Roman

Mille façons d’aimer

d’Anne Goscinny
Broché – 9 octobre 2024
Éditions : Grasset

C’est l’histoire d’un garçon et d’une fille qui s’aiment depuis toujours.
Jeanne et Raphaël se sont connus enfants, visages ronds, fossettes, pères absents. Et tout de suite ils se sont adoptés.
Frères et sœurs, âmes sœurs, amis amoureux ? Peu importe. C’est autour d’un jeu de société, sur fond de Dalida et Barbara, qu’ils jurent fidélité et vérité, jusqu’à ce que la mort les sépare.
Ils ont ensemble quinze ans, dix-huit, les jeux d’école laissent place aux lectures, à la découverte de la sexualité, aux conflits ou au trouble. Et le monde continue lui aussi de tourner : le sida fait des ravages.
C’est cette histoire que nous raconte Jeanne, lors d’une première promenade sans Raphaël à travers les rues ensoleillées de Paris. Ce jour de printemps, elle se rend au cimetière, assister à l’enterrement de celui qui lui est essentiel. Hier encore, ils avaient vingt-cinq ans tous les deux. Et aujourd’hui, Raphaël n’est plus là. Jeanne nous raconte les histoires d’amour impossibles, la maladie, le père disparu, et la passion des mots. Parfois l’amour ne dit pas son nom. Au pays de la mélancolie et du bonheur partagé, Anne Goscinny écrit la plus belle des lettres à Raphaël.

Jeanne a perdu sa mère…
Raphaël, son meilleur ami, succombera du Sida deux mois après.

Trente ans plus tard, elle se souvient de cette amitié extraordinaire qui l’a guidée toute son enfance jusqu’à sa maturité, traversant toutes les premières fois et les difficultés qui en résultaient.
Raphaël était là, Raphaël était toujours là.

Anne Goscinny rédige un véritable hommage à l’amitié et à l’amour dans ce récit. À une amitié qui a vu le jour dans la jeunesse d’un garçon et d’une jeune fille qui perdurera dans le temps alors qu’ils deviennent un homme et une femme, et plus encore le jour où Raphaël la quittera.
Dès lors, ce n’est plus de l’amour, c’est beaucoup plus fort.

Il existe de nombreuses manières d’aimer.
L’amitié est à l’origine de toute forme d’amour. Quel est alors le sentiment le plus intense ? L’amitié ou l’amour ? Alors qu’ils sont liés, la nuance peut parfois être délicate. Particulièrement, si une intimité particulière s’établit entre deux personnes, du même sexe ou pas. Il sera alors nécessaire de faire preuve de nuance, de subtilité, être capable de détecter les signaux cachés, savoir regarder, savoir écouter. Mais si l’amitié implique un homme et une femme, devons-nous évoquer “la camaraderie” sincère, la fraternité, les amis amoureux, ou les âmes-sœurs ? En réalité, peu importe. L’important est le bien-être que cet élan génèrera de manière mutuelle.

À l’aide de son style simple et épuré, l’autrice m’a emporté par sa douceur et la poésie de cette relation d’une force exceptionnelle. “Mille façons d’aimer” fait aussi référence à l’amour maternel et aux pères qui ne sont plus là…

Jeanne et Raphaël, resteront eux inséparables, au-delà du décès, pendant toutes ces années et à jamais, formant un lien crucial indéfectible.

Ce roman a résonné en moi, au-delà de sa tristesse, il est doux et bien rédigé, reste positif et ne tombe jamais dans le pathos.
Tout ce que j’aime, tout ce qui me touche.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Ce n’était plus le son de la tristesse elle-même qui m’accablait, mais l’absence de son écho.
Et puis, doucement, j’ai commencé à accepter ce contre quoi je m’élevais depuis trente ans : tu étais mort. La dernière promenade que j’avais imaginée n’avait pas eu lieu. Le jour de ton enterrement, j’étais allée seule à Montparnasse, en route, je n’avais croisé personne, et les fantômes que j’appelais de mes vœux étaient restés silencieux. »

« Je fais couler l’eau dans la salle de bains de ma mère, devenue mienne. Je me lave les cheveux, comme tous les jours. Ils sécheront en route.
L’eau très chaude me fait du bien. Je voudrais me recoucher. Ce soir, j’aurai enterré mon meilleur ami, mon frère, mon âme-sœur. Ce soir, quand je m’allongerai, tu reposeras sous la terre. »

« La lettre n’était pas cachetée, preuve de l’immense confiance que tu avais en moi. Le jour de ton enterrement, il y a trente ans, pour entendre ta voix une dernière fois, je l’ai ouverte et lue. C’est impardonnable. »

« Le temps du chagrin viendra, je n’ai ni doutes, ni illusions. Le deuil et son cortège de regrets, de blessures à vif. Le deuil et tout ce qu’on n’a pas eu le courage de se dire. Le deuil qui nargue le temps ensemble qu’on n’a plus, le deuil, qu’une seule consonne sépare de seuil. Pas de hasard lexical. Le deuil vous maintient sur le seuil d’une vie à côté de laquelle longtemps, toujours peut-être, vous allez passer. Le deuil et mon air triste. »

Fille de René Goscinny et de son épouse Gilberte2, Anne Goscinny est l’unique ayant droit de son père, dont elle gère toute l’œuvre en étroite collaboration avec les co-auteurs (Uderzo, Sempé…), éditeurs et producteurs.

Elle a suivi toute sa scolarité au lycée Molière (Paris). Elle est titulaire d’une maîtrise de littérature comparée (son mémoire porte sur Jean Rhys : de l’échec d’une vie à la création littéraire) de l’université Paris-III Censier.

Critique littéraire, elle a collaboré à de nombreuses publications dont Paris Match, Le Figaro littéraire, L’Express, Le Magazine littéraire, Pilote.

Elle est mariée à Aymar du Chatenet, ex-journaliste de télévision et éditeur.

Romans
Elle a publié six romans chez Grasset et un récit chez Nil. Certains titres sont disponibles au Livre de poche. Ses romans sont traduits notamment au Portugal, à Taïwan, en Corée et en Pologne. Elle a reçu le prix de la WIZO en 2007 pour son roman Le Père éternel.

Son livre, Le Bruit des clefs, est adapté par Marion Bierry en 2017 sous forme de lecture musicale au Théâtre du Girasole (Avignon) puis au Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme (Paris) à l’occasion des commémorations des 40 ans de la disparition de René Goscinny, accompagnée par le violoncelliste Henri Demarquette.

Elle écrit également pour la jeunesse. En collaboration avec la dessinatrice Catel, elle est l’auteur d’une série pour adolescents intitulée Le Monde de Lucrèce, recueil de nouvelles illustrées. Neuf volumes sont publiés chez Gallimard-Jeunesse, depuis mars 2018.

Mille façons d’aimer est son neuvième livre. Elle poursuit son œuvre pour les plus jeunes avec sa série Le monde de Lucrèce, illustrée par son amie Catel, dont le neuvième volume sera publié en septembre 2024.

Drame, Histoire, Noir, Roman, Thriller psychologique

Le onzième châtiment

de Tristan Marco
Broché – 11 septembre 2019
Éditeur : Auto-édition

• Bandeau_Intro_2 copie.jpg

“Qui oserait envisager qu’une poignée d’individus arrogants et cupides puissent jouer avec le destin des peuples comme on joue à la dinette ?”

Cassius Belly est vivant.
La nouvelle suscite à ce point l’inquiétude qu’elle réunit en urgence dans un motel miteux du Nevada, le chef d’une importante agence du Renseignement américain, une éminente chercheuse en immunologie et un haut fonctionnaire suisse.
Vingt ans qu’ils ne s’étaient pas revus. Vingt ans qu’ils le croyaient mort. Le doute qui se distille en eux comme un poison va les contraindre à revisiter un passé que tous s’étaient jurés de ne jamais déterrer.
Entre le Congo Belge de 1958 et le Paris des années 80, les pièces du puzzle s’assemblent, laissant entrevoir les contours d’une chimère.
Lorsque la vérité menace de sortir de l’ombre, lorsque les histoires d’amour sont à ce point contrariées, chacun doit faire face à ses démons, ses incohérences et ses faiblesses.

 

2024-105_Marco Tristan - Le onzième châtiment

 

La littérature à cela de magnifique… On ne sait jamais où elle nous emmènera !

Le onzième châtiment est un roman fort, dur et très actuel. La recherche d’influence, le pouvoir à tout prix, la position de l’Église et des États face au peuple, les mensonges et les dissimulations diverses.
Après Le sang de la licorne et L’étrange cohérence du sablier, je me doutais que ce troisième roman risquait de me plaire. Il est allé bien au-delà.

De nombreuses phrases m’ont marqué durant ma lecture, mais il en est une qui m’a saisie de par son évidence et qui résume assez bien là où veut nous mener l’auteur.
« Chercher à comprendre, c’est commencer à désobéir. »

Un roman très équilibré entre deux époques, le Congo Belge en 1958 et Paris, dans le quartier de Pigalle, en 1980. Tristan, dans son histoire très crédible et addictive, nous propose des personnages qui tiennent vraiment le roman. Ils sont tantôt complexes et profonds avec leurs côtés sombres, tantôt faillibles et blessés, mais toujours menés avec habileté, les différents indices de l’histoire eux se dévoilent petit à petit, faisant littéralement exploser le récit au moment où je m’y attendais le moins. Tout est parfaitement maîtrisé.

Il m’est impossible de développer plus, de peur de trop en dire sur l’intrigue globale et mondiale proposée par Tristan.
Ce que je peux encore ajouter, c’est que Tristan est un grand auteur. En plus de capter ses lecteurs avec des récits prenants, des sujets gravitent toujours entre les frontières ô combien complexes de la violence, de la maltraitance et de l’amour et la bienveillance… Il ose pénétrer dans les “malaises” de l’humanité, des hommes de pouvoir et de ses “décideurs”.

Merci Tristan pour ce beau roman !

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Il entre dans le motel et se dirige vers le fond d’une salle tout en longueur aux grandes baies vitrées. Une femme blonde, la cinquantaine, est déjà installée à une table et l’attend devant un café fumant. Il s’avance jusqu’à elle et la gratifie d’un baisemain.
— Le temps n’exerce aucun effet sur vous, Merry. »

« Souvent, il m’est arrivé de m’interroger sur le sens de tout cela. Sur le sens de ce chaos qui a toujours sévi en moi. J’ai enduré maintes souffrances physiques, psychiques… infligé tant de blessures à mon âme.
C’est maintenant que je suis sur le plongeoir, prêt à faire le grand saut vers l’inconnu, que je ressens cette urgence de me poser un instant pour réfléchir à cette existence. À toi… à moi… à lui.
La vie est faite d’intervalles, ma toute belle.
Elle est un livre où s’intercalent des pages de petits bonheurs au milieu de chapitres de souffrances. »

« “Ils représentent l’avenir de l’humanité”, martèle sans cesse le docteur Kendal avec une obstination conférant au déni. Quel meilleur moyen de justifier les sévices répétés que l’on fait subir à des animaux que d’invoquer une grande cause. »

« Le silence n’est pas un luxe. Il s’avère parfois une absolue nécessité. Juste pour récupérer de ces coups de barre à mine qui viennent de briser Meredith à tout jamais… qui viennent de briser l’adulte… le médecin… la femme.
— Est-ce que je peux retourner jouer, à présent ?
interroge l’enfant.
Le temps suspend sa course. Le malaise d’un haut-le-cœur nauséeux s’empare de l’Américaine. Elle demeure immobile, ébranlée. Anéantie par ce récit morbide, insupportable. Bouleversée par cette aptitude à vivre, ou plutôt à survivre. L’absence totale d’émotions de Divine confine à l’irrationnel. »

 

Né le 27 mars 1971, Tristan Marco a exercé pendant plus de vingt années le métier de pilote d’hélicoptères, spécialisé dans le sauvetage en mer, comme en montagne. Il est à présent pilote Garde-côtes.

Son premier roman, L’étrange cohérence du sablier (2018), est témoin d’une urgence intérieure de faire partager ses ressentis et son univers, au travers d’un thriller métaphysique.
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/06/letrange-coherence-du-sablier/

Vient ensuite Le onzième châtiment (2019), un thriller politique et d’aventures qui fait voyager le lecteur entre le Congo Belge juste avant son indépendance, et le Paris des années 80.

Le sang de la licorne (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/04/18/le-sang-de-la-licorne/
Un polar noir dans lequel deux officiers de gendarmerie se débattent dans une enquête sordide et une course contre la montre pour appréhender un mystérieux tueur en série qui laisse systématiquement sur le lieu du crime des huiles sur toiles aux accents bibliques.

Facebook :
https://www.facebook.com/tristanmarcoauteur/

Instagram :
https://www.instagram.com/tristan.marco.auth/

Émotion, Drame, Histoire, Poésie, Roman

Madelaine avant l’aube

de Sandrine Collette
Broché – 21 août 2024
Éditions : JC Lattès

• Bandeau_Intro_2 copie.jpg

C’est un endroit à l’abri du temps. Ce minuscule hameau, qu’on appelle Les Montées, est un pays à lui seul pour les jumelles Ambre et Aelis, et la vieille Rose.
Ici, l’existence n’a jamais été douce. Les familles travaillent une terre avare qui appartient à d’autres, endurent en serrant les dents l’injustice. Mais c’est ainsi depuis toujours.
Jusqu’au jour où surgit Madelaine. Une fillette affamée et sauvage, sortie des forêts. Adoptée par Les Montées, Madelaine les ravit, passionnée, courageuse, si vivante. Pourtant, il reste dans ses yeux cette petite flamme pas tout à fait droite. Une petite flamme qui fera un jour brûler le monde.

Avec Madelaine avant l’aube, Sandrine Collette questionne l’ordre des choses, sonde l’instinct de révolte, et nous offre, servie par une écriture éblouissante, une ode aux liens familiaux.

« Sandrine Collette s’élève au sommet de son art. »
Le Parisien

« Tout simplement impressionnant »
Lire Magazine littéraire

« Un roman intense et terrible »
Femme Actuelle

« La romancière est au sommet de son art. »
Version Femina

« Éblouissant »
Point de Vue

« Artisane d’une écriture mêlant tournures incantatoires et mots rugueux, sensations précises comme des coupures, images vives, nature puissante, Sandrine Collette fait tourbillonner les éléments du décor et les pantins qui l’habitent en un ballet macabre, captivant, tandis que les planètes s’alignent pour précipiter ce petit monde dans le chaos. »
Le Point

« Un génial tour de force »
La Vie

« Ce texte déborde de vie »
Télérama

« Une écriture magnifique »
Madame Figaro

« Notre Goncourt à nous. »
Le Parisien

« Une grande réussite »
Le Monde des Livres

« Un talent hors pair de raconteuse d’histoires »
L’OBS

« Un roman magistral »
Version Fémina

 

• Couv_2024-104_Collette Sandrine - Madelaine avant l'aube.jpg

 

C’est le septième roman de Sandrine Collette qui passe entre mes mains.
Sandrine, pour moi fait partie des autrices qui ont su s’affranchir d’une certaine bienveillance pour aller vers une prose personnelle, parfois choquante, parfois très poétique. Je ferme mon livre en me disant qu’encore une fois, elle nous offre une sacrée évasion littéraire…

Ce roman est un peu comme une ode. Une ode à la puissance de la nature, une ode à la famille, à l’histoire des paysans et tout simplement à la vie, dans un monde où les hommes et les femmes vivent courbés face à leurs maîtres. Ici, le droit de cuissage n’est pas une “légende”, il est la peur que ressentent toutes les femmes et toutes les jeunes filles. La vie est très dure, et les intempéries qui pourrissent les cultures n’arrangent rien à la faim qui est leur quotidien dans le hameau où ils vivent, que l’on ne peut situer ni dans le temps, ni dans les lieux. Tout ce que l’on sait, c’est que la vie est dure, très dure…
Et un jour, Madelaine, petite fille abandonnée, apparaît dans le hameau. Elle sera accueillie avec beaucoup de bienveillance par deux sœurs jumelles, Ambre et Aelis. Bran, le narrateur du récit, et personnage emblématique, voit tout de suite en Madelaine, une fille différente qui n’a peur de rien et est capable de s’imposer malgré son jeune âge face aux hommes. Bran l’aime et lui sera fidèle jusqu’au bout…

L’histoire est magnifique, et à un moment de ma lecture, je me suis rendu compte que Sandrine, par une ponctuation particulière, des phrases sans verbe, ou “presque” incomplètes, nous obligeait à créer une sorte de liens, de trouver nos propres mots pour avancer dans le récit !
Rien que pour ça, ce livre mérite votre attention, on est obligé d’entrer ainsi dans les pensées de l’autrice…

Récit prenant jusqu’aux entrailles, récit coup de poing et bouleversant qui sort des lieux communs et qui a élargi mon horizon… Encore une fois Sandrine frappe là où je ne l’attendais pas, mais quel plaisir…
Coup de cœur pour Madelaine, même si je ne sais toujours pas si elle m’a mené vers la lumière ou la noirceur, vers une suite… peut-être ?

÷÷÷÷÷÷÷
Extraits :

« La terre frémit sous leur pas lourd. Ils se hâtent, de cette lenteur presque hypnotique des grands corps épuisés après une journée de labeur – interrompue bien avant l’heure, quand l’enfant est venu. Ils vont côte à côte l’homme et le cheval, puant l’un et l’autre la sueur séchée sur leur peau rugueuse, le premier essuie la poussière qui fait du gris sur son front et l’autre secoue la tête pour se débarrasser des mouches. L’enfant marche devant, se retourne pour les attendre. Il ne dit rien, mais tout dans son attitude trahit son impatience. »

« Nous vivons au bout du monde. Le fleuve Basilic serpente sur toute la frontière de notre région, la coupant du reste de l’univers. De notre côté de la rivière, il y a quelques marais et puis en retrait, le village et derrière le village des fermes éparses comme celle de Rose, qui fait partie de cet ensemble de trois maisons qu’on appelle les Montées. Il y a des forêts et il y a des champs, et encore loin après, tout cela s’étiole et se termine par une montagne de lave presque verticale que personne ne s’est jamais aventuré à gravir. »

« Aelis et Ambre ont été inséparables, enfants. Elles n’avaient pas les mots pour parler d’âme-sœur pourtant il n’y en avait pas d’autre, deux petites filles n’en faisant qu’une tant leur communion d’esprit était forte, deux petites filles qui se suivaient telles des ombres, reproduisant exactement les gestes l’une de l’autre sans s’être copiées ni concertées, jusqu’au son de leur voix que leur mère ne différenciait pas. À elles deux, elles avaient créé un monde. Elles se suffisaient à elles-mêmes, ignorantes des regards qu’on leur jetait soit parce que leur ressemblance sidérait, soit parce que leur beauté fascinait. Elles inventaient des histoires qu’elles étaient seules à comprendre et qui ne faisaient rire qu’elles. Leur enfance fut un temps de partage et de bonheur. »

« L’hiver est passé sur le chagrin de Madelaine. Comme pour les hommes, la mort du chien est devenue invisible. On n’a plus le temps, ni la force. De plus en plus, les pensées sont obnubilées par la nécessité de se mettre quelque chose d’infime sous la dent chaque jour, cela a l’aigreur et l’acuité des poignards fouaillant les corps, la sensation est physique, terriblement réelle, tellement que lorsque les hommes ont crevé, on les a à peine pleurés. »

 

Sandrine Collette, née en 1970 à Paris, est une romancière française.
Elle aime la campagne profonde, la forêt, la montagne, les vignes. Tout naturellement, elle aime situer ses intrigues dans un univers rural, même si son petit polar Une brume si légère, est exceptionnellement urbain. La romancière part toujours d’une image qui lui permettra de dérouler le fil de sa fiction.
Devenue l’un des grands noms du thriller français, une fois encore, elle montre son savoir-faire imparable dans Six fourmis blanches (2015).

Il reste la poussière (2016) obtient le Prix Landerneau du polar.
En 2017 paraît Les larmes noires sur la terre.

Son huitième roman, Et toujours les forêts, une fiction post-apocalyptique, a été récompensé, en 2020, par le prix de La Closerie des Lilas, le prix Amerigo Vespucci 2020 et le grand prix RTL-Lire.

Elle partage son temps entre la région parisienne et son élevage de chevaux dans le Morvan.

Animal
https://leressentidejeanpaul.com/2021/01/19/animal/

Juste après la vague
https://leressentidejeanpaul.com/2019/10/10/juste-apres-la-vague-de-sandrine-collette/

Et toujours les Forêts
https://leressentidejeanpaul.com/2022/12/08/et-toujours-les-forets/

Émotion, Drame, Roman

Tenir debout

de Mélissa Da Costa
Broché – 14 août 2024
Éditeur : Albin Michel

• Bandeau_Intro_5 copie.jpg

Jusqu’où peut-on aimer ? Jusqu’à s’oublier…

Le nouveau roman de Mélissa Da Costa nous plonge au cœur de l’intimité d’un couple en miettes et affronte, avec une force inouïe, la réalité de l’amour, du désespoir, et la soif de vivre, malgré les épreuves.

« Elle a conquis ses lectrices avec Tout le bleu de ciel, les a désarçonnées
avec La Doublure et enthousiasmées avec Les Femmes du bout du monde. »

Olivia de Lamberterie, Elle

« Un succès complètement mérité. »
Augustin Trapenard, La Grande Librairie

« Mélissa da Costa, la jeune romancière qui chamboule tout ».
Mohammed Aïssaoui, Le Figaro littéraire

« Cette intrigue bouleversante nous tient en haleine
au fil de rebondissements imprevisibles. »

Pelerin

 

• Couv_2024-102_Da Costa Melissa - Tenir debout

 

Je pourrais résumer ce magnifique roman en un mot : bouleversant !

En quelques romans Mélissa Da Costa à su toucher de nombreux lecteurs, et comme je les comprends, j’ai plongé avec plaisir moi aussi dans chacun de ses ouvrages.

Je sentais “Tenir debout” très différents de ses autres romans. Je ne me suis pas trompé.
Mélissa entre pour moi définitivement dans la cour des “grands”, et je continuerai de la suivre…

Tristesse, perdition, violence, haine, amour, sincérité, Mélissa aborde tous les sentiments vécus par tous les couples. Ce récit parle de la vie, avec ses hauts et ses bas. Comment ne pas être captivé, déconcerté… touché par le vécu de François et d’Éléonore… couple fusionnel confronté à l’une des épreuves les plus compliquées à surmonter, le handicap physique dans la vie d’un couple. Le récit oscille constamment entre amour et colère, entre angoisse et espoir. Difficile de ne pas verser quelques larmes durant ma lecture où je me suis senti rempli d’empathie pour l’un ou l’autre en sachant tout au fond de moi qu’ils avaient tantôt raison et tort à la fois.

Alors, c’est un livre qui forcément fait réfléchir, et au fur et à mesure de ma lecture, je devais accepter les choix de l’autrice dans son roman coup de poing, acquérir une autre vision, sur nos aptitudes à changer lorsque le besoin est là, comment s’adapter, afin que la vie puisse triompher avant qu’elle ne prenne une tournure allant définitivement vers l’irréparable.

L’autrice nous évoque ainsi que le handicap n’annule aucun de nos rêves. Il les transforme, mais ils sont bien là, toujours présents et n’attendent que d’être à nouveau révélés.
C’est dur, c’est éprouvant et tellement beau pourtant !
Une lecture captivante, pleine de réalisme, que je vous conseille.

÷÷÷÷÷÷÷
Extraits :

« J’ai mal. C’est à peu près la seule réalité dont j’ai conscience. J’ai mal. Atrocement. C’est diffus. Comme un halo qui irradie en continu dans mon dos jusqu’à ma nuque et mes mâchoires. Chaque inspiration, chaque expiration, comme si mes côtes avaient été écartelées, puis broyées minutieusement jusqu’à ce qu’il ne reste que des miettes. Je souffre, mais je serre les dents. Si j’ouvre la bouche, si je parviens à produire un grognement, ils me demanderont : « Tout va bien, monsieur Louvier ? Vous avez mal ? »

« Le petit gobelet de café a refroidi. Je n’y ai pas touché non plus. Cinq heures que je suis plongée dans ce drôle d’état second, calme et apaisé. Les pas et le roulement des chariots dans le couloir me bercent. Les bips des machines de François me rassurent. Si je reste ici, ça ira. Je me répète cette phrase en boucle. J’appréhende le moment où on me mettra dehors, où je retrouverai le vent glacial de la fin octobre, les gens, le bruit, l’agitation.
“Vous voulez mettre la télévision ? a demandé l’infirmière qui est passée plus tôt.
– Non.” »

« Tout se mélange dans ma tête. L’angoisse, la peur, la surprise et l’incompréhensions. Je fixe la porte de la chambre avec crainte tandis que François soulève la laine de mon chandail, pose son nez entre mes seins, dans la chaleur de ma peau, au plus près des battements de mon cœur.
“François…”
Alors il se met à pleurer, ici, contre ma poitrine. Je passe mes mains dans ses cheveux. Des mains tremblantes. Je murmure : “Ça va aller, mon amour. Je ne partirai pas.”
Je ne crois pas qu’aucun mot le réconforte. Mais là, contre mon corps, il se sent à l’abri. Protégé.
“Ça va aller, tu verras…” »

« “Je crois que j’aimerais parler de l’immeuble tout entier. De la société tout entière. Ce monsieur qui s’abrutit avec la télévision, cette famille bridée par le caractère tyrannique du père, ce couple dont les téléphones portables ont pris toute la place … /… nous sommes tous enfermés dans notre quotidien, nous sommes tous dans ces carrés de lumière jaune sur la façade d’en face, à quelques mètres les uns des autres, et pourtant éminemment seuls. Mais si nous nous regardions, nous découvririons tous ces alter ego aussi seuls que nous, aussi désœuvrés, angoissés, optimistes, peureux, amoureux, emplis d’espoirs, de rêves, de craintes. Le message pourrait être alors : ouvrons grand les fenêtres et rencontrons-nous ! Un message d’humanité… Tu vois ?”
Je vois. Parfaitement. »

 

Mélissa Da Costa est une romancière française.

Après des études d’économie et de gestion à l’Institut d’administration des entreprises de Lyon (IAE) (2008-2011), elle est chargée de communication dans le domaine de l’énergie et du climat. Elle suit également des formations en aromathérapie, naturopathie et sophrologie.

Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade (2017), sorti en librairie sous le Tout le bleu du ciel (2019), est son premier roman.
Salué par la presse, il a reçu le prix du jeune romancier au salon du Touquet Paris Plage.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/09/17/tout-le-bleu-du-ciel/

Je revenais des autres (2017), et Les Lendemains (2020), sont portés par les libraires et salués par la presse, ils ont conquis plus d’un million de lecteurs.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/04/je-revenais-des-autres/
https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/18/les-lendemains/

Les douleurs fantômes (2022) est lauréat du Prix Babelio – littérature française 2022.
https://leressentidejeanpaul.com/2022/08/25/les-douleurs-fantomes/

La Faiseuse d’étoiles
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/17/la-faiseuse-detoiles/

Les Femmes du bout du monde
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/31/les-femmes-du-bout-du-monde/

Elle figure au palmarès du Figaro des auteurs français ayant le plus vendus de livres.

Émotion, Drame, Philosophique, Roman

Peindre la pluie en couleurs

de Aurélie Tramier
Poche – 2 février 2022
Éditions : Le Livre de Poche

• Bandeau_Intro_2 copie.jpg

Morgane est une directrice de crèche solitaire et revêche qui ne supporte plus les enfants. À trente-cinq ans, elle vit dans le rêve de racheter une pension pour chiens. Tout vole en éclats lorsque sa sœur meurt dans un accident de voiture, lui laissant ses deux enfants en héritage. L’arrivée d’Eliott, dix ans, et de Léa, six ans, bouscule son quotidien maniaque et fait ressurgir un passé douloureusement enfoui.

Les voix de Morgane et d’Eliott alternent dans ce roman pour nous tracer la reconstruction d’une femme blessée qui découvre la force de l’amour maternel.

“Un roman attachant et touchant.”
Isabelle Theillet, Page des libraires.

“C’est un très joli livre, plein d’émotion, de tendresse.”
Gérard Collard, Le Magazine de la santé, France 5.

 

• Couv_2024-099_Tramier Aurélie - Peindre la pluie en couleur

 

“Peindre la pluie en couleurs” commence comme un tunnel sombre. Puis apparaît une petite étincelle…
L’étincelle se diffuse devient de plus en plus puissante, elle se rapproche, doucement tout doucement. Elle se nomme Eliott, Léa, elle se nomme aussi Linh, Viviane, Snoopy, Laura, Tiago, Jean-Michel, Alice et sa mère Valérie, et elle se nomme aussi Lancelot…

L’étincelle brille de plus en plus, puis se transforme en lumière, et finalement, le tunnel disparaît. Morgane aperçoit l’horizon, là, juste devant, devant aux yeux. Le soleil finira-t-il par briller enfin pour elle ?
Détrompez-vous ce n’est pas un conte de fées, c’est une simple histoire, une histoire de tous les jours, un peu la mienne, la vôtre aussi peut-être…

Aurélie, avec des mots tendres et beaucoup d’émotion, nous raconte les épreuves vécues par Morgane durant toute sa vie. Il aura fallu le décès de celle qu’elle aimait le plus au monde, sa “petite” sœur qui lui confiera ses deux enfants, avant son dernier souffle, pour qu’enfin l’envie de se battre émerge au fin fond d’elle-même…
Commencera alors pour elle, une nouvelle vie, pour laquelle elle ne s’était pas préparée du tout !

Un magnifique roman qui donne envie de lutter, pour vivre…

÷÷÷÷÷÷÷
Extraits :

« Je tombe.
C’est sans fin.
Comme Alice quand elle saute dans le terrier du lapin.
Léa est en train de décrocher la lune. Je touche le fond de la piscine, je vais me noyer, c’est sûr.
— Viens, Eliott ! Pourquoi tu te balances pas ?
crie Léa.
Je suffoque. Je jette par terre la médaille dont le cordon m’étrangle. Une main se pose sur mon épaule.
Je sursaute. C’est Morgane, sans son sourire. »

« C’est ici que je dis au revoir à ma petite sœur, mon amie, ma confidente. Celle qui me poussait, m’aimait sans condition. La seule à qui j’aurais pu tout dire et qui pourtant ignorait tout. Celle que j’aimais, qui savait se taire et simplement écouter.
Ma petite mère. Je ne m’en remettrai jamais. »

« Émilie, mais pourquoi es-tu partie ?
En vrai, je m’en fous de ces livres, mais toi, pourquoi m’as-tu abandonnée ? Je n’avais que toi… Et pourquoi m’as-tu choisie moi, bon sang ? Tu me voyais meilleure que je ne le suis… Tu as toujours cru en moi. En vrai, je suis nulle, je ne suis qu’une pauvre fille solitaire, je ne sais rien faire avec les enfants, je n’ai jamais réussi.
Il y a tant de choses que je ne t’ai pas dites… Mais j’avais si peur que tu t’éloignes… Je ne pouvais pas risquer de te perdre, tu comprends ? Pardonne-moi…
Pardonne-moi de ne pas t’avoir parlé… Mais jamais, jamais je n’aurais pensé que tout s’arrêterait d’un coup.
Comment aurais-je pu ? Après tout ce que j’ai fait…
Contre un arbre… Je l’aurais scié de mes mains si l’avais su. Un arbre… Même pas beau… »

« J’écrase sur mes joues une ou deux larmes qui auraient pu la réveiller en tombant sur elle. D’autres glissent dans mon cou. Mon cœur bat au rythme du sien qui s’apaise.
Ma petite nièce.
Ma toute petite nièce.
Ma petite fille.
Ma toute petite fille.
Tu me réveilles toutes les nuits depuis trois semaines. Je suis à bout, je n’arrive plus à travailler convenablement, j’ai trop de choses à penser toute la journée. À la crèche, je suis de plus en plus impatiente, les filles le remarquent… »

« Sur le parvis, un rayon sèche mes larmes. Le ciel n’a pas encore fini de pleurer, mais un arc-en-ciel vient peindre la pluie en couleurs. Je reprends lentement le chemin de la crèche. Au fond de ma poche, je trouve tout un tas de petits cailloux collectés par Léa au square le week-end dernier et fourrés dans mon manteau plutôt que dans le sien. J’égrène machinalement les petites pierres une à une jusqu’à la bouche de métro, sans cesser de penser à cette flammèche rouge qui brûle mon chagrin dans le cœur d’une église. »

 

Née à Aix-en-Provence en 1982, Aurélie Tramier a poursuivi des études littéraires à Paris avant de se reconvertir dans le marketing. Mère de trois garçons, elle habite Munich où elle partage son temps entre l’écriture et son métier d consultante. Elle est l’autrice de :
– Vous reprendrez bien un petit chou ? (KDP 2017),
– Peindre la pluie en couleurs (Belle Étoile 2020, Livre de Poche 2022)
– La Flamme et le papillon (Belle Étoile 2022, Livre de Poche 2024)
– Bien-Aimée (Belle Étoile 2024).

Chacun de ses romans explore un thème profondément différent, tout en gardant une signature commune : l’émotion.

Bien-Aimée a obtenu le Prix de l’Académie d’Aix en juin 2022 et a été en finale du Prix Maison de la Presse 2022. Il est en sélection pour le Grand Prix Littéraire de Provence et le Prix Mare Nostrum.

La Flamme et le papillon a obtenu le Prix du Roman des Amis de l’Académie d’Aix en juin 2022 et est en sélection du prix Choix des Libraires 2024 (Livre de Poche).

Peindre la pluie en couleurs a été en sélection du prix Choix des Libraires 2022 (Livre de poche) et du grand prix Audiolib 2024.

Ils en parlent:

Virginie Grimaldi : “J’ai adoré, j’y pense depuis que je l’ai lu”.

Gérard Collard : “Un roman historique, une histoire d’amour magnifique, une très très grande écrivaine”.

Isabelle Theillet : “Un roman attachant et touchant.”

Émotion, Drame, Roman

Jardin(s) – La Femme trouée

de Francis Denis
Broché – 1 avril 2020
Éditions : La Route de la Soie Éditions

• Bandeau_Intro_1 copie.jpg

Comment résumer les écrits de Francis Denis ?
Comment narrer les vies de ses personnages ? Nous faut-il une musique ? Une couleur ? Une odeur ?
C’est Alain Cadéo qui en parle le mieux.
Il écrit « Préfacer, postfacer, nous préférons passer, glisser, nous “effacer”, comme les personnages si attachants et tristement oubliés de Francis Denis. Rêveurs et acharnés, pitoyables démons venant gratter les portes de nos cerveaux-greniers. Tant de tendresse inaboutie ! Combien de crimes n’avons-nous pas commis au nom d’impossibles amours ? Combien de rêves avons-nous faits brouillant les cartes du réel ? Vagabonds de l’esprit ? »

 

• Couv_2024-098_Denis Francis - Jardins(s) - La femme trouée

 

Préfacé par notre regretté, Alain Cadéo, je termine à l’instant, jardin(s), un roman de Francis Denis, que je découvre…

Une lecture agréable qui nous raconte la vie de René, avec un peu humour parfois. Un homme un peu perdu, un homme qui se cherche. Il a besoin d’être reconnu, aimé, ou peut-être tout simplement qu’on le remarque…
Alors il a une idée, une belle idée même et ça marche, petit à petit les voisins lui parlent, lui rendent visite, il est enfin heureux. Mais la vie ne fait pas de cadeau, jamais…
Survient alors “LE dérapage” qui pourrait remettre sa nouvelle vie en question.

Je continue tranquillement ma lecture et “surprise”, un autre texte plus court La femme trouée, suit le premier roman, et là…

Je suis resté bouche bée !
On change de registre. Cette fois-ci, c’est une femme ou plutôt deux femmes qui sont nos héroïnes. Marguerite et Marthe.
Marguerite est la fille de Marthe, elle ne veut pas grandir pour ne pas souffrir. Elle sait que la vie des adultes est compliquée, sans répit. Elle ne veut pas abandonner ses poupées et une certaine insouciance, mais Marguerite à cinquante-trois ans, Marthe est très inquiète…

Cette seconde histoire bouleversante, je pèse mes mots, je ne l’ai pas vue arriver du tout !
La première m’avait titillée, la seconde m’a subjuguée !
Beaucoup d’émotions et une maîtrise toute particulière de ce que nous sommes et de ce que nous voulons être. Des hommes, des femmes essayant de vivre, voire de survivre, dans un monde où les rapports humains et les sentiments tendent à disparaître…
Cinquante-trois pages qui m’ont complètement retourné la tête.

Mais qui donc est Francis Denis, pourquoi n’est-il pas plus connu ?

Francis Denis est né le 30 janvier 1954 à Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, il n’en est pas à son premier ouvrage, d’ailleurs, il écrit aussi des poésies, mais c’est surtout par la peinture qu’il s’est fait connaître et comme il le dit très bien lui-même : « Je ne peins pas pour faire beau, mais pour faire vrai. »
Je vous invite à aller sur divers sites et à découvrir ses différentes toiles.
Et plus encore si vous êtes curieux, ce premier livre coche pour moi de nombreuses cases.
C’est une très belle surprise qui m’a donné envie de suivre ce “nouvel” auteur, qui en quelques lignes seulement a su parler à mon cœur…

Je pense que Francis est un artiste, un vrai, dans tous les sens du terme, tout simplement…

÷÷÷÷÷÷÷
Extraits :
« Nous habitons rue des Galets, dans un quartier relativement calme bien qu’il ne soit pas résidentiel.
Les maisons sont toutes mitoyennes, mais l’ensemble ne ressemble heureusement pas à cet alignement de façades toutes identiques que l’on peut trouver dans les corons, ce qui y rend sans doute la vie bien monotone. »

« Il fallait s’y attendre. La police a débarqué chez moi ce matin.
Ils ont épluché les factures, vérifié les dates de chaque intervention, m’ont interrogé longuement sur l’état de santé morale et psychique de Théodore. Ils ont inspecté de fond en comble le jardin et n’ont rien trouvé.
Qui pourrait penser un instant qu’un cadavre puisse reposer à plusieurs mètres de profondeur sous les rires de quelques enfants jouant dans une minuscule pataugeoire ? »

« Marthe se demande si Marguerite est également en mesure de replonger dans ses souvenirs, tout au moins ceux qui auraient pu la rendre heureuse pour le reste de son existence.
Les souvenirs, ça se cultive. Comme les légumes dans le potager, il faut en prendre soin, leur parler, apaiser leur soif, leur murmurer des mots gentils ou encore chantonner tout en remuant la terre tout autour pour qu’ils puissent respirer et s’épanouir en toute tranquillité. »

« Marguerite repose le stylo sur le cahier aux pages couvertes d’écritures. Elle aurait pu se servir de l’ordinateur, mais elle préfère laisser couler l’encre sur le papier.
Elle se sent apaisée et observe le paysage avec émotion à travers la baie vitrée.
Au loin, des navires sillonnent la page grise de l’océan…
Pour elle, ce sont autant de bouteilles à la mer, de messages d’espoir, d’appels à l’aide, autant de mots en partance abandonnés au bon vouloir des vents et des courants. »

 

Francis Denis est né en 1954. Auteur et artiste peintre autodidacte, il réside à Longuenesse, dans le Pas-de-Calais, près de Saint-Omer, en France. Il a été éducateur de 1973 à 2014. Il fut le co-fondateur de la revue poétique Lieux-d’Être avec le poète Régis LOUCHAËRT puis co-organisateur du festival d’art sacré contemporain « Les Regardeurs de Lumière » en la cathédrale de Saint-Omer de 2008 à 2013.

La Route de la Soie – Éditions est une maison indépendante dont le but est de faire émerger des passerelles d’humanités, des résistances poétiques.

Émotion, Drame, Essai, Histoire vraie, Roman

À pied d’œuvre

de Franck Courtès
Broché – 24 août 2023
Éditions : Gallimard

• Bandeau_Intro_4 copie.jpg

“Entre mon métier d’écrivain et celui de manœuvre, je ne suis socialement plus rien de précis. Je suis à la misère ce que cinq heures du soir en hiver sont à l’obscurité : il fait noir mais ce n’est pas encore la nuit.”
Voici l’histoire vraie d’un photographe à succès qui abandonne tout pour se consacrer à l’écriture, et découvre la pauvreté. Récit radical où se mêlent lucidité et autodérision, À pied d’œuvre est le livre d’un homme prêt à payer sa liberté au prix fort.

 

• Couv_2024-088_Courtès Franck - À pied d'œuvre

 

Je termine à l’instant ce roman, qui n’est est pas un !
“À pied d’œuvre”, n’est pas une fiction, c’est l’histoire d’une vie, l’histoire d’un choix.

Franck Courtès, décide un jour de claquer la porte d’un monde qui lui a permis de vivre pendant vingt ans, mais surtout d’un monde où il ne se reconnaît plus. Il était photographe, croisant dans son quotidien artistes, sportifs et hommes d’affaires connus. Il a stoppé sa carrière par choix, et s’ouvrir vers une autre direction artistique, l’écriture.
Mais tout ne sera pas si simple…

J’ai suivi ainsi le parcours difficile d’un écrivain qui accepte tous type de “petits” boulots, manœuvre, livreur, jardinier ou encore serveur quand il n’est pas cuistot pour subsister. Le ton du récit est rythmé, drôle parfois, mais je n’ai pu m’empêcher d’entendre la lutte constante dans l’esprit de l’auteur, de toutes les difficultés qu’il doit balayer afin d’affronter le présent. Franck Courtès ne tombe jamais dans le pathos. Il est là, tout simplement, il survit en nous offrant sa voix et son regard sur un monde qui évolue, où le paraître est devenu plus important que l’être, où les sentiments passent en arrière plan, mais il ne juge pas, jamais. Il avance et chaque jour est un nouveau jour. Aujourd’hui 10 €, demain 35 € et peut-être un peu plus d’ici la fin de la semaine, il ne le vit pas comme une victime, mais comme un homme qui se bat.

Ce livre nous montre de quoi nous sommes capables, lorsque nous avons défini les priorités qui nous importent. Pour Franck, la décision sera définitive malgré les diverses discussions qu’il a pu avoir avec sa famille. Il ne reviendra plus en arrière, et tel un combattant se voue à sa nouvelle passion. Il veut écrire, surtout donner et partager…

Une lecture que j’ai trouvée très intéressante et “enrichissante” sur la misère due à la mondialisation, à la non-réglementation face au travail “de la rue”, son côté bon marché, l’exploitation de ceux qui la subissent, et la difficulté de ces travaux régulièrement très physiques.

Livre lu d’une traite !
Un sujet grave, intelligent, écrit avec finesse poésie et beaucoup d’humanité.
Un autre regard sur un monde injuste à la précarité sans limite, et pour moi aussi, hypocrite…

Hier soir, a eu lieu notre dîner mensuel du Cercle littéraire du Château de l’Hermitage, j’ai passé une excellente soirée, peut-être même l’une des meilleures à ce jour pour moi.
J’ai rencontré et pu discuter avec Franck.
J’ai tout de suite reconnu l’homme que j’avais deviné à travers ses lignes. Un homme simple et bon, un homme qui va simplement là où il doit aller…

“À pied d’œuvre”, la vie d’un homme que je vous recommande tout particulièrement !

÷÷÷÷÷÷÷
Extraits :

« Pour le dire en deux mots : j’ai cessé mon activité de photographe pour devenir écrivain. Rester écrivain a été une autre histoire.
Mon premier livre m’a valu un petit succès, puis, alors même que je me sentais progresser, j’ai vu autour de moi s’émousser l’enthousiasme. »

« J’aurais aimé avoir un père écrivain, justement, au lieu du mien, cet homme frustré, empêché huit heures par jour, attaché au bureau puis au canapé du salon, silencieux, résigné. Un père qui m’achetait nombre de jouets et de jeux auxquels nous ne jouions jamais ensemble, faute de temps. »

« Après une année sans revenus fixes, les objets autour de moi se sont naturellement détériorés sans que je sois en mesure de les remplacer. Les épisodes de désespoir sont rares mais douloureux. Je me sens chassé d’un confort dont je ne mesurais pas le bonheur. Une simple balade en forêt, pourtant gratuite, devient une expérience différente par le fait que mes chaussures usées prennent l’eau et que je ne peux en acheter des neuves. Le monde autour de moi semble avoir changé. J’erre dans un autre pays, une autre civilisation. »

« L’arrivée du numérique n’avait fait que précipiter mon désamour de l’utilisation de la photographie. Toute modernité n’est pas un progrès.
Je m’y étais pourtant mis, au numérique, parce que, nous disait-on, c’était ça ou disparaître. J’avais suivi une formation au logiciel Photoshop, offerte par mon agence, où je m’étais davantage senti gavé, comme les oies de maïs trans, de mots anglais, cette langue des vainqueurs et du grand marché mondial, qu’enrichi par de véritables connaissances. En argentique, les outils demandaient à être dominés et les échecs construisaient en moi des stratégies, des forces qui me rendaient chaque fois plus puissant. En découvrant peu à peu comment vaincre les résistances que le matériel argentique mettait sur ma route, plus que le photographe, c’était l’homme que j’améliorais. L’univers photographique numérique, facilité par l’intelligence artificielle, démocratisé par les fabricants, amenuisait la force, la gloire d’un bon résultat. Une fois de plus, Henri m’avait mis en garde. J’allais tout perdre. Je ne le croyais pas. Avec le numérique, je n’ai perdu qu’une chose, mais elle était de taille : le plaisir. »

 

Franck Courtès fut photographe pendant vingt ans. Vingt années de voyages autour du monde, de rencontres (des Daft Punk à Michel Legrand, de Franck Ribery à Patrick Modiano) dans lesquelles il puise pour raconter. Il a brutalement stoppé sa carrière pour ouvrir une autre recherche artistique et s’adonner à l’écriture.

Bibliographie
– Autorisation de pratiquer la course à pied et autres échappées, J-C Lattès, 2013
– Toute ressemblance avec le père, J-C Lattès, 2014
– Sur une majeure partie de la France, J-C Lattès, 2016
– La Dernière photo, J-C Lattès, 2018
– Les Liens sacré du mariage, Gallimard, 2022
– À pied d’œuvre, Gallimard, 2023

Amour, Émotion, Drame, Roman

La tresse

de Laetitia Colombani
Poche – 30 mai 2018
Éditeur : Le Livre de Poche

• Bandeau_Intro_5 copie.jpg

Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est réservé et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.
Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.

Difficile de ne pas être touché par ce très joli récit. Estelle Lenartowicz, Lire.

Laetitia Colombani maîtrise à l’évidence l’art de la narration. Florence Bouchy, Le Monde des livres.

Un roman dans lequel il y a tout. François Busnel, La Grande Librairie.

Prix Relay des voyageurs.

 

• Couv_2024-084_Colombani Laétitia - La tresse

 

Je vais faire quelque chose que je n’avais encore jamais faite.
Je vais vous dévoiler la dernière ligne du roman.
Pourquoi ?
Car rarement je n’avais ressenti autant d’émotion à la fin d’un récit…
“À cette pensée, elle sourit”.

Trois pays.
Trois destins.
Trois histoires qui s’entrelacent.
Trois femmes que la vie n’épargne pas. Elles ont décidé de se battre, elles ont choisi de ne pas se laisser faire.

C’est un superbe premier roman que nous offre Laetitia Colombani. Cela faisait un moment que je voulais voir le film, mais je voulais absolument lire le livre d’abord.
C’est fait. Je sais ce qui me reste à faire maintenant.

Une magnifique ode aux femmes.
À toutes les femmes.
Nos mères, nos femmes, nos filles où qu’elles vivent.
Avec “La tresse”, vous ferez la connaissance de Smita qui vit en Inde, de Giulia, jeune sicilienne et de Sarah, une brillante avocate au Canada. À priori, rien ne les relie, on pourrait même dire que tout les sépare, et pourtant… elles ne le savent pas encore, mais leurs destins sont liés à jamais.

Laetitia a su dans cette histoire habilement structurée et maîtrisée, sans tomber dans le pathos, me faire voyager dans des contrées peu connues, où malheureusement le “rôle” de la femme est encore à des années-lumière de ce qu’il devrait être.
Vous l’aurez compris, son récit m’a particulièrement touché, il est émouvant et très dur parfois, mais c’est vraiment la force d’esprit qui se dégage de l’ensemble que je retiendrai.

Très gros coup de cœur, que je regrette de ne pas avoir lu plus tôt…
À découvrir absolument !

÷÷÷÷÷÷÷
Extraits :

« Smita s’éveille avec un sentiment étrange, une urgence douce, un papillon inédit dans le ventre. Aujourd’hui est une journée dont elle se souviendra toute sa vie. Aujourd’hui, sa fille va entrer à l’école.
À l’école, Smita n’y a jamais mis les pieds. Ici, à Badlapur, les gens comme elle n’y vont pas. Smita est une Dalit. Intouchable. De ceux que Gandhi appelait les enfants de Dieu. Hors caste, hors système, hors tout. »

« Giulia saisit la clé et ouvre la porte. D’ordinaire, son père est le premier arrivé. Il tient à accueillir lui-même ses ouvrières – c’est ça, être le padrone, se plaît-il à répéter. Il a toujours un mot pour l’une, une attention pour l’autre, un geste pour chacune. Mais aujourd’hui, il est parti en tournée chez les coiffeurs de Palerme et des environs. Il ne sera pas là avant midi. Ce matin, Giulia est la maîtresse de maison. »

« Montréal, Canada.
L’alarme sonne et le compte à rebours commence. Sarah est en lutte contre le temps, de l’instant où elle se lève à celui où elle se couche. À la seconde où elle ouvre les yeux, son cerveau s’allume comme le processeur d’un ordinateur. »

« Smita, elle, a de la chance : Nagarajan ne l’a jamais battue, jamais insultée. Lorsque Lalita est née, il a même été d’accord pour la garder. Pas loin d’ici, on tue les filles à la naissance. Dans les villages du Rajasthan, on les enterre vivantes, dans une boîte, sous le sable, juste après leur naissance. Les petites filles mettent une nuit à mourir. »

 

Cinéaste, scénariste, comédienne et romancière, Laetitia Colombani est l’auteure de La Tresse, vendu à plus de deux millions d’exemplaires dans le monde, traduit en quarante langues et couronné d’une vingtaine de prix littéraires. Elle a elle-même réalisé l’adaptation cinématographique de son roman (sortie le 29 novembre 2023).
Elle est aussi l’auteure des best-sellers Les Victorieuses (Grasset, 2019) et Le Cerf-volant (Grasset, 2021) ainsi que des albums jeunesse La Tresse ou le voyage de Lalita (2018), Les Victorieuses, ou le palais de Blanche (2021), et Le Cerf-volant ou l’école de Lalita (novembre 2023) illustrés par Clémence Pollet.
Laetitia Colombani écrit également pour la scène : sa pièce Le Jour du kiwi avec Gérard Jugnot est un grand succès au théâtre Edouard VII en 2023. En tant que comédienne, elle a tourné au cinéma pour Yvan Attal, Cédric Kahn ou Florent Emilio Siri.

Roman

G comme gratitude

ou l’art de positiver
de Lou Valérie Vernet
Poche – 29 mars 2019
Éditions : Les éditions du Loir

• Bandeau_Intro_5.jpg

Léger et insolite, drôle et impertinent, G comme gratitude fait la part belle à l optimisme. Véritable hymne à la vie, cet abécédaire est une invitation à suivre nos instincts, à lire les signes, à parfois s égarer et à oser le tout pour le tout.

« Dire merci à la vie, l’accepter dans ce qu’elle a de meilleur comme de pire, c’est croire que de cette énergie positive viendra la force qui la transcendera », écrit Lou Vernet.

Au fil des lettres, des mots et des citations, l’auteure nous entraîne dans un tourbillon de pensées fécondes.
Elle nous livre un merveilleux outil de développement personnel à lire au gré de son humeur, de ses envies et nous donne les clés pour créer notre propre abécédaire de vie.

 

• Couv_2024-079_Vernet Lou Valérie - G comme gratitude

 

DES MOIS… QUE DIS-JE, BIENTÔT 5 ANS que G comme gratitude se promène régulièrement avec moi.
Sur ma table de chevet, dans mon sac, souvent, dans la poche de ma veste, parfois, entre les mains de certains amis, aussi, et hier soir, je me suis soudain rendu compte que je ne vous avais jamais parlé de cet “abécédaire” sensible, intéressant, très drôle et rempli d’espoir !!!

Honte à moi…

Lou Valérie Vernet à l’art de se trouver régulièrement là où on ne l’attend pas du tout. À travers ce lexique très personnel, elle nous livre certains mots qui résonnent dans son quotidien.
Attention ! Comme elle le précise très bien au début de son livre, elle ne donne aucune clé, aucune solution, juste des pistes qui nous inciteront à ouvrir des portes pour certains, ou des fenêtres pour d’autres, de réflexions, d’introspections et plus encore si le cœur vous en dit.
De la lettre A jusqu’au Z, je n’ai pu m’empêcher de me poser des questions, du moins de trouver il me semble mes réponses, j’ai souri, j’ai même ri, je vous assure !
Lou Valérie se lâche et cela nous fait du bien à tous…

On ne s’ennuie pas un instant, l’écriture est plaisante, très claire et moderne lorsque le besoin s’en fait sentir. Lou tombe le masque et nous invite à faire de même, “De toute façon, on va tous mourir !”
Le pire, c’est qu’elle a raison. Alors, pourquoi ne pas faire une vraie pause. Regarder autour de soi et faire ce qui est utile, non plus par obligation, mais par envie.
Grâce à Lou et à d’autres auteurs, depuis un moment, mon “je” est mort, au profit de mon “nous”. Il est tellement plus agréable et serviable. Il sourit aussi beaucoup plus et a trouvé un certain sens à son “autre” vie.

Lou me surprendra toujours par la diversité de ses thèmes. Aujourd’hui, je lui dis merci. En effet, mon miroir ne reflète plus que le futur, elle en est en partie “responsable”…

Un livre qui vous invitera à suivre vos instincts, à devenir définitivement vous-même, et à vous retrouver dès lors que vous vous pensiez perdu !

Lou, ta plume franche et limpide m’a porté un coup en plein cœur… en pleine tête aussi, au point de t’avoir oublié !
Ah oui, une dernière chose…
En ce 20 septembre, je te souhaite un très bel anniversaire…

 

Extraits :

« Ce livre ne donne aucune clé.
Mille pardons et autant de génuflexions vénielles. J’ai écrit ce livre pour me faire plaisir.
Ce qui, en soi, est une raison suffisante.
Et aussi, je me dois de vous le dire, pour ne plus penser seule. Pour vous rejoindre. Vous les humains. Parce que je vous sais aussi mal barrés que moi. Et qu’à force de se rencontrer, ici et là, on finit par se reconnaître.
Il s’agit donc de quelques pistes de réflexions.
D’heureuses fenêtres d’introspection. »

« Donner, donner, donner. En un geste, une parole, un sourire, un regard.
Offrir.
Des cadeaux certainement. Des conseils s’il en est. De l’aide, des services, de l’écoute.
Et au-delà de tout, de son temps.
Partager “son plus précieux”. Toutes ces minutes de vie qui nous sont imparties et que l’on cherche à employer le plus honnêtement, joyeusement, efficacement possible.
C’est si court une vie ! »

« Pas facile de communiquer positivement. D’être dans l’empathie. Ou de rester source quand un tiers, semble-t-il, pompe toute notre énergie.
Que penser de tous ces prédateurs à qui l’on donne et dont nous pensons qu’ils nous pillent impunément ?
Chacun de nous émet une vibration. De notre première seconde embryonnaire au dernier souffle de vie, nous avançons sur notre chemin munis d’une flamme intérieure.
Que son intensité varie au gré de nos humeurs ou des événements, sa vibration nous est acquise. »

« G comme Gratitude. Comme “Merci”.
Comme “Alléluia”. Comme “Oui”.
Autant d’évidences obvies, d’essentiels majeurs, voire béatifiés !
Il n’y aura jamais trop de superlatifs à notre reconnaissance.
Véritable offrande adressée à l’univers pour toutes ces secondes offertes à l’horloge de notre vie.
Dire “merci” à la vie chaque matin au moins. »

« Aucune rencontre n’est le fruit du hasard.
Qu’elle soit donnée pour une heure ou les trente prochaines années à venir, toute relation à l’Autre nous enseigne quelque chose de ce que nous sommes ou de ce vers quoi nous allons.
Notre existence est un lieu de rendez-vous permanent, aux multiples éventuels.
Ouvrons bien les yeux.
Car cet Autre, bien souvent, se révèle un miroir pour soi. »
……………………………

Auteure multicartes, Lou Valérie Vernet a déjà publié trois thrillers, deux polars et sept autres livres passant du récit humoristique aux fragments de voyage, du Feel Good au spicilège poétique, du recueil de nouvelles au théâtre. Tous ses ouvrages confirment son talent à manier en virtuose l’art de la mystification et à sonder les profondeurs de l’âme. Par ailleurs, photographe amatrice, baroudeuse des grands espaces, essayiste et poète à la plume acérée, elle n’en reste pas moins attachée à sa devise préférée « Ne prenez pas la vie au sérieux, de toute façon vous n’en sortirez pas vivant ». B. Fontenelle.

Toucher l’instant : ou la trilogie du choix
https://leressentidejeanpaul.com/2018/11/17/toucher-linstant-ou-la-trilogie-du-choix-de-lou-vernet/

Le Rire du Monde
https://leressentidejeanpaul.com/2019/11/13/le-rire-du-monde/

Surtout le pire
https://leressentidejeanpaul.com/2019/10/01/surtout-le-pire-de-lou-vernet/

Acouphanges
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/19/acouphanges/

La toile aux alouettes
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/01/la-toile-aux-alouettes/

Matricule 2022
https://leressentidejeanpaul.com/2022/09/27/matricule-2022/

Grand comme le monde
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/11/grand-comme-le-monde/

Pensées clandestines
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/08/pensees-clandestines/

Amour, Émotion, Drame, Roman

Liv Maria

de Julia Kerninon
Poche – 3 mars 2022
Éditions : Folio

• Bandeau_Intro_5.jpg

“D’une certaine façon, la distance n’était plus la question, où qu’elle vive à la surface de la Terre, elle ne pourrait échapper au rayonnement du passé, aux conséquences de ses actes.”
Née sur une petite île bretonne, Liv Maria grandit au milieu des livres. À dix-sept ans, elle est envoyée à Berlin où, le temps d’un été, elle fait une rencontre qui bouleversera le cours de son existence. Éprise de liberté, elle deviendra tour à tour une amoureuse, une aventurière, une libraire, une mère, et connaîtra mille vies. Mais laquelle est véritablement la sienne ?

Julia Kerninon brosse le portrait éblouissant d’une femme qui, malgré un secret inavouable, cherchera sans cesse à réécrire son histoire.

 

• Couv_2024-075_Kerninon Julia - Liv Maria

 

Encore une très belle plume !
Décidément, les femmes prennent de plus en plus de place dans la littérature, et c’est tant mieux !

Enfant libre et solitaire, Liv Maria a 17 ans. Son père est Norvégien et sa mère française. Suite à une tentative d’agression sexuelle sur son île de naissance, ses parents la contraignent à l’exil chez une tante à Berlin le temps d’un été. Elle prendra des cours d’anglais en attendant la rentrée scolaire. Mais la rencontre avec son professeur d’origine irlandaise va bouleverser son existence.

Envoûté par l’héroïne dès les premières pages, forte dans son corps et dans son esprit, j’ai savouré ce récit très bien construit, pages après pages.
La liberté a un prix cher à payer, elle le sait, mais Liv Maria, l’accepte et assume les choix de son destin jusqu’à la dernière page.

Elle voyagera à travers le monde, entrera de plein pieds dans le monde des affaires, exercera plusieurs métiers et vivra plusieurs vies éprouvant sa vie sexuelle comme elle l’entend, sans aucun regret.
Pourtant…
Pourtant, au fond de son cœur, tout au fond, elle cache une blessure secrète qui ne pourra jamais cicatriser.
Partir, revenir, fuir, quitter, recommencer…
Une histoire éprouvante et difficile, mais ô combien émouvante et sensible.

Merci Julia, pour cette vision de femme qui a su me séduire dans un contexte qui m’a agréablement séduit !

÷÷÷÷÷÷÷
Extraits :

« Mes parents font l’amour et je ne suis pas encore là.
Quand ils escaladent l’escalier de leur chambre, juste après le déjeuner, et qu’ils s’enfouissent sous les duvets de leur lit bateau, je regarde les mouvements de reins de mon père et je m’étonne qu’un homme d’un mètre quatre-vingt-dix et de cent vingt kilos puisse onduler comme ça. Seuls les petits pieds de ma mère dépassent du cadre de bois sculpté. Secrètement, je m’imagine que, la nuit, mes parents retrouvent la même taille, que la nuit, ils sont égaux. »

« Même quand elle était enfant, elle était une enfant Tonnerre et les gens l’avaient respectée. À cause du café, à cause de sa mère, à cause de ses quatre oncles aux mains gigantesques, à cause de son père étranger à l’accent chantant. La richesse du monde l’émerveillait, son monde débordant de collines, d’eau salée et de moutons qui se tordaient le cou pour la regarder passer, à travers le nuage de poussière qui la suivait sans jamais la rattraper. C’était sa vie et elle en était pleinement satisfaite. »

« Non, à l’époque, elle ne savait pas, elle ne savait rien, elle se réveillait le dimanche matin à côté de Fergus et elle le regardait dormir, son corps compact contre lequel elle se lovait en cuillère, et au réveil, sa bonne humeur inattaquable, sa volubilité. Fergus à quarante ans.
Cette personnalité si expansive et si secrète à la fois, impénétrable. Sanguin. Chaleureux.
Tragique. »

« C’est Bettina qui avait pris l’appel, et quand elle avait annoncé la nouvelle à Liv Maria, à travers ses larmes, celle-ci était restée sans voix. Plus de parents. Plus jamais sa mère, plus jamais son père. Plus jamais la vie qu’elle avait connue avec eux. Plus jamais les odeurs familières, la mémoire commune, les doigts osseux de Mado entrelacés aux siens. Plus jamais l’enfance. »

Née en 1987 dans la région nantaise, Julia Kerninon est thésarde en littérature américaine. Son premier roman, Buvard, a reçu de nombreux prix, dont le prix Françoise Sagan. Elle a été lauréate de la bourse Lagardère du jeune écrivain en 2015.
Son deuxième roman, Le dernier amour d’Attila Kiss, a reçu le prix de la Closerie des Lilas en 2016.
En 2017, Julia Kerninon publie une courte autobiographie, intitulée Une activité respectable. Elle y raconte son enfance et sa passion pour l’écriture.
2018 parait Ma dévotion, qui retrace une histoire d’amour du début à la fin. L’auteure reçoit le prix Fénéon.
2020 sort Liv Maria, un portrait de femme qui remportera deux ans plus tard le prix Folio des libraires, organisé en partenariat avec Télérama.
2021, elle publie un essai, Le chaos ne produit pas de chefs-d’œuvre : les écrivains, le travail et la légende, issu de sa thèse et consacré à John Steinbeck, Ernest Hemingway et William Faulkner.
2022, elle publie un court roman autobiographique, Toucher la terre ferme, sur le fait de devenir mère tout en restant soi. Le roman sort en poche en août 2023.
2023, elle co-écrit l’ouvrage Mères sans filtre, publié chez Solar Editions, avec sept autres autrices dont Camille Abbey, Renée Greusard et Claire Tran. Elle y raconte son expérience de la maternité et les difficultés inhérentes.
Le 17 août 2023, elle sort son septième roman intitulé Sauvage. Le roman dresse le portrait d’une femme forte, à l’image de deux de ses précédents romans Liv Maria et Ma Dévotion. Il raconte l’histoire de la mère de famille et cheffe de restaurant Ottavia Selvaggio, dont le nom de famille veut dire sauvage en italien et dont les choix de vie sont remis en cause par le retour d’un ancien amant.