de police.

Drame, Humour, Noir, Polar, Suspense, Thriller

Aughrus Point

La triade irlandaise*
de Gérard Coquet
Broché – 7 septembre 2023
Éditeur : M+

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L’Irlande est une île belle et sauvage.
Ses filles lui ressemblent.

Quand les circonstances obligent Ciara McMurphy à revenir sur ses terres natales, en tant que policière, elle replonge sans plaisir dans un monde qu’elle avait oublié.

Celui des luttes indépendantistes.
Celui de la violence et de la folie qui se danse.
Celui où la mythologie celtique explique tout.
Le silence de ceux qui détestent la Garda Síochána presque autant que les Anglais.
Le vieux Zac McCoy et les hommes de son clan sont toujours là, à veiller sur leurs fantômes.

La vengeance est-elle un hasard ?

 

• Couv_2023-100_Coquet Gérard - Aughrus Point

 

J’ai commencé ma lecture comme si j’avais entre les mains un roman “lambda”… Quelle erreur !

Au bout d’une cinquantaine de pages, je me suis rendu compte que si la “forme” était très agréable, sombre, pluvieuse et tourmentée, un meurtre pas-ci, un autre par-là, de la magie, des incantations, de belles descriptions des paysages, mais malgré une bonne dose d’humour, je me suis rendu compte que je n’avais pas saisi le “fond”, et que j’avais perdu l’intrigue du récit.

Stop, j’arrête tout.
Le mieux est peut-être de reprendre depuis le début, n’étant pas un spécialiste de l’histoire irlandaise ni des légendes celtes, surtout que les explications historiques et politiques sont assez présentes.

Oui, j’avais bien vite ressenti la passion de Gérard Coquet pour le pays (et pour la bière aussi… mais ça reste entre nous !), certains mots m’avaient perdu.
Je reprends donc ma lecture.
Il a même fallu que je prenne des notes pour m’y retrouver parmi tous les personnages tous les plus improbables les uns que les autres. Mais ça y est, j’ai définitivement mordu à l’hameçon… et pas besoin de Duck fly, de Connemara Black, ni de Rusty Rat, pour cela !

Difficile de ne pas s’attacher à certains personnages, notamment Ciara au caractère bien trempé, et tout en ambivalence, qui mène l’enquête au sein de la Garda Síochána, la police irlandaise, et se retrouve sur les traces de son passé qui l’a fortement marquée, lui faisant revivre de vieilles rancœurs.
Les légendes et le passé tumultueux de l’Irlande ont la peau dure, pas facile de tenir sa place pour une femme, malgré les drames et les meurtres qui la suivent de près. Mais elle n’a pas dit son dernier mot !

Un polar haletant, très noir, à travers les mythes et les légendes celtiques, et surtout la découverte de l’écriture de Gérard, soignée, érudite et poétique à la fois, avec ce roman violent entre polar et mystères…
Je recommande !

Je ne sais pas pour vous, mais une bonne bière serait la bienvenue… ou peut-être un Bushmills ?
Merci Gérard… pour ces bonnes idées !

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Extraits :

« La dernière phrase du curé résonne encore dans l’église. Zack McCoy, seul au premier rang, regarde ses souliers. Le gauche n’est pas très bien ciré. Aujourd’hui, les yeux rougis et la gorge nouée, il en veut au monde entier. Dans son dos, le raclement des pieds de chaises sur les dalles lui rappelle que la cruauté des hommes ne mérite pas l’apitoiement. »

« Ça n’a servi à rien. Jessica est morte d’une balle dans la tête, sur le parking du terminal d’embarquement de Ringaskiddy. Avant-hier, avec James O’Brien, il a creusé sa tombe. Aujourd’hui, le Connemara l’a enterrée. McCoy referme le registre et vide son verre de Jameson. L’alcool lui pique les yeux. Maintenant, il est seul et déjà vieux.

“Je ne me souviens plus au coin de quelle route
Ma vie a déposé le fardeau de l’espoir ;
Et j’ai tout vu mourir, la foi comme le doute
La tristesse du jour comme l’ennui du soir.”

Sa voix tremble quand il récite une nouvelle fois le poème de Jessica. Enfin, il pleure. Dieu lui laissera-t-il le temps de se venger ? »

« De toute façon, il n’a rien à craindre des pièges tendus par les flics, il suffira de brouiller les pistes sans apparaître au générique. Le grand, avec ses pompes râpées et sa dégaine de SDF, a le profil du con parfait. L’autre, la “chef” selon toute vraisemblance, semble plus difficile à tordre dans le bon sens. N’empêche, elle a un joli cul. Sur cette pensée, il se sert un Bushmills, le whiskey des protestants, et l’avale d’un coup de menton. De nouveau, il jette un coup d’œil par la fenêtre. En bas, les deux perdreaux montent enfin dans leur voiture.
“Elle a vraiment un joli cul !” »

« Lieutenant Ciara McMurphy, 39 ans, brune, cheveux mi-longs et légèrement frisés, des yeux bleus à hurler à la mort, le visage picoré des taches de rousseur réglementaires en Irlande. Belle comme un feu de la Saint-Jean et plus têtue qu’une ânesse. Tu sais qu’à un moment donné, j’étais amoureux d’elle ? Pas de bol, Fergus O’Brien, lui avait déjà foutu le grappin dessus. Aujourd’hui, on a enterré la hache de guerre, mais à l’époque, on s’est battu comme des chiens enragés. Si McCoy ne s’était pas interposé, tu parlerais avec un fantôme. »

 

 

Gérard Coquet est né le jour anniversaire de la mort de Louis XVI… le 21 janvier 1956. Mais il jure encore qu’il n’y est pour rien. Issu d’une longue lignée de blanchisseurs, il passe son enfance avec sa jumelle à se cacher au milieu des draps séchés au vent. Puis dans un ordre aléatoire se succèdent le collège des Lazaristes, un diplôme d’expert-comptable, la guitare basse et la création de ses premières chansons. D’ailleurs, tout vient sans doute de là, l’écriture…

Après la reprise de l’entreprise familiale, il devient juge consulaire avant de créer récemment un cabinet d’archi. Ce qui ne l’a jamais empêché d’adorer la charcuterie, le gamey, le tablier de sapeur et la cervelle de canut ! Sauf bien sûr quand il se ressource en Irlande avec la pêche à la mouche et la Guinness.
Il est aussi le vrai nom du deuxième « clavier » de Page Comann avec Ian Manook. Souviens-toi de Sarah et OUTAOUAIS ont été signé sous ce pseudo.

Son pays de prédilection est l’Irlande où il a séjourné à de nombreuses reprises et dont il s’est imprégné de la culture.

Adolescence, Drame, Noir, Polar, Suspense, Thriller

La route du lac

de Xavier Massé
Poche – 7 septembre 2023
Éditeur : Taurnada Éditions

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Blaches est un charmant village réputé pour sa tranquillité… Jusqu’au jour où, au lendemain d’une soirée, trois étudiants sont portés disparus. Que s’est-il passé cette nuit-là ? Que s’est-il passé sur l’unique route qui mène au lac ? Amis, voisins, connaissances… pour les enquêteurs, tous sont suspects. Bienvenue à Blaches.

 

• Couv_2023-097_Massé Xavier - La route du lac

 

La Route du lac, a obligé Xavier Massé à sortir du cadre habituel de ses romans. Pas toujours évident pour un auteur, mais je pense que l’exercice est largement concluant.
Bravo Xavier !

21 avril 2018.
C’est l’anniversaire de Benjamin, le fils à papa du village. Il a décidé, d’inviter un maximum de ses amis vivant à Blaches, près de Lyon, dans un bar où ils ont l’habitude de se réunir les week-ends. Ce sera une méga fête… On chante, on rit, on boit et on danse jusqu’à pas d’heure. Après une dernière tournée avec quelques proches, Benjamin et les autres rentrent chez eux… Personne n’aurait pu imaginer la tragédie qui allait s’en suivre…

En effet, dès le lendemain, certains parents s’inquiètent, trois des jeunes gens ne sont pas rentrés de la nuit. Aussitôt la police contactée, les recherches commencent. Très vite, ils retrouvent le corps de la jeune fille disparue, Mylène, morte au pied d’une cascade alors que deux de ses camarades sont toujours portés disparus. Le capitaine de gendarmerie Michel Leroy accompagné du lieutenant Anthony Ramazzy sont chargés de l’enquête, quand l’un des garçons disparus, Thomas, est retrouvé errant en plein milieu de la forêt. Il ne se rappelle absolument de rien depuis qu’il a quitté le bar la veille au soir… Les enquêteurs décident alors d’axer les interrogatoires, sur la famille et les proches des disparus. Benjamin, lui reste introuvable. Commence alors une enquête minutieuse aux multiples rebondissements…

Xavier a fait très fort, il a l’air de s’amuser tout le long du récit, me perdant à la fin de chaque chapitre quand je pensais avoir trouvé “LE” fil conducteur. L’histoire est tout à fait crédible et le scénario lui, est diabolique. Le grand “plus” de son récit, ce sont vraiment les personnages tels que Xavier les a imaginés. Parmi tant d’autres, le personnage de Rémi est vraiment superbe et très émouvant !

Qu’est-il arrivé à Thomas, Mylène et Benjamin dans ce petit village paisible ?

Des personnages particulièrement réussit, des flash-back très ingénieux, un final avec une vraie surprise, l’imagination débordante de Xavier n’aurait-elle donc plus de limite ?
Personnellement, je ne serai pas contre une suite pour ce récit “puzzle”…

“La Route du lac”, n’a pas fini de parler d’elle !
Un excellent moment de lecture.

Un grand merci aux Éditions Taurnada.

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Extraits :

« Sa respiration était forte et brusque. À son passage, les feuilles virevoltaient et les branches se brisaient sous ses pas. Sa course était effrénée. Elle était effrayée et ne savait plus dans quelle direction aller. Elle ne voyait rien. Les arbres cachaient la lueur de la lune.
En panique totale, elle gémissait de terreur et n’arrêtait pas de se retourner. Elle ne l’entendait ni ne l’apercevait. Ce qui décuplait son stress. Les ronces écorchaient ses mollets, son sang perlait. Elle pleurait. La noirceur de cette forêt était devenue son ennemie. La peur l’engloutissait comme des sables mouvants. »

« Elle était si gentille. C’était une fille adorable, et si douce. Tout le monde l’aimait. Elle n’aurait jamais fait de mal à personne. Mylène riait tout le temps et avait toujours le sourire. C’était la joie de vivre incarnée. Elle avait tout juste 18 ans. Elle avait eu son bac l’été dernier et avait entamé à la faculté sa première année de biologie. Ma fille avait tout pour elle, capitaine. Elle avait la vie devant elle ! »

« “Accroche-toi, mon Rémi.”
Le tenant par les mains, les bras tendus, elle se pencha en arrière. Rémi la retenait de toutes ses forces pour qu’elle ne chavire pas. La musique battait son plein.
Mylène tournoyait. Se penchant de plus en plus en arrière, elle dessinait un cercle imaginaire tout autour de Rémi, et il se prit au jeu. Ils tournèrent tous les deux. Il la regardait sourire. Il se sentait ivre. Ivre de bonheur. Il était comme dans un tourbillon où tout disparaissait et plus rien n’avait d’importance. Pendant un instant, Rémi ne se sentit plus différent. »

« Tandis que cet autre, dans son garage, buvait une dernière bière. Il se frottait le bras comme pour raviver les plaies du passé et celles du présent. Il jeta sa canette dans la poubelle dédiée aux cadavres de verre, puis il commença à mettre des coups-de-poing dans son sac de frappe. Il espérait que l’exercice effacerait certains souvenirs. »

« Son agresseur verrouilla sa prise pour l’étrangler.
Malgré ses tentatives désespérées pour se libérer, le barman commençait à perdre pied, manquant cruellement d’oxygène.
Bataillant mollement, il suffoquait, ayant de moins en moins de force…
Son bourreau resserra un peu plus son emprise.
Franck était à l’agonie. Les bras inertes, il se sentait partir. Ses yeux se révulsèrent et il cessa de lutter.
L’homme maintint sa prise encore quelques secondes, puis lâcha le sac : le corps de sa proie chuta au sol comme une pierre.
“Eh ben… j’ai failli attendre ! ironisa Yannick Provost. Mets-le dans le coffre, maintenant !…” »

 

Né en 1977 à Roussillon (Isère), Xavier Massé est un jeune écrivain à l’imagination débordante. Passionné par le cinéma et la littérature, il devient très tôt fan du genre thriller, avec un goût toujours plus prononcé pour les scénarios complexes. Il sort en 2016 « Répercussions », qui remporte le prix du 1er roman Dora-Suarez 2018. Il décide de continuer l’aventure avec « L’Inconnue de l’équation », un huis clos qui ne laisse aucun répit au lecteur.

L’inconnue de l’équation
https://leressentidejeanpaul.com/2019/06/05/linconnue-de-lequation-de-xavier-masse/

30 secondes…
https://leressentidejeanpaul.com/2022/02/16/30-secondes/

Némésis
https://leressentidejeanpaul.com/2020/11/04/nemesis/

Amour, Émotion, Drame, Humour, Poésie, Roman

Requiem pour une apache

de Gilles Marchand
Poche – 14 janvier 2022
Éditions : Points

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Jésus tient une petite pension, un refuge pour les réprouvés de la société. Un couple d’anciens taulards qui n’a de cesse de ruminer ses exploits. Un ancien catcheur qui n’a plus toute sa tête. Un jeune homme simplet. Une VRP qui pense que les encyclopédies sauveront le monde et un chanteur qui a glissé sur la voie savonneuse de la ringardisation. Lorsque Jolene s’y installe à son tour, plus question de baisser la tête, la pension devient le centre de l’attention et le quartier général d’une révolte poétique.

« Ce roman, c’est La vie mode d’emploi de Perec réorchestré
par A day in the life des Beatles. Ce roman,
c’est Despentes filmé par Fellini. »

Antoine Jarrige, librairie Le Tumulte

 

• Couv_2023-096_Marchand Gilles - Requiem pour une apache

 

Ils vivaient en paix, soit, avec leurs difficultés, mais ils vivaient en paix…
Il aura fallu, un “petit grain de sable”, un “Releveur” de gaz qui refuse de dire bonjour et tout à commencé à ce moment-là !

Si vous connaissez déjà Gilles Marchand, alors vous connaissez sa poésie entre les mots.
Si vous connaissez déjà Gilles Marchand, alors vous que vous allez découvrir des personnages extrêmement attachants.
Si vous connaissez déjà Gilles Marchand, alors vous savez que vous allez sourire parfois, trouver son texte intéressant, toujours, voire un peu fou, un peu fantastique.
Si vous connaissez déjà Gilles Marchand, alors vous vous attendez forcément à prendre beaucoup de plaisir à cette nouvelle lecture.

Et bien, vous êtes au bon endroit, vous ne vous êtes pas trompé.
On y va ?

Bienvenue dans cette grande fable poétique, politique et aussi dramatique, même si Gilles a le don de nous faire sourire entre les lignes.
Jésus tient une petite pension, où il reçoit de drôles d’individus. Les cassés de la vie, les fragiles, les pas beaux, les laids aussi, un chanteur oublié, un catcheur qu’on a trop frappé, des gens en colère, d’autres qui sourient tout le temps. Jésus ne fait pas ça pour l’argent. Il s’est donné une mission. Aider. Même si Mario, le “chef” de la cuisine, se met à penser, au bout d’un moment, que cela commence à faire beaucoup de monde tout ça !
Et puis un jour… Jolene arrive silencieuse, intriguée. Alors qu’elle-même peine à s’éveiller dans un monde qu’elle ne comprend décidément plus, elle va transformer le “refuge” en un symbole de liberté !

Voilà, vous savez tout… Ou presque !
Bah oui !
Il en faudra quand même un peu plus pour partager la vie de cette “bande d’ignorés” et verser quelques larmes… mais c’est tellement beau !

Dans un style qui me ravit à chaque fois, un doux moment de lecture où la musique est omniprésente…

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Extraits :

« Il aurait fallu commencer par le début, mais le début, on l’a oublié. Ça a démarré bien avant nous. Et bien avant elle.
Rome ne s’est pas faite en un jour, la légende de Jolene non plus. On la présente aujourd’hui comme la meneuse d’une troupe d’insurgés. Plutôt que d’insurgés, ça tenait davantage d’une cour des Miracles contemporaine accueillant les trop maigres, les trop gros, les trop petits ou trop grands, les trop ceci ou trop cela, les roux, les Arabes, les Noirs et les Chinois. »

« Jolene s’est retournée et lui a fait signe d’arrêter.
Elle a fait un nouveau pas.
Elle s’est plantée à un mètre de monsieur Gaz, a posé son verre sur le comptoir et lui a expliqué qu’ici, on disait bonjour. Tous les jours, on disait bonjour. Que l’on soit patron, employé, client ou représentant, on disait bonjour. C’était une règle un peu vieillotte, légèrement surannée, mais on y tenait. Bon-jour. »

« C’est ce soir-là que Jésus a inventé le “velours des Carpates”. Il désirait quelque chose de fort et de doux, un cocktail qui ressemblerait à Jolene. Un truc qu’on n’aurait pas vu venir. Il a pressé des citrons verts, sorti une bouteille de sirop de gingembre dont il n’avait jamais su que faire et ajouté une bonne dose de vodka. »

« Et, même s’il avait acheté leurs terrains au prix fort, une promesse est une promesse, surtout si elle est signée, paraphée en bas à droite sur chaque page, lue et approuvée contractuellement.
Il a eu des procès. Il a perdu des procès.
Reconnu coupable, il a culpabilisé.
Il a eu des amendes, il s’est amendé.
Il a payé des dommages et des intérêts, des préjudices. Il n’a rien négocié, il a tout payé.
Mais la société ne pardonne pas si vite. Il était devenu l’escroc mégalo. Il resterait l’escroc mégalo. »

« Jamais je n’avais vu Jésus aussi heureux et jamais il n’avait aussi bien porté son nom. Au milieu des déshérités, il ne prêchait pas la bonne parole, il se contentait d’accueillir et de faire au mieux. “Faire au mieux” était devenu sa spécialité. Lorsque Mario lui expliquait qu’il ne pourrait nourrir autant de monde, il lui demandait simplement et calmement de faire au mieux. Lorsqu’il y avait un problème de couverture, de courant d’air, de chasse d’eau, il nous demandait de faire au mieux. Il dégageait une étonnante sérénité. Et cette sérénité, il la devait à Jolene. »

« Le jour débutait et, pour marquer le coup, le soleil envoya trois rayons dans ma direction. Je parvins à éviter les deux premiers, me pris le troisième en plein visage. Ne voulant pas avoir de problème avec le soleil, je ne lui adressai aucun reproche et continuai ma route. J’avais marché toute la nuit. Il avait fait doux, léger vent d’ouest, faibles risques de pluie. »

 

Gilles Marchand est né en 1976 à Bordeaux. Il a notamment écrit Dans l’attente d’une réponse favorable (24 lettres de motivation) et coécrit Le Roman de Bolaño avec Éric Bonnargent. Son premier roman solo, Une bouche sans personne en 2016, attire l’attention des libraires (il est notamment sélectionné parmi les “Talents à suivre” par les libraires de Cultura, finaliste du prix Hors Concours, et remporte le prix des libraires indépendants “Libr’à Nous” en 2017) et de la presse, en proposant le curieux récit, le soir dans un café, d’un comptable le jour expliquant à ses amis pourquoi il porte en permanence une écharpe pour cacher une certaine cicatrice.

Il a été batteur dans plusieurs groupes de rock et a écrit des paroles de chansons.

Des mirages plein les poches
https://leressentidejeanpaul.com/2019/01/05/des-mirages-plein-les-poches-de-gilles-marchand/

Un funambule sur le sable
https://leressentidejeanpaul.com/2019/01/14/un-funambule-sur-le-sable-de-gilles-marchand/

Une bouche sans personne
https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/26/une-bouche-sans-personne/

Une bouche sans personne
https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/26/une-bouche-sans-personne/

Le soldat désaccordé
https://leressentidejeanpaul.com/2022/12/12/le-soldat-desaccorde/

Amour, Émotion, Drame, Roman

Les Femmes du bout du monde

de Mélissa Da Costa
Broché – 1 mars 2023
Éditeur : Albin Michel

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Si tu te demandes ce que nous faisons ainsi, loin des hommes, je vais te dire : nous veillons sur notre petit univers, nous veillons les unes sur les autres. C’est ce que font les femmes du bout du monde.

À la pointe sud de la Nouvelle-Zélande, dans la région isolée des Catlins, au cœur d’une nature sauvage, vivent Autumn et sa fille Milly. Sur ce dernier bastion de terre avant l’océan Austral et le pôle Sud, elles gèrent le camping Mutunga o te ao, le bout du monde en maori. Autumn et Milly forment un duo inséparable, jusqu’au jour où débarque Flore, une jeune parisienne en quête de rédemption… Hantées par le passé mais bercées par les vents et les légendes maories, ces trois femmes apprendront à se connaître, se pardonner et s’aimer.

Mélissa Da Costa nous offre un voyage inoubliable à travers des paysages d’une stupéfiante beauté, aux côtés de personnages inspirés et inspirants. Un nouveau roman magistral et une ode à la liberté.

Prix des lecteurs Babelio 2023Catégorie littérature française.

 

• Couv_2023-095_Da Costa Melissa - Les femmes du bout du monde

 

Au fur et à mesure de mes lectures, chaque roman de Mélissa Da Costa a été une véritable surprise, et Les Femmes du bout du monde n’échappe pas à cette règle…
Mélissa a le don d’écrire des histoires qui sont dures et pourtant douces à la fois.

Autumn et Milly, sa fille, vivent à la pointe de la Nouvelle-Zélande, en face du pôle Sud. Ensembles, elles s’occupent d’un camping, au cœur d’une nature sauvage et encore préservée. Un jour Flore, une jeune Parisienne, débarque au camping et demande à Autumn, si elles ont besoin de bras supplémentaires pour gérer les tâches quotidiennes. Elle veut oublier sa vie à Paris et à vraiment besoin de faire le vide dans sa tête. Autumn accepte la proposition, sachant bien que la frêle femme ne tiendra pas longtemps à cause du climat très particulier de l’endroit, et comme les autres avant elle, finira par quitter ce nouveau travail. Mais Flore va lutter, elle a décidé de tout quitter pour partir très loin afin de fuir sa vie qui la faisait souffrir. Petit à petit, elle apprend à connaître les deux femmes, et ensemble finissent par s’apprivoiser…
Le travail au camping n’est pas désagréable du tout. Il est dur, fatiguant, mais elles s’entraident régulièrement.
Une nouvelle amitié va naître entre Flore et Milly une jeune fille innocente, pure et forte à la fois. Une amitié qui va très vite se transformer…

J’ai passé un excellent moment en compagnie de ces trois femmes auxquelles je me suis très vite attaché. Elles mènent une vie belle et simple au plus près de la nature. Mélissa nous fait découvrir des paysages sublimes de Nouvelle-Zélande, divers mammifères marins, des arbres couchés à cause de violentes bourrasques, de sublimes couchers de soleil, la mer jusqu’au bout de l’horizon et surtout la vie et les mœurs des Maoris. Une vraie découverte pour moi !

Tout est douceur et naturel. Une histoire simple et complexe à la fois. La vie n’a pas fait de cadeau à Flore. Milly qui apprend que son amour d’enfance et meilleur ami va se marier et quitter la région. Autumn qui élève seule sa fille malgré les blessures qu’elle doit soigner depuis le décès de Dan, son mari. Chacune d’elles lutte dans son quotidien.
C’est un roman qui m’a donné une envie de liberté et de contrées sauvages. Il y a beaucoup d’émotions, je me suis laissé envahir par ce récit très bien construit qui transforme la peine et la douleur en amour et en beauté.

Un septième roman magistral, à ne surtout pas manquer.

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Extraits :
« Dan et elle… Ils avaient beau être souvent en désaccord, ils s’entendaient sur une chose, toujours : le bien-être de Milly. C’était leur priorité. Pas de sodas, pas de jardin d’enfants avant deux ans, pas de télévision, pas de console de jeux, de l’exercice en plein air, la nature… Il semblait rassurant et rassuré quand il avait parlé de ce projet fou de s’installer à la pointe sud de l’île : « Elle aura tout ce dont elle a besoin. »

« Elle songe que le sentiment maternel, c’est quelque chose de doux et d’amer à la fois. On fait tout pour garder son enfant auprès de soi, l’empêcher de s’envoler trop loin, puis un matin, on le voit pépier avec un autre oisillon et on ne sait plus ce qu’on ressent : un pincement au cœur ou un trouble attendri. Les deux à la fois. »

« – Allez, termine ton verre. Tu en reveux ?
Milly secoue la tête. Flore hausse les épaules, termine le vin au goulot. Tu es pitoyable, ma fille. Elle n’a plus grand-chose à vouloir sauver ce soir. Si la vie était joueuse, si on avait le droit de négocier un peu avec le destin, elle pourrait passer un pacte : se faire engloutir par la tempête ce soir même, pourvu qu’on recrache de l’océan le père de Milly. Ainsi, les choses seraient justes. Mais elles ne le sont jamais. Et Milly, cette pauvre Milly à l’âme pure et innocente, doit se farcir sa présence. Elle est trop polie pour décamper. Elle s’assurera que ses sanglots s’arrêtent avant de repartir en lui souhaitant une bonne nuit.
– “Il avait quel âge ton père quand il est parti ?
– Trente-neuf ans.
– C’est bien jeune pour mourir.” »

« Alors, sans prévenir, parce qu’elle a le cœur gros comme une pierre, elle vient se blottir contre Flore comme un petit chaton cherchant la chaleur. Elle se colle le long de son corps, enfouit son visage dans son cou, respire l’odeur vanillée de ses boucles.
– “S’il te plaît, Flore… ne pars pas.”
Et Flore est si surprise, saisie par une telle émotion qu’elle reste figée, des larmes plein la gorge. »

« Quand Milly hésite, est sur le point de reculer, Flore lui murmure :
“Tout est possible, Milly… c’est la nuit…”
Et Milly songe qu’elle a raison, que la nuit les choses ne sont pas réelles, elles sont belles et fragiles, éphémères. La nuit, les baisers ne sont qu’un songe… »

 

 

Mélissa Da Costa est une romancière française.

Après des études d’économie et de gestion à l’Institut d’administration des entreprises de Lyon (IAE) (2008-2011), elle est chargée de communication dans le domaine de l’énergie et du climat. Elle suit également des formations en aromathérapie, naturopathie et sophrologie.

Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade (2017), sorti en librairie sous le Tout le bleu du ciel (2019), est son premier roman.
Salué par la presse, il a reçu le prix du jeune romancier au salon du Touquet Paris Plage.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/09/17/tout-le-bleu-du-ciel/

Je revenais des autres (2017), et Les Lendemains (2020), sont portés par les libraires et salués par la presse, ils ont conquis plus d’un million de lecteurs.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/04/je-revenais-des-autres/
https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/18/les-lendemains/

Les douleurs fantômes (2022) est lauréat du Prix Babelio – littérature française 2022.
https://leressentidejeanpaul.com/2022/08/25/les-douleurs-fantomes/

La Faiseuse d’étoiles
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/17/la-faiseuse-detoiles/

Elle figure au palmarès du Figaro des auteurs français ayant le plus vendus de livres.

Amour, Émotion, Drame, Roman, Suspense

Vers le soleil

de Julien Sandrel
Poche – 2 mars 2022
Éditeur : Le Livre de Poche

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Août 2018. Tess part vers la Toscane, où elle doit rejoindre pour les vacances sa fille, Sienna, et l’oncle de la petite, Sacha. Mais, alors qu’elle fait étape chez une amie à Gênes, la maison s’écroule sur elle.
Une portion du pont Morandi vient de s’effondrer, enfouissant la zone. Tess est portée disparue. Lorsque Sacha apprend la catastrophe, c’est tout leur univers commun qui vole en éclats. Tous leurs mensonges aussi. Car Sacha n’est pas vraiment l’oncle de cette fillette : il est un acteur, engagé pour jouer ce rôle particulier quelques jours par mois, depuis trois ans. Un rôle qu’il n’a plus l’impression de jouer tant il s’est attaché à Sienna et à sa mère.
Alors que de dangereux secrets refont surface, Sacha sait qu’il n’a que quelques heures pour décider ce qu’il veut faire si Tess ne sort pas vivante des décombres : perdre pour toujours cette enfant avec laquelle il n’a aucun lien légal… ou écouter son cœur et s’enfuir avec elle ? En attendant, il décide de cacher la vérité à Sienna et de la protéger coûte que coûte.

Un livre épatant.
Femme actuelle.

Bouleversant.
RTL.

Solaire et émouvant.
Version Femina.

• Couv_2023-094_Sandrel Julien - Vers le soleil

 

Après avoir lu La chambre des merveilles, et vu il y a quelques jours l’adaptation en film, je me suis dit qu’il était peut-être temps de lire au autre roman de Julien Sandrel !
Et bien, j’ai passé un excellent dimanche matin, avec des personnages captivants et attachants, subjugué par ce roman tout en finesse et plein de délicatesse…

Sacha n’a que très peu de temps pour la réflexion.
Il vient d’apprendre que Tess est portée disparue, suite à un effondrement. Non seulement, il est horrifié par cette nouvelle, mais comment l’annoncer à Sienna, alors que tout deux s’apprêtaient justement à la rejoindre.

Vers le soleil est un roman très fort en émotions, plein de suspense et de rebondissements. Des relations complexes mais sincères. J’ai vraiment été emporté par ce récit sans aucun temps mort.
Cela fait trois ans que Sacha fait semblant d’être l’oncle de Sienna qu’il considère aujourd’hui comme sa propre fille. Dès leur premier regard, il est tombé amoureux de Tess sa maman et a accepté de jouer un rôle pour la petite, quelques jours par mois. Mais aujourd’hui, suite à cette catastrophe naturelle, il risque de “perdre” la petite, mais c’est aussi toute sa vie et son amour qui sont remis en cause !

Une histoire magnifique qui m’a touché du début à la fin.
Bienveillance, tendresse, amour, j’ai ri et été touché par les personnages crées par l’auteur. Une nouvelle fois, malgré un début dramatique, julien a rempli mon cœur de joie et de bonheur, c’est un excellent roman, je n’en doutais même pas…
Merci Julien pour cet agréable moment, au cœur de la Toscane et de l’Italie !

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Extraits :

« Je n’ai jamais connu mon père, et ma mère est morte quand j’avais quatorze ans. D’une overdose, dans la chambre d’hôtel d’un comédien un peu connu qu’elle aimait trop, au point de laisser son fils unique dîner seul, se coucher seul, se débrouiller seul. Je crois qu’on peut dire que je suis un vieux routier de la solitude. J’ai appris dans la douleur à quel point se lier à quelqu’un pouvait rendre malheureux, alors je ne m’attache pas.
Je ne me sens bien que dans l’éphémère. »

« Mon Dieu, je ne veux pas mourir.
Je pense à ma fille. Ma Sienna. Mon amour. Je ne pense qu’à elle. À nos projets, à notre avenir. À son sourire, il y a quelques minutes à peine. Je pense à Sacha, aussi. À ce bonheur minuscule, incertain, et pourtant si proche.
Je pense : “Tout cela ne peut pas se terminer ici.”
La plainte sourde du métal en torsion me glace le sang. L’appel au secours d’un animal que l’on égorge, voilà l’image qui envahit mon cerveau.
L’unique ampoule abdique. Je pousse un gémissement. La nuit est désormais complète.
Je n’entends plus que ma respiration. Halètement de bête traquée, immobile.
Un dernier silence.
Et le plafond cède. »

« En attendant, je dois faire comme si de rien n’était.
Ne pas alerter Sienna. Éviter qu’elle ne se trouve confrontée aux images du pont, donc aux journaux, à Internet, à la télévision… Et même si c’est dur, je dois continuer à vivre normalement, selon le programme établi.
Protéger Sienna, tant que nous n’avons aucune certitude sur la situation à Gênes.
Lorsqu’elle se lève, elle vient me rejoindre pour un câlin dans mon grand lit. Il est près de 10 heures, je viens tout juste de m’endormir, épuisé. Mais elle est en pleine forme. Bien décidée à profiter de cette belle journée d’été. »

« Je ne sais pas quoi lui répondre, mais je suis ému. Alors je ne dis rien.
Il y a quelques jours, je ne connaissais pas cette femme. Pourtant j’ai l’impression qu’il y a comme une connexion entre nous. Elle n’a qu’une quinzaine d’années de plus que moi, mais il y a quelque chose de l’ordre du maternel qui s’est installé, à une vitesse folle. Qu’est-ce que j’aurais aimé avoir une mère comme Chiara. Ma vie aurait sans doute été bien différente. »

 

Julien Sandrel est né en 1980 dans le sud de la France et vit à Paris. Son premier roman La Chambre des merveilles a connu un succès fulgurant et a obtenu plusieurs prix littéraires, dont le prix Méditerranée des lycéens 2019. Traduit dans vingt-six pays et adapté au théâtre, il est également porté à l’écran par la réalisatrice Lisa Azuelos et l’actrice Alexandra Lamy.
Ses romans suivants, La vie qui m’attendait, Les étincelles, Vers le soleil et Merci, Grazie, Thank you, ont eux aussi rencontré un grand succès en librairie. Parallèlement à son activité de romancier, Julien Sandrel travaille en tant que scénariste, aussi bien sur des adaptations de ses romans que sur des projets originaux.

La Chambre des Merveilles
https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/21/la-chambre-des-merveilles/

Émotion, Drame, Histoire, Roman

L’Aurore

de Nicole Anglés
Relié – 14 mai 2023
Éditeur : Cap Béar Editions

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En 1934, Alba, jeune catalane âgée de seize ans, quitte le giron familial et une mère acariâtre.
Elle entre au service de doña Lucia, riche bourgeoise qui réside dans un magnifique hôtel particulier situé au coeur de Barcelone.
Pendant les années suivantes, l’Espagne connaîtra des bouleversements politiques majeurs, prémices d’années sombres pour l’Europe et le monde. Autant d’évènements qu’Alba, portée par des convictions profondes et la fougue de sa jeunesse, vivra intensément.
Ainsi commence l’aventure de sa vie…

Nicole Anglés, d’une écriture vivante et efficace, focalise l’histoire de ce roman sur l’implication des femmes combattantes durant la guerre d’Espagne.
Leur rôle déterminant dans la révolution sociale organisée par le mouvement libertaire en riposte au coup d’État militaire à l’origine du conflit.
Et leur engagement aux côtés de l’armée républicaine pour éviter l’inéluctable, la prise de pouvoir de la dictature franquiste en 1939.

 

• Couv_2023-093_Anglés Nicole - L'Aurore.jpg

 

Tout d’abord, je tenais à remercier Nicole Anglés, qui grâce à son envoi, m’a permis de découvrir une nouvelle “auteure”…

Dès que j’ai reçu L’aurore, très vite, j’ai eu hâte de lire…

Alba, jeune espagnole catalane avait tout pour être heureuse. Mais malheureusement, elle n’est née, ni au bon endroit, ni à la bonne période. L’Espagne commence à subir la dictature franquiste. Avec ses amis et beaucoup d’autres de son âge, ils décideront de monter des groupes de soutien, anarchistes ou pas, le but étant de contrer la montée de l’extrême droite, menée par le général Franco.
Alba s’investit à cent pour cent dans son combat pour la liberté de tous. Elle a appris récemment à lire, alors la vie qui s’ouvrait tel un éventail sur l’avenir des “Femmes libres” se referme aussitôt !
Heureusement, elle n’est pas seule, son frère, sa sœur et ses amis, tous ensemble, ils décident de lutter… puis c’est aussi l’amour qui va entrer aussi dans sa vie à un moment où elle s’y attendais le moins, par le biais d’un jeune partisan qui a quitté sa Russie natale…

Magnifique, j’ai adoré. C’est tellement beau, c’est tellement fort, et si triste à la fois.
Un roman tel que je les aime. J’ai vécu, j’ai aimé et j’ai pleuré, pour tous ses jeunes à qui on a volé leur jeunesse et leur vie.

Le pouvoir !
Joder, je hais la violence, la guerre, les Hommes avec un grand H, qui ne comprennent jamais rien, à part le pouvoir, basta !!! L’Espagne subit les prémices de la nouvelle grande guerre qui s’annonçait dès 1934.

La lecture est très fluide, claire et interactive, pas le temps de s’ennuyer un instant. Beaucoup de dialogues, c’est vivant. On y croit. Le côté historique est omniprésent et c’est vraiment ce qui m’a plu. Essayer de comprendre tout ce que cette jeune génération à endurer, et ce, durant près de 40 ans !
La fin du roman est particulièrement prenante. J’en suis encore tout retourné…

D’ailleurs, je me suis demandé, un moment, si je n’aurai pas aimé quelques pages supplémentaires, pero no, le sujet est tellement bien géré et abouti.

Vale, merci Nicole, merci à toi pour ce cadeau qui a dû te coûter…
Tu m’as emporté loin, très loin… y gracias por supuesto por esta historia tan hermosa, dentro de la Historia.

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Extraits :

« Une lettre postée il y a soixante-cinq ans ! Où avait-elle disparu ?
S’exalta Claire.
La missive trônait sur la desserte de la chaleureuse cuisine.
Étrangère à la curiosité de la jeune femme penchée sur son épaule, au générique du débat diffusé sur France 5 qu’elle n’aurait manqué à aucun prix, la vieille dame semblait hypnotisée.
Sur l’enveloppe jaunie, du cachet espagnol affranchi à deux pesetas, on ne déchiffrait plus que l’année. Mil neuf cent trente-neuf. »

« Le pouvoir des mots. Les livres devaient bien receler quelque trésor s’ils méritaient cette monumentale et fastueuse salle.
Un livre peut changer une vie avait proclamé la señora Duran.
Était-ce exact ? Quel livre aurait le don de changer la sienne ? Serait-elle capable d’apprendre à lire ? Bénéficierait-elle de ces cours de lecture ? Elle n’était pas une ouvrière, pour autant n’était-elle pas une pauvre fille ? »

« Alba identifia la voix de Jordi, stupéfaite. Surprise par sa témérité, reconnaissant pourtant son tempérament idéaliste et sa générosité.
Cinq minutes s’écoulèrent, oppressantes, chacun guettant la réaction du camp adverse. Les gardes d’assaut et les membres de la garde civile s’interrogeaient du regard. Puis, le miracle. Tour à tour, ils abaissèrent leurs armes et rejoignirent le mouvement.
Une clameur d’espoir s’envola dans le ciel catalan. »

« – Je vais te montrer qui c’est qui commande ici ! Tu m’entends, traînée ?
Paco l’agrippa par les cheveux et la maintint plaquée à lui. Son haleine de vin aigre et de tabac froid imprégna Núria qui ne put se détourner lorsqu’il lui cracha dessus.
Projetée sur la table, la figure meurtrie par le chêne rugueux sur lequel la maintenait la poigne brutale de son mari, elle ne vit pas la satisfaction cruelle inonder le faciès de Paco. Une douleur violente irradia son corps quand il la pénétra d’un soubresaut bestial.
Nûria retint ses cris pour ne pas réveiller Ana, sagement endormie dans le lit à barreaux, sur le seuil de l’alcôve qui leur servait de chambre.
« Mon pauvre enfant, pardonne-moi de te donner naissance dans cette fange » implora-t-elle du petit être qui prenait forme dans son ventre »

« Adieu mon Alba, mon amour, ma vie.
Ton Anton. »

 

 

« Je veux écrire un livre ». J’ai jeté cette phrase à ma mère du haut de mes dix ans. C’était à Perpignan en 1971.

À cette époque, ma grand-mère disait en riant qu’elle ne travaillait pas assez pour payer tous les livres que je dévorais. Quelques feuillets se sont égarés et le temps a passé.

Je suis restée une lectrice passionnée. Aujourd’hui, à l’aube de ma seconde vie, j’ai repris la plume et accompli mon rêve. J’aimerais vous offrir ces cadeaux reçus de mes moments de lecture :
L’évasion, le rêve, l’amour, la colère, la tristesse, la peur, l’émotion… la Vie !
« La lecture, une porte ouverte sur un monde enchanté » disait François Mauriac.

Alors, bienvenue dans mon monde et bonne lecture !

Émotion, Drame, Poésie, Roman

La double vie des Jodlere

de Gérard Papier-Wagner
Relié – 28 mai 2022
Éditeur : Autoédition

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Début d’avril 1981 éclata un scandale troublant encore les consciences de ceux qui s’y trouvèrent mêlés. Le crime, il faut le dire, fut abject, parce que perpétré par un jeune garçon s’étant servi de son exceptionnel don de peintre pour détruire sa bienfaitrice. Celle-ci n’ayant pas déménagé, le retour de Dominique, en ce mois de septembre 1998, risque de susciter bien des rancœurs et appréhensions. Le récit, ayant pour lieu d’action un vieux quartier de Paris vivant comme un village, explore la nature humaine dans ses recoins les plus secrets, et la création artistique en conflit avec le génie. Surtout lorsqu’il s’agit de Dominique Pique.

 

• Couv_2023-092_Papier-Wagner Gérard - La double vie des Jodlere

 

Avril 81.
Dominique Pique est un jeune garçon, très tôt, il se passionne pour la peinture. C’est un artiste, peut-être même un jeune génie. Marcelline, son professeur de dessin, voit en lui le moyen de vivre un rêve qu’elle n’a jamais pu approcher. Elle le prend alors sous son aile et décide de l’aider à développer des talents de peintre qui lui semblent innés. Mais la jeunesse ou peut-être bien la fourberie de Dominique lui fera commettre un acte inadmissible à celle qui était sa bienfaitrice…
Marcelline aura énormément de mal à se remettre de la folie destructrice du jeune génie, qui va s’amuser à détruire plusieurs vies autour de lui, à travers le temps.

J’ai eu un peu de mal à entrer dans mon récit. Trop de personnages (très intéressant et haut en couleur d’ailleurs, avec aussi de nombreuses failles) qui m’ont un peu perdu. Mais très vite, malgré de multiples rebondissements, j’ai retrouvé le fil conducteur du récit.

Comme dans ses autres récits, la plume de Gérard est fluide et très visuelle. J’ai eu à plusieurs reprises l’impression de voir les tableaux… et toujours cette pointe de poésie présente régulièrement agrémentée d’une grande maîtrise de vocabulaire…

C’est un livre que j’ai trouvé émouvant et sensible qui décrit très bien une vie de quartier « tranquille” qui mêle commérages, passions amoureuses, relations entre voisins avec ses hauts et ses bas.

Gérard a vraiment le don de me tenir en haleine jusqu’à un final subtil et plein de philosophie.

C’est le cinquième roman que je lis de cet auteur, et à chaque fois de belles surprises toutes différentes.
Qu’est-ce qui fait que certains écrivains soient très vite accueilli par un large public et d’autres qui le méritent tout autant, ont un lectorat plus confidentiel ?
Je n’ai pas de réponse à cette question…
Mais j’ai vraiment passé un excellent moment de lecture, avec des personnages auxquels je m’étais finalement attaché, tous très atypiques et remplis, pour la plupart, de drôles de secrets !

Mais chuut…
Je n’en dirais pas plus !

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Extraits :

« Depuis le scandale d’avril 81 ayant anéanti ses chances de vivre avec celle qu’il aimait, sa déception s’était muée au fil des années en une sorte de mélancolie dans laquelle il avait fini par se complaire. Pour cela, il se composa une existence assez banale en apparence pour n’attirer sur lui ni l’attention des autres ni celle du destin souvent porté à compliquer les choses.
Charles faisait partie des êtres dont le bonheur simple et naïf contrarie les esprits cancaniers, par essence même, à l’affût des mauvaises nouvelles pour nourrir les commérages en exagérant au besoin leurs conséquences, afin de se faire valoir. »

« Semblant revenir à elle, Magali le fixe avec acuité.
– Voyons chéri, dis-moi ce qui te soucie réellement ?
– Inquiet pour Marcelline, j’ai rompu ma promesse de ne plus aller la voir. On l’avait déjà mise au courant, elle était effondrée. Ça m’a tellement bouleversé, que je lui ai proposé de partir avec elle loin d’ici. Je la croyais seulement rancunière. Mais elle m’a jeté à la figure, que jamais elle ne m’avait aimé, m’a traité d’idiot, et m’a flanqué à la porte en jurant de ne plus mettre un pied dehors. »

« – Excuse-moi, maman, j’ai pas mal à faire.
Il s’enfuit. Les câlins œil mouillé d’émotion et les cajoleries de sa mère lui sont insupportables maintenant qu’il jouit des faveurs de tant d’autres femmes lui prodiguant des tendresses autrement plus à son goût. “Chez toi, le sexe a chassé le sentiment.” lui redit Camille connaissant son frère mieux que quiconque. »

« – Je l’aime bien, il me parle comme à un grand. Et ce qu’il dit est toujours intéressant.
Sans savoir pourquoi, Martine a subitement les larmes aux yeux. Cela ne lui est pas arrivé depuis si longtemps, que ce chagrin lui paraît aussi doux, qu’une mélancolie qu’on caresse. »

 

 

Né en 1941 à Paris, diplômé architecte en 1966, Gérard Papier-Wagner a exercé en tant qu’urbaniste-architecte à Pointe-Noire en République du Congo, puis à Batna dans les Aurès en Algérie avant de travailler, en libéral à Rennes, dans sa propre agence d’architecture jusqu’en 2001.

Mona
https://leressentidejeanpaul.com/2023/03/22/mona/

LE PARFAIT inconnu
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/21/le-parfait-inconnu/

À cause du Zibaldone
https://leressentidejeanpaul.com/2023/05/28/a-cause-du-zibaldone/

Le disparu de Monrovia
https://leressentidejeanpaul.com/2023/06/27/le-disparu-de-monrovia/

Émotion, Drame, Fantastique, Histoire, Roman, Thriller ésotérique

Les prières de sang

de Jean-Marc Dhainaut
Poche – 5 juillet 2018
Éditions : Taurnada Éditions

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Alan Lambin, spécialiste en paranormal, est appelé à enquêter dans un vieux monastère ayant accueilli autrefois quatre templiers en fuite. Depuis, ses murs semblent dissimuler un lourd secret solidement gardé par des âmes hostiles. Les parchemins ne mentent pas, ni ces cris que chacun peut entendre la nuit dans les sombres couloirs du monastère. Et dire que tout a commencé parce qu’une étudiante a acheté un jour une armoire ayant appartenu aux moines.
Une armoire qui n’avait pas perdu la mémoire.

 

• Couv_2023-091_Dhainaut jean-Marc - Les prières de sang

 

Quel plaisir de retrouver Alan Lambin, mais surtout quel plaisir de retrouver la plume de Jean-Marc Dhainaut !
Dans cette nouvelle enquête, assisté de Mina Carletti, il est question de passages secrets, de Templiers et d’un vieux monastère…

Après avoir lu La maison bleu horizon, j’avais envie de savoir encore plus sur les enquêtes fantastiques et paranormales de notre duo.
Le rythme est ici plus soutenu, les choses s’accélèrent, il y a de nombreux rebondissements, et pas des moindres ! Il est question de fantômes particulièrement virulents, des Templiers assoiffés de sang, de jeunes mamans, de nourrissons décapités et d’un trésor caché !

Jean-Marc DHAINAUT m’a ébloui et vraiment surpris avec son récit, très différent du volet précédant, une écriture limpide et très efficace, avec un mélange bien dosé d’aventures et de paranormal, mais pas que… Car on dirait bien qu’il se passe quelque chose de plus en plus fort entre nos deux héros malgré leur timidité respective !

Vivement leur prochaine enquête !
Bravo Jean-Marc, et un grand merci aux Éditions Taurnada…

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Extraits :

« Céline les considéra à tour de rôle avant de se confier. Leur aide lui était précieuse, mais pouvait-elle vraiment leur faire confiance ? N’allaient-ils pas la juger ou l’écouter parler en songeant que tout ce qui pourrait l’aider ne serait que quelques vacances, un traitement médical ou un rendez-vous chez un psy ? »

« Mais elle était déjà loin. Des scènes improbables tournoyaient autour d’elle. Elle voyait des femmes, des dizaines de femmes avec leurs enfants dans les bras. Les bébés dont elle apercevait le visage étaient squelettiques et décharnés. Leurs mères poussaient des cris à pulvériser des verres en cristal. Elle était dans un bois et entendait des cloches sonner. Plus loin, elle distinguait des murs en pierre éclairés par des torches enflammées. Des chants religieux résonnèrent tout à coup, enveloppant ces scènes d’une atmosphère terrifiante et surréaliste. »

« C’est pas possible ! Mina, écoutez ça : « Ce dimanche, deux personnes ont été retrouvées mortes dans des circonstances malheureuses : un sans domicile fixe fortement alcoolisé, vraisemblablement mort de froid près de l’hôtel Roussel, et une vieille dame victime d’un arrêt cardiaque devant le relais routier, alors qu’elle rentrait chez elle. Deux nouveaux drames qui s’ajoutent à la mort du petit Quentin, pensionnaire de l’orphelinat Sainte-Clotilde, vendredi soir, fauché par une voiture alors qu’il s’enfuyait de l’épicerie après y avoir volé un paquet de bonbons.” C’est impossible ! »

« – Le soir où nous sommes arrives, quand je suis allé faire quelques courses, j’ai payé les bonbons d’un petit garçon qui n’avait pas assez d’argent.
– Et alors ? C’est un beau geste. Venant de vous, il ne me surprend pas.
– Vous n’y êtes pas. En lui payant ses bonbons, je l’ai empêché de les voler et de s’enfuir du magasin et de se faire écraser. Mais ce n’est pas tout : le clochard mort de froid, c’est celui à qui j’ai offert une couverture. Il dormait sur des cartons, près de l’escalier de l’hôtel, vous l’avez sûrement remarqué. Et cette femme, morte d’un arrêt cardiaque devant le relais routier, ne vous rappelle rien ?
– Oui ! La femme sur le trottoir !
– Exact Mina ! Et si nous ne l’avions pas aidée à se relever sous le poids de son vélo et de ses courses qui l’écrasait, elle aurait fait un arrêt cardiaque en tentant de le faire. »

 

Jean-Marc Dhainaut est né dans le Nord de la France en 1973, au milieu des terrils et des chevalements. L’envie d’écrire ne lui est pas venue par hasard, mais par instinct. Fasciné depuis son enfance par le génie de Rod Serling et sa série La Quatrième Dimension, il chemine naturellement dans l’écriture d’histoires mystérieuses, surprenantes, surnaturelles et chargées d’émotions. Son imagination se perd dans les méandres du temps, de l’Histoire et des légendes. Il vit toujours dans le Nord, loin d’oublier les valeurs que sa famille lui a transmises.

Brocélia
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/07/brocelia/

L’Œil du chaos
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/13/loeil-du-chaos/

La maison bleu horizon
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/13/la-maison-bleu-horizon/

Psylence
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/05/psylence/

Émotion, Drame, Fantastique, Noir, Poésie, Roman

BlackWater ******

Pluie
de Michael McDowell
Poche – 15 juin 2022
Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture

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Si le clan Caskey accuse le poids des ans, il est loin de s’être assagi : révélations écrasantes, unions insolites et réceptions fastueuses rythment leur vie dans une insouciance bienheureuse. Mais quelque chose surplombe Perdido, ses habitants et ses rivières. Le temps des prophéties est enfin venu.

« Je pense que c’est une erreur d’essayer d’écrire pour la postérité.
J’écris pour que des gens puissent lire mes livres avec plaisir,
qu’ils aient envie d’attraper un de mes romans
et qu’ils passent un bon moment sans avoir à lutter. »

Michael McDowell

 

• Couv_2023-087_Mc Dowell Michael - BlackWater ******

 

C’est un peu mélancolique, que je referme ce sixième et dernier tome qui offre un excellent recul sur l’ensemble… Pas moins de 1500 pages qui m’ont tenu en haleine. Extrêmement addictive, cette saga familiale sur plusieurs générations se lit vite, beaucoup trop vite.
Oui, je referme mon livre avec de nombreuses questions… mais la globalité du texte, tant par son suspense que par sa poésie en valait vraiment le détour.

De tome en tome, je me suis attaché, j’ai détesté, j’ai attendu parfois, j’ai été surpris souvent…
À Perdido, les femmes ont mené définitivement la danse dans ce récit follement romanesque et foncièrement populaire, historique aussi saupoudré de vengeance et de mystère et toujours ce brin de fantastique, remarquablement dosé, jamais gratuit, dans l’accompagnement des bouleversements émotionnels de la famille Caskey. Des incursions dans le monde des vivants qui sont, je le trouve, très réussies.

Coup de cœur pour ce roman dans son intégralité.
Coup de cœur pour ces éditions où chaque couverture est un chef-d’œuvre autant par les détails que par la qualité. Je ne me suis pas lassé de les regarder, de les décortiquer découvrant régulièrement de petits détails en lien avec le récit.
Et coup de cœur pour terminer, pour le concept du roman à épisodes, qui m’a fait retourner en enfance, lorsque j’attendais impatiemment les divers périodiques auxquels j’étais abonné !

Magnifique…

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Extraits :

« – Il est presque trop tard pour que vous ayez des enfants, soupira Queenie. J’espérais avoir un autre petit-fils. Mais peut-être que si vous vous y mettez rapidement…
– Queenie, je ne veux plus entendre un mot sur les enfants, coupa Miriam. Si je vois une de ces créatures chez moi, je me servirai de son crâne comme d’un pique-aiguilles. Malcolm, ne laisse pas ta mère te mettre des idées dans la tête à propos de petits-enfants, parce que je peux te garantir que personne ne me fera porter des vêtements de maternité. »

« Elle avait confiance en Lilah comme en elle-même. Ce que Lilah voulait était ce dont elle avait besoin ; ce qu’elle faisait était précisément ce que requérait la situation. En bref, la fillette devint rapidement insupportable. Or, Miriam ne s’apercevait de rien, ou peut-être choisissait-elle de ne rien voir. Elle la chérissait malgré son arrogance, et peut-être l’aimait-elle davantage à mesure que l’enfant devenait plus détestable avec les autres.
Oscar voyait tout ceci et s’en plaignait à sa femme et à son gendre. Selon lui, Elinor et Billy devaient intervenir avant que la petite fille ne soit irrémédiablement perdue. Mais ces derniers laissaient faire. »

« Tous ses rêves de jeune homme – ce qu’il obtiendrait, aurait et serait – n’étaient que des moyens pour parvenir à ses fins. Et cette finalité, c’était le bonheur.
Les choses ne s’étaient pas déroulées comme prévu, loin de là, pourtant il était raisonnablement heureux. Il craignait de se leurrer, de garder intentionnellement les yeux fermés pour clamer haut et fort que les barreaux de sa prison n’existaient pas. Peut-être existaient-ils bel et bien : c’était la maison, c’était Elinor, c’était le verger de pacaniers de l’autre côté de la route, c’étaient la digue et la rivière qui coulait derrière, Miriam et ses incessantes requêtes au téléphone d’un côté, et la forêt de pins sombres de l’autre. Mais si ces barreaux existaient bel et bien, il ne les voyait pas.
Sincèrement, il ne se sentait pas prisonnier ; et si c’était le cas, il faut croire que l’emprisonnement lui procurait un certain plaisir. »

« Il écouta, transporté de joie, avec stupeur ensuite lorsqu’une deuxième voix se joignit au chant, d’abord en cadence, puis à la façon d’un canon. Sa stupeur se fit émerveillement lorsqu’une troisième voix entra dans le chant. C’était celle d’Elinor. Elle chantait comme jamais Billy, ni personne à Perdido, ne l’avait encore entendue chanter. Les trois voix – « féminines, mais pas humaines », songea Billy – poursuivirent ainsi pendant plus d’une heure, aussi longtemps que dura la pluie. Quand celle-ci diminua, les voix aussi. Et quand l’eau ne tomba plus qu’une goutte après l’autre des avant-toits, le chant cessa tout à fait. Billy avait depuis longtemps perdu l’habitude de prier, mais là il implora les nuages de revenir, qu’ils s’abattent au-dessus de la maison dans l’espoir que les voix se remettent à chanter. Mais les nuages avaient dérivé loin de Perdido, et la maison demeurait silencieuse, à l’exception des plic ploc tombant du toit. »

 

Au-delà des manipulations et des coups de théâtre, de l’amour et de la haine, Michael McDowell (1950-1999), docteur en littérature, collectionneur d’artefacts mortuaires, co-créateur des mythiques Beetlejuice et L’Étrange Noël de monsieur Jack, et auteur d’une trentaine de romans, a réussi avec Blackwater à bâtir une série populaire de six livres captivants à l’atmosphère unique, à la croisée de la saga familiale et du fantastique.

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